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| Auteur | Message |
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Raffaele di Grazziano Frère du Prince - Ca'Grazziano

Nombre de messages: 134 Date d'inscription: 12/11/2006
 | Sujet: Re: La Salle à Manger Sam 3 Mar - 6:22 | |
| [Calle Trevisi] Raffaele avait parcouru la distance séparant la Calle Trevisi du Palais en quelques minutes, un seul regard en arrière lui avait confirmé qu'il n'était pas suivi et ce fut donc d'une humeur joyeuse qu'il regagna le bercail. Il lança son manteau et ses gants à un valet qui lui apprit que "Monseigneur recevait à déjeuner et que le repas était commencé depuis assez longtemps". Un coup d'oeil dans un haut miroir au cadre doré le fit grimacer, si son visage ne portait pas trace de sa récente rencontre, il n'en allait pas de même de sa chevelure en bataille, de ses vêtements en désordre et surtout de sa gorge qui portait la marque maintenant bien identifiable d'une morsure qu'il caressa du bout des doigts avec un sourire réveur. La bienséance aurait voulu qu'il se change et fasse un brin de toilette avant de se rendre à la salle à manger où, selon toute vraisemblance, on ne l'attendait plus. Mais la bienséance était loin d'être une des préoccupations du jeune prince et ce fut donc en l'état qu'il ouvrit la porte derrière laquelle se tenait le déjeuner. Il repoussa un serviteur qui se précipitait pour l'annoncer d'un "laissez !" agacé et s'avança vers la table d'un pas désinvolte.
Son regard fit le tour des convives, rien qui le surprenne ou l'amuse. Son frère égal à lui-même, Bianca qui ne changeait pas, toujours transparente et angélique, Ines à qui il avait déjà servi ce qu'il pensait un peu plus tôt et... Ah celui-ci, qui se tenait assis à coté de la cousine, lui était inconnu sur lequel son regard se fit plus aigüe. Il contourna la table en souriant et se penchant vers la volaille rotie qui venait d'être amenée, subtilisa un morceau de blanc du bout des doigts. Un instant, sa manchette de dentelle blanche tachée de sang et de vin jura contre la nappe immaculée et sa voix s'éleva amusée, sans presque d'acidité. "Je vous salue Monsieur mon Frère. Ce déjeuner tombe à pic, je meurs de faim. Ma chère Bianca, je suis bien ravi de vous revoir, vous semblez forcie. Le mariage tend à vous réussir, bientôt vous ressemblerez à ces matrones qui tiennent leur maison à merveille." Il se laissa tomber sur la chaise qui lui était réservée et allongea les jambes loin devant lui sous la table, prenant une position alanguie des plus incorrectes. Son regard glissa sur Ines dont il avait surpris les derniers mots. "Allons Cousine, vous embarassez tout le monde à vouloir entrainer ce pauvre homme dans vos libertinages. Laissez respirer vos prises, donnez du mou à la ligne et vous... tirerez plus tard. Quand à vous, Monsieur, bien que je n'ai pas l'honneur de vous connaître, vous avez mon admiration incrédule à lutter ainsi, bravement et avec toute la pudibonderie du monde, contre les plaisirs inutiles et impies que l'on vous vante." Il mordit dans la chair blanche et chaude avant de la laisser tomber dans son assiette et porta à ses lèvres la coupe de vin qu'on venait de lui servir. Allons, il était au spectacle et si ce qui s'offrait là n'était pas aussi passionnant que la scène qu'il venait de quitter, il n'allait pour autant pas en perdre une miette. |
|  | | Muzio Barrozi Médecin

Nombre de messages: 724 Date d'inscription: 14/05/2005
 | Sujet: Re: La Salle à Manger Sam 3 Mar - 11:38 | |
| Salvanti, Degli Albizzi. Etait-il possible que les deux hommes rencontrés la veille, aussi différents l'un de l'autre que pouvaient l'être deux hommes, fussent des intimes du Prince di Grazziano ? Il imaginait... Oui, il imaginait aisément les 'récits exaltés' de Matteo. Tout aussi bien les 'remarques mordantes' de Iago. Il en était certain maintenant, ça ne pouvait être qu'eux. Ami d'Ugo pour l'un, à son service pour l'autre. Venise lui faisait l'effet d'une vaste toile d'araignée, où les fils étaient étroitement reliés et où se prenaient quelques proies, gesticulant dans un effort vain pour se libérer. Muzio entama la viande. Il fallait qu'il arrête les comparaisons.
Le Prince évoqua les masques, et le médecin se souvint comme il s'était raidi, la veille, en passant non loin de l'étrange personnage de la fontaine. 'Il paraît'... 'A ce qu'on m'a dit'... L'hôte charmant et le frère inquiet restaient un personnage politique, Muzio ne devait pas l'oublier.
Il fut tiré de sa réflexion par un mouvement brusque à ses côtés. La cousine s'était réveillée après un répit suspect. Et elle n'avait rien perdu de ses indignations théâtrales. Il les accueillit avec un sourire poli, un peu lassé à l'avance de lui répondre. Il n'y avait aucune cause sérieuse à défendre, et de toute façon Ines di Grazziano saurait retourner toute réponse à son avantage; c'était donc inutile de la formuler.
C'est alors que le benjamin des Grazziano fit son apparition. Le regard curieux de Muzio le fixa jusqu'à ce qu'il vînt s'asseoir. Raffaele semblait revenir d'une bagarre dans laquelle il avait triomphé. Le désordre de son apparence, la négligence qu'il affectait, le regard provocateur qui balayait les convives... L'image du garçonnet espiègle était définitivement enterrée. Ce jeune homme vulgaire et outrecuidant était-il réellement le frère des deux autres ?
