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La Chambre d'Elio

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Elio Lacryma Adorasti
Prince - Ca'Adorasti



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MessageSujet: Re: La Chambre d'Elio   Mar 1 Mai - 23:15

"Je me doutais bien que vous n'étiez pas ici dans le seul but de me saluer. Mais enfin.."Refermant les yeux, il se laissa voguer un instant entre terre et ciel, comme hésitant à s'abandonner à la fatigue qui de minute en minute se faisait plus insurmontable. ".. Je veux bien vous acceuillir et même, votre présence," un coup d'oeil incisif sous les paupières baissées "que j'espère discrète, me sera sans doute plaisante si tant est que vous ne fassiez pas état de la façon dont nous nous sommes connus, et je n'entends pas par là seulement les circonstances, mais je suis certain que vous me comprenez."

Espèrer une quelconque discrétion concernant Ascani tenait du voeu pieu et Elio en était conscient. Cependant, il savait sans en douter une seconde, que l'aventurier n'irait rien raconter qui puisse lui faire du tort sans une bonne raison. Et cette raison là, le prince n'était pas près de la lui offrir.

"Les rôles sont inversés, dites-vous ? Sans doute. Pourtant si je fus un temps à votre merci, vous semblez oublier que ce ne fut pas de mon grè."

Un sourire en coin étira les lèvres pales d'Elio, la situation et la personnalité fantasque du pirate l'amusaient. Il n'avait pas pensé le revoir un jour et certainement pas dans ces circonstances. Cependant, l'avoir à ses cotés alors que son état témoignait de l'hostilité vénitienne, lui serait plus qu'utile.

"Une paillasse.. quelle magnifique idée, je vais vous faire préparer cela. Mais comme je suis magnanime, je vous épargnerai les fers."

Le regard d'ambre pétilla tandis que l'homme se penchait vers lui.

"Quant au reste.. Disons que je me laisse le temps d'y penser, si vous le voulez bien. Après tout, comme vous le dites, vous êtes à ma disposition.. Je vous ferai savoir mes.. désirs, en temps et heure."
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"La haine est toujours plus clairvoyante et plus ingénieuse que l'amitié." C.de L.
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Leandro di Ascani
Vicomte - Ca'Adorasti



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MessageSujet: Re: La Chambre d'Elio   Lun 7 Mai - 4:15

Ayant reçu la bénédiction de son hôte, Leandro fut submergé par une vague de soulagement qu’il ne chercha pas à dissimuler à ce regard d’ambre par trop sagace. Les derniers mois en mer avaient été fort éprouvants et, si Venise n’avait rien d’Ithaque et Elio, trop de Circé, notre Ulysse se comptait déjà chanceux de ne point avoir péri en voguant sans cesse de Charybde en Scylla. Valait mieux attendre ici, à l’ombre des intrigues de salon, que la tempête s’apaise pour ensuite poursuivre son odyssée là où il l’avait interrompue.

"Je vous comprends tout à fait, mon Prince, et ne voudrais surtout pas gâcher la félicité de votre mariage ni ternir la réputation sans tache de la Ca’Adorasti par le récit trop détaillé de nos péripéties communes. Si on s’enquière de la raison de ma venue en ces lieux, j’invoquerai ce nom et ce titre que m’a donné mon père pour la justifier. Il faut bien que je leur trouve une utilité de temps à autre!"

Un bref éclat de rire ponctua sa dernière phrase. Dans l’univers rude de la piraterie, exhiber son rang revenait à se proposer comme appât pour ceux dont le commerce était d’enlever, puis exiger rançon à la famille fortunée de l’infortunée victime.
Léandre du côté des Français, Leander chez les Anglais, Leandro tant chez les Espagnols que dans son propre camp, le corsaire avait souvent omis de mentionner le di accompagnant Ascani. Ses quartiers de noblesse, il les avait conquis grâce au fil de son épée sur toutes les mers où il avait naviguées.


"Sauf votre respect et malgré toute l’estime que je vous porte, mon cher et tendre ami, je ne suis pas non plus ici de mon propre gré. Et je me permets de vous rappeler que s’il n’avait été de ma bonté légendaire – en d’autres mots, ma faiblesse envers toi – vous ne vous trouveriez pas ici aujourd’hui. J’ai cependant bon espoir que Sa Grâce fera preuve d’autant de clémence envers moi que j’ai pu démontrer avec elle… "Son sourire s’élargit à la moquerie et il enchaîna aussitôt : "… et me dispensera bel et bien des fers, un traitement que je ne lui aurai infligé qu’en dernier recours et qui entraverait grandement ma spontanéité à la défendre."

Incertain de l’accueil qu’on réserverait à sa fanfaronnade, l’aventurier fut agréablement surpris de ne pas être rabroué d’une riposte acerbe, puis jeté en dehors du palais à grand renfort de tambours et de trompettes.
Si le temps ou l’épuisement avait adouci le caractère de son interlocuteur, qui n’avait pas toujours été de nature aussi conciliante, il ne le saurait que bien assez vite. L’éclat qui faisait luire ces yeux dorés, en dépit du voile de la fatigue, lui faisait toutefois douter qu’on ait pu amenuiser la force d’âme de l’homme face à lui.


"Réfléchissez à votre aise et n’ayez nul doute que vos désirs sont et seront toujours des ordres, mon Prince. Quels qu’ils soient. Au temps et à l’heure qu’il vous faudra."

L’expression sur son visage ne permettait aucune ambiguïté, et de cela, il en était parfaitement conscient. S'inclinant à nouveau, il déclara sans ambages:

"D’ailleurs, dictez-moi votre premier commandement, que je puisse vous prouver ma bonne volonté et faire diligence afin d’accomplir la moindre de vos souhaits."
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On peut toujours faire quelque chose de ce qu'on a fait de nous.


