| | Le Grand Hall - Les Escaliers | |
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Sole Cro Invité
| Sujet: Re: Le Grand Hall - Les Escaliers Sam 10 Mar - 16:30 | |
| [ L'Embarcadère ]
Bon. Elle était dans la place.
En refermant doucement la lourde porte, Sole regarda autour d'elle, et retint un petit sifflement d'admiration. Ce qu'elle voyait était tout simplement magnifique. Bien sûr, travaillant au palais Grazziano, elle était habituée au à l'élégance et au luxe, mais il fallait reconnaître que cette maison-ci n'avait rien à envier à l'autre.
Elle retint sa respiration dont le rythme s'était légèrment accéléré, attentive. Apparemment, il n'y avait personne dans les environs, hormis les serviteurs qu'elle entendait parler et rire dans des pièces à proximité
Etrange. Qu'est-ce que c'était que ce palais où on entrait aussi facilement que dans un moulin? Elle fronça les sourcils et tourna ses yeux vers les escaliers, d'où lui parvenaient soudain des bruits de pas, accompagnés de soupirs. Il s'agissait de la bonne encombrée de linge que le médecin avait croisée avant lui. Elle descendait avec une lenteur excessive les nombreuses marches qu'elle ne pouvait voir, le visage masqué par le gros tas de vêtements qu'elle portait avec peine.
Amusée par son allure, Sole fit un pas en avant pour aller l'aider, mais elle se retint. La servante ne la voyait pas, inutile de se montrer volontairement.
Elle fit silencieusement quelques pas de côté pour se cacher derrière une opulente tenture, et, guettant discrètement, attendit que la bonne finisse sa pénible descente. |
|  | | Gabriella Delmonti Servante - Ca'Adorasti

Inscrit le : 22 Avr 2005 Messages : 504 Statut : Modo
| Sujet: Re: Le Grand Hall - Les Escaliers Lun 19 Mar - 1:03 | |
| [Chambre du Prince Elio]
Gabriella avait un peu traîné dans le couloir pour essayer d'entendre les protestations de Di Lorio face aux valets. Mais elle n'eut pas l'occasion d'en entendre plus car elle s'était faite entraîner par une petite bonne toute excitée qui lui avait parlé du bal du soir.
Gabriella l'avait écouté d'une oreille distraite parler de la robe qu'elle allait mettre et de ce qu'elle allait faire avant de la repousser gentiment en lui disant que si justement elle voulait aller au bal, il fallait que toutes les tâches soient terminées.
La petite bonne était donc repartie précipitamment pour terminer son travail et Gabriella avait descendu l'escalier suivant de loin une autre servante portant une pile de linge.
Lorsque Gabriella arriva dans le hall, l'autre servante tournait à l'angle d'un couloir. C'est à ce moment là qu'un mouvement dans son champ de vision attira son attention. Elle tourna la tête vers la tenture d'où sortait la tête d'un valet.
La vision incongrue et parfaitement ridicule la fit éclater de rire, la tête renversée en arrière et la main sur le ventre. Une tête de valet sortant de derrière une tenture ! En voilà une vision peu commune.
"De quoi as-tu peur ?" demanda-t-elle en essuyant les larmes qui lui brouillaient la vue. "De la pile de linge sur pieds qui avance toute seule ?"
Son rire repartit de plus belle et Gabriella s'approcha de la tenture pour la remettre en place comme il fallait.
Son regard glissa alors sur les vêtements du jeune homme et s'y arrêta franchement, l'air étonné. Il s'agissait bien d'un valet, mais il ne portait pas la livrée de Ca'Adorasti. Pas un hôte du prince, pas un valet du palais.
"Mais... Qui êtes-vous ?" s'exclama-t-elle les yeux écarquillés en regardant Sole. _________________ Gabriella Delmonti, Servante Ca'Adorasti |
|  | | Sole Cro Invité
| Sujet: Re: Le Grand Hall - Les Escaliers Lun 19 Mar - 2:37 | |
| Les yeux malicieux brillant tout près de la tenture d'où sortait son visage, et partagée entre l'hilarité et la pitié, Sole avait observé, sans faire attention aux deux voix qui semblaient se rapprocher, à l'étage, la lente progression de la pauvre bonne qui se débattait comme elle pouvait pour ne pas laisser choir son linge, mais sembait plus en danger que lui de tomber et rouler dans l'escalier.
Quand elle posa enfin le pied sur la dernière marche, la jeune fille poussa un imperceptible soupir de soulagement. Si la domestique avait eu la bonne idée de s'écrouler avec son linge pour se retrouver projetée au bas des marches, rien dans ce bas monde n'aurait pu l'empêcher de hurler de rire, et de se faire ainsi surprendre très vite.
*Bien joué, ma grande*, songea-t-elle avec sympathie, en tournant instinctivement la tête pour surveiller à nouveau les escaliers.