Les yeux du médecin glissèrent sur le rebras taché de la manche, remontèrent dans le cou. Se rétablirent brusquement dans ceux de Raffaele. Il n'appréciait guère le ton condescendant du blondin effronté.« Je vous remercie de vous soucier ainsi de ma vertu, Monsieur. Néanmoins vous me permettrez de préciser les choses... Je ne lutte nullement par pudibonderie, ni n'entends être la prise de Madame votre cousine. » Le ton restait poli, mais sans trace d'amabilité. Les insolences vénitiennes commençaient à l'exaspérer.« Muzio Barrozi, médecin. » |
|  | | Bianca Grazziano Adorasti Princesse - Ca'Adorasti

Nombre de messages: 310 Statut: Modo Date d'inscription: 30/04/2005
 | Sujet: Re: La Salle à Manger Sam 3 Mar - 17:06 | |
| Alors que les serviteurs apportaient la suite du repas, Bianca écouta avec une attention modérée la réponse du médecin à son frère, lui expliquant ce qu'il aimait de Venise.
La princesse regarda distraitement la crème d'asperges, ce qui la plongea dans une rêverie discrète. Elle revoyait Elio goûter celle que Gabriella avait préparée et l'inciter à manger avant de se préparer pour le divertissement musical. Après cela, elle avait parlé avec Romana.. et puis... et puis la soirée s'était déroulée sans qu'elle ne voit le temps passer, jusqu'à ce qu'elle se réveille dans sa chambre avec de vagues échos de violons résonnant dans la tête.
Bianca soupira et la voix de son frère qui parlait à son tour des masques la ramena sur Terre."Hm ? Oh heu oui. Vraiment ?" demanda-t-elle pour tenter de se remettre dans la conversation.
La princesse sourit à sa cousine qui voulait rendre hommage à son caractère. Voilà qui changeait. Elle était plutôt habituée de sa part à un comportement inverse."Vous voyez, Ines, malgré nos caractères différents, il arrive que nous tombions d'accord." dit-elle en fixant sa cousine avec un léger sourire.
Laissant Ines s'insurger contre le comportement des hommes à leur table, la princesse se servit délicatement un morceau de volaille, décidant de ne pas toucher à la crème d'asperge qui décidément, ne la tentait guère aujourd'hui. Elle s'apprêtait à planter sa fourchette dans la chair blanche quand une agitation près de la porte lui fit tourner la tête.
Des cheveux pâles, des yeux clairs comme de l'eau...*Raffaele* Sur le coup, Bianca fit un mouvement pour se lever, un sourire radieux illuminant son visage de revoir son petit frère. Il avait un peu changé en un an, il avait grandi, peut-être mûri. L'adolescent avait laissé place au jeune homme.
Les sourcils de la princesse se froncèrent légèrement en voyant la mise légèrement négligée de son frère, mais elle ne perdit pas pour autant son sourire, trop heureuse de le revoir après tant de temps."Raffaele je suis également heureuse de vous revoir, cela faisait trop longtemps que nous ne nous étions.. pas vus..." La fin de sa phrase mourut sur ses lèvres à l'instant ou Raffaele finissait sa phrase. Forcie ? Matrone ? Le temps qu'elle réalise ces paroles, Raffaele s'était déjà assis à table... même si "assis" n'était pas le mot qui convenait vraiment le mieux...
Consternée, la princesse reposa sa fourchette, laissant intact le morceau de chapon qu'elle s'était servi. La raison pouvait être aussi bien qu'elle voulait éviter de finir par ressembler à une grosse matronne, que parce que son appétit s'était brutalement envolé.
Les mots aux forts sous-entendus qu'il prononça à Ines, la firent bondir."Raffaele ! Restez correct je vous prie !" s'exclama-t-elle d'un air plus horrifié que fâché.
Son regard clair se posa successivement sur la chevelure défaite, la dentelle tâchée de vin, la morsure au cou et la blessure à la main qu'elle remarqua quand il reposa son verre. Peut-être son frère avait-il été agressé et que cela expliquait son comportement déraisonnable."Raffaele..." reprit-elle d'une voix plus douce mais légèrement perdue."Vous me semblez blessé..." poursuivit-elle en désignant sa main d'un geste."Avez-vous reçu de mauvais traitements en visitant la ville ?" Cette fois-ci son ton était inquiet. |
|  | | Sole Cro Invité
 | Sujet: Re: La Salle à Manger Dim 4 Mar - 9:46 | |
| [ Les Jardins - L'Allée centrale ] Mêlée au ballet des serviteurs qui continuaient d'apporter de nouveaux mets servis dans une vaisselle aussi luxueuse qu'étincelante, Sole entra dans la salle à manger et se dirigea aussi discrètement que possible vers le prince Ugo.
Se courbant légèrement, aussi bien pour le saluer que pour que sa bouche atteigne son oreille, elle chuchota quelques mots." Pardon de déranger Monseigneur, mais je viens le prévenir que madame la marquise di Lucore, son invitée, vient d'arriver, et se trouve satisfaite de son installation. Elle doit être à l'instant même en grande conversation avec le seigneur Iago, dans les jardins de Monseigneur. " Elle se redressa, mains croisées derrière le dos, attendant respectueusement au cas où son maître aurait eu des ordres à lui donner, et là seulement elle autorisa son regard à se poser successivement sur les différents hôtes présents à table.
D'abord la princesse et l'inconnu qui l'accompagnait déjà quand elle était allée au salon leur proposer une collation, puis la marquise di Grazziano, aussi vive qu'à l'accoutumée, et enfin un jeune homme tout de rouge vêtu que Sole voyait pour la première fois et qui semblait faire fi de l'attitude guindée que tous les autres adoptaient.
Intriguée, elle se demandait déjà qui pouvait bien être cet original quand elle entendit la princesse Bianca le réprimander d'un air épouvanté qu'elle ne s'expliquait pas.
