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 Extérieur - Le Canal

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Pourpre
Du Bout des Doigts


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MessageSujet: Extérieur - Le Canal   Dim 16 Oct - 17:36

...
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Orfeo Ciriaco
Saltimbanque


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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Lun 17 Oct - 18:49

[Place St Marc - Caffe Florian]

Le saltimbanque avait marché d'un bon pas au sortir du Florian, traversé la Place St Marc sans un regard vers les passants cette fois. Sa marche activait son esprit et le repas qu'il avait pris, même frugal, lui avait éclairci les idées.
Puisque le gentilhomme voulait entrer au Palais Adorasti, il allait s'y rendre et voir de quoi il retournait. Il demanda plusieurs fois son chemin et sans qu'il s'y attende se trouva soudain face à l'embarcadère du Palais.

Un sifflement d'admiration lui échappa et son regard agrandi parcouru la façade ouvragée. Il n'avait pas imaginé une telle splendeur, bien sûr des maisons riches, des palais il en avait déjà vu. Mais celui-ci semblait spécial par la délicatesse de ses ornements et semblait recéler entre ses murs de fabuleux trésors. Il se sentit parcouru d'un grand frisson en s'imaginant y pénétrer et un sourire rêveur glissa sur ses lèvres.

Il se souvint alors du larçin commis plus tôt dans le caffé et sa main récupéra le petit carton et l'oignon dans son vêtement. La montre était vraiment très belle, ouvragée et tenait bien en main, rassurante du battement de son petit coeur mécanique. Il la vendrait peut-être, ou peut-être pas, tout dépendrait de l'urgence du moment. Il tourna le petit carton entre ses doigts et faillit le laisser tomber dans l'eau du canal quand il lut le nom qui y était inscrit. Il tenait le moyen d'entrer dans la Maison Adorasti. Ce carton en main, il pouvait prétexter n'importe quelle raison d'avoir été demandé par le Prince Elio Lacryma Adorasti en personne.

Un reflet pâle et mouvant attira son regard vers le haut et lui fit relever la tête. Une femme venait d'apparaître à une des fenêtres et s'avançait sur l'étroit balcon. Chevelure savamment arrangée et robe soyeuse, une femme comme il n'en avait que rarement entr'aperçu emmitoufflées de fourrures aux fond des voitures luxueuses qui le repoussaient dans les ornières des chemins en le dépassant à l'allure vive des équipages somptueux.


---

La jeune femme l'avait aperçu et lui faisait signe de s'approcher.
Il n'allait pas laisser passer l'occasion d'un contact quelconque avec un résident du Palais Adorasti.

Toute une flotte de barques et de gondoles plus luxueuses attendaient, amarrées le long de la façade faisant comme un pont flottant. Orfeo sauta dans la première que son poids léger ne fit pas trop se balancer et passa de l'une à l'autre jusqu'à se trouver sous le balcon de la jeune femme. Là, il se tint debout, bien campé sur ses pieds écartés pour maintenir son équilibre malgré le léger tangage et leva son visage souriant
.

"Je vous souhaite le bonjour, belle Dame. Je suis flatté que vous m'accordiez votre attention. Puis-je vous rendre un service que vous n'osez demander au personnel de la Maison ?"

---

Orfeo sourit plus largement. Ainsi, la jeune Dame avait vraiment besoin d'aide. Quelle meilleure occasion aurait-il de s'introduire dans le Palais qu'en cet instant ?
Il assura les sangles de son paquetage en les resserrant de façon à ne pas être gêné
.

"Je vais monter, d'accord ? Reculez à l'intérieur et surveillez que personne n'arrive. Je n'ai pas plus envie que cela d'étre jeté dans le canal."