Et ce qu'elle vit la laissa pantoise. Car non seulement, uniquement préoccupée de fixer la petite bonne perdue dans ses exercices d'équilibriste dans l'escalier, elle n'avait pas fait attention à l'autre servante qui le descendait loin derrière elle, mais en plus, cette deuxième domestique, plantée là dans le hall, avait le regard posé sur elle. Plus précisément, sur ce qu'elle pouvait voir d'elle.
Grandiose. Sole, ma fille, tu te surpasses. Pour se faire cueillir à peine cinq minutes après être entrée, il faut vraiment y mettre du sien.
Ainsi se félicitait-elle intérieurement lorsque, chose étrange parmi les plus étranges, la servante éclata de rire, et dans une si parfaite illustration du "rire à gorge déployée", que Sole se demanda si elle n'avait pas elle-même inventé cette expression.
* Elle trouve un intrus dans la maison de ses maîtres et elle se met à rire comme un bossu? Est-ce qu'elle est folle? Ou complètement idiote? *
Mais, comme Gabriella s'approchait dangereusement, Sole se souvint que tout ce qu'elle pouvait voir d'elle, en cet instant, c'était sa tête. Etant d'un naturel joyeux, elle fut aussi très vite amusée par la situation, et commençait à s'esclaffer à son tour quand la servante écarta la tenture pour la remettre en place, ce qui refroidit légèrement l'atmosphère. Le rire dans la gorge de Sole se transforma en hoquet étranglé.
Elle s'écarta tout à fait de la tenture et fit un pas vers Gabriella, l'index devant la bouche pour lui faire signe de se taire.
" Chut, ne crie donc pas comme ça! La route a été longue et le soleil n'a pas cessé de me taper sur la tête! "
Un grand sourire illumina son visage.
" Nous en sommes donc au "vous"? Tu sais, je préfère qu'on se tutoie, comme quand tu m'as fait ta petite gaudriole de la pile de linge qui marche toute seule. Tu as ri, j'ai failli rire aussi, c'était très bien, on s'amusait, tout le monde était content. "
Elle se recula d'un pas, puis d'un autre, histoire de contempler plus en détail la servante qui l'avait dénichée. Une jolie blonde à la moue boudeuse, aux courbes généreuses et aux allures énergiques. Elle hocha la tête avec approbation.
" Et puisque tu insistes tant pour le savoir, je suis Sole Cropoli, toujours au service des jolies jeunes dames; et tu dois aussi sûrement te demander ce que je faisais caché derrière cette tenture. Je suis comme ça, mon vice caché, j'aime ça. Il y en a qui aiment les rascagnes, d'autres qui adorent se fouetter jusqu'au sang pour se punir d'on-ne-sait trop quoi, que des pratiques de barbares. Moi, comme je suis très raffiné, je passe mon temps à me cacher derrière les tentures d'autrui. "
Elle planta un poing sur sa hanche en penchant légèrement la tête sur le côté.
" Je sens que tu ne vas pas croire ça; mais tu devras t'en contenter, jusqu'à ce que je trouve une excuse valable pour justifier ma présence ici. Ca ne va pas mettre très longtemps, ne t'inquiète pas: mon autre vice, pas caché cette fois, c'est l'art délicat de la tromperie. "
Designant du menton la porte d'entrée par laquelle elle s'était clandestinement introduite, elle continua.
" Mais si je peux me permettre un petit commentaire, si j'étais toi, je verrais à fermer les portes du palais. On ne sait jamais qui peut entrer sans y avoir été invité. " |
|  | | Gabriella Delmonti Servante - Ca'Adorasti

Inscrit le : 22 Avr 2005 Messages : 504 Statut : Modo
| Sujet: Re: Le Grand Hall - Les Escaliers Dim 25 Mar - 19:47 | |
| Le valet qui avait paru amusé à son tour avait vite déchanté en voyant l'expression pleine d'interrogations de Gabriella. Cette attitude suspecte n'échappa pas à l'oeil vigilent de la jeune servante. D'ailleurs il venait de poser un index sur sa bouche pour lui faire signe de se taire. Mais que croyait-il ce valet ? Si elle avait de crier et d'alerter les valets de la maison, ce n'était pas lui qui allait l'empêcher ! Cela dit, Gabriella faisait plus confiance aux serviteurs qu'aux nobles et trouver un domestique intrus dans le palais lui semblait moins grave qu'une riche personne. Aussi, elle se tut pour lui laisser une chance de s'expliquer. Elle l'écouta, ses poings sur les hanches.
Mais les paroles du valet semblaient pour le moins... incohérentes. Ou plutôt ironiques, Gabriella ne savait pas trop. Elle le regarda d'un air effaré, un sourcil levé et les yeux fixés sur lui.
"Oui visiblement, le soleil vous a vraiment tapé sur la tête !" dit-elle en insistant sur le "vraiment".
"Au service des jeunes dames, hm ? En les observant ? Seriez-vous de ces voyeurs malsains qui se cachent pour observer les jeunes filles à leur insu ?! Et non, je ne vais pas me contenter de ces excuses minables ! Et je n'ai pas de conseil à recevoir de vous !" lui dit-elle sèchement.
