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Clio Di Materazzi Fiancée du Prince - Ca'Grazziano

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| Sujet: Appartements de Clio Dim 29 Juin - 20:52 | |
| [Premier post]
La nuit tombait doucement sur Venise lorsqu’une gondole s’arrêta devant la demeure des Grazziano. Clio en descendit légèrement courbaturée. Elle avait quitté le manoir familial situé dans la campagne toscane tôt le matin. Elle n’était pas revenue à Venise depuis plusieurs mois et l’odeur de la ville la prit à la gorge, lui soulevant l’estomac. Elle sortit un petit mouchoir blanc parfumé à la fleur d’oranger et l’appliqua contre son nez ; car malgré les faibles températures les reflues des canaux étaient insupportables.
Les serviteurs de la maison prévenus de son arrivée imminente ne se firent pas attendre et se précipitèrent pour décharger les malles de la jeune fille. Une servante après s’être poliment inclinée l’invita à entrer. Clio saisit Mounio son phalène dans les bras et entra dans le bâtiment. Dans le hall une femme d’une certaine carrure et d’un certain âge l’attendait. Elle se présenta sous le prénom d’Alberiga. Elle n’avait rien d’une servante mais elle n’était non plus de haute naissance. Elle appartenait certainement à la petite bourgeoisie de la ville. Elle semblait diriger l’armée de serviteurs et plutôt d’une main de maître. Clio sourit doucement, la femme l’effrayait un peu mais elle forçait le respect. Elle serait, selon ces dires, sa femme de chambre attitrée. Le Prince l’avait choisie pour s’occuper de la jeune fille, et pour sûr elle ne faillirait pas.
Sans plus attendre elle entraina Clio derrière elle. La jeune fille marchait silencieusement balayant du regard les fastes du palais. Elle connaissait le luxe mais devant les splendeurs de la demeure elle ne put retenir l’expression de sa fascination. L’endroit était magnifique, le raffinement des marbres, les dorures des encadrements, les lourds lustres, tout étincelait. Suivant Alberiga, elle traversa divers salons, parcourut de longs couloirs pour enfin arriver devant ce qui serait ses appartements. La femme entra et fit signe à Clio de faire de même. Derrière elles, les serviteurs entrèrent à leur tour les bras chargés de malles.
Alberiga prit les choses en main et laissa Clio seule un instant. La jeune fille s’assit sur son lit et observa les domestiques s’agitant autour d’elle. Elle entendait son cœur battre alors qu’une légère angoisse lui tiraillait le ventre. Elle songeait à présent à sa rencontre avec le Prince. Ce serait la seconde mais au souvenir de la première elle n’était guère enthousiasmée. Bien qu’extrêmement correct, il ne lui inspirait aucune sympathie. C’était un homme froid, distant et ennuyeux. Elle appréhendait son avenir avec lui, elle se rappelait avoir même senti un léger frisson de peur la parcourir cette fois là. Elle n’avait aucune envie de devenir son épouse mais la sécurité que lui offrait ce mariage et la volonté de son père suffisaient à ce qu’elle se soumette à cette union.
L’armada de valets sortie, Alberiga se tourna vers Clio.
"Eh bien jeune fille, il faut croire que votre voyage n’était pas de tout repos, vous ne ressemblez à rien."
Ceci dit, Clio n’eut pas le temps de rétorquer que déjà elle se trouvait juste en chemise de soie. La lourde femme commença à farfouiller dans les affaires de Clio et revint près d’elle avec un tas de tissus dans les mains. Elle lui mit un corset qu’elle serra allègrement si bien que la jeune fille dut se mettre en apnée quelques secondes. Puis elle lui accrocha les paniers et finit pas lui faire enfiler une robe dans les tons beige et bleu qu’un tailleur de Florence avait réalisé avec de magnifiques tissus de France. Le choix des chaussures se porta sur une paire assortie au ruban bleu de la robe. Une fois habillée, Clio s’assit devant une coiffeuse et Alberiga arrangea sa coiffure. Du parfum, des bijoux, sa croix en or autour du cou, Clio était prête à recevoir son fiancé. Alberiga quitta la pièce pour prévenir le Prince que la jeune fille était bien arrivée. Clio enfin seule dans le petit salon côtoyant sa chambre se triturait nerveusement les doigts. Elle faisait les cents pas entre les fauteuils pourpre et répétait par moment sa révérence. Elle se récitait également les mots qu’elle prononcerait au Prince, variant les tons et les intonations.
