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 La Bibliothèque

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Cilio de
Invité



MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Dim 8 Mai - 19:58

[La Suite de Cilio Dell'Arbero - Etude]

Cilio s'était dirigé vers la Bibliothèque du Prince Ugo dans l'espoir de trouver un peu de lecture pour le divertir. Il n'était pas le genre de personne à tomber facilement dans l'ennui; et aujourd'hui, on aurait plutôt dit qu'il s'agissait de mélancolie. Le jeune poète semblait pourtant bel et bien s'ennuyer. Il s'ennuyait des mots; ceux-ci, loin d'être ses humbles serviteurs, l'abandonnaient parfois lâchement pour on ne sait quelle festivité mot-daine et l'inspiration fuyait avec eux.

C'est donc plutôt maussade que Cilio se retrouva devant la porte de la Bibliothèque. Des voix perçaient de l'autre côté du mur, faisant hésiter quelques instants le jeune homme sur la direction à prendre. Il n'était pas très friand des discussions nobles qui pouvaient se tenir dans des comités restreints comme celui-ci. Mais l'idée même de retourner dans son bureau vide et gris abolit toute hésitation. Son cerveau, habituellement en perpétuelle ébulition, paraissait avoir décidé de se mettre au repos et Cilio s'en trouvait désemparé. Alors qu'il appréciait habituellement la solitude, il se surprit à désirer une compagnie, n'importe laquelle; non pas pour discuter, mais simplement histoire de sentir une présence humaine à ses côtés. Son propre désir le fit frissonner.

Avec toute la courtoisie qu'il avait apprise, Cilio frappa discrètement à la porte. Il espérait que les personnes présentes dans la pièce - il avait cru reconnaître la voix du Prince - auraient entendu les coups timidement donnés sur la porte.
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Tannucci
Invité



MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Dim 8 Mai - 20:53

Tannuccia souriait aux démonstrations de fidélité du jeune Matteo. Il semblait littéralement dévoué et en admiration devant son Maître.Ugo n’était pas n’importe qui il fallait bien le reconnaître, il tenait parfaitement sa maison, comblait ses invité et possédait un caractère entier qui faisait de lui un joueur dangereux, capable d’abaisser des cartes inconnues des autres aux moments où l’on s’y attendait le moins.
La Princesse ne savait pas non plus à quoi s’attendre de la part du jeune homme inconnu, deviendrait-il dangereux ? Devrait-elle user de son charme pour le conquérir totalement et exercer un plein pouvoir sur lui ? Elle n’avait besoin de personne, juste de dévotion, pour être sûre de pouvoir sortir quelques cartes de dernier recours.Il était tôt, bien trop tôt, le jeu n’était pas encore battu, les cartes non distribuées, elle aurait tout le temps d’y penser, elle tenait là, juste à profiter des instants de répit que lui offrait ce moment de « joie » et cette atmosphère plaisante.


Déjà l’attention de Tannuccia et de Rossana s’était détournée de l’une et de l’autre, elles étaient des spectatrices du tableau que tous quatre peignaient.Ils se jugeaient et se méfiaient déjà.Tannuccia eut envie de rire, Venise, ville de l’amour, ville de romance ? Laissez-moi rire, Venise ville de tous les vices, de toutes les trahisons, Venise ville de péchés sournois comme le Serpent qui incita nos Parents à quitter l’Eden.Et Rome ? Rome ville des Plaisirs, c’était vrai en un sens.Mais dans le plaisir nous inclurons celui de planter une arme blanche dans le dos d’un adversaire et de voir son sang vermeil s’échapper de la marque de notre trahison.Finalement, elle était venue chercher le calme et le repos dans un nid de serpents.

Tannuccia adressa un sourire au compliment du jeune homme sur ses dessins.Il savait manier les mots de manière à flatter quiconque lui tendrait une perche pour le faire, en l’occurrence, il n’était pas celui dont la fidélité pouvait être sans faille, et n’était pas un garçon naïf, il complétait le tableau à sa manière, sournoise et dangereuse.Mais elle aurait son âme avant qu’il n’ait son corps.
Il ajouta un nouveau compliment destiné aux deux femmes, les traits de la Signora Belvecciore se détendirent, les siens restèrent figés dans une moue appréciative mais lointaine, comme si le compliment avait glissé sur elle comme sur de la glace au lieux de pénétrer au plus profond de son égo.

Le prince qui devait avoir jugé qu’il était bon de placer un geste se leva et entama un discours fort intéressant. Il était réfléchi, Tannuccia quant à elle savait toujours quelles phrases dire mais quant à les placer c’était une autre histoire, elle ne réfléchissait pas assez.Le discours d’Ugo était grandiloquent, fort agréable à l’écoute, un discours dont Tannuccia se délecta de chaque mot.Ainsi le jeune homme s’appelait Matteo…elle se promit de ne point l’oublier.
Son séjour serait de toute manière très plaisant, il commençait déjà magnifiquement bien et promettait d’être plein de surprises et de rebondissements.
Ugo proposa d’organiser des réjouissances, une petite réception, quelle délicieuse idée.Elle esquissa un sourire lorsqu’Ugo mentionna ses tableaux, ainsi il voulait choquer un public plus large ? En quoi ses tableaux entraient dans ses projets ? Mais tant mieux, si elle pouvait s’insinuer dans la maison même au moyen de son art, elle se ferait pas prier.


-« C’est une exquise idée, Prince, une petite réception durant laquelle je pourrais exposer mes œuvres.Vous êtes un hôte merveilleux sachant combler ses invités comme il se doit. »

Le Prince demanda ensuite à la Signora Belvecciore si elle aurait des suggestions sur les divertissements qu’ils pourraient offrir à ses invités lors de la réception, étant donné sa découverte minutieuse de Venise ces derniers temps, ce à quoi elle répondit allègrement.

-« Le théatre ? Pourquoi pas de la Comedia dell’Arte, c’est fort divertissant et cela a le don de détendre une atmosphère. »

Des coups frappés lui firent tourner la tête et interrompre sa tirade


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Matteo Salvanti
Homme de Main - Ca'Grazziano


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MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Lun 9 Mai - 12:42

Le Prince était un homme bon. Il arrivait à inspirer chez les siens une loyauté sans faille à cause de discours tel qu’il venait de prononcer. Que ce soit intentionné ou pas, l’effet en restait le même : Matteo était enorgueilli de fierté. Que son maître prenne la peine de gaspiller de sa salive pour mentionner son nom à lui, Matteo Salvanti. De le placer au côté du sien, le noble Ugo di’Grazziano, comme si c’était la chose la plus normale au monde, voilà ce qu’était de la finesse, l’art de se faire aimer et respecter. On aurait placé une légion d’Adorasti armés jusqu’aux dents et nul doute que Matteo se serait précipité sur les malfrats pour les rosser, pour le seul honneur du Prince. Il était conscient que son adoration aveugle était une faiblesse, mais personne n’était parfait, y compris lui, aussi incroyable que cela puisse paraître.

