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 La Boutique

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Marciello Veterellini
Négociant en Epices


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Date d'inscription: 13/12/2007

MessageSujet: Re: La Boutique   Sam 16 Fév - 15:12

Mais qu'elle était exaspérante, cette jeune souillon trop imbue de sa condition pourtant misérable d'esclave qu'elle en oubliait la politesse et l'humilité dont elle aurait dû faire preuve face au Négociant. S'il n'était pas noble, il n'en était pas moins respectable, car il était le seul réellement doué dans son métier, et qui proposait des produits toujours plus variés et raffinés. Se le mettre à dos, s'était se fermer les portes de son magasin pour une durée indéterminée, jusqu'à ce que l'affront soit lavé, ou dédommagé.
Bien sûr il restait toujours le médecin, mais même celui-ci venait régulièrement acheter quelques herbes et autres onguents longs à la préparation ou dont les ingrédients seraient fastidieux à trouver ailleurs.
S'il se permettait ces manières, c'était parce qu'il était le meilleur dans son domaine, et donc indispensable...

Il retint un second mouvement malheureux qui consistait à expédier son pilon vers le crâne de la servante avec force conviction, mais il décida qu'avoir un mort publique sur la conscience, fusse-t-il un simple serviteur, n'était pas la meilleure des publicités...
Il n'eut pas le temps de saluer la tigresse qu'elle enquillait le pas à la soubrette, lui assurant qu'elle repasserait dans la soirée.
Il aurait voulu lui proposer de la lui liver à domicile, ce qui lui aurait éventuellement permis de connaître le nom de sa cliente mystérieuse, mais n'en fit rien. De toute façon elle était déjà dehors...

Revenant à son ouvrage, qu'il considéra comme largement emmietté, il versa la poudre dans une petite fiole à l'aide d'un entonnoir de papier, et ajouta de l'alcool ainsi qu'un peu d'eau et laissa infuser la potion sous son comptoir...
Il délaissa ensuite la chose pour s'intéresser à ses clients...
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Gabriella Delmonti
Servante - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: La Boutique   Jeu 21 Fév - 12:02

Autant le regard incisif de Mila ne lui fit ni chaud ni froid, elle avait l'habitude des regards plus ou moins agréables... que ses paroles la choquèrent profondément. Gabriella la regarda en battant des paupières, signe de son incompréhension.

"Mais.. qui êtes vous pour m'insulter de la sorte ? Je ne me rappelle pas m'être permis la même chose envers vous !" dit-elle d'un ton plus surpris qu'en colère.

Complètement éberluée par un comportement aussi peu raffiné de la part d'une dame, elle ne remarqua que peu la surprise sur le visage de Mila lorsqu'elle prononça le nom de son compagnon. C'est donc avec encore plus de stupéfaction qu'elle l'entendit annoncer qu'elle voulait l'accompagner car elle connaissait Scaligeri.

Gabriella manqua suffoquer quand la jeune femme ajouta une couche d'insulte en insinuant qu'elle serait capable de faire empirer l'état de Raffaele.


"Vous conduire ? Certainement pas ! Vous m'insultez publiquement et vous souhaitez que je vous conduise à mon compagnon comme cela ? Vous rêvez ! Je ne suis peut-être qu'une servante mais j'ai de l'éducation, moi ! Jamais je ne me permet d'insulter qui que ce soit en public et de me mêler des affaires des autres ! Non mais quel culot !" s'exclama-t-elle, les yeux grands ouverts.
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Mila Scarlatti
Maître d'Armes - Ca'Grazziano


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MessageSujet: Re: La Boutique   Jeu 21 Fév - 20:05

« Votre regard, Madame, distille davantage de fiel que tous les mots articulés par mes lèvres…Il ne se pose pas, il gifle, il n’observe pas, il toise, et pire que tout, il décide à la place de votre raison…»

Etait il réellement possible que l’odieuse se sente insultée, alors que Mila lui avait cédé sa place et qu’elle l’avait conseillée afin que son migraineux retrouve la santé… ?

Qu’aurait-elle du faire ? Offrir un gracieux sourire à son œil inquisiteur et imprégné de dédain ? Rétorquer à ses brimades d’une voix chargée de douceur ?

Quelle absurdité !