"Ah vous maniez l'art de la tromperie ? Je suppose donc que vous allez donner une réponse erronée si je vous demande pour qui vous travaillez ? Dans ce cas, puisque vous semblez vous plaire Ca'Adorasti, vous allez rester un peu ici le temps que je parle de votre cas au Prince!"
Gabriella s'approcha de Sole et l'attrapa par le col.
"Si vous aviez bien eu le temps de m'espionner, vous auriez su qu'il ne faut jamais se payer ma tête !" _________________ Gabriella Delmonti, Servante Ca'Adorasti |
|  | | Sole Cro Invité
| Sujet: Re: Le Grand Hall - Les Escaliers Ven 13 Avr - 10:22 | |
| Sole leva les yeux au ciel en écoutant Gabriella. Elle était mignonne et vive, cette fille, mais qu'est-ce qu'elle parlait....Evidemment, avec un tel caractère, inutile de lui demander si par hasard elle avait vu passer le bon Barrozi.
Et son ventre qui se remettait à gargouiller, toujours aussi discret et gracieux que d'habitude, bien sûr. Quoique. Avec un peu de chance, il couvrirait peut-être les vociférations de la blondinette. Hélas, non, elle continuait, et parlait décidément trop fort. Il fallait mettre le hola.
" Bon, ça suffit, chuchota Sole en s'avançant encore d'un pas. Je comprends que tu sois légèrement étonnée de me voir ici, et j'ai eu tort, c'est vrai. Un vrai gentilhomme aurait précédé son arrivée d'un billet, pour éviter les surprises. La prochaine fois je n'oublierai pas. Mais nom de Dieu, arrête ton barouf! Tu veux réveiller toute la ville? "
Elle secoua la tête en signe de désapprobation et s'essuya le front d'un revers de manche de son manteau.
" Quant à mon conseil, tu as encore raison, ne l'écoute pas. Laisse la porte ouverte; votre palais est très beau et brille de partout, mais il y fait chaud comme dans un four, et vos énormes tentures n'arrangent pas la chose. Et me cacher pour regarder les donzelles? Franchement, regarde-moi. "
Elle planta à nouveau un poing sur sa hanche, tête penchée sur le côté, les yeux et les lèvres étirés dans un sourire railleur.
" Est-ce que j'ai vraiment l'air de ces idiots qui regardent de loin sans jamais oser approcher? Ou des drôles frustrés qui doivent échanger des coups contre des caresses? Et cette figure? Quand on l'a, tu peux me croire, les fillettes viennent d'elles-mêmes. "
Le sourire s'étira un peu plus, la paupière gauche se ferma dans un clin d'oeil complice.
" Toi d'ailleurs. Gageons que rien qu'en l'espace d'une danse, hop je te dame. "
Elle écouta la servante continuer son discours, levant les yeux pour regarder autour d'elle d'un air intéressé. Les dorures, les boiseries, les tapis et les peintures, elle promena son oeil en amande sur tout. Quand Gabriella prononça le nom de ses maîtres, elle se revint de sa rêverie.
" Hein? Je suis donc chez les Adorasti? Dis, mon petit Sole, tu en as fait du chemin, depuis ta mansarde chez ce gros âne de vicomte. "
Elle regarda Gabriella, sans se départir de son sourire.
" Ils ont l'air bien riches tes Adorasti, mais quelle pitié pour les pauvres filles qui doivent cirer toutes ces fanfreluches tous les jours. Tu en es, hein? A ta place, je chiperais de l'argenterie et des draps par ci par là, histoire de compenser parce que...."
Sa voix mourut en un indicible murmure.
" ....on dit que ce sont de vraies pinces, surtout le....tu vois de qui je veux parler."
C'est seulement là qu'elle réalisa que Gabriella venait de parler du prince elle aussi, mais en disant qu'elle allait le prévenir.
" Parler de moi au Prince? Non, vraiment, c'est beaucoup trop d'honneur. Et d'ailleurs, est-ce qu'il ne dîne pas, à cette heure-ci? Aimable comme on dit qu'il est, tu risques de te faire disputer si tu vas l'ennuyer à propos d'un inconnu qui entre chez lui à son insu et d'ailleurs, ce genre de chose arrive tous les jours."
Mais la servante ne lui laissa pas le temps de continuer puisqu'elle la saisit brusquement par le col. Sole se fendit d'un autre clin d'oeil.
" Belle comme un coeur, la langue bien pendue, et forte comme Samson avec tout ça. Tu sais que tu es la compagne rêvée? Je n'aurais plus peur de m'aventurer dans les rues de Venise à la nuit tombée, avec toi comme protectrice. Mais avant ça, nous avons un petit souci."
Ses soucrils se froncèrent, mais elle ne fit rien pour se dégager.