Malgré le temps qu’il avait passé à son service, jamais Matteo ne s’était habitué aux yeux du Prince. Ils étaient des eaux insondables, dont on ne pouvait savoir la direction exacte vers laquelle ils étaient fixés. C’était troublant, même pour quelqu’un comme lui, qui n’était choqué que par peu de choses. Cela donnait une impression d’être constamment épié. Raison de plus pour bien se conduire en compagnie du Prince, surveiller ses moindres gestes et moindres paroles. Parce qu’ici, à Venise, alors que la menace Adorasti prenait forme, le plus infime détail devenait capital. Ouvrir sa fenêtre un soir puisqu’on avait chaud, peut se révéler fatal si un assassin venait pendant la nuit. De même qu’omettre de sortir accompagné la nuit, par insouciance ou mégarde, c’était se jeter dans un coupe-gorge.

Une fête ? Les yeux de Matteo s’illuminèrent à la seule mention de cette idée. Fête, selon sa définition, équivalait à festin, vin, belles courtisanes et jolis damoiseaux, soit l’essentiel pour un plaisir sans discontinuer. Il se doutait qu’un événement tel que celui-ci se déroulerait un jour ou l’autre, car les di’Grazziano devaient annoncer en grande pompe leur retour à Venise, mais son excitation n’en était pas amoindrie. Ce serait grandiose, à l’image de la Maison di’Grazziano ! L’esprit de Matteo fonctionnait à toute vitesse. Il pensait déjà à ceux qu’il souhaitait inviter, les mets qu’il aimerait déguster, les feux d’artifices ou les décorations à faire importer…

N’écoutant la conversation qu’à demi, le jeune homme prit un instant pour se demander quelle impression il avait fait sur les deux femmes. Celle d’un séducteur, probablement. Celle qu’il préférait endosser, car plaisante, lui collant à la peau, mais surtout, inoffensive. Personne ne peut résister aux mots doux. Personne ne déteste qu’on flatte son ego, complimente sa beauté. Venise lui convenait parfaitement, somme toute. Très différente de Naples, mais pas d’une manière aussi négative qu’il aurait pu se le concevoir. Venise, c’était une ville de mystères, où porter un masque était de convenance. Et qui, mieux que lui, savait se grimer et se camoufler ? Son regard parcourut la pièce. Tous ceux présents dans la bibliothèque.

Entendant des coups cognés contre la porte, Matteo fit volte-face et alla ouvrir. Son visage se fit tout sourire lorsqu’il vit qui était à la porte : Cilio Dell’Arbero, leur jeune poète. Se plaçant de côté, il lui fit signe d’entrer et l’introduisit de la façon suivante :


« Mon Prince, Mesdames, voici Cilio Dell’Arbero, un jeune poète aussi talentueux que le serait la princesse, selon les dires de mon maître. »

Ce garçon était décidément à croquer avec ce petit air mélancolique de chiot battu combiné à ces habits d’un blanc immaculée qui lui donnait l’air pur, intouchable, angélique. Ce mélange savant et si réussi lui donnait matière à réfléchir. N’était-ce que caprice d’artiste, simple habitude ou apparence soigneusement calculée pour cet effet ? Quoiqu’il en soit, Matteo aimait les ingénus. Il adorait leur visage étonné, tombé des nues, leurs joues rougissantes, leurs yeux agrandis, mais surtout, leur bouche alors qu’elle s’ouvrait grand pour laisser échapper un tout premier (et certainement pas le dernier, s’ils étaient en sa compagnie) gémissement de plaisir, alors qu’il leur faisait explorer le monde merveilleux des plaisirs de la chair.

(le tour de post pour ce sujet est : Matteo, Ugo, Rossana, Tannuccia, Cilio)
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Coriolan
Invité



MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Mar 10 Mai - 12:58

Coriolano ne s'attendait pas à ce que son discours provoque des réactions intenses. Non. Son objectif premier était de divertir. Il avait mis beaucoup de temps à comprendre cet état de faits qui, une fois qu'on l'avait acquis, aparassait comme évident : un Prince était un Acteur. Ce n'était pas un hasard, loin de là, si de nombreux peuples - les Français en particulier - ritualisaient, parfois jusqu'à l'extrême, les agissements de leurs souverains. L'ennui. Il fallait craindre l'ennui de son entourage car alors, pourquoi ces gens seraient-ils restés autour de lui ? Il fallait donner à chacun ce qu'il attendait. En cela, Coriolano se sentait plutôt privilégié. Tout d'abord parce que, héritier d'une maison puissante mais somme toute peu importante, il n'avait pas encore à recourir à des moyens extrêmes pour amuser ceux qui l'entouraient. D'autre part, il aimait cela. Il aimait voir sur le visage des autres qu'il avait touché juste, peut-être trop pour un dirigeant. Mais les choses étaient comme cela.
Un nouvel arrivant le détourna de ses pensées. Matteo pris l'initiative de présenter le jeune homme, ce dont Coriolano lui fut secrètement reconnaissant. Il soupçonnait parfois son homme de main de comprendre tacitement quand son maître souhaitait ne pas s'embarasser de paroles inutiles. Non pas que Coriolano n'appréçiât pas Cilio, bien au contraire. Mais, de temps à autres, il en venait à se demander ce qui l'avait poussé à prendre le poète sous sa protection. Le garçon était prometteur, cela ne faisait aucun doute et la famille di Grazziano, sans atteindre les excès des Adorasti, appréciait les arts. Mais jamais on avait vu un prince de cette maison loger un artiste sous son toit.


*Il faut croire que beaucoup de choses ont changé... et vont continuer à changer.*

Cette pensée était plaisante, aussi s'adressa-t-il de façon presque amicale au nouveau-venu.

"Entre, je t'en prie, Cilio. Heureux de voir que tu commences à t'habituer au palais. Je ne crois pas que tu aies jamais rencontré nos deux compagnes ? Voici la princesse Tannuccia di Alessandro, dont tu as sûrement déjà entendu parler, et Rossanna Belvecciore, une excellente amie."

Le nom de famille de Rossanna arriva avec un imperceptible temps de retard. Il trouvait toujours étrange de donner le nom complet de cette femme, qu'il connaissait si bien.
Coriolano était à présent parfaitement détendu. L'ambiance était parfaitement posée, et il allait donc falloir la briser... Mais pas avant d'avoir laissé le garçon découvrir les visages inconnus qui s'offraient à lui. Beaucoup de choses pourraient dépendre de lui. Beaucoup...


