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 Le Parvis

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Elena Va
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Dim 19 Juin - 14:12

Elena releva doucement la tête pour pouvoir faire face au jeune homme qui devenait maintenant son interlocuteur. L'adolescente restait de marbre, comme paralysée, elle ne savait pas quoi faire, lui répondre, certes, mais ensuite ? Engager la discussion ? En avait-elle envie ? Sûrement. Ou alors, elle n'avait qu'à rentrer ensuite dans l'Eglise, c'était ce pourquoi elle était ici, non ?
Après tout, pourquoi ne pas parler au jeune homme, la discussion n'allait pas durer si longtemps, après, elle irait tranquillement se recueillir à la Chapelle de la Piéta.
Pendant qu'elle réfléchissait à ce qu'elle allait faire, les mains derrière son dos, la Servante se tortillait nerveusement les doigts.

Elle se décida tout de même de dire quelque chose, car pendant qu'elle essayait de faire un choix ô combien difficile, un silence assez pesant s'était installé.

"Bonjour à vous aussi, Monsieur" dit-t-elle d'une petite voix fluette.

De nouveau, Elena eut un sourire gênée et baissa la tête. Maintenant, que dire, que faire ? Le jeune homme devait la penser étrangement ridicule. Ce qui n'était pas faux. Sans cesse, elle se posait des questions, sur tout et n'importe quoi, c'était un comportement assez pathétique en effet.
La Servante se racla la gorge et ajouta.


"Je crois bien vous voir ici pour la première fois. Êtes-vous nouveau en ville ? Ou tout simplement quelqu'un qui ne fréquente pas souvent ce genre d'endroit ?"

La jeune fille avait pour habitude de repérer les gens, sans pour autant les observer et les suivre, non, juste à se souvenir de certains visages, sans raison particulière. Avec lenteur, la jeune fille se rapprocha de l'entrée de l'Eglise et effleura du bout de ses doigts la porte. D'une voix rêveuse et légèrement perdue elle continua.

"Cette Eglise est d'une beauté inégalable. Elle donne l'impression d'avoir été construite au détail près, comme pour tenter de se rapprocher au plus de la Perfection." Elle s'arrêta de caresser le bois de la porte de l'édifice religieux et se retourna vers le Serviteur, les yeux pétillants. "On peut dire que c'est réussi."

Soudain, la jeune italienne secoua légèrement son visage.
"Quelle sotte ! Voilà que je commence à discuter en omettant de me présenter. Toutes mes excuses... Je... Elena Valente, Servante de... de... Dame Riviera." balbutia-t-elle tout en s'inclinant une nouvelle fois.

Tout à fait confuse, Elena sentit ses jambes légèrement trembler. elle se mordilla la lèvre inférieure tandis que ses pomettes prirent une couleur rose.
Heureusement pour elle qu'elle ne remarqua pas la présence du Poète, si elle se savait observée, la paranoïa viendrait se rajouter à ses autres nombreus défauts.
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Giorgio
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Dim 19 Juin - 20:37

Giorgio ne savait plus que faire. De toute évidence la jeune fille était de plus en plus gênée, et il ne comprenait pas pourquoi. A court de suppositions, il décida de ne pas se comporter différemment de son habitude. Il acquiesca à la question de la servante :

"Oui, je ne suis arrivé à Venise que depuis quelques jours.

Il ajouta avec un petit sourire après une pause d'une fraction de seconde:


"Et de plus il est vrai que je ne fréquente pas les églises avec assiduité."

Il suivit des yeux la jeune fille lorsqu'elle se rapprocha du bâtiment puis la rejoignit en quelques pas. Il la trouvait particulièrement étrange et mystérieuse. Il n'était pas vraiment habitué à ce genre de conversations. Il avait toujours parlé directement et sans faux semblant.

"Je trouve également cette église très belle. Mais je dois avouer que toute cette ville me remplit de stupeur. Elle n'est comparable avec aucune autre, bien que je n'aie ainsi dire pas de référence pour le faire..."

Il ne put réprimer un petit sursaut lorsque la servante se présenta, se rendant compte qu'il aurait dû y penser lui même depuis longtemps.

"Je me nomme Giorgio Artenizzi. Je suis le serviteur de Muzio Barrozi, le médecin qui vient tout juste de s'installer. Je suis enchanté de faire votre connaissance Elena."