" Tout compte fait, amène-moi donc à ton Prince. C'est tout dans ton intérêt. Il va te gronder en voyant de quelle façon on est reçu chez lui. Si c'est comme ça que les honnêtes gens sont accueillis, pas étonnant que les voleurs ne viennent plus que la nuit quand tout le monde dort. Et en plus, il va te faire tout un foin en apprenant que je suis entré par une porte laissée ouverte par ses gens, surtout si je lui précise que quand je t'ai proposé, pour votre propre sécurité, de fermer la fameuse porte, tu m'as envoyé paître. "
Elle haussa comme elle put ses frêles épaules.
" Vraiment, tu as tout à gagner en me menant à lui. Sans compter que tu ne sais toujours pas ce que je suis venu faire là, à part me cacher derrière une tenture, et que si j'étais, je ne sais pas trop, un éclaireur envoyé par des vilains qui ont projeté de lui faire quelque mal, tu m'aiderais beaucoup en me faisant toi-même visiter les lieux. "
Son éternel sourire railleur revint.
" Non, franchement, je ne sais même pas ce que tu attends. " |
|  | | Gabriella Delmonti Servante - Ca'Adorasti

Inscrit le : 22 Avr 2005 Messages : 504 Statut : Modo
| Sujet: Re: Le Grand Hall - Les Escaliers Ven 11 Mai - 21:33 | |
| Le fait que Sole lève les yeux au ciel n'arrangeait pas son cas. Bien sûr, Gabriella n'était pas facile à vivre, et elle le reconnaissait volontiers. Seulement, cette fois-ci c'était le valet qui était en tort et il n'avait pas à montrer de signe d'agacement. Qu'il lui dise "ça suffit", même chuchoté, comme on le dit à un enfant, ça non plus, ça ne lui plut pas. Gabriella plissa les yeux et vrilla son regard dans celui du jeune homme.
"Non mais, pour qui vous vous prenez à me parler sur ce ton ?" s'indigna-t-elle en toisant le valet.
"Et bien si vous êtes ni idiot ni frustré que faisiez-vous derrière cette tenture ?!" demanda-t-elle une nouvelle fois.
"Et ça se croit beau.. on aura tout vu." ajouta-t-elle, son regard scrutant le valet d'un air dédaigneux, de haut en bas.
Il était vrai qu'il n'était pas laid, mais à ce moment, il l'énervait tellement que son caractère occultait toute belle figure.
"Je ne suis pas une de ces fillettes que vous attirez par votre minois et je doute qu'une simple danse me fasse changer d'avis, espèce de petit prétentieux !" s'offusqua-t-elle.
"Sole ? En voilà un nom que je n'oublierai pas !"
Quand le valet parla de la richesse des Adorasti et du cirage des fanfreluches, ce fut au tour de Gabriella de lever les yeux aux ciel, agacée. Elle perdait patience.
"Vous avez tout à fait raison, vous ne méritez même pas que le prince prenne connaissance de votre existence."
Le tenant toujours pas le col, elle le força à la suivre sans ménagement.
"Non je vous dis, vous êtes trop ennuyeux pour le prince, n'insistez pas. De toute manière, je sais déjà ce qu'il m'aurait demandé de faire de vous. Cela m'importe désormais ce que vous êtes venu faire ici. Idiot, frustré ou simple d'esprit, votre insolence n'a rien à faire ici." dit-elle fouillant tout de même d'un geste rapide les poches de Sole pour s'assurer qu'il n'avait rien volé.
Elle ouvrit la porte du palais, poussa Sole devant elle et lu assena un coup de pied au derrière bien senti avant de faire signe à deux valets du palais.
"S'il essaye de revenir ici, jetez-le directement dans le canal." menaça-t-elle avant de refermer la porte.
A peine trente secondes après avoir refermé la porte, quelqu'un d'autre s'y présenta. Il valait mieux pour lui que ça ne soit pas cet impertinent qui revienne. Gabriella ouvrit la porte, ouvrit de grands yeux surpris... écouta le message, remercia la personne et partit en courant dans les couloirs.
[Chambre d'Elio] _________________ Gabriella Delmonti, Servante Ca'Adorasti |
|  | | Contessina de' Bardi Tante du Prince - Ca'Adorasti

Inscrit le : 26 Fév 2008 Messages : 6
| Sujet: Re: Le Grand Hall - Les Escaliers Lun 10 Mar - 19:41 | |
| Dans le début de l'après-midi, une chaise à porteurs que conduisaient deux hommes de main, non sans peine, s'arrêta devant le palais Adorasti, après avoir longé l'allée de cyprès à la haute et inatteignable cime. L'un des porteurs, un petite homme trapus vêtu d'un manteau et d' un chapeau, tous deux noirs, lâcha les brancards qu'il avait tantôt en mains et se précipita de l'autre côté pour ouvrir la portière et que descende le passager.
