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Danilo della Lonza Gentilhomme - Ca'Adorasti

Nombre de messages: 92 Date d'inscription: 16/12/2006
 | Sujet: Re: Extérieur - Le Canal Ven 29 Déc - 8:26 | |
| Danilo s'autorisa une grimace mentale lorsque Luciano évoqua son attachement au prince Elio. Il n'avait pas souvenir que le jeune garçon que le prince était alors et Luciano aient entretenu des rapports des plus chalereux par le passé. Cependant, il se garda de juger plus avant, de peur de sauter trop vite aux conclusions, comme il avait la mauvaise habitude de le faire. Douze ans pouvaient changer un homme. Et si ce n'était pas Luciano, qui n'avait visiblement pas perdu ses manières raffinées et son art de la pique acide, Elio pouvait avoir changé du tout au tout en douze ans d'absence. Lui-même n'avait commençé à sortir de l'enfance, il s'en rendait compte maintenant, que lorsqu'il s'était exilé. Là seulement, âgé de vingt ans, il avait quelque peu mûri. En douze ans, tant de choses peuvent arriver. Tant de malheurs, aussi. "Je ne doute pas un instant de votre attachement au sang et à la chair d'Andrea, très cher. Je suis heureux de vous découvrir fidèle à vous même." Répliqua-t-il sur un ton doucereux, en affichant un petit sourire de convenance non dénudé de toute traçe d'ironie.
La pique acide que Luciano lui adressa ne lui fit ni chaud ni froid. Il avait depuis longtemps dépassé la rancune stupide qui l'avait dressé contre Ettore. L'épisode restait vivace dans son ersprit, mais d'autres préoccupations en avaient voilé la puissance évocatrice, et il ne s'animait plus comme avant. Ce fut presque avec sincérité qu'il répondit à Luciano:"Certes non, il est certains talents qu'on ne peut oublier. Rouen ne possède pas de flûtistes de sa trempe, j'en ai bien peur. J'y ai cependant trouvé quelques autres musiciens grandement doués. Je ne regrette aucunement mon geste. Peut-être lui rendrais-je visite un jour si je me décide à retourner à Florence, un de ses jours. Mais dites-moi, est-il toujours aussi célèbre? Ou en douze ans, s'est-il fait quelque peu occulter par un nouveau génie des notes?" La question n'était pas anodine. Si Ettore avait lui-même subi le sort qu'il lui avait infligé, ce qui était très probable car les salons changeaient de coqueluche avec une aisance blessante, alors il pourrait se considérer comme définitivement vengé. Il pourrait oublier les dernières traçes de rancune qui l'habitaient encore.
Le jeune noble tout vêtu de rouge partit dans une grande tirade, leur expliquant savamment qu'il refusait de se nommer ainsi pour une première rencontre de hasard. Danilo se fendit d'un petit sourire discret. Cet homme là lui plaisait, avec ses attitudes de noble quelque peu fantasque. Il ne s'agissait donc pas d'un Adorasti, comme l'avait d'abord supposé le pianiste. Qu'importait. S'il avait l'occasion de revoir cet homme, sans doute le ferait-il. Mais ans doute pas avnt d'en avoir appris un peu plus sur lui. Il le regarda s'éloigner, les yeux un peu rêveurs, avant de reporter son attention sur Luciano."Dites, moi, Luciano... Auriez vous l'obligeance de dire quelques mots sur la princesse Bianca? Je n'en ai eu qu'un très bref aperçu par les dires d'Elio, et je doute franchement qu'il soit objectif à son égard. Quel genre de femme est-ce?" |
|  | | Luciano di Lorio Ami de la Famille Adorasti - Ca'Adorasti

Nombre de messages: 166 Date d'inscription: 04/07/2005
 | Sujet: Re: Extérieur - Le Canal Mar 2 Jan - 21:38 | |
| Les allusions de della Lonza évoquèrent à l’esprit de Luciano la discussion surprise entre le Prince Adorasti et son ami d’enfance. Il semblait que dans le cas du pianiste, les années aient pu « faire à l’affaire », à moins que rien n’ait vraiment changé et qu’une certaine vivacité ait toujours été présente en lui. Remplacer le garçon par un substitut plus docile avait été un geste judicieux, à en juger par le sourire ironique qu’affichait le musicien. Porter un serpent en son giron n’était sûr que si on arrivait à lui retirer ses crocs et son venin. Danilo della Lonza paraissait s’être muni de ces deux instruments durant ses années d’exil. Il faudrait veiller à ce que son poison ne soit pas dirigé envers son ancien mécène, sans quoi il serait impératif de le museler pour de bon. L’aristocrate ne tolérerait pas qu’on souille l’honneur du sang et de la chair à laquelle il s’était tant dévoué…
Bon prince, le noble accorda grâce – pour l’instant – à celui qui avait autrefois été le pupille des Adorasti, plutôt intéressé à connaître le nom de l’inconnu. Il se prit à songer à la vision de cette peau pâle ou de cette bouche fendue dans un sourire narquois teintées d’une délicieuse couleur écarlate, venant se marier agréablement à sa tenue vermillon. Avant qu’il n’ait pu élaborer la façon qu’il emploierait pour obtenir un tel résultat, le jeune homme prenait son congé d’une façon des plus originales, arrachant un nouveau sourire à son aîné.