Raffaele? C'était là le petit frère qu'on avait attendu?* Drôle de bonhomme *, pensa simplement Sole en se perdant dans la contemplation silencieuse du repas servi à table, dont le délicieux fumet s'en exhalant commençait à titiller son estomac vide depuis l'aurore.
Ses pensées revinrent cependant à l'inconnu qui était arrivé avec la soeur du prince Ugo. Qui était-il? Pour être entrée dans la salle à manger bien après la sommaire mais raide présentation que maître Barrozi avait faite au cadet des Grazziano, elle n'en savait rien. |
|  | | Coriolan Invité
 | Sujet: Re: La Salle à Manger Dim 4 Mar - 20:49 | |
| Raffaele. Dieux que son frère avait le don pour faire des entrées théâtrales… Si Coriolano ne s’était pas pris la tête dans les mains avant de se frapper le front contre la table, c’était uniquement parce qu’il était un Prince, et qu’un prince ne se laisse pas aller à ce genre de débordement.
Il s’était contenté de le suivre du regard, la forme écarlate tournant autour de la table comme un chat autour de son assiette de lait. D’ailleurs il se saisissait d’une aile de poulet comme un chat et s’affalait sur sa chaise avec une nonchalance digne du félin qu’il semblait vouloir imiter.
Un chat avec pattes de velours et griffes. Il avait à peine prononcé quelques mots, mais déjà toute l’attention s’était reportée sur lui, et l’atmosphère d’amicale était devenue venimeuse. Bizarrement, les gamineries de Raffaele étaient toujours prises au sérieux. Coriolano n’y voyait pas une vrai attaque, mais le fait d’un enfant qui s’amuse à agiter un mouchoir rouge comme son habit devant les yeux d’un taureau. Selon lui il suffisait de ne pas être un taureau et de laisser le mouchoir s’agiter. Il n’arrivait pas à y voir autre chose.
Coriolano allait prendre la parole lorsque la voix de Sole lui parvint très clairement. Trop clairement presque. Là encore, Coriolano n’aurait pas tenu son rang de Prince depuis sa naissance, il aurait sans doute crié, sauté de sa chaise et hurlé que ça ne va pas, non de se mettre à murmurer comme ça à l’oreille des gens sans les prévenir, non ? Mais heureusement, il savait maintenant se contrôler et s’est tout juste s’il eut un battement de paupière un peu rapide. Sole était quand même diablement discret quand il le voulait…
Avant de répondre à Sole, presque comme s’il n’avait rien dit, Coriolano prit le temps d’intervenir dans la conversation qui risquait de prendre une tournure moins agréable si on la laissait faire."Et bien et bien… Je ne pense pas qu’il y ait besoin de se préoccuper trop de l’état de notre petit frère, chère Bianca… Si..." S'il y avait eu un grave danger, Raffaele serait sans doute revenu en se plaignant fortement au palais. C'était du moins ainsi que Coriolano imaginait son petit frère. Mais il n'acheva pas sa phrase. Elle pouvait être blessante devant des inconnus. Il avait commencé par poser une main apaisante sur celle de sa sœur et se tourna maintenant légèrement vers son frère, avec le sourire mi-ironique mi-blasé qu’il lui réservait presque exclusivement."Si j’en juge par la vivacité de vos propos ainsi que par la ravissante marque qui décore votre cou, l’état relativement déplorable de votre accoutrement ne vient pas d’une déconvenue essuyée dans la rue mais d’une rencontre d’un caractère plus agréable sans doute ? Il me semble que jamais vous ne vous parez avec fougue d’une désinvolture piquante d’étudiant de province autant qu’après une rencontre que certain qualifierait de galante…" Maintenant, les circonstances précisent qui avaient fait que Raffaele se trouve avec une main blessée, Coriolano préférait ne pas les connaître. Il risquait de l’apprendre bien trop tôt par une suite de récriminations qui seraient déposées au palais…
L’idée de demander à Muzio Barrozi de jeter un œil professionnel sur la main de son frère lui avait un instant traversé l’esprit. Mais il répugnait à utiliser ainsi un de ses invités. Et il faisait assez confiance dans l’honnêteté du praticien pour savoir que si son regard exercé remarquait une quelconque gravité dans la blessure, il proposerait lui-même ses services."Vous avez parfaitement reconnu le personnage, Monsieur Barrozi, mon frère, Raffaele di Grazziano, que j’espère, vous n’aurez pas à rafistoler trop souvent…" Maintenant que les présentations étaient réassurées, Coriolano se souvint que Sole était toujours derrière lui, droit comme un piquet, à attendre et sans doute à mourir de faim devant la nourriture étalée. Il lui fit signe d'aprocher d'un bref geste de la main, et lorsque le jeune homme fut de nouveau à sa hauteur, il lui murmura à son tour à l’oreille."Merci bien Sole, j’ai déjà vu la Marquise ce matin… j’aurais deux mots à te dire sur ce genre d’interruption tout à l’heure, reste dans les parages, mais tu peux aller manger en attendant…"Le message fut accompagné d’un léger sourire afin que le pauvre serviteur ne croit pas qu’une remontrance sévère l’attende et que son appétit en soit coupé.
Dernière édition par le Dim 19 Aoû - 22:44, édité 1 fois |
|  | | Monsieur l'Intendant Intendant - Ca'Grazziano

Nombre de messages: 14 Date d'inscription: 25/11/2006
 | Sujet: Re: La Salle à Manger Mar 6 Mar - 13:39 | |
| Deux coups rapides frappés à la porte, l'habituelle signature de l'Intendant. Quelques secondes s'écoulèrent, politesse élémentaire, avant que l'homme n'entre et ne s'incline. "Monseigneur, une dame se présente à l'instant pour réclamer Maître Barrozi au chevet d'un parent souffrant. Il semble que l'affaire soit urgente." S'inclinant à nouveau, il recula vers la porte mais son regard insistant était posé sur le médecin. L'homme ne s'autorisait en général aucune réflexion sur le mode de vie de ses maîtres, mais en cet instant il pensait qu'un déjeuner quelqu'il soit ne valait pas les souffrances dues à la maladie et que l'urgence était évidente.