[Ca'Adorasti - Appartements de la Princesse - Balcon]
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Faille
Masque


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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Mer 15 Nov - 20:02

Bleu.
Bleu…
Bleu roi. Doux et intense, contraste agréable avec le blanc neigeux du masque, perdu dans les milles courbes et courbettes du tissu d’un satin chatoyant.
Sourire irréel. Sourire ridiculement figé, épanoui, fiction nullement convaincante de lui-même.
Et ces joues rosies.
Le masque avait un aspect joyeusement lugubre, perché étrangement au dessus de l’eau aux mille reflets, soulignés par la belle lumière du soleil.
L’artifice de tissu, dépourvu de toute humanité, fixait le palais imposant.
Qui en sortirait furtivement ? Un masque peut-être ? Un autre Arlequin matinal s’échappant du palais d’Elio Lacryma Adorasti ?
Drame grotesque de ces enveloppes de tissus, miroir des âmes tortueuses qui s’exhalaient de Venise.
Et cette eau si malsaine qu’il regardait d’un air perdu.
Et puis soudain… cette musique inattendue.
Harmonie improbable de cette voix grave et profonde.
Oui, tout en attendant, le masque chantait.
Etait-ce donc un appel au Destin rieur ?
La chanson était joyeuse, une de ces comptines enfantines si sympathiques et en même temps si cruelles.

Le ruisseau s’écoule,
Le fleuve tumultueux ne s’arrête jamais,
La mer fascine,
L’océan effraie,
Et le canal tue.


La chanson, commencée dans un ton guilleret, était devenue soudainement tragique. Un mot seulement. Ucciiiiiiiiiiiiiiiiiide… le i se répercuta dans l’air mille et mille fois, comme un cri pendant trop longtemps enfoui, cri de libération, tragique, lugubre, intense.
Les mains tendues théâtralement vers le soleil, le masque semblait être sombré dans une folie irréversible. ..
Le pantin avait retrouvé sa forme première.
Le délire.
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Velours
Masque


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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Lun 20 Nov - 23:30

Un autre masque était là. Il fouinait dans une cour par derrière, quand la chanson l'avait attiré.

Quand il arriva sur le canal, le masque entamait sa dernière phrase. Pendant un petit temps, il contempla sans bouger le délire monter. L'autre masque, tout bleu, était perché au dessus de l'eau, les bras tendus vers le soleil, criant sans sembler s'arrêter.

Brusquement, le masque de velours sauta comme un enfant qui va s'amuser, et se mit à courir silencieusement vers le masque. En trois bonds il fut sur lui, et profitant de la surprise, le poussa avec une grande force dans l'eau.

Puis sans s'arrêter, il éclata de rire et s'enfuit, disparaissant à l'angle le plus proche. Il n'avait pas du tout l'air d'être fou, lui. Il riait comme un enfant qui a fait un bon tour. Il jubilait, faisant sauter dans ses mains une bourse bleue, bleue comme le costume de Faille qui découvrirait bien assez tôt qu'il lui manquait un petit accessoire à son déguisement...
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Luciano di Lorio
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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Mar 28 Nov - 4:39

[Le Couloir menant à la Grand Salon-Bibliothèque]

Le temps était radieux, une journée parfaite pour attirer la populace hors de ses foyers. Bien que fruste et sans éducation, il était parfois étonnamment utile de connaître les ragots qui couraient chez les roturiers. C’était, et ce serait éternellement, l’aristocratie qui obtiendrait le dernier mot, tel que l’avaient démontré les siècles précédents, mais prêter oreille aux désirs et demandes de la plèbe, quitte à les ignorer par la suite, pouvait se révéler plus instructif qu’on ne l’aurait cru au premier abord. Bien entendu, on ne pouvait s’attendre à ce que des jugements particulièrement raffinés émanent de la bouche de paysans, mais l’ignorance de leurs propos donnait une excellente indication sur l’impression générale qu’un esprit grossier pouvait retenir d’un évènement. Peu importait l’intention réelle derrière la tenue d’une soirée, les apparences prévaudraient toujours sur les desseins.