Dernière édition par le Mer 23 Mai - 23:58, édité 1 fois
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Elio Lacryma Adorasti
Prince - Ca'Adorasti



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MessageSujet: Re: La Chambre d'Elio   Mer 23 Mai - 19:28

Une moue plissa la bouche du prince et il détourna le regard.

"Il semble que nous ayons une approche différente en ce qui concerne les derniers recours que vous invoquez avec tellement d'à-propos."

La lassitude était évidente dans le ton de sa voix, non que la présence de son hôte lui soit pénible, mais la fatigue des soins qu'on venait de lui apporter lui pesait.

"Je souhaite prendre du repos à présent. Installez-vous, trouvez une servante, prenez vos aises, je vous verrai plus tard."

Il sourit en le regardant à nouveau puis d'un geste inattendu tendit la main pour saisir celle du corsaire qu'il serra brievement.

"Je suis heureux que vous ayez pensé à trouver refuge chez moi. Vous êtes le bienvenu, je ne sais si ceux que vous croiserez dans ces murs vous plairons, j'en doute, mais sentez-vous libre de vous méler à eux. Soyez-vous même, il n'est point besoin de comédie, rien de ce que vous ferez ne m'embarrassera plus que leur présence inopportune ne le fait déja."

Il ferma les yeux, signifiant par là que l'entretien était terminé, mais deux coups discrets frappés à la porte le firent soupirer.

"Puisqu'il est dit que je n'aurais pas le repos auquel j'aspire, allez voir de quoi il s'agit, je vous prie. J'espère que vous savez distinguer une urgence d'une broutille."
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Gabriella Delmonti
Servante - Ca'Adorasti



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MessageSujet: Re: La Chambre d'Elio   Mer 23 Mai - 21:47

[Le Grand Hall]

Gabriella était montée sans tarder à l'étage, se dirigeant vers les appartements du prince Elio. Bien sûr, c'était ce qu'elle avait prévu de faire en temps normal pour s'assurer qu'il n'avait besoin de rien et qu'il se reposait comme il devait. Mais si elle s'était précipitée, c'était parce qu'on venait de lui annoncer une nouvelle qu'elle devait transmettre au prince au plus vite.

Arrivée devant les appartements d'Elio, elle fut surprise de voir un attroupement de valets et servantes devant la porte. Craignant que le prince se soit senti mal, elle s'était informée de la situation qu'une servante essoufflée s'était empressée de lui expliquer. Elle avait effectivement vu passer dans le hall un homme au drôle d'accoutrement pendant qu'elle 'discutait' avec Sole. Mais voyant qu'il était suivi par la même troupe qui se trouvait maintenant devant la présente porte, elle ne s'en était pas occupée et l'avait oublié.

Gabriella s'était alors frayé un chemin et avait collé son oreille contre le panneau. Elle avait entendu des voix, dont celle du prince. Tout semblait calme, pas de quoi s'alarmer.


"Bon ça suffit, retournez travailler sinon personne n'ira au bal ce soir, allez allez, hop !" avait-elle dit tout bas en agitant la main.

Gabriella avait replacé sa coiffe, lissé son tablier et coincé une mèche blonde rebelle derrière son oreille avant de frapper deux coups discrets. Elle tendit l'oreille et entendit qu'on déplaçait un objet de devant la porte, ce qui lui fit lever un sourcil. Le panneau s'ouvrit sur la fameuse personne qui avait tant perturbé les domestiques.

Gabriella jeta un rapide coup d'oeil vers l'intérieur de la pièce pour s'assurer que le prince allait bien et que tout était en ordre. Il s'agissait donc certainement d'une connaissance du prince qui manquait juste de goût en matière d'habillement. Cela dit, il était plutôt charmant, mais l'heure n'était pas à ce genre de considération. Elle aurait tout de même préféré qu'on laisse le prince se reposer tranquillement sans le déranger.


"Monsieur..." commença-t-elle.

"Je suis navrée d'interrompre votre entrevue... même si vous devriez laisser Monseigneur se reposer !" se permit-elle tout bas.

"Mais j'ai un message urgent et important à délivrer au prince Adorasti."

Elle tenta un autre coup d'oeil vers l'intérieur de la pièce. Ca la navrait de le déranger pour ça mais il devait être mis au courant.

"Il s'agit de son épouse... la princesse Bianca." dit-elle un peu plus fort pour être entendue du prince Elio.
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Gabriella Delmonti, Servante Ca'Adorasti
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Leandro di Ascani
Vicomte - Ca'Adorasti



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MessageSujet: Re: La Chambre d'Elio   Dim 27 Mai - 7:00

Aucun commentaire mais aussi aucun remord ne suivit la remarque douce-amère de son interlocuteur. Il n’était pas dans la nature d’un pirate d’éprouver de regrets et sa culpabilité était celle que lui attribuait la justice et non sa propre conscience.
Pourquoi se mordre les doigts d’un méfait qui ne s’était soldé que par des bienfaits? Ce dernier recours avait-il véritablement été si pénible? Les moyens, assurément, justifiaient la fin.
Feindre le repentir aurait été une insulte envers l’intelligence d’Elio, Leandro tut donc certains souvenirs qu’il aurait été plus que malséant d’évoquer et se contenta d’un sourire entendu, qui fit savoir ce que sa langue se gardait bien d’énoncer.

Constatant à la lassitude du blessé que leurs retrouvailles touchaient à leur fin, le corsaire s’inclina pour une nouvelle fois, s’apprêtant à prendre son congé de son hôte si charitable.


"Soit, je prendrai mes aises avec l’une de vos servantes, bien installé à l’endroit qu’il lui plaira, puisque les ordres du Prince se doivent d’être exécutés," déclama-t-il, de l’air faussement douloureux de l’homme ployant sous la dureté de la tâche imposée.