Luciano suivit la silhouette carmin du regard jusqu’à ce qu’elle se soit perdue au détour d’un canal. Il aurait aisément pu découvrir l’identité de son mystérieux interlocuteur grâce à ses informateurs qui ne lui avaient que rarement fait défaut. Cependant, comme celui-ci l’avait souligné, il en aurait perdu le plaisir de la chasse, puis celui, décuplé, de la capture. Il se réservait la distraction de récolter de la bouche même du garçon son nom, et bien plus encore. Il saurait très bien prendre goût à recevoir, voire peut-être même à donner, puisqu’il ne doutait aucunement que l’effort en vaudrait la peine.
En attendant ce moment qui ne manquerait certainement pas d’agrément, l’aristocrate devait se charger de Danilo della Lonza et répondre aux interrogations laissées en suspens par le départ de leur troisième comparse.« Le jeune Ettore, Dieu ait son âme, n’a malheureusement pu jouir très longtemps de sa notoriété. Il a été emporté par de terribles humeurs quelques années après votre départ, » l’informa-t-il, d’un ton presque attristé.
Il tut le fait que les « terribles humeurs » ayant provoqué la mort du flûtiste avaient coïncidé d’heureuse façon avec des rumeurs quant à ses agissements douteux. Il aurait, selon les racontars, fait preuve d’une trop grande gourmandise et en serait même venu à mordre la main qui l’avait nourri. Son décès prématuré avait donc pu lui épargner la disgrâce comme contenter certaines instances réclamant qu’il soit châtié tel qu’il se devait.
* Et tel qu’il s’était dû… * pensa le noble, en toisant son interlocuteur, décidément différent du souvenir qu’il en avait gardé.« Quant à la Princesse… Femme, elle ne tardera pas de l’être, une fois qu’elle aura été initiée aux usages de ce monde. Son innocence est… comment dire? » Ses yeux brillèrent d’une lueur tout sauf bienveillante.« … rafraîchissante. Elle vous plaira sans doute, Monsieur della Lonza, tout comme elle plaît à tous les membres toute la maisonnée. Certains, en particulier, » ajouta-t-il, d’un air entendu. |
|  | | Danilo della Lonza Gentilhomme - Ca'Adorasti

Nombre de messages: 92 Date d'inscription: 16/12/2006
 | Sujet: Re: Extérieur - Le Canal Mar 2 Jan - 23:21 | |
| Danilo manqua de laisser transparaître ses émotions alors que Di Lorio lui annonçait la triste fin d'Ettore. Emotions nombreuses et contradictoires, qui s'agitèrent en lui un court instant. Un peu de tristesse, de cette peine qu'ont les artistes pour la disparition d'un talent. Un peu de joie cruelle, de savoir que son rival avait payé ce qu'il lui avait fait. Un peu de honte, à ressentir un tel sentiment. Un peu d'indifférence, lui à qui ce personnage n'importait plus vraiment.
