AccueilAccueil  ­FAQFAQ  ­RechercherRechercher  ­S'enregistrerS'enregistrer  ­MembresMembres  ­GroupesGroupes  ­ConnexionConnexion  
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujetPartager | 
 

 Embarcadère

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4  Suivant
AuteurMessage
Isabella
Invité



MessageSujet: Re: Embarcadère   Sam 18 Fév - 14:56

Isabella avait compris au moment même où l'homme étrangement vêtu lui avait lancé ce sourire méprisant. Elle avait trouvé cela étrange, en aurait même été choquée, l'espace d'une seconde, et puis, tout naturellement, son cerveau s'était mis en branle pour la remettre en question. Que lui vallait ce regard là?
La tasse bien sûr! La porcelaine avait refroidi rapidement une fois au contact de l'air glacé du dehors, mais elle était encore trs chaude, et Isabella réalisa qu'elle se serait évité bien de la peine en la posant sur un plateau. Pourquoi ne l'avait-elle pas fait d'ailleurs? En tout autre circonstance elle n'aurait jamais présenté un breuvage à une personne de haut rang sans la poser sur un plateau, cela faisait partie du protocole le plus élémentaire... Mais elle avait été si pressée de s'acquiter se tâche, et puis toutes ces pensées déclenchées par l'attitude d'Ugo...


*Oh mon Dieu!*

Le regard que lui jeta Tannucia, sa voix tranchante comme un couperet, coupèrent court à ses réflexions et isabella ouvrit de grands yeux, se gardant de parler, de bouger, et même de respirer.
Elle subissait là un juste couroux, elle le savait, elle était en faute, elle n'avait rien à dire pour se défendre.
Elle observa l'attitude que toute servante sensée se devait d'adopter pendant une réprimande, le visage et les yeux légèrement baissé, la posture humble, les épaules un peu voûtées. Elle l'écouta déblatérer tout un tas de suggestions et de récriminations, d'un oreille un peu distraite cependant. Toujours cette façon tellement égocentrique qu'avaient les nobles de penser que toute erreur était forcément tournée contre leur personne. Ces gens là pensaient que le monde tournait autour de leur nombril. Ils n'avaient pas tort. Dans ces vastes demeures, dans les palais de Venise, tout un tas de gens, de la plus humble soubrette au plus mielleux des courtisans, n'oeuvraient que pour le bien être des nobles comme Tannucia.
Dans ces circonstances, présenter à la princesse une tasse brûlante portée à mains nues était véritablement un crime.
Le ton de la voix de Tannucia semblait décroître, tant en volume qu'en précipitation. Isabella tendit l'oreille et releva légèrement le visage pour écouter la fin de sa diatribe.
Elle resta silencieuse encore quelques secondes, lui laissant le temps de réenfler sa colère si nécessaire, mais il semblait que Tannucia ait fini.

Isabella s'inclina, la mine contrite, sa frèle silhouette agitée d'un léger tremblement, et s'excusa de façon sincère, bien que ses mots et sa posture respectent un protocole de soumission vieux comme le monde.


"Je suis absolument navrée, Ma Dame, j'aurais dû vous apporter votre tisanne sur un plateau, vous auriez pu vous brûler ! Je n'ai pas réfléchi ! Je suis une idiote ! Pardonnez-moi..."

Il était difficile à concevoir pour le commun des mortels qui vivaient dans un confort respectable qu'on puisse ainsi se rabaisser en toute sincérité. Cela justifiait le mépris que l'on vouait le plus souvent aux serviteurs. Des êtres humains ne se trainaient pas plus bas que terre sans protester. S'ils le faisaient, alors ils méritaient qu'on les traitent en esclaves.
Pour les personnes comme Isabella, cela faisait partie d'une éducation enseignée depuis le berceau. Cela ne voulait pas dire qu'elle ne possédait pas d'amour propre. Simplement qu'entre la soubrette et la jeune femme qu'elle était, il y avait un monde... et des secrets très bien cachés.

Elle répondit à la dernière question de Tannucia, les yeux brillants de honte et de peine :


"Je vous en prie, ne dites rien au Prince, Ma Dame... Le châtiment que vous m'infligerez sera juste et mérité, et je suis prête à le recevoir..."

