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 Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque

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Muzio Barrozi
Médecin


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MessageSujet: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Mer 18 Mai - 19:07

[Premier post]

Muzio plaça le dernier livre dans sa bibliothèque, en effleura presque amoureusement la tranche, puis recula. A quelques mètres des rayonnages, il admirait mieux les dizaines d'ouvrages qu'il possédait et qu'il venait de ranger dans son nouveau domaine... Le médecin adorait ça. Malgré lui, il dut se secouer légèrement afin de passer à l'action.

Depuis peu à Venise et médecin de tous, il se devait de partir à la rencontre de ses habitants. C'est pourquoi Muzio s'examina d'un oeil sévère et remit en place son col, après quoi il avait l'air tout à fait présentable... du moins à son goût. Retenant un soupir à l'idée de devoir déjà quitter la pièce à laquelle il commençait à s'attacher, le chirurgien passa des gants et se résigna. A tout hasard, il emporterait sa trousse.

Grincement de porte, Muzio Barrozi fut dehors.


[Place Saint-Marc]
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Mer 25 Mai - 20:07

[Caffé Florian]

Muzio poussa la porte et accrocha son manteau dans le vestibule. Il s'essuya les pieds par respect pour le travail soigné de Giorgio, puis se réfugia spontanément dans son fauteuil face à la bibliothèque. Le médecin ferma les yeux. La chaleur de l'atmosphère était réconfortante après le froid piquant du dehors...

Les visages des trois personnes avec qui il avait parlé, -plus ou moins longuement-, lui revinrent à l'esprit. Elio, Lucia, Basileo... Peut-être les reverrait-il dans quelques heures ? Adorasti évidemment, Basileo sûrement, Lucia vraisemblablement pas. Même fraîchement arrivé, Muzio n'était pas sans connaître un minimum les relations entre les deux familles.

Soudain le chirurgien ouvrit les yeux et se leva, époussetant dans un geste machinal son col parfaitement immaculé.


"Giorgio ?" appela-t-il.
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Giorgio
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Jeu 26 Mai - 17:09

[Chambre de Giorgio]

Giorgio descendit l'escalier en arrangeant machinalement ses vêtements qui n'en avaient pas besoin. Il se dirigea vers le salon de son pas habituel, gracieux, ni trop rapide ni trop lent, en se demandant ce que son maître pouvait bien vouloir à cette heure-ci. Il se mordit la lèvre inférieure, légèrement agacé.

*Tssss... D'habitude j'arrive à deviner...*

Il s'arrêta devant la porte du salon, s'épousseta rapidement, la poussa et entra dans la pièce. Il trouva le médecin dans son fauteuil habituel, se dirigea vers lui et s'inclina légèrement.

"Monsieur, m'a demandé?"
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Muzio Barrozi
Médecin


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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Jeu 26 Mai - 17:22

Muzio eut un sourire à l'arrivée de Giorgio. Le visage familier du jeune homme avait un effet réconfortant après la multitude d'inconnus qu'il avait croisés dans les rues... Le médecin s'approcha du garçon et annonça:

"Je suis de sortie ce soir. Réception, petits fours, grands habits... Que du bonheur, quoi, fit-il sans grande conviction. Tu as congé pour ta soirée, Giorgio."

Le jeune homme était sérieux. Muzio savait qu'il n'irait pas courir les rues malsaines de Venise, d'autant plus qu'ils arrivaient de la campagne... Le chirurgien fixa de son regard gris les yeux limpides de Giorgio et lui demanda d'un ton neutre, mais malgré tout intéressé:

"Tu as découvert notre nouvelle ville, Giorgio ?"

La réponse en elle-même coulait de source; ce qui intéressait Muzio, c'était plutôt l'avis du jeune homme, ses réflexions immédiates, ses goûts... Cela serait révélateur, sans doute...
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Giorgio
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Jeu 26 Mai - 17:32

Giorgio fut légèrement décontenancé par l'annonce du médecin. Une soirée de congé... Cela faisait longtemps. Néanmoins, il se reprit vite mais lança sans se retenir à temps :

"Oh! Vous êtes sûr que vous n'aurez pas besoin de moi monsieur?"

Il écarquilla les yeux à sa propre audace et, s'inclinant, s'excusa.