« Il n’y a là aucune insulte. D’ailleurs n’est ce pas vous qui en quelques minutes avez réussi à vous aliéner les deux seules personnes présentes en ces lieux ? Si vous étiez éduquée, vous n’espéreriez pas qu’à votre mépris on n’oppose qu’affabilité. Lorsque vous grognez, vous vous exposez à la morsure…Madame…»

Si le cadet était assez fou pour s’empêtrer dans des jupons d’un tissu aussi rigide, il n’avait qu’à s’en extirper tout seul.

D’ailleurs, son mal de crâne n’inquiétait plus Mila, mais la rassurait au contraire. S’il était encore assez lucide pour développer une migraine en présence d’une telle compagnie, c’est qu’il jouissait d’une parfaite santé…


« Vous ne souhaitez pas me conduire auprès de votre … »

Froncement de sourcils, mine dubitative…
« Compagnon » ? Etait ce bien le mot qu’elle venait de prononcer pour désigner le Prince ?
Mila baissa légèrement la tête, incrédule. Le Prince s’était il acoquiné d’une servante Adorasti ?


« …et bien soit, je ne peux vous l’imposer… » poursuivit elle d’une voix absente, songeuse…

Puis, reprenant ses esprits, elle passa devant la jeune femme et relâcha la poignée, espérant qu’en se refermant la porte s’écrase sur le bout de son nez. Cependant, une fois à l’extérieur, elle s’arrêta et fit volte face.

« Saluez Mr Scaligeri pour moi, dites lui que Madame Scarlatti s’inquiète de son état et espère le revoir sous peu…Oh ! Et n’hésitez pas à lui relater notre savoureuse rencontre … »

Elle inclina la tête, un sourire malicieux sur les lèvres, une étincelle fomentatrice au fond des yeux, et disparut.

[Place Saint Marc - Sud]


Dernière édition par Mila Scarlatti le Mer 16 Avr - 9:50, édité 1 fois
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Gabriella Delmonti
Servante - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: La Boutique   Mer 19 Mar - 16:28

(Je saute le tour de Marciello qui n'a toujours pas répondu...)

"Entre un regard et une parole prononcée, il y a une différence de taille qui s'appelle l'éducation, madame ! Et regardez-vous dans un miroir avant de dire que je grogne, vous avez attaqué la première !" rétorqua-t-elle, le menton levé et les yeux lançant des éclairs.

Gabriella eut une exclamation dédaigneuse lorsque Mila abandonna l'idée de l'accompagner et la toisa alors qu'elle faisait volte-face.


"Je ne manquerai pas de parler de vous et de votre manque de savoir-vivre, soyez rassurée." répliqua-t-elle, les yeux fixés dans les siens. Quand Raffaele saurait à quel point sa "connaissance" l'avait insultée, il changerait d'avis sur cette Mila qui n'avait rien d'une dame de la société et n'était pas une bonne fréquentation.

"Monsieur..." dit-elle brièvement pour saluer le négociant.

Sa bouteille en main, Gabriella repartit dans la rue, satisfaite d'avoir mouché ces deux pédants. Elle prit soin de prendre des chemins où la foule était dense pour s'assurer que la folle ne la suive pas et perturbe son rendez-vous galant avec Scaligeri.


[Jardins du Castello]
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Marciello Veterellini
Négociant en Epices


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MessageSujet: Re: La Boutique   Ven 6 Juin - 22:18

[Jardins du Castello]

De retour dans sa boutique, Marciello repris sa place derrière le comptoir, jetant un bref coup d'oeil à la décoction décantant, il se prit à penser à Mila. Pour un peu, il se serait punit de s'être ainsi laissé charmer. Il attendrait avec une impatience enfantine le retour du maître d'armes entre ses murs, pour qu'elle récupère son médicament.

Reportant son attention sur les clients et les employés, il se décida à se livrer à l'un de ses sports favoris, tyranniser ses serviteurs. Quelques menaces bien placées pour une étiquettes de travers ou un bouteille un peu terne. Il se déléctait de la lueur d'horreur qui passait dans les yeux des pauvres hères qu'il douchait, si seulement ils avaient su à quel point ils étaient utiles, ils auraient certainement déjà prit leurs aises et auraient certainement déjà demandé des augmentations. Il les payaient assez pour qu'ils mangent, il n'était tout de même pas chien.
Il occupa une bonne partie de son après-midi ainsi, faisant quelques pauses au profit d'un client aux riches atours, qui promettaient de payer rubis sur l'ongle un remède qui ne valait que quelques sous.