Si quoi que ce fut transparut sur son visage, il ne s'en rendit aucunement compte. Mais peut-être ses yeux l'avaient-t-il quelque peu trahi, comme il lui arrivait trop souvent. Ce petit tumulte intérieur fut bref, car Danilo avait appris à se contrôler durant son exil. Il n'en était plus à haïr au vu et au su de tous, il savait intérioriser au mieux ses sentiments, se les cacher, même à lui-même, les enterrer sous une couche d'insensibilité que les six derniers mois, tout particulièrement, avaient contribué à forger. "Oh, quelle tristesse , fit-il d'un ton presque similaire à celui de Luciano, à la fois dégagé et empreint d'une once de compassion plus ou moins feinte. Je lui aurai donc survécu... Le sort joue parfois des tours bien pendables. Enfin, passons." Il se concentra plus avant sur la réponse de Luciano à sa deuxième question. Il ne l'avait pas posé uniquement pour connaître un peu mieux Bianca. A vrai dire, ce que Di Lorio pouvait en dire l'intéressait presque plus que le contenu réel de ses paroles. Il voulait voir si l'homme avait un tant soit peu changé durant son absence. L'air malveillant que prit Di Lorio en prononçant le mot rafraichissante lui assura que ce n'était aucunement le cas. Le Luciano qu'il avait devant les yeux était toujours aussi vénéneux qu'il s'y attendait. Sa présence devait être un cadeau empoisonné pour le prince Elio. A moins qu'il ait réussi à gagner totalement la confiance de Di Lorio, ce que seul Andrea avait pu faire jusque là. Ce dont Danilo doutait grandement. Père et fils étaient par trop dissemblables.
Allons bon, voilà qu'il sautait de nouveau aux conclusions à toute hâte. Remettant à plus tard son jugement, il s'intéressa de plus près aux dires de Luciano sur la compagne forcée du prince Elio.
*Innocente? Etrange qu'une fille de grande famille puisse encore développer ce trait de caractère là, de nos jours* En plein milieu hostile, elle devrait changer au plus vite si elle voulait survivre. Ou simplement ne pas se retrouver complètement dominée par les aristocrates qui l'entouraient, Elio en premier, et les dangers potentiels que représentaient des hommes de la trempe de Luciano en second. Danilo leva un sourcil mi-étonné, mi-curieux, à l'évocation de la capacité de séduction de la princesse. Il trouvait étrange que Luciano lui révèle, même sans donner de noms, qu'un membre de la maisonnée, voire plusieurs, aient des vues sur Bianca. Sans doute le vieux loup montrait-il encore là une intention de porter préjudice à quelqu'un. Danilo eut un petit sursaut mental qui correspondait à un haussement d'épaules. il aurait tout le temps de découvrir ce que pouvait bien tramer l'aristocrate dans l'entourage d'Elio. Il eut juste une nouvelle confirmation que le loup gardait ses dents intactes et aiguisées, et que son âme lui dictait toujours de les user sur autrui. Bianca était donc belle. Evidemment. Il aurait préféré un laideron, mais les contes de fées, même soumis aux intrigues tordues de la noblesse vénitienne, ne laissent pas de place aux mochetés pour des places de luxe. Il lui faudrait veiller à ne pas s'amouracher. Mais il ne se sentait plus capable de tomber amoureux ces derniers temps. Bonne chose, pensa-t-il amèrement. "Je ne crois pas que vous ayez totalement raison. Si j'ai suffisamment bien interpreté les rumeurs réçentes, il me semblerait que notre bon prince ne soit pas particulièrement sous le charme de son épouse... Je me trompe?" A nouveau, la question n'avait pas pour réel but d'obtenir une réponse que Danilo croyait déjà connaître. Faire parler Luciano le rassurait quelque peu. Lui dérouillait quelque peu l'esprit, mis à mal par la relative solitude de ces derniers mois. Son isolement de la noblesse de Rouen lui faisait craindre d'avoir perdu quelque peu ses capacités de jugement sur les manières d'agir et de parler de ses contemporains. Retrouver ses marques en s'exerçant sur un être dont il connaissait quelque peu le fonctionnement ne pouvait pas lui faire grand mal. Suite à cette interrogation, il posa une nouvelle question, se tournant cette fois-ci vers les Grazziano. Faire un petit tour du patrimoine local."Dites-moi, la famille de la princesse s'accomode-t-elle de cet état de fait? Pour ma part, j'ai bien vu quelle à été la réaction de mes parents lorsqu'Andrea m'a accordé sa protection. Laisser un membre de sa famille à une famille ennemie ne provoque généralement que fiel et envies de représailles. J'en ai fait l'expérience, et ce plus d'une fois. Est-ce que les Grazziano feraient exception à cette règle?"