Dérouté par le témoignage d’amitié que lui firent connaître ces doigts entourant les siens, il retourna le sourire qui lui était offert, cette fois sans moquerie aucune.


"J’ai conscience de la valeur de cet asile que tu m’accordes, sois en assuré, et je compte fermement te prouver toute ma gratitude en me montrant aussi utile que tu le fus pour moi, par le passé," promit-il, avec un clin d’œil.

Il recula d’un pas et reprit en mains malle cabossée et besace élimée.

"Je ne saurais être moi-même sans comédie, Votre Grâce, mais croyez bien que je saurai mettre ce vilain défaut à profit pour embarrasser ces importuns. Vous savez combien m’insupporte la discourtoisie!"

On toqua alors timidement à la porte qu’il avait pris soin de verrouiller. Le maître de maison lui confia le mandat de portier et, obtempérant de bon cœur, le navigateur repoussa le fauteuil devenu barricade pour entrouvrir les lourds battants de bois. Tel un diable à ressort, son visage rieur apparut dans l’embrasure alors qu’il lançait :

"Vous désirez…"

Son regard s’attarda sur la jouvencelle et c’est en grand connaisseur qu’il ajouta d’un ton suave :

"Mademoiselle…?"

Prêtant oreille à la demande qui lui était transmise, il la distingua de l’urgence pour la classer dans la broutille à l’ouïe du terme "épouse", la dernière tracasserie d’un homme doué de raison qui souhaiterait le moindre répit.


"En ma qualité de secrétaire du Prince, nouvellement promu à cet office, je vous informe que Sa Seigneurie se délassera dans les heures qui suivront et que nul – nul, est-ce bien clair? – ne doit troubler son sommeil, serait-ce pour lui annoncer que notre Seigneur Jésus Christ se trouve au palais et réclame d’être reçu avec les honneurs qui lui reviennent en tant que fils du Très-Haut."

La porte se referma dans un claquement sec… pour s’entrebâiller aussitôt.


"Et Elle vous ordonne de préparer la suite de son secrétaire, soit de ma personne, et spécifie qu’elle doit se situer non loin de ses propres appartements… et…"

Il fit mine de tendre l’oreille vers le lit où était étendu Elio pour recevoir des précisions supplémentaires quant aux instructions qu’il adressait à la domestique, faisant mine d'hocher la tête pour approuver ce qui lui était prescrit.


"Et il ajoute qu’il vous faudra prendre vos aises dans ma chambre et de patienter jusqu’à ce que je vous y rejoigne. Accompagnée d’une bouteille de rhum de qualité honorable. Le Prince vous remercie pour votre compréhension et votre diligence et s’attend bien évidemment à ce que ses directives soient suivies à la lettre. Au plaisir, ma chère, soyez sage dans l’attente de moi. Signé Vicomte Leandro di Ascani, scribouillard officiel du Prince Elio Lacryma Adorasti et, accessoirement, esclave dévoué à sa juste cause pour toujours. Amen."

Puisque jamais deux sans trois, il récidiva pour ajouter :


"Post-scriptum. Pas la peine d’apporter des verres, je ne suis pas vétilleux de ce genre de détails."

Les panneaux se rabattirent au nez de la jeune femme, pour de bon, cette fois. Faisant volte-face, l’amusement peint sur ses traits, Leandro s’adossa contre les élégantes boiseries et reporta son attention sur celui dont il s’était affirmé porte-parole.

"Vous pouvez dormir sur vos deux oreilles, mon Prince, c’était là cas flagrant de frivolité sans importance," affirma-t-il, débonnaire, ses mains décrivant un signe d’apaisement.

Confiant enfin son hôte aux bras bienveillants de Morphée, il exécuta un salut militaire, le talon de ses bottes claquant contre le parquet ciré.


"Et bien, mon capitaine, vos charmantes petites souillons m’apparaissent trop honnêtes pour que je ne me permette de prendre mes aises en leur compagnie. Plus tard peut-être, seront-elles en de meilleures dispositions envers moi. Je pars donc seul voir de quoi il retourne en cette cité, occire quelques mécréants, pourfendre un ou deux dragons, sauver des damoiselles en détresse et faire rayonner la gloire de mes exploits sur la Ca’Adorasti."

Une fois dans le couloir, il se tourna vers la femme de chambre pour lui remettre son coffre bosselé en guise de présent.

"Pour vous. Ne l’ouvrez surtout pas sans moi. Il contient des œufs de crocodile sur le point d’éclore et je ne voudrais pas manquer leur venue au monde."

Un dernier sourire et il dévalait les escaliers pour quitter le palais aussi cavalièrement qu'il y avait pénétré.

[Marché du Rialto]
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Dernière édition par le Mar 29 Mai - 21:38, édité 1 fois
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Gabriella Delmonti
Servante - Ca'Adorasti



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MessageSujet: Re: La Chambre d'Elio   Lun 28 Mai - 13:08

En ma qualité de secrétaire du Prince. Voilà une nouvelle donnée qu'elle ignorait. Pourquoi ne l'avait-on pas mise au courant ? Cela dit, le prince avait des excuses, le pauvre. Il était blessé et fatigué, il ne pouvait donc pas l'informer de tout. Elle se demanda un instant si cet homme allait changer de vêtements car un secrétaire particulier débraillé pourrait nuire à la réputation de la maison. Mais cela n'était qu'un détail qu'il conviendrait de régler plus tard, ce n'était pas le moment.

