| | Le Couloir desservant les Appartements Privés | |
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Raffaele di Grazziano Frère du Prince - Ca'Grazziano

Inscrit le : 12 Nov 2006 Messages : 134
| Sujet: Re: Le Couloir desservant les Appartements Privés Lun 13 Nov - 18:51 | |
| Les deux hommes de peine déchargeaient ses malles, Ugo souriait et Raffaele bailla. Non point un de ces petits bâillements que l'on étouffe en société derrière un mouchoir. Non. Un vrai grand bâillement qui renversa sa tête en arrière, offrant à son interlocuteur une vue imprenable sur une dentition parfaite à l'émail éclatant, et mouilla ses yeux.
"Laissez !" Ordonna-t-il aux deux hommes qui semblaient bien embarrassés devant le nombre et la délicatesse de ses effets. "J'imagine que même ici, dans le dénuement qui est le vôtre, vous avez des femmes de chambre qui s'emploieront à ranger tout cela au matin, Ces deux lourdauds vont bien abîmer quelque chose et leurs mains sont souillées. De plus j'ai sommeil et cette conversation m'ennuie."
Un valet, l'oeil noir, arrivait en traînant les pieds, armé du broc d'eau chaude demandée.
"Ah ! L'eau de ma toilette est là, enfin ! Et bien mon frère, je suis ravi de vous avoir réveill... vu ce soir, mais je vais clore là et prendre un peu de repos. Il serait tout à fait regrettable que j'aie à réclamer plus d'eau parce que la température de celle-ci aurait pâti d'un excès de civilité de ma part."
Il passa devant son frère et entra dans ses appartements. D'où il ressurgit aussitôt pour se saisir du candélabre qu'Ugo avait posé sur la console.
"J'aime à avoir une grande clarté."
Puis, sans plus de bonsoir, il disparut dans ce qu'il nommait intérieurement son logis de fortune. A travers la porte refermée, il cria tout de même.
"Et je ne connais pas de cousine Ines !" _________________ Il n'est jamais rien arrivé demain. Tout arrive toujours maintenant. |
|  | | Coriolan Invité
| Sujet: Re: Le Couloir desservant les Appartements Privés Lun 13 Nov - 22:15 | |
| Voilà un savoir dont la Cousine Inès se passerait sans doute volontiers...
Coriolano secoua la tête. La maison risquait de paraître un peu trop vivante, tout d'un coup. Il se demandait comment les hôtes de chez lui réagiraient. Enfin, il fallait d'abord qu'il les retrouve, perdus dans la nature...
Il était resté un court instant debout, devant la porte fermée, avant de dire sans hausser la voix, tant pis si Raffaele ne l'entendait pas.
"Bonne nuit, petit frère..."
Puis il rentra dans sa chambre et ferma doucement la porte.
[Chambre de Coriolano]
Dernière édition par le Lun 20 Aoû - 0:33, édité 1 fois |
|  | | Raffaele di Grazziano Frère du Prince - Ca'Grazziano

Inscrit le : 12 Nov 2006 Messages : 134
| Sujet: Re: Le Couloir desservant les Appartements Privés Sam 24 Mar - 0:06 | |
| Le Lendemain [La Salle à Manger]
Son pas rapide faisant résonner les dalles de marbre sous le talon de ses bottes, Raffaele avait quitté les pièces d'apparat pour gagner l'étage privé. L'escalier avalé quatre à quatre, il avait ralenti dans le couloir menant à ses appartements pour observer les lieux à la lumière du jour. Tout finalement n'était pas aussi délabré qu'il lui avait paru la veille au soir, cependant, on voyait bien, ici et là, que le palais n'avait pas été habité depuis un long moment. Les soierie n'étaient plus à la mode, les tapis étaient défraîchis et plus personne n'avait chez lui de ces lourdes consoles de noyer sombre. Ce qui était très certainement à la pointe de l'élégance il y avait deux cents ans n'avait plus sa place dans une demeure telle que celle-ci. A quoi pensait Ugo ? Pourquoi ne s'affairait-il pas à donner au palais le lustre qui lui revenait ? Raffaele soupira, décidément Venise était étrange et si son frère n'avait jamais été un foudre de guerre, il semblait que la lagune ait englouti dans ses eaux boueuses ce qu'il aurait pu y avoir de volontaire dans son caractère. Il en était pour preuve le peu de cas qu'il avait fait de la conduite de son cadet à sa table. Un sourire ironique naquit sur les lèvres du jeune homme. Si le prince napolitain voyait ce qu'il en était de l'exil punitif de son plus jeune fils, il en verdirait très certainement de rage.
La porte des appartements claqua et après avoir tiré le cordon pour appeler un valet, Raffaele se dévêtit, jetant ses effets salis ça et là au hasard de ses pas. L'eau était froide dans les brocs de porcelaine et il maugréa. Même le plus élémentaire des conforts n'était pas assuré. Allait-il devoir lui-même lessiver ses chemises et brosser ses habits ? Et faire sa toilette à l'eau glacée comme le plus miséreux des va-nu-pieds ? Naples était sans doute loin d'être un séjour paradisiaque, mais au moins on n'avait pas besoin de sonner plusieurs fois pour qu'une servante accourre et fasse son office avec célérité.