Dernière édition par le Mer 3 Jan - 7:57, édité 1 fois |
|  | | Luciano di Lorio Ami de la Famille Adorasti - Ca'Adorasti

Nombre de messages: 166 Date d'inscription: 04/07/2005
 | Sujet: Re: Extérieur - Le Canal Mer 3 Jan - 2:55 | |
| Danilo della Lonza avait acquis quelque expérience loin de la tutelle de la Ca’Adorasti. Mais sans doute les Français étaient-ils soumis à une étiquette différente de celle de Venise, puisqu’ il ne cessait d’accumuler les erreurs élémentaires. Son regard, d’abord, bien qu’il n’ait été qu’un éclair fugace, avait par trop exprimé les émotions qui l’agitaient. Il lui faudrait apprendre – possiblement à ses dépends – à mieux camoufler son trouble, car si la bonne société étrangère l’avait épargné, tous ne feraient pas de quartier dans la Ville des Eaux. Ce faux pas avait au moins permis à Luciano de mesurer les heurts que faisaient toujours résonner le passé chez l’ancien protégé d’Andrea. À défaut d’en connaître plus sur l’exil volontaire du pianiste, il pourrait se référer à leur séjour commun au palais Adorasti, qui semblait encore trouver écho auprès de lui. La seconde entorse, la plus notable et la plus douteuse, aux règles d’usage consistait en la liberté de façons du musicien envers Elio, une liberté frôlant la camaraderie, la pratique, l’intimité. Celle-ci le laissait songeur, tout autant que les circonstances dans lesquelles on avait informé un simple croque-notes des détails de la vie conjugale d’un Prince, lié à son épouse que depuis un an. Bien sûr, les racontars allaient toujours bon train, mais parcouraient-ils monts et vallées pour parvenir jusqu’aux oreilles d’un homme demeuré à Rouen? Il y avait là anguille sous roche et le noble comptait bien percer le mystère qui entourait les propos de della Lonza, retournant ainsi à leur destinataire les questions qui lui étaient posées. S’il avait été prêt à dispenser quelque lumière pour éclairer la lanterne du jeune homme, Luciano désirait désormais en apprendre plus lui-même avant de faire preuve de générosité et prodiguer de nouvelles parcelles de son savoir. Le petit prodige d’autrefois ne bénéficiait plus du support d’un puissant et influent mécène. Livré à lui-même et à force de commettre trop d’imprudences, il risquait de connaître une fatalité pareille à celle d’Ettore. Son office était de divertir, non pas de se mêler des affaires réservées à la noblesse. Il devait être rappelé de qui lui avait tendu la main, qui l’avait élevé à un rang qu’il n’aurait pu atteindre par lui-même et qui avait le pouvoir de le renvoyer parmi ses semblables. « Elio? répéta-t-il, un sourcil arqué en signe de scepticisme. Vous voilà bien familier avec le Prince de la Ca’Adorasti, Monsieur della Lonza. Peut-être devrais-je moi aussi prêter oreille aux ragots. J’apprendrais ainsi comment êtes-vous monté dans les faveurs du Prince, bien difficile en ce qui concerne sa compagnie. Possédez-vous déjà la chance de figurer dans sa garde rapprochée, un honneur que même la Princesse n’a pu encore partager? » Au tour du pianiste de faire les frais du sarcasme de l’envoyé d’Andrea, qui n’avait pas pardonné ses impudences à peine dissimulées par un sourire courtois. Appuyant sur les termes les plus appropriés, son regard avait scruté le visage de son interlocuteur, en quête de la moindre confirmation pour venir appuyer ses insinuations.« Ennemie? Allons bon, mon cher, comme vous vous montrez ingrat envers la famille qui vous a accueilli à bras ouverts. La Ca’Adorasti n’a jamais souhaité qu’à vous pourvoir des moyens nécessaires pour que s’épanouisse votre talent, » déclara-t-il, d’une voix paternelle.Quel gentilhomme digne de ce nom aurait évoqué avec tant de légèreté les tourments de son enfance? Qui plus est, devant Luciano de la part de qui il recevrait plus de dérision que de compassion?