Elle s'inclina alors un peu plus et attendit le verdict de la princesse.
Revenir en haut Aller en bas
Tannucci
Invité



MessageSujet: Re: Embarcadère   Dim 19 Mar - 19:28

Tout en la petite servante semblait s’affaisser comme écrasé par le poids de trop de reproches, de trop de choses. Les épaules se voûtaient, les yeux perdaient de leur éclat, le regard descendait caresser le sol, c’était… pitoyable. Pourtant cette posture de soumission était jouissive pour Tannuccia. Ce n’était certes qu’une minuscule victoire ainsi qu’un piètre adversaire mais ce n’était que le départ.

Tel un oiseau de proie, Tannuccia tournait autour d’Isabella, lentement, l’observant, la reluquant. Elle avait raison, l’autre le reconnaissait, elle n’était qu’une soubrette, elle ne pouvait répliquer, et, pour ne pas perdre sa place, elle serait prête à tout. N’est-ce pas ?
Elle écouta patiemment la petite soubrette s’excuser vainement en se traitant d’idiote. Elle n’aurait pas eu peur de se salir, elle n’aurait pas détesté la violence autant que le pacifisme elle aurait envoyé dansé la jeune fille sur le sol glacé et boueux. Elle soupira et la regarda dédaigneusement. D’un ton glacial, Tannuccia répliqua :


-« Oui vous êtes une idiote. Mais vous êtes une idiote doublée d’une imbécile si, sans même protester, vous avouez devant une personne telle que moi ce que vous êtes. N’avez-vous donc aucun amour propre ? Je vais vous dire, cette attitude est pitoyable, d’une servilité écoeurante. Bien que j’apprécie les gens qui se conduisent comme ça. Après avoir longtemps lutté. Avoir gagné mon respect, mon estime. Il y a bien une chose que je hais en ce monde, une chose à laquelle nous n’avons pas trouvé de mot mais dont les termes qui s’en rapprochent le plus ressemblent à peu près à ça : «le paradoxe» «l'auto dérision involontaire » « l'auto destitution de dignité ». Attention je ne dis pas ne pas aimer les paradoxes mais s’il y a bien des choses que je déteste c’est cette façon qu’ont les gens à accepter bien sagement leur statut, à s’abaisser ainsi perdant ainsi leur dignité d’humain. Je n’aurais ainsi aucune pitié pour vous,bien que pitoyable vous soyez.

Vous ne m’auriez pas supplié avec tant d’assiduité à vous traîner à ms pieds sans aucune considération pour vous j’aurais peut-être pu me montrer plus clémente. Vous m’auriez menacée, vous vous seriez écriée contre mes manières, vous auriez montré que vous aviez du caractère, quelque chose qui déclenche mon admiration à votre égard… Enfin… »

Tannuccia se plongea dans une réflexion qu’elle prolongea de longues minutes, plongeant ainsi la petite soubrette dans une attente qu’elle voulait insoutenable. Parfois, Tannuccia, qui se trouvait de dos, jetait des regards par-dessus son épaule, regardait Isabella des pieds à la tête. Cette servante ne servirait à rien si elle pouvait s’exprimer ainsi. Trop faible, ou fragile, peut-être les deux, sûrement bien trop sensible. Sa timidité et sa discrétion étaient deux atouts précieux, mais elle n’avait pas assez de caractère.

Elle se tourna lentement, marcha vers Isabella, lui saisit délicatement le menton comme elle avait l’habitude de faire, plongea son regard dur dans le sien et déclara d’une voix mielleuse :


« Mon verdict ? Vous n’attendez que ça n’est-ce pas ? Peur que votre maître soit déçu de vous. Peur de perdre votre place. Tout ne dépend que de moi désormais… Vous attendez beaucoup des autres. Beaucoup trop. Vous manquez d’auto gestion Mademoiselle. N’attendez pas que tout vienne des autres. Il me semble vous avoir demandé ce que vous, vous désiriez faire. Je vous ai laissé une alternative. Tâchez de ne point me décevoir. »

Tannuccia sourit, ôta sa main et recula de quelques pas, mit ses mains sur ses hanches et observa Isabella. Maintenant, elle allait pouvoir s’amuser. Enfin, elle espérait.
Revenir en haut Aller en bas
Iago degli Albizzi
Gentilhomme - Ca'Grazziano


Nombre de messages: 270
Date d'inscription: 23/05/2005

MessageSujet: Re: Embarcadère   Lun 20 Mar - 0:15

[le Grand Hall - l'Escalier]

Iago sortit toujours avec beaucoup d'élan du palais sur l'embarcadère. Il avait commenté d'un "Parfait ! Parfait !" la réponse du poète, mais ne s'était pas attardé plus sur la question.
Il était toujours très amusé de voir le jeune homme se raidir dans sa timidité lorsqu'il l'entraînait ainsi.