Passant délicatement mais néanmoins lestement un pied puis l'autre au dehors, la comtesse Contessina de' Bardi sortit de la cabine dans laquelle elle avait été conduite avec diligence à bon port. Le voyage depuis Florence l'avait quelque peu épuisée. Après avoir mis pied sur l'embarcadère, elle avait pris place dans l'une de ces chaises à porteurs que l'on avait déjà apprêtée. Elle fit quelques pas et s'arrêta pour contempler le palais comme à chaque fois qu'elle venait là. Une étincelle luisit dans son regard où se lisait la fierté qu'elle éprouvait à la vue du bâtiment. Non pas qu'elle fut celle qui en avait exigé la construction - son palais de Florence lui suffisait amplement - mais c'était là le point culminant démontrant la puissance et la richesse de la famille Adorasti. Et son bienheureux propriétaire n'était autre que le très célèbre prince Elio Lacryma Adorasti, le neveu de la comtesse. O combien le chérissait-elle, chantait ses louanges, lui le dernier parent proche qui restât à Contessina. Il était la prunelle de ses yeux, son diadème dans une enveloppe charnelle. Il avait réussi à redorer le blason des Adorasti, alors tombés dans l'oubli. [...]
Contessina était à présent à l'intérieur du Grand Halle, prise à contempler les oeuvres vivantes de Fra Angelico ou encore d'Agnolo Bronzino accrochées ça et là à un pan de mur, attendant que l'un des ces maudits larbins ne daigne venir s'occuper de sa personne; à moins que ce soit le prince lui-même qui décidât d'aller à sa rencontre. _________________ "Il n'est pas dans l'amitié de peste comparable à l'adulation, la flatterie, la basse complaisance" - Cicéron |
|  | | Maëlwenn Sjórk Invitée Etrangère - Ca'Adorasti

Inscrit le : 19 Mar 2008 Messages : 8
| Sujet: Re: Le Grand Hall - Les Escaliers Lun 12 Mai - 17:52 | |
| [Premier post]
Le voyage avait été éprouvant. Tous les voyages sont éprouvants à vrai dire. Surtout lorsque l’on part d’Angleterre pour arriver à Venise. Peut-être avait-elle eu tort de ne pas faire une longue escale ; dans tout les cas, Maëlwenn n’avait eu qu’une hâte depuis qu’elle avait décidé son départ : arriver. Quelques personnes lui avaient déjà parlé de Venise, des voyageurs et des aventuriers surtout. Le tableau qu’ils avaient dressé de la ville avait attisé sa curiosité.
Rien que l’Italie avait de quoi faire rêver la jeune femme. Ses charmes, sa culture et son histoire. On louait tellement les enchantements de ce pays. Mais malgré cela, elle n’y était jamais venue. Simplement parce qu’elle n’en avait jamais eu l’occasion. Son défunt mari avait séjourné à Florence quelque fois. C’était d’ailleurs là-bas qu’il avait connu la famille Adorasti. Famille forte honorable qui l’avait invitée à passer quelques temps dans leur palais en plein cœur de la cité des Doges.
L’envoûtement fut immédiat. A peine avait-elle posé les yeux sur cette cité qu’elle sentit un immense intérêt la submerger. Elle n’avait encore jamais vu une cité sur l’eau ; bien entendu, pas d’assèchement de la lagune comme aux Provinces-Unies mais des pilotis pour les maisons, elle avait vraiment l’impression que les palais étaient construits sur l’eau et que l’homme avait dominé la mer. C’était incroyable.
Elle prit place dans une gondole avec le peu de bagages dont elle disposait -de toute façon, il faudrait qu’elle s’achète une ou deux robes pour suivre la mode de cette région-. Son italien un peu rouillé ne lui fit cependant pas défaut alors qu’elle abreuvait son pauvre chauffeur de question. Tout cela était inédit pour la norvégienne qui n’avait guère connu que le froid de sa région natale et la pluie de l’Angleterre.
Bien entendu, le gondolier n’avait pas réponse à tout. Néanmoins, il était heureux de lui raconter quelques anecdotes que la femme jugeait un peu trop abracadabrantes pour être vraies. Elle aurait douté, il y a quelque temps, qu’elle puisse encore se passionner pour quelque chose. Elle avait l’air d’une européenne quelconque qui faisait un voyage. Oui, le temps panse bien des blessures.
La visite improvisée fut trop courte. Alors qu’elle descendait de l’embarcation, le gondolier habitué avait déjà déposé ses valises à terre. Sur sa demande, il n’hésita pas à les déplacer jusqu’en haut du perron. Le remerciant avec une petite pièce, la Norvégienne s’avança jusqu’à la porte qu’elle franchit sans autre forme de cérémonies.