Vêtu d’un manteau sombre au col de fourrure, Luciano déambulait le long du canal, encore incertain de sa prochaine destination. La place Saint-Marc lui paraissait un excellent point de départ pour débuter une exploration plus approfondie de la ville. Le bruit caractéristique du sot ayant plongé dans les eaux insalubres de la Sérénissime lui fit tourner la tête, un sourire mesquin aux lèvres. Il se rapprocha des abords du canal, son regard parcourant les alentours. Était-ce un passant étourdi qui avait glissé sur la glace qui parsemait le sol? Un passager déséquilibré qui serait tombé hors d’une gondole?
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Faille
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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Mar 28 Nov - 9:57

Les dernières notes tragiques de la chansonnette laissaient encore derrière elles flotter un pâle écho.
Le beau masque au costume d'un bleu étincelant n'entendit pas les bonds légers se rapprocher.

C'était comme dans la comptine... il tombait dans l'eau, inexorablement, dans le canal assassin. Aucun cri ne retentit avant la chute, seulement une main tendue encore vers le soleil, comme dans un dernier appel rempli d'espoir.

Mais si l'on pouvait voir sous le costume du masque, on aurait vu une chose bien étrange...

Des larmes salées coulaient sur le visage masqué, frottant contre le doux tissu.

Il n'eut même pas le temps de voir qui lui avait joué ce mauvais tour. Juste, au loin, un petit angle d'un tissu en velours. C'était sûrement un autre masque, enfantin, théâtral.

Mais pas de temps pour les pensées, l'eau glacée engloutissait déjà le lourd costume. L'hiver et la neige déconseillaient une baignade dans le canal.

Le masque, agitant follement les mains, revint péniblement à la surface, son beau costume désormais trempé. Il avait pris maintenant la couleur de la nuit, le beau bleu roi était devenu celui du ciel d'hiver, lorsque même les étoiles le fuient.

Il s'agrippa péniblement à un petit muret, reprenant son souffle, encore étourdi par sa mésaventure.

Il vit au loin un aristocrate élégant qui l'observait avec un air moqueur. Mais il était bien trop occupé à tenter de sortir de l'eau pour pouvoir faire attention à autre chose.
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Luciano di Lorio
Ami de la Famille Adorasti - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Ven 1 Déc - 1:17

Ce qu’on appelait la charité était en vérité un acte accompli pour son bénéfice personnel. Pourquoi venir en aide aux miséreux sinon pour redorer son blason et bien paraître auprès des esprits assez faibles pour être aveuglés par de tels stratagèmes? Pour sa part, Luciano ne s’était que rarement abaissé à des subterfuges du même acabit. On était noble et fortuné de naissance tout comme on venait au monde en tant que mendiant ou va-nu-pieds. Les privilèges octroyés à l’aristocratie lui revenaient de droit. Dieu, la Fortune ou le Destin souriait à certains élus et en punissait d’autres. Changer l’ordre des choses était une aberration. On devait châtier ces gueux qui tentaient de piller les attributs des gens de distinction et leur inculquer l’obéissance et l’humilité. Leur apporter un secours quelconque était une insulte à la Nature qui avait déterminé avec sagesse qui était sur terre pour dominer… ou se soumettre.

Ainsi, loin de prêter main-forte à l’affligeant personnage en train de se hisser pitoyablement hors des eaux fétides, le noble se servit de sa canne d’ébène pour administrer quelques coups sur le crâne de l’individu masqué.


« Eh bien, mon ami, ne restez pas là… Vous risqueriez de prendre froid, » susurra-t-il, le sourire méprisant qu’il arborait démentant toute la sympathie de ses paroles.

Jaugeant le maladroit de toute sa hauteur, il chercha à entrevoir le visage dissimulé par le déguisement trempé. Il lui aurait plu d’admirer la déconfiture sur les traits de son interlocuteur inconnu. Cette coutume vénitienne comportait ses avantages comme ses inconvénients. Il lui faudrait la mettre en pratique à son tour, lorsque lui en prendrait l’envie…
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Faille
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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Dim 3 Déc - 16:21

Les regards changés de mépris que lui adressait l'aristocrate furent la goutte qui fit dépasser le vase.
Le monde était profondément injuste. Le monde l'avait distrait de sa mélancolie profonde et intense, le monde l'avait fait plonger dans le déshonneur.