S'il y avait bien une chose qui exaspérât Raffaele, c'était devoir attendre. Après avoir tourné en rond dans ses appartements pendant un moment, déplacé plusieurs bibelots qu'il qualifiât d'odieux et finalement s'être tout de même débarbouillé à l'eau froide, il enfila des vêtements propres qu'il dut lui-même prendre dans le garde-robe ce qui ne se fit pas sans jurons et grincements de dents. Il brossa rageusement sa chevelure et attrapa un ruban de soie noire. Ce faisant, les images des scènes vécues le matin lui revinrent en tête et il se mordit les lèvres quand des papillons virent lui chatouiller l'estomac. Il n'avait pas fait de rencontre aussi intéressante depuis bien longtemps et il espérait que celle-ci donnerait lieux à d'autres divertissements du même genre, voire plus s'il y mettait quelque volonté. Il noua le ruban et eut la délicieuse sensation de sentir à nouveau les mains de l'aristocrate se poser sur sa peau. Il inclina la tête, les yeux étirés, un demi-sourire jouant sur sa bouche, mimique féline. Il secoua la tête, chassant les délicieuses pensées qui envahissaient son esprit pour retourner à la réalité affligeante. Un regard vers le foyer aux braises mourantes lui fit comprendre que les frissons qui hérissaient sa peau n'étaient pas seulement dus au souvenir d'une poigne solide.
C'en était trop, après son confort, voici qu'on négligeait jusqu'à sa santé !
Son grondement de rage résonna dans le corridor alors qu'il surgissait de ses appartements et que le battant claquait une seconde fois violemment. Il tapa du pied, impatient, avant de s'accrocher au cordon de tapisserie du couloir.
Sa voix enfla et se répercuta contre les portes fermées des autres suites de l'étage.
"Va-t-il falloir que j'aille moi-même à l'office chercher de l'eau chaude et de quoi nourrir mon feu ?! Qu'est-ce que c'est que cette maison où les serviteurs se cachent si bien qu'on doive les chercher jusque derrière les meubles ?! Par toutes les putains de Babylone, je n'arrive pas à croire que mon frère tolère une pareille chose !" _________________ Il n'est jamais rien arrivé demain. Tout arrive toujours maintenant. |
|  | | Olympia di Lucore Marquise - Ca'Grazziano

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| Sujet: Re: Le Couloir desservant les Appartements Privés Dim 25 Mar - 4:26 | |
| [La chambre d'Olympia via son salon]
Confortablement affalée sur la duchesse, sa main seule trahissant l’état d’éveil de la jeune femme, Olympia savourait toute à son aise la quiète torpeur où elle s’était installée depuis déjà quelques longs instants. Son esprit abandonné et son corps déchargé de toute tension la jeune femme s’adonnait avec plaisir à cette sieste impromptue au coin du feu ronflant dans l’âtre. Soudain une porte claqua quelque part dans la maison et le vacarme qui s’en suivit tira immédiatement la marquise de sa langueur. Une voix masculine s’éleva dans le couloir menant aux appartements et vociféra quelques paroles pour l’instant incompréhensibles. Qui osait s’emporter quand l’indolence était la seule ligne de conduite acceptable dans l’esprit pointilleux d’Olympia ? Elle sortit de sa chambre en hâte, sa longue pipe dans une main. Peut-être s’agissait-il des suites de la dispute dont l’un des acteurs s’était tout à l’heure échappé au jardin ? Olympia traversa le petit salon sur lequel ouvraient ses appartements et entrouvrit la porte pour mieux comprendre de quoi il s’agissait. Il était question de domestiques. Un peu déçue, la jeune femme écarta d’avantage la porte et sortit de ses appartements afin de confronter l’odieux personnage.
Le regard mordoré de la jeune femme accrocha alors la silhouette d’un jeune homme fort bien fait et vêtu richement. Le flot d’injures qui se déversait des lèvres de l’inconnu jurait grandement avec la finesse de ses traits et Olympia reconnut bien vite les manières d’un de ses familiers qui énonça alors son identité, il était le frère d’Ugo. Comment n’aurait-elle pu s’en douter ? La blondeur était la même, quelque chose aussi dans le visage. Mais il y avait quelque chose de saisissant dans le contraste qu’offrait l’ impassibilité du Prince di Grazziano face à l’énergie furieuse avec laquelle s’employait son cadet pour dénoncer le manque de personnel.
Elle attendit que l’intriguant ait cessé sa diatribe et s’avança tout naturellement dans le couloir à la rencontre du jeune homme : « Et moi je n’arrive pas à croire que si peu de choses aient suffi à un homme pour braver ainsi la retraite d’une femme au repos ! Qui plus est, Monsieur, je doute qu’une seule des putains de Babylone ait mérité cet honneur d’être ainsi invoquée aux côtés de votre frère, tout justifié que soit votre courroux… » Après avoir dit cela d’un ton emprunt de lassitude, la marquise offrit un sourire désapprobateur au visage empourpré de son vis-à-vis. La scène était en cela amusante qu’elle présentait un visage aux airs flegmatiques et laissait chanter sa voix mielleuse à un jeune homme abandonné à la superbe expression d'un orgueil propre à son sang. Sa voix grave reprit presque dans un souffle :
« Il me semble avoir entendu que vous manquiez de feu ? Voilà qui est surprenant lorsqu’on est confronté à la flamme qui habite vos paroles… Se pourrait-il que nous arrivions à un arrangement en attendant que les valets daignent sortir de derrière les meubles, où ils ont du en effet courir se cacher pour ne pas subir vos foudres ? J'ai envie de croire que chacun de nous peut tirer parti de ce passionnant échange de civilités...