Il sortit à reculons pour attendre le praticien et le conduire à l'embarcadère. |
|  | | Muzio Barrozi Médecin

Nombre de messages: 724 Date d'inscription: 14/05/2005
 | Sujet: Re: La Salle à Manger Mar 6 Mar - 19:56 | |
| A l'évidence, la sœur était plus à cheval sur la morale que le frère. Mmh... Que les frères. Alors que Bianca avait été longtemps sans revoir son cadet et aurait donc dû être plus compréhensive, elle avait été la seule à réagir spontanément pour lui faire remontrance. Ugo semblait au contraire s'amuser de l'incorrection de son frère et en cela Muzio trouvait avec lui un terrain de divergence. Un adolescent provocateur est un adolescent qui attend une réponse à ses provocations. Et la sévérité est parfois une réponse autrement plus bénéfique que l'affabilité, même que l'ironie. Bien sûr, Ugo attendait peut-être un comité plus réduit, un tête-à-tête, mais il serait un peu tard... Du moins, c'était l'avis du médecin.
Médecin qui inclina tout de même poliment la tête lorsque le Prince se chargea de conclure les présentations avec le talent de diplomate qu'on ne pouvait pas lui renier. Muzio avait à son tour remarqué la main blessée de Raffaele. Il aurait confirmé son hypothèse de bagarre si Ugo ne l'avait pas un peu éclairé de ses lumières mondaines. Le Prince soulignait avec désinvolture une rencontre... galante ? L'honneur de son cadet, ou l'honneur de sa famille, n'avait donc pas à souffrir de ce genre de propos ? Muzio était en terre inconnue, cela était clair.
L'élément perturbateur vint non pas de ce petit valet mais de l'homme nettement plus mûr qui les avait accueillis. On le demandait. Il lui sembla que son cerveau faisait un petit bond pour se remettre en place. Terre connue.
Muzio reposa sa serviette à côté de son assiette à demi pleine encore et se tourna spontanément vers Ugo. Il eut pour lui un sourire navré.« Je suis décidément un convive bien peu recommandable... Mais je vous remercie pour ce souper. » Il repoussa doucement sa chaise et se leva. Il s'inclina devant Bianca et Ines...« Mesdames... » ... Se redressa, posa les yeux brièvement sur Raffaele, puis salua les deux frères, particulièrement son hôte.« Veuillez m'excuser. » Il rejoignit l'intendant, passa récupérer sa trousse dans le salon, puis le suivit jusqu'à l'embarcadère où l'attendait sa messagère.[Le Grand Hall - Les Escaliers]
Dernière édition par le Mar 6 Mar - 22:25, édité 1 fois |
|  | | Coriolan Invité
 | Sujet: Re: La Salle à Manger Mar 6 Mar - 20:25 | |
| Quand l'intendant était entré, Coriolano avait ressentit une légère crispation. Que Sole ne soit pas encore parfaitement familier des usages, passe. Mais que Monsieur l'Intendant, si parfait, interrompe ainsi le dîner...
Lorsque la raison en fut énoncée, Coriolano eut un étrange mouvement de compassion pour cet homme qui ne pouvait même pas prendre un repas sans être dérangé, et qui pourtant ne semblait pas s'en plaindre. Afin de l'assurer complètement de sa sympathie, et parce qu'il avait deux mots à lui dire avant qu'il ne s'en aille, Coriolano se leva en même temps que le médecin."Je vous raccompagne, Monsieur." C'était peut-être un bien grand honneur pour un médecin, mais c'était un moindre geste par rapport au respect que Coriolano entendait témoigner à l'homme.[Je te suis]
Dernière édition par le Dim 19 Aoû - 22:46, édité 1 fois |
|  | | Ines di Grazziano Cousine du Prince - Ca'Grazziano

Nombre de messages: 42 Statut: Personnage Supprimé Date d'inscription: 15/08/2006
 | Sujet: Re: La Salle à Manger Mer 14 Mar - 18:32 | |
| Inès avait eu à peine le temps de finir sa phrase qu’une apparition toute de rouge vêtue fit irruption dans la salle à manger. La jeune femme aurait juré pouvoir reconnaître cette démarche entre mille, et elle leva sur son cousin un regard irrité avant même qu’il n’ouvre la bouche. Raffaele ne semblait pas avoir jugé bon de gratifier l’assemblé d’un semblant de politesse ; sa mise était négligée, ses cheveux défaits, et, si on en croyait la marque à son cou et la blessure qu’il portait à la main, ses premières rencontres vénitiennes n’avaient pas été des plus innocentes.
La marquise laissa échapper un léger soupir résigné en le voyant s’asseoir (ou plutôt se laisser tomber) sur la chaise vide qui l’attendait depuis le début du repas. A première vue, on aurait pu croire que son entré peu protocolaire était la cause d’une urgence, qui pousserait le cadet des Grazziano à devoir s’entretenir au plus vite avec son frère. Cette explication aurait eu le double avantage de rendre la présence du jeune éphèbe plus éphémère et d’éveiller la curiosité de la cousine. Mais les premiers mots de Raffaele balayèrent tout espoir et Inès observa la réaction des autres convives avec amertume, remarquant au passage l’évolution stupéfiante de la mine de Bianca au fur et à mesure des retrouvailles.