"Dis-moi Cilio, peut-être te prends-je au dépourvu, mais je compte organiser une petite soirée où la Princesse di Alessandro nous présenterait ses oeuvres... Tu pourrais en profiter pour nous faire une lecture de tes poèmes ?"


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Rossana
Invité



MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Mer 11 Mai - 8:58

Le poète était entré. Un autre homme. Rossana étira ses lèvres en un sourire tout satisfait. Les invités du Prince étaient décidément extrêmement intéressants. Leurs aspects physiques, leurs personnalités, leurs talents ... Rossana avait hâte de décrypter les attitudes de chacun. Il fallait les comprendre et repérer les faiblesses, ou les points forts, avant même de tenter une allusion délicate. Non pas qu'elle en eût l'intention, mais tout de même ...

Elle inclina la tête pour saluer l'arrivée du poète.


"Bonjour, Monsieur Dell'Arbero ..."

Sa voix se voulait lente et séductrice, son regard le parcourant lentement. La princesse, elle, semblait se poser les mêmes questions qu'elle. A qui pouvait-on confier une chance ... Ou une trahison.

Le prince, lui, semblait maîtriser la situation. Il regardait ses convives avec le plus vif intérêt et essayait, par ses paroles ou ses projets, de combler les besoins et les envies de ses capricieux invités.

Une fête. Oh oui, une fête. Le genre d'évènement qui met le feu aux poudres, qui fait circuler les rumeurs et qui facilite les entreprises traitresses. Rossana jeta un coup d'oeil à Matteo : c'était le genre d'homme qui animait les fêtes, par des discours, des séductions ou autres bienveillances toutes personnelles.


"Quel genre de poèmes faites-vous, Monsieur Dell'Arbero ?"

Rossana n'attendait pas vraiment de réponse, quoique ... Mais elle voulait vérifier les effets qu'avaient produits les nuances de sa voix. Elle aimait mettre mal à l'aise, elle adorait ça.
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Tannucci
Invité



MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Mer 11 Mai - 21:56

Tannuccia regarda d'un oeil interessé le nouveau venu. Pauvre petit ange égaré au milieu des démons, pauvre brebis égarée au mileu des loups affamés. Tannuccia adressa un sourire enjoué et aguichant au nouveau venu. Il avait l'air si fragile, si mélancolique...Si manipulable, elle avait un rôle qui convenait parfaitement pour parler à ce jeune intouchable. Tannuccia vit Matteo dévorer des yeux l'homme qu'il présenta sous le nom de Cilio Dell'Arbero, un poête talentueux.
Tannuccia rit à la comparaison de son talent à celui de Cilio, elle espérait pour le poête qu'il ait tout de même plus de talent qu'elle. Un poête avait toujours besoin d'une muse, non ? Alors elle ferait en sorte d'être cette muse.


-"Bonjour et soyez le bienvenu parmi nous Signor Dell'Arbero."

Tannuccia avait parlé d'une voix égale, mesurée et d'une douceur incomparable, elle souriait à présent avec distance, endossant un masque de douceur et de calme. Ugo invita le poête à entrer, formula quelques conventions de politesse et les présenta, toutes deux, elle et Rossana. Une excellente amie. Elle sourit doucement à son nom en hochant la tête et lança un imperceptible regard de travers à Rossana pour se reporter ensuite sur le poête. Il était celui vers qui tous les regards convergeaient à présent et Tannuccia ne comptait pas lui voler la vedette, du moins... pour l'instant.

L'idée de la fête semblait avoir gagné et séduit tous les coeurs et les esprits de la pièce. Ugo avait donc proposé à Cilio de déclamer certains de ses poêmes durant cette fête, où elle-même présenterait ses oeuvres. Ainsi il avait parfaitement orchestré le tout. Mais il y avait dans cette pièce quatre autres protagonistes qui pourraient très bien ajouter une note s'ils le souhaitaient.

Tannuccia entendit la question posée par Rossana et se retourna vers elle en la fixant avec intérêt. Elle approuvait sa démarche tout en se demandant où cette vipère voulait en venir. Mais elle ne le savait que trop bien aussi détourna-t-elle à nouveau son attention vers Cilio et lui sourit avec amitié.


-"Pourquoi ne pas nous déclamer quelques vers ici. L'ambiance est à la fête et à la joie, nous serions tous comblés je pense."

Tannuccia regarda tour à tour chaque personne présente dans la pièce pour appuyer ce qu'elle venait de dire, mais elle n'en avait à vrai dire, guère besoin. Au passage elle adressa un grand sourire à Matteo...
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Cilio de
Invité



MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Mer 11 Mai - 22:49

Cilio ne put empêcher ses yeux de s'élargir d'étonnement face à la rapidité avec laquelle on lui avait ouvert la porte. Emotion très vite engloutie par un embarras magnifiquement souligné d'un fard signifiant lorsqu'il tomba nez à nez avec Matteo. Son regard un peu trop insistant, presque gourmand avait toujours mit le jeune poète mal à l'aise. Le sourire lumineux de Matteo n'arrangeait rien à l'affaire. En lui-même, Cilio se maudit d'avoir eu la brillante idée de quitter son rassurant bureau pour aller se jeter dans la gueule de loups affamés.

Car c'est l'effet que lui procura son premier coup d'oeil sur les personnes qui se trouvaient dans la pièce. Les deux femmes étaient semblables à des panthères, dissimulant sous des yeux de séductrices un écueil de mensonge et de fourberie. Matteo, quant à lui, avait cet on-ne-sait-quoi de carnassier qui intimait puissamment à Cilio de ne jamais rester seul dans la même pièce que lui. A vrai dire, seul le Prince se détachait du groupe, halot de bonté et de bienveillance dans un monde dévoré par les crocs de la haine.

Cilio se raccrocha à l'aura bienfaisante du Prince pour reprendre la contenance qu'il se devait de posséder en toute circonstance. D'une courbette sans manières, il salua la salle et déclara, les yeux toujours rivés vers le sol:


" Si ma présence en ces lieux est superflue, je saurai me retirer sur une simple demande. "

Mais le Prince, heureusement ou malheureusement pour Cilio, le pria d'entrer. Le jeune poète acquiesca à la question du Prince; non pas qu'il aimât particulièrement les fêtes, mais il se devait de s'y rendre pour honorer tout ce que les di'Grazziano avaient pu lui apporter. De plus, même si la foule ne l'attiraient guère, il trouvait toujours dans ces tourbillons de caractères, de couleurs et de voix une inspiration sans limites.