Je propose de vous prêter le feu de mon salon, et un fauteuil, peut être même une courtepointe s’il le faut si vous me promettez, en retour, de ne plus jamais troubler une femme à la sieste ! »
Elle porta alors sa pipe à la bouche et tira dessus une longue bouffée, ses yeux mouchetés n’avaient pas quitté l’intriguant à qui elle présentait désormais son indéfectible sourire. _________________ "L’homme jouit du bonheur qu’il ressent, et la femme de celui qu’elle procure. Le plaisir de l’un est de satisfaire des désirs, celui de l’autre est surtout de les faire naître" |
|  | | Raffaele di Grazziano Frère du Prince - Ca'Grazziano

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| Sujet: Re: Le Couloir desservant les Appartements Privés Dim 25 Mar - 23:54 | |
| Raffaele avait finalement lâché le cordon et hésitait entre hurler en lançant des coups de pieds dans les murs ou dévaler l'escalier pour pécher un valet par le col et le secouer dans tous les sens jusqu'à ce qu'un broc d'eau chaude et quelques bûches lui tombent des poches. Il en était à maudire la terre entière jusqu'à la vingtième génération quand la porte de l'un des appartements s'ouvrit. Il fit volte face, prêt à se jeter à la gorge de la valetaille enfin décidée à se montrer et son mouvement s'arrêta net. La jeune femme qui s'avançait n'avait rien d'une servante, en témoignaient sa riche toilette et surtout la nonchalance de sa démarche. La voix qui s'éleva, flegmatique et lasse, lui plut tant par son timbre grave que par les mots qu'elle articulait. Ainsi, la Maison de son frère abritait au moins un hôte qui soit digne d'un peu d'intérêt. Mais le jeune prince restait sur le sentiment d'ennui que lui avait laissé chaque personne rencontrée dans le palais et il inclina la tête de côté.
"Il me semble, à moi, que mon frère trouverait du bénéfice à côtoyer certaines de ces dames ; cela lui ouvrirait peut-être l'esprit en déliant les aiguillettes de ses culottes qui semblent nouées bien trop serré. Mais peut-être n'y a-t-il pas grand chose à libérer de ce côté, si j'en juge par le peu de vigueur qu'il met à diriger sa Maison."
Il se détournait déjà quand la jeune femme reprit la parole. Il sourit à son ton désinvolte et, appuyant son épaule au chambranle de la porte, détailla sa silhouette sans dissimuler son intérêt tout en réajustant les manchettes de sa chemise dont la dentelle masquait jusqu'aux secondes phalanges de ses doigts.
"Je ne suis pas habituellement en manque de feu, mais il semble que cet endroit n'ait jusque là recélé rien qui entretienne ma flamme. Votre invitation, Madame, que je ne saurais refuser, vient à point nommé pour contredire cette fâcheuse impression. Il serait donc tout à fait stupide de ma part de la décliner et en étant tout à fait honnête," Son regard s'attarda sur la pipe qu'elle portait à ses lèvres "je ne me risquerais pas à vous promettre de ne plus troubler votre repos, sans craindre de me dédire."
Enfin il s'inclina, la main sur la poitrine comme l'exigeait la plus parfaite des courtoisies et se présenta avec un charmant sourire.
"Je n'ai pas eu le plaisir de vous être présenté, Prince Raffaele di Grazziano."
Il n'ajouta pas la formule convenue, il ne servait personne que lui-même. _________________ Il n'est jamais rien arrivé demain. Tout arrive toujours maintenant. |
|  | | Olympia di Lucore Marquise - Ca'Grazziano

Inscrit le : 06 Fév 2007 Messages : 55 Statut : Personnage Supprimé
| Sujet: Re: Le Couloir desservant les Appartements Privés Lun 26 Mar - 21:41 | |
| En entendant ainsi médire sur le prince, Olympia fronça imperceptiblement les sourcils et attendit sagement que son vis-à-vis ait cessé sa moquerie pour lui souffler à demi voix, non sans s’être approchée davantage , comme pour lui murmurer à l’oreille les paroles qui suivirent:
« Je ne saurai que trop vous recommander la prudence de garder votre acide pour l’intéressé… Si je puis me permettre, voilà une confidence que je me garderais bien de faire part au tout venant ! Du reste, qui vous dit que je ne suis pas l’une de ces intrigantes à qui il plait tant de répandre et enfler les rumeurs ? Vos paroles gonflées du fiel propre à votre jeunesse ne mesurent peut- être pas ce dont il va de leurs conséquences... Que croyez-vous qu’on penserait de votre maison à Venise si j’en venais à répandre la rumeur que le Prince ne sait pas même se faire des alliés dans sa propre famille ? »
C’était sévère mais tout à fait vrai. La Marquise aimait inspirer la confiance, mais pas la connivence sur des sujets aussi sensibles que les culottes du Prince. Cela dit cet inconnu tout de rouge vétu avait pointé un sujet qui serait forcément agréable à discuter une fois le malaise propret des présentations passée... Il fallait cependant lui rappeler quelque autorité, il en allait de la réputation de la Marquise qui était bien placée pour savoir combien les murs n'étaient que de frêles abris pour disputer pareil sujet.