"Bonsoir Monsieur, quelle joie de vous revoir enfin !" _________________ Espérer, c'est démentir l'avenir. Cioran
Dernière édition par Clio Di Materazzi le Lun 30 Juin - 22:45, édité 1 fois |
|  | | Samuele di Grazziano Prince - Ca'Grazziano

Inscrit le : 18 Oct 2007 Messages : 38 Statut : Modo
| Sujet: Re: Appartements de Clio Lun 30 Juin - 17:34 | |
| [Appartements du Prince – La bibliothèque]
« Je m’en vais de ce pas la rejoindre. »
Samuele, dos à la porte de la bibliothèque, venait de congédier Alberiga. Et s’il avait été froid, comme à son habitude, il ne montra plus, une fois seul, qu’un œil à l’éclat miel ravivé par une violente irritation. La fiancée bien arrivée. La fiancée, dévorée par les loups sur le chemin, ne se trouvait donc pas parmi les options ? Conscient de l’humeur qu’il prenait, trop rapidement à son goût, le Prince éleva les bras en signe d’exaspération, comme pour contenir les noires pensées que lui inspirait la venue de sa fiancée. A l’évidence, il ne l’attendait pas si tôt, et il dut se faire violence pour ne pas rejoindre la seule femme digne d’un réel intérêt selon lui, à quelques pas seulement. Il avait cavalièrement pris congé d’elle, et ne pensait déjà plus qu’au moment où ils pourraient reprendre leur entretien honteusement écourté.
Sans plus de cérémonie, il quitta ses appartements, le pas vif, le corps entier contrarié. Quelle idée d’arriver le soir de la Fenice ? Lui qui avait depuis longtemps pris ses dispositions, il n’avait pas pour intention d’en changer, et devait par conséquent trouver un moyen de contourner ce… problème. Cette réflexion fit fleurir sur ses lèvres un sourire significatif, et balaya gracieusement toutes les vilaines pensées qu’il avait pu avoir, pour laisser place à celles d’un tout autre genre. Ainsi, ses pas le menèrent devant les appartements de Clio. Celle-ci était, selon les dires d’Alberiga, tout à fait apprêtée pour le recevoir. Aussi fut-ce pour cela qu’il usa de cette manière si indécente d’ouvrir les portes, sans le moindre bruit, si bien qu’il surprit la jeune fille en pleine récitation, face aux ameublements. Sans pour autant manifester sa présence, Samuele appuya son épaule contre l’encadrement de la porte et, incrédule, pencha sensiblement la tête sur le côté. Allons donc. Il l’observa un court instant puis, le coin de ses lèvres s’étirant faiblement, perça le silence de la pièce de sa voix grave :
« Par ici, très chère. Jusqu’à nouvel ordre, il semble que le Prince ne soit pas un fauteuil, mais bel et bien un être humain. »
Et il patienta. Il lui aurait bien retourné que la joie n’était aucunement partagée, mais s’abstint, guettant une réaction quelconque de sa part. Qu’elle n’était pas attendue ce soir, elle ne le saurait pas. _________________ « Le bonheur n'est que dans ce qui agite, et il n'y a que le crime qui agite : la vertu, qui n'est qu'un état d'inaction et de repos, ne peut jamais conduire au bonheur. » [Sade] |
|  | | Clio Di Materazzi Fiancée du Prince - Ca'Grazziano

Inscrit le : 14 Juin 2008 Messages : 11
| Sujet: Re: Appartements de Clio Sam 5 Juil - 23:56 | |
| Clio toujours absorbée par ses pensées n’entendit pas la porte s’ouvrir. En revanche elle sursauta en entendant un homme lui parler. Elle se retourna plus vivement qu’elle ne l’aurait voulu et rougit légèrement. Le Prince se tenait dans l’encadrement de la porte d’une manière trop désinvolte au son goût. Mais elle ne lui en tint pas davantage rigueur se sentant trop embarrassée par sa propre attitude. Elle venait de donner une image d’elle bien peu valorisante au Prince. Elle se maudit mais sans perdre de temps, elle s’approcha à une distance respectueuse et soulevant un peu sa robe elle fit une révérence des plus élégantes. Elle inclina la tête et bredouilla des excuses.