Voyant Elena rougir il lui sourit doucement, pour la rassurer sur le fait qu'il n'était pas le moins du monde offensé.
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Cilio de
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Dim 19 Juin - 21:50

Cilio s'écarta le plus naturellement et discrètement possible de la porte lorsqu'il vit les deux jeunes gens s'avancer vers l'endroit où il se trouvait. Etrangement, il n'éprouvait aucune gêne à "espionner" le duo; sans doute un relant de son éducation campagnarde qui n'avait cure des marques de bienséances de la société bourgeoise. Oui, c'était certainement cela. Il se sentait comme un gamin qui ouvrirait ses grands yeux d'une innocente curiosité sur deux amoureux échangeant quelques baisers dans l'ombre d'un buisson. Hormis le fait qu'il ne s'agissait pas d'amants officiels, mais de l'aube d'une relation qui s'annonçait prometteuse...

Dos aux deux servants, un sourire attendri émergea du visage de Cilio tandis que ces pensées gambaient joyeusement dans son esprit. Peu de choses lui semblaient plus inspirante et agréable qu'une rencontre imprévue de deux esprits jumeaux ou tout du moiuns sur la même longueur d'onde. Quand il s'agissait des autres, bien entendu. Lui-même était si peu prompt à déchiffrer les pensées de ses interlocuteurs que le moindre échange était un véritable calvaire - ceci ajouté à beaucoup d'autres raisons qui faisaient de sa vie sociale un enfer. C'est pourquoi il aimait tant rêver sur les relations d'autrui.

Et cette relation là était, de surcroît, des plus à même de fertiliser son imagination de romantique inconditionnel. Sa maigre - voire inexistante - expérience des femmes se compensait par son insatiable passion pour celles des autres. De fait, il pouvait assez aisément deviner la tournure que prendrait la relation. C'était leur première recontre; les paroles échangées resteraient banales, mais les regards appuyés ou fuyants en diraient long sur leurs pensées. Viendrait la deuxième rencontre, "par hasard" à n'en pas douter car ils ne s'échangeraient pas leurs coordonnées dès la première fois. Ils connaissaient déjà leurs identités respectives, ce qui était un bon début. La seconde rencontre, donc, serait plus chaleureuse mais tout aussi courtoise; un léger rosé viendrait teinter les joues de la jeune femme qui laisserait échapper un sourire timide, tandis que le jeune homme lui baiserait la main avec la plus grande courtoisie, un air ravi accroché au visage...

Cilio ne se lassait pas d'imaginer et d'inventer de belles histoires, car elles prenaient trop peu souvent à son goût le tournant rêvé par le jeune poète. Il aimait créer ces contes de toutes pièces; mais son plus grand plaisir était de voir à quel point son invention était différente de la réalité du fait de la complexité de l'être humain et de l'incroyable diversité des personnalités.

Le jeune poète souriait toujours, les yeux dans le vague. Sans chasser ses pensées, il tendit à nouveau l'oreille et laissa son esprit recréer les images qu'il ne pouvait plus voir à présent que les deux jeunes gens se trouvaient derrière lui. Et son regard glissa sur les quelques flocons qui tombaient du ciel, bien après leurs compagnons, un peu perdus peut-être, un peu seuls aussi...
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Elena Va
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Mar 21 Juin - 17:31

Tandis que Cilio se créait des histoires d'amour à l'eau de rose et que Giorgo essayait tant bien que mal à mettre en confiance Elena, celle-ci s'égarait dans des pensées lointaines, très lointaines.
Giorgio, tout comme le Médecin qu'il servait, venait d'arriver à Venise. Les deux Familles n'étaient là que depuis quelques temps aussi. Toutes les personnes, ou du moins la plupart, que la douce Servante connaissait avaient déjà visité d'autres villes, d'autres lieux, d'autres places, s'étaient déjà échappées de ses eaux maudites qui entouraient Venise. Mais Elena était née à Venise et y avait toujours vécu.
Venise ?
Le Monde d'Elena n'était délimité que par cette Ville. Elle la connaissait par coeur, les moindres recoins, les moindres édifices, les moindres commerces.
Venise ?
Oui, c'était une ville splendide, oui, c'était une ville unique par le fait de n'être qu'entourée d'eaux oui, c'était une ville mystérieusement attirante par ses masques et ses faux semblants.
Venise ?
Aux yeux d'Elena, c'était une prison... Etouffante et Insupportable.