Arrivé au grand air, il plissa légèrement les yeux pour s'habituer à l'obscurité de la soirée tombante. Sur l'embarcadère, il n'y avait personne. Enfin, la Princesse Tannuccia et une servante. Donc personne.

Iago dépensait très peu de mots sur la personne de la Princesse. Elle faisait partie de ses personnes que la terre serait heureuse de voir disparaître, mais cela était si évident qu'il ne prenait pas la peine de le dire...


"Et bien Princesse, vous ratez votre entrée fulgurante au bras du Prince pour réprimander une petite bonne, vraiment... Vous quittez noblement une bassesse pour en tomber dans une autre..."

Petite parole amicale entre amis... Il avait sauté dans la gondole devant le palais et veillé à ce que Cilio fasse de même. Il allait donner l'ordre de partir lorsqu'il se ravisa et, attrapant la main d'Isabella, il la tira sur le bateau.

"Toi, tu viens avec nous. Ugo est parti en vitesse, il aura peut-être oublié quelque chose, nous aurons besoin d'un intermédiaire... La gondole est pleine, Princesse, prenez la suivante !"

Iago donna le signal de départ et planta sur place la Princesse.
Une autre gondole arrivait peu après, et Iago ne doutait pas que la Princesse risquait de les suivre peu après. C'était ça manière à lui de dire qu'une servante vaut autant qu'une Princesse. Selon une échelle qu'il ne trouvait juste que face à Tannuccia...

Lorsque le moyen de transport eu pris un peu de large, il se tourna vers Isabella et lui dit avec un sourire ironique :


"Je ne sais pas ce que vous avez fait pour la mettre dans cet état, mais je vous en félicite..."

Puis il se détourna et regarda l'eau sous le bateau, semblant se désintéresser complètement des deux autres passagers.

[Embarcadère - Ca Adorasti]

_________________
Honest Iago...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Isabella
Invité



MessageSujet: Re: Embarcadère   Mer 22 Mar - 18:49

Et les récriminations reprirent, à croire que la princesse avait grand besoin de se défouler ou de passer ses nerfs aujourd'hui, et Isabella était toute désignée pour lui servir de bouc émissaire... Elle encaissa donc les "coups" sans piper. Tannucia avait l'air décidée à la faire sortir de ses gonds, la méprisant de ne pas se défendre et de ne pas avoir de fierté. La petite servante était trop habituée à ce petit jeu pour tomber dans le panneau, elle ne ferait certainement pas le plaisir à Tannucia de rentrer dans son jeu et resta coite, regardant obstinément ses chaussures.
La princesse, non contente de la posséder par son travail et sa soumission, voulait aussi posséder ce qu'elle gardait bien caché au fond d'elle, pour elle et rien que pour elle : ses émotions. Oh oui, elle savait bien que Tannucia jubilerait si elle la voyait tout à coup se mettre en rage, déclarer avec flamme qu'elle ne se laisserait pas traiter comme ça, ou toute autre revendication désuette et dérisoire. Elle saisirait la balle au bond pour retourner tout ce qu'elle dirait contre elle, elle le savait, et intérieurement, elle se félicitait de ne pas lui offrir ce plaisir.
Comme Tannucia attendait une réponse à sa question, ne semblant pas avoir compris ce qu'Isabella avait déjà répondu sur le sujet, elle lui dit simplement, ignorant tout le reste :


"Je vous ai dit que j'aimerais que vous n'en disiez rien au p..."

Elle fut interrompue par l'arrivée d'un homme qui marchait à grande enjambées vers l'embarcadère. Il interpella Tannucia d'une manière si inattendue pour Isabella qu'elle écarquilla les yeux de surprise et resta bouche bée... Elle savait qu'elle aurait dû rester parfaitement neutre en pareille circonstance. Tannucia en serait peut être humilée et chercherait à se venger sur elle, c'était sûr! Tant pis, elle n'avait pu retenir cet air stupéfait qui s'était peint sur son visage et ce léger sourire incrédule.

