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 L'Embarcadère

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Cinzia S
Invité



MessageSujet: Re: L'Embarcadère   Sam 20 Jan - 19:39

[Premier Post]

On avait souvent vanté à Cinzia les canaux de Venise la Belle et ses gondoles. Mais on avait omit de lui parler des gondoliers. Pourtant, à voir les yeux du jeune homme qui la conduisait habilement jusqu'à l'embarcadère de Ca'Adorasti, ceux-ci devaient faire partie intégrante des attraits de la ville. Et quels attraits...
La jeune femme paya le trajet d'une petite pièce et d'un sourire, auquel il répondit d'une courbette charmeuse, murmurant quelques remerciements.
La Comtesse posa ses pieds menus sur la terre ferme et respira enfin plus librement. Si elle devait rester longtemps à Venise - comme cela promettait d'être le cas, elle devrait s'habituer à ces allées et venues sur l'eau.
Banissant de ses préoccupations le charmant gondolier, elle leva les yeux et admira le paysage. La façade d'un palais se dressait devant elle, et, en son centre, une lourde porte munie d'une tête de Lion.

Bon. Plus d'échappatoire à présent, n'est-ce pas ? Même si la jeune femme était folle de joie à l'idée de revoir sa chère Bianca, celle de se jeter dans ce que tous disaient être une véritable 'fosse aux lions' l'enchantait déjà moins. Mais de toute façon, elle n'était pas venue jusqu'à Venise pour rien. Il lui fallait donc faire quelques pas encore, arranger discrètement le bas de sa robe, passer nerveusement une main dans ses cheveux tout en priant pour qu'aucun passant mal avisé ne passe par là et ne remarque son trouble...
Allez, tous en scène.


*De toute façon, tu n'as plus rien à perdre. Et puis, Bianca t'attend !*

Se tenant un discours persuasif à elle-même, elle s'avança à petits pas vers la lourde porte, le dos très droit. Qu'on vienne lui ouvrir vite...
...Le plus vite possible. Les battements de son coeur s'accéléraient, elle commençait à paniquer.


*Tout-va-bien. Il n'y a aucune raison de t'inquiéter, ma fille. Allez ! Qu'on vienne, qu'on vienne...*

Le regard de la jeune femme, qui n'avait pas quitté la porte, dévia soudain et découvrit...
Nouvelle bouffée d'inquiétude. La porte était entrouverte ! C'était donc le Destin lui-même qui l'invitait à entrer dans cette Maison, n'est-ce pas ? Bien sûr. Elle allait donc entrer. On ne pourrait s'en prendre qu'à l'un des serviteurs, ces rats négligeants. Ouf... Mépriser, après tout, pouvait se révéler bénéfique pour les nerfs.
Elle fit donc un pas vers la grande Porte. Puis un deuxième. Un troisième ? Sûrement pas. Elle effleura du bout du doigt le lourd battant, puis sembla se décider, et, enfin, elle poussa la porte et pénétra dans la Ca'Adorasti.



[Le Grand Salon - Bibliothèque]
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Sole Cro
Invité



MessageSujet: Re: L'Embarcadère   Sam 10 Mar - 14:27

[ Ca'Grazziano - Le Grand Hall ]

Obéissant aux injonctions de Sole, le gondolier qu'elle avait hélé en sortant du palais avait suivi de loin l'embarcation qui transportait le médecin et la servante déguisée le long du canal.

Et elle ne fut presque pas surprise quand, une main en visière pour protéger ses yeux du soleil qui frappait de plus en fort sans pour autant réchauffer la cité, elle vit que leur gondole s'arrêtait Ca'Adorasti.
Un petit sourire satisfait naquit sur son visage rosi par le froid. On allait bien rire.

Elle fit pourtant une légère grimace quand son ventre se remit à gargouiller, pour la septième fois depuis qu'elle était montée dans la gondole, comme le lui fit agréablement remarquer le bâtelier, un jeune homme au visage basané grignoté par une barbe naissante, qu'elle aurait pu trouver charmant si ses jambes anormalement longues et fines ne l'avaient pas plus fait ressembler à un héron qu'à autre chose.

Tout aussi aimable que lui, elle le prévint qu'elle lui couperait les oreilles et les croquerait telles quelles sous ses yeux s'il continuait à se moquer d'elle.