L'aristocrate fit tourner le pommeau de sa canne entre ses doigts gantés. Ne lui restait qu’à écarter la toute dernière question de della Lonza pour ne lui offrir aucune échappée. Il espérait fortement retirer de ses manœuvres quelque renseignement utile. Pousser le pianiste à de meilleures dispositions serait sans doute fastidieux et il n'avait aucun temps à perdre à ces futilités. « Je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de m’entretenir longuement avec aucun des membres de la Ca’Grazziano, mais puisque vous vous trouvez en si bons termes avec le Prince, vous aurez sans doute l’opportunité d’en apprendre plus de sa propre bouche… À moins que vous ne tentiez vous-même d’obtenir réponse à vos interrogations? » Un sourire retroussa ses lèvres fines alors que le souvenir d’yeux vifs et malicieux lui revenait en mémoire, lui faisant momentanément regretter de n'avoir conservé un certain ruban.« N’avez-vous pas écouté les paroles fort sages de notre jeune ami? À tout avoir sans effort, on perd le goût de ce que l’on reçoit, Monsieur della Lonza. » |
|  | | Danilo della Lonza Gentilhomme - Ca'Adorasti

Nombre de messages: 92 Date d'inscription: 16/12/2006
 | Sujet: Re: Extérieur - Le Canal Mer 3 Jan - 8:35 | |
| De la première réplique que lui servit Di Lorio, il ne put rien retirer, à part la certitude d'avoir fait une erreur dans la manière de poser ses mots. Décidément, s'écarter du monde pendant quelques mois suffisait à perdre une partie de ses moyens, et Luciano Di Lorio était un adversaire de haute lutte dans le grand jeu du dialogue de nobles. L'homme lui renvoyait non pas une réponse, mais une accusation en bonne et due forme, bourrée de ces sarcasmes violents dont Di Lorio raffolait. Non sans s'être administré quelques claques mentales pour se punir de sa maladresse, Danilo répliqua, parfaitement maître de lui-même. Il garda le même ton qu'auparavant, assez léger et plein d'assurance, ne laissant pas voir qu'il était passé sur la défensive. "De ragots, je pourrais vous en servir un. A vrai dire, qui mieux que l'intéressé pourrait se montrer informé de ses propres faits et gestes? Je vous conterai donc l'histoire d'un petit noble italien habitant en France, qui se sent un jour le mal du pays, mais n'a pas l'envie de revoir Florence dans un premier temps. Que-fit-il alors? Il reprit contact avec la seule personne d'estime qu'il connaissait hors cette ville, personne qui n'était autre que le Prince Elio Lacryma Adorasti. Nous avons échangé quelques lettres, puis j'ai été invité à venir séjourner quelque temps ici. Je ne saurais vous dire si j'ai gagné l'estime de notre prince plus que je ne l'avais auparavant, car il ne s'en est aucunement ouvert à moi. Et c'aurait été faute de sa part que de le faire. Je ne le crois pas aussi maladroit." A la seconde réplique, prononçée d'un ton de protecteur qui fait doucement la leçon à un enfant difficile, Danilo ressentit une petite poussée d'adrénaline, sensation accompagnée d'une joie diffuse. La France n'existait plus. Douze ans d'existence s'effaçaient alors qu'il foulait de nouveau le sol italien. Un oubli bienfaisant. Il pouvait reprendre sa vie là où il l'avait laissé, sans plus s'occuper des souvenirs que Rouen ne se lassait pas de lui faire remonter à la mémoire, et qui lui faisaient bien plus mal que certaines insinuations qu'un Di Lorio pouvait bien faire sur son passé et sa relation chaotique avec Ettore. Il répliqua, avec de nouveau cette espèce de légèreté de ton, non feinte cette fois."Voyons, monsieur Di Lorio, je sais parfaitement ce que je dois à Andrea Adorasti. Dit-il en appuyant sans