Les coups résonnaient dans son esprit comme l'aurait fait l'église Saint-Marc en tombant. Un furieux mal de tête vint s'ajouter au fait qu'il était totalement trempé et soumis au froid. Le soleil lui semblait maintenant un être moqueur, lui aussi. Il discernait presque le sourire burlesque qui se moquait de lui.

Les paroles de l'homme, apparamment gentilles, sonnaient désagréablement, ce mélangeant au sourire méchant de l'homme.

Une soudaine envie de révolte s'empara du beau masque, désormais pâle reflet de lui-même, toute magnificence jetée aux orties par cette malencontreuse chute dans le canal.


"Vous me regardez comme vous regardez les pauvres et les gueux, messire... Mais qu'en savez-vous vraiment? Derrière ce masque de tissu peut se cacher n'importe quoi, ne l'oubliez jamais. Un pauvre, un noble... un prince."

Le masque souligna ce dernier mot, théâtralement, avant de s'incliner en une courbette moqueuse et de s'échapper de son pas sautillant vers des endroits moins dangereux.


[Ailleurs]
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Raffaele di Grazziano
Frère du Prince - Ca'Grazziano


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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Dim 17 Déc - 0:26

[Ca'Grazziano - Bibliothèque]

Raffaele avait tourné un moment en rond dans les couloirs du palais Grazziano avant de décider que non, il n'allait pas rester là à piaffer comme un animal en cage. Il était monté dans sa chambre prendre un manteau, rouge sang comme le reste de sa tenue, et enfiler une paire de gants de peau tres fine de même couleur avant de sortir de la demeure.
Une fois à l'extérieur, il s'était rendu compte un peu tard qu'il avait omis de prendre un tricorne et il fronça le nez tandis que ses cheveux indisciplinés, malgré le ruban de soie qui tentait de les retenir, s'envolaient autour de lui.

Ses pas l'avaient conduit au hasard des ruelles et il avait franchi un nombre incalculable de ponts, il douta pouvoir retrouver le chemin du palais mais la bourse bien remplie il n'eut aucune inquiétude, il trouverait une barque.

C'est en marchant ainsi, se laissant guider par le balancement d'un jupon ou la belle tournure d'un homme que l'idée lui vint d'aller voir d'un peu plus près à quoi ressemblait la Ca'Adorasti. Ces Adorasti dont on lui avait tant rebattu les oreilles et dont sa soeur faisait à présent partie l'intriguaient. Non qu'il fut prêt à prendre part au conflit opposant les deux Maisons, mais il voulait voir de quoi il retournait. Voir sans être vu, du moins la toute première fois. Avoir une idée claire de l'endroit. Oh il n'était pas dans ses intentions de pénétrer dans la bâtisse. Ni non plus d'adresser la parole à un quelconque membre de la famille. Non, observer, seulement cela. Un coup d'oeil comme en passant, le regard vif d'un promeneur anonyme.

Il se fit indiquer le chemin, deux fois. Et se perdit dans les méandres de cette maudite ville d'eau, où l'on pouvait glisser et se noyer à chaque pas, avant de déboucher face au palais.
Il resta un instant silencieux à contempler les fines colonnades et les arcs délicieux. Rien à envier au palais de son frère.

Les bras croisés, il fit encore un pas vers le bord du canal, le nez en l'air et s'arrêta au bord d'une large flaque dont l'eau reflétait la splendeur du bâtiment
.