"Bon… bonsoir mon Prince, je vous prie de pardonner ma maladresse."
Elle se redressa en souriant timidement et tenta de détendre l’atmosphère.
"Pour ce qui est de votre personne, vous m’en voyez rassurée…"
A présent droite face à Samuele, Clio avait repris un peu de consistance et se permit d’observer son fiancé. Bien qu’elle l’ait déjà rencontré, il lui semblait le découvrir de nouveau. L’angoisse de leur première entrevue avait du quelque peu altérer sa perception et ses souvenirs. Elle ne gardait de lui qu’un homme froid et distant mais à présent elle lui trouvait également un physique attirant de par sa singularité. Car le Prince n’avait rien de commun.... et pas grand-chose de l’italien « classique ». Ce n’était pas pour lui déplaire.
Clio espérait que Samuele lui accorderait un peu de son temps pour converser avec elle. Aussi décida-t-elle de s’asseoir en souhaitant que le Prince en fasse de même. Et pour s’en assurer elle l’invita d’un geste à s’installer sur le fauteuil en face d’elle, celui là même à qui elle avait adressé des paroles quelques instants plus tôt.
"N’y voyez aucune offense, au contraire je préfère m’adresser à vous qu’à ce fauteuil."
Clio sourit une fois de plus, elle espérait surtout que le Prince ait plus de conversation que le meuble. Toute sa jeunesse elle avait appris à être de parfaite compagnie et c’était le moment de mettre à profit son enseignement et de faire ses preuves. Pourtant Clio douta un instant que c’était là les qualités que le Prince recherchait chez une jeune femme. Mais qu’importe, elle se rappelait les règles de bienséance de ses précepteurs. Toujours être modeste, ne parler que peu de soi et tourner la conversation vers son interlocuteur. Ne pas poser de questions indiscrètes, sourire et voire rire délicatement si la situation l’autorise. Clio assise sur le bord du siège, les mains posées sur ses cuisses s’adressa de nouveau au Prince. Elle commença d’abord par s’enquérir de sa santé puis ouvrit sur un sujet plus général afin de ne pas le gêner si parler de lui ne lui convenait point.
"Vous me semblez en excellente santé et j’en suis fort aise. Vous conviendrez que les hivers sont trop souvent rigoureux à Venise et l’humidité n’arrange rien. D’ailleurs je n’y étais pas revenue depuis bien longtemps et la ville m’a semblée toute en effervescence ! Y aurait-il une quelconque animation en ville, une festivité ?" _________________ Espérer, c'est démentir l'avenir. Cioran |
|  | | Samuele di Grazziano Prince - Ca'Grazziano

Inscrit le : 18 Oct 2007 Messages : 38 Statut : Modo
| Sujet: Re: Appartements de Clio Lun 14 Juil - 17:55 | |
| Une réaction de jeune fille. Le fard sur ses joues ne le surprit pas : il en était souvent la cause. Fidèle à lui-même, il s’en délecta. Son sourire s’élargit, mais point trop de moquerie ; il adopta bien vite une attitude plus décente. Dans le même mouvement qu’elle, Samuele se redressa et se présenta noblement à sa fiancée, d’une légère inclinaison du buste. Puis il balaya les premières paroles d’un geste de la main.
« Rien pour le moment ne nécessite mon pardon. »
Il laissa paraître son amusement quant à la situation et noua ses mains derrière le dos, approchant à son tour de quelques pas. Contrairement à elle, il ne la détailla pas. L’heure était plutôt à la discussion, et il fut bien aise d’être invité auprès d’elle.
« Il est vrai que les fauteuils n’ont pas pour habitude de me faire concurrence. Fort heureusement. », s’enquit-il en prenant place. Avant-bras aux accoudoirs, le Prince croisa les jambes et contempla le visage de sa fiancée. Elle était belle, sans extravagance apparente. En serait-il satisfait ? Nul doute qu’il en trouverait le moyen. Comme la plupart des jeunes filles, tous ses gestes suivaient vraisemblablement un mode de conduite précis, celui qu’on leur enseignait dès leur plus tendre enfance. Etait-il nécessaire de préciser que Samuele n’accordait d’importance qu’aux erreurs commises en essayant de reproduire cette hypothétique perfection ? La régularité dans les manières était pour lui quelque chose de fade, il n’en tirait aucun contentement, aussi fut-ce sans montrer grand intérêt qu’il écouta les premières politesses.