« Qui plus est vous attaquez bas, Monsieur ! Prenez garde, la bassesse de nos jours n’est pas du meilleur goût en matière de plaisanterie ! Si vous souhaitez attaquer, il vous faudra peut-être trouver quelque chose de plus… » Elle marqua une pause et un sourire cette fois-ci vint maquiller son visage de porcelaine : « … Piquant! Surtout auprès d’une Dame ! »
Le bel éphèbe reprit alors son discours sur l’absence déplorable de chaleur à Venise, elle fut presque déçue d’entendre quelqu’un qui enfin lui paraissait prompt à jouir des plaisirs de la vie pleinement balayer en une phrase toute l’ivresse que lui inspirait la Sérénissime. Mais la suivante lui fit retrouver le sourire, le jeune homme était peut-être zélé en matière de critiques assassines, mais son aptitude à satisfaire l’orgueil d’une femme pesait lourd de l’autre côté de la balance. Olympia était certes habituée aux compliments de la sorte, mais il y avait quelque chose dans le regard de cet inconnu qui prêtait à se méfier de ces flatteries. Et rien ne plaisait plus à la Marquise que de sentir qu’elle avait affaire à un caractère intéressant au point que le sens commun s’en défie. Lorsqu’il eut terminé elle lui répondit alors, toujours en souriant :
« Estimez-vous donc heureux que je sois maintenant tout entière disposée à la discussion, sinon j’aurais été dans l’obligeance de retirer ma proposition et de vous punir pour avoir ainsi cru que j’étais femme à souffrir d’aussi mesquines paroles ! »
L’individu se présenta alors, Olympia avait déjà le nom, il lui donnait le prénom. Et il n’achevait pas sur la formule usuelle ! Le culot n'échappait jamais à la Marquise, son sourire s’étira encore plus, presque carnacier. Elle plissa ses yeux mouchetés et planta son regard dans celui acéré du garçon en tendant une main gracieuse:
« Enchantée Monsieur, je suis la Marquise Olympia di Lucore, invitée d’honneur de votre frère. Nos familles se connaissent depuis longtemps, je suis surprise de n’avoir pas eu le plaisir de vous rencontrer auparavant ! Enfin, Ugo non plus n’a pas eu le loisir de me fréquenter beaucoup… »
Elle se retourna tout naturellement, incitant par ce geste Raffaele à la suivre afin de continuer la conversation qu’elle ne jugeait pas utile de faire partager à tout l’étage. Il se dégageait de l’énergie du garçon une saveur des plus réjouissantes…
[Le salon d'Olympia di Lucore] _________________ "L’homme jouit du bonheur qu’il ressent, et la femme de celui qu’elle procure. Le plaisir de l’un est de satisfaire des désirs, celui de l’autre est surtout de les faire naître" |
|  | | Raffaele di Grazziano Frère du Prince - Ca'Grazziano

Inscrit le : 12 Nov 2006 Messages : 134
| Sujet: Re: Le Couloir desservant les Appartements Privés Mar 27 Mar - 23:43 | |
| Ainsi, celle-ci avait du caractère et de la répartie. Bien sûr quelque chose dans son allure désinvolte et son ton détaché le laissait présager, mais il était toujours prudent d'observer une certaine retenue quand à accorder à une femme le bénéfice de l'intelligence. Sans cesser de sourire, il croisa les bras et reprit sa position initiale, l'épaule appuyée contre le chambranle de la porte.
"Madame vous me méjugez, pensez-vous que j'aille ainsi clamer mes opinions dans un couloir, si je n'avais pas espéré un tant soit peu qu'elles soient répétées ou que je craigne que l'on répande rumeurs et ragots par la Cité ? Peu m'importe en vérité ce que l'on pense, dit ou colporte sur cette Maison, ce sont toujours les plus bas commérages qui se propagent le mieux et font que l'ont se souvient d'un nom."
Il esquissa un geste de la main, envoyant promener les remontrances que la jeune femme lui adressait en observant les traits volontaires de son visage souriant, s'attardant plus longuement sur la bouche pulpeuse et les yeux noisette mouchetés d'or où luisait certaine flamme impertinente qui lui plut.
"Considérez que j'apprécie le zèle que vous mettez à préserver l'honneur de cette famille, Madame. A moins bien sûr qu'il ne s'agisse du souci plus personnel de protéger votre propre nom." Son sourire s'accentua "Ce qui est aisément concevable et que, pour ma part, j'estime bien plus louable."
Acceptant la coquetterie charmante dont faisait preuve la marquise, il s'inclina avec grâce, une lueur d'ironie pétillant dans ses iris bleus et cueuillant la main que lui offrait la jeune femme, l'effleura de ses lèvres sans la toucher ainsi que le voulait l'usage. Légèrement troublé par le parfum brûlant d'orange confite mélée d'ambre et de tabac miélé qui se dégageait de la peau délicate, Raffaele se redressa et d'un pas lent, la suivit vers ses appartements en répliquant à ses paroles d'une voix amusée.
"Croyez que je goûterai à sa juste valeur une punition venant de vous, à la condition qu'elle soit aussi habile que vous le laissez entendre. Autrement, Marquise, il se peut bien que le fouet change de main."
[Le salon d'Olympia di Lucore] _________________ Il n'est jamais rien arrivé demain. Tout arrive toujours maintenant. |
|  | | Donatella Visconti Baronne - Ca'Grazziano

Inscrit le : 19 Fév 2007 Messages : 58
| Sujet: Re: Le Couloir desservant les Appartements Privés Ven 8 Juin - 21:53 | |
| [Caffé Florian]
Donatella s'était calmée mais cette aventure, ou plutôt mésaventure au caffé Florian avait eu l'avantage de la dégriser. Elle avait d'ailleurs été légèrement indisposée mais l'air frais lui avait fait du bien et avait effacé toute vapeur de cognac de son nez.
Sa gouvernante avait approuvé de nouveau sa décision de ne plus voir la comtesse. Elle lui avoua qu'elle n'aimait guère ses regards et que son ultime geste avait confirmé ses doutes. Ce qu'elle avait fait n'était pas digne d'une dame de la noblesse. Donatella s'en voulait un peu de ne pas avoir vu un peu plus tôt tout cela aussi clairement que sa gouvernante.
