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 Calle Trevisi

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Luciano di Lorio
Ami de la Famille Adorasti - Ca'Adorasti


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Date d'inscription: 04/07/2005

MessageSujet: Re: Calle Trevisi   Lun 26 Fév - 2:43

Le garçon lui plaisait-il? Sans aucun doute. Trop? Luciano n’aurait su qu’en penser à cet instant. Il n’avait jamais été un homme de sentiments. Un homme de corps, prêt à assouvir ses désirs, certes ; un homme d’esprit, à la recherche constante de défis auxquels se confronter, tout autant, mais un homme de sentiments? Il avait dispensé son estime à quelques exceptionnels élus, bien peu avaient été en mesure d’attirer sa sympathie, encore moins avaient pu susciter son amitié et qu’un seul, son
amour. Déjà, son nouveau protégé avait réussi à lui faire abandonner sa souveraine indifférence et à éviter le mépris qu’il réservait à la plupart, pour l’entraîner dans une partie de chasse aux enjeux troubles. Elle s’était soldée par l’obtention d’un trophée au prestige indéniable, non sans qu’il se soit servi d’armes auxquelles il avait rarement recours. Et à présent? Un visage rieur après une amusante satire. Un peu plus et le jouvenceau aurait presque pu apparaître comme ce qu’il aurait dû être en vérité.


Un sourire indulgent aux lèvres, il accueillit son cadet contre lui, recevant les amabilités qu’on lui ronronnait à voix basse. Il ne doutait pas que ce ton suave et ses yeux plongés dans les siens n’étaient qu’une comédie de plus pour le jeune homme, semblable à celle à laquelle il s’était livré quelques instants plus tôt. Le noble lui avait d’ailleurs fait chèrement payer la mascarade dont il avait usé pour réclamer son ruban. À ce moment précis, toutefois, l’aristocrate n’avait aucune envie de punir ou de frapper. Pas maintenant, pas à la fin. Peut-être aurait-il tenté une ultime offensive s’il n’avait été en possession du fameux lien de soie, mais puisque ce n’était pas le cas, il décida de se prêter au jeu. Bientôt, il lui faudrait retourner au palais et confronter le fils d’Andrea comme ses invités et ses domestiques. De ces adversaires, il n’aurait rien à retirer, sauf la satisfaction de s’être révélé le plus fort. Alors pourquoi ne pas saisir le plaisir qu’on lui tendait si irrésistiblement à l’instant?

« Eh bien, je devrai vous le montrer, souffla-t-il, sa bouche effleurant la courbe d’une joue pour déposer un baiser à la commissure de ses lèvres. Cela, comme bien d’autres choses encore. »

Ses doigts vinrent s’entremêler à ceux posés contre son manteau alors que son autre main allait dégager un cou à la pâleur exquise. Il se refusa pourtant à l'enlacer, craignant de ne pouvoir se résoudre à le relâcher par la suite.

« Si vous me le permettez, bien entendu, puisque je sais que vous n’acceptez que les leçons des professeurs de votre choix. »

Et toujours, parce que son affection allait de pair avec une certaine cruauté, il abaissa son visage jusqu’à une gorge découverte, qu’il marqua d’une morsure. Une fois certain que son favori porterait son empreinte d’ici les prochains jours, il releva son regard gris sur la charmante figure de son vis-à-vis.


« Il me semble vous avoir prouvé mon intérêt, mais s’il vous faut plus, je serai trop heureux de vous contenter. À tout avoir sans effort, on perd le goût de ce que l’on reçoit, n’est-ce pas? Peut-être est-ce vous qui m’aurez rappelé cette valeur essentielle. »

Un dernier sourire et il reculait d’un pas, sa voix perdant quelque peu de ses accents suaves, comme il se détachait pour reprendre le rôle qui lui était attribué.

« Ne soyez pas trop sage, je vous veux au meilleur de vous-même pour le bal de ce soir. Je vous retrouvera ici même vers sept heures pour vous emmener au Castello, où vous pourrez réaliser votre véritable entrée dans le monde. Je suis persuadé que, tout comme moi, Venise sera enchantée de faire votre connaissance. »

Enfin, Luciano s'inclina devant Raffaele avec quelque chose ressemblant à de la convoitise, peut-être aussi du respect dans les yeux.


« Au plaisir de vous revoir, Monsieur Scaligeri. »
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Raffaele di Grazziano
Frère du Prince - Ca'Grazziano


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MessageSujet: Re: Calle Trevisi   Mer 28 Fév - 4:13

Raffaele n'avait pas essayé de se soustraire au baiser étonnamment léger, déposé au coin de ses lèvres. Il avait apprécié que la violence se muât en autre chose, sans pour autant tout à fait disparaître des intentions de l'aristocrate. L'abandon qu'il avait ressenti sous la morsure dont l'homme l'avait gratifié valait plus que toute la douceur reçue dans les caresses. Il porta ses doigts à sa gorge où il savait que se dessinait déjà la marque sans équivoque.
Sa marque.
Il sourit, et sa voix fut étrangement un peu empéchée quand il répondit
.