Les tableaux accrochés sur les murs happèrent immédiatement le regard de l'étrangère. Ceux-ci traduisaient la richesse du maître de maison. Elle avait l'habitude de voir des tableaux bien entendu, mais plus de natures mortes que de scènes religieuses. Elle ne vit pas tout de suite qu'une autre personne était présente. Lorsqu'elle comprit sa bévue, ses pommettes se colorèrent d'un beau rouge. Immédiatement, elle inclina la tête respectueusement comme le lui avait appris sa mère durant son enfance. Silencieuse, elle attendait un geste de cette dame puisqu'elle était plus âgée qu'elle. _________________ "Il ne suffit pas de parler, il faut parler juste" (Shakespeare) |
|  | | Contessina de' Bardi Tante du Prince - Ca'Adorasti

Inscrit le : 26 Fév 2008 Messages : 6
| Sujet: Re: Le Grand Hall - Les Escaliers Mer 14 Mai - 19:28 | |
| Voilà bientôt cinq bonnes minutes que Contessina se trouvait dans le grand hall vide. Le porteur avait tôt fait d'apporter les trois grands bahuts qui contenaient sa garde-robes personnelle. En effet, il était très rare que la comtesse florentine voyage sans emporter une importante collection de vêtements, parures et autres bijoux en tout genre. Ainsi équipée - et très certainement aidée par sa fortune - Contessina de' Bardi pouvait se venter de ne pas avoir à porter la même tenue plus d'une ou deux fois, tout comme elle se préservait bien d'utiliser le même service de bain à plusieurs reprises, luxe que ne pouvaient pourtant pas se payer nombre des nobles de l'époque.
Contessina avait à présent passé en revu l'ensemble des tableaux ornant les murs du grand hall. Apparemment, personne n'avait été prévenu de sa présence, ici au palais Adorasti. Pas un seul serviteur n'était venu à passer par là. En son fort intérieur, elle maudissait toute cette vermine sans pour autant en laisser paraître la moindre expression de mécontentement sur visage impassible. Malgré son irritation grandissante, aucun trait de sa peau ne se contractait. Car s'il était une chose dans laquelle excellait la comtesse, c'était bien de se montrer impénétrable devant quoi que ce fût. Aussi n'était-ce pas des plus aisé que de connaître sa véritable humeur tant elle ne laissait rien transparaître.
Trop absorbée par ses pensées, et malgré son ouïe fine, Contessina ne se rendit pas compte qu'une autre personne avait pénétrer dans le grand hall. Elle n'en fut que plus surprise en se retournant. Cependant, l'étrangère semblait gênée de ne pas avoir elle-même remarqué la comtesse. Contessina observa, amusée, la façon dont ses joues virèrent au rouge. Confuse, la jeune personne inclina la tête en signe de respect. Contessina nota ses bonnes manières de jeune fille bien élevée ainsi que sa tenue élégante, ni trop clinquante, ni trop modeste. Sans même lui avoir adressé la parole, elle marquait un bon point aux yeux de la comtesse.
A son tour, Contessina s'inclina et pour joindre le mot au geste, elle dit:
" Bonjour. Ne vous gênez pas, je ne vais pas vous manger. Vous arrivez à point, je commençais à m'ennuyer dans ce grand hall. Figurez-vous qu'il n'y a pas un seul domestique pour venir prendre les effets des gens en visite au palais. C'est tout bonnement incroyable. Je les ferais volontiers fouetter si j'en avais le pouvoir. "
Contessina se montrait aimable avec son interlocutrice mais sa façon de parler des domestiques allait la fixer sur l'idée que s'en faisait la jeune femme. Elle aimait voire la réaction qu'adoptaient certaines personnes à parler d'un quelconque sujet. Ainsi elle cernait mieux le genre d'individu à qui elle avait affaire. Néanmoins, elle n'attendait pas de réponse précise à ce qu'elle venait de dire, aussi continua-t-elle:
" Mais je suis très inconvenante, je ne me suis même pas présentée: Contessina, comtesse de' Bardi. Et vous êtes en voyage, Madame... ou Mademoiselle ? "
Contessina omit de dire qu'elle était la tance du prince Elio Adorasti. Elle ne voulait pas impressionner et mettre encore plus mal à l'aise que ne l'était déjà sa jeune interlocutrice. Elle lui sourit et releva qu'elle n'était contre toute apparence pas originaire d'Italie. Sa peau n'avait pas ce pigment tanné caractéristique des pays du sud. Elle en saurait toutefois plus en entendant le son de sa voix. _________________ "Il n'est pas dans l'amitié de peste comparable à l'adulation, la flatterie, la basse complaisance" - Cicéron
Dernière édition par Contessina de' Bardi le Lun 26 Mai - 19:21, édité 1 fois |
|  | | Maëlwenn Sjórk Invitée Etrangère - Ca'Adorasti

Inscrit le : 19 Mar 2008 Messages : 8
| Sujet: Re: Le Grand Hall - Les Escaliers Sam 24 Mai - 7:32 | |
| La tenue de la comtesse tenait plus du fait qu’elle aimait les choses simples que de ses revenus plus modestes apparemment que son interlocutrice. Elle détestait les soieries, les dentelles et les perles dont se paraient les plupart des autres femmes assez riches pour pouvoir ce permettre ce genre de fantaisies. Il fallait aussi dire qu’elle était habillée avec un vêtement de voyage certainement moins imposant que le reste de sa garde-robe. Cependant, la nature du tissu indiquait qu’elle n’était manifestement pas une simple roturière.