"Pas mal. Pas mal du tout."
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Danilo della Lonza
Gentilhomme - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Dim 17 Déc - 14:30

~Mercredi 5 Février 1744 Premier Post du Jour~

[premier post]

La gondole fendait les eaux froides de l'hiver vénitien avec une lenteur presque solennelle. En temps normal, Danilo se serait emporté contre le gondolier, l'aurait sommé de se presser quelque peu. Mais en ce jour, il ne sut pas s'emporter. Le regard flanant, il contemplait les architectures magnifiques des riches maisons vénitiennes. Il se rendait aujourd'hui compte à quel point l'Italie lui avait manqué. Son exil en France avait été des plus charmants, mais revoir le ciel de sa terre natale, entendre de nouveau l'accent de sa douce langue italienne que seul l'opéra de Rouen avait pu lui rappeler pendant ces douze longues années, cela n'avait pas de prix.

L'invitation d'Elio Adorasti arrivait à merveille pour le noble florentin. Il le sortait d'une période peu agréable de sa vie, le ramenait vers sa patrie, tout en lui faisant découvrir le nouveau repaire des Adorasti. Il aimait déjà Venise, et ses canaux si typiques et si plaisants. Non, il laissait le gondolier parler, n'écoutant que le son de sa voix, sans chercher à comprendre ce qu'il lui disait. Il le laissait prendre son temps, pour un voyage propre à la flânerie spirituelle.

Puis, le palais se profila à l'horizon, morceau d'architecture des plus subtils, mâtiné d'un rien de prétention supérieure typique de ce type d'habitations. Danilo se prit à admirer l'asymétrie recherchée de la façade, organisant savamment les arcatures de chaque étage du palais autour de motifs décoratifs du meilleur goût.

La Gondole accosta doucement non loin du palais, et l'homme l'aida à décharger son unique malle de voyage. il avait préféré voyager simplement, sans attelage, et avait donc réduit ses possessions à emporter au strict minimum, laissant le reste de sa garde-robe dans sa propriété de Rouen. S'il lui venait l'envie de s'installer réellement à Venise, il pourrait les faire quérir plus tard.

De la main gauche, il saist la poignée de son bagage, et de la droite, il s'empara de sa chère canne. D'un bon pas, il prit la direction de la porte d'entrée du palais, faisant résonner le bout cerclé de métal de sa canne sur le pavé vénitien.
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Luciano di Lorio
Ami de la Famille Adorasti - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Lun 18 Déc - 5:18

La tirade du masque réussit à arracher un rire à Luciano, fort diverti par la tournure des évènements. L’inconnu et ses infortunes ne faisaient que redoubler l’effet comique quand, non content de s’humilier publiquement, il cherchait délibérément à s’embourber dans un discours faussement mystificateur. Espérait-il dissimuler sa nature dérisoire derrière ce chiffon trempé? Cet inconscient devait prendre conscience du grotesque de sa situation.

« Prince de la grandiloquence, sans le moindre doute, Monsieur. Il est heureux que le ridicule ne tue pas. Je souhaite pour vous qu’il en soit de même pour votre baignade hivernale… »

Le noble suivit son interlocuteur du regard alors que celui-ci prenait la fuite, à l’évidence honteux après avoir réalisé l’ampleur de sa déconvenue. Il s’apprêtait à héler une gondole dans le but d’être conduit jusqu’à la place Saint-Marc lorsqu’une voix attira son attention. Une lueur d’intérêt s’alluma dans son regard aussitôt qu’il posa les yeux sur le jeune homme, en train d’admirer le Palais Adorasti. Il commençait à désespérer de ne trouver d’individu à sa convenance, ce jouvenceau tout de rouge vêtu venait répondre à ses prières. Plus qu’agréable au regard, visiblement de bonne naissance… Il était l’heure du déjeuner. Peut-être serait-il disposé à lui faire découvrir l’une des enseignes de renom de la Sérénissime?

S’approchant du garçon, l’aristocrate se plongea à son tour dans la contemplation du Palais avant de déclarer :


« Seulement pas mal? Vous portez un jugement bien sévère sur la résidence du Prince Elio Lacryma Adorasti, Monsieur. »

Il se tourna vers avec un sourire amusé.