A peine eut-elle le temps de digérer les paroles qu'elle entendait prononcer par Iago à l'encontre de la princesse qu'il la saisissait au vol pour l'emmener dans la gondole, signifiant au passage à Tannucia qu'il n'y avait pas de place pour elle... Isabella devînt rouge écarlate en entendant cet affront et aurait bien voullu disparaître dans les eaux paisibles qui les emportaient déjà... cela signifiait ni plus ni moins qu'elle venait de prendre la place de Tannucia, du moins dans l'embarcation.
Elle ne put s'empêcher de regarder sa silhouette gracieuse, qui diminuait au fur et à mesure de l'avancée de la gondole, se demandant de quelle manière elle allait payer ça...

Son attention fut détournée par Iago qui la félicitait pour avoir mis en rogne la princesse... Isabella rougit à nouveau violemment et laissa échapper un discret sourire, avant de répondre, un air d'excuse sur le visage :


"J'ai oublié de poser son infusion dans un plateau... elle aurait pu se brûler..."

Elle n'ajouta pas qu'elle même s'était bien abîmé les doigts par la même occasion, mais son regard se porta dessus par réflexes. Ils étaient rouges, un peu tremblants. Elle se sentit bête d'avoir donné cette explication au gentilhomme qui n'avait fait cette remarque que pour exprimer son inimitié à la princesse, les détails aussi insignifiants qu'elle venait de lui donner ne l'intéressaient probablement pas.

[pareil]
Revenir en haut Aller en bas
Cilio de
Invité



MessageSujet: Re: Embarcadère   Lun 27 Mar - 21:13

[le Grand Hall - l'Escalier]

Cilio jeta un regard contrit à la princesse lorsque le galant Iago la planta sur place, la condamnant à attendre dans le froid le passage de la prochaine gondole. Il n'aimait pas s'attirer les foudres de la belle Romaine, mais encore moins celles du signor Degli Albizzi. A vrai dire, Cilio n'aimait s'attirer les foudres de personne.

Son attitude rêveuse prit rapidement le dessus sur ces petites contraintes du quotidien, et le jeune poète se laissa bercer par les eaux de Venise, admirant la beauté nocturne de la ville et profitant du calme et du silence qui régnait entre les passagers. Il était des silences pesant; celui-ci était au contraire apaisant.

[Embarcadère - Ca'Adorasti]
Revenir en haut Aller en bas
Aria Aqu
Invité



MessageSujet: Re: Embarcadère   Sam 15 Avr - 15:15

[Petit Salon d'Aria]

Elle était à nouveau seule. L'embarcadère était désert, et glacial, mais Aria ne put s'empêcher de lui trouver une certaine beauté.. comme tout ce qui touchait à la Sérénissime. Le valet s'était retiré sur son ordre, après avoir fait quérir un gondolier. La princesse aimait cela, la solitude éphèmère, le silence confus, ces instants infimes ou l'on peut respirer sous le masque, avant de reprendre son rôle. Elle en profitait pour admirer enfin Venise, son regard se posant sur chaque détail que pouvait éclairer la Nocturne.

Bientôt elle poserait enfin le menu pied sur une gondole, se laissant glisser le long des canaux. A ce mot, d'infimes rêves romantiques éclorent derrière ses yeux, bien vite jugulés et enchaînés par des raisonnements pratiques. Il était hors de question de tâcher sa tenue, et encore moins de perdre l'équilibre...
Alors tout en espérant que son pied soit marin, la gondole assez large, les canaux peu remuant, et le gondolier silencieux et respectable, - Il était hors de question qu'il se mette à vocaliser, celui là - Aria remit le fil de ses pensées sur le droit chemin.
Certes, elle était invitée, mais pourquoi dès ce soir ? Et pourquoi diantre les Grazziano et les Adorasti se rencontraient-ils ? Etait-ce une volonté de Bianca ? Une stratégie quelconque du Prince Ennemi ?
Etrange nid de serpents, dans lequel elle allait devoir mettre le pied. Décidemment, ce dernier allait avoir de lourdes responsabilités ce soir. Et il était exclus qu'il lui fasse défaut.

Quoiqu'il en soit, Aria devrait faire preuve de prudence et de tact, ne sachant ni le contexte, ni le pourquoi de son invitation.