Elle releva la tête assurant un faible sourire devant ses paroles. Maintenant qu’elle pouvait l’observer d’un œil plus attentif sans paraître mal polie, une vague familiarité s’empara de la jeune veuve. Elle avait devant elle une femme plus âgée qu’elle, sûre d’elle et qui ne se gênait nullement de montrer sa puissance, tant pécuniaire que hiérarchique. Ce qui se confirma par les coups de fouet qu’elle voulait faire administrer aux serviteurs.
Son avis différait quelque peu sur ce point. En aucun cas, elle n’aurait fait de mal à un autre être humain. C’était au-delà de ses forces que de faire souffrir inutilement quelqu’un. Les domestiques auraient pu, tout aussi bien, être à leur place si le seigneur l’avait voulu. En outre, elle n’avait jamais eu à se plaindre de ses propres employés ou de ceux d’une autre personne. Il était tellement facile de renvoyer d’un revers de main ceux-ci sans réelles références que peu jouaient les effrontés.
Cependant, devant son interlocutrice, son visage resta avenant et souriant. Elle ne pouvait pas encore dire à cet instant si une autre réaction aurait été plus appropriée donc voulant mettre toutes les cartes de son côté, ou de moins l’espérant, elle décida de ne rien montrer qui pourrait trahir ses pensées. Se faire des ennemis tout de suite n’était pas très bon. Mais à toutes menteuses, il y a un signe qui les dénonce. Pour Maëlwenn ce serait sûrement ses grands yeux verts : des livres ouverts. Alors peut-être qu’à cet instant, leurs couleurs varièrent de très peu mais pour un spectateur avisé, cela pouvait se remarquer.
De toutes manières, la comtesse continua sur sa lancée afin de se présenter. Elle prit alors conscience qu’elle n’avait pas encore pris une seule fois la parole. Elle sentit une petite boule monter dans son estomac. Ecrire des lettres polies était une chose mais parler poliment en était une autre. Elle avait une soudaine peur de ne pas se faire comprendre, de paraître trop familière ou au contraire trop courtoise. Bien que cela puisse lui être pardonné, c’était toujours quelque chose que ces dames aimaient tourner en ridicule lorsqu’elles se retrouvaient seules.
« Madame Maëlwenn Sjórk, comtesse de Hedmark » répondit-elle posément.
Elle avait ce petit accent dur propre au pays du Nord mais qui était tout de même atténué par des années de pratique d’un anglais londonien qui donnait à son italien une musicalité certes, mais éloigné de la vraie poésie de cette langue. Elle ne savait pas si son introduction était correcte. Devait-elle reprendre son titre de demoiselle ? Normalement non, mais peut-être qu’en Italie une dame mariée peut se présenter avec son propre prénom. Enfin, pour elle, cela signifiait qu’elle était bien veuve.
« Pas exactement, la famille Adorasti a eu la gentillesse de m’inviter à passer quelques temps ici, à Venise. »
Elle n’en dirait pas plus. Bien entendu, si Contessina désirait connaître les vraies raisons de cette invitation mise à part la civilité, la Norvégienne ne verrait pas d’inconvénient à le lui révéler. Mais d’elle-même, elle ne sentait pas encore le courage d’annoncer qu’elle venait se changer les idées. _________________ "Il ne suffit pas de parler, il faut parler juste" (Shakespeare) |
|  | | Contessina de' Bardi Tante du Prince - Ca'Adorasti

Inscrit le : 26 Fév 2008 Messages : 6
| Sujet: Re: Le Grand Hall - Les Escaliers Mar 27 Mai - 20:43 | |
| Contessina maintenait son regard plongé dans celui de la jeune femme comme pour y déceler un quelconque état d'âme qui lui permettrait de mieux cerner la personne, alors que celle-ci prenait la parole. C'est ainsi que la comtesse appréhendait les gens: en tentant de déchiffrer leurs pensées à travers leur regard. Contessina excellait dans cet art. La première chose qu'elle remarqua et qu'elle prit soin de noter dans un recoin de son esprit, c'était l'expression de tristesse que portait sur elle la douce et candide femme, malgré les apparences faussées qu'elle essayait de se donner. Cette expression, Contessina la connaissait bien pour l'avoir longtemps arboré des années auparavant à la mort de son mari. Heureusement, son fort caractère l'avait aidée à oublier cet amour véhément qu'elle lui avait porté. Aujourd'hui, elle n'y pensait plus qu'avec le souvenir d'une jeune fille ingénue qui avait aimé, puis souffert, et s'en était finalement remis.
La jeune femme se présenta avec une assurance qui ne trahissait en rien un certain rang de noblesse. "Maëlween Sjórk, comtesse de Hedmark". Ainsi, elle portait le même titre que Contessina. Bien. La Florentine commençait à apprécier cette femme qui semblait pourtant se différencier d'elle en tous points. D'abord, son avis au sujet du traitement infligé aux domestique était très distinct de celui de Contessina: celle-ci l'avait remarqué alors que Maëlween avait tenté de cacher sa pensée sous un air aimable et bienséant. Secondement, l'attitude timorée de son interlocutrice reflétait une personnalité plutôt effacée de quelqu'un capable de se fondre aisément dans la masse mais qui pouvait néanmoins se montrer audacieuse si le besoin s'en faisait ressentir. Contessina, elle, était imposante de par sa seule présence et intimidait parfois par le simple regard qu'elle posait sur quiconque se trouvait en travers de sa route. Aussi aurait-elle pu trouver Maëlween ordinaire et inintéressante au possible [...] Ce n'était pas le cas. La jeune femme possédait une aura qui rendait aux yeux de Contessina (sans qu'elle-même ne pût l'expliquer) toute personne pleine d'intérêt, d'ardeur...