« Mais peut-être possédez-vous vous-même une demeure en mesure de rivaliser avec celle-ci? »

Il y avait plusieurs moyens de connaître le rang d’un homme. Sa tenue, son maintien, son port de tête étaient souvent des indices révélateurs, bien que certains escrocs fussent passés maîtres dans l’art de l’esbroufe et de l’imitation. C’était cependant en lui faisant prendre la parole qu’on en apprenait le plus sur sa fortune. Quelques détails pouvaient en dire plus long que n’importe quels habits. Une interrogation non-formulée se glissait donc dans la question apparemment innocente qu’avait formulée Luciano.

Avant d’avoir obtenu une réponse de la part du damoiseau écarlate, une embarcation accosta non loin d’eux et à son bord se trouvait un gentilhomme dont le visage ne lui était pas inconnu. Plissant des yeux, il tenta de se rappeler en quelles circonstances il avait la rencontre du voyageur. Ces mains d’artiste, ce regard sombre et sans cesse en mouvement, cette grande taille, dont il était déjà doté enfant…


« Danilo della Lonza. »

Oui, bien sûr, le petit prodige d’Andrea. Il était sage de garder ses amis près de soi et ses ennemis plus près encore. Avec l’enfant sous la tutelle des Adorasti, la famille della Lonza avait été grandement abâtardie. On l’avait exhibé dans les salons pendant quoi… cinq… six ans? Un autre avait fini par prendre sa place. C’était le triste destin de toutes les bêtes de foire. L'important cependant était que le jeune pupille se soit montré utile durant son séjour et, qu'une fois sa présence considérée superflue, il se soit retiré sans renâcler.
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Raffaele di Grazziano
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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Mer 20 Déc - 0:47

L'eau du canal, étincelante sous le soleil de midi, noyait de son reflet changeant la façade élégante du palais. Et Raffaele s'amusait, les yeux mi-clos à imaginer la demeure Adorasti sous les eaux. Il avait entendu ces histoires de villages noyés dont le beffroi sonnait toujours les heures. Comme en écho à sa rêverie, midi sonna à un clocher proche et il sourit. Il serait en retard au déjeuner prévu par son frère. Tant pis... tant mieux... sans importance aucune.

Une voix le sortit de ses pensées et il se retourna. Un homme qu'il n'avait pas vu se tenait là à quelques pas. Un fort bel homme auquel il donna l'âge de son père.
Une moue, un sourire en coin amusé et il fit un geste désinvolte de la main
.

"Il y a de nombreux palais à Venise, Monsieur. Celui-ci est remarquable, mais il m'est arrivé d'en voir d'aussi beaux ici et ailleurs. Quant à m'embarrasser de telles possessions, je laisse ce soin à mes aînés."

Son regard étincela et il inclina la tête sur le côté, jaugeant la silhouette de son interlocuteur sans s'en cacher.

"Je préfère de beaucoup le plaisir aux obligations, voyez-vous."

Dans le mouvement qu'il fit, un souffle de vent dénoua le ruban déjà lâche de son catogan et rabattit sa chevelure qui noya son visage. Le lien de soie noire lui glissa dans les doigts, s'échappa et tourbillonna jusqu'à s'arrêter aux pieds de l'inconnu.
Retenant ses mèches blondes d'une main, Raffaele fit un pas vers l'homme pour récupérer son bien, mais il fut interrompu dans son mouvement par l'arrivée d'un autre personnage en tenue de voyage.

Décidément les abords de la Ca'Adorasti étaient très fréquentés. D'un coup d'oeil, il jugea le personnage comme intéressant, mais de moindre prestance que son interlocuteur. Voyant que les deux hommes se connaissaient, il eut un instant la tentation de s'éclipser, mais il se reprit rapidement.