La Napolitaine releva les yeux vers le trouble fait alors qu’il s’adressait à elle pour lui donner des conseil… de pêche ? La marquise esquissa un sourire. Décidemment, maître Barrozi aurait eu le droit à toutes les comparaisons d’ordre subaquatique. Elle songea néanmoins que l’image de l’huître était plus judicieuse : le praticien était une espèce nouvelle de mollusque lamelliforme enfermé à double de tour dans sa coquille. « Ne soyez pas trop sévère Bianca, ce n’est rien. » Articula-t-elle, prise de cour par la vive réaction de sa cousine. « Je devrais remercier votre frère pour ses conseils en matière pêche, je ne doute pas que ce soit un sport qu’il pratique très souvent. Mais, de vous à moi Raffaele, je me permettrait de vous faire remarquer que maître Barrozi ici présent n’a rien d’un congre, ne vous en déplaise. » La conversation aurait eu quelques risques de s’envenimer sans la présence apaisante du maître de maison. Mais Ugo semblait incapable de se départir de son flegme (chose qu’il faudrait peut être vérifier à l’avenir d’ailleurs) et c’est avec une bienveillance toute fraternelle qu’il accueillit le nouveau venu, sans s’offusquer le moins du monde de ses propos ou de sa tenue.
L’entrée de l’intendant, venu quérir le médecin mit fin à ces présentations et retrouvailles à peine moins chaleureuses que la moyenne. Inès regarda le praticien se lever, un peu déçue. Maître Barrozi était un convive agréable et, à cet instant, il était devenu surtout une personne de plus à la table capable de contrebalancer le manque de civisme du cadet des Grazziano. Autant dire que la marquise crut frôler la crise cardiaque quand le maître de maison se leva à son tour pour le raccompagner. L’ambiance du déjeuner risquait de se dégrader légèrement. Elle garda cependant pour elle le regard implorant qu’elle aurait voulu lancer à Ugo gratifia Muzio d’un sourire presque entièrement sincère.« Ce fut un plaisir Monsieur, j’espère que nous aurons l’occasion de nous rencontrer de nouveau, peut être sans que le devoir ne vous rappelle à lui. » |
|  | | Raffaele di Grazziano Frère du Prince - Ca'Grazziano

Nombre de messages: 134 Date d'inscription: 12/11/2006
 | Sujet: Re: La Salle à Manger Jeu 15 Mar - 23:50 | |
| En fait de spectacle, Raffaele en avait connu de plus savoureux. Le jeu des acteurs était médiocre et la pièce sans intérêt. Il apparaissait que le texte même en était tellement inepte que les comédiens quittaient la scène avant la fin de l'acte. Le jeune prince se laissa aller contre le dossier de sa chaise, le verre à la main et croisa les jambes, appuyant son genou contre le bord de la table. Il eut un geste désinvolte envers Bianca et but une gorgée. Au moins le vin était fameux, ce qui relevait un peu le niveau du déjeuner. "Je sais, je sais, Bianca. Mes manières ne vous plaisent pas, elles vous plairont de moins en moins et je n'en ai cure. Pensez-vous que je doive suivre l'exemple que me donne mon ainé en quittant la table ainsi qu'il vient de le faire ? Oooh mais oui, bien sûr, lui est tout à fait dans son bon droit puisqu'il est chez lui. Il peut manquer à la plus élémentaire des politesses puisque personne ici n'oserait lui reprocher ses façons. N'est-ce pas, Cousine ? Vous même, qui vous laissez aller à tenter de séduire un hôte du prince à sa table, ne voyez-vous pas où le bât blesse quand vous tentez, fort maladroitement je me dois de vous le dire, de me reprocher mes mots ?" Une autre gorgée de vin et il reposa le verre puis tamponna ses lèvres avec une serviette brodée. "Dieu que vous êtes ennuyeuses. L'esprit de Venise, que j'ai eu le bonheur de croiser au Caffé Florian, semble ne pas être de mise ici. J'espère au moins que votre époux, qui a l'avantage de ne pas faire partie de cette famille atteinte d'apathie, a été mieux pourvu que vous ne l'êtes." Soudain il se redressa et se caressant le menton d'un air songeur, posa un regard ironique sur Ines. "Mais j'y pense, Cousine, peut-être souffrez-vous d'une sorte de maladie honteuse qui ne fait jour qu'en ma présence en vous donnant l'air et l'esprit d'un Sèvres alors que le reste du temps vous êtes une jeune femme vive et pleine d'initiative ?" Puis, se tournant vers Bianca avec un sourire très doux. "Quant à vous, ma chère soeur, il est tout à fait inutile que je vous pose une telle question, n'est-ce pas ? Nous savons tous que votre mollesse, au seuil de la somnolence, est naturelle. Et pour répondre à Ugo, bien qu'il nous ait quitté, les rencontres galantes sont le meilleur que l'on puisse espèrer et s'il s'en passe ou les évite, j'en suis fort contrit pour lui." |
|  | | Coriolan Invité
 | Sujet: Re: La Salle à Manger Lun 19 Mar - 18:42 | |
| [Etage Inférieur - le hall] Coriolano avait ouvert la porte au moment où Raffaele parlait de lui et il répondit en s'asseyant."Hé mon frère, vous oubliez que ce genre de rencontres n'a plus le moindre intérêt pour moi depuis que la femme idéale m'a été destinée." Il fit signe que l'on pouvait enlever son assiette pourtant encore remplie. Il faudrait qu'il pense à aller rassurer le cuisinier sur la qualité de ses plats plus tard."Je plains notre médecin. Quel désagrément tout de même, de devoir toujours travailler... " Coriolano balaya la pensée de sa main et se tourna de nouveau vers Raffaele, alors que l'on apportait la fin du repas."Et bien, Raffaele, auriez-vous déjà un récit épique à nous faire autour de cette glorieuse blessure ?"