Mais les gens n'avaient pas besoin d'un remède qui marche, ils avaient anvant-tout besoin d'être rassuré par un placebo efficace. Il mentait lap lupart du temps, pour des hypochondriaques ou des incultes incapables de dissocier un simple mal de tête d'une insolation. Il y avait beaucoup à faire pour éduquer les gens aux remèdes, et Marciello ne s'en sentait ni le courage ni l'âme charitable. Il se disait parfois qu'il était egoïste et esclave de l'argent, mais le son d'espèces trébuchantes lui faisait rapidement oublier ses états d'âmes.

Il ne perdait pas de vue la porte d'entrée alors qu'il ne cessait d'aller et venir entre les rayonnages et son comptoir, il attendait avec une pointe d'impatience la venue de Mila, se ravissant déjà de sa crinière noire et de ses yeux vifs.
Si l'idée ne lui avait pas parut si stupide, il aurait pu penser qu'il était tombé amoureux...
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Mila Scarlatti
Maître d'Armes - Ca'Grazziano


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MessageSujet: Re: La Boutique   Mer 11 Juin - 9:06

[ Ca' Grazziano - Le Couloir desservant les Appartements Privés ]


Tout en marchant, Mila fixait les bottines qu’elle venait de chausser. Elle en avait noué les lacets très serrés afin de maintenir bien droite sa cheville blessée, et d’endormir la douleur aigue qui rendait son pas presque maladroit.

Arrivée devant la vitrine du Négociant, elle observa le ballet des serviteurs qui s’agitaient entre les rayons. Leurs mains anxieuses s’acharnaient à réajuster des étiquettes qui n’avaient nul besoin de l’être, et leurs chiffons chassaient une poussière… imaginaire…

Leurs regards affolés allaient des étagères au Négociant alors que leurs têtes se hochaient avec empressement à chaque ordre éructé par Marciello. Mila cessa de s’intéresser à eux et s’attarda sur lui. Il se tenait si droit et si figé derrière son comptoir qu’on aurait pu le croire ancré dans le sol. Seul son index s’animait, et menaçait. Le Maître d’armes mordilla sa lèvre inférieure afin de discipliner son sourire malicieux, puis elle redressa la tête, repoussa en arrière sa crinière dissipée, acéra son regard et pénétra l’antre. Jetant de brèves œillades à droite et à gauche, elle s’avança d’un pas nonchalant (afin de dissimuler la douleur qui étreignait sa cheville à chaque avancée), jusqu’à atteindre le comptoir. Elle dévisagea longuement le « tyran » qui assassinait chaque âme présente entre ses murs de son regard redoutable, puis s’accouda et laissa son menton tomber dans sa paume, les yeux toujours enfoncés dans ceux de Marciello.


« Ne me houspillez pas, j’ai été très sage et obéi à vos recommandations. Aussi, suis-je de retour comme convenu afin de profiter de vos talents, car d’eux seuls va dépendre la sérénité de ma nuit …Est il prêt ? »

Le ton était taquin, la voix basse, et le sourire qui s’ensuivit, franchement séditieux, comme si elle avait voulu reporter sur elle, dont la langue était libre de se rebeller, la fâcheuse humeur du Négociant qui pétrifiait ses trop dociles serviteurs…
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Marciello Veterellini
Négociant en Epices


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MessageSujet: Re: La Boutique   Lun 30 Juin - 0:09

Marciello, trop occupé à invectiver les fénéants, n'entendit arriver Mila qu'une fois que sa clochette eut émit un tintement caractéristique. Son visage alors revêche et au rictus inquiétant retrouva ses traits neutres et un peu amusés, témoignage parfait de la maîtrise de soi du Négociant.