"Pardonnez-moi, ce n'est pas à moi de juger vos décisions, encore moins de les contester."

A la question de son maître, il répondit au bout d'un court temps de réflexion :

"Cette ville n'est en rien comparable avec tout ce que j'ai connu... Chaque personne ici semble avoir des motivations dissimulées... Je n'ai réellement vu que le marché mais j'ai observé les gens et j'ai l'impression que même les serviteurs sont impliqués dans les affaires des grands... Sans vouloir vous manquer de respect, monsieur, il s'inclina encore à ces mots, vous devriez être prudent... Je ne ferais confiance à personne ici..."
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Jeu 26 Mai - 19:20

Muzio resta pensif. Le garçon qu'il avait engagé six ans auparavant avait grandi, mûri aussi. Le médecin sourit aux deux dernières phrases de Giorgio, et répliqua gentiment:

"Très bien, je me méfierai donc tout autant de toi, puisque tous sont impliqués ?"

De peur d'avoir vexé le jeune homme, Barrozi fit clairement comprendre qu'il plaisantait. Le garçon était l'une des rares personnes à qui il accordait une part de sa confiance...

"Je te remercie de ton avis sur Venise, Giorgio. Nous devrons néanmoins nous y habituer... Quant à ce soir, crois bien que tu t'ennuierais ferme là où je vais..."

*Tout comme moi.* songea-t-il furtivement.

Le chirurgien se secoua, et fit signe à Giorgio qu'il pouvait se retirer. Il préparerait sans doute son repas, et puis, congé pour lui. Muzio ne regrettait pas sa décision, le garçon méritait bien de profiter pour une fois de sa soirée...
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Giorgio
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Jeu 26 Mai - 19:52

Giorgio s'attendait à ce que le médecin insiste pour lui donner sa soirée de congé. Il ne chercha plus à le contredire, bien qu'il aurait trouvé intéressant de pouvoir observer tous ces gens à loisir. Et après tout il trouverait bien un moyen de mettre à profit cette soirée de liberté.

Il s'inclina donc et se dirigea vers la porte du salon. A trois pas de celle-ci, il se retourna et demanda :


"Désirez-vous que je vous prépare un dîner ou aurez-vous l'occasion de le prendre dans la soirée?"
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Muzio Barrozi
Médecin


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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Jeu 26 Mai - 20:46

"Cela ne sera pas nécessaire Giorgio, je te remercie. Je préfère arriver le ventre vide, quitte à avoir un peu faim, plutôt que de refuser ce que l'on me proposera probablement..."

L'appétit du médecin n'était pas des plus grands. Bien souvent, il ne prenait le soir qu'un dîner léger, sans ressentir le besoin de manger autant que les hommes de son âge et de sa constitution. Muzio ajouta:

"Je vais me préparer; je te préviendrai lorsque je partirai, Giorgio."

Un infime sourire accompagna le tout, et le chirurgien décida de monter se préparer. Le visage d'Elio Lacryma Adorasti lui trottait dans la tête. Le regard du Prince l'avait intrigué, sans toutefois l'impressioner, et Muzio se prit à penser que, peut-être, la soirée ne se révélerait pas aussi ennuyeuse que prévu...

[Cabinet de toilette de Muzio]
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Giorgio
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Jeu 26 Mai - 20:53

"Très bien, monsieur."

Giorgio s'inclina une dernière fois et franchit la porte du salon. Il décida qu'avant de sortir il allait terminer ce qu'il avait à faire, c'est à dire ranger les provisions qui attendaient toujours au pied de l'escalier, à cette pensée il se flagella mentalement pour ne pas les avoir déjà mises à leur place en cuisine, et également ceux ce trouvant dans le panier qu'il avait montés dans sa chambre. Il se dirigea donc d'un pas rapide vers l'escalier.

*J'espère qu'il n'a pas remarqué le panier de nourriture... Il m'en aurait sûrement fait la remarque si cela avait été le cas...*

[Escalier]
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Lun 24 Oct - 13:42

[Ponton]

Sans un regard autour de lui, Muzio lâcha son manteau sur son crochet dans le vestibule. Néanmoins, après quelques secondes de calme plat, il sentit que quelque chose n'était pas comme d'habitude. Certes la maison était vide, mais à la campagne Giorgio s'absentait souvent pour toutes sortes de tâches. Peut-être était-ce le fait de savoir le jeune garçon seul dans Venise, entouré de multiples visages hostiles... Non, il y avait quelque chose de plus. Un pressentiment envahit le médecin, qui se dirigea vers son fauteuil favori. Le bruit de son pas résonna à son oreille.