La jeune Servante se sentait prête à défaillir. Elle avait cette impression d'être resserée dans un étau, d'être prisonnière d'un lieu clos dont les murs se rapprochaient peu à peu d'elle, d'étouffer, de périr doucement, seule, toujours.
Elena, faible ? Oui, sûrement, lâche aussi. Elle essayait de se combattre elle-même depuis sa rencontre avec la courtisane, essayait de prendre la vie du bon côté, d'oublier les choses qu'elle considérait mauvaises qui lui arrivaient ou étaient arrivées, de laisser tomber la tristesse et les regrets, mais c'était difficile, trop difficile, voire impossible.

Pauvre Giorgio, il devait être totalement déconcerté par l'attitude d'Elena. Peut-être allait-il penser qu'elle était folle, trop sensible et émotive, perdue dans son monde, ou tout en même temps ?
Mais la jeune Italienne ne se souciait pas le moins du monde de ce que pensait le serviteur du médecin. Les larmes salées qui naissaient dans ses yeux les lui brûlaient légèrement, elles perlaient sur sa peau de poupée de porcelaine. Elle releva sa tête et regarda quelques instants le ciel, les flocons tombaient délicatement sur son visage et dans ses cheveux châtains. Un sourire apparut quelques secondes sur le visage d'Elena mais se dissipa aussitôt. Elle regarda Giorgio avec ses yeux humides.


"Veu... Veuillez m'excuser" fut les seuls mots qu'elle prononça dans une sorte de gémissement avant de courir vers le porte de l'Eglise et de la pousser. Elle posa un pied dans l'édifice et se retourna une dernière fois, lançant un regard vers la cachette de Cilio sans pour autant le voir, puis se remit à courir.

La porte de l'Eglise claqua violemment, laissant Cilio et Giorgio, seuls, à leurs pensées.


[ La Chapelle ]
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Giorgio
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Mar 21 Juin - 21:42

Giorgio n'arrivait vraiment pas à comprendre l'attitude d'Elena. Il remarqua quelques larmes couler le long de son visage fin et commença à paniquer en pensant qu'il avait fait quelque chose de mal. Ce sentiment empira lorsqu'elle prit la parole avant de s'enfuir dans l'église.

Il resta planté là, figé dans le mouvement qu'il avait esquissé dans la vaine tentative de retenir la jeune fille. Au bout d'un moment, il reprit contenance et rajusta son manteau d'un air distrait.

Il hésitait sur la conduite à tenir. Il avait eu l'intention de visiter l'église, mais la servante penserait-elle qu'il la suivait s'il entrait dans l'édifice juste après elle? Non, elle penserait certainement qu'il la suivait, et de toute évidence elle ne voulait pas lui parler.

Il baissa les yeux vers ses souliers, enfouis dans la neige. Il commençait à sentir l'humidité glacée gagner ses pieds, il les secoua donc pour en faire tomber la neige accumulée dessus.

Il parcourut le parvis des yeux et remarqua quelqu'un comme dissimulé non loin. Les avait-il observé, lui et Elena? Il haussa les épaules. Après tout cela lui était égal. Ils n'avaient fait qu'échanger des banalités...


(edit de Poupre : ce joueur ne poste plus, ne le comptez pas dans le tour)
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Cilio de
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Jeu 23 Juin - 10:10

La mutation soudaine de l'expression timide de la jeune fille en un profond désarroi déconcerta Cilio. La nature humaine était décidément des plus incompréhensibles.. Mais pire que l'éclat en morceaux de son rêve romantique, la réaction d'Elena provoqua chez le jeune poète un brusque retour à la réalité, à sa propre détresse face à cette vie, cette vie si magnifique et si monstrueuse, si simple et si complexe... Les larmes de la jeune servante s'étaient faites siennes; cependant elles ne coulaient pas sur sa peau, à lui, mais inondaient son âme...

Il ne comprenait pas. Tant des choses pourraient être si simple: un sourire, un regard, quelques paroles échangées et la relation s'épanouirait paisiblement, l'amour naîtrait dans le coeur de deux êtres et rayonnerait... Ils auraient pu être heureux, oui, connaître le bonheur aurait été tellement simple... Alors pourquoi? Qu'est ce qui empêchait les gens d'accepter un sentimùent aussi pur et doux que l'amour? Pourquoi chacun ne s'échappait-il pas pas dans un écueil d'allégresse? Pourquoi fallait-il que l'on se créé des obstacles là où le terrain était si clément?

Et pourquoi n'était-il pas heureux, lui, Cilio Dell'Arbero?