Sa plus grande inquiétude concernait avant tout ses cousins. Elle n'avait pas revu Bianca depuis son propre mariage, soit six longues années, et Ugo depuis huit. La vie en elle même pouvait changer tant de choses... Si elle était à peu près certaine de les reconnaitre, elle hésitait savamment sur l'attitude à adopter. L'affection était un registre qu'elle maitrisait fort mal, et ...


"J'vous embringue sur ma périssoire, ma Splendeur ?"

"....."

"Euh.. j'veux dire, Vot' Splendeur.. j'vous d'mande pardon pour l'retard, j'tais chez la grosse Bettina qui m'faisait des égards et..."

"..............."

"Glurps... Vous... vous direz rien au Prince, hein ?.. Vous.. vous savez, quand n'est-y vieux grigou comme moué, marié d'puis tant d'siècles avec une harpie d'matrone, c'est juste que... aheum..et c'est-y ou qu'j'vous dépose, vot' Altesse ?"

"...." Soupir. Faites juste qu'il se taise. Et pouvoir en placer une.

"Au palais Adorasti. Je-vous-prie."

Bien détacher les mots, pour éviter de lui dire autre chose. Regarder le canal pour ne pas sentir son haleine pesante, remplie d'alcools et de débauche. Lui toucher la main. Pire encore, poser la sienne dessus, pour y prendre appui et venir dans la Gondole. Et plus que tout, sourire à l'indélicat, pour éviter de l'étrangler.
La remarquable, et très honorable Princesse, puisa donc plus que largement dans son fonds de compréhension, d'amour de l'humanité et de mansuétude, afin de venir enjamber délicatement le bastinguage. Le regretta juste après quand l'insolent en profita pour la soutenir d'une main rugueuse sur sa hanche, et en vint enfin à se dire que la traversée serait sans doute la plus éprouvante de son existence.
Oh oui, faites juste qu'il se taise.


[Embarcadère - Ca'Adorasti]
Revenir en haut Aller en bas
Annavera de Luca
Comtesse - Ca'Grazziano


Nombre de messages: 36
Statut: Personnage Supprimé
Date d'inscription: 12/10/2006

MessageSujet: Re: Embarcadère   Lun 16 Oct - 10:45

[ Premier Post ]

Doucement, la gondole glissa le long du canal, seulement éclairée par la lune. L’astre luisant se dissimulait de tant à autre derrière de gros nuages sombres, rendant inquiétante l’atmosphère de cette nuit d'encre. Rien ne venait perturber la tranquillité des canaux… où seulement le bruit discret de la perche dans l’eau troublait l’obscurité. L’observateur avisé, pouvait deviner une forme noire assise au milieu de la gondole. L’on aurait pu penser qu’il s’agissait là d’une statue, tant son immobilité était parfaite. Mais un souffle translucide s’échappait de ses lèvres et trahissait la vie qui animait cet étrange personnage. Lentement, la gondole se faufila dans une ouverture encadrée d’arcanes en pierre.

Avec application le gondolier fit accoster la lourde barque près du ponton. Puis il s’empressa de poser pied à terre afin de tendre son bras à la silhouette noire. Une main gantée s’empara de la poigne de l’homme. Prestement, elle descendit de la gondole prenant garde à ne pas trébucher sur le dallage gelé. Un sourire satisfait étira ses traits quand elle observa l’embarcadère.



« Madame en a fini avec moi ? » s’inquiéta soudainement le gondolier. « C’est qu’on m’attend par chez moi. »

« Je crains devoir vous retenir encore un moment. Voyez-vous, aucun domestique n’est là pour m’accueillir. Vous allez devoir vous charger seul de mes affaires. »


Un soupir de mécontentement s’envola. Il fut bien vite remplacé par un air très intéressé quand la dame lui indiqua qu’elle doublait le prix. Largesse qui fut remerciée mille fois par le batelier. Hochant la tête d’un air de suprême indifférence, la jeune femme souleva le large capuchon de sa mante (censer parer la fraîcheur de la nuit hivernale) qui dévoila un chapeau « continental » en forme de triangle, recouvert d’un velours noir auquel une aigrette de la même teinte y était rattachée. Faisant quelques pas, elle observa le batelier manquer de tomber sous le poids d’un grand coffre. Amusée, elle se retourna vers la porte qui menait au Palais. Sortant ses mains gantées d’un petit manchon noir, elle toqua à l’aide du grand heurtoir en cuivre.