A la vue de son siège, la mâchoire de Muzio se contracta imperceptiblement. Ce morceau de papier blanc, là, qui se détachait sur le tissu sombre du fauteuil... Il fixa bêtement le message pendant quelques instants, avant de saisir la feuille et de la lire. L'écriture grossière de Giorgio, encore plus incertaine que d'habitude, comme tremblante... Les yeux du médecin survolèrent les mots de son petit protégé.
Malgré tout le respect... peux pas... cette abominable ville... ma campagne... merci... pardon... adieu. Adieu. Muzio reposa la feuille là où il l'avait trouvée, et resta inerte pendant plusieurs minutes. Giorgio, l'enfant qu'il avait quasiment adopté, éduqué, Giorgio l'avait quitté à cause de la Sérénissime et, sans doute, d'une mauvaise rencontre.

Il ne manquait plus que cela pour faire de ce mardi 4 Février 1744 un jour définitivement noir. Lorsque le chirurgien eût assimilé la nouvelle, il se retourna lentement, juste pour bouger, et surprit son reflet dans un haut miroir. Cet homme quasi-cadavérique qu'il fixait, cet homme déboussolé, un médecin ? Personne ne le croirait. Giorgio était parti. Jamais Muzio n'aurait cru que son départ lui laisserait ce goût amer dans la bouche et cette lassitude. Ce garçon était plus qu'un serviteur pour lui. Presque un fils. Pour la deuxième fois dans sa vie, Muzio Barrozi se sentit terriblement seul.

Après plusieurs minutes supplémentaires, il froissa le papier d'un geste saccadé, et prit conscience avec cet étonnement au réveil d'un évanouissement qu'il lui fallait se préparer, que ce soir il lui faudrait feindre, feindre, et feindre encore, montrer bonne patte aux obèses bagués et oublier le Quartier de la Bouche d'Ombre, et oublier Giorgio.

Comme un automate, il sortit de la pièce et grimpa les escaliers.


[Cabinet de toilette]
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Muzio Barrozi
Médecin


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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Dim 27 Mai - 15:47

Le lendemain

[Calle Bardini]

Le bref moment durant lequel Della Lonza s'assombrit, Muzio le perçut. Il s'efforça de ne pas le prendre pour la déception d'avoir échoué dans une mission "noyer-le-médecin" et se trouva tellement ridicule que la bonne humeur lui revint.

« Rien de tel qu'un bain pour sceller une rencontre ! » conclut-il joyeusement en ouvrant la porte de chez lui.

Il invita Danilo à entrer, referma la porte sur eux deux et prévint d'un geste toutes les questions d'Alessandro qui s'avançait en ouvrant de grands yeux curieux. Il lui sourit. La maison sentait bon, il y faisait chaud, le jeune homme s'était acquitté de ses tâches avec soin.


« Alessandro, vous serez aimable de chauffer de l'eau, d'approcher deux sièges de la cheminée du salon, et d'y apporter de quoi nous remettre les idées en place. Oh, ajoutez deux doigts de badiane, n'est-ce pas ? »

Il fallait espérer que le valet avait mis à profit sa matinée pour explorer l'office. Alessandro hocha la tête d'un air entendu, s'apprêta à bondir vers ses quartiers mais revint soudain et glissa un papier dans la main de Muzio. "Un message est arrivé pour vous, Monsieur."

Citation:
Maître Barrozi est attendu de toute urgence Ca'Grazziano. Le Prince l'y mande expressément.


Muzio fronça fugitivement les sourcils, froissa le papier. La Princesse ?