« Vous saurez apprécier les différents visages que donne chaque saison à Venise, ma chère. Du reste, se déroule ce soir une représentation à la Fenice, ce qui explique l’agitation dans les rues. »
Ses yeux se plissèrent imperceptiblement.
« Cependant, vous n’auriez pas dans l’idée de vous y rendre, n’est-ce pas ? Si je semble en excellente santé, je vous ai connu… permettez ? », fit-il en se penchant sur elle pour lui relever délicatement le menton à l’aide de son index, « Oui, à l’évidence, je vous ai connu les pommettes plus colorées, le teint plus lumineux. »
Il lui adressa un sourire amical, afin de ne pas la rendre mal à l’aise :
« Mais est-ce une surprise ? Vous avez fait longue route et il serait regrettable de paraître ainsi. Qu’en pensez-vous ? » _________________ « Le bonheur n'est que dans ce qui agite, et il n'y a que le crime qui agite : la vertu, qui n'est qu'un état d'inaction et de repos, ne peut jamais conduire au bonheur. » [Sade] |
|  | | Clio Di Materazzi Fiancée du Prince - Ca'Grazziano

Inscrit le : 14 Juin 2008 Messages : 11
| Sujet: Re: Appartements de Clio Mar 19 Aoû - 15:12 | |
| Clio fut intérieurement rassurée que le Prince daigne s’asseoir auprès d’elle. Durant quelques instants elle craignit qu’il ne reste ainsi, dans l’encadrement de la porte à la jauger. Mais il n’en fit rien et son comportement fut des plus honorables. Il ne lui tint d’ailleurs pas rigueur de son attitude peu digne d’une jeune femme et lui fit comprendre que ce petit incident était clos. Mais ses mots ne la rassurèrent pas pour autant. Il était fort possible qu’elle s’emballe mais elle savait que chez cet homme rien n’était laissé au hasard pas même les mots prononcés. Ainsi elle sentit un soupçon d’avertissement poindre dans ces paroles. En employant « pour le moment », il la rappelait à l’ordre, lui rappelait sa place. Il s’imposait subtilement.
Clio s’appliquait dans chacun de ses gestes mais eut un léger sursaut de contentement en entendant qu’une représentation se tiendrait le soir même à la Fenice. Mais l’agrément fut de courte durée. Et bien que Samuele lui ait relevé le visage vers lui, dans la seconde qui suivit, elle baissa la tête et les yeux, humiliée.
Dans un premier temps elle fut déçue de se voir refuser cette soirée. Bien que le Prince ne lui interdisait pas directement de venir elle n’était pas sotte et comprenait qu’il aurait été fort indélicat d’insister. Mais dans un second temps elle se sentit terriblement honteuse de s’être présentée ainsi à son fiancé. Elle ne s’était guère trouvée usée par le voyage et avait espéré faire bonne impression mais voilà qu’il soulignait une mauvaise santé apparente. Son esprit s’emporta et tout en se répétant ce qu’il venait de dire elle y décelait de nombreuses insinuations probablement inexistantes mais que le stress de la situation exacerbait en de violentes critiques. Sans même sans apercevoir ses doigts gantés s’entortillaient alors que les larmes lui montaient aux yeux. Sa voix se brisa légèrement quand elle commença à parler.