La voix suave de Rossanna toucha la première la sensibilité du poète. Cette femme d'une beauté rare et mûre avait beau inspirer la plus grande méfiance à Cilio, elle n'avait eu à prononcer que quelques mots pour mettre son esprit en ébullition. Des flots de mots jaillissaient dans sa tête, il imaginait déjà le poème à écrire sur une beauté si cruelle et sensuelle à la fois...

Il s'apprêtait à répondre à la question de Rossanna lorsqu'un autre voix, plus empreinte de la frâicheur de la jeunesse mais non moins envoûtante, s'éleva. Le regard de Cilio glissa vers la princesse étrangère et s'y arrêta quelques instants.
La jeune femme était au moins aussi troublante que son aînée. Le jeune homme avait vaguement entendu parler de cette princesse étrangère, venue de Rome et logée à la Ca'Grazziano pour une raison qui lui paraissait, comme à la plupart des habitants du palais, encore obscure. De même que l'aura qui l'enveloppait...
Il savait qu'il ne devrait jamais se prendre au jeu de la séduction. Malgré son jeune âge, il avait déjà pu y être soumis; tant bien que mal, il y avait jusque là resisté. L'omniprésence de sa soeur défunte, dans le moindre de ses gestes, de ses pensées et de ses paroles avaient toujours vaincu les tentatrices. Il pourrait bien résister une fois de plus au dangereux appel du corps...

Cilio ne put cependant pas refuser la requête de Tannuccia. Il s'inclina devant la Dame et déclara:

" Si là est votre plaisir à tous, je l'accepte volontiers. Je viens justement de terminer un poème commencé ce matin même en l'honneur de l'aube pure de ces jours d'hiver. Il me paraissait que peut-être quelques modifications seraient à apporter; mais ainsi, je vais pouvoir obtenir un avis extérieur. D'autant plus important qu'il s'agit de personnes attentionnés par le Prince et de notre Prince lui-même. "

Il marqua un court temps de pause, durant lequel son visage changea d'expression. Ses traits se modifièrent à peine, mais quelque chose dans son regard, quelque chose d'indéfinissable pour la plupart des gens qui avaient pu l'observer même après l'avoir connu plusieurs années, s'anima. On aurait pu croire que ses yeux se perdaient au loin et qu'il rentrait dans une de ces transes un peu effrayantes qui caractérisait les artistes et les coupaient plus ou moins du monde réel. Mais pour Cilio, c'était différent : il restait en effet étonnamment conscient de tout ce qui l'entourait, peut-être même plus que d'habitude, et là semblait être le changement.

Sa voix, jusqu'alors douce et et fragile, prit également ce qui ressemblait à de l'assurance, sans en être réellement. Il s'agissait plutôt d'une mutation dûe à toutes sortes d'émotions qui le traversaient à chaque déclamation; les mots s'emparaient de sa bouche et chacun prêtait sa mélodie aux paroles du jeune poète. C'était du moins ainsi que Cilio le ressentait.


" Charme de ces étoiles descendues dans la nuit
Jusques au pas des portes nues de toute vie
Les Célestes s'enivrent des confidences grises
S'appropriant le givre des pavés de Venise

Rien n'a de sens que l'hymne portée par le vent
Que le silence qui coule à travers un instant
Suspendu dans les Cieux, cascade d'éternel
Dont s'abreuvent les yeux des humbles mortels

L'Homme n'a pour toute place dans ce paradis blanc
Que cette frêle trace ébauchée par le gant
D'une fillette jouant dans la ville endormie.
"

Quelques instants plus tard, le visage de Cilio reprit son expression naturelle. Et comme à chaque fois qu'il apparaissait au centre des attentions lorsque la magie des mots se brisait, son regard se fit gêné et fuyant.
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Matteo Salvanti
Homme de Main - Ca'Grazziano


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MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Jeu 12 Mai - 2:42

Matteo arriva à sentir la tension du jeune poète, alors qu’il le détaillait sans aucune honte. Son malaise était palpable, il flottait dans son sillage et Matteo se délectait de ce parfum enivrant. Il adorait inspirer la crainte, cette alarme que ressentent la pucelle ou le damoiseau à l’idée de perdre leur si précieuse vertu. Il était dommage que le Prince fut dans la pièce en compagnie de dames, car si on l’avait laissé seul avec le ravissant Cilio Dell’Arbero, qui sait ce qui serait arrivé? Matteo n’était pas de nature violente, jamais il n’avait forcé de femmes, ni d’hommes, il n’était pas l’un de ces sauvages d’Amérique, tout de même! Mais il avait tout de même certaines façons de convaincre ses proies d’accepter ses avances.

Le jeune homme admira avec quelle aisance le Prince arriva à détendre le jeune poète, qui s’était instinctivement dirigé vers le maître de la maisonnée. Choix judicieux, d’ailleurs, qui prouvait que ce garçon était prometteur. Il savait se ranger sous la bonne tutelle. Pas étonnant qu’il ait chercher à se réfugier chez le Prince. Sa chaleur et sa courtoisie le rendaient sympathique d’emblée et faisait figure de protecteur juste et bon pour quelqu’un comme Cilio Dell’Arbero.

La voix de la signora Belvecciore arriva à faire perdre à Matteo le fil de ses pensées. Quelle sensualité, visiblement destinée à faire effet sur le nouvel arrivant. Apparemment, le test avait été concluant, comme l’indiquait la physionomie rêveuse du jeune homme. À quoi pensait-il présentement? S’il avait été à sa place, Matteo n’aurait eu aucune scrupule à profiter de son statut d’attraction principale pour séduire la belle dame, mais Cilio Dell’Arbero n’était pas ainsi. Malheureusement pour lui. L’homme de main du Prince eut presque de la pitié pour lui. Il n’arrivait pas à concevoir qu’on puisse se priver des plaisirs de la Vie avec autant d’enthousiasme…

Ce fut ensuite au tour de la princesse de prendre la parole. Celle-ci proposa que le poète déclame l’une de ses compositions, puis ses yeux parcoururent les personnes présentes dans la bibliothèque. Elle sourit à Matteo qui le lui rendit avec le même éclat, car quelle splendeur que de voir une véritable artiste à l’œuvre! Cette princesse n’était rien de moins qu’une artiste. La manière dont elle avait totalement changé d’attitude au moment même où le délicieux petit poète était entré dans la pièce, un pur régal. L’air sereine, douce, une fleur délicate qui pousserait au milieu des ronces, dont il faisait lui-même partie. Quel chef-d’œuvre d’art dramatique et en même temps, quelle parfaite compréhension de la nature humaine! En quelques secondes, la jeune femme avait réussi à déterminer comment se comporter avec le poète. La seule vue de ce dernier lui avait fait comprendre qu’on ne devait pas l’effrayer par la séduction ouverte, mais plutôt l’apprivoiser, comme on le ferait avec un animal apeuré. Matteo ne doutait absolument pas qu’elle puisse réussir à gagner le cœur du poète, effacer ses réticences premières… et le soumettre entièrement à sa volonté. Il posa un regard d’admiration renouvelée sur la princesse, celui d’un homme qui découvre en un autre, des capacités égales aux siennes, sinon supérieures.