La force lui manquait pour se maintenair debout. Mais quelque chose l'empêchait de s'adosser contre le mur robuste de l'église, cette même chose qui gardait ses yeux si secs alors qu'il aurait tant voulu pleurer, alors que l'océan de ses larmes de révolte débordait en lui. Son visage même était impassible tandis qu'en son coeur se bousculaient une foule d'émotions bien trop puissantes pour lui. Bien trop grandes, oui, bien trop fortes...

Il leva les yeux. Les flocons se faisaient de plus en plus rares et on les distinguait à peine sur le ciel d'un blanc crémeux. Peu importe le bonheur, peu importe l'amour. Tout cela était fade, dérisoire face à l'immensité du Monde, de son monde à lui. L'insignifiance de cet amour-là lui apparaissait soudain clairement. Ce mot ne signifiait rien comparé à ce qu'il ressentait pour sa soeur, sa soeur si loin, si proche... Non, il n'avait été et ne serait jamais seul. Et pour cette raison, il était heureux. Parce qu'il ne pouvait pas ne pas être heureux, en sachant sa présence constante auprès de lui. Il ne pouvait pas ne pas être heureux...

Alors pourquoi avait-il si mal en cet instant?

Cilio fit quelques pas dont il ne connaissait ni ne pouvait définir la direction. Ses sens étaient décuplés: il entendait presque les flocons se poser sur le sol. Mais les informations ne parvenaient pas jusqu'à ses cellules grises, et il marcha sans avoir conscience du temps qui passait. Quelques minutes seulement s'écoulèrent, bien que ses jambes lui parurent aussi lourdes que s'il avait marché sur des dizaines, voire des centaines de kilomètres...

"Le temps s'écoule dans un nuage de brume
Les larmes coulent et les esprits fuguent
Nous marchons; et à jamais le soleil s'enfuit
Nous passons; et le faucon pousse son dernier cri

Ainsi se noie mon coeur dans l'océan de l'oubli..."
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Luigi Ab
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Mar 30 Aoû - 12:57

[premier post]

Tout juste arrivé à Venise en fin de matinée, Luigi Abbatelli, noble Sicilien fuyant, bien qu'il ne sache plus vraiment quoi, avait marché, l'esprit vacant, dans la belle ville de Venise, qu'il ne connaissait que de nom. Il avait suivi le hasard des voix déseneigées par la chaleur de la vie citadine, chaleur qu'il avait quitté depuis bien longtemps et qu'il apprenait à redecouvrir.

Une fois, il croisa une jeune homme bien habillé abordant une jeune fille superbe, mais qui naquit dans un monde bien moins merveilleux. Il imagina tout les façon possible de repousser le malotru, mais il sembla qu'aucune ne fusse accéptable pour la charmante roturière, qui semblait charmée. Plus tard, il passa à coté d'un groupe de femme, rivalisant de largeur et de laideur, occupé à discuter, louchant sur les passants comme sur des bêtes etranges. Il imagina mille et un potain, mille et unes histoires de coucheries ou de mesquineries triviales, puis bomba le torse et se donna un air des plus noble, distingué et hautain pour les dépasser, ce qui fit très certainement jaser, surtout dans ce quartier où rares étaient ceux qui devait s'aventurer. Une autre fois, il croisa des enfants, jouant à des jeux inventés sur l'instant, pour le simple plaisir de s'amuser, aussi simplement que cela puisse se faire. Il joua une pièce courte et humoristique à ces jeunes enfants pauvres, faisant lui même tout les rôles, et leur promit de revenir un jour, peut-être, pour leur aprendre à faire de même.

Il s'imprégnait de la vie de cette ville qui lui plaisait. Loin de la morne attitude d'une Palerme mourante, Venise était bien vivante, et comptait semble-t-il le rester. Les choses firent qu'il échoua sur le parvis d'une église. Peut-être parce qu'il n'en avait pas visité une depuis fort longtemps. Quoiqu'il en soit il resta immobile à la regarder, à la détailler, à suivre du regard tout les détails qu'il pouvait remarquer, enchanté qu'il était par la beauté d'une telle batisse. Puis, il entra à l'interieur en rêve, penetra dans le confessionnal, et encouta les fautes douteuses des pieux venitiens. Puis il se retrouva lui même projeté à leur place, devant parler à un prêtre sans visage, à une voix etrangère, mais rassurante. 'Mon père, j'ai péchéé par orgueil, par amour, ou par folie. Quoi qu'il en soit j'ai sûrement fait du mal à ceux que j'aime, et je n'ose plus aller les retrouver...' Mais il quitta bien vite ces rêveries, pour revenir à la réalité, et surtout, pour ne pas tomber à la renverse, endormi par ses rêveries.

