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Pourpre Du Bout des Doigts

Inscrit le : 11 Avr 2005 Messages : 379 Statut : Admin
| Sujet: La Salle à Manger Lun 9 Mai - 0:16 | |
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|  | | Coriolan Invité
| Sujet: Re: La Salle à Manger Mer 7 Fév - 20:58 | |
| [Le Grand Salon]
Coriolano entra, Bianca au bras, dans la Salle à Manger. La pièce était grande, lumineuse, joyeuse. La table était mise avec toute la qualité nécessaire pour la demeure d'un prince, mais il en ressortait une impression chaleureuse et familiale.
La table avait juste la taille qu'il fallait pour accueillir cinq personnes. Coriolano sourit intérieurement. Décidément, Monsieur l'Intendant était quelque de formidable. En entrant, il glissa la main derrière une tapisserie, tirant un cordon qui lançait en cuisine le signal que le service pouvait commencer.
Coriolano se plaça et invita d'un geste de la main ses convives et amis à s'asseoir.
"Je ne sais pas ce que notre cuisinier à préparé. Il prétend que lorsque l'on a la surprise, on apprécie mieux. Il est toujours difficile de contrarier les artistes..."
Dernière édition par le Dim 19 Aoû - 23:50, édité 1 fois |
|  | | Bianca Grazziano Adorasti Princesse - Ca'Adorasti

Inscrit le : 30 Avr 2005 Messages : 310 Statut : Modo
| Sujet: Re: La Salle à Manger Jeu 8 Fév - 0:56 | |
| [Bibliothèque via le Grand Salon]
Soulagée de voir que la colère d'Ugo s'était totalement volatilisée, Bianca avait reposé ses mains sur celles de son frère en l'écoutant. Visiblement, elle avait fait fausse route et l'allusion d'Ugo sur Cléopâtre n'avait été qu'une simple image sans arrière-pensée. De toute manière, c'était totalement absurde. Que ferait son époux avec une courtisane ? Bianca avait grincé des dents alors que la réponse s'était imposée d'elle-même.
Ce fut très volontiers que son attention s'était tournée vers des pensées plus agréables alors qu'elle prenait entre ses doigts la lettre de son père. Un sourire s'était dessiné sur ses lèvres à la lecture des quelques mots qui la concernaient. Une légère vague de culpabilité l'avait traversée en lisant la confiance qu'il avait. Etait-elle à la hauteur des espoirs qu'il plaçait en elle? Elle en doutait encore. Il lui faudrait certainement encore du temps pour se faire à tout cela.
"Merci Ugo." avait-elle dit en repliant la lettre du bout des doigts.
Elle s'était relevée à son tour et avait suivi son frère jusqu'au salon où elle avait retrouvé sa suite, sa cousine et une autre dame qu'elle ne connaissait pas.
A leur arrivée, Inès était en grande conversation. Elle savait sa cousine douée pour parler avec grande éloquence devant une assistance, qu'elle soit restreinte ou plus importante, alors qu'elle-même préférait écouter et observer que prendre la parole. Sur ce point, elles ne se ressemblaient pas.
La princesse avait cherché à croiser le regard de Gaetano pour lui offrir un sourire rassurant. Elle se doutait qu'il ne devait pas vraiment se sentir à sa place alors qu'elle était heureuse qu'il l'ait accompagnée.
Elle avait ensuite suivi Ugo jusqu'à la salle à manger, tenant toujours le bras de son frère qui l'y menait. Elle comprit que Raffaele n'était pas au palais et espérait le voir très vite.
La princesse se surprit à regretter l'absence de son époux, non pas pour faire étalage à ses yeux de la beauté de Ca'Grazziano, les deux palais se valaient en prestige, mais même si Elio n'était pas l'époux qu'elle aurait souhaité, être mariée à lui était une fierté. Et puis cela lui aurait également évité la contrariété de le savoir occupé elle ne savait où et avec elle ne savait qui.
Bianca essaya de se raisonner. Elio n'était pas là, elle n'avait pas à supporter son regard, sa froideur et son jugement. Elle était chez son frère et comptait bien profiter de ce moment agréable. A l'invitation de son frère, elle s'assit à la place qu'il lui désigna. Elle sourit légèrement à l'évocation du menu... elle n'avait pas vraiment faim. _________________ Le mariage est comme le tiret en imprimerie : il sépare et relie. |
|  | | Pourpre Du Bout des Doigts