À la demande de la princesse, le poète récita sa plus récente œuvre. Bien que ce ne fut pas la première fois qu’il voyait celui-ci réciter ses poèmes, Matteo était à chaque fois ébahi du changement qui s’opérait chez le jeune homme. Il semblait coupé de la réalité, perdu dans son monde de rimes et d’émotions. Sa timidité paraissait faiblir pour faire place à quelque chose de plus grand, apportant un sentiment de révérence envers cet être transformé qui savait si bien manier les mots. Sans être un grand connaisseur, Matteo arrivait à apprécier sans peine le talent du jeune homme.

Il laissa flotter un silence de presque recueillement, laisser s'estomper l'effet des dernières rimes se dissiper, avant de se tourner vers le poète et de lui exprimer avec sincérité:


'' Monsieur, votre talent honore la Maison di'Grazziano et je me vois comblé d'en faire partie, car plusieurs rêveraient d'être à ma place afin d'entendre, ne serait qu'un seul de vos vers. ''

Puis, la nature revenant au galop, Matteo ajouta avec un sourire entendu:

'' Nul doute que vous ferez sensation, ici, à Venise! Je suis impatient d'assister à la fête organisée par le Prince... Mais ne vous inquiétez pas, si votre âme d'artiste est rebuttée par la vie mondaine, car je me ferai un plaisir de vous offrir un havre de repos. Une seule parole de votre part et vos désirs seront exaucés. ''
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Coriolan
Invité



MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Jeu 12 Mai - 21:34

Coriolano observait la scène qui se déroulait sous ses yeux avec le plus vif intérêt. Chacun des membres de l'assistance cherchait, à sa manière, à "s'approprier" le jeune poète. Bien entendu. Dans cette époque, et surtout dans cette ville, seuls tireraient leur épingle du jeu ceux qui avaient su s'entourer des bonnes personnes, d'individualités puissantes ou fascinantes. Cilio faisait partie de la deuxième catégorie.
Le Prince fut un instant tenté d'intervenir afin de faire sentir au garçon qu'il ne courait aucun risque ici, puis se ravisa. Le couver à l'excès serait la pire des erreurs. Tous seraient bientôt engloutis par la tempête, et si le jeune poète pouvait faire ses armes dans une ambiance relativement bienveillante, c'était tant mieux. Son seul talent ne lui suffirait pas. Il devrait développer d'autres atouts. Mais Coriolano n'avait aucun doute que Cilio y parviendrait. Il décelait en ce garçon un potentiel encore voilé, certes, mais à la mesure de cette cité dans laquelle, sûrement, il ferait sa carrière s'il rencontrait le succès.
Il écouta attentivement le poème déclamé par le jeune homme, se laissant porter par le rythme des mots plutôt que par leur signification. La voix du poète avait instauré quelques instants de paix, dont il fallait absolument profiter. Il avait l'intuition que tout le monde dans cette bibliothèque le comprenait. Le silence autour d'eux était absolu, seulement rompu par la voix d'eau de source du garçon.
Coriolano finit par hocher la tête, plantant ses iris gris dans le regard du jeune homme.


"Toutes mes félicitations. Tu as nettement progressé depuis les quelques essais que tu m'as montré tantôt. Et tu ne déparerais point devant un public plus important."

Une lueur d'humour s'alluma dans ses prunelles.

"Il faut aussi rendre grâce à ton audience. J'aime à affirmer que tu n'en trouveras pas de meilleure dans tout Venise. Mais même face à un public de moindre valeur, tu sauras sûrement charmer tes auditeurs."

Sur ces mots, il écarta légèrement les mains.

"Mesdames, messieurs, merci pour ces quelques instants que vous m'avez consacré. Venise m'apparaît soudain beaucoup moins hostile. Hélas, tellement d'affaires requièrent mon attention et ne souffrent pas l'attente... Maintenant que nous voilà totalement installé, j'ose espérer que le palais vous conviendra. Mesdames, Cilio, si le moindre problème se pose à vous, venez m'en parler, à moi ou à Matteo."

D'un geste quasi imperceptible, le prince fit signe à son homme de main qu'il souhaitait s'entretenir avec lui, une fois qu'ils seraient seuls.
Ce moment ne devait pas se prolonger davantage. C'était son caractère éphémère qui le rendrait précieux au coeur de ceux qui y avaient été conviés, même au coeur de la tourmente qui éclaterait sous peu.


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Rossana
Invité



MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Ven 13 Mai - 20:00

Matteo, après Tannuccia, avait jeté son dévolu sur le poète, qui semblait beaucoup plus réservé et moins posé que la plupart des personnes dans la pièce. Il représentait le contraste qui faisait de lui le pion central actuellement, celui sur qui tous les regards se rivaient. L'Homme de main ne semblait pas insensible au charme fragile du garçon, et Rossana le comprenait largement. La sensibilité qui s'imprimait sur son visage était attendrissante ... Très attendrissante ...

Avec Tannuccia, c'était différent. Une rivalité omniprésente ricochait entre les deux jeunes femmes, comme si une balle invisible était entre les mains des jeunes femmes et qu'elle lançait la leur comme une chance acquise sur l'autre. C'était puéril, mais surtout extrêmement discret, des piques de velours dans le silence du défi, dans la cordialité délicatement maquillée...

Le Prince lui, était maître de lui-même, avançant aussi ses pions avec habileté, conservant charme, discrétion et tact, accompagné de sa douceur naturelle et de sa bienveillance millimétrée. Rossana estimait cet homme, par son imposance et sa grandeur, mais pour combien de temps ? Rossana était socialement lunatique, passant de l'admiration à l'indifférence et du respect au mépris.

Le poème de Cilio était troublant. Une obscure fraîcheur entonnait l'imagination et les pensées de Rossana, se soumettant aux mots, les yeux clos, puis lorsque la dernière syllabe tinta à ses oreilles de porcelaine, elle les rouvrit, animée d'une énergie nouvelle.


"Je confirme, Monsieur Dell'Arbero ... Vous êtes extrêmement doué. Vraiment."

Les tons graves de sa gorge rythmaient ses mots, par désir de conquérir un peu de l'âme du poète, un peu de ses gestes, et peut être de ses vers. Elle se redressa sur son siège, rejetant d'un mouvement de la tête les mèches qui barraient la couleur sombre de ses yeux.