"Il m'en faudra très certainement plus, Monsieur di Lorio. Mais l'aperçu que vous m'avez offert des plaisirs vénitiens me laisse présager le meilleur. Je ne doute pas un instant que sous votre égide, je n'en vienne à trouver ce que je recherche et apprécie."

Il recula quand l'homme se détacha de lui. Son regard balaya la haute silhouette et le ton durçi remua quelque chose au creux de son estomac. Sensation délicieuse, promesse de voluptés à venir, l'eau claire de ses yeux se troubla et il se détourna alors que le rendez-vous lui était donné.
Quelques pas le ramèrent vers le milieu de la ruelle, puis il fit à nouveau face à l'aristocrate, croisant son regard. Sa voix redevenue claire résonna
.

"Je vous rejoindrai ici, alors. Venise me plait et mon intérêt va grandissant."

Une courbette vite esquissée sur un sourire et son pas rapide le fit disparaître au coin d'une maison.

[Ca'Grazziano]
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Luciano di Lorio
Ami de la Famille Adorasti - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: Calle Trevisi   Jeu 2 Aoû - 4:13

[Ca'Adorasti - Le Grand Salon-Bibliothèque]

Enfin.

Quelques heures seulement avaient tenu séparé Luciano de son nouveau protégé, mais il lui semblait qu’une éternité s’était écoulée depuis qu’il avait aperçu cette silhouette carmine s’évanouir au coin d’une maison. Si les rencontres ayant meublé cet intermède avaient été aussi divertissantes que variées, son désir de conclure la chasse, ouverte en matinée, était sans doute à la source de cette étrange impression. Le jeune homme avait exceptionnellement su piquer sa curiosité, ne restait plus qu’à constater s’il saurait à présenter la conserver. L’expérience avait rendu le baron exigeant en toute chose et la plus infime des déceptions suffisait souvent à lui faire perdre l’intérêt qu’il portait envers qui ou quoique ce soit, l’instant plus tôt.

Après avoir abandonné le secrétaire à ses dilemmes de conscience, l’aristocrate avait pris soin de se préparer pour le bal du soir, bandant notamment sa blessure afin de prévenir toute infection. À son départ, il avait trouvé la suite de Lucrezia vide et avait préféré ne pas la faire quérir, se doutant auprès de qui elle se trouvait et ne souhaitant pas pour l’instant la priver de ce plaisir. Il lui avait semblé entendre le son familier d’un violon, une fois dans le grand hall, mais celui-ci s’était tu aussitôt, comme pour dissimuler sa présence aux yeux, ou plutôt aux oreilles d’une indésirable vigile.

Les bigots se pressaient vers l’église tandis que les libertins se hâtaient en direction du Castello, chacun cherchant à être le premier de la fête, lorsque son embarcation accosta Calle Trevisi. Remettant quelques pièces au batelier, il posa pied à terre avec l’assurance qui était sienne, puis s’accorda quelques instants pour arranger sa mise, ajustant ses gants de peau et débarrassant ses semelles de la neige grâce à quelques coups de canne bien placés. Ses yeux se relevèrent alors pour se poser sur un visage désormais familier et une expression vaguement amusée se peignit sur sa propre figure, alors qu’il déclarait :


« Je ne vous aurais jamais cru aussi ponctuel, Monsieur. »

Il jeta un coup d’œil à sa montre-gousset, qu’il rangea aux côtés d’un certain ruban, et il enchaîna :

« J’avais d’abord envisagé de rendre visite à un gentilhomme de ma connaissance, mais puisque je vous trouve ici si tôt, il serait inconvenant de vous fausser compagnie, n’est-ce pas? »

Le sourire appréciateur qui retroussa ses lèvres vint pourtant démentir la moindre contrariété qu’ait pu contenir ses paroles.
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Raffaele di Grazziano
Frère du Prince - Ca'Grazziano


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MessageSujet: Re: Calle Trevisi   Ven 3 Aoû - 20:49

[Ca'Grazziano - Couloir des Appartements Privés]