"Je suis profondément navrée de me présenter à vous ainsi. Vous devez me trouver bien peu respectable… Je tacherai de me montrer plus digne de vous à l’avenir." _________________ Espérer, c'est démentir l'avenir. Cioran |
|  | | Iago degli Albizzi Gentilhomme - Ca'Grazziano

Inscrit le : 23 Mai 2005 Messages : 260
| Sujet: Re: Appartements de Clio Hier à 1:50 | |
| [Chez Muzio Barrozi]
Iago avait fait tout le chemin du retour la tête plongée dans ses pensées, sans réellement prêter attention à ce qui se passait autour de lui. Néanmoins, arrivé au palais des Grazziano, il aurait fallu être particulièrement stupide pour ne pas remarquer l’agitation débordante qui y régnait. Ce qu’il y avait de plus frappant n’était pas les quelques malles qui traînaient à droite à gauche, mais la ferveur avec laquelle les petits valets et les jeunes servantes s’échangeaient des informations visiblement de la plus haute importance. Iago s’était discrètement approché d’un groupe particulièrement enthousiaste, et avait fait remarquer sa présence d’un "non ! c’est pas vrai !" très convaincant mais assez peu opportun dans le flot de la conversation. Ce qui avait provoqué un cri fort satisfaisant, une fuite toute aussi satisfaisante, et enfin une réponse assez logique (quoique donnée par un individu rougissant) "C’est la fiancée de Monsieur le Prince qui est arrivée, Monsieur. Et le Prince est avec elle, Monsieur." La réponse lui suffisait, et Iago monta tranquillement les marches.
Il n’avait pas eu l’intention de s’immiscer dans la rencontre entre Samuele et sa fiancée. Non. Il avait eu l’intention de rentrer tranquillement dans sa chambre, de prendre un bon livre, et de trouver de quoi protéger ses oreilles (cela sans discrétion, quelque chose comme du persil par exemple) pour le cas où le ballet de la Fenice soit très mal joué. Mais voilà, la porte n’avait pas été fermée et la conversation résonnait dans le couloir. Qui pouvait résister à la tentation de s’en mêler ? Certainement pas Iago degli Albizzi.
C’est ainsi que deux coups furent frappés sur le battant ouvert de la porte, et que la tête d’une ironie souriante (ou bien terrifiante, mais cela avait tendance à être la même chose chez Iago) du jeune homme apparut.
Il avait voulu dire "Oh ! n’essayez même pas, Madame, vous n’y arriverez jamais", ce qu’il pensait sincèrement, mais ce sont des paroles beaucoup plus mesurées qui sortirent de ses lèvres. C’était un phénomène qu’il remarquait depuis quelque temps. Quand il sortait de chez Muzio, il avait beaucoup plus de mal à ne pas prendre en considération l’effet que pouvaient produire ses paroles sur les gens. D’une manière générale, d’ailleurs, il s’adoucissait.
"Eh ! Madame, pourquoi n’essayeriez-vous pas une réponse un peu plus… vivante ? Par exemple plus impériale comme… ‘Mais très cher, il y a plusieurs heures entre maintenant et le ballet, cela est amplement suffisant pour fabriquer une nouvelle jeunesse’. Car nous savons bien, n’est-ce pas, comment l’hypocrisie féminine arrive à se débrouiller de ce genre de choses. Ou bien plus assurée : ‘Croyez-vous ? Mon miroir ne me disait pas la même chose. Mais peut-être la lumière est-elle mauvaise dans ce fauteuil ?Celle du théâtre sera bien meilleure’. Ou alors, carrément mesquin ‘Ne vous inquiétez pas, mon ami, à côté de vous je paraîtrai toujours resplendissante’. Non ?"
Le tout était accompagné de jeux de voix et de jeux de mimes destinés à rendre le discours plus convaincant. Il était resté du côté de la porte car il jugeait qu’il n’était pas impossible de se voir rapidement éjecter de la pièce pour "insupportabilité" ou bien "se mêle de ce qui ne le regarde pas". Des grands classiques.
"Vous pourriez vous entraîner un peu, n’est-ce pas ? Je veux dire, si vous réagissez comme vous le faites devant votre fiancé, il est sûr qu’il vaut mieux que vous restiez ici. A la Fenice, les harpies de la ville ne vous laisseront pas vivre. Et puis ce n’est pas avec les doigts entortillés et l’œil mouillé que vous vous arrangerez. Au contraire. Pleurer rend particulièrement laid. Mais bon."
Iago tourna subitement la tête vers Samuele, toujours l’air aussi heureux.