Il était là, victime d'un vent froid qu'il ne sentait pas, grâce à son long manteau pourpre, ou bordeau, ou rouge sang peut-être, sang des larmes qu'il avait pleuré en songe après avoir quitté Naples. A moins que le froid le quitte à cause de son esprit vacant, échappant comme toujours à la dureté de la vie, à sa réalité...
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Cilio de
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Mar 30 Aoû - 20:15

L'errance du poète tourmenté prit fin à l'endroit même où elle avait commencé... Sa conscience du temps et de l'espace s'étant échappée durant les quelques minutes où il avait déambulé dans les rues de Venise, Cilio ne s'était tout simplement pas rendu qu'il était revenu sur le parvis de l'église. L'esprit embrumé, il songea que l'église devait détenir un pouvoir irrésistible d'attraction sur lui... Avant de se rendre compte de l'absurdité de cette pensée.

Cette simple réflexion le fit subitement revenir à la réalité. C'était la deuxième fois que son esprit s'égarait aujourd'hui, avec pour cause de fond toujours la même chose... La présence de sa soeur. Ou plutôt son absence. En tous les cas, cela faisait bien longtemps que Rissa n'avait pas tant occupé ses pensées, ni qu'elle ne lui avait semblé si proche tout en souffrant terriblement de son absence. Cilio ne parvenait pas à comprendre la raison de cet excès d'émotions. Quelque chose avait changé... Quelque chose, mais quoi? Et surtout pourquoi?

Cilio préféra ne pas s'attarder sur ces questions, du moins pas pour le moment. Il avait déjà été trop distrait aujourd'hui... Mais ne l'était-il pas en permanence? Ce sourire triste qui caractérisait si bien le jeune poète apparut sur son visage. Oui, il était trop souvent perdu dans d'insignifiantes pensées. Son monde à lui était à la fois loin et lié si étroitement au monde réel qu'il avait souvent du mal à mettre ses idées en ordre.

Du coin de l'oeil, Cilio avait remarqué à quelques mètres de lui la présence d'un jeune homme qui semblait fasciné par l'architecture de l'église depuis un bon moment déjà. Il ne voyait que son profil, mais celui ci lui annonçait déjà la beauté enfantine dont semblait être empreint le visage du noble. Noble, il l'avait déduit à son habit; mais bien que raffiné, celui-ci n'était pas prétentieux ni excentrique. Cilio ne savait si c'était le comportement du jeune homme qui, comme le sien, paraissait étranger au monde qui l'entoure, ou bien la simplicité qui se dégageait de lui, mais il fut poussé à engager la conversation. Chose qu'il n'aurait, en temps normal, fait avec personne d'autre. Timidité oblige.

"Venise est une ville qui recèle de bien des beautés. Même si les plus radieuses ne sont pas toujours les plus impressionantes, " dit-il en laissant son regard dériver sur une petite bande d'enfants riant aux éclats à quelques mètres d'eux, puis sur un papillon qui vint volter juste sous leurs nez.

Le ton de sa voix se voulait aimable, tout en gardant cette réserve polie qu'il avait l'habitude d'arborer en toute circonstance. Cilio espérait de tout son coeur que le jeune homme réagirait positivement à sa première tentative de contact.
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Luigi Ab
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Mar 30 Aoû - 22:26

Luigi fut surpris, pris qu'il était dans ses obscures pensées, qu'il souhaitait pourtant oublier au plus vite, de peur de ne les jamais voir le quitter. La voix qu'il entendit était claire et aimable, bien que résérvée et polie. Quoi qu'il en soit, une voix qui donnait envie de donner une réponse. Naturellement, ses yeux se posèrent sur les enfants, ces enfants qu'il aimait tant et qu'il aurait souhaiter pouvoir proteger des vices de la réalité, puis sur le papillon, symbole même à ses yeux du songe, du rêve et de la réalité. Sans pour autant se retourner, il répondit, d'un ton sobre et posé :

" La nature semble vouloir faire echo à vos paroles. "

Luigi avait maintenant un franc sourire aux lèvres. Son visage respirait d'une joie enfantine, pure. Il se tourna enfin vers la voix, qui se mua sous ses yeux en un homme plus petit que lui, avec des yeux lui rappellant étrangement quelque chose, peut-être le miroir de sa chambre, à moins que ce ne soit celui de son âme... Son sourire, doux mais triste, lui inspirait une confiance qu'il ne se souvenait pas avoir déjà ressenti. Le destin avait-il voulu qu'il tombe sur son reflet ? Quoi qu'il en soit, il ne pouvait ignorer cette rencontre, la première qui lui semble vraiment importante depuis bien longtemps.