"Heureusement que je vous ai..." dit-elle en entrant dans le couloir menant aux appartements privés du palais.
"Mais ce n'est pas parce que vous avez eu raison cette fois-ci que je devrais vous écouter en ce qui concerne ma tenue de bal de ce soir... Si vous le serrez trop.. je ne pourrais plus danser..." dit-elle d'un air implorant, ramenant une fois de plus le sujet sur son corset. _________________ Non, elle c'est ma gouvernante, la Baronne c'est moi... |
|  | | Raffaele di Grazziano Frère du Prince - Ca'Grazziano

Inscrit le : 12 Nov 2006 Messages : 134
| Sujet: Re: Le Couloir desservant les Appartements Privés Jeu 14 Juin - 2:11 | |
| "Voici qui serait fort dommage ! A quoi servirait un bal si une demoiselle ne peut y faire étalage de tout ce que ses Maîtres à danser lui ont enseigné ?"
La voix de Raffaele, amusée et ironique résonna dans le couloir. Il savait fort bien que la demoiselle en question se croyait seule avec sa suivante, sinon jamais elle n'aurait évoqué ses dessous avec autant de naturel.
Le pas lent, un peu désoeuvré, il s'approcha pour la dévisager, faisant fi du regard hostile de la gouvernante, et s'inclina briévement.
"Prince Raffaele di Grazziano. Ainsi le palais de mon frère recèle une foule de spécimens féminins tous plus amusants les uns que les autres. Voyons, à quelle espèce appartenez-vous Madame ?"
Tournant autour d'elle, tenant son menton entre deux doigts faisant mine de réflêchir, il reprit.
"J'hésite entre étourneau et souricette, qu'en pensez-vous ? Rainette ? Non, c'est beaucoup trop coloré. Pie, non plus trop effronté..." _________________ Il n'est jamais rien arrivé demain. Tout arrive toujours maintenant. |
|  | | Donatella Visconti Baronne - Ca'Grazziano

Inscrit le : 19 Fév 2007 Messages : 58
| Sujet: Re: Le Couloir desservant les Appartements Privés Jeu 14 Juin - 21:23 | |
| Il était tout à fait vrai que la gouvernante de Donatella détenait la totale exclusivité des conversations concernant ses dessous, et spécialement de son corset, sujet qui revenait souvent d'ailleurs. C'est pourquoi lorsqu'une voix retentit dans le couloir, une voix d'homme de surcroît, et répondant par-dessus le marché à ce même sujet d'ordre privé, la jeune baronne sursauta et devint écarlate jusqu'à la racine des cheveux.
"Je.. hh.. hum.. et be.. mais..." balbutia-t-elle.
Le couloir était assez sombre et la jeune fille plissa les paupières pour parvenir à distinguer plus vite l'homme en question. Celui-ci ne tarda pas à apparaître dans la lueur du candélabre le plus proche.
Il se présenta. Il était Prince, soit. La gouvernante qui avait eu un regard hostile envers lui suite à son indiscrétion se radoucit et s'inclina immédiatement ignorant ses réflexions quelque peu désagréables. La jeune femme jeta un coup d'oeil vers Donatella qui, elle, n'avait pas bougé et regardait fixement Raffaele. Elle eut beau tirer légèrement le bas de son manteau, la jeune baronne ne bougea pas.
"Voyons, à quelle espèce appartenez-vous Madame ?" A cette question, le prince Raffaele n'eut pour réponse qu'un long cri strident qui résonna douloureusement dans le long corridor et qui ne s'arrêta que lorsque la jeune fille eut totalement épuisé son expiration. Après quoi elle fit volte face pour se placer derrière sa gouvernante et enfouir son visage dans son manteau.
La gouvernante esquissa un sourire gêné envers le prince tout en essayant de décrocher la jeune baronne de son dos.
"Non non.. non je ne veux pas voir ça, c'est trop.. beaucoup trop r.. non non, je ne peux pas... Il est parti, dites ?"
La gouvernante tenta de lui murmurer des "mais enfin soyez raisonnable..." mais Donatella secoua la tête, les yeux toujours cachés dans le manteau de sa suivante.
"Non.. je ne peux pas..." répondit-elle visiblement effrayée. _________________ Non, elle c'est ma gouvernante, la Baronne c'est moi... |
|  | | Vittoria B. di Grazziano Fiancée du Prince - Ca'Grazziano

Inscrit le : 19 Mar 2007 Messages : 19 Statut : Personnage Supprimé
| Sujet: Re: Le Couloir desservant les Appartements Privés Dim 17 Juin - 21:08 | |
| Vittoria était affairée à distribuer ses ordres lorsque du couloir survint une stridence douloureuse irréelle. Ce cri, semblable au hallali, énerva les chiens que l’on avait parqués au salon. La Princesse décida d’aller voir elle-même ce qui était à l’origine d’une tel cataclysme acoustique.
Némée sur ses pas, la jeune femme s’engagea dans le couloir à la recherche des auteurs de cette mauvaise farce. Maintenant qu’elle approchait de son pas sévère et décidé, elle identifia une femme d’un certain âge, sans doute une dame de compagnie à en juger sa mise, qui faisait face à… Les épaules de la Princesse se relâchèrent du même coup qu’elle eut un hochement de tête exaspéré, la personne à qui faisait face cette inconnue d’un âge mûre n’était autre queRaffaele di Grazziano, la petite peste qui servait de frère à son benêt d’époux.