en avoir l’air sur le nom de son ancien protecteur, sortant de la généralité ou Luciano avait voulu le plonger et excluant de cette idée de servitude toute autre personne, et tout particulièrement l’homme qui se tenait devant lui. Si je me suis montré acide dans mon phrasé, mon manque de considération se portait sur ma propre famille, et non sur la Ca’Adorasti. " Cette deuxième phrase était parfaitement sincère, une fois n’était pas coutume. Danilo avait cultivé son dégoût pour ceux de son sang tout au long de son intégration aux sphères d’influence d’Andrea, et douze ans à l’étranger n’avaient pas changé cet état de fait. C’était d’ailleurs l’une des quelques raisons qui l’avaient décidé à venir à Venise plutôt que de revenir sur les lieux de son passé. Vint la dernière réplique de Luciano. Danilo ne chercha pas à insister. Il savait qu’il n’obtiendrait plus grand-chose de lui, du moins dans un premier temps. Celui-ci cherchait désormais à écarter ses interrogations. Insister n’avait plus aucun sens, sinon celui de se faire mieux soupçonner. Ce que Danilo ne souhaitait aucunement. Il se contenta donc de répondre, laissant la fin de sa phrase en suspens :" Oui, ce jeune homme a bien raison. Le plaisir de la chasse… " Sur quoi, il enchaîna immédiatement, sans laisser Luciano Di Lorio répondre à cette dernière phrase:"Dites-moi, le prince ou sa compagne sont-il présents au palais? Je suis arrivé plus tôt que prévu, ils n'ont sans doute pas ouï mon arrivée, mais j'aimerai leur présenter mes hommages avant de m'installer d'aucune façon..." |
|  | | Luciano di Lorio Ami de la Famille Adorasti - Ca'Adorasti

Nombre de messages: 166 Date d'inscription: 04/07/2005
 | Sujet: Re: Extérieur - Le Canal Mer 3 Jan - 17:17 | |
| Si Danilo della Lonza faisait toujours preuve de gaucherie à l’attaque, il savait au moins parer et esquiver. Sans doute qu’après avoir croisé le fer avec des opposants passés maîtres dans l’art du verbe, il serait en mesure de faire mouche. Pour l’instant, toutefois, il demeurait sur la défensive et, apparemment par peur de s’essouffler, souhaitait mettre leur terme à leur petit affrontement, alors qu’ils n’en étaient qu’au préambule. Malgré le fait qu’il n’ait pu obtenir de réponse satisfaisante de son interlocuteur, la discussion avait été des plus instructives pour Luciano et lui laissait matière à réfléchir quant à la suite des évènements. Le musicien avait-il cherché à étaler ses connaissances pour se gausser de sa propre importance ou était-il véritablement dans les bonnes grâces d’Elio? Ce retour inattendu pouvait-il vraiment être expliqué par un vulgaire « mal du pays »? Et si c’était le Prince Adorasti lui-même qui l’avait fait mander pour des raisons obscures? Si tel était le cas, quel autre quidam peu influent bénéficiait de la confiance de l’héritier d’Andrea? Étaient-ils légions à être au fait des déboires matrimoniaux du couple princier? Andrea avait été avisé de le dépêcher dans la Sérénissime pour veiller aux intérêts de sa famille. Visiblement, on pouvait douter de la gouverne de son fils et de la direction qu’il faisait prendre à sa Maison. Porter foi en de roturiers qui n’attendaient que le moment opportun pour détrousser la noblesse et la dépouiller des attributs qui lui revenaient de naissance, tels des charognards empestant les deniers gagnés de mauvaise façon? Et ce, sans consulter ses prédécesseurs, faisant ainsi fi des liens de sang et d’honneur? Elio, déjà incapable de produire une progéniture mâle, était-il donc si sot ? Les démentis du jeune pianiste n’arrivaient pas à le convaincre du contraire, il lui faudrait s’informer