Soit que quelque chose dans la frêle allure de la jeune fille ait convaincu le bâtelier qu'elle disait vrai, soit qu'il eût subi dans son passé un châtiment semblable dont le brusque souvenir l'ait terrifié, le jeune homme se tut et n'ouvrit plus la bouche jusqu'à ce que la gondole accoste à son tour l'embarcadère des Adorasti, que la précédente venait de quitter.

Sole fouilla dans sa poche, faisant joyeusement tinter les pièces que le Prince lui avait données, et en lança une au gondolier qui l'attrapa à la volée, l'air aussi malheureux que si elle avait mis sa menace à exécution.

Avec un clin d'oeil, elle lui dit d'arrêter de faire cette triste tête, et sauta de la gondole pour atterrir gracieusement sur la terre ferme.

Elle entendit distinctement le jeune homme la traiter de toutes sortes de noms peu valorisants tandis que son petit bateau s'éloignait lentement de l'embarcadère, et elle pouffa de rire en baissant les yeux pour vérifier que ses souliers n'étaient pas trop crottés.

Ce faisant, elle comprit pourquoi le gondelier s'était tenu coi quand elle lui avait fermé le clapet. En levant la main pour masquer le soleil à ses yeux, elle avait aussi soulevé un pan de son manteau, qui s'était plus ou moins accroché au manche de son poignard passé à sa ceinture.
Le bâtelier avait dû voir l'arme quand elle s'était retournée pour le menacer.

Un sourire amusé sur les lèvres, elle remit son manteau en place, et releva les yeux pour observer les lieux. A sa grande surprise, la porte était légèrement entrouverte. Le médecin et la servante, en entrant, avaient dû négliger de la refermer comme il fallait. Quelle chance.

Ni une ni deux, elle poussa doucement la porte et se glissa par l'ouverture, le souffle court et les yeux brillants.
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Leandro di Ascani
Vicomte - Ca'Adorasti


Nombre de messages: 21
Date d'inscription: 08/04/2007

MessageSujet: Re: L'Embarcadère   Lun 9 Avr - 22:01

[Premier post]

Venise.
Après Mayaguana, Grenada et Tobago, la cité paraissait figée dans le froid et la splendeur d’un autre monde. Ses canaux d’où s’élevait une odeur fétide étaient à l’opposé de l’onde turquoise de la mer des Antilles et ses augustes palais se trouvaient aux antipodes des cases frêles des esclaves.
Même s’il ne pouvait arpenter le pont de son embarcation comme il avait l’habitude de le faire, quelques mois plus tôt, sur celui de son vaisseau, Leandro n’était étreint d’aucune nostalgie à la perspective de ne plus revoir le soleil de la Barbade. Le vent avait tourné pour la piraterie et la relative bonne entente qui avait régnée jusqu’ici entre corsaires et autorités périclitait année après année. Constamment pourchassés par les marines royales, boucaniers comme flibustiers étaient forcés de quitter le navire ou de se convertir en honnêtes marchands. Autant demander à Sa Sainteté Benoît XIV d’instaurer la chasteté à Sodome et Gomorrhe.

Le gondolier, ayant longuement observé la pièce frappée du sceau espagnol au creux de sa paume, lui adressa un regard lourd de suspicion avant de débarrasser son esquif des effets de son voyageur. Recevant son sac à la figure et évitant de justesse sa malle qui manqua de lui broyer les orteils, il s’empressa de remercier le passeur pour son obligeance :


"Trop aimable."

Prenant en main ses bagages, Leandro fit volte-face en grimaçant. Les chameliers bédouins lui avaient paru plus amicaux que ce rustaud! À peine avait-il fait quelques pas sur l’embarcadère que son regard se posait sur une perche abandonnée par un batelier affairé à négocier avec un client. Il s’en saisit prestement, répondant aux protestations de son propriétaire par :

"Je vous la rends immédiatement!"

Dans l’instant suivant, il administrait une solide rossée au malotru, qui avait eu le malheur de ne pas s’éloigner plus vite de l’endroit où il avait déposé son passager. Celui-ci avait déjà rendu son bien (accompagné d’un ducat étincelant pour la peine) à son maître et s’était remis en route pour l’entrée du palais Adorasti. Il s’arrêta seulement pour prêter oreille aux injures que lui dédiait l’homme des eaux brunâtres desquelles il tentait de s’extirper.

C’est le sourire aux lèvres qu’il toqua contre la porte de la demeure du Prince Elio avec l'impression d'avoir bien agi.

[Chambre d'Elio]
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