" Je suis Luigi Abbatelli, nouvellement arrivé dans cette cité, et étranger au monde de nombre de ses habitants. Très heureux d'y rencontrer une pensée familière. "
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Cilio de
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Mer 31 Aoû - 14:41

Cilio ressentit dans le regard que le jeune homme posa sur les enfants, puis sur le papillon, une foi profonde en ce qui subsiste de plus doux et de plus innocent dans ce monde ravagé par l'orgueil des hommes. L'espace d'un instant, il crut voir un halot de lumière dorée entourant la peau pâle du jeune noble. Une illusion d'optique, certainement; mais Cilio se plut à songer que ce mirage était un signe révélateur de sa véritable identité... A la pensée d'avoir pu rencontrer un ange et imaginant l'étonnement flatté de son interlocteur s'il lui avait fait part de ses réflexions, le jeune poète sourit.

Un élan de bonheur traversa le coeur de Cilio lorsque celui-ci lui répondit, sur ce ton agréablement posé, des paroles dont il apprécia la justesse. Il aurait pu répondre n'importe quoi, cela aurait suffi à faire la joie du poète. Mais là, il le comblait.


" Habituellement, ce sont plutôt mes paroles qui se veulent faire écho à la nature ", répondit Cilio avec un léger amusement dans sa voix.

Il sentit alors le regard du jeune homme se poser sur lui. Cependant, il ne ressentait aucune gêne, juste... Une étrange sensation de bien-être, un fourmillement qui parcourut tout son corps dans un très léger frisson. Il ne se souvenait pas avoir jamais ressenti cela, du moins pas dans ce genre de situation... Cilio délecta quelques secondes cet instant de félicité avant de tourner lui-même ses yeux vers le jeune noble. Il se laissa envahir par une douce sérénité lorsque leurs regards se croisèrent, comme s'il puisait un peu du Paradis d'innocence qui illuminait les yeux du jeune homme.

Ses joues rosirent légèrement quand il s'aperçut qu'il ne s'était lui-même pas présenté, puis son inconscient décida spontanément d'écarter au plus vite cette germe de timidité. Cette fois-ci, il n'allait pas la laisser prendre le dessus.


" Il est vrai que Venise est d'un univers particulier dont j'ai également peine à m'accoutumer. Cela fait pourtant plus de six ans que je côtoie ses plus nobles habitants... Je m'appelle Cilio Dell'Arbero, poète sous couvert du prince Ugo di Grazziano. "

Il ne savait s'il avait bien fait de mentionner les di Grazziano. Non par crainte que Luigi soit d'une façon ou d'une autre impliqué dans la querelle et qu'il puisse trahir sa confiance, mais il lui semblait qu'évoquer sa position lui donnait un côté arrogant. Or, il n'avait en aucune manière envie de paraître présomptueux aux yeux de Luigi. C'est pourquoi le ton de sa voix se fit un peu plus humble lorsqu'il reprit la parole.


" Mais je crois que je n'aurai jamais ma place dans les hautes sphères de la société ", soupira-t-il avec un sourire contrit. " Je n'ai pas l'esprit aussi aiguisé que la plupart de ses membres. "

Son regard se perdit dans le vague, comme absorbé par un flot de pensées.

* Heureusement, Venise compte parmi ses habitants des âmes pures ... *
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Luigi Ab
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Mer 31 Aoû - 21:08

Luigi se sentait bien. Ce n'était pas comme le fait d'être bien portant et en bonne santé, ou comme le plaisir de parler avec quelqu'un. C'était different. Different de l'amour qu'il avait pu avoir pour Rosaline. Different de l'amitié avec la jeune femme de chambre de ses parents. C'était plus... un petit quelque chose qu'il se pouvait définir.

Peut-être était-ce les mots, la voix, les yeux. Peut-être était-ce la somme de ces petites choses, associées à d'autres qu'il ne parvenait pas à cerner. Quoi que ce soit... il était bien, et il transpirait ce bonheur étrange de toutes les pores de sa peau, dans sa voix, dans ses gestes.