par lui-même, et au plus vite, des relations qu’avait nouées le Prince depuis son arrivée à Venise et dans les mois antérieurs. Il n’y avait aucune minute à perdre dans une discussion stérile qui ne le mènerait qu’à plus d’interrogations. Della Lonza avait choisi de se taire et de refuser de concourir, qu’il aille donc quérir refuge auprès d’Elio. Il serait amusant de constater combien de temps leur bonne entente pourrait se prolonger. L’aristocrate ne connaissait que trop bien les caprices du fils de son ami, pour avoir dû intervenir par le passé. Il doutait que cette nouvelle toquade puisse perdurer bien longtemps, certainement au grand dam de l’ancien virtuose. Ses lèvres s’étirèrent dans un sourire narquois, à la pensée que peut-être serait-ce encore le Prince qui pâtirait le plus de toute cette aventure…« Je suis fort aise de constater que votre propre loyauté envers la Ca’Adorasti n’a pas décru, Monsieur della Lonza, et celui qui fut votre bienfaiteur serait heureux de vous savoir à présent à la disposition de son fils, » affirma Luciano, sa voix laissant poindre l’ombre d’un avertissement. Il reconnaissait de bonne grâce la façon dont on avait soigneusement évité les pièges qu’il avait tendus, mais n’en cessait pas moins de penser qu’un pion demeurait un pion au service d’une pièce maîtresse et ne comptait pas taire cette opinion.En réponse à la question de son cadet, le noble jeta un coup d’œil à sa montre-gousset, finement ciselée, cadeau d’un gentilhomme suisse de sa connaissance. Ses yeux gris se relevèrent sur le Palais Adorasti se dressant non loin d’eux avant qu’ils ne reviennent se poser sur le visage du musicien. « À l’heure qu’il est, le Prince et la Princesse doivent être à table pour le déjeuner. Vous pourrez sûrement les y rejoindre… » C’était des adieux ou plutôt, un congédiement courtois délivré sur un ton presque prévenant.« Venise foisonne de distractions et de divertissements, assez pour perdre un homme. J’ose croire que vous ne vous laisserez égarer par aucun de ces plaisirs, fusse-t-il celui de la chasse. Les conséquences en seraient malheureuses pour vous, mais aussi pour la Ca’Adorasti qui se retrouverait sans doute lésée par la perte d’un gentilhomme de votre talent, Monsieur della Lonza. » Sur ces paroles non dénuées de menace, il s'inclina pour ensuite s'éloigner d'un pas rapide. Peut-être, par chance, croiserait-il à nouveau le jeune homme au nom toujours inconnu?
[Ailleurs] |
|  | | Danilo della Lonza Gentilhomme - Ca'Adorasti

Nombre de messages: 92 Date d'inscription: 16/12/2006
 | Sujet: Re: Extérieur - Le Canal Mer 3 Jan - 22:06 | |
| Danilo s'amusa à reconnaître la forme de phrasé qu'il avait utilisé auparavant pour rallier le noble aux yeux gris sur son attachement au sang des Adorasti dans le discours de ce dernier. L'échange s'était ouvert et se fermerait donc sur le même ton. C'était bien ainsi. Le ton de Di Lorio s'était empreint d'une nuance d'avertissement que Danilo put aisément percevoir, mais il ne s'en formalisa aucunement. Il se doutait bien qu'il n'arrivait pas en territoire acquis et un simple ton non dénué de menaces était somme toute de mise dans bien des cas. Il s'en tirait à très bon compte.
Di Lorio lui indiqua vaguement que les maîtres de maison devaient être en repas, apparemment sans en avoir la moindre certitude. L'expression était simple et informative, courtoise même, et fit lever un sourcil de Danilo. Le vieux loup ne l'avait pas réellement habitué à tant de douceur envers un... Inférieur, puisqu'il devait encore le considérer ainsi, sa naissance n'étant pas de la valeur du sang Adorasti.