"Oh ! Mais c’était peut-être un test ! C’est ça ? Tu voulais voir comment elle allait réagir ? Plutôt du genre ‘J’accepte l’humiliation et je fais tout ce qu’on me demande’ ou bien ‘Je ne suis pas complètement stupide et ne croyez pas que vous allez vous en sortir comme ça mon ami’ ? C’est malin ça…"
Bien. Peut-être que le côté "adouci" des paroles de Iago n’apparaissait pas très clairement. Mais en même temps, mettez une goutte de solution neutre dans du vitriol, et vous aurez toujours du vitriol. Par rapport à ce qu’il aurait pu dire s’il n’avait pas rencontré Barrozi, Iago était, là, tout à fait charmant. _________________ Honest Iago... |
|  | | Samuele di Grazziano Prince - Ca'Grazziano

Inscrit le : 18 Oct 2007 Messages : 38 Statut : Modo
| Sujet: Re: Appartements de Clio Hier à 17:46 | |
| Le visage de Samuele s’assombrit, à l’instar de celui de sa fiancée. Qu’était-ce donc que cela ? Son bras retomba mollement sur l’accoudoir, alors qu’il considérait vaguement la chevelure finement coiffée, faute de pouvoir contempler ses traits. Non, non, les pleurnicheries n’étaient pas de mise avec lui. Il tolérait de sa fiancée les politesses ennuyeuses, mais les manifestations de niaiserie… Passablement contrarié, le Prince se redressa ; ses lèvres s’entrouvrirent, laissant filtrer un début de parole qui fut cependant interrompu. Il jeta aussitôt un regard par-dessus son épaule. Agréable surprise, à l’évidence. Un imperceptible sourire sur les lèvres, il écouta attentivement celui qu’il avait longtemps considéré comme son meilleur ami mais qui, paradoxalement, n’avait subi aucun traitement de faveur quant à la vérité ayant bercé la majorité de sa vie.
Progressivement, à mesure que Iago parlait, son sourire s’étirait, et il dut se faire violence pour ne pas rire au troisième et dernier exemple. Le flot qui suivit lui fit penser qu’il avait eu, sur l’instant, l’âme bien plus charitable que son ami.
« Eh bien, oui, à croire que j’entreprends de l’éprouver moi-même avant de daigner la lâcher parmi les lions. », plaisanta-t-il en l’invitant à s’installer. Il ne le chassait pas. Quelle idée !
« Figure-toi que ma pensée rejoint la tienne. J’allais justement dire à ma chère Clio que des larmes ainsi versées ne sauraient la rendre digne de moi. », l’air de rien, il se mit à examiner le dos de sa main, « Par ailleurs, tes exemples m’ont paru fort satisfaisants, alors prends garde à toi, Iago, je risquerais de te prendre pour fiancé à sa place. »
Simple plaisanterie ou pointait réellement dans ces mots un véritable avertissement qui concernait alors tout autre chose ? Impossible de le savoir. Après avoir adressé un sourire espiègle à son ami, le Prince reporta son attention sur Clio, croyant bon, encore une fois, de la rassurer.
« Je ne suis naturellement pas sérieux, très chère. J’attends de ma fiancée qu’elle soit une femme assurée, pensez que Venise attend énormément de vous et que nul n’hésitera à déceler la moindre de vos faiblesses. »
Un semblant d’autorité dans sa voix, qui s’estompa aux paroles suivantes :
« Qu’en dites-vous, à présent ? Loin de moi l’idée de vous enfermer ici contre votre gré. », quelque chose laissait pourtant croire qu’il en était certainement capable, « Sachez toutefois qu’un bon nombre de représentations auront lieu à l’avenir et que vous aurez tout le loisir d’y resplendir. Pour ma part, je devrai ce soir m’enquérir de la santé de plusieurs connaissances. Si vous désirez m’accompagner, je vous les présenterais volontiers, mais je comprendrais votre refus de rencontrer de nouveaux visages dès le jour de votre arrivée parmi nous, auquel cas je vous laisserais au calme. », son regard miel glissa instantanément sur son ami, « Peut-être que Iago vous fera alors l’honneur de sa compagnie ? »
Après tout. S’accommoder de sa fiancée lors de la représentation pouvait apporter quelque réjouissance. Elle rencontrerait Ligeia. Cette simple idée rendait la perspective de cette soirée incertaine. _________________ « Le bonheur n'est que dans ce qui agite, et il n'y a que le crime qui agite : la vertu, qui n'est qu'un état d'inaction et de repos, ne peut jamais conduire au bonheur. » [Sade] |
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