Luigi se dit que ce genre de situation était peut-être courante pour ceux qui rencontraient beaucoup de monde. Peut-être avait-il gaché beaucoup de temps uniquement parce qu'il n'était pas tombé sur les bonnes personnes, parce qu'il s'était cru unique. Quelle arogance ! Il se rendait compte qu'il était à sa façon aussi bas que ceux qu'il se permettait de juger. Il se promit de considérer avec plus d'attention les autres, de ne plus les juger trop hativement.

Le jeune homme, Cillio, était poète, sous le couvert d'un prince quelconque - certainement une personne importante de Venise qu'il aurait certainement dût connaire. Luigi avait rencontré suffisamment d'auteur et d'artistes pour savoir qu'il esprit fécond seul ne nourissait pas son homme, et que sans un mécène indulgent, la mort serait présente à chaque tournant. Il savait aussi très bien que rien ne valait la chance d'une bonne naissance, mais il était persuadé qu'elle ne devait être utilisé que pour son bon plaisir.

Il pris tout de même soin d'insister sur le fait qu'il n'était pas comme ceux qui lui permettaient d'exercer, et bien que cette precision fut inutile pour le jeune acteur, elle cofirmait tout de même ce qu'il pensait.


" Heureusement d'ailleurs, car notre esprit n'est point fait pour couper, pour detruire, mais bien pour créer. "

Voyant le poète s'évader quelque instants, il ferma les yeux et partit lui même voler un temps dans les nuages, auprès d'oiseaux majestueux. Après un aterrissage en douceur, il reprit.

" Vous etes donc un poète ? J'aurai tellement aimé avoir le don des mots. J'ai eu beau m'y essayer, il me fuient toujours. Je ne suis donc qu'acteur, comédien, déclamant le verbe des autres, pour me sentir voler quelques instants sur leur inspiration. "
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Enza Rig
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Jeu 1 Sep - 14:10

[La Taverne de l'Ours]

Enza arrivait en vue du parvis de l'église. Elle examina l'architecture du bâtiment. Bien qu'elle n'y connut rien dans ce domaine, elle admira cependant la beauté de cette construction.

Lentement, son regard descendit le long de la façade de la maison de Dieu, jusqu'au niveau des mortels.


*Qui avons nous là ?*

Elle examina les différentes personnes qui étaient sur ce parvis et releva la capuche de sa cape, libérant sa chevelure blonde dont les mèches bouclées s'agitèrent sous le vent. D'une démarche probablement inadaptée quand on se trouve devant une église mais appropriée en présence de la gent masculine, Enza s'approcha des individus présents, faisant mine de s'intéresser à une quelconque sculpture qui ornait le fronton.
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Cilio de
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Jeu 1 Sep - 14:36

Cilio admira une fois de plus la justesse avec laquelle Luigi interprétait chacun de ses gestes, chaque de ses paroles, dans les réponses qu'il lui donnait. "Notre esprit n'est point fait pour couper, pour detruire, mais bien pour créer ". Cette phrase pénétra l'âme du poète pour s'y ancrer comme un rayon d'espoir.

Le jeune homme disait ne pas avoir le don des mots. S'il ne savait pas les agencer pour en dégager la mélodie propre aux poèmes, il savait cependant à la perfection exploiter leurs caractères et jouer de leurs sens. Il ressortait de ses paroles une poésie certaine, différente de celle que les gens s'imaginent, une poésie touchante et juste. Cette même poésie qui prenait vie dans un rire d'enfant ou dans l'éclosion d'une chrysalide... Elle semblait se refléter dans les mots de Luigi.


* Qu'acteur?! *

L'intérêt que Cilio portait à son interlocuteur se multiplia encore lorsqu'il révéla sa profession. Mais il en parlait comme s'il s'agissait d'un métier au rabais...! Une petite flamme d'indignation s'alluma dans les yeux du poète. Il avait toujours porté une grande admiration envers ceux qui pratiquaient l'art de la comédie. Quoi de plus difficile en effet que de capter un sentiment, une émotion, parfois même une simple impression pour l'en faire sien? Donner le change en interprétant un personnage comique alors que notre coeur est empli de sombres pensées? Et ce pour un si maigre revenu! Pour parfois se faire huer ou mépriser à cause d'un pas de travers... Non, décidément, il n'existait pas de métier plus beau ni plus difficile. Ou s'il y avait, il n'en avait pas encore connaissance...