Gabriella écouta donc attentivement la réponse du nouveau secrétaire. Elle ne fut qu'à moitié surprise de sa décision, mais un peu par le ton qu'il employait. Soit, si monsieur le secrétaire particulier avait décidé de ne pas informer tout de suite le prince de la nouvelle, qu'il en soit ainsi. Elle avait fait son travail, le secrétaire avait fait le sien. Qui donc allait plus se soucier du fait que la princesse soit de nouveau tombée en pamoison. Ca commençait à devenir banal. De toute manière, la princesse était chez son frère qui allait certainement s'occuper d'elle mieux que quiconque. Et si par malheur, la situation avait plus d'importance qu'il n'y paraissait, le prince ne pourrait s'en prendre qu'à son secrétaire qui ne savait pas filtrer correctement les informations. En attendant, il y avait une chose de sûre, le prince se reposait, et c'était bien ça le plus important.

Gabriella eut un petit mouvement de recul quand la porte se referma sous son nez. Elle n'eut pas le temps d'esquisser un mouvement pour s'en aller que déjà la porte se rouvrait, la laissant un peu perplexe. Alors que Gabriella était d'habitude spécialiste des grands discours et des gesticulations intempestives, cet homme la laissait sans voix. Un secrétaire débraillé, au visage rieur, à la voix suave et à la désinvolture surprenante, à n'en pas douter que le personnel n'allait pas s'ennuyer. Un sourcil levé, la jeune servante jeta un oeil vers l'intérieur de la chambre quand Leandro fit mine d'écouter un ordre du prince. Désinvolte et ironique par-dessus le marché.

Préparer sa suite, elle le ferait sans problème. Y prendre ses aises et l'attendre, avec une bouteille de rhum de surcroît, était bien mois sûr. Gabriella n'était pas stupide ni naïve et avait parfaitement traduit son regard et interprété ses intentions. S'il considérait les domestiques du palais comme de simples filles de tavernes, il se fourrait le doigt dans l'oeil jusqu'au coude. S'il avait encore besoin de ses services, il n'aurait qu'à sonner et elle viendrait. Elle n'allait pas restée plantée sans rien faire alors que du travail l'attendait encore.

Quand la porte se referma une nouvelle fois, la seule réaction qu'eut Gabriella fut un long soupir lassé. Mais c'était sans compter que l'homme ressortit presque aussitôt dans le couloir pour lui donner un vieux coffre abîmé.


"Merci monsieur.... Aucune risque monsieur...."

Et c'est avec un nouveau long soupir que la servante repartit dans le couloir, tenant le coffre dans ses mains.

[Chambre de Leandro]
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Gabriella Delmonti, Servante Ca'Adorasti
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Lucrezia di Lorio
Baronne - Ca'Adorasti



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MessageSujet: Re: La Chambre d'Elio   Jeu 7 Juin - 2:10

[salon de Lucrezia di Lorio]

Après les retrouvailles paternelles, écourtées par la fatigue harassante d’un voyage qui n’avait que trop duré, Lucrezia s’était fait préparer un bain afin de se laver de toute la fatigue accumulée depuis le dernier relais avant Venise. Puis elle s’était étendue une heure, ou deux, elle ne savait plus.

Sous les draps, Lucrezia ressassait la conversation avec le Baron di Lorio, à ce qui avait retenu son attention au fil des mots. Comme les paroles, teintées de lassitude, d’un père qui n’a été que trop usé de courir après les méfaits accomplis çà et là par son diablotin de cadet. Lucrezia repensait à Andrea, à cette petite peste qu’elle adorait malgré tout, à ses forfaits qu’elle jugeait inoffensifs. En ce qui concernait son petit frère, Lucrezia avait toujours été d’une nature indulgente. Loin de le materner, là ou d’autres se seraient prises au jeu, elle observait d’un œil amusé les frasques retentissantes d’Andrea di Lorio. Son frère s’était affranchi de toute autorité depuis si longtemps que le ramener à la brusque réalité de ses priorités d’adulte ne feraient que lui arracher ses ailes. Et Lucrezia goutait bien trop à sa liberté pour tenter d’intenter à celle d’autrui. Et puis Luciano ne voudrait pas d’un fils malheureux, c’était certain. Briser des cœurs et semer à droite à gaucher quelques engeance illégitime n’avait rien d’inquiétant aux yeux de Lucrezia, aussi elle eut vite fait de chasser son frère de ses préoccupations familiales et changea de registre.

La nuit tombait peu à peu sur Venise et Lucrezia s’enquit alors de trouver un peu de compagnie. On lui avait fait savoir que la Princesse Bianca n’était pas au palais, ce qui lui laissait encore quelques heures de répit. Lucrezia fit sonner quelque valetaille et s’inquiéta alors de ce qu’il en était du Prince Lacryma Adorasti. On lui répondit que le prince était au palais. Mais l’imprudent domestique eut la mauvaise idée d’ajouter qu’il ne recevait personne à cette heure. Cette simple phrase, glissée fortuitement, amena Lucrezia à s’habiller en hâte afin d’aller faire entendre sa voix dans les appartements d’Elio. Elle refusa de se faire annoncer, jugeant cette précaution inutile, et se fit conduire jusque devant la porte derrière laquelle se trouvait son hôte ami. La jeune femme congédia le valet et attendit que le bruit de ses pas ne se meure au fond du couloir pour poser sa main sur la poignée dorée. Un frisson d’impatience lui parcourut l’échine.

Un sourire radieux vint tracer un arc sur ses lèvres roses, sans plus attendre elle s’engouffra dans le salon du prince avec une grâce toute féline. Elle parcourut rapidement les quelques mètres qui la séparaient de la chambre du Prince. Arrivée devant la porte close, la baronne frappa trois coups légers et attendit une réponse qui ne vint pas. Intriguée, hésitant un instant à revenir sur ses pas, Lucrezia eut alors l’audacieuse entreprise de tourner légèrement la poignée et de glisser de sa voix assurée : « Elio ? » N’obtenant aucune réponse, la jeune femme fit glisser davantage la porte sur ses gonds et, avec une curiosité toute circonspecte, glissa sa tête dans l’entrebâillement. Le lourd silence qui l’accueillit, accompagné d’une pénombre qu’elle jugeait mal venue, entamèrent son enthousiasme. Elle fit trois pas et pénétra dans la chambre, la porte derrière elle se referma dans un bruit mat. Lucrezia se figea alors.