Danilo fut presque soulagé par la dernière tirade de Luciano. Il y reprenait les menaces voilées qu'il affectionnait tant, la mise en garde contre d'hypothétiques dangers et de discrètes insinuations sur les risques qu'amèneraient sur lui un comportement que ce dernier ne jugerait pas respectable. Cela ressemblait déjà plus à l'homme qu'il connaissait. Dans son fort intérieur, il ignora superbement la remarque, mais répondit civilement à la breve courbette que Luciano fit pour clore définitivement l'entrevue."Je vous souhaite une bonne journée, monsieur Di Lorio. Nous nous reverrons sous peu. Au plaisir de parler de nouveau avec vous." Il ne bougea tout d'abord pas, laissant son regard errer vaguement dans la direction de la silhouette de Luciano, diminuant peu à peu de taille à mesure que le bruit de ses pas décroissait. Lorsque celui-ci disparut de son champ de vision, Danilo se secoua doucement. L'entrevue avait été instructive même s'il ne l'avait pas tout à fait menée comme il l'entendait. Il retrouvait avec plaisir les joies de la joute verbale. Il passa un doigt distrait sur la séparation entre l'argent du pommeau et l'ébène de sa canne. Puis, décida de remuer. Il reprit sa malle légère, et du même bon pas qui l'avait amené là, s'en fut jusqu'à la porte du palais.[L'embarcadère] |
|  | | Tiberio Adorasti Cousin du Prince - Ca'Adorasti

Nombre de messages: 53 Date d'inscription: 17/01/2007
 | Sujet: Re: Extérieur - Le Canal Jeu 18 Jan - 0:37 | |
| Une silhouette toute habillée de gris et de beige marchait sur les bords du canal, en direction de la demeure des Adorasti. Dans chacune de ses mains, il portait une valise, et une autre était bloquée sous son aisselle. Toute sa richesse tenait dans ses valises. Quelques sous, quelques vétements, et rien de plus. Avec un pincement au coeur, Tiberio reconnut qu'il avait vécu de bien meilleurs jours. Ces valises... c'était lourd, et c'était du travail de serviteur, de larbin, du travail pour petites gens. Il le savait. Mais il avait voulu se déplacer par ses propres moyens, pour savourer sa toute nouvelle victoire. Oui. Il était arrivé. Il était arrivé dans sa nouvelle cité. Celle où séjournait maintenant son cousin, qui serait le plus beau des passeports, le plus solide des boucliers et le plus fourni des trésors. Joie! Car tout celà annonçait la fin des misères et des privations, et le retour à la belle vie qu'il avait autrefois menée. Certes, maintenant elle se ferait en mauvaise compagnie, tant pis, c'était toujours mieux qu'être seul et dans le besoin. Fini les menaces. Fini les dangers. Fini les fous et leurs poignards aiguisés. Il allait pouvoir maintenant se reposer. Dormir en fermant les deux yeux. Lacher le manche de sa dague pendant ses promenades. Promenades qu'il pourrait même faire désormais de nuit, ce qu'il n'avait pu s'autoriser depuis une éternité. Manger sans faire gouter ses plats. Quoique... Non. Il continuerait à faire gouter ses plats.
*Ressaisis toi Tiberio, ressaisis toi. Tu te laisses aller. Ils sont toujours là. Et de toute manière, tu troques des hyènes contre des vautours, et ce n'est pas un excellent marché. Continue à te méfier. Eux aussi sont mauvais. Eux aussi en ont après toi. Ils ont toujours été mauvais envers toi, t'en souviens tu? Bien sur que tu t'en souviens. Alors ne sois pas idiot, et continue à prendre tes précautions, au moins le temps de juger tous ces dangers potentiels. Ils n'ont surement pas changé. Ils sont sans doute... comme avant. Sournois et mesquins, prêt à te frapper dans le coeur ou dans le dos à la moindre des occasions. Et toi tu voudrais baisser ta garde? Cher ami, cela tient du domaine du rêve!* Il se ressaisit. Le pauvre, il avait failli se laisser avoir. Bien sur que non il ne devait pas oublier où il allait. C'était moins dangereux qu'auparavant, mais ça l'était tout de même encore. Il n'aurait plus d'ennemis, mais toujours pas d'alliés. Faire attention, voilà ce qu'il devait encore et toujours faire. Le repos viendrait plus tard. Bientot, peut être. Quand il aura réussi à berner ces idiots du même sang. Il effaça le sourire béat qu'il avait sur son visage depuis le début de sa marche, et observa les alentours avec un oeil plus avisé. Hum... Une ou deux personnes, peut être des serviteurs. En apparence en tout cas. Il allait lui falloir prendre ses marques rapidement ici, pour comprendre qui fréquentait qui, et donc, par extension, qui était dangereux et qui ne l'était pas. Il se sentit soudain mal à l'aise sur ce canal trop fréquenté à son gout, et accélera le pas, s'approchant de la porte en trottinant.
Premier objectif : retrouver son auguste cousin. Il n'était pas le moins vil de tous, mais il était celui avec qui il faudrait parler.[Le Hall] |
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