La voix aux intonations cristallines de Maëlween laissa indécise Contessina. Elle qui jamais n'avait quitté le territoire italien - hormis un bref séjour en France - afficha un air irrésolu à l'entente de cet accent si peu coutumier dans les pays méridionaux. Elle en déduisit que son interlocutrice venait certainement de l'une de ces contrées au nord de l'Europe dont elle avait ouïe dire certains faits mais ne s'y étant jamais intéressé de près.
"Je suis enchantée de faire votre connaissance, comtesse", déclara Contessina.
Ainsi, la comtesse de Hedmark avait été invitée par la famille Adorasti. Décidemment, son neveu ne la tenait pas informée de tout, se dit Contessina. Elle se ferait donc le plaisir de faire visiter le palais à sa nouvelle "protégée". La comtesse florentine en sourit intérieurement sans même en connaître la raison.
" Vous verrez, Venise est une ville magnifique, à condition que l'on sache où l'on met les pieds. Venez, suivez-moi."
Accompagnant le geste à la parole, Contessina fit signe à Maëlwenn de la suivre. Elle se dirigea vers les escaliers, gravit les premières marches et se retourna pour jeter un coup d'oeil en arrière.
" Je ferai charger un domestique de veiller à ce que toutes vos affaires soient apportées dans votre chambre."
[Grand Salon] _________________ "Il n'est pas dans l'amitié de peste comparable à l'adulation, la flatterie, la basse complaisance" - Cicéron |
|  | | Maëlwenn Sjórk Invitée Etrangère - Ca'Adorasti

Inscrit le : 19 Mar 2008 Messages : 8
| Sujet: Re: Le Grand Hall - Les Escaliers Jeu 29 Mai - 21:28 | |
| « Moi de même »
Elle s’était légèrement détendue. L’atmosphère de la pièce était propice à la conversation et sa bonne humeur avait finalement repris le dessus sur sa crainte de ne pas être comprise. Tout semblait aller pour le mieux. Tout devait aller pour le mieux. N’était-elle pas à Venise ? La ville aux mille canaux. Le temps était au beau fixe bien que les températures soient encore fraîches mais pour la saison cela était exceptionnel.
Le cœur léger et une bonne humeur affichée. C’était les deux sentiments qui devaient se lire sur le visage de la jeune Norvégienne. Ne jamais montrer ses sentiments devant des personnes inconnues. Une contrainte plus que nécessaire lorsque l’on sort dans le monde. Montrer que rien ne nous atteint. Qu’on est forte. Alors, elle se pliait à cette règle ; son éducation le voulait ainsi.
« C’est ce que j’ai cru comprendre en écoutant les récits de précédents visiteurs. »
Les rapports qu’elle avait entendus avaient de quoi charmer n’importe qui. Mais comme tous les témoignages, ils étaient sujets à une exagération naturelle. Ce qui pimentait un peu les visites banales et exagérait le côté romantique. Cependant, il fallait avouer à leur décharge que tout le beau monde était plus friand d’un récit bien ficelé qu’un banal compte-rendu de tableau vu dans les diverses maisons.
Alors elle comptait bien en faire l’expérience elle-même. Seule de préférence. Ne connaissant personne ici, il lui serait alors plus facile de voir la vraie Venise. Elle voulait connaître les vénitiens et non une succession de nobles endimanchés -qui soit dit en passant se ressemble d’un pays à l’autre-. Elle voulait de l’aventure comme une gamine qui lit des romans. Elle voulait découvrir simplement.
« Bien » répondit-elle à la proposition de Contessina
Cette dernière semblait connaître la maison alors que comme elle, elle semblait être ici en voyage. Aurait-elle un lien familial avec la Ca’Adorasti ? Sûrement puisqu’elle s’autorisait à lui faire visiter la demeure ou du moins à prendre ses aises comme l’aurait fait une hôte. La description que lui avait faite son défunt mari sur cette famille se perdait dans les limbes de sa mémoire. Elle n’arrivait pas à se rappeler si cette femme pouvait être la mère du maître de maison…
Cependant, elle la suivit sans le moindre mal. La prestance qu’elle dégageait suffisait amplement à effacer d’un revers de manche la moindre réticence de Maëlween. Elle ressemblait à Tante Catherine, ce qui confortait la jeune femme dans sa décision de ne pas lui faussait compagnie. Peut-être était-elle aussi fantasque qu’elle ? Elle ne découvrirait cela qu’en passant un peu plus de temps en sa compagnie. Et puis, elle n’avait rien d’autre à faire.
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