C'est un visage presque chaleureux qu'il offrit au Maître d'Arme de la maison Grazziano. Du coin de l'oeil, il vit plusieurs domestiques soupirer de soulagement devant l'arrivée d'un cliente, qui marquait un répit non négligeable dans leur calvaire.
Alors que la demoiselle s'accoudait négligeamment au comptoir, son air mutin raviva le désir du Négociant, et alors qu'elle parlait, il se prit à vouloir retenir son regard, afin qu'il ne vienne pas caresser trop effrontément les courbes que l'on devinait aisément sous les habits de sa visiteuse. Une attitude qui lui ressemblait bien peu d'ordinaire. Il essaya de ne pas trop y penser, et plongea son regard noir dans celui de Mila.


Il sourit sincèrement à la remarque du Maître d'Arme, autant de sincérité était une chose trop inhabituelle pour lui. Il se ressaisit et revint à des mesures plus modestes. Son sourire devint beaucoup moins sincère et ses yeux semblèrent plus inquiétant que jamais. Il lui répondit de sa voix profonde et rocailleuse.

"Vous êtes un modèle, peut-être devrais-je vous engager comme assistante..."

Son regard désormais dénué d'expression restait pourtant éloquent, quand il finit par taquiner les formes devinées de Mila. S'arrachant à sa contemplation, il passa sa main sous son comptoir et en sortit prestement une petite fiole, qu'il déposa presque négligeamment devant sa cliente.

"Voici votre teinture de valériane. Prête comme convenue... J'espère que cela vous aidera à trouver meilleure humeur, je serait impatient de vous rencontrer en de bonnes dispositions, bien que j'ai déjà été charmé par les mauvaises..."

Une proposition un peu cavalière, mais il aurait faillit à sa réputation en se montrant trop attaché aux convenance, surprendre voilà qui était intéressant, et qui pimentait le quotidien.
Oui, il espérait revoir la jeune femme, dans d'autres situations qu'un rapport commerçant-cliente. Il en brûlait déjà d'impatience...
Mais déjà la question lui échappa, dans une sorte de murmure rauque.


"Nous reverrons-nous? Ce serait un honneur pour moi que de vous inviter à la soirée Fenice qui a lieu aujourd'hui même. J'ai toujours détester ces endroits pleins de monde et bruyant, mais je dois m'y montrer, et m'y montrer accompagné ne pourra qu'être bénéfique pour nos deux..."

Son regard toujours dénué d'expression n'avait pas quitté celui de Mila, il ne souriait pourtant plus, et son expression neutre était plus froide que jamais. Moyen imparable pour dissimuler sa nervosité.
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Mila Scarlatti
Maître d'Armes - Ca'Grazziano


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MessageSujet: Re: La Boutique   Mer 2 Juil - 9:32

Toujours ce regard pénétrant qui trahissait la convoitise…Mila ne gronda pourtant pas, et n’opposa qu’un sourire à peine dessiné, mi facétieux, mi persifleur, cédant à la sincérité que lui témoignait Marciello et qu’elle devinait assez rare pour être appréciée.

Elle sentit le regard noir s’enfoncer avec insolence et le soutint aussi solidement qu’elle l’aurait fait avec un fer trop aventureux... Comparaison qui l’amusa…Pourquoi ses rencontres avec le Négociant lui rappelaient tant le combat ?
Sans doute parce qu’elle se tenait en alerte, qu’elle étudiait cet… « adversaire »…avec la même minutie, la même vigilance que lorsqu’une lame aiguisée la menaçait.

A l’offre de Marciello qui lui proposait de devenir son assistante, elle plissa légèrement ses yeux rieurs.


« Vraiment… ? » souffla t elle d’une voix lente, rauque…

« Votre humeur me semble bien trop ardente pour tolérer qu’on lui résiste… »

Mila osait à peine s’imaginer sous les ordres du Négociant. Si tel avait était le cas, nul doute qu’une gorge aurait fini par être tranchée…L’idée lui soutira un large sourire. Sourire qui devint presque rire alors que Marciello évoquait son caractère emporté.

« Vous n’avez rien à m’envier… »

Dressant un sourcil suspicieux, elle saisit la petite fiole qui lui était tendue, la taquinant du bout des doigts. Après une bonne minute d’inspection consciencieuse, ses yeux se relevèrent jusqu’à ceux de son vis-à-vis. Ils se taisaient. Impénétrables.