Il était venu pour voir et de fait, il verrait
.
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Danilo della Lonza
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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Mer 20 Déc - 8:03

Longeant le canal à grands pas non sans laisser encore son regard se perdre en contemplations evanescentes de petits détails interpellant ses yeux aguerris dans les architectures environnantes. Son regard bondissant ne mit cependant que peu de temps à s'accrocher sur un nouvel élément d'intérêt, deux personnages qui venaient d'engager la conversation. A en juger par leur mise et leur prestance, ils devaient sans aucun doute être nobles. L'un d'entre eux était entièrement vêtu d'un rouge puissant et entêtant, et possédait un visage d'une grande beauté. Quant à l'autre, qui s'était retourné pour l'observer...

*Di Lorio, vieille carne! Je ne suis pas certain d'être heureux de le revoir...*

Bifurquant légèrement, Danilo se dirigea vers les deux causeurs; après tout, c'était peut-être une chance de croiser Luciano avant quiconque d'autre. Il ne pensait connaître personne d'autre qu'Elio au palais, et savoir qu'il s'y trouvait une autre personne dont il avait quelque peu la mesure le réjouissait. Alors qu'il s'approchait, le noble l'interpella par son nom.
Le bougre avait bonne mémoire. Mais rien de ce qui touchait de près ou de loin à Andrea ne lui échappait, à vrai dire. Il se para de son plus beau ton de surprise joyeuse pour répondre.

"Luciano Di Lorio, quelle bonne surprise! Je vous aurai cru à Florence plutôt qu'aux côtés du prince Elio. mais enfin, bien de l'eau à coulé dans les canaux depuis notre dernière rencontre..."

Il rejeta un instant son attention sur l'homme qui, décoiffé par un coup de vent, venait de perdre un ruban, échoué tristement aux pieds de Luciano. Sans aucun doute quelqu'un de Ca'Adorasti. Et s'il l'avait déjà vu à Florence avant son départ, l'individu ne devait pas avoir plus de quoi? Cinq, six années tout au plus. Danilo aurait été bien en peine de reconnaître un enfant de cet âge sous les traits d'un jeune homme plein de prestance. Autant chercher tout de suite à savoir de qui il s'agissait.

"Me présenteriez vous votre compagnon? J'avoue ne pas avoir souvenir d'un tel visage."
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Luciano di Lorio
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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Dim 24 Déc - 21:09

Saluant l’esprit de son cadet par un sourire approbateur, Luciano se prêta au jeu de bonne grâce. Un partenaire tel que le jeune homme ne pouvait que susciter son enthousiasme. Quelque chose dans son regard, sa posture lui rappelait les garçons qu’Andrea et lui avaient pu être avant que le temps ne les rattrape et ne les force à délaisser leur existence à l’insouciance sérieuse propre à la jeunesse.

« Tous les devoirs ne sont pas contraignants. Je considère le plaisir comme une obligation sans laquelle la vie serait sans doute d’un ennui mortel. »

Son regard se perdit dans la contemplation de son interlocuteur aux charmants traits masqués par une masse de cheveux blonds qui, pareils aux serpents ornant la tête de Méduse, semblaient avoir pris vie et battaient l’air de leur queue dorée. S’inclinant pour se saisir du ruban sombre à ses pieds, l’aristocrate observa sa prise avec intérêt. L’envie de ne rendre sa possession au garçon qu’en échange d’une rançon lui traversa l’esprit. Il fit cependant preuve de générosité et le lui remit en mains propres, le fantôme d’un sourire flottant sur ses lèvres minces. Il pourrait très bien soutirer un tribut différent – et bien plus alléchant – de l’inconnu plus tard.

L’arrivée de della Lonza détourna le noble de ces considérations, son habituel rictus complaisant se peignant sur sa figure. Il put toiser le virtuose attitré d’Andrea avec plus d’aisance, dénotant les changements que les ans lui avaient apportés. L’enfant malingre et dégingandé qu’il avait été s’était transformé en un homme à l’allure tout à fait présentable, qui avait su conserver des airs juvéniles. La Providence se montrait parfois clémente avec ceux qui, à défaut d’une bonne naissance, étaient dotés de quelque talent qui vaille la peine d’être exploité, que ce soit la beauté, la force, la raison ou un don en un domaine quelconque. Il semblait qu’après tout, Danilo della Lonza ait bénéficié du concours de la Nature.