Lorsque Ugo signa la fin de cette réunion, Rossana se leva, saluant sobrement l'assemblée d'une inclinaison du menton, s'attardant sur les épaules du Prince. En passant à côté du poète, sa main effleura les doigts de ce dernier. Elle ne laissa aucun mouvement trahir le mystère de son geste et s'en alla.


"Je vous reverrai certainement un peu plus tard dans la journée, Monseigneur."

Comme tout félin de sa lignée, Rossana était une créature que la lumière du soleil devait caresser au moins une fois dans la journée. Elle laissa un parfum fraichi par la saison, et se dirigea hors du palais.

La Place Saint-Marc était l'endroit propice pour sortir : une cathédrale, une envolée de pigeons migrateurs et les eaux calmes de Venise. Même si Rossana était d'une personnalité plutôt irrégulière, imprévisible et redoutable, le calme et le repos étaient pour elle une manière de se retirer de son passé, de son présent et de son futur.


[Place Saint-Marc]
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Tannucci
Invité



MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Dim 15 Mai - 18:06

Tannuccia plaignait le poète, il semblait perdu, il avait l’air de se demander pourquoi il était là et comment il en sortirait.Elle serait là pour l’y aider, s’il le voulait, Tannuccia était toujours là pour les autres… quand ces autres lui plaisaient.Et justement ce poète lui plaisait, bien plus que les autres personnes réunies dans la pièce, ces autres personnes qui, tout comme elle, cherchaient à charmer l’âme du Prince des vers, la Maître de ces mots. C’était touchant, oui touchant de voir leur manière d’agir.Notre bon Prince Ugo de son aura bienfaisante rassurait le jeune Cilio, Matteo tentait de le charmer par ses mots tandis que Rossana plaçait autour de lui maints pièges pour tenter de l’y enfermer. Mais non, il ne fallait, Tannuccia le laisserait prendre son envol et déployer ses ailes tissées de liberté. Vole, vole joli poète, mais tu seras toujours en cage…

*Je t’enfermerai dans une prison de verre dont moi seule aurai la clé.*

Le sourire que lui avait rendu Matteo avait allumé dans ses yeux deux petites étincelles.Quel personnage celui-là !, il conviendrait parfaitement à ses petites œuvres personnelles, à ce chef-d’œuvre de tragédie qu’elle s’efforçait de monter. Ce sourire là était magnifique, délectable, le sourire d’un enfant que l’on veut gronder mais qui cherche à se soustraire à la punition.Le même sourire dont elle avait usé et abusé auprès de son père. Matteo était un comédien, presque aussi bon qu’elle, ils allaient fort bien s’entendre, oui, fort bien.Tant qu’il n’essaierait pas de la dominer ou quoi que ce soit.

Toutes ces pensées se bousculaient dans l’esprit torturé et tordu de la jeune femme sans qu’aucune once de sentiment ne les trahisse que ce soit dans ses yeux ou bien sur son visage. Elle se contentait d’arborer une mine défaite, le regard perdu dans le lointain, les lèvres tirées dans un doux sourire. Elle regardait Cilio avec compréhension, tissant des toiles de mots invisibles lui étant destinés, elle aussi serait poète. Ce dernier avait semblé hésiter à la demande de Rossana mais à la sienne, il n’avait pu refuser.Il s’était incliné courtoisement, révérence à laquelle la Princesse répondit par un gracieux hochement de tête sur le côté, faisant glisser sa chevelure sur son bras fin.

Soudain Cilio se mit à parler. Le changement qui s’était opéré avait été bouleversant, lui aussi cachait une part de lui, voilà qu’il enfilait un masque étrange. Il paraissait plus sûr de lui et traversé par des flux d’énergies invisibles aux yeux et aux cœurs des impurs comme eux. Le poète ne semblait plus désormais formé que par des cellules d’émotions qui soudées les unes aux autres érigeaient un poème comme l’on peint une toile. Par petites touches superposées, petits traits gracieux et doux, l’assurance des mots. Il savait apprivoiser les mots les faire danser, il les guidait et les assemblait d’une telle manière que s’en était presque déroutant. De la fraîcheur et du renouveau, une petite brise soufflait à présent entre les joueurs d’échec, entre les carnassiers. Lorsque le dernier mot s’éteignit dans le silence, Tannuccia ouvrit la bouche de surprise. Matteo semblait avoir été touché par cela et il fut le premier à complimenter le poète dont les mots avaient été autant de délices que l’aurait pu être un vent frais par chaleur ardente. Elle écouta les éloges faites par le Prince au poète, lui contant ses progrès et son talent, rendant grâce à son assistance. Merveilleux Ugo, qui trouvait toujours les mots qui charment. Il aimait à cultiver cette bonté qui le qualifiait, n’hésitant pas à abuser d’éloges et de flatteries.C’était touchant, oui, touchant… comme Matteo, comme Cilio. La seule personne que Tannuccia ne pouvait pas qualifier de touchante était Rossana, d’une dizaine d’années son aînée, il lui était bien impossible de la qualifier de touchante, son expérience en faisait une femme mûre et sûre qui n’avait pas besoin d’user de paroles doucereuses et veloutées pour complimenter.

Tannuccia se tourna vers le poète, la bouche toujours entr’ouverte par la surprise, la bouche en cœur. Puis elle reprit son petit sourire doux et sa mine de jeune Princesse lointaine et inaccessible, enfermée dans sa tour blanche par une marâtre et des belles-sœurs jalouses.


« Vos mots sont la plus belle musique ne m’ait jamais été donné d’entendre. Le silence dans sa prison d’or ne saurait l’égaler Monsieur. Votre réputation est à l’image de votre talent, merveilleux, délicieux.Je vous remercie d’avoir su charmer mes oreilles, mon cœur et mon âme par votre douce mélopée. »

C’était certes ; parfaitement grandiloquent mais elle savait utiliser et manier les mots, et ceux-ci se révélaient être des armes subtiles et dangereuses, poignards de velours dans bouche de métal.
Ugo les pria avec ces mêmes mots de bien vouloir se retirer tout en n’énonçant pas clairement les choses. Les mots servaient à cela aussi, faire comprendre quelque chose par le biais d’une autre chose. Ils étaient aussi traîtres que les hommes, et c’était bien normal, puisque ce sont les hommes eux-mêmes qui les ont crées. La tirade du Prince était fort amusante et plaisante, que de gâteries, cet homme là savait y faire, il la caressait dans le sens du poil. Tannuccia se leva en même temps que Rossana quittait la pièce.