" Mais que seraient les mots s'il n'y avait personne pour les faire vivre? L'art que vous exercez est à mon sens des plus beaux et des plus difficiles. Masquer ses propres émotions en n'importe quel circonstance, et savoir traduire avec justesse celles d'un personnage dont vous n'avez pour toute indication que ses
mots... Ce n'est pas donné à tout le monde. "

Sa voix trahissait une passion dont on ne pouvait douter de la sincérité. S'il avait su faire naître en lui les émotions d'autrui, s'il avait été plus dégourdi et moins timide... Peut-être aurait-il pu choisir cette voie.

Son sourire s'élargit franchement lorsqu'il reprit la parole, tournant son regard vers le comédien.

" Nul ne sait quels rêves d'enfants ni quelles passions contenues sommeillent en chacun de nous. Si je n'avais pas été pris dans les filets soyeux du royaume des mots, peut-être aurais-je été attiré par la magie de la scène... "

Puis il rit légèrement.

" Mais c'est sans doute mieux comme cela. J'aurais fait un bien piètre acteur! "

L'attention jeune poète était bien trop portée sur Luigi pour remarquer qui que ce soit aux alentours... Pas même une femme aux atours plus que charmeurs.
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Luigi Ab
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Jeu 1 Sep - 15:16

Cillio était passionné, et considéré que le metier d'acteur était des plus admirables. Luigi était plus que d'accord avec lui, et il aurait peut-être pu dire les mêmes choses, avec la même passion, mais ps en ce qui le concernait. Il n'était pas un vrai comedien. Il ne méritait d'ailleurs pas ce titre. Il ne jouait pas, mais vivait par procuration la vie d'autres une fois sur scène. Il ne faisait cela que pour quitter une vie trop morose, une pièce qui porte son nom mais qui manque cruelment de rebondissements...

" Les acteurs sont en effet des hommes et des femmes de grand talent, mais je ne les vaut pas le moins du monde. Mon jeu sur scène n'est pas un jeu, je n'ai jusqu'alors fait que m'insinuer dans la pensée de personnages pour échapper à un réalité morne et plate. En cela, je n'ai fait que trahir le public, pour qui j'aurai dû jouer. "

Il avait parlé de cela avec un ton des plus triste et son visage avait perdu au fur et à mesure toute trace de joie. On sentait qu'il ne portait pas en grande estime ses talents, quels qu'ils soient. Baissant la tête et detournant les yeux, il portât quelques instants ses yeux sur une femme ravissante. A tel point qu'il s'empressa de lui tourner le dos, de peur qu'elle puisse voir qu'il l'avait vu... Ce petit instant de fuite, pendant lequel il avait oublié tout contenance, l'avait rendu légèrement rouge. S'en rendant compte, il rit tout bas, et repris la parole.

" Voyez-vous, on a toujours dit que j'avais un grand talent sur scène, mais dès que je n'y suis plus, je ne suis qu'un homme intimidé. "

Il rit encore un peu.

" Je suis sûr que vous pourriez réussir sur les planches d'un théatre. Il suffit de vous entendre parler pour en être persuadé. "
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Cilio de
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Jeu 1 Sep - 17:28

Cilio vit avec désarroi le visage du jeune acteur se muer en un havre de tristesse et de mélancolie. Il ne pouvait croire que Luigi était réellement ainsi qu'il se décrivait. Trahir le public, lui? Un jeune homme à l'âme si pure et si dévouée, à l'esprit si fin et innocent? Cilio en était troublé. Luigi semblait avoir une bien sombre image de lui-même... Le jeune poète se promit de faire tout ce qu'il était en son pouvoir pour l'aider à retrouver confiance en lui. Bien qu'il fût lui-même si peu sûr de lui...

Il s'apprêtait à répondre quelque chose qui contredirait ses précendentes paroles, lorsqu'une femme qu'il n'avait alors pas remarqué l'interrompit. Elle était certes d'une beauté remarquable, mais ses traits avaient quelque chose de froid. Cette impression de dureté fut renforcée lorsqu'elle débita ces paroles sur un ton sec.

Les yeux de Cilio s'élargirent d'un étonnement sincère, qui ne mua en incompréhension pendant la tirade de la femme. Il ne comprenait pas comment leur attitude avait pu blesser à ce point son égo, ni provoquer chez elle une réaction à son goût si démesurée. Quand elle eut terminé, Cilio resta pantois quelques instants, puis reprit un peu de contenance.


"Pardonnez - nous si nous vous avons en quoi que ce soit offensé, Madame. Ce n'était en aucun cas notre but ", dit-il simplement sur le ton courtois qu'il avait l'habitude d'employer.
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Le Parvis

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