Pendant un temps, elle cru que personne n’avait entendu le bruit. Mais bientôt une agitation lui parvint de derrière la porte, ressemblant à une cavalcade. La porte s’ouvrit sur un homme dans la force de l’âge. Le chandelier qu’il tenait à la main dessinait des arabesques fantomatiques sur son visage. La brise cinglante s’engouffra dans l’ouverture et fit vaciller les flammes des bougies.



« Madame ? » demanda-t-il d’une voix grêleuse.

« Annavera de Luca » répliqua-t-elle.

« Madame, le Prince nous avait prévenu de votre venue dans un délai de trois mois. Votre chambre est chauffée. »

« Bien. » s’étonna quand même la dame. « Vous êtes ? »

« L’intendant des Grazziano, Madame. Si Madame veut bien me suivre, les domestiques se chargeront de ses malles. »


Deux jeunes serviteurs embués de sommeil qui se tenaient derrière l’intendant, se précipitèrent vers le gondolier. L’un d’eux failli s’étaler de tout son long sur le parterre givré sous les yeux rieurs et hautains de la visiteuse. Pendant qu’ils se saisissaient de ses affaires, Annavera se rapprocha du gondolier. Desserrant sa bourse en cuir, elle plongea sa main et en retira trois pièces d’argent.


« Merci m’dame ! Souvenez-vous que si vous avez besoin d’un gondolier, allez faire quérir Luigi. Je viendrai ! »


Le regard de l’homme brillait. Il n’oublierai ni la dame, ni sa générosité. Bien qu’il se refusa à l’avouer, elle lui avait fait peur. Terriblement peur. Quand elle l’avait scruté sur l’embarcadère de l’autre côté du Grand Canal, il avait failli refuser. N’apercevant au début que ses yeux à travers le large capuchon, il avait ensuite était subjugué par son charme. La promesse d’une paye sonante et trébuchante avait eu raison de ses récitances. Ce qui ne l’empêcha pas d’avoir peur et frisson glacé, pas uniquement dû à la froideur de la nuit, lui parcourir le dos. Cette femme dégageait quelque chose de dangereux.

Annavera avait compris au premier coup d’œil les inquiétudes de l’homme. Jouant de sa terreur, elle avait ainsi pu passer la traversée du canal au calme, à seulement écouter le clapotis de l’eau. Droite et immobile, elle avait prit un malin plaisir à rendre le gondolier encore plus gêné qu’il ne l’était…


D’un geste, Annavera montra qu’elle avait comprit et le congédia. Quand la barque commença à s’éloigner de l’embarcadère, elle se retourna vers l’intendant. Les deux jeunes valets avaient disparut avec ses affaires. Pressée de retrouver la chaleur et de quitter ce froid mordant qu’elle côtoyait depuis plusieurs jours de voyage en diligence, elle passa devant l'intentant qui s’effaça. Décidément, les nuits vénitiennes étaient glaciales à cette époque de l’année.



[Le couloir desservant les appartements privés]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Loris di
Invité



MessageSujet: Re: Embarcadère   Ven 24 Nov - 20:14

[La Place Saint Marc - Sud]

Une gondole vint cogner contre l’embarcadère de la Ca’Grazziano. Assis à l’arrière de celle-ci, Loris di Bordighera se leva d’un bond, faisant légèrement tanguer l’embarcation par la même occasion, et sauta allègrement sur la pierre ferme. Le bois d’un bateau n’était pas assez sûr pour lui. Cela ne lui posait aucun problème mais il préférait de loin le plancher des vaches.

« Excusez-moi, messire… »

Le gondolier affichait un air ennuyé. Cela lui déplaisait de rappeler ses clients à l’ordre mais il n’était pas question que ce gentilhomme-là le quitte sans lui régler son compte. Comment voudriez-vous vivre si vous offriez des trajets gratuits au premier zigoto se présentant ? Non, cela n’allait pas.

Le maître d’armes se retourna aussitôt et esquissa son sourire le plus charmeur tout en tendant le montant convenu au pauvre gondolier.


« Non… Non… C’est à moi de m’excuser. »

Il rit tout en montrant l’eau autour de lui.

« De toute façon, ce n’est pas comme si je pouvais aller bien loin. »

Un air soucieux s’afficha sur son visage.