« Ma sagesse… »

Elle esquissa un sourire sur ce dernier mot tant il était éloigné d’elle…

« …me conseille de ne point ingurgiter cette substance élaborée par vos soins… Car, voyez vous, je ne cède que très rarement ma confiance, et moins à vous qu’à quiconque… »

Une fois encore Mila ne s’encombra pas de ces silences qu’impose la bienséance. Elle les jugeait absolument inutiles, voire préjudiciables, et les évitait autant que possible.

Il l’invita à la Fenice…Elle ne l’interrompit pas, jugeant que ses traits devaient largement exprimer ce qu’un tel lieu lui inspirait, mais fronça les sourcils alors que la phrase restait inachevée…


« Pour nos deux… ? »

Le froid imprégnait désormais le regard transperçant du Négociant, et Mila s’en inquiéta.

« Pourquoi ne me livrez vous pas votre pensée ? Je préfère un parole prononcée, fusse t elle âpre à l’oreille, qu’une parole retenue. De plus, peut être est ce cette parole que vous condamnez au silence qui me convaincra de vous accompagner ce soir…»

La ruse était si outrancière et sonnait si faux que le Maître d’armes ne put que la conclure par un sourire taquin. Cependant…peut être, en effet, que Marciello saurait la convaincre…
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Marciello Veterellini
Négociant en Epices


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MessageSujet: Re: La Boutique   Dim 24 Aoû - 13:43

S'il était mal à l'aise, il n'en laissa rien deviner, bien que son regard se fit un peu moins glacial et détaché. Une invitation à laisser le fond de sa pensée mettre un bout de nez dehors. Il n'était pas certain d'avoir réellement envie de se risquer sur cette pente. Il faut dire qu'il y avait bien longtemps qu'il ne s'y était plus aventuré, il avait presque oublié que cela puisse être aussi tentant. Comme la sincérité pouvait se montrer attirante, mais ô combien dangereuse.

Bien vite son regard redevint aussi froid que la mort, et son sourire s'élargit.


"Je n'ai rien à ajouter que ce que je vous ai déjà dit. Si ce n'est que je modère ma satisfaction de pouvoir me pavaner au bras d'une si charmante damoiselle."

Il marqua une très courte pause, prenant le temps de fusiller du regard les quelques domestiques un peu trop proches et attentifs à la conversation.

"Rares sont les personnes capables de reconnaître la véritable beauté, de nos jours. Je me targue d'être l'un de ces connaisseurs raffinés. Les faux-semblants sont un mal nécessaire, mais j'ai toujours trouvé ridicule de les utiliser à chaque moment de la journée. Une belle femme n'a pas besoin de tous ces atours pour révéler sa splendeur... Vous, n'avez pas besoin de tous ces atours pour révéler votre splendeur."

Retirant lentement ses gants, il révéla des mains larges, aux doigts épais et puissants, et à la peau calleuse. Des mains de simple domestique, celles du simple domestique qu'il avait été autrefois, et qu'une dizaine d'année de servitude avait définitivement modelées.
Marciello avait travaillé dur pour arriver à sa place, et ce n'était pas les cadavres qu'il avait laissé derrière lui qui diraient le contraire. Il avait donné de sa personne, refusant longtemps de déléguer les tâches importantes à des sous-fifres.


Avec une délicatesse insoupçonnée, il osa prendre entre ses doigts, ceux de Mila, bien plus délicats, malgré les marques indélébiles du temps passé à ferrailler. Il se pencha et vint les effleurer de son souffle, avec toute la bienséance de mise en une telle occasion.
Tout en se relevant, il reprit la parole.


"J'ai dit que ce serait un honneur de pouvoir vous emmenez à cette soirée, mais ce sera bien davantage un plaisir. J'aimerai compter sur vous pour egayer ce spectacle qui ne pourra réellement être plus agréable que votre compagnie."

Il se releva complètement, se tenant bien droit, il eut un regard assassin pour un magasinier qui avait eu l'audace de tourner les yeux dans cette direction à ce moment là. Puis les deux orbites presque complètement noirs vinrent se planter dans ceux de la jeune femme.
Il ajouta, avec un petit sourire amusé:


"De plus, cela me donnera plus de temps pour vous convaincre que mon remède ne pourra vous faire que du bien..."
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Mila Scarlatti
Maître d'Armes - Ca'Grazziano


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MessageSujet: Re: La Boutique   Lun 25 Aoû - 15:38

« Charmante demoiselle qui peut témoigner d’une impitoyable férocité si vous persistez à vous crisper dans le silence… »

Marciello avait à peine achevé sa phrase que Mila rétorquait déjà, son regard quittant celui de glace du Négociant pour aller se perdre sur le sourire épanoui qui courbait ses lèvres.