Les yeux de vipère vrillèrent sur la silhouette honnie. Mais alors retentit cette même voix qui avait dressé les cheveux des servante sur la tête. Ce que prenait Vittoria pour une bien laide excroissance dans le dos de la vieille femme s’agita et s’inquiéta, de toute évidence, de la présence du Prince. C’était trop beau pour ne pas saisir la perche tendue. Vittoria s’approcha encore, et bien que le début de la scène lui ait entièrement échappé, il n’était pas malaisé d’en deviner l’élément déclencheur. Avec un sourire en demi-lune, la jeune femme s’adressa naturellement au faon apeuré dont elle ne voyait que la chevelure dépasser du dos de sa suivante :
« Mes compliments, Mademoiselle, cette vocalise apocalyptique était d’une sincérité sans égal ! Je dois reconnaître que maintenant que j’en connais la source… » Elle se tourna alors vers le Prince et lui adressa ce même rictus indifférent dont elle usait chaque fois à ses côtés : « je suis dans l’obligeance de saluer cette performance qui m’a étonnamment évoqué ce que chacune se doit de contenir chaque fois qu’on a le malheur de se trouver en présence du spécimen Raffaele di Grazziano. »
Elle fit un pas en direction de la suivante, elle pencha légèrement la tête sur le côté, avec une moue songeuse, afin de pouvoir faire face à la péronnelle :« Voyons, reprenez-vous, ce n’est que le frère du Prince, vous faites honte à votre sexe en lui offrant cette attention ! Je ne suis pas sûre qu'il ait mérité que vous lui accordiez tant de votre personne... » La chaleur qu’elle mettait dans son ton n’avait d’égal que la placidité sur son visage, inexpressif et fermé. _________________ «Contenter le peuple et ménager les grands, voilà la maxime de ceux qui savent gouverner.»N.M |
|  | | Raffaele di Grazziano Frère du Prince - Ca'Grazziano

Inscrit le : 12 Nov 2006 Messages : 134
| Sujet: Re: Le Couloir desservant les Appartements Privés Mar 19 Juin - 21:28 | |
| Si Raffaele s'était attendu à une réaction vive de la part de la très jeune femme, il n'avait pas espéré qu'elle atteigne de tels sommets de stridence. Il eut un mouvement de recul assorti d'un "ouh la !" incrédule. Une grimace plissa son nez. Mais qu'était-il passé par la tête d'Ugo pour qu'il ait pris le parti de peupler son palais des créatures les plus étranges qu'il soit possible de trouver ? A son départ de Naples, un commentaire égrillard de l'un de ses bons amis l'avait amusé, laissant entendre que Venise était capable de satisfaire tous les goûts imaginables. Il semblait qu'il n'ait pas exagéré. A présent que le jeune prince pouvait observer la demoiselle se nicher dans le manteau de sa gouvernante, cela lui apparaissait beaucoup moins amusant. D'ailleurs, nombre de choses dans cette cité qu'il avait imaginée délicieuse, se révèlaient absolument déplaisantes.
Les pucelles effarouchées en faisant partie, il allait passer son chemin sans chercher à comprendre la raison d'une telle émotion quand une voix bien connue se fit entendre.
Un sourire en demi-teinte naquit sur ses lèvres tandis que la princesse pérorait. Quelques pas lents le portèrent à la hauteur de la gouvernante à laquelle il n'accorda pas un regard. Il se pencha à son tour vers la petite chose noyée dans l'étoffe épaisse du manteau et murmura pour elle seule, le timbre adouci.
"Voyons Madame, vous vous ridiculisez. Sortez de là ou nous serons forcés de croire que vous souffrez de quelque hystérie, ce qui serait préjudiciable à votre séjour parmi nous. Je vous promet bien de ne pas vous toucher si telle est votre crainte."
Puis il reporta son attention sur la princesse et s'adressa à elle d'une voix aimable.
"Je vois que vous n'avez pas perdu de temps, Vittoria. Vous me voyez ravi de constater que le voyage, pour pénible qu'il soit, n'a pas entamé votre légendaire bonne humeur et que la chaleur de votre compagnie procure toujours autant de plaisir."
Un mouvement en arrière lui fit prendre conscience de l'importante suite de l'épouse de son frère. Son regard s'attarda sur les chiens, ces affreux molosses aux babines humides et au regard bovin, qui suivaient la princesse où qu'elle aille, avant de remonter lentement jusqu'aux yeux de la jeune femme.
"Je vois que vous avez craint de manquer de compagnie. Sa voix s'adoucit encore. Mais je peux comprendre qu'ayant été délaissée par votre époux depuis si longtemps... vous ayez pris d'autres... habitudes." Un lent battement de cils appuyé, un pas encore et il était si près d'elle que son genou touchait sa robe de voyage.
Nonchalamment, il la contourna, effleurant du bout des doigts le taffetas vert et arrivé derrière elle, se pencha jusqu'à effleurer les boucles rousses de ses lèvres. Il souffla, très bas afin qu'elle seule puisse entendre.
"Pour ce qui est des vocalises... soyez bien sure que beaucoup sont ravies de ne point les retenir. Mais sans doute votre innocence vous met-elle à l'abri de tels débordements."
Son inspection terminée, il revint à sa place initiale et s'inclina gracieusement.
"Je vous souhaite la bienvenue à Venise... Princesse."