« Je préférerais toutefois que vous m’attendiez-là en attendant que quelqu’un m’ouvre. Après tout, je n’ai pas envie de rester planté là, au bord de l’eau, tel un bouffon. J’aurais raté ma vocation. »

Di Bordighera s'approcha de la porte, sa démarche assurée faisant oublier le léger boitillement qui l’affectait. Arrivée devant l’entrée principale, il cogna. Trois coups sûrs. Sans rien laisser paraître, il priait avec ferveur pour qu’un quelconque valet lui ouvre et le laisse entrer dans le palais.
Revenir en haut Aller en bas
Monsieur l'Intendant
Intendant - Ca'Grazziano


Nombre de messages: 14
Date d'inscription: 25/11/2006

MessageSujet: Re: Embarcadère   Sam 25 Nov - 19:44

Quelques secondes passèrent avant qu'un pas se fasse entendre derrière les lourdes portes. Puis un des battents s'ouvrit légèrement et apparut la silhouette sombre de l'Intendant.

Il toisa de la tête au pied le nouvel arrivant. Figure inconnue. Mauvais signe.
Gants de cuir, bottes de cuir montantes, allure désinvolte, baudrier rouge et épée dans un fourreau un peu usé. Avec une figure trop sensuelle et animale pour être honnête... Très mauvais signe.

Mais on ne sait jamais exactement à qui on a affaire, et l'Intendant était resté parfaitement impassible, ni aimable ni désagréable, parfaitement neutre.
Il n'était qu'un intendant, une de ces personnes que l'on oublie dès qu'on ne les a plus sous les yeux. Sans doute n'était-ce pas le cas de la personne en face de lui.


"Que pouvons-nous pour vous, Monsieur ?"
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Loris di
Invité



MessageSujet: Re: Embarcadère   Lun 27 Nov - 20:49

Dieu devait être là, quelque part à le regarder, à l’encourager à faire de Venise sa nouvelle résidence puisque la porte s’ouvrit très peu de temps après qu’il l’eut cognée. Et si Dieu était là, personne d’autre ne se mettrait en travers de son chemin. Ou alors, rien qu’un peu, afin d’éprouver sa pugnacité. Di Bordighera n’avait aucunement l’intention de rebrousser chemin. A Venise il était, à Venise il resterait.

Ce fut pourquoi il rehaussa cette figure sensuelle et animale d’un sourire légèrement hautain devant le bonhomme qui lui ouvrit. Le genre de sourire qui n’était pas spécialement condescendant mais qui montrait que vous étiez déjà passé par là… Par le seuil d’entrée d’une maison patricienne.


« Je suis Loris di Bordighera, maître d’armes, récemment arrivé de Florence. Le Prince di Grazziano pourrait-il me recevoir ? »

Ou n’importe qui d’autre de sa maison, rajouta-t-il, in petto.

Di Bordighera n’était pas inconscient. S’il croyait en sa bonne fortune, s’il savait que son nom était connu – de cela même la plus absurde des modesties le lui ferait reconnaître –, il n’en restait pas moins que sa renommée s’était faîte à Florence et Venise était une de ces villes à s’enorgueillir de ses propres trésors et à rejeter dédaigneusement ceux d’autres contrées.

Durant ces quelques instants de réflexion, Di Bordighera était resté pareil à lui-même. Le maintien droit, comme tout autre épéiste l’avait apprit dès ses débuts, un visage affable, il espérait être assez avenant pour que l’intendant ne lui claque pas la porte au nez. Si celle-ci se fermait, il se trouverait dans l’obligation de chercher auprès d’autres fortunés. Et si là encore rien n’était concluant, il allait devoir passer sa nuit à la taverne de l’ours. Et ce n’était franchement pas ce qu’il espérait.
Revenir en haut Aller en bas
Monsieur l'Intendant
Intendant - Ca'Grazziano


Nombre de messages: 14
Date d'inscription: 25/11/2006

MessageSujet: Re: Embarcadère   Lun 27 Nov - 21:42

L'intendant était resté impassible. Il connaissait le nom, comme il connaissait à peu près tout ce qui se passait sur la planète. Et il était vrai qu'un maître d'arme pouvait toujours être utile dans une ville comme Venise...

Il ouvrit un peu plus la porte et s'effaça pour laisser l'homme passer.


"Si vous voulez bien vous donner la peine d’entrer..."