Raffaele avait quitté le palais sur un sentiment d'agacement. Il ne s'était pas attendu à ce que "l'intruse" comme il l'appelait rejoigne Ugo si tôt. Bien sûr, il savait qu'elle y viendrait tôt ou tard, mais il avait naïvement espéré que les fastes de Naples la retiendraient pour une période indéterminée. Après tout, elle était plus proche de son beau-père que de son époux, il n'y aurait rien eu d'étonnant, à son sens, à ce qu'elle recule encore son voyage. Mais c'était sans compter sur l'ambition de la jeune femme. Il était à présent évident qu'elle entendait s'affirmer dans son rang nouvellement acquis. Plus que tout ce qu'il lui trouvait de froideur et de frustration étranglée, c'était cette morgue, cet orgueil démesuré qu'il lui reprochait. Croyait-elle vraiment qu'il suffisait de se dire pour être ?
Un rire grinçant accompagna le crissement de sa semelle sur le pavé humide. La soirée ne commençait pas sous les meilleurs auspices. En effet, alors qu'il attendait depuis de longues minutes la Marquise di Lucore au salon en piaffant d'impatience, une petite bonne était venue lui annoncer que Madame ne descendrait pas, qu'il ne fallait pas l'attendre, que fatiguée elle préférait prendre un peu de repos avant de se joindre aux réjouissances.
C'est donc en regrettant un peu l'absence de la dame qu'il se mit en chemin, mais bien vite son pas s'allongea et elle lui sortit tout à fait de la tête. A quoi pouvait bien ressembler un bal donné pour la populace ? Il doutait d'apprécier ne serait-ce qu'un peu la proximité du bas peuple et même il trouvait l'idée assez répugnante. Mais il était tout à fait certain de ne pas vouloir renoncer à la compagnie du gentilhomme qui l'y accompagnerait. Un sourire naquit sur ses lèvres et il ralentit le pas, reculant un peu encore le moment d'apercevoir la haute silhouette du Baron.

Un groupe de péronelles bruyantes le dépassa, rires et verbe haut. L'une d'elles se retourna pour lui lancer un retard sans équivoque. Il grimaça, voici donc à quoi cela allait ressembler, une assemblée de filles de rien sautillantes et échauffées qui se feraient sans doute renverser dans les bosquets par des garçons d'écurie avinés. Réjouissante soirée.

Ce fut au détour de la ruelle, alors qu'il s'engageait Calle Trevisi et tentait de porter le regard par delà les passants plus nombreux qu'à la mi-journée, que le sentiment lui happa le coeur. Il connaissait cette sensation, il l'avait ressentie souvent à Naples alors qu'il sortait à la nuit tombée Il ne pouvait se tromper, l'impression quasi physique d'un papillon posé sur sa nuque était la même, toujours.
Il fit encore quelques pas, le regard porté vers l'avant mais l'esprit aux aguets surveillant ses arrières.
Le Baron se tenait à quelques pas, tapotant le coté de ses semelles de l'extrêmité ferrée de sa canne.
.

"Disons, qu'il me paraissait inutile de rester plus longtemps en mauvaise compagnie alors qu'une plus agréable m'attendait".

Ce disant, il avait bougé lentement entrainant le gentilhomme dans son mouvement et tournant le dos au canal, faisait à présent face à la ruelle. Son regard aigu fouilla chaque coin d'ombre mais il ne vit rien d'autres que l'habituelle presse des soirs de fête. Ses sens l'avaient-ils abusé ? Il en doutait encore, cependant il ne montra rien de son trouble et sourit.

"Avez-vous trouvé un moyen plus commode qu'une barque pour nous rendre à destination ? J'ose espérer que vous ne m'imposerez pas deux fois une telle épreuve. Ce serait pour le moins inélégant sachant la répulsion que j'en ai. De plus..." Il tourna encore, cherchant toujours la source de son inquiétude par dessus l'épaule du Baron "... Il me plairait de voir la ville à la nuit tombée."
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Matteo Salvanti
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MessageSujet: Re: Calle Trevisi   Ven 3 Aoû - 22:34

[Ca'Grazziano]

Inhabituellement vêtu d’habits sobres, dépouillés de tout faste et de toute ostentation, qui auraient mieux convenu au laquais d’un petit bourgeois qu’au fantasque homme de confiance de la famille Grazziano, Matteo s’était glissé hors du palais pour suivre le frère du Prince jusqu’à la Calle Trevisi. Il avait pris bien soin de garder son visage sous le couvert de son tricorne ainsi que de se maintenir à une distance respectable de sa cible, afin de ne pas éveiller ses soupçons. Les instructions qu’il avait reçues étaient claires : épier le jeune homme et rapporter le moindre de ses faits et gestes. Il n’en était pas à sa première filature, ses services étant autrefois réquisitionnés à Naples, mais chaque fois, il ressentait cette même excitation à l’idée d’observer quelqu’un à son insu.

Bien qu’il n’ait jamais été véritablement présenté au cadet Grazziano, passant le plus clair de son temps aux côtés de son aîné, les rares commentaires d’Amadeo di’Grazziano au sujet de son dernier né n’étaient pas particulièrement empreints de fierté, ce qui avait porté le blond à croire au pire… Et pourtant, l’éphèbe au devant de lui ne semblait pas présenter plus de danger que les adversaires qu’il avait eu à affronter par le passé. Le faire espionner n’était-il qu’une lubie de la part de parents par trop protecteurs? Qu’est-ce que ce jouvenceau pourrait commettre de très répréhensible, sinon les frasques que connaissaient tout garçon de son âge? Évidemment, il ne fallait point se fier aux apparences, mais l’appréhension de l’homme de main se voyait grandement diminuée tandis qu’il calquait les déplacements du benjamin Grazziano.

Une fois Calle Trevisi, Matteo crut que le vice du jeune Prince était le jeu et que les craintes de sa famille soient qu’il ne s’endette irrémédiablement, mais il fut vite détrompé lorsque Raffaele se joignit à un gentilhomme d’un certain âge. Il ne pouvait encore conclure de rien, la teneur de leur relation demeurait incertaine, chacun des protagonistes n’en étant qu’à échanger des salutations. Remarquant avec une pointe d’alarme que sa cible paraissait l’avoir repéré, il recula pour s’abriter contre un mur, d’où il pouvait les surveiller sans être vu lui-même. Ses sourcils se froncèrent d'inquiétude. Avait-on pu se douter de sa présence? Il lui faudrait être plus prudent à l'avenir.
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Luciano di Lorio
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MessageSujet: Re: Calle Trevisi   Sam 4 Aoû - 14:36

La réplique du garçon, étonnamment agréable, fit naître l’ombre d’un sourire sur les lèvres de Luciano, qui ne se serait pas attendu à tant d’amabilité.

« En mauvaise compagnie, vraiment? Il est malheureux que vous quittiez l’étouffant giron familial pour un hôte de piètre qualité. »

Raffaele s’engagea alors dans une danse pour le moins incongrue, son regard perdu dans la foule. Des yeux, le noble suivit son curieux manège, puis les riva sur la cohue à son tour, y cherchant un attrait inconnu. Le chat aurait-il repéré une proie digne d’intérêt? Une hypothèse tout à fait différente lui apparut à l’esprit et il décida d'en jouer lui-même. D’un pas sur le côté, il se campa solidement face à l’éphèbe et le força à reculer vers le bord du canal, en faisant cette fois un pas vers l’avant, sa silhouette robuste lui barrant le passage. Une seule poussée aurait suffi à le précipiter dans les eaux sombres, considérant la distance qui séparait désormais le vide des pieds du jeune homme.

« Soyez assuré que votre répulsion m’est un divertissement sans fin, Monsieur, et que je vous l’infligerais ne serait-ce que pour vous voir tomber dans mes bras à nouveau… »

Une lueur de malice brilla dans son regard avant qu’il ne s’éloigne et poursuive :


« … mais puisque je suis un homme bon, je vous épargnerai la voie des mers pour le moment. Il vous faudra cependant marcher et emprunter mille et un détours, puisque c’est là le seul moyen de parvenir au Castello sans monter à un bord d’une embarcation. Votre souhait de voir la ville à la nuit tombée sera au moins exaucé. »

Mais à nouveau, le garçon semblait ailleurs, tournant sur lui-même d’une façon inusitée. Partagé entre l’agacement et l’amusement, la canne du baron s’éleva pour soulever le menton de son vis-à-vis d’un geste à la douceur impérieuse. À présent certain d’avoir pu retenir son attention, il fit glisser le pommeau d’argent le long d’une gorge pâle et pour finalement le poser à l’endroit exact où, il le savait, se trouvait sa marque, comme pour lui rappeler qui s’était en premier porté acquéreur. Ce n’était pas une menace, seulement une mise en garde pour signifier à son cadet qu’il le désirait entier et qu’aucune demi-mesure, ni comportement dissipé ne serait toléré.

« Vous me paraissez distrait, Monsieur Scaligeri. Quelle est donc la cause de votre trouble? Cette mauvaise compagnie dont vous faisiez mention serait-elle à vos trousses? »

Sa bouche s’orna d’un sourire narquois alors qu’une pensée lui traversait l’esprit et c’est d’un ton non moins moqueur qu’il avança :

« À moins que vous n’ayez aperçu notre amie la comtesse Accorti et ayez espéré qu’elle ne se joigne à nous? »
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Raffaele di Grazziano
Frère du Prince - Ca'Grazziano


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MessageSujet: Re: Calle Trevisi   Lun 13 Aoû - 21:13

Se trouver forcé de se tenir au bord du quai, savoir dans son dos la présence de l'eau trop proche et n'avoir pour s'en éloigner aucune autre possibilité que de faire reculer le Baron froissa l'humeur du jeune prince. Il s'efforça au calme alors qu'il sentait son poing ganté se serrer et souplement glissa sur le côté, un pied un instant au dessus du vide. La volte rapide lui montra encore la foule, parmi laquelle aucun visage connu n'attira son attention. Il avait dû être victime d'une illusion.

"Hélas, Monsieur, on ne choisit pas toujours ceux que le destin vous octroie comme proches, chacun se doit alors de rectifier l'équilibre entre le difficilement supportable et le possiblement agréable, n'est-ce pas."

Il se rétablit à deux pas de l'eau, sécurité précaire qui semblait beaucoup amuser le baron et un sourire aussi trouble que celui qu'il avait offert plus tôt à Vittoria opacifia son regard.

"Il faut être deux pour le jeu, Baron. Et la partie que vous engagez..." Le pommeau d'argent releva son menton, contact glacé contre sa peau qui glissa dans son cou, agaçant ses nerfs déjà tendus. Il referma la main sur l'ébéne luisant, éloignant l'objet sans le lacher, caressant du pouce les arabesques de métal, le regard voilé fixé au visage du gentilhomme. "... n'est pas de mon goût !"

Un mouvement brutal et la canne quitta la main de l'homme. Raffaele fit quelques pas, faisant sonner son nouveau jouet sur les pavés humides pour en apprécier l'équilibre.

"Bel objet. Votre goût est plus sûr que votre jugement." La phrase murmurée glissa dans la brume qui se formait à leurs pieds. Le jeune prince se tourna à nouveau pour faire face à la haute silhouette de l'homme.

"Cependant, Baron, si les règles de ce qui vous divertit méritent d'être clarifiées, je serais amusé que vous me les expliquiez en marchant. Ce chemin que vous me dites détourné m'ira très bien. Les voies connues m'ennuient souvent, je préfère les passages plus secrets. Quant à la Comtesse Accorti..." Il fit une pause pendant laquelle il s'approcha jusqu'à ce que son genou botté effleure celui de son vis à vis, n'ayant cure du regard désapprobateur des bigottes. "... Je verrais d'un mauvais oeil qu'elle ou quiconque vienne encore interrompre mon plaisir. Cela répond-il à votre question ?"
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Luciano di Lorio
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MessageSujet: Re: Calle Trevisi   Mer 15 Aoû - 0:31

Se jouer de l’aversion du jeune homme pour les flots avait été une impulsion délicieusement hasardeuse qui ne tarda pas à porter fruit. Le poing serré, la promptitude de l’esquive et la réplique acide, fusant aussitôt de cette bouche impertinente qu’il s’était tant plu à sceller d’une morsure, amusèrent grandement Luciano. Il avait déclaré préférer un adversaire à dompter plutôt qu’un allié à courtiser et ne serait nullement revenu sur sa décision. Pour rien au monde il n’aurait échangé le trouble dont était empreinte leur relation, trouble se reflétant jusque dans le sourire et le regard de son jeune, mais si dangereux interlocuteur. Si la conclusion de cette liaison demeurait incertaine, l’aristocrate disposait au moins de l’assurance qu’il échapperait au badinage et autres frivolités sans intérêt dont il avait été victime, en de moins agréable société.

« Eh bien, j’ose espérer que ma compagnie fera pencher la balance en faveur de l’insupportablement agréable, en contrepoids de ces proches qui vous désobligent tant. »

Ses yeux gris se posèrent sur les doigts qui s’étaient enroulés autour du manche sombre, cherchant à déceler leur intention, puis apprécièrent les attentions dont fut couvert le pommeau arrondi. En ne portant son attention sur le geste, il négligea les paroles qui auraient pu l’avertir de la suite des roueries de son cadet qui, tirant parti de sa distraction, lui déroba la canne d’ébène. Devait-il la lui abandonner? Il suivit pensivement les mouvements de son favori, en train de mettre le profit de son chapardage à l’épreuve. Répéter les débordements qu’avaient exigés la conquête du ruban lui paraissait absurde, pour le moment, du moins. En temps et lieux, il saurait récupérer son bien, qui rejoindrait le lien de soie parmi les attributs attestant de son succès.

« Bel objet, à n’en point douter, Monsieur, et je vous serai gré de la traiter avec votre délicatesse première, puisque c’est un objet précieux que je ne confie qu’à celui capable d’en user à bon escient. Considérez ceci comme un prêt, qui viendra à terme lorsque je réclamerai mon dû. »

Derrière lui, la rumeur de la foule sembla s’amplifier tandis que l’éphèbe s’avançait jusqu’à ce que la distance séparant leurs deux corps frise l’indécence. Pouvait-on déjà les reconnaître comme les agitateurs du Florian ou ne voyait-on en eux qu’un homme mûr et le jouvenceau lui servant de proie? Se sentant dévisagé avec insistance, le baron s’arracha à la sensation délectable de Raffaele contre lui pour tourner la tête vers la plèbe mouvante. Son regard fut alors attiré par la vision singulière d’un garçon dont les yeux demeuraient invariablement rivés dans leur direction, en dépit des badauds défilant devant lui. Sans doute ce dernier prit-il conscience qu’il avait été découvert puisque, quittant le mur contre lequel il s’était tapi, il se remit en marche, sans toutefois s’éloigner de l’objet de son intérêt.

Reportant son attention sur son compagnon, le noble se pencha pour lui murmurer à l’oreille, un sourire carnassier aux lèvres :


« J’ai jugé que vous pourriez sûrement correspondre à mes goûts, Monsieur, et vous ne m’avez pas encore détrompé. Le choix de mes partenaires de jeu n’incombe pas au hasard, je ne jette mon dévolu que sur ceux qui se prouvent habiles à relever les défis comme tendre leurs propres filets. Quant à ce qui me divertit… »

Posant sa main contre une taille fine, il guida son protégé sans brutalité jusqu’à ce que celui-ci se retrouve face à leur petit espion, à présent adossé contre un parapet non loin d’eux.

« … en voici un exemple. Je ne sais encore si notre ami se languit de recevoir mes attentions ou si, au contraire, ce sont les vôtres qu’il convoite, la liste de vos prétendants semblant s’allonger d’heure en heure… »

Sa jambe effleura la sienne, reflet des délicatesses auxquelles il avait eu droit, un peu plus tôt.

« À moins encore, qu’il ne soit de ceux qui préfèrent assister au spectacle plutôt que de s’y joindre. Chose certaine, il n’a pas quitté la pièce des yeux et il m’apparaît judicieux de nous retirer en coulisses pour déterminer s’il aura l’audace de nous suivre jusque dans les passages les plus secrets. Je ne saurais non plus souffrir qu’on n’interrompe une fois de plus notre plaisir. Notre admirateur devra peut-être apprendre à ses dépends que la curiosité est un très vilain défaut. »

Sans jamais se départir du rictus féroce qui étirait ses lèvres, il se détacha du jeune homme pour se diriger vers une ruelle, l'invitant tacitement à le suivre et défiant l'indiscret d'en faire de même.
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Raffaele di Grazziano
Frère du Prince - Ca'Grazziano


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MessageSujet: Re: Calle Trevisi   Dim 19 Aoû - 21:31

La main qui se referma sur la sienne, enveloppante et autoritaire aurait fait sourire le jeune prince si une bague, dissimulée par l'épaisseur du gant ne lui avait serré les doigts comme un étau. Il se dégagea sans pour autant reculer.

"Je comprends fort bien que vous ne teniez pas à vous séparer de votre bien. Après tout..." Il inclina la tête de côté, sourit et le bleu de son regard eut un reflet métallique. "... vous voici sans doute parvenu à l'âge des accessoires".

L'attention du Baron, cependant, s'échappait vers la forme mince d'un homme jeune jusque là immobile. Raffaele chercha à distinguer le visage que l'ombre du tricorne dérobait aux regards tandis que le gentilhomme, revenu à lui, l'assurait de son intérêt. La silhouette lui semblait connue, ses yeux se plissèrent mais la pénombre l'empêchait de bien dicerner les traits. Etait-ce celui-ci dont il avait senti le regard insistant ? Où donc l'avait-il déjà vu ? La main posée sur sa taille le fit pivoter et il put à loisir observer l'inconnu qui s'était déplacé. La lueur d'une torche, tenue par un valet hélant une barque, lui montra clairement son visage. Bien sûr ! Avait-il été naïf ! Comment avait-il pu penser un seul instant que Coriolano le laisserait vacquer à sa guise par la Cité sans lui attacher une quelconque surveillance ! Le nom toutefois ne lui revenait pas, quelque chose comme Santini, oui dans ce goût là...

Son compagnon semblait s'amuser de la situation, suspectant un motif licencieux plus qu'une mauvaise intention, allant jusqu'à appuyer brièvement sa jambe contre la sienne. Provocation. Une moue d'ennui plissa la bouche du jeune prince
.

"Je n'apprécie que modérement être observé, sauf à choisir moi-même le moment et le lieu."

L'humidité commençait à s'insinuer sous ses vêtements et il eut un frisson. Le froid n'allait pas tarder à jouer sur son humeur, il était à espérer que le Castello n'était pas de l'autre côté de la ville et qu'ils y seraient bientôt. Agacé d'avoir à présent la certitude de se savoir suivi, il s'engagea dans la ruelle trois pas derrière le Baron.

Trahissant son irritation, la canne vrombissait en fouettant l'air devant lui. Surveillé. Chaperonné comme une pucelle. Il sentait un grondement de rage trembler au fond de sa gorge. Il devait se reprendre, ne pas afficher son exaspération, éviter de... Le pommeau d'argent eut un déclic et tourna dans sa main.
Le rire de Raffaele éclata subitement et son pas rapide le ramena à la hauteur de son compagnon
.

"Et moi qui pensais que vous êtiez soit terriblement sûr de vous, soit totalement inconscient de sortir sans arme à la nuit tombée."

La fine lame de la canne-épée sortit de son logement et siffla avant d'effleurer les lèvres du gentilhomme.

"Je comprends mieux pourquoi l'objet vous est à ce point indispensable".
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Matteo Salvanti
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MessageSujet: Re: Calle Trevisi   Lun 20 Aoû - 0:41

C’était plus fort que lui. Matteo avait déjà démontré de plus de prudence lors des missions qui lui étaient confiées mais cette fois, il n’avait pu s’empêcher de se rapprocher de sa cible. S’être laissé abuser par l’apparente innocence du jeune Prince aurait été plus excusable que la raison véritable pour laquelle il avait agi avec une telle hardiesse. Il devait avouer avoir été captivé par la scène, malheureusement muette, se déroulant sous ses yeux. L’intimité entre ses deux protagonistes se trahissait par les gestes – une canne suivant audacieusement la courbe d’une gorge, par exemple – ou les sourires de connivence, et… et autre chose, quelque chose de sourd, de latent qui semblait les unir comme les séparer. Ce qui les raccordait semblait au-delà de la simple amitié, au-delà même de l’amour, puisque leur attitude ne paraissait empreinte d’aucune tendresse, à moins qu’elle ne fût fort bien dissimulée… Quelle était donc la nature de cette liaison bien particulière?

Le blond se serait d’ordinaire contenté de suivre l’échange en demeurant à une distance raisonnable du garçon qu’il lui fallait filer. Cette fois, cette fois seulement, il avait voulu entendre ce qui faisait sourire l’un, assombrir le regard de l’autre… Son rapport ne rendrait-il pas le Prince Coriolano plus satisfait de son homme de confiance, s’il lui rapportait jusqu’aux conversations de son cadet? Et Matteo lui-même ne mourrait-il pas d’envie de connaître le texte déclamé par ces acteurs fascinants?

Il s’était donc laissé tenter… et avait été pris sur le fait. Jurant entre ses dents, il avait rabattu son tricorne sur sa tête, en espérant désespérément ne pas être reconnu par le cadet Grazziano. Un laquais éclaira momentanément son visage blême, tant par la honte que par la peur. Qu’on l’ait repéré si vite témoignait d’une certaine habileté – née de l’habitude? – à détecter les importuns ou, à tout le moins, d’un esprit aux aguets, d’un œil aiguisé. Un soulagement indicible l’envahit lorsqu’il remarqua que Raffaele et son compagnon se détournaient de lui pour disparaître dans une ruelle. Les suivre par la même voie lui apparaissait hors de question, il devrait donc emprunter une allée parallèle et, surtout, faire preuve de discrétion.
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Luciano di Lorio
Ami de la Famille Adorasti - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: Calle Trevisi   Lun 20 Aoû - 22:19

La canne fendait l’air au gré des moulinets que lui imposait son nouveau possesseur. Devait-on l’avertir de l’astuce que recelait l’objet entre ses mains? Certains n’avaient vu en Luciano qu’un noble influent de par sa fortune et ses relations, l’éminence grise d’Andrea Adorasti, un homme de pouvoir, mais nullement d’action. Mal leur avait pris. Il n’avait jamais, comme tant d’autres, pratiqué le duel comme un sport, préférant de loin orchestrer soigneusement la façon et de déterminer avec exactitude le moment où il donnerait la mort. Cet acte ne lui était jamais apparu comme plus amoral qu’un autre, tout ce qui le distinguait étant sa nature irréversible. Ainsi, qu’il se soit exécuté par lui-même ou par le biais d’un intermédiaire, il n’avait jamais ressenti le moindre remord à mettre un terme à l’existence d’un ennemi. Certes cruel, mais non pas avide de verser le sang, il ne s’était livré à cette tâche à la fois contraignante et nécessaire qu’à quelques reprises, lorsque la situation exigeait loyauté et discrétion absolues.

Un éclat de rire l’informa que l’ingénieux mécanisme avait été découvert, dissipant l’humeur de son protégé, inhabituellement morose depuis leur départ de la Calle Trevisi. La présence de leur fervent admirateur, loin de l’amuser, semblait l’avoir courroucé et l’aristocrate s’était abstenu de tout commentaire, attendant que la contrariété de son cadet s’apaise d’elle-même. Il se tourna à demi pour rencontrer la caresse glacée de sa propre épée contre ses lèvres, qui s’étirèrent dans un sourire appréciateur. Il accueillit ce contact, pourtant à la frontière de la menace, comme une étreinte familière, ne tentant nullement de s’y soustraire.


« L’ami qui m’en a fait cadeau espérait que je ne le réserve à plus qu’au simple emploi d’appui. C’est un homme clairvoyant, ayant atteint l’âge des accessoires plus tôt que moi, et qui m’a instruit quant aux multiples usages qu’on peut prêter à un tel objet. »

S’il avait d’abord été sceptique quant à l’utilité réelle du présent d’Andrea, il avait eu tôt fait de reconnaître que son compagnon de toujours avait, une fois de plus, agi en connaissance de cause. Après tout, cette canne n’était-elle pas l’illustration parfaite du rôle qu’il avait joué auprès du Prince Adorasti? Un soutien solide et indéfectible, une arme redoutable, cachée à la vue de tous, là pour trancher le sort d’un adversaire et frapper au moment opportun.