Faisant office d'hôte, il la reléguait au rang d'invitée et l'imperceptible silence qui précéda le titre, montrait sans ambages qu'il ne le lui reconnaissait pas. _________________ Il n'est jamais rien arrivé demain. Tout arrive toujours maintenant. |
|  | | Donatella Visconti Baronne - Ca'Grazziano

Inscrit le : 19 Fév 2007 Messages : 58
| Sujet: Re: Le Couloir desservant les Appartements Privés Ven 22 Juin - 14:34 | |
| Les sens aux aguets, Donatella tendait l'oreille afin de s'assurer de la position du prince. Mais c'est une voix de femme qui se fit entendre. Une voix de femme qui la complimentait ? La jeune baronne releva les yeux mais son regard tomba sur Raffaele penché au-dessus d'elle. Retenant un couinement, elle eut un mouvement de recul et se plaqua contre le mur du couloir. Elle devait se reprendre, jamais elle ne trouverait de mari en gardant cette attitude. Mais c'était si difficile.
Donatella reposa son regard sur Vittoria, une grande dame richement habillée, probablement de très haut rang. Prenant sur elle, Donatella se décolla de sa suivante et esquissa une révérence polie d'abord envers la dame... avant de se tourner vers Raffaele, posant très lentement son regard sur lui tout en sentant une goutte de sueur glisser sur sa nuque. Elle frissonna et effectua une seconde révérence tout en bafouillant des excuses.
"Je.. je vous prie d'excuser ma conduite, j'ai été surprise.. et non madame... le prince Raffaele di Grazziano n'est pas.. enfin ce n'est pas lui qui.. c'est... c'est juste que.. enfin la couleur de son pourpoint est terriblement vive.. et cela m'a surprise.. pardonnez-moi..." se défendit-elle, en évitant du mieux qu'elle put de poser le regard sur le vêtement du jeune homme.
"Vous pouvez me toucher si vous le voulez.. enfin non.. ce n'est pas ce que je voulais dire.. enfin vous comprenez, ce n'est pas.. c'est juste.. ça..." ajouta-t-elle en désignant le pourpoint, à bout de souffle à force de bégayer.
Inspirant lentement pour reprendre contenance et assumer le fait qu'elle venait une fois de plus de se ridiculiser, le regard de la jeune fille croisa celui d'un molosse baveux posté près de la princesse.
"Aaah qu'est-ce que c'est que ça... !" murmura-t-elle pour elle-même avec une moue de dégoût.
Elle tortilla ses doigts légèrement et força un sourire grimaçant à Vittoria pour ne pas la vexer.
"Je suis la baronne Donatella Visconti, enchantée de faire votre connaissance... madame... monseigneur." dit-elle rapidement en pliant les genoux.
La dame ne s'était pas présentée mais le prince semblait la connaître. Cela dit, ils n'avaient pas vraiment l'air de trop s'apprécier aux vues des regards qu'ils s'échangeaient, ce qui rendait sa position intermédiaire gênante. Elle s'appelait donc Vittoria et était délaissée par son époux, la pauvre !
*Ces chiens monstrueux lui tiennent compagnie, c'est compréhensible...* pensa-t-elle, sans comprendre l'allusion douteuse du prince.
Raffaele s'était approché de la dame et lui murmura quelque chose qu'elle n'entendit pas avant de lui souhaiter la bienvenue.
*Princesse ?*
"Princesse ?" s'exclama-t-elle en même temps que sa pensée. Cela voulait dire que le si gentil prince Ugo di Grazziano délaissait sa femme ?
Aussitôt Donatella s'abîma dans une nouvelle révérence.
"Je vous prie d'accepter mes excuses, votre seigneurie, j'ignorais.. enfin je ne savais pas..."
Donatella se sentait totalement épuisée de toutes ces courbettes, excuses et révélations en cascades. Se redressant, elle tritura nerveusement une mèche de cheveux châtains sortie de sa coiffure. _________________ Non, elle c'est ma gouvernante, la Baronne c'est moi... |
|  | | Vittoria B. di Grazziano Fiancée du Prince - Ca'Grazziano

Inscrit le : 19 Mar 2007 Messages : 19 Statut : Personnage Supprimé
| Sujet: Re: Le Couloir desservant les Appartements Privés Mar 3 Juil - 1:51 | |
| ( je vous prie de bien vouloir excuser ce misérable retard)
Face à la gêne de la demoiselle, Vittoria n’aurait su être d’une grande aide pour la mettre à l’aise. Elle détestait les effusions de toute nature que se soit, ainsi l'embarras de Donatella, ajouté à sa timidité maladive, n'aidait en rien Vittoria à se rendre plus tendre à son égard. Cependant, il était de son devoir de s’assurer que Raffaele ne traumatisait pas trop ses convives, aussi insignifiantes et ridicules soient-elles. À quoi songeait donc Ugo en s’entourant d’une pareille cour ?
Elle leva un sourcil étonné qui accompagna son incrédulité quant à la frayeur irraisonnée de la Baronne. Elle saisit l’occasion de sa remarque dégoûtée pour ajouter d’un ton exagérément jovial :
« Mais voyons Mademoiselle, il s’agit d’un chien ! Comme vous et moi qui sommes des femmes... Et Monsieur » Elle se tu et offrit un sourire aux larges bords à Raffaele qui s’avançait : « se situe entre les deux. Il est de la race des hommes, lâches et irréfléchis. Vous l’avez cru diable ? Ah ah, Mademoiselle, ne lui donnez pas ce modeste plaisir ! C’est un qualificatif dont vous pourriez vous satisfaire, n’est-ce pas ? » Elle s’adressait désormais à Raffaele dont elle suivait chaque mouvement avec vigilance.