[Le Hall]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Loris di
Invité



MessageSujet: Re: Embarcadère   Mer 29 Nov - 21:13

Le pouce du maître d’armes dessina rapidement une croix sur le restant des doigts de sa main gauche. Encore une fois, il adressa ses remerciements à l’instance divine qui les surplombait tous. Dieu – ou la chance – était de son côté pour son débarquement à Venise. Avant d’entrer dans le palais di Bordighera fit volte-face et indiqua au gondolier que ce dernier pouvait partir, qu’il n’avait plus besoin de lui.

Un léger sourire – de contentement cette fois – ornait ses lèvres minces tandis qu’il pénétrait dans l’immense demeure.


[le Hall]
Revenir en haut Aller en bas
Bianca Grazziano Adorasti
Princesse - Ca'Adorasti


Nombre de messages: 310
Statut: Modo
Date d'inscription: 30/04/2005

MessageSujet: Re: Embarcadère   Ven 29 Déc - 19:55

[Ca'Adorasti - Bibliothèque]

La princesse, accompagnée de sa dame d'honneur, du médecin et du secrétaire particulier de son mari avait pris place dans une grande barque très bien aménagée, équipée d'un abris pour les jours d'hiver froid ou pluvieux.

Elle était assise à côté de Romana et les deux hommes leur faisaient face. Bianca n'avait pas dit un mot durant la demi-heure qu'avait duré le trajet. Elle s'était contentée de regarder d'un air absent la chaude fourrure disposée sur les genoux des quatre passagers, en alternance avec les petites vaguelettes que créait la barque sur la surface du canal.

Elle ne savait pas comment allait réagir son frère à l'absence d'Elio ni comment la journée allait se dérouler mais elle préférait ne pas y penser. C'est la main tendue du batelier devant elle qui la fit sortir de ses pensées. Elle leva alors les yeux et constata qu'ils étaient arrivés à l'embarcadère du palais Grazziano. Elle ne s'en était pas rendue compte tout de suite.

Bianca repoussa la fourrure et s'aida de la main de l'homme pour poser le pied à terre, serrant les pans de son manteau contre elle.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Romana L
Invité



MessageSujet: Re: Embarcadère   Sam 30 Déc - 18:05

[Ca Adorasti - Bibliothèque]

Romana suivit Bianca sur le ponton de la Ca Grazziano. Elle la connaissait pour l'avoir regardée bien des fois en descendant le grand canal pour aller jusqu'à la place Saint Marc. Sa façade ornée, ses murs aux incrustations de pierres polychromes, la dentelle de marbre de ses balcons, son architecture élégante, elle les connaissait pas coeur pour les avoir observés avec attention, gravant chaque détail dans sa mémoire. Elle avait tout son temps, grâce au rythme lent de la gondole.

Mais cette fois, elle allait en découvrir l'intérieur, et c'était autre chose. Sans qu'elle puisse se l'expliquer, Romana en ressentait une légère excitation, mêlée à de l'appréhension.

Remontant le bas de sa robe pour lui éviter le contact du ponton souillé, Romana suivit sa maîtresse dans la demeure.
Revenir en haut Aller en bas
Muzio Barrozi
Médecin


Nombre de messages: 724
Date d'inscription: 14/05/2005

MessageSujet: Re: Embarcadère   Sam 30 Déc - 20:30

[Ca'Adorasti - Bibliothèque]

Le Prince Ugo avait souligné l'étrangeté de la gaieté de sa soeur la veille et, si Muzio en croyait l'image de Bianca qui lui était offerte pendant le trajet, il ne pouvait que le comprendre. La jeune femme n'avait pas décroché un mot et gardait les yeux baissés. L'air frais balayant les joues du médecin, il s'en sentit, lui, parfaitement revigoré et même un peu plus joyeux.

Lorsque la barque s'arrêta et que les deux femmes furent descendues, Muzio se leva à son tour et les suivit sur le ponton, accompagné par Gaetano qui avait été son voisin de traversée. Il admira bien un peu l'édifice, mais son attention était distraite par la perspective de croiser bientôt le regard du Prince Ugo. Après celui dépouillé d'Elio dans la nuit, réduit à la dépendance du blessé, que reflèterait celui de l'ange blond ? Le médecin resserra la prise sur sa trousse, redevenu égal à lui-même.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 

Embarcadère

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 3 sur 4Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4  Suivant

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
VENISE :: CA' GRAZZIANO :: L'Etage Inférieur-
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet