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Alessand Invité
| Sujet: Re: Le Parvis Dim 27 Nov - 15:03 | |
| « C’est vrai. Mais il n’aime pas plus le chaud, l’humidité, les mains malhabiles ou être soumis à la brutalité. C’est une maîtresse bien difficile. » répondit-il d’un ton où l’amusement se le partageait à une affection réelle et visible pour son instrument.
Pour autant, et alors qu’il resserrait son manteau autour de ses épaules en suivant le médecin, il songea de nouveau aux paroles qu’il venait tout juste d’entendre. Avant qu’ils se mettent en mouvement vers une destination pour le moins chaleureuse, Alessandro n’avait pu s’empêcher de tiquer à l’annonce de la profession de celui qui l’invitait si gracieusement. D’abord parce que cela lui rappelait foule de souvenirs. Souvenirs en tous genres. Bons ou mauvais et n’était-ce pas naturel si l’on comptait toutes les années qu’il avait passé aux côtés de son médecin de père ? La jeunesse s’était occupée de le détourner de l’enseignement qu’il aurait pu lui prodiguer. Et puis la suite lui aurait fait douter de certains remèdes. Il ne put se retenir de comparer rapidement les deux hommes. Les différences étaient trop nombreuses pour qu’il soit besoin de les lister. Mais le passé étant le passé, mieux valait laisser dormir certaines choses peu agréables.
D’un autre côté, il s’était rapidement présenté à l’esprit du jeune homme la possibilité d’offrir ses propres services. Après tout, cela faisait un certain temps qu’il commençait à se lasser de ne pas être assuré de l’endroit où il se retrouverait le lendemain et c’était en grande partie ce qui l’avait poussé à venir à Venise. La curiosité avait fait le reste. Néanmoins jusque là, on ne pouvait dire que ses recherches aient réellement porté leurs fruits. Et pourtant, l’idée d’agir de manière si directe, sans même savoir si on pouvait vraiment avoir besoin de lui, lui apparaissait comme un manque de tact qui risquait de le montrer sous un jour qui ne soit pas le moins du monde à son avantage.
La meilleure solution restait donc d’orienter la discussion de manière à en savoir plus. L’homme ne semblait pas être de ceux qui s’impatientaient de trop de paroles. En vérité, il inspirait plus la confiance. Mais celle-ci ne s’offrait pas si facilement cependant.
« Vous avez dit être médecin ? Je suppose que les temps vous laissent peu de temps avec le froid. Mon père exerçait la même profession. Je me souviens que l’hiver venant, il ne me laissait guère le temps de me consacrer à ce qui me plaisait. Il prenait ses devoirs tellement à cœur… Enfin, plus que certains confrères qui semblaient par moments penser que la guérison du malade dépendait du nombre de pièces tombées dans la bourse du guérisseur. Mais je parais peut être impertinent. Je ne suis guère instruit dans ces domaines, alors juger ceux qui exercent ce métier… »
Les yeux pétillants et son sourire légèrement moqueur trahissaient cependant parfaitement sa pensée. Nul besoin d’être fort docte pour saisir que certains médecins paraissaient prendre leur fonction comme un métier similaire à tous les autres. Les Hommes ne sont pas égaux, même face à la maladie. Curieusement la taille de leur coffre et de leur garde-manger motivait énormément ceux qui s’attelaient à leur chevet. Mais si le jeune homme s’était permis de telles paroles, c’était parce que sa première impression vis-à-vis du médecin le lui présentait sous un jour bien différent de ces charlatans.
Cependant la vie apprend que rien n’est gagné d’avance et alors qu’il suivait Muzio Barozzi vers le Caffé Florian, il était tout à la réaction de son interlocuteur.
[ Caffé Florian] |
|  | | Orfeo Ciriaco Saltimbanque

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| Sujet: Re: Le Parvis Mar 17 Oct - 20:11 | |
| [Ca'Adorasti - les Communs]
Orfeo avait quitté le palais les yeux emplis de lumière. Son pas rapide et dansant l'avait mené par les rues les plus larges jusqu'au parvis de l'église San Siriano. Les pièces que la dame blonde lui avait offertes tintèrent dans son vêtement et il sourit en pensant qu'il n'aurait pas besoin de defaire son paquetage au risque de se faire prendre par la garde qui patrouillait la nuit pour assurer aux honnetes gens un sommeil paisible. Sa nuit était assurée et celle du lendemain. Ce soir, il irait se payer une place dans une auberge. Il pourrait même, s'il lui en venait l'envie, demander une chambre particulière et ne pas subir la promiscuité d'un lit commun. Un immense sourire illumina son visage. Venise était bien la terre promise qu'on lui avait vantée et si l'or n'y poussait pas sur les arbres, il n'était pas bien difficile à cueillir si on voulait bien s'en donner la peine.
Son oeil fut attiré par un mouvement dans l'ombre de la batisse. Se penchant, il apperçut une silhouette étroitement pelotonnée contre la pierre glacée. Il s'avança et glissa une des pieces plus tôt gagnées dans la main décharnée qui se tendait, tremblante. Combien de fois n'avait-il pas dormi ainsi, transi et priant pour que le jour se lève et apporte un semblant de chaleur. La terre promise ne l'était pas pour tous, il fallait accrocher sa chance dés qu'elle se présentait.
(je n'attends rien ni personne en particulier, sentez-vous libre de venir) _________________ "J'ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d'or d'étoile à étoile, et je danse." A.R. |
|  | | Iago degli Albizzi Gentilhomme - Ca'Grazziano

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| Sujet: Re: Le Parvis Sam 21 Oct - 0:50 | |
| [Ca Grazziano - La Bibliothèque]
Iago était d'une grande frilosité. Plutôt, cela dépendait grandement de son humeur. Lorsqu'il était de bonne humeur, il ne remarquait rien de spécial. Quand il était de mauvaise humeur, même dans une pièce chauffée, il était capable d'avoir froid.
Or, en ce moment où ses pas le faisait marcher sans qu'il ne s'en rende compte le long de la calle qui menait à l'église San Siriano, il était de fort mauvaise humeur. Le livre qu'il avait emprunté dans la bibliothèque du palais Grazziano n'avait pas tenu ses promesses. Iago avait le souvenir d'un livre relativement médiocre mais contenant deux ou trois phrases limpides. Mais non. Ces deux ou trois phrases n'existaient pas (ou plus, ce qui revenait au même), et le livre était simplement mauvais.
Cela faisait qu'il marchait à grands pas sans regarder où il allait, mais en regardant autour de lui en jetant des regards assassins à toutes personnes s'approchant de trop près. Etroitement enveloppé dans son grand manteau, un chapeau enfoncé sur la tête, sa rapière pendue au côté, il avait l'air d'un personnage fort peu recommandable (ce qu'il était, n'arrêtait-il pas de répéter d'ailleurs).
C'est ainsi qu'il arriva devant l'église, qu'il leva les yeux au ciel en voyant un pauvre donner de l'argent à un autre et qu'il s'apprêtait à ne surtout pas s'arrêter, lorsqu'il reconnut, en la personne d'un des protagonistes de la scène d'une mièvrerie horripilante à laquelle il assistait, le messager de l'après-midi.
Il s'arrêta, s'installa sur les marches et lâcha un rire un peu coupé par l'air froid de la nuit.
"Et bien... D'abord messager d'une pauvre jeune femme en détresse, maintenant âme généreuse qui donne le peu qu'il a à celui qui a encore moins... Tant de générosité... Chercheriez-vous à être canonisé ? Ou bien à devenir le héros d'un de ces romans picaresques dont nos voisins espagnols ont le secret ? La seconde vous convient mieux, je crois..." _________________ Honest Iago... |
|  | | Orfeo Ciriaco Saltimbanque

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| Sujet: Re: Le Parvis Sam 21 Oct - 1:51 | |
| Orfeo, qui n'avait pas entendu l'homme s'approcher, sursauta violement quand le rire résonna dans le silence glacé. La pièce roula sur le sol avant d'avoir atteint la main tendue, elle tinta sur les marches, tournant sur elle même avant de s'immobiliser aux pieds de l'intrus. Cherchant à la rattraper, le garçon se pencha de coté. Sa bottine glissa sur le sol gelé et il tenta un rétablissement qui, au lieu de l'effet escompté, lui fit perdre l'équilibre un peu plus. Il tourna sur lui-meme, et d'un bond qui lui évita la chute, se retrouva au bas des marches, face à Iago.