Alessandro à l'office, le médecin se tourna vers son invité:


« Je suis navré, je n'ai que bien peu de temps à vous offrir, on me demande. Alessandro veillera à ce que vous ayez tout ce qu'il vous faut, n'hésitez pas à demander. En attendant, venez donc vous changer. »

Muzio n'avait strictement aucune idée de ce qu'il convenait de faire ou non, mais il invita le musicien à lui emprunter des vêtements et à user de son cabinet de toilette. Lui-même se remit à neuf à coups d'eau froide - l'eau serait chaude pour Danilo - et enfila des habits secs.

Un peu plus tard, les deux hommes sirotaient une boisson chaude à base de badiane dont le médecin était friand et qui ne manquerait pas d'éliminer les vices du Canal de leur corps, installés devant le feu du salon.


« Il ne sera pas dit que vous avez été chassé de chez moi ! Je vous invite, si vous le désirez, à rester un peu pour vous réchauffer. Ma bibliothèque ne vaut pas celle du Prince Adorasti, mais vous trouverez peut-être un livre à feuilleter. »

Il fit un geste embrassant la pièce.

« Je suis désolé de m'en aller ainsi, surtout alors que nous devenions presque intimes... » Il sourit malicieusement puis reprit son sérieux habituel. « Je reste à votre disposition quoiqu'il arrive. »

Il s'inclina légèrement, prit congé de son compagnon et alla dire quelques mots à Alessandro avant de sortir, enfilant son manteau de voyage et serrant sa trousse dans sa main gauche.

[Ca Grazziano - L'Etage Inférieur - Le Petit Salon]
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Danilo della Lonza
Gentilhomme - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Sam 2 Juin - 13:43

Le médecin habitait vraiment à deux pas, et Danilo le bénit intérieurement. C’était une bonne chose d’avoir un refuge tout proche lorsqu’on se couvrait de ridicule. Il espérait cependant ne pas avoir à croiser le violoniste dont Muzio lui avait parlé. Il n’avait aucune envie de discuter d’instruments à cordes.
Il répondit au médecin, en pénétrant dans sa propriété :


« J’attire l’eau, ces derniers temps. Figurez-vous qu’au moment de notre superbe chute, il n’y avait pas deux heures que j’étais sorti de la baignoire de ma suite, Ca’Adorasti ? Ce ne sera que le troisième de la journée, si l’on considère comme un bain notre barbotage dans le canal. »

Le musicien jeta un œil sur l’intérieur de la demeure, rapide et acéré, comme à son habitude. La maison lui paraissait honnête, sans ostentation trop flagrante, bien tenue. C’était plutôt en adéquation avec l’idée qu’il se faisait de maître Barrozi.

Le médecin donna ses ordres, et reçut en échange un billet, qui sembla le déranger quelque peu. Puis, lui annonça qu’il devait partir. C’était regrettable. Ce sentiment était cependant moins dû à l’envie de prolonger particulièrement l’entretien avec lui qu’au peu d’envie de se retrouver seul dans la propriété d’autrui. Dans d’autres circonstances, il serait sorti en même temps que son hôte. Mais la toilette était nécessaire. Il n’avait aucune envie de rentrer Ca’Adorasti avec l’odeur du canal flottant autour de lui -il risquait de croiser un moqueur qui ne tarderait pas à répandre la rumeur, ou pire, une donzelle que cela pourrait dégoûter.


« Les aléas de la profession, je suppose ? » Répondit-il avec un petit sourire

Il suivit le médecin à l’étage. Evidemment, celui-ci était plus petit que Della Lonza, mais en cherchant bien dans la garde-robe, il finit par y découvrir un habit -sans doute un peu trop long pour Muzio- qui lui allait à peu près. Il le mit de côté pour le moment ou il se serait lavé.

Ils redescendirent boire une tasse de badiane. Danilo ne s’intéressait pas particulièrement à la nature, et ignorait de quelle plante il s’agissait, bien qu’il en connaisse le nom commun, mais cela lui importait peu. C’était bon, voilà tout.


« Oh, je crois que je ne vais rester très longtemps dans votre logis une fois que je me serais quelque peu débarbouillé. Je ne suis pas très friand des propriétés vides de gens avec qui converser. Je rentrerai sans doute Ca’Adorasti pour mettre une de mes tenues et pouvoir vous rendre la vôtre dans les plus brefs délais. »

Il salua et remercia pour son hospitalité le médecin lorsqu’il s’en fut. Il retourna au cabinet de toilette, y passa suffisamment de temps pour avoir de nouveau l’air propre comme un sou neuf, trouva de quoi se parfumer discrètement, puis s’habilla avec les vêtements du médecin, récupéra ses propres effets et redescendit.