« Laissez moi deviner…Cela serait bon pour nos…affaires ? »

L’index du Maître d’Armes se dressa entre leurs deux visages et d’un lent mouvement, bascula de droite à gauche.

« Le seul « client » que j’ai à satisfaire est le Prince di Grazziano. Croyez vous vraiment, et surtout si vous vous fiez à certaines rumeurs, que cela le régalerait de me voir accrochée au bras d’un autre ? »

A l’évidence, elle prenait un plaisir certain à emberlificoter le vrai et le faux, à manipuler les rumeurs, à tricoter et détricoter son bavardage de manière à perdre un peu plus profondément à chaque mot son interlocuteur.

Cependant…le plus surpris des deux ne fut pas celui qu’elle espérait… Tout aussi lentement qu’il s’était immiscé entre eux, son fier index retomba sur le comptoir, comme aveuli. Alors que d’autres joues se seraient empourprées, que d’autres yeux se seraient abaissés, que d’autres oreilles se seraient flattées, que d’autres souffles se seraient affolés, Mila, elle, blêmit. Dits par d’autres lèvres, elle aurait joué de l’insouciance des mots qui venaient d’être prononcés, mais dits par celles du Négociant, ils devenaient plus troublants, plus conséquents...Elle jugeait en effet Marciello peut enclin à badiner avec la légèreté.
Après une minute qui s’étira aussi longuement qu’une heure, elle sortit de sa torpeur et suspendit son regard dubitatif à celui de Marciello.


« Monsieur Veterellini…seriez-vous en train de me courtiser ? »

Elle observait cette main, enfin déshabillée, que le Négociant lui offrait, et en éprouva la vigueur en la serrant contre la sienne. La peau, abîmée, témoignait d’un lourd passé, et leur robustesse d’une détermination acharnée. La main de Mila se déroba à l’étreinte.

« Sortons, voulez vous ? Vos senteurs m’étourdissent. »

Une fois hors de vue des domestiques, elle s’adossa contre un arbre, et porta son regard sur les passantes, qui d’un pas léger, d’un maintien exercé, d’une prestance assurée glissaient devant eux.

« Voyez-vous ? Il vous suffit de franchir le seuil de votre boutique pour trouver ma « splendeur » bien fade. Ecoutez mon conseil et détournez vos pensées de moi. Il y a certains jeux auxquels je ne souhaite pas jouer. »

Un regard profond et appuyé soutint son discours.

« Quant à la soirée donnée à la Fenice, un seul homme pourrait me contraindre à m’y ennuyer : le Prince. Il a eu l’audace, ou la folie…de m’ouvrir les portes de sa Maison et ma reconnaissance lui est infinie. »

Mila se redressa alors et fit quelques pas, songeuse.

« Le connaissez vous, Monsieur Veterellini ? »
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Marciello Veterellini
Négociant en Epices


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MessageSujet: Re: La Boutique   Ven 12 Sep - 15:02

Il avait joué, et il semblait bien qu'il était entrain de perdre. Qu'il était frustrant de se montrer humain pour mieux être bafoué. Alors que le Maître d'Armes l'entraînait à l'extérieur, il savait d'avance qu'il avait perdu la partie, et loin de le démoralisé, cela le mit hors de lui. Il se contint pourtant, ne laissant rien paraître qu'un regard plus brillant et enflammé.
La femme était bien la mort de l'homme, elle représentait toutes ses tentations, ses vices et ses vertus, mais le contraire n'était pas imaginable. Car dans l'art de la cruauté la femme n'avait pas son pareil, même inconsciemment elle se montrait ignoble et vile.
L'air frais était tel une main gantée de cuir qui s'abattait sur le visage du Négociant, il se rendit compte à quel point il faisait bon dans son magasin, et l'air pur lui agressait presque les poumons. Il devenait dépendant de ses produits, constamment exposés à leurs parfum, il s'en était enivrés, et plus dure était la chute.