Point de sourire de convenance à cette heure tardive, le regard curieux, il cherchait à deviner à qui il avait affaire en scrutant l'ombre qui noyait le visage de son interlocuteur. Le ton pourtant le renseigna bien vite et devant ses yeux passa l'image d'une jambe bottée se balançant par dessus l'accoudoir d'un fauteuil au rythme de paroles ironiques. Son nez se fronça tandis qu'il répondait à l'apostrophe.
"Il est très certainement facile de moquer et de faire de l'esprit quand la providence ..."
Il se pencha et tendit les doigts vers la pièce que touchait la botte au cuir entretenu qui révélait mieux que toutes les parures la richesse de son propriétaire.
"... faisant encore une fois preuve de cécité, vous a fait naître coiffé." _________________ "J'ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d'or d'étoile à étoile, et je danse." A.R. |
|  | | Iago degli Albizzi Gentilhomme - Ca'Grazziano

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| Sujet: Re: Le Parvis Sam 21 Oct - 13:23 | |
| Iago avait regardé, amusé, les talents d'équilibriste du jeune garçon. Lorsqu'Orféo atterrit devant lui, Iago avait posé les coudes sur les genoux, les doigts sans gants pianotant sur le sol gelé entre ses pieds écartés.
La pièce était tombée juste à côté, et il n'eut qu'à déplacer légèrement la main, même sans faire preuve de rapidité pour la saisir avant Orféo. Les coudes toujours appuyés sur les genoux, il la leva jusqu'à ses yeux, remontant d'un doigt de l'autre main son chapeau. Il la tourna et retourna devant lui comme s'il s'agissait d'un objet curieux, tout en parlant.
"Naître coiffé hein ? La coiffe... Cela n'a pas grand chose à voir avec l'acte de naître vous savez... Beaucoup plus de l'ordre du hasard. Même pas de la providence et de ses visées pré-établies pour le mieux par un être supérieur... De l'ordre du hasard, de la fortune, vraiment.
Combien de bâtards se promènent-ils dans la rue, nés coiffés, et non reconnus ? Et combien d'autres se pavanent-ils dans les salons, n'ayant pour lettres de noblesses que l'aveuglement ou la faiblesse d'un père ?
Non, la naissance n'a même rien à voir avec ça. La naissance, c'est la même chose pour tous, le plongeon forcé dans un monde ignoble. Mais enfin..."
Lassé de sa contemplation de la pièce, Iago l'envoya dans la direction du mendiant (qui se lamentait depuis tout à l'heure d'avoir perdu sa pièce...) d'une pichenette du pouce. Il préféra ne pas regarder l'homme se précipiter dessus et reporta son regard sur le garçon devant lui.
Il eut un sourire en coin en voyant de plus près cette figure à laquelle il n'avait prêté que peu d'attention lors de leur première rencontre. Un regard intelligent, curieux, un air "déterminé" peut-être. De nouveau, Iago eut l'impression de se retrouver face à un de ces rares êtres libres.
Il resserra de nouveau sa cape contre lui, et posa le menton sur ses bras croisés et éternellement vissés à ses genoux.
"Et selon vous, en quoi la providence fait-elle montre de cécité en me donnant un titre de noblesse ?"
Cette fois-ci c'était à Iago d'avoir un regard curieux, avec simplement plus d'amusement au fond des yeux. _________________ Honest Iago... |
|  | | Orfeo Ciriaco Saltimbanque

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| Sujet: Re: Le Parvis Sam 21 Oct - 18:58 | |
| Orfeo grimaça quand l'homme ramassa la pièce. Il craignit un instant qu'il ne la garde, qu'il l'empoche sans façon estimant le présent trop beau pour le mendiant. Il ne montra pas son soulagement quand la pièce s'envola vers son premier destinataire.