Il trouva Alessandro, et lui confia son costume trempé.


« Tenez, vous le ferez laver avant de le faire porter Ca’Adorasti. »

Puis, il sortit, prenant approximativement la direction du palais du prince Elio. La marche lui ferait du bien.

[Rive du Grand Canal]
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Muzio Barrozi
Médecin


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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Sam 11 Aoû - 21:06

[Ca'Grazziano - Etage inférieur - Embarcadère]

Muzio s'étira brièvement et étouffa un bâillement. Il referma le livre qu'il venait de consulter et le repoussa parmi les quelques autres ouvrages qu'il avait étalés sur la table.

De retour chez lui, il s'était installé dans sa bibliothèque en demandant à Alessandro d'y raviver le feu, et avait passé la majeure partie de sa soirée à compulser ses traités de médecine. Il avait trouvé quelques pistes, griffonné des notes, taché ses doigts d'encre. En refermant ses livres, un léger brouillard l'avait envahi et il résolut de laisser ses observations reposer pendant la nuit. Un léger mal de tête l'avait d'ailleurs saisi.

Le médecin se délassa les jambes en allant trouver Alessandro pour lui demander une infusion de mélisse. De retour dans le salon, il resta un instant songeur, le regard perdu entre le blanc de sa feuille et le vert teinté de gris de la tisane. Il finit par rouvrir son encrier et entama une courte lettre destinée à Giorgio. En cachetant l'enveloppe, il se sentit définitivement en paix par rapport au départ de son petit serviteur, et ce fut un homme paisible qui remit le courrier à Alessandro.

Il était heureux que le médecin fût dans cet état d'esprit, car bientôt on frappa à la porte. Un jeune couple passablement grisé apprit à Muzio qu'on le demandait au Castello. La femme confia en pouffant qu'un homme s'était blessé au visage en tombant. Elle assura cependant, l'oeil brillant, que cela n'était que la version des faits de l'intéressé, et qu'on l'avait surpris un peu plus tôt en galante position avec une femme mariée. Selon les mauvaises langues, les contusions témoignaient plutôt de la réaction du cocu. Le compagnon de l'indiscrète la rabroua sans conviction et ils s'éloignèrent en riant sans plus de retenue.

Le bal populaire... Muzio avait visiblement sous-estimé les interventions qu'un tel évènement l'amènerait à mener. Il enfila son manteau et se faufila au-dehors, où la fumée de son haleine ne tarda pas à se mêler à la brume s'évadant des canaux.


[Jardin du Castello]
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Donatella Visconti
Baronne - Ca'Grazziano


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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Dim 18 Nov - 0:01

[Premier post du Jeudi 5 Mars 1744]

Une longue plainte s'éleva, comme un cri strident d'animal blessé, aussitôt suivi d'un...

"Désolée..."

Un oiseau apeuré s'envola du rebord de la fenêtre. Donatella repositionna ses doigts sur les cordes pour la cinquième fois consécutive. Les maintenir dans cette position lui donnait des crampes au bout d'un certain temps, ce qui ne facilitait pas les choses. Et puis elle ne savait toujours pas si l'archer devait juste glisser sur les cordes ou si elle devait appuyer un peu.

Comme chaque fois, ces cours lui donnaient chaud tellement elle se concentrait mais Demetrio était si patient et si gentil avec elle qu'elle revenait chaque fois avec plaisir. Elle n'avait guère fait de progrès depuis trois semaines mais elle avait du mal à coordonner ses doigts, or le violon requérait une grande dextérité qu'elle n'avait pas acquise, loin de là.

Donatella reprit l'enchaînement des quelques notes et ce fut moins.. douloureux bien que ce ne fut pas d'une justesse limpide. Relativement contente d'elle, elle regarda Demetrio en souriant pour savoir ce qu'il en pensait.


"C'était mieux, non ?"