Une atmosphère viciée, une torpeur trop paisible pour être irréprochable, quelque chose n’allait pas … Son regard tomba instantanément sur le lit. L’excroissance suspecte sous les draps eut entièrement raison de son sourire. Elio couché ? A cette heure ? Impossible ! Il fallait qu’il fût mourant, il ne pouvait y avoir autre explication à pareil spectacle ! La panique ayant peut d’ascendant sur la baronne di Lorio, Lucrezia se ressaisit aussitôt et franchit les derniers pas en direction de la couche princière. Elle se rassurait, si quelque funeste malheur était arrivé au Prince, la nouvelle se serait répandue comme une trainée de poudre jusqu’aux portes de la ville. Les chandelles brûlant ça et là dans la chambre indiquaient qu’on avait veillé au confort d’Elio, cela signifiait donc que son état ne réclamait pas d’autre soin que celui de la vigilance.

Elle se trouvait désormais au chevet d’Elio Adorasti. Au chevet ? Cette simple pensée lui décrocha un hochement de tête navré.
Son regard s’attarda sur les mèches brunes déroulées sur l’oreiller, elle scrutait le visage endormi, lissé par le sommeil qui avait emporté son hôte vers d’autres dimensions inintelligibles. Attentive et secrète, Lucrezia guettait la respiration du Prince. Elle la voulait reposée, donc apaisée. Oui, il dormait, il n’était ni évanoui, ni mort. Là, enfin, elle pouvait elle aussi souffler. Elle constata alors qu’elle avait elle-même cessée de respirer depuis qu’elle avait aperçu la silhouette enfouie sous la courtepointe. La jeune femme consentit dès cet instant à s’assoir sur le bord du sommier, à la hauteur des épaules de son ami endormi.

La jeune aristocrate retint un soupir exaspéré. Etre Prince Adorasti était, sans nul doute, la position la moins confortable de toute la Vénétie de par la charge que cela induisait, mais cela voulait-il dire nécessairement qu’elle impliquait une condamnation perpétuelle à la menace ?
Lucrezia avait grandi dans un monde fait de complots et de scandales, de cabale et d’alliances, de trahison et de médisances, elle était habituée à ces perspectives douloureuses comme elle connaissait la lourde tâche qui incombait au Prince Elio. Et bien qu’elle fût tout à fait rompue à ces mystères de l’aristocratie italienne, Lucrezia n’était pas résignée à accepter cette sordide vérité qui était celle de vivre dans un panier de crabe.
Toujours présente, jamais totalement domptée, la fougueuse enfant qui vivait au fond de ses yeux criait encore son indignation. Elle s’entendit murmurer :


« Je te jure que si tu as l'intention de mourir de leurs complots, je te poursuivrai jusque dans les limbes pour leur avoir accordé cette faiblesse… »

Un rire amer vint ponctuer ses mots. Tout cela dans la torpeur environnante. Elle guettait les sons. Elle écoutait le silence.

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Elio Lacryma Adorasti
Prince - Ca'Adorasti



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MessageSujet: Re: La Chambre d'Elio   Jeu 14 Juin - 1:32

Il lui semblait que la ruelle était toujours plus sombre, chacun de ses pas repoussait un peu la lueur des torches qui tentaient de percer la brume. Les mots inintelligibles d'une chansonnette dansaient dans l'atmosphère corrompue et il se retourna d'un geste, pour se trouver face à une figure dont le masque affichait un sourire vide. D'un geste thêatral, le masque fut arraché et le visage grimaçant de Iago surgit de l'ombre.

Le prince recula, trébucha sur les pavés disjoints. Son regard se brouilla un instant et quand enfin il reprit contenance, Graziella se trouvait aux cotés du gentilhomme. Elle s'était saisie de la main blessée et l'examinait, puis elle leva son visage calme vers lui en murmurant "mais il n'a rien, voyez par vous-même !". Un peu à l'écart, une silhouette eut un rire acide, le Baron di Lorio tendait à son tour une main sanglante autour de laquelle s'enroulait une salamandre, tandis que le canal débordait et qu'au loin un batelier lui criait qu'il était temps de noyer les rats.

Il se retourna brusquement et le sol s'ouvrit sous ses pieds.

La sensation de chute le réveilla. Le souffle oppressé, le regard écarquillé le prince eut un instant de flottement avant de reconnaitre l'endroit où il se trouvait et la jeune femme assise près de lui. Il s'efforça de respirer lentement et reprit pied dans la réalité.

Il avait écouté Leandro d'une oreille distraite. La fatigue s'était faite de plus en plus lourde et il avait senti ses paupières se fermer à nouveau. Il avait laissé l'homme aller à la porte et régler en deux ou trois phrases une affaire qui lui avait semblé n'être que de peu d'importance. Il avait besoin de repos pour pouvoir être sur pieds le plus rapidement possible. Etre alité lui était suffisamment insupportable pour qu'il ne cherchât pas à transgresser les ordres du médecin et allonger par imprudence cette période d'immobilité forcée.

Elio aurait voulu montrer à l'aventurier la dague qu'il avait dissimulée sous son matelas. Lui expliquer comment les choses s'étaient déroulées et lui confier ses soupçons. Il n'avait pas douté une seconde que Leandro en homme d'action saurait rechercher et confondre le coupable. D'aucuns auraient trouvé sa confiance bien mal placée, et à entendre leurs sarcasmes il aurait très certainement souri sans répondre.