Partagé entre l'envie de continuer son chemin pour trouver une auberge et la curiosité que lui inspirait l'homme qui se tenait là, aussi à l'aise sur les marches froides d'une église que dans un salon princier, il céda à la dernière.
La tête penchée de coté, les bras croisés, il écouta attentivement les paroles auxquelles il trouva du sens. Le froid mordant ne le laissait pas en place et il se retint de sautiller pour se réchauffer. Son regard se chargea d'envie devant la cape fourrée. Il détourna les yeux, calculant combien il lui faudrait débourser des pièces d'or qu'il venait d'obtenir pour s'en offrir une toute pareille. Très certainement, les cinq qui lui restaient ne suffiraient pas. La question posée d'un ton amusé et le regard de l'homme lui firent dresser le menton et une moue se dessina sur ses lèvres.
"Ma naïveté me fait souvent espérer que la noblesse du nom soit accompagnée d'un coeur égal. Et railler la misère..."
Il haussa les épaules et fixa son regard clair à celui de son interlocuteur.
"Mais vous me faites parler pour vous distraire et moi faible d'esprit je vous réponds au lieu de chercher un lit pour la nuit !"
Ce disant, il avait commencé de s'éloigner. _________________ "J'ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d'or d'étoile à étoile, et je danse." A.R. |
|  | | Iago degli Albizzi Gentilhomme - Ca'Grazziano

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| Sujet: Re: Le Parvis Dim 22 Oct - 0:54 | |
| Iago s'était contenté de hausser les épaules au mot de "distraction". Il ne s'agissait de distraction que dans le sens où une conversation non stupide était un événement exceptionnel. De même, il n'avait pas vraiment réfléchi, quand Orféo s'était levé et avait commencé à s'éloigner : il avait fait de même.
Cela lui arrivait assez souvent. Quand il commençait une conversation qu'il jugeait prometteuse, il ne laissait pas les petits faits sans importance (le fait, par exemple, que son interlocuteur tente de quitter la scène) devenir des obstacles. De toutes les façons, il marchait généralement sans but. Alors marcher avec un but qui n'était pas le sien ne lui posait pas de problèmes moraux graves. La seule chose qui l'agaçait (et le faisait jubiler également, une fois de plus, il avait raison) c'était que ce qui poussait le jeune saltimbanque à repartir étaient de pures circonstances matérielles.
"Chercher un lit... Evidemment, une fois de plus, la matérialité brute et bête vient interrompre avec un manque tact grossier l'élaboration d'une pensée qui semblait pour une fois pensée..."
Il avait rapidement balayé la cape qu'il portait, et renfonça un peu son chapeau sur son front.
"Je me demande vraiment pourquoi vous avez décidé brusquement d'interpréter mes propos comme une raillerie de la misère. Je ne me moque que des gestes ou des gens. Il n'y a rien à railler, comme il n'y a rien à respecter d'ailleurs, dans la misère."
Iago n'avait pas complètement rattrapé Orféo. Volontairement, il restait très légèrement en retrait, même pas un pas un arrière. Il suivait sans se presser. _________________ Honest Iago... |
|  | | Orfeo Ciriaco Saltimbanque

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| Sujet: Re: Le Parvis Dim 22 Oct - 1:18 | |
| Piqué au vif, Orfeo fit volte-face. En un pas il fut contre Iago, sa cape de lainage contre le riche vêtement. Son regard pétillant levé vers l'homme, un sourire moqueur éclaira son visage aux lèvres bleuies par le froid.
"Peut-être que ma conversation ne vous convient pas, dans ce cas passez votre chemin et cessez de me suivre. Et si ce sont les bassesses matérielles qui vous gênent, sentez vous libre de me proposer votre lit, un repas et un toit afin de libérer mon esprit entravé par des besoins inhérents à ma survie."
Il se détacha de l'homme et fit quelques pas, décidé à le planter là. Mais à peine quelques mètres franchis, il revint de sa démarche vive se planter en face du gentilhomme. Un petit coup du bout des doigts sur la poitrine de son interlocuteur, le regard franc planté bien haut dans les yeux bruns.