« Je n’aurais pu laisser notre jeune Prince faire son entrée à Venise sans mon support et mes conseils. Vous savez tout comme moi combien sa prospérité et son bien-être me tiennent à cœur. »

Son sourire faussement aimable s’élargit alors que, sans cesser de jauger le nouveau venu, il s’enquit d’une voix doucereuse :

« J’ai cru comprendre que vous étiez exilé en France, Monsieur della Lonza? Il est dommage que vous ne soyez demeuré à nos côtés… Vous auriez été enchanté par les récitals du jeune Ettore. Je suis persuadé que vous ne l’avez point oublié. »

L’interrogation du pianiste lui permit de reporter son attention sur son compagnon à la tenue flamboyante. Tout aussi intéressé à découvrir son identité, il répondit à la question du musicien d’un ton agréable, étonnamment dénué de fiel :

« Comme de raison, Monsieur, puisque je viens à peine de faire sa connaissance et qu’un visage tel que le sien serait difficile à oublier. »

Luciano était avare de compliments. Il n’en prodiguait qu’à ceux qui le méritaient réellement ou ceux qu’ils souhaitaient rallier à sa cause. Dans la présente situation, sa flatterie visait à atteindre ces deux desseins. Même un homme de sa condition ne pouvait se permettre de lutter seul, sans chercher à nouer d’alliance. Son jeune interlocuteur possédait visiblement un grand potentiel qu’il lui tardait de mettre à l’épreuve, mais pour cela, il lui faudrait gagner en premier lieu son amitié.
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Raffaele di Grazziano
Frère du Prince - Ca'Grazziano


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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Jeu 28 Déc - 23:07

Ainsi il avait suffit de quelques minutes pour que le jeune prince ait sous les yeux deux gentilhommes de la Maison Adorasti. Et, si l'on en jugeait par l'échange auquel il venait d'assister, non des moindres.
La moue suffisante affichée par Luciano di Lorio, puisque tel était son nom, à la vue du gentilhomme n'avait pas échappé à Raffaele et les piques lancées, bien qu'il n'en saisit pas le sens, avaient pour but de viser au coeur. Il baissa la tête pour dissimuler un sourire en coin. Par chance, la soie de sa chevelure masquait totalement son expression.
Il releva le nez en entendant l'homme d'âge mûr faire référence à son rôle de conseil auprès du prince Adorasti. Il acheva son mouvement et saisit le ruban que lui tendait Luciano, conscient des regards qui le dévisageaient.

Raffaele eut un sourire, s'amusant de rouler le ruban entre ses doigts gantés de rouge, le petit crissement qu'en faisait la soie contre la peau veloutée le ravissait. Contenter la curiosité des deux hommes ou non.
Non.

Faisant disparaître le ruban à l'intérieur de la manchette de son gant, il inclina la tête les yeux brillants
.

"Mon nom... Croyez-vous cela utile à savoir ?" Il fit quelques pas au bord du canal suivant la ligne des pavés d'un pas graçieux. "Aisé à retenir ou agréable à entendre ? A tout avoir sans effort on perd le goût de ce que l'on reçoit. C'est une phrase que mon père aimait à me répêter et le matin et le midi et le soir. Je vous l'offre donc à mon tour, faites en bon usage messieurs. Et pour mon nom, nous verrons si vous êtes suffisamment intéressés pour tenter de le découvrir."

Il s'inclina et son regard ne quitta pas les yeux de Luciano sur lesquels il s'était fixé à la fin de sa tirade.

"A vous revoir."

Une volte, qui fit voler son manteau, et bientôt on entendit plus que les talons de ses bottes sonnant sur les pavés tandis que sa silhouette écarlate s'éloignait le long du canal.

[Le Caffé Florian]
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Extérieur - Le Canal

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