Mais le pirate avait quitté les appartements et le sommeil avait englouti le prince. Englouti, submergé, jeté dans la plus sévère des tempêtes qu'il eut connu depuis longtemps. Derrière ses paupières closes, son esprit enfiévré avait alors fait tourner ses lanternes magiques.

De ce fait, il n'avait pas entendu Lucrezia entrer discrètement et passer du salon à la chambre, pas plus qu'il ne l'avait sentie s'assoir au bord du lit. Les mots qu'elle prononça lui firent l'effet d'un baume
.

"Croyez-vous que je vous imposerais un tel voyage ?" Le sourire qui étira ses lèvres n'était pas feint et une lueur amusée brillait dans le regard épuisé.
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Lucrezia di Lorio
Baronne - Ca'Adorasti



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MessageSujet: Re: La Chambre d'Elio   Lun 18 Juin - 16:52

Ce n'est seulement lorsque le Prince émergea des plumes du sommeil que Lucrezia accepta d’abandonner ses scrupules. Un sourire qui se voulait bienveillant, et rasséréné, vint maquiller ses lèvres, tandis que d'une main elle lissait nerveusement les pans de sa robe. Elle fit appel à ses souvenirs d'adolescente pour rendre cet ersatz de conversation un brin cocasse, et chasser, le temps d'un sourire, l’inquiétude latente :

"Voyons, mon Prince, tu ne reculerais devant rien pour te rendre intéressant !"

Les taquineries de Lucrezia envers son cher ami ne lui avaient que trop manqué ; Elio mourant, elle n'aurait su en user autrement. À son contact, Lucrezia ne trichait jamais. Toujours malicieuse, joueuse. En garde cependant, parce que le Prince Adorasti était le seul qui puisse se réclamer vainqueur sur la Baronne di Lorio. Elle adoptait cette même attitude autant sur le terrain, l'épée à la main, que dans cette chambre obscure, "au chevet" du Prince.

Elle s'attarda enfin à contempler le profil qui se détachait dans la pénombre orangée, les yeux d'or et cette bouche que l'on voulait sage et domptée. Son sourire se figea alors, et avec un ton plus froid, à l'éclat presque métallique, elle enchaîna sans concession :


"Qui t'a fait ça ?"

Lucrezia n'aurait pas eu l'audace de tirer sur le drap, jamais elle ne se serait autorisée ce geste. Mais quelque chose au fond d'elle lui criait que la blessure se trouvait sous la courtepointe. Que l'on avait frappé le Prince Adorasti à nouveau. Plus fort ? Connaissant Elio, ce serait très difficile à déterminer. La curiosité de Lucrezia lui démangeait les mains, elle s'empressa de s'enquérir de sa propre coiffure pour ne pas céder à la tentation d'aller chercher la source de cette faiblesse. Elle détourna les yeux .

Lucrezia ressentait sa propre vulnérabilité lui révulser le cœur. Elle détestait cette conscience absolue de son impuissance. Dompter ses ardeurs, c’était ce à quoi elle s’entraînait depuis des années. Mais voilà, les mystères qui entouraient son cher ami avaient toujours raison de ses efforts. Avec fébrilité, Lucrezia se tourna tout à fait en direction de la fenêtre, cachée derrière les lourds rideaux. Elle poussa un long soupir.


"Comment est-ce arrivé ?"
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Elio Lacryma Adorasti
Prince - Ca'Adorasti



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MessageSujet: Re: La Chambre d'Elio   Mer 20 Juin - 22:25

La jeune femme paraissait fébrile. Elle portait les mains à sa coiffure, arrangeant ce qui n'en avait nul besoin ; son regard passait sans cesse du visage du prince à la courtepointe. La tranquiliser. Il ne servait à rien de l'alarmer plus qu'elle ne l'était déjà. Prenant appui sur une jambe, il se redressa pour s'adosser contre les oreillers. Etrangement, malgré le rève troublant qui avait perturbé son repos, il se sentait mieux. Il avait toujours eu une faculté de rétablissement hors du commun et en remerciait le Ciel, même s'il avait conscience que cela était dû pour beaucoup à une hygiène de vie sans concession. Il eut une pensée amère, depuis qu'il était allongé là, il s'était plus employé à rassurer les uns et les autres qu'à tendre sa volonté vers la guérison ou vers les raisons de l'agression.
Sans répondre à ses interrogations, il posa la main sur les doigts crispés de la jeune femme
.

"Je suis heureux de vous savoir à mes côtés. Je ne vous attendais pas si tôt et j'aurais aimé vous accueillir dans de meilleures conditions." Son regard se fit plus grave. "Ne vous inquiétez pas tant des événements qui vous font me trouver alité, ce n'est rien de bien grave et je vous promets bien de ne pas laisser la chose sans suite."

Il l'observa, elle n'avait pas changé. Quelque soit le temps qui s'écoulait entre leurs rencontres, elle ne changeait pas. Toujours cette dualité de l'enfant qu'il avait connue et vue grandir, face à la femme qu'elle était devenue. Il plissa les yeux, les images précises d'un jardin de minuit aux parfums violents d'acier et de sang submergèrent ses sens. Cette nuit les avait construits l'un et l'autre plus sûrement que tout ce dont leurs vies avaient ensuite été faites.
Il resserra sa prise sur la main fine
.