"Et ne faire que se moquer de tout et de tous, pour rien et sans raison, cela ne vous dote pas d'un esprit bien fin. Cela révèle seulement combien vous êtes imbu de vous même. Qui êtes vous pour vous permettre de juger mon geste ? Vous n'êtes rien du tout et tout l'or du monde n'y changera rien." _________________ "J'ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d'or d'étoile à étoile, et je danse." A.R. |
|  | | Iago degli Albizzi Gentilhomme - Ca'Grazziano

Inscrit le : 23 Mai 2005 Messages : 256
| Sujet: Re: Le Parvis Dim 22 Oct - 23:52 | |
| De manière assez prévisible pour quelqu’un connaissant Iago depuis longtemps, mais assez surprenante pour un inconnu, Iago éclata de rire. Le manège du jeune saltimbanque, son regard franc et moqueur malgré le froid évident qu’il ressentait (diable, même Iago le sentait, le froid), ses allées et venues et ses paroles étaient dignes du personnage.
Reprenant son souffle, Iago retourna le coup de doigt sur la poitrine.
"Voilà une des grandes vérités du monde ! Je ne suis rien, vous n’êtes rien, personne n’est rien. Je suis heureux de vous l’entendre dire. Et croyez bien que votre conversation me plait, elle me plait même terriblement, si elle ne me plaisait pas, cela fait longtemps que vous auriez le bonheur d’être débarrasser de ma personne. Vous avez le malheur d’être intelligent. Félicitation !"
Iago rajusta rapidement son chapeau qui n’avait pas besoin d’être rajusté, mais Iago n’aimait pas avoir un chapeau sur la tête. Il ne le gardait que parce qu’il faisait frais.
"Vous avez un peu tendance à tirer des conclusions erronées. Par exemple, je ne cherche aucunement à avoir un esprit fin. Je ne vise que l’esprit juste. Mais enfin… comment dit-on déjà ? "ventre affamé n’a pas d’oreilles" ? Cela doit être quelque chose comme ça. Donc je ne tenterai pas d’expliquer en quoi vous vous trompez. Pour l’instant. Et puis cela n’a pas grande importance. Il n’y a rien de plus ennuyeux que la justification.
Bref, il s’agit pour l’instant de régler vos problèmes matériels. Je ne vous donnerai rien, évidemment, donner pose des problèmes bien plus grave que cela n’en résout… En revanche… Un ami napolitain rencontré ce matin m’a conseillé un lieu qui doit correspondre à peu près à ce que vous chercher. Comment m’a-t-il dit ça…"
Il sembla se concentrer un moment et reprit, mais d’une voix complètement transformée, dans un mélange d’italien et de sicilien, avec un accent digne des grands bandits de Naples.
"Si qu’tu sais pas où crécher, y’a la T’verne d’l’Ours. Y’a po plus simple à trover. C’est là qu’y a d’la lumière dans le trou noir."
Iago retrouva sa voix normale de noble florentin pour ajouter, comme s’il n’avait rien fait d’étrange juste avant :
"Il faisait référence au quartier de la Bouche d’Ombre je crois…" _________________ Honest Iago... |
|  | | Orfeo Ciriaco Saltimbanque

Inscrit le : 02 Sep 2005 Messages : 81
| Sujet: Re: Le Parvis Lun 23 Oct - 0:31 | |
| A nouveau Orfeo haussa les épaules.
"Je le savais bien que vous ne donniez pas, vous êtes là à pérorer et c'est tout. Je n'ai rien demandé d'ailleurs. Enfin si. Enfin j'ai proposé que vous proposiez. Mais bien sûr.. Et pour ce qui est de la Bouche d'Ombre merci bien Votre Grandeur, mais je connais parfaitement cet endroit et à me voir, vous en avez déduit que j'y avais ma place."
La moue sur le visage du garçon, son ton mordant montrait que les paroles de l'homme n'étaient pas loin d'avoir atteint leur but.