« Ce fut un immense plaisir et même un honneur que d’avoir partagé ces minutes avec vous, mon âme s’en trouve apaisée. J’aspire à vous revoir le plus tôt possible.Et j’espère Monsieur Dell’Arbero que vous me feriez l’honneur de me lire quelques uns de vos vers à nouveau. »

Sur ce, Tannuccia quitta la pièce avec grâce et douceur, après avoir adressé à chacun des hommes encore présents dans la pièce, un sourire radieux et velouté ainsi qu’une courtoise révérence.

[Rialto]
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Cilio de
Invité



MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Dim 15 Mai - 21:08

Cilio écouta avec regrets les derniers instants de silence qui mirent fin à l'enchantement des mots. L'étrange effet qu'avait la poésie sur le jeune homme s'envola en même temps que ses dernières paroles. L'ombre du trouble étendit à nouveau son emprise sur lui, achevant la fécilité d'un doux moment de lumière.

Le retour à la réalité fut à la fois dur et plus serein qu'il ne l'était avant la déclamation. Les visages sincèrement touchés de ceux qui l'entouraient étonnèrent agréablement Cilio. Il était apparemment parvenu à leur faire oublier, le temps d'un poème, le rôle pernicieux de leur vie vénitienne. Chaque regard respirait la fraîcheur d'une émotion vraie, sans masque ni mensonge. Comprenant bien son caractère éphémère, Cilio se délecta de cet instant comme d'un présent du Ciel.

Les compliments qu'il reçut empourprèrent à nouveau ses joues, en particulier celui de Matteo auquel il n'osa aucune réplique de peur d'entrer dans son jeu. Malgré sa gêne, il sourit franchement aux félicitations du Prince. Depuis son arrivée à la demeure Ca'Grazziano, Cilio s'appliquait à vouloir rembourser par le biais de ses mots la grâce immense que lui avait fait le Prince... L'enseignement de la lecture et de l'écriture, son plus cher rêve d'enfance. Il se demanda un instant ce qui serait advenu de lui si un courtisan des di'Grazziano ne l'avait remarqué et présenté au Prince. Sans doute aurait-il sombré au plus profond de ses tourments, l'esprit et le corps inéluctablement pressés vers ceux de sa moitié...


*Rissa...*

Comme à son habitude, il laissa l'image à la fois apaisante et brûlante de sa soeur défunte envelopper son âme, sans y opposer la moindre résistance. Cilio retrouvait l'expression qui le caractérisait si bien: le regard perdu au loin, si bien que ses interlocuteurs ne soient pas réellement sûrs d'être écoutés... Cependant, le jeune poète était tellement habitué à cette présence au sein de son être qu'il n'avait aucune difficulté à suivre une conversation tout en se laissant guider par ses pensées.

Répondant à la fois aux compliments touchant de la Signora Belvecciore et de ceux, particulièrement étoffés, de la jeune princesse, Cilio déclara:


"C'est moi qui suis honoré d'avoir pu vous partager quelques uns de mes vers. Il me reste encore beaucoup à apprendre."

Le jeune homme nota tout de même l'aisance avec laquelle Tannuccia savait manier les mots les plus flatteurs. Partagé entre le mépris et l'admiration pour cet usage qui, à ses oreilles, ôtait toute la richesse naturelle des mots, Cilio se rendit compte à quel point la princesse était dangereuse. Dangereusement belle, dangereusement maligne et intelligente, dangereusement raffinée et artiste. Il se promit de ne jamais se laisser entraîner dans ses filets... Avant que son regard ne retombe sur les yeux envoûteurs de la jeune femme. La difficulté de cette promesse lui apparut alors dans toute son ampleur.

Le discours mettant un terme à cette petite réunion résonna aux oreilles de Cilio en mélodie cristalline d'une quiétude annoncée. Peu importe l'endroit où il se rendrait à présent, la solitude ne le dérangerait pas et il ne craignait plus l'ennui. Quelques minutes passées en compagnies de personnes telles que celles qui se trouvaient dans cette pièce avaient, au moins pour un temps, dissipé son envie de nourrir son inspiration par la présence d'autrui. La brève sensation des doigts sensuels de Rossana frôlant les siens lui arracha un frisson, ne faisant qu'accroître son actuel sentiment.

Ils patienta quelques instants après le départ des deux femmes avant de quitter la salle à son tour - il ne souhaitait surtout pas se retrouver sur le même chemin qu'elles -, sur une révérence polie et un mot de courtoisie.

" Monseigneur, Monsieur Salvanti, soyez sûrs que j'ai eu grand plaisir à me trouver en votre compagnie. Je me tiens prêt pour toute réception que Monsieur le Prince souhaiterait organiser. Au plaisir de vous revoir le plus tôt possible. "

[Eglise San Siriano - Le Parvis]
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Matteo Salvanti
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MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Lun 16 Mai - 12:18

Après qu’il eut félicité le poète, les autres invités renchérirent sur son talent. D’abord le Prince Ugo, éternellement gentil, sincère. Ni trop, ni trop peu, seulement assez pour que le joli Cilio en soit gratifié. Puis, la signora Belvecciore, qui ne s’embarrassa pas de flatteries très lourdes, mais dont les inflexions dans sa voix de velours suffisaient à faire comprendre sa pensée. Finalement, la Princesse, qui ne semblait jamais rien vouloir faire à moitié. Ses compliments furent parfaitement bien tournés, démontrant sa grande maîtrise des mots.

Pendant ce temps, celui à qui on rendait hommage semblait de nouveau s’être envolé vers des horizons loin des leurs. Le poète ne s’était jamais confié à lui, cela, Matteo arrivait à le comprendre, il confessait avoir une langue plutôt bien pendue… mais une domestique l’avait entendu pendant la nuit appeler le nom d’une femme, une certaine Rissa. Son amante? Son amie? Sa mère? Sa tante? Sa sœur? Sa marraine? Beaucoup de choix s’offraient dès lors à lui. Une seule chose était certaine dans l’esprit de Matteo, c’était le départ, la perte de cette femme qui avait rendu Cilio Dell’Arbero ainsi. Il en était presque heureux, car le poète semblait puiser son talent dans ses émotions exacerbées. Si c’était le chagrin qui le faisait composer, Matteo n’en était pas plus mal.

Le Prince signifia alors aux invités que leur rencontre prenait fin. Avant que Matteo ne formule ses adieux, son maître le regarda dans les yeux et hocha la tête. Il devait donc rester. Était-ce en rapport avec la fête? Matteo se réjouissait d’avance de cette perspective. La princesse, peut-être? C’était encore mieux. Peut-être avait-elle besoin d’une garde… rapprochée. Un sourire gourmand se peint sur les lèvres du jeune homme. Il observa chacun des invités prendre leur congé à leur façon. La signora Belvecciore avec style, la princesse Tanuccia avec des paroles gracieuses et Cilio Dell’Arbero avec grande courtoisie.