Il surpris le regard de Mila sur les autres femmes, qui se pavanaient, barbouillées d'artifices médiocres et trompeur, qui les faisaient paraître plus grotesques encore aux yeux du Négociant, qui savait reconnaître une beauté dans sa pureté. Dieu était un artiste, et comme tout artiste, il avait ses chefs-d'oeuvre, c'était bien souvent dans la féminité qu'ils s'exprimaient, et Marciello aurait juré qu'il en contemplait un.
Pourtant elle le retait, il avait fait une erreur, s'être montré plus humain qu'il n'aurait dû. Et tout cela pour les beaux yeux d'une donzelle, il se maudit lui-même intérieurement.


"Croyez-vous que ses dames rayonnent sous la lueur du soleil, Dame Scarlatti? la vérité, c'est que leurs innombrables couches de fond de teints, leurs maquillages incensés et burlesques les rendent hermétiques aux vertus de l'astre, et comme une fleur qui ne voit jamais le jour, elle se fanent plus vite, s'enlaidissent et tentent de le dissimuler en se maquillant encore plus.
Pensez-vous réellement que moi, amateur d'art, suis incapable de discerner beauté et laideur?
Non, vous ne paraissez pas fade, au contraire, vous rayonnez. Mais je crois comprendre que le compliment vous sied mal."

Il se rembrunit, retrouvant une expression fermée. L'évocation du Prince lui arracha un rictus indéfinissable, qu'il se dépécha de masquer. Les têtes couronnées étaient certes une source de revenus intarissables, mais ils n'étaient rien d'autres que des bouffons décadents, plus prompts à s'enivrer l'âme avec les produits "spéciaux" du Négociant, qu'à endosser des responsabilités de monarques. De tous les illusionistes que Marciello croisaient chaque jour dans sa boutique, et partout en ville, les Princes étaient les pires. Pourtant, ils avaient le pouvoir, par le sang. Tout était une question de sang...

Mila Scarlatti a écrit:
« Le connaissez vous, Monsieur Veterellini ? »


"Pas personnellement, mais j'ai probablement reçu l'un de ses serviteurs pour une quelconque décoction. Il n'est pas rare que les sujets des deux cours, aussi bien Grazziano qu'Adorasti, fassent appel à mes services pour eux-même ou pour... Des connaissances."

Si Marciello devait énoncer le nombre de nobles et nobliaux qui lui avaient demandé, avec une discrétion né de l'habitude s'il pouvait leur fournir un quelconque poison efficace, il en aurait le tournis. La trahison était un marché luxuriant, et le Négociant ne pouvait s'en tenir à l'écart, car c'eut été une perte non-négligeable pour son commerce.
Quant à la soirée Fenice, elle était vraisemblablement vouée à être bien terne, encore une soirée perdue à écouter babiller des chanteurs d'opérette. Ce qu'il pouvait détester l'opéra.


"Je suis navré que vous refusiez ma proposition, sachez qu'elle partait d'un bon sentiment. Mais comme vous le soulignez, le Prince n'apprécierait certes pas, et je n'ai aucune envie de m'attirer ses foudres, pour quelque raison que ce soit."

Il repensa aux paroles de la jeune femme sur sa potion, l'accusait-elle de tromper ses clients en leur administrant des drogues contre leur volonté? S'il vendait des poisons, il le faisait uniquement aux personnes qui le lui demandait, et abuser un acheteur ne lui assurait pas sa fidélité.

"Avant que nous nous séparions, j'aimerai vous convaincre que ma potion n'est point un quelconque enivrant ou poison, je ne me permettrait pas de droguer mes clients, se serait totalement improductif."

Il s'inclina brièvement devant Mila, blessé quelque peu dans son amour propre, il n'appréciait pas les refus, encore moins quand il se donnait du mal. Mais avant toute chose, il était profondément déçu.

"Je comprend que la séduction soit un jeu qui vous déplaise, je crois qu'il n'est pas bon pour moi que je m'y essaye plus longtemps. Pardonnez mes propos et mon comportement si vous les avez jugés déplacés. Croyez-bien, cependant, que ce sera toujours un plaisir pour moi que de vous revoir..."
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La Boutique

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