"Je suis intelligent en effet et je ne ferai pas montre de fausse modestie en soutenant le contraire. Il eut mieux vallu pour mon confort que je le fusse moins. Les imbéciles se contentent de ce qu'ils ont. Mais la faim, le froid ou la nuit ne m'ont jamais empeché de raisonner ainsi que vous semblez le croire. Mais peut-être n'est-ce pas votre cas ? Et cessez de rire, je vous prie !" Gronda-t-il.
Il se détourna et continua de marcher, d'un pas ralenti par la reflexion que l'on pouvait lire sur son visage.
"Qui êtes vous d'ailleurs ? Vous êtes comme chez vous dans le salon du Prince Grazziano qui a l'air de vous porter en estime et vous sortez seul la nuit.. Etes-vous de ces courtisans de ces entremetteurs, que les Grands payent grassement pour leur trouver de la distraction ? Vous vous y prenez drôlement mal..."
Un immense sourire, étincelle de moquerie dans l'oeil, souligna la dernière constatation. _________________ "J'ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d'or d'étoile à étoile, et je danse." A.R. |
|  | | Iago degli Albizzi Gentilhomme - Ca'Grazziano

Inscrit le : 23 Mai 2005 Messages : 256
| Sujet: Re: Le Parvis Lun 23 Oct - 1:42 | |
| "Je m'y prendrais très mal, si c'était là ce que j'étais. Mais il semble que vous ne soyez pas le seul à remarquer que je ne possède aucun don pour la conversation sociale ou la diplomatie..."
Curieusement, Iago avait obtempéré lorsqu'Orfeo lui avait demandé d'arrêter de rire. Il ne gardait qu'un sourire de coin grandement amusé.
"Ce qui fait que, fort heureusement, on ne me charge d'aucune fonction. Je suis profondément inutile. Une sorte de parasite j'imagine. Je m'installe à côté des gens qui m'intéresse et j'essaye de parler honnêtement, jusqu'à ce qu'on me mette à la porte. Enfin, tout cela pour dire que ce n'est pas parce qu'on est chez soi chez un grand que l'on est forcément courtisan ou respectueux des conventions de notre si répugnante société."
Il souriait toujours mais avait haussé les épaules. La définition de soi faisait parti des sujets dont on ne peut pas faire le tour en quelques phrases. C'était terriblement horripilant. Là, il avait sans doute réussi à peu près l'exercice. Mais le "à peu près" ne convenait pas beaucoup à Iago.
"Mais comme vous l'avez dit, je suis avant tout, rien, et le néant est ce qu'il y a de plus difficile à qualifier avec nos mots... Peu importe. Ce que vous dites sur le froid, la faim et la nuit est tout à fait juste. Cela n'empêche pas de réfléchir (du moins pas tout le monde parmi ceux qui savent réfléchir, c'est-à-dire finalement plus grand monde, mais passons). Parfois même, cela permet de voir plus clair et de comprendre plus loin."
Un rapide assombrissement presque dangereux d'ironie destructrice passa sur le visage de Iago. Mais ce fut aussi bref qu'un souvenir fugace.
"L'inconvénient est que la plupart des personnes considère le froid, la faim et la nuit comme des choses qu'il faut combattre. Ils vont donc consacrer une grande partie de leur réflexion à la résolution de ce manque. Cette énergie gaspillée sur des objets matériels rend la réflexion générale plus faible. Même si, en ce sens, la satiété, la chaleur et le jour sont des obstacles de la même manière. "Il faut que je jeûne pour réfléchir" comme "il faut que je mange pour réfléchir" sont deux phrases d'une abjection totale parce qu'elles sujetissent la réflexion aux conditions matérielles. Elles font passer la recherche d'un état matériel avant la recherche d'une pensée. Ce qui est en fin de compte l'abandon pur et simple d'une réflexion sensée qui ne vaut la peine d'être conduite que si elle est menée par volonté radicale."
Iago avait une fois de plus parlé avec de grands gestes et une certaine conviction déterminée qui l'avait entraîné un peu plus loin que ce qu'il était sans doute nécessaire de dire. Mais Iago haïssait la nécessité, donc cela ne l'ennuyait absolument pas. Il se contenta de lécher le bout de son doigt qui portait une petite blessure qui s'était rouverte à force de grand moulinet des mains. Ce qui lui donna bizarrement, pendant quelques instants, l'air d'un enfant.