Une fois que tous à l’exception du Prince et lui-même eurent quitter la pièce, Matteo se dirigea vers la porte et la ferma, par précaution. Ne disait-on pas que les murs avaient des oreilles? Eh bien, les portes, encore plus. Se tournant ensuite vers son Prince, Matteo lui sourit de toutes ses dents et s’enquit :


« Que me vaut l’honneur de me retrouver seul en votre présence, mon Prince? Quel service pourrais-je rendre à la Maison di’Grazziano? Vos souliers ont-ils besoin d’être cirés? Y a-t-il un homme dont vous souhaitez la Mort? Demandez et j'exécuterai, car vous savez bien que je ne peux rien vous refuser. »
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Coriolan
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MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Lun 16 Mai - 20:09

Coriolano vit le petit groupe quitter les lieux avec une certaine satisfaction. Non qu'il fut heureux de les voir partir, mais il avait le sentiment d'avoir passé un excellent moment, et c'était probablement le cas de ses compagnons également. Pour le moment, il avait encore le droit de se contenter de cela.

*Mais à présent...*

Le Prince se tourna vers Matteo. Celui-ci s'avança vers lui comme à son habitude, avec ce mélange de bouffonerie et de sérieux qui le caractérisait. Les services qu'il proposait n'avaient rien de fantaisiste dans leur énumération, Coriolano savait qu'il avait déjà effectué l'un et l'autre pour la maison Grazziano. Le problème n'était pas toujours d'ordonner, avec Matteo, mais plutôt de lui fixer des limites. Aussi, après s'être légèrement avancé vers son homme de main, le Prince commença.

"Nous allons devoir commencer prudemment notre exploration de Venise, Matteo. Avant toute chose, j'aimerais que tu glanes le plus d'informations possibles sur les agissements des Adorasti depuis leur arrivée à Venise. Ils n'ont que peu d'avance sur nous, mais cette avance pourrait se révéler décisive, s'ils cherchent, comme je l'escompte, à regagner leur influence sur cette ville."

Le visage du Prince se durcit légèrement.

"D'autre part, j'aimerais avoir des nouvelles de ma soeur. Comment est-elle vue dans la cité, sort-elle souvent, avec qui la voit-on ?"

Il eut un petit sourire.

"Ces tâches vont probablement te sembler bien fastidieuses comparées à celles dont je t'ai chargé à Naples. Mais une pièce ne peut commencer sans texte... Et c'est exactement ce que je te demande à présent. M'aider à écrire le texte."


Dernière édition par le Dim 19 Aoû - 23:40, édité 1 fois
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Matteo Salvanti
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MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Mar 17 Mai - 0:19

Matteo avait conscience qu’il jouait souvent avec le feu. Les gens qui le connaissaient bien savaient parfaitement qu’il était dans sa nature que d’entremêler moquerie derrière flatterie, jongler savamment avec les demi-vérités et les piques qu’il lançait à ses interlocuteurs. Mais bien qu’il sembla indompté et totalement sans foi ni loi, Matteo avait pour règle de ne jamais dépasser la frontière de l’acceptable. Il s’était placé des bornes bien définies, selon les personnes avec qui il s’entretenait, des bornes qui lui dictaient de s’arrêter avant qu’il n’aille trop loin. Avec le Prince, malgré son apparente aisance, le jeune homme se sentait comme un funambule sur un fil de fer. Il se gardait de paraître insolent ou au contraire, d’être moins divertissant. Il lui fallait toujours conserver sa valeur dans les yeux du Prince, non seulement en tant qu’utile homme de main, mais aussi en tant que compagnon agréable. Matteo voulait à tout prix briller à ses yeux et passer le plus de temps avec lui. Pour ce faire, il devrait faire preuve d’adresse et ce, en tout temps.

Puis, le Prince exprima ses requêtes. Toutes concernaient les Adorasti, cette famille honnie que Matteo avait appris à détester par loyauté pour les di’Grazziano, auxquels il appartenait désormais. L’homme de main n’était pas surpris par ces demandes. Il s’y attendait, même. Ce n’était pas la première fois que son maître l’envoyait en mission de reconnaissance. Le jeune homme se révélait un espion habile, capable de faire délier n’importe quelle langue, par la voie de la séduction.

Son cœur se serra lorsqu’il imagina la pauvre signora Anna entre les mains de ces malfrats. Comme elle devait se sentir seule, isolée au milieu de cette meute d’étrangers! La signora Anna était sacrée pour Matteo. Cette petite fleur délicate, menue, innocente. Tout ce qu'il n'était pas, en fait. De plus, elle était la soeur du Prince, une di'Grazziano. Il s'était juré de toujours la protéger et de voler à sa rescousse dès qu'elle aurait besoin de son aide.

Avec une petite courbette, Matteo déclara:


« Vos désirs sont des ordres, mon Prince. Je pars sur le champ et ne rentrerai qu'une fois la situation des Adorasti clairement établie dans mon esprit. Je vous rapporterai fidèlement chaque parole entendue, je vous en fais la promesse. »

Il poursuivit ensuite, un sourire flottant sur ses lèvres:

« Je ne doute nullement de vos talents de dramaturge et sachez que rien ne me fait plus plaisir que de participer à la composition de votre toute nouvelle oeuvre. J'espère seulement que vous me réserverez le beau rôle, moi qui me dévoue corps et âme à votre noble cause. »

Se relevant, il prit son congé avec courtoisie:

« Je dois à présent vous quitter, car le devoir m'appelle. Je reviendrai sous peu avec tout ce que j'aurai pu apprendre en tête. »

Tournant sur ses talons, Matteo quitta la bibliothèque et ferma la porte derrière lui. Il n'avait aucune interrogation sur ses objectifs. La véritable question était le comment? Il ne connaissait que très peu Venise. Il faudrait qu’il se monte très rapidement un réseau de contacts fiables, afin de toujours être au courant de tout. Son esprit fonctionnait à toute vitesse. Où aller en premier? Vers qui se tourner? Les domestiques, peut-être? Mais comment les approcher tout en étant discret? Il lui fallait une personnalité publique, quelqu'un qui était à l'affût des derniers potins. Les serviteurs viendraient ensuite, il devait d'abord se faire une idée générale de l'état de la situation.

Pour trouver des personnages publics, il devait se rendre dans un lieu public. Quel endroit à Venise l'était plus que la Place Saint-Marc? Matteo prit son manteau, l'enfila rapidement et sortit en direction de la Place Saint-Marc.


[vers La Place Saint-Marc]
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