Quant à sa gouvernante, elle avait assisté aux premiers cours puis avait préféré rester à l'écart pour les suivants prétextant qu'elle ne voulait pas déconcentrer la baronne...
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Demetrio Catanei
Musicien


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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Dim 18 Nov - 5:18

[Premier post du Jeudi 5 Mars 1744]

Une longue plainte s'éleva, comme un cri strident d'animal blessé, aussitôt suivi d'un...

"Désolée..."

Un oiseau apeuré s'envola du rebord de la fenêtre. Demetrio tressaillit pour la énième fois avec l’horrible impression que son tympan se déchirait, mais se hâta bien vite à desserrer sa mâchoire crispée et retrousser sa bouche, tordue en une grimace, dans un demi-sourire qui se voulait rassurant. De tous les élèves à qu’il eût pu enseigner le violon par le passé, la baronne Visconti était sans conteste la pire calamité musicale qui lui ait été donné d’entendre. Cependant, de tous les élèves à qu’il eût pu enseigner le violon par le passé, la baronne Visconti était également la plus aimable qui lui ait été donné de connaître. Ce paradoxe sans en être réellement un le poussait à la recevoir chaque semaine dans le salon-bibliothèque de son logeur, et parfois même plus pour certains cours d’appoint, pour quelques heures de torture auditive.

Si les notions théoriques avaient été facilement assimilées, dès l’instant où la baronne avait tenu un violon entre ses mains, le musicien avait su que ces leçons seraient aussi laborieuses que pénibles… possiblement parce qu’elle avait laissé tomber l’instrument quelques secondes seulement après qu’il lui ait montré la position à adopter. La suite ne s’était pas avérée plus brillante. Ainsi, lorsque Demetrio souhaitait reposer ses oreilles éprouvées, il se lançait dans des exercices de solfège qui, sans être d’une infime justesse, demeuraient plus supportables que les sons de crécelle que produisait son étudiante.

Inspirant profondément en voyant que la baronne s’apprêtait à rejouer la même mesure, il se prépare au pis… qui ne vint finalement pas. Envahi par le soulagement, il répondit au sourire qui lui était adressé.


« Tout de même, oui. En fait, oui, oui, c’était bien mieux, beaucoup mieux, affirma-t-il en hochant de la tête. Plus… ou… plutôt moins… moins pire. »

S’approchant d’elle, il replaça ses doigts avec douceur afin qu’ils forment un arc parfait sur le manche, s’attardant ensuite à la main de l’archet, dont la position s’était modifiée en cours de route. La bonne volonté de la petite noble en faisait une élève envers qu’il était impossible de ressentir le moindre ressentiment, c’est pourquoi il demanda d’un ton patient :

« Reprenons en… encore une fois, voulez-vous? »

Sa main s’éleva en l’air et il battit le tempo avec l’habitude du professeur aguerri :

« Et un et deux et trois et quatre… »

Une fois à la fin de la portée, il lui fit signe de s’arrêter, jugeant qu’il avait assez fait répéter sa persévérante pupille.

« Vous faites du… du progrès, Madame, déclara-t-il en se glissant derrière elle pour ajuster sa posture, qui demandait d’être plus droite. À quand un concert devant le Prince? s’enquit-il avec un léger sourire. Sans doute apprécierait-il l’attention. Je pourrais vous accompagner si vous le souhaitez, ajouta-t-il. Je… je m’assurerais que tout... tout se déroule harmonieusement, disons. Et puis, ce… ce serait un excellent moyen de vaincre votre… votre hésitation. En musique, il est important de ne pas… de ne jamais hésiter. Et de continuer malgré les erreurs. Tout est dans… dans l’assurance, je crois. Jouer en public serait la meilleure façon de vous améliorer, » conclut-il sur une note encourageante.

Presque sans le vouloir, son esprit s’envola vers la comtesse Gurrieri – Brunilde – et un sourire plus chaleureux encore s’épanouit sur ses lèvres. Reportant son regard sur son interlocutrice, il remarqua une mèche rebelle qui, dans l’effort de la pratique, était venue lui obstruer la vue et esquissa machinalement un geste pour la ranger sagement derrière une oreille. Se ravisant en se rappelant soudainement qu’il n’était pas en la présence de la comtesse – Brunilde, sa lunatique, insaisissable, lutine Brunilde – mais bien de la baronne Visconti, il rougit et baissa les yeux sur le sol, fortement embarrassé.
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