Au loin, les lumières du Castello semblaient leur indiquer la voie à suivre. Il lui sembla presque qu’en tendant l’oreille, il aurait pu percevoir le brouhaha confus des conversations, des rires et de la musique. La perspective de se joindre au tumulte ambiant du bal, si à l’opposé de la quiétude de la ruelle, plongée dans la pénombre, lui répugna soudainement. Cependant, un coup d’œil sur le visage de son vis-à-vis lui rappela la raison précise pour laquelle il se rendait à la fête populaire et suffit à faire s’évanouir ses dernières réticences.

Sa main gantée se referma autour de la lame, remontant jusqu’au pommeau, pour l’obliger à pointer le sol. Bien qu’il eût aisément pu la retourner contre son jeune maître, le baron avait préféré leur faire baisser les armes, avant qu’ils ne fassent leur entrée dans l’arène. Il savait l’éphèbe prêt à tout et lui-même n’avait plus besoin de préparatifs pour ce genre d’occasions depuis fort longtemps. Peut-être souhaitait-il seulement saisir ce moment où ils se retrouvaient seuls, sans nul curieux pour les observer.


« Je protège tous mes biens, Monsieur Scaligeri, particulièrement ceux qui sont essentiels à mon plaisir. L’objet de mes affections fait partie de ces chasses gardées auxquelles je ne consentirais à me défaire qu’avec difficulté. »

Ce disant, il attira le jeune homme contre lui, une joue rendue fraîche par la rigueur du temps lui faisant regretter de ne pas l’avoir enlacé plus tôt. Humant son parfum, il fut agréablement surpris par cette odeur de bois tendre de musc doux, d’une ingénuité qu’il n’aurait pu deviner chez son favori. Il dut retenir son souffle, par peur d’être submergé par cet arôme de gâteau à la noisette et de lait d’amande, éveillant une faim insatiable au creux de son être. Sans doute l’aurait-il dévoré sur le champ s’il n’avait été de sa raison qui, le ramenant à l’ordre, lui fit briser le silence qui s’était installé entre eux.


« J’ai confiance que l’amabilité de votre caractère saura vous attirer la sympathie de tous ceux que vous rencontrerez ce soir, mais si par malheur, vous veniez à commettre quelque inconvenance et qu’on vous en demandait réparation, n’hésitez pas à faire appel à mon support. En ma qualité de guide, il est de mon devoir de veiller à vous éviter le moindre des désagréments. »

Quoique parfaitement distincte, sa voix grave ne s’était pas élevée au-dessus du murmure et ce fut avec la même douceur, très différente de ses manières usuelles, qu’il le libéra, reprenant dans un même temps sa canne des mains de son interlocuteur.

« Trouvez votre amusement, dans cette ville, vous voici délivré des contraintes familiales. Je reviendrai recouvrer ce qui m’appartient en temps et lieux. »

[Jardin du Castello]
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Raffaele di Grazziano
Frère du Prince - Ca'Grazziano


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Date d'inscription: 12/11/2006

MessageSujet: Re: Calle Trevisi   Mer 22 Aoû - 1:52

La lame abaissée, Raffaele accueillit sans sourire l'étreinte de l'homme. Son regard clair s'échappa sur le côté, tandis que son corps était ramené contre celui du Baron. Il sentait l'épée le long de sa cuisse qui frémissait, comme si l'objet regrettait que l'on eut pas usé de sa fonction première. Ses lèvres effleurèrent le jabot de dentelles, goûtant quelques brins de tabac à priser tombés là, tandis que sa main se resserrait sur le pommeau d'argent.
Il leva la tête lentement, offrant son regard angélique et sa voix trop douce
.

"Vous avez donc un ami particulièrement soucieux et de votre sécurité et de votre discrétion. Cela est très précieux. Conservez-le bien, qu'il ne vienne pas à vous faire défaut."

Sa main délestée en douceur de l'arme remonta, caressante, et repoussa lentement le torse du gentilhomme pour se dégager. Un pas, deux en arrière, les yeux toujours fixés sur le visage attentif, puis une volte et deux pas l'éloignant encore. Tournant le dos à son compagnon, sa voix se fit plus audible.

"Vous craignez donc que l'on vous prive de ce que vous ne possédez pas encore ? Le fait de vouloir est bien loin de suffire pour être exaucé."

A nouveau le jeune Prince fit face au Baron, il inclina la tête
.

"N'êtes vous pas de mon avis ?"

Un pas le ramena au devant de son vis à vis.

"Je suis bien certain que vous l'êtes et quoi que j'en dise..." A nouveau son regard clair chercha les yeux gris "... je suis flatté de vos attentions et la protection que vous m'offrez me plait."

Les lumières du Castello, au loin, annonçaient la fin de leur tête à tête.
[Le Castello]
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Calle Trevisi

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