Maintenant qu’il était si près d’elle, Vittoria pouvait sentir la jambe du Prince contre la sienne. Il la provoquait, l’insultait, si elle n’avait pas été un tant soit peu habituée par les imprudences du frère d’Ugo, Vittoria en aurait perdu son sang-froid. Mais elle connaissait suffisamment Raffaele pour savoir qu’il en aurait conclu une victoire, et la Princesse Barbazzi di Grazziano n’était pas femme à conclure aussi facilement les joutes verbales, encore moins avec Raffaele.
L’impudeur de la situation la crispait, et la jeune femme du se faire violence pour ne point envoyer sa main dans la figure délicate du jeune homme. Au lieu de cela, elle se raidit un peu et souffla en réponse au prince d'un ton entendu :
« Ne dit-on pas des femmes qu'elles sont excellentes comédiennes quand on en vient à ces vocalises ? »
Elle eut un mouvement de recul, pour le mettre aux défis de s’approcher davantage de son auguste personne. Son regard vint se planter dans les deux iris d’un bleu hypnotique, et elle secoua la tête d’un air navré alors qu’il lui jetait une dernière provocation à la figure pour laquelle elle ne se piqua pour le moins du monde, elle savait qu’elle aurait l’occasion de lui faire payer ses injures. Elle reporta alors son attention sur la pauvresse qui dandinait toujours à leurs côtés, et qui s’était lancée dans un numéro, original, de claquettes espagnoles pour tenter d’excuser son incompréhension. Sa naïveté fortuite inspira à la Princesse un délicieux revers aux insinuations du Prince:
« C'est fort aimable à vous de me souhaiter la bienvenue, mon Frère... Suis-je en mesure d'en dire autant à votre sujet ? La Baronne aurait-elle à se plaindre de votre attitude ? »
Un éclat ironique, au fond de ses yeux verts, accompagna la résonance métallique de son ton lorsqu'elle l'avait appelé "mon frère". C'était là sa manière de lui rappeller les convenances à respecter en la présence d'une parfaite inconnue. Si les hostilités étaient bel et bien engagées, cette damoiselle n'avait en rien mérité d'y assister. L'aristocrate se tourna alors naturellement en direction de la Baronne et la salua en inclinant la tête :
« C'est un plaisir de vous compter parmi nous, Baronne Visconti, j’espère que vous êtes ici reçue avec les dispositions nécessaires . Je suis la Princesse Barbazzi di Grazziano, et je tiens à m'assurer que vous n'ayez aucune réclamation, de quelque nature que ce soit, à exprimer à propos de votre confort !»
Un dernier coup d'oeil en la direction de Raffaele indiqua que cette dernière phrase était également valable pour lui. _________________ «Contenter le peuple et ménager les grands, voilà la maxime de ceux qui savent gouverner.»N.M |
|  | | Donatella Visconti Baronne - Ca'Grazziano

Inscrit le : 19 Fév 2007 Messages : 58
| Sujet: Re: Le Couloir desservant les Appartements Privés Lun 16 Juil - 1:00 | |
| "Oh oui, un chien, bien sûr, je le savais mais je n'en avais encore jamais vu d'aussi gros de si près..." se défendit-elle pour expliquer son exclamation précédente et montrer qu'elle n'était tout de même pas stupide au point de ne pas reconnaître un chien.
Puis de nouveau mêlée à une joute verbale qui ne la concernait pas, Donatella avait posé le bout de ses doigts sur sa bouche, stupéfaite par la quasi-grossièreté de la princesse envers son beau-frère. Tout ça la rendait très mal à l'aise et elle se sentait prisonnière de ce couloir comme au milieu d'un duel à l'épée, sauf que c'était les mots qui étaient tranchants et non les lames.
"Mais.. n.. non.. mais non.. enfin.. j.. il.." essaya-t-elle vainement de placer entre les injures qui fusaient.
"Madame!" explosa-t-elle finalement lorsqu'elle réussit enfin à placer un mot dans le flot de paroles.
Aussi timide soit-elle, cette fois-ci Donatella ne sembla pas regretter d'avoir haussé le ton. Elle fixait la princesse et parla d'un ton déterminé.
"Je n'ai jamais dit avoir pris Monseigneur pour un diable ! Je vous prie de cesser de me prendre à témoin pour vos injures à demi voilées. Si vous ne l'aimez pas, ceci vous regarde, j'en suis navrée mais je n'ai pas à écouter votre procès envers lui!" dit-elle fermement et sans ciller.
"Je vous remercie pour vos voeux de bienvenue, princesse, mais puisque vous en parlez, j'ai déjà une réclamation au sujet de mon confort. Si vous pouviez faire en sorte que les gens parlent moins forts dans ces couloirs, et ce à toute heure de la journée et de la nuit, ce serait formidable. Maintenant, veuillez m'excuser, je dois aller me préparer pour le bal." ajouta-t-elle sur le même ton.
Donatella finit sa tirade par une révérence appliquée envers la princesse puis s'arrêta devant Raffaele pour réitérer son geste, mais cette fois-ci avec un léger sourire en coin. Elle se redressa et, au moment de le contourner lui murmura de sorte que Vittoria n'entende pas.
"En fait, cette couleur vous va à ravir..."
Et sans un autre regard, elle disparut dans l'obscurité du couloir, sa gouvernante sur les talons.
[Jardin du Castello via la Chambre de Donatella] _________________ Non, elle c'est ma gouvernante, la Baronne c'est moi... |
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