"Enfin ! Vous n'avez en fait, jamais dit le contraire... Vous n'avez que présumé à tort que je ne voulais vous faire parler que par distraction, et vous avez préféré à la parole idiote, l'absence de parole. Choix judicieux si l'interprétation de mes intentions n'avait été fausse..." _________________ Honest Iago... |
|  | | Orfeo Ciriaco Saltimbanque

Inscrit le : 02 Sep 2005 Messages : 81
| Sujet: Re: Le Parvis Mer 25 Oct - 18:21 | |
| Orfeo sourit et son pas s'allongea pour lutter contre le froid humide qui penetrait ses vétements.
"Vous parlez beaucoup, et vous ne répondez pas aux questions qu'on vous pose."
Ils étaient suffisamment éloignés de l'église à présent pour ne plus bénéficier de la lueur des torchères qui en éclairait l'abord. La nuit se faisait plus dense et l'écho de leurs pas rendait le lieu plus solitaire encore. Le garçon indiqua l'ombre profonde du menton.
"Je vais regagner la Bouche d'Ombre où est ma place, tandis que vous irez rejoindre les lumières des palais où est la vôtre. A moins que devoir justifier votre présence à la troupe chargée du couvre-feu ne vous amuse. Pour ma part, j'essaie d'éviter ce genre de rencontres, Monsieur le Capitaine de la Garde et moi-même menons une sorte de relation... ombrageuse..."
Une petite révèrence de comédie, et il s'élança dans la nuit. A la lisière de l'ombre, il se retourna et sa voix résonna de rire.
"Si jamais vous étiez lassé des salons et que vous cherchiez de la compagnie, ruelle de l'Ours demandez Orfeo !"
L'écho de sa voix se répercuta contre les murs mais il avait déjà disparu, avalé par la nuit.
[ailleurs - j'éditerai] _________________ "J'ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d'or d'étoile à étoile, et je danse." A.R. |
|  | | Iago degli Albizzi Gentilhomme - Ca'Grazziano

Inscrit le : 23 Mai 2005 Messages : 256
| Sujet: Re: Le Parvis Jeu 26 Oct - 19:34 | |
| Le rire de Iago, qui avait accompagné une révérence tout aussi comique que celle du garçon, se mêla à l'écho du départ du saltimbanque. Décidément, l'animal était rare.
Iago contempla un instant l'entrée de la Bouche d'Ombre. Cet Orféo là n'entrait certainement pas en Enfer pour en faire sortir une Eurydice... Il avait un peu pris la mouche, mais c'est pourtant vrai, c'était son domaine à lui, l'obscurité.
Un curieux personnage, vraiment, alors comme ça, il entretenait une relation ombrageuse avec le Capitaine de la garde ? Décidément, c'était quelqu'un de très respectable ce jeune homme... Iago remonta sa cape, riant encore silencieusement.
Doucement, il reprit sa marche, revenant lentement vers l'église. Il s'installa de nouveau sur les marches. C'était un endroit idéal pour passer le temps. C’était très confortable. Le mendiant était reparti, Iago était seul et tranquille. Il sortit son carnet de note et se mit à griffonner. Pour une fois, ce n'était pas des mots mais des images.
Des images qui étaient même des images de personnages étant donné que la garde arrivait juste en face de lui. La garde qui n'avait pas l'air d'apprécier le dessin que venait de faire Iago. Il était vrai que la garde avait, sur son dessin, un très certain air de ressemblance avec Don Quichotte et Sancho Pansa. Mais après tout, c'est qu'ils ressemblaient vraiment à Don Quichotte et Sancho Pansa.
Après un bref dialogue que nous ne retranscrirons pas ici car personne ne l'entendit (et qui fut sans doute émaillé de propos peu courtois) la garde décida que Iago, tout degli Albizzi qu'il était, passerait la nuit dans la prison de Venise. Iago soupira et suivit la garde.
[La Prison] _________________ Honest Iago... |
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