Dernière édition par le Dim 19 Aoû - 22:48, édité 1 fois |
|  | | Bianca Grazziano Adorasti Princesse - Ca'Adorasti

Nombre de messages: 310 Statut: Modo Date d'inscription: 30/04/2005
 | Sujet: Re: La Salle à Manger Lun 19 Mar - 21:10 | |
| Bianca avait espéré une réprimande, même légère, voire un mot d'Ugo, pour remettre Raffaele à la place qui était la sienne. Ugo était l'aîné, il se devait de faire régner l'ordre et un minimum de savoir-vivre chez lui. Malheureusement, après lui avoir jeté un regard plein d'espoir, elle avait constaté que son frère restait impassible, ayant visiblement décidé de ne pas entrer dans le jeu de Raffaele. Chose qu'elle ne comprenait pas. Même si c'était ce que souhaitait son petit frère, le laisser avoir de telles paroles autour d'une table était inconcevable à ses yeux ; tant parce que les paroles étaient blessantes que parce qu'elle refusait cette image là de Raffaele.
Bianca pensa un instant qu'Ugo, plutôt que de la défendre verbalement, essayait de la protéger en la laissant se défendre elle-même. C'était une possibilité oui, mais si c'était le cas, c'était déstabilisant. La vue de la volaille lui devint soudain pesante et la princesse posa ses doigts sur ses yeux. Non, c'était absurde. Raffaele voulait attirer l'attention sur lui, et Ugo ne voulait pas entrer dans son jeu, voilà tout. Mais on en revenait au point de départ, Bianca trouvait cela inconcevable de la part des deux princes et inadmissible lors d'un dîner de famille.
Un valet qu'elle n'avait pas vu entrer se pencha alors à l'oreille d'Ugo, certainement pour le mettre au courant de certaines choses importantes. Enfin la voix d'Ugo s'éleva, lui redonnant un brin d'espoir. Bianca rouvrit les yeux et le regarda alors qu'il venait de poser une main apaisante sur la sienne avant de s'adresser à Raffaele. Mais pas de reproche, ni de réprimande, pas même l'expression la plus infime de son désaccord... juste un sourire lassé.
Bianca se sentait perdue. Jamais elle ne se serait imaginé que Raffaele avait acquis un tel caractère et qu'Ugo le laisse ainsi prendre le mauvais chemin sans rien faire ni rien dire. Même sa cousine lui recommandait d'être moins sévère. Alors fallait-il le laisser ainsi ? Le voir se perdre dans un comportement intolérable et le laisser salir sa réputation de prince ainsi que celle de la famille ?
Bien sûr, elle avait reçu des lettres de sa mère, lui exposant quelques faits malencontreux survenus autour de leur petit frère mais Bianca se rendait maintenant compte qu'elle avait certainement enjolivé les choses et ne lui avait clairement pas tout raconté.
Et voilà que l'intendant venait annoncer que le médecin devait s'en aller pour une urgence. Bianca avait pensé un instant se raccrocher à lui comme une bouée de sauvetage, cherchant dans son regard le réconfort d'avoir quelqu'un du même avis qu'elle. Mais elle comprenait. Si l'affaire était réellement urgente, une vie était plus importante qu'un repas. Bianca regretta franchement l'absence de son époux. Lui, aurait très certainement su quoi dire à Raffaele.*Non il n'aurait rien dit.. * se contredit-elle aussitôt.
Il aurait été amusé de voir à quel point un membre de sa famille était peu recommandable. Non c'était mieux qu'il ne soit pas là et qu'il ne voit rien de cette scène. Ses pensées s'embrouillaient et Bianca décida de penser à autre chose. Certainement que son frère allait se calmer après avoir mangé un peu. Tandis qu'Ugo décidait de raccompagner le médecin, Bianca se servit un verre d'eau. Elle avait la gorge sèche et un arrière-goût amer dans la bouche.
Mais c'était sans compter l'énergie que possédait Raffaele qui visiblement était bien décidé à gâcher définitivement le repas. A peine Ugo était-il sorti de la pièce que la voix emplie de sarcasmes de Raffaele s'éleva de nouveau. Bianca inspira profondément et lentement pour s'apaiser. Elle sentait monter en elle un sentiment extrêmement rare chez elle mais qui, lorsqu'il venait, s'avérait excessivement violent."Ugo raccompagne son invité jusqu'à l'embarcadère, je ne vois vraiment pas ce que vous trouvez d'impoli dans cet acte, Raffaele, comparé aux propos que vous tenez !" rétorqua-t-elle sèchement en reposant son verre d'eau si brusquement que plusieurs gouttes en jaillirent pour venir humidifier la nappe.
Mais de nouveau une pluie de paroles blessantes, dédaigneuses et odieuses s'abattit sur les deux jeunes femmes, chacune leur tour. Bianca eut l'impression d'avoir raté une inspiration ou une expiration tellement l'air lui manqua sur le coup. Les yeux fixés sur son petit frère, elle ne prit même pas conscience qu'Ugo était de retour. Frappant la paume de sa main sur la table, faisant trembler la vaisselle et renverser son verre, Bianca se leva brutalement en criant, image qu'on était très loin de connaître d'elle sauf en de très rares occasions."Ca suffit ! J'en ai assez entendu ! Qu'avons nous donc fait pour vous inspirer autant d'antipathie ?! J'étais heureuse de vous revoir Raffaele mais vous avez changé ! Qu'êtes-vous devenu à part cet être qui se complait dans la médisance et la moquerie même envers sa propre famille ?! Il y a une différence entre mollesse et bienséance, mais évidemment vous ne pouvez pas le savoir étant donné que la bienséance est une chose que vous ne connaissez pas ! Quant aux matronnes, aussi fortes soient-elles, ont plus de mérite que vous, car elles au moins, savent faire quelque chose de leur vie ! Mieux vaut être ennuyeux que de vous ressemblez Raffaele ! Vous faites honte à tous ceux qui étaient prêts à vous entourer et vous accompagner ! Quant à mon époux, il n'a rien à vous envier ! La comparaison n'est même pas envisageable ! Ne me demandez pas de choisir entre vos deux compagnies celle que je préfère, vous seriez surpris de la réponse !" Tournant la tête vers Ugo, elle poursuivit sur le même ton, mais la moue de dégoût en moins."Quant à vous Ugo, vous avez décidé d’ignorer le comportement insultant de votre frère pour une raison que j’ignore ou qui me dépasse ! Mais sachez que tant que vous ne ferez rien pour remédier à cela, je ne pourrai rester ici une minute de plus et en supporter d’avantage !" Elle recula sa chaise d’un geste vif et se dégagea de la table."Je vais prendre l’air ! Si l’envie vous prend de tenter enfin de raisonner cet énergumène, je vous souhaite bon courage ! Et inutile de me suivre, je préfère rester seule !" ajouta-t-elle, sachant pertinemment qu’Ugo aurait très bien pu vouloir la suivre pour la tempérer.