"Cessez de fixer cette fenêtre, je vous prie Baronne di Lorio, j'aimerais voir vos yeux, leur lumière m'a manqué." Il sourit et son timbre se fit moins sérieux. "Je crois n'avoir pas été très précis dans ma dernière lettre. Je n'avais pas dans l'idée de vous faire venir jusqu'ici pour une simple visite de courtoisie, je comptais vous demander un service un peu particulier.. que bien entendu vous êtes en droit de refuser, vous savez que je ne vous imposerais jamais quelque chose qui vous répugne. Mais avant tout, dites-moi quelle est votre vie, vous amusez-vous ?".
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Lucrezia di Lorio
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MessageSujet: Re: La Chambre d'Elio   Mar 3 Juil - 22:07

Elio esquivait les questions de Lucrezia, négliger ainsi sa curiosité, c’était exciter les divagations de la Baronne di Lorio. Elle insista cependant quand il assura ne pas laisser les évènements sans suite : « Je l’espère bien ! Tu m’aurais dit le contraire, je t’aurais conclu mort ! »

Ses iris embrassèrent le regard d’or posé sur elle. La chaleur de la main posée sur la sienne la ramena doucement à saisir la réalité de la scène. Sur ses lèvres, vint poindre un timide sourire qui s’élargit lorsque le Prince éclaircit les zones d’ombre qui planaient sur sa dernière missive. Ainsi, il l’avait mandée dans un dessein précis. Rien de tout cela ne la surprenait finalement. Ce mystère était à son goût, et elle le fit savoir en claquant sa langue contre son palais, visiblement enchantée :

« Pourquoi rien de tout cela ne m’étonne? »
Elle aurait aimé insister, mais Elio fut habile, et détourna rapidement le sujet de la conversation sur la Baronne. « Mais puisque tu parais déterminé à me faire languir avec tes secrets, je vais te décevoir en te faisant le résumé de ma morne existence au cours des derniers mois. »

Elle entama son récit dans un soupir lassé qui s’accordait parfaitement avec le souvenir désagréable que lui avait laissé sa convalescence : « Le soleil tape fort en Sicile, il échauffe curieusement les esprits et anime les passions ! J’y ai goutté mon plaisir un temps, peut-être parce que j’avais une cour entière à mes soins pour obéir à mes caprices… Puis, à force de garder le lit et d’attendre ‘je n’ai jamais compris quoi’, je m’y suis ennuyée. Père s’était assuré que je sois bien entourée, c’est-à-dire affreusement mal, puisqu’il a fait envoyer quelques cousines à la rescousse. Il ne croyait pas mal agir, le pauvre, s’il avait su ! »

Plus à l’aise, maintenant qu’elle avait pu constater Elio suffisamment en forme pour s’intéresser à son cas, Lucrezia continua d’un ton volontairement badin : « Oh ! Non pas qu’elles fussent idiotes, mais les pauvres, elles n’entendaient fichtrement rien à mes priorités ! Donne-moi une lame et je suis la plus heureuse des Dames ! »

Elle eut un sourire malicieux et se pencha un peu en avant, et prenant le ton de la confidence, elle chuchota :

« Tu sais comment ils m’appellent, ces benêts d’hommes de main … J’ai cru ma peine récompensée quand, enfin, ils ont cédé à mes requêtes ! Mais non, encore une fois, même armée, j’étais plus inefficace qu’un bourdon… Tous ces gens-là semblaient résignés à me laisser gagner à chaque coup, pour mieux avoir à se défiler de mes assauts… Quels idiots ! Moi qui pensais te trouver sur pied pour me défier à mon retour, je dois reconnaître que ma frustration est au comble… »

Lucrezia hocha la tête, déçue : « Voilà, tu sais tout, ma vie est faite d’ennui et de perspectives à court terme. Vois, Prince, là je fais semblant de te raconter ma vie en guettant un signe d’une quelconque faiblesse pour te déclarer inapte à la vengeance, et m’autoproclamer capitaine de police pour traquer l’infâme qui t’a fait ça ! »

D’un geste théâtral, Lucrezia désigna le corps étendu et eut un petit rire, plus pour elle-même.

« Alors, est-ce que j’ai gagné de savoir pourquoi je suis ici, chez toi ? »
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Elio Lacryma Adorasti
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MessageSujet: Re: La Chambre d'Elio   Mar 10 Juil - 23:29

"J'aurais été étonné si vous m'aviez dit que la campagne sicilienne vous avait comblée. Vous êtes faite pour le repos et les longs après-midi alanguis à l'ombre des pins comme moi pour les travaux des champs. Il m'a semblé que vous rappeler à Venise serait bien accueilli et je vois que je ne me suis pas trompé."

Un sourire moqueur avait fleuri sur les lèvres palies et le regard d'or s'étirait d'amusement.

"Cependant, j'ai peur de vous décevoir. Je n'ai pas souhaité vous voir à mes côtés pour vous confier quelque mission d'éclat. Non que je doute un seul instant de votre capacité à mettre la cité sans dessus dessous, croyez-le bien. Et il se peut que dans le futur je vous sollicite pour ce talent que je vous connais ; mais pour cette fois, c'est à la femme d'esprit plus qu'à la femme d'action que j'en appelle."

La tête inclinée de côté, il étudia brièvement le joli visage de Lucrezia en s'interrogeant sur l'éventualité d'un refus de sa part. Elle avait quelques fois de ces réactions que même lui qui la connaissait bien ne pouvait prévoir.

"Comme vous n'ètes pas sans le savoir, ma jeune épouse est napolitaine et je n'entrerai pas dans les détails concernant ce qui m'oppose à sa famille ce serait tout à fait inutile. Quoi qu'il en soit, Bianca se trouve par ce mariage privée de repères et d'amies ce qui n'est bon ni pour son équilibre, ni pour son humeur, vous en conviendrez aisément. Son éducation ne l'a pas semble-t-il préparée au rôle qui lui est échu. Ma bonne amie et cousine la Comtesse Romana Baldini Adorasti avait accepté de l'entourer et de la guider mais malheureusement, une affaire familiale l'a rappelée à Florence. J'ai longtemps réflêchi avant de vous proposer de la remplacer. Je sais combien vous trouvez la compagnie des dames ennuyeuse mais je pense que vous ètes la seule à qui je puisse confier ce rôle délicat."

Il lui sourit et fit une pause avant de reprendre.