Un valet lui ouvrit précipitamment la porte et la princesse disparut dans le couloir.[Les Jardins - La Roseraie] |
|  | | Ines di Grazziano Cousine du Prince - Ca'Grazziano

Nombre de messages: 42 Statut: Personnage Supprimé Date d'inscription: 15/08/2006
 | Sujet: Re: La Salle à Manger Mar 20 Mar - 19:20 | |
| A peine le prince avait-il quitté la pièce que les mots doux de son cadet remplaçaient son timbre grave et posé. Il fallait rester digne, cependant, et ne pas envoyer, tant que cela restait possible, la cruche de vin s’écraser contre le crâne de Raffaele. L’épreuve fut particulièrement difficile, mais ce furent les mots adressés à Bianca qui déroutèrent le plus la marquise. Elle se doutait que le plus jeune des frères n’était doux et aimable qu’une fois imbibé d’alcool et à moitié assommé, mais elle resta tout de même sans voix face aux commentaires acerbes qu’il adressa à la princesse. Qu’il rejette toute forme de politesse était un fait, mais ne fallait-il pas détester sa sœur pour la traiter de la sorte ? Le retour d’Ugo, toujours souriant et calme, détonna clairement dans la tournure qu’avaient pris les évènements, mais il n’eut pas son habituel effet analgésique : le cadet des Grazziano avait épuisé la patience et la douceur de l’épouse Adorasti et la jeune femme s’était levée, hors d’elle, débitant un impressionnant réquisitoire à l’encontre de son frère avant de sortir sans une hésitation. Il y eut un instant de flottement dans la salle, et Inès ne parvint pas à détacher son regard du point ou la princesse venait de disparaître.« Mon cher cousin, » souffla-t-elle d’une voix glaciale, « pour répondre à votre précédente question, le manque d’esprit que vous déplorez chez moi, s’il ne vient pas tout simplement de la profonde différence qui existe entre nos deux conceptions de l’intelligence, doit être du à l’amour immodéré que je vous porte et qui m’ôte, en votre compagnie, absolument tous mes moyens. » Elle se tourna vers Raffaele, le regardant sans le voir d’un air parfaitement détaché. «Vous n’êtes pas sans connaître la grande admiration des jouvencelles de mon âge pour les agréables manières, la bonne éducation, la distinction et les mises élégantes ; en tant qu’illustration parfaite de toutes ces valeurs, vous ne pourriez donc douter de la totale sincérité de mes sentiments. D’ailleurs, pour parfaire le portrait que vous avez de moi, j’ajouterais qu’il me tarde de remonter dans mes appartements pour pouvoir enfin couvrir une ou deux pages d’absurdités mielleuses concernant vos yeux profonds, vos cheveux légers et la totale désinvolture avec laquelle vous êtes capables d’agresser toutes les créatures qui se trouvent sur votre chemin. S’il vous vient un jour à l’idée de compulser ses pages, vous les trouverez sous mon oreiller, à coté des lettres galantes transpirantes de niaiserie que je ne vous écrirais jamais. » Elle posa son regard sur la grande horloge qui ornait un des murs de la pièce et sa voix se fit un peu plus animée.« Diantre ! Ces confessions m’ôtent d’un poids que vous ne pourriez appréhender ! Votre cuisinier est un saint homme Ugo, le repas était délicieux. » Acheva Inès en portant l’estocade à son dessert avant de repousser sa chaise. |
|  | | Raffaele di Grazziano Frère du Prince - Ca'Grazziano

Nombre de messages: 134 Date d'inscription: 12/11/2006
 | Sujet: Re: La Salle à Manger Mer 21 Mar - 20:27 | |
| Raffaele tourna la tête vers Ugo qui s'était finalement décidé à rejoindre ses hôtes. Il était admirable de constater combien les convenances, qu'on lui reprochait sans cesse d'ignorer, étaient copieusement négligées par ceux-là même qui lui faisaient la leçon. Et qu'on lui explique qu'un prince raccompagnant un fournisseur (car c'était bien de cela dont il s'agissait, un médecin, à peine plus qu'un valet) à la porte du palais était dans les usages, ne laissait pas de l'amuser. "Je ne vous savais point aussi sentimental, Ugo. Ainsi vous réservez vos énergies pour une seule femme, une femme que vous n'avez pas vous même choisie. J'hésite à trouver cela fort drôle ou tout à fait idiot. De ce fait, je ne vous exposerai pas ce qui m'a valu cette blessure, vous ne seriez pas en mesure de comprendre et je trouverai fastidieux de devoir vous éclairer." Et puis Bianca s'emporta. Pour être tout à fait exact, elle explosa. De façon tellement soudaine, que le jeune prince en resta un instant sans voix. Un déferlement de reproches jaillit de la jolie bouche rose en un flot tellement rapide que Raffaele ne tenta même pas d'en saisir tous les mots. L'idée générale était qu'elle n'appréciait pas sa façon de se conduire, ni sa façon de s'exprimer, ni sa tenue, ni ni ni... Il eut la tentation de répondre mais déjà elle se tournait vers Ugo et s'en prenait à lui sur un ton à peine moins élevé. Hésitant entre intérêt et lassitude devant le spectacle qui s'offrait à lui, le jeune homme haussa les sourcils. Enfin elle se tut et il inclina la tête avec grâce avant d'applaudir, ses mains claquant de façon espacées par trois fois. "Quel éclat ma soeur ! quelle magnifique interprétation vous nous offrez ! Bravo vraiment, il est rare de pouvoir admirer une telle artiste d'aussi prés." Mais il n'avait pas fini sa phrase que déjà, dans un mouvement d'humeur théâtral propre à son sexe, elle quittait la table et sortait de la pièce. "Mais non, revenez Bianca ! N'abandonnez pas ainsi votre public !" Ce fut le moment que choisit Ines pour apporter sa pierre à l'édifice du grotesque qui s'assemblait sous le regard déjà conquis de Raffaele. Elle partit dans une longue tirade vantant l'intelligence des femmes et plus particulièrement la sienne, pour tenter ensuite de ne pas se perdre dans ce qui se voulait un discours ironique. Il sourit et sa voix s'éleva, charmante et aimable. "Mais vous vous méprenez, chère Cousine, je ne vous posais aucune question. J'affirmais et mon ton était plus incrédule qu'interrogatif comme je n'arrivais pas à imaginer qu'une personne telle que vous existât en dehors des romans à deux sous dont raffolent les femmes de chambre. Bien que votre partie de la pièce n'égale pas celle tenue par ma soeur, je serai indulgent et vous accorderai votre part des applaudissement car je me doute bien qu'il n'est pas facile de jouer les seconds couteaux. Mais allez, vous ne vous en êtes pas si mal tirée. Il est juste dommage que l'auteur de l'oeuvre dont vous nous avez régalé soit à ce point médiocre, une prochaine fois trouvez un homme de théâtre au talent plus prometteur, cela sera porté à votre crédit." Lançant sa serviette brodée sur la table, il se leva. "Allons, vous m'avez bien diverti, mais il ne faut point abuser des bonnes choses au risque de se lasser." Il fit quelques pas vers la porte. Arrivé là, il se tourna vivement vers son frère et sa cousine. "Je vous laisse donc répêter à votre guise votre second acte, pour ma part je crains de m'exposer à une indigestion si j'en avale un mot de plus." Une pirouette, un envol de basques écarlates et la porte se referma sur lui. [Ailleurs - J'éditerai] |
|  | | Coriolan Invité
 | Sujet: Re: La Salle à Manger Ven 23 Mar - 15:53 | |
| Diable... Il aurait dû le prévoir. Un malheur n'arrive jamais seul. D'abord le médecin qui se révélait un traître, puis son frère qui visiblement tenait des discours suffisamment irritant pour que Bianca se fâche, et Bianca elle-même qui s'en prenait à lui...
Non Bianca devait simplement être fatiguée, perturbée. Elle ne pouvait pas être contre lui, ce serait trop... C'était impossible. Voilà que son frère et sa sœur venaient de quitter avec le même brio théâtral la salle. Restait Inès. Coriolano repoussa son assiette."Je ne manquerai pas de faire part de vos compliments aux chefs, Cousine..." Coriolano se leva et se dirigea vers les portes-fenêtres qui donnaient sur le jardin. Il venait juste de réaliser quelque chose de crucial. Si les Adorasti avaient déjà mis les pièces de leur échiquier en place, il était possible, voir fort probable, qu'ils aient déjà placé quelqu'un à l'intérieur même de sa demeure. Parmi les serviteurs, c'était le plus simple, mais il y avait fait attention et la plupart l'avait suivi de Naples. Il y avait le nouveau maître d'armes, bien sûr, mais apparemment il venait d'arriver. Parmi ses invités, il connaissait tout le monde. Il n'y avait qu'une seule personne qui était une parfaite inconnue chez lui : Lara del Core. Coriolano regarda un moment sa cousine, hésitant, avant de se décider à parler tout de suite."Inès... Puisque nous en sommes à dire les choses que l'on préférerait ne pas avoir à dire... il faut que vous sachiez que l'on m'a appris que la jeune femme que vous avez choisie pour demoiselle de compagnie n'était pas connue de vous avant votre arrivée à Venise." Son regard qui avait suivi de loin la silhouette de sa sœur dans le jardin se reposa sur sa cousine."Je ne vous fais aucun reproche, et je vous fais confiance, néanmoins... je suis étonné que vous ayez fait entrer dans ce palais une personne qui vous est inconnue. Vous savez mieux que n'importe qui que le nom de Grazziano suscite parfois des passions contraires. Je ne m'exprime pas clairement je crois... Ce que je veux dire est que je vous fais confiance : puisque vous jugez Mademoiselle del Core assez fiable pour la faire entrer dans cette maison, je la traiterai de même. Mais s'il se révélait que cette fiabilité est une illusion... J'aurais sans doute du mal à ne pas vous tenir responsable des inconvénients qu'elle pourrait causer." Coriolano sourit chaleureusement à sa cousine, comme pour balayer l'hypothèse d'une catastrophe. En même temps, si les Adorasti avaient déjà à leur solde le médecin, ils pouvaient très bien avoir déjà placé Lara del Core auprès d'Inès. Mais de cela, Coriolano préférait ne pas encombrer l'esprit de sa Cousine. Son regard s'enfuit de nouveau vers le jardin."Cela simplement pour que vous soyez vigilante. J'aurais voulu vous offrir un séjour plein de charmes et de jeux, mais il semblerait que Venise empoisonne tout et ne laisse... Bianca !" Coriolano venait de voir sa sœur s'effondrer. Sans rien ajouter de plus, il sortit en courant de la pièce.[Le Jardin] |
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