"Cependant Lucrezia, sachez bien que je ne vous oblige à rien. Vous pouvez tout à fait refuser ce que je vous propose, je n'en serai pas le moins du monde blessé ou contrarié. Le choix vous appartient, et vous pouvez prendre le temps d'y penser, je n'exige en aucun cas une réponse immédiate."
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Gabriella Delmonti
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MessageSujet: Re: La Chambre d'Elio   Dim 26 Aoû - 19:21

[Chambre de Leandro]

Préparer des chambres, Gabriella en avait l'habitude. Aussi celle de Leandro fut-elle rapidement prête, ménage compris, pièce aérée, cheminée allumée, chandelles éclairées, lit préparé. Elle avait également posé sur une console le coffre sensé contenir des oeufs de crocodiles. Elle avait bien été tentée de l'ouvrir mais ne l'avait finalement pas fait. Elle avait autre chose en tête. Ou plutôt, elle n'avait qu'une seule chose en tête : le prince Elio. La petite servante ne cessait de gémir et de se lamenter "le pauvre, qui a osé.. il doit avoir mal.. je dois veiller sur lui." si bien qu'elle enchaînait les corvées sans s'en rendre compte.

Après avoir terminé la chambre du nouveau secrétaire particulier du prince, Gabriella était descendue dans les communs. Il ne restait là que des servantes et des valets trop vieux, trop jeunes ou trop aigris pour être intéressés par le bal populaire donné au Castello. Elle soupira, elle avait complètement oublié le bal, mais cela n'avait plus d'importance.

Elle prépara minutieusement le thé à la rose préféré du prince et disposa le tout avec soin sur un plateau avec cuillère d'argent et des morceaux de sucre qu'elle venait de casser. Plateau en main elle remonta vers les appartements du prince et frappa doucement à la porte de peur de le réveiller s'il dormait.


"Le pauvre il doit être si fatigué, il faut que je m'occupe de lui.." murmura-t-elle pour elle-même.

Lorsqu'elle entendit l'autorisation pour elle d'entrée, Gabriella s'exécuta et referma la porte derrière elle. Se retournant, elle eut un temps d'arrêter en apercevant une belle jeune femme assise sur le bord du lit.


*Qui c'est celle-là ?!*

S'apercevant qu'elle regardait la jeune femme d'un air mi-étonné mi-antipathique, Gabriella tourna le regard vers le prince alité et son regard se fit doux, inquiet et peiné.

"Monseigneur je vous ai apporté votre thé..." dit-elle en posant le plateau sur le chevet.

"Je voudrais que vous sachiez que j'ai décidé de ne pas aller au bal pour rester m'occuper de vous..." dit-elle en faisant la moue. Oh bien sûr elle avait eu très envie d'y aller, mais ce qui était arrivé au prince Elio avait changé tous ses projets.
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Elio Lacryma Adorasti
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MessageSujet: Re: La Chambre d'Elio   Lun 3 Sep - 18:43

Lucrezia restait silencieuse. Sans doute ne s'était-elle pas attendue à ce que le prince lui propose une telle charge.
Avait-il été trop rapide ? Sans doute. Mais à quoi bon attendre
?

"Comme je vous l'ai dit plus tôt, vous avez tout loisir de réfléchir. L'affaire est d'importance mais rien ne vous oblige à accepter."

Son sourire lui assurait qu'un refus de sa part n'aurait pas de conséquence sur leur amitié.

"Prenez votre temps, installez-vous et.."

Deux coups à la porte et la petite servante blonde qui décidemment avait décidé de s'attacher à son service plus que toutes les autres, entra, porteuse d'un plateau.
Le regard qu'elle porta sur Lucrezia amusa Elio. Il semblait que la jeune fille n'approuvât aucune des femmes qui approchaient son maître
.

"J'apprécie que vous ayez à coeur ma santé, Grabriella, mais vous irez à ce bal. Je vais bien, je n'ai pas besoin de garde-malade mais seulement de repos et je souhaite ne pas être dérangé."

Ramenant son regard sur le visage de son amie, il lui sourit
.

"Je vous verrai plus tard, Lucrezia."

Il se laissa aller contre les oreillers et ferma les yeux, indiquant par là que la jeune femme pouvait disposer.
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Gabriella Delmonti
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MessageSujet: Re: La Chambre d'Elio   Jeu 6 Sep - 14:53

Gabriella tortilla le bord de son tablier alors que le prince s'apprêtait à lui répondre. Elle sourit malgré elle quand il exprima son contentement de la voir s'inquiéter pour lui. Comment pouvait-il en être autrement de toute manière? C'était son rôle de veiller sur lui ! Non.. plus exactement son rôle était de veiller à la bonne marche de la maison... mais Elio était le Maître de la maison, donc veiller sur lui revenait également à veiller à la bonne marche de la maison.

Cependant il lui demanda d'aller au bal et lui assura qu'il se sentait bien. Gabriella se mordit l'index avant de le reposer sagement sur le bord de son tablier.


*Quelle bonté d'âme... alors qu'il est blessé, il préfère me voir m'amuser... holalaa, il est tellement merveilleux...* pensa-t-elle dans un soupir de béatitude.

D'un autre côté, elle voulait être sûre la soirée se passerait bien pour le prince et qu'il ne manquerait de rien en son absence.


"Merci Monseigneur." dit-elle en effectuant une belle révérence.

Elle allait charger Annabella... non pas elle, même si elle était vieille, elle préférait qu'une femme ne s'occupe pas personnellement du prince.. elle allait charger Georgio, de veiller au confort du prince et de venir la chercher au moindre problème.

Gabriella s'inclina devant la dame, quoique moins profondément et sortit sans bruit de la chambre, refermant doucement la porte derrière elle.


[Jardin du Castello]
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La Chambre d'Elio

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