Inscrit le : 11 Avr 2005 Messages : 379 Statut : Admin
| Sujet: Re: La Salle à Manger Jeu 8 Fév - 21:45 | |
| | Le tour de post pour ce sujet est libre, la conversation doit rouler sans entrave. |
|  | | Ines di Grazziano Cousine du Prince - Ca'Grazziano

Inscrit le : 15 Aoû 2006 Messages : 42 Statut : Personnage Supprimé
| Sujet: Re: La Salle à Manger Ven 9 Fév - 22:10 | |
| [Le grand Salon]
Inès pénétra dans la salle à manger, suivant docilement le prince et sa sœur après avoir adressé une légère révérence et un grand sourire aux invités restés dans le Salon. Elle balaya distraitement la pièce des yeux, notant la lumière chaleureuse qui mettait en valeur l’aspect accueillant de la salle et une expression amusée se peignit sur son visage.
« Est-ce vous qui avez décidé de l’agencement des pièces Ugo ? Votre Palais est magnifique, il est pourtant plus traditionnel de laisser les femmes en charge de la décoration. N’avez-vous pas eu besoin d’aide pour vous installer dans une si vaste demeure ? »
Elle s’assit à la place qui lui était désignée, prononçant sa remarque d’un ton badin avec un regard interrogateur pour son cousin avant de reporter son attention, un petit instant, sur Bianca.
La jeune femme semblait aller nettement mieux, et ses traits, bien qu’encore un peu altérés, s’étaient partiellement départis de l’angoisse dont ils témoignaient un peu plus tôt. L’entrevue entre la princesse et de son frère semblait avoir permis d’évacuer quelque peu le trop plein de sentiments auxquels la cadette avait été soumise. La Napolitaine eut une pensée amère pour l’homme responsable de ces tracas… il n’était pourtant pas rare qu’un époux prenne des maîtresses, et puisqu’il s’était installé dans la ville du libertinage, il aurait été étonnant qu’Elio Lacryma Adorasti n’en fasse de même. Après tout, lui non plus n’était pas tenu de s’enticher de la femme qu’on avait choisie pour lui. Cependant, Inès se refusait à ressentir de la sympathie pour celui qui ne percevait même pas la détresse de sa compagne. Après tout, Bianca avait tout du jeune oiseau frêle et attendrissant, n’est-ce pas ? Ne fallait-il pas être cruel pour ne pas ressentir le besoin pressant, en la voyant, de la secourir aussitôt en enseignant à cet être plein d’innocence les bases pour échapper à ce monde cruel ? Le visage de la princesse était pourtant criant de vérité : c’était d’un preux chevalier aimant et serviable dont elle avait besoin, pas d’un mari ! La cousine di Grazziano retint un soupir de mélancolie. Evidemment, il était possible qu’elle soit légèrement aveuglée par l’image d’angelot sans défense qu’elle avait gardé de sa parente depuis son enfance… Mais était-il envisageable que Bianca ait changé ? Après un regard rapide à l’objet de ses réflexions, elle décida que la réponse à cette question rhétorique serait, jusqu’à preuve du contraire : Non.
Satisfaite de cette conclusion, elle la relaya dans un coin de son esprit pour revenir à la conversation qu’elle devait se faire un devoir d’animer au mieux.
« Ainsi, nous allons avoir l’honneur de découvrir la surprise du chef ! Je suis impatiente de goûter cela. Mais… » elle jeta un regard à la chaise qui restait vide autour de la table. « Votre très aimable frère ne devait-il pas nous faire le plaisir de nous gratifier de sa présence ? » S’enquit-elle, plus intriguée qu’inquiète. _________________ "Pour être heureux en vivant dans le monde, il y a des cotés de son âme qu'il faut entièrement paralyser." Chamfort |
|  | | Muzio Barrozi Médecin

Inscrit le : 14 Mai 2005 Messages : 710
| Sujet: Re: La Salle à Manger Ven 9 Fév - 23:24 | |
| [Le Grand Salon]
Muzio n'avait pas fini de s'étonner. A peine avait-il eu le temps de s'habituer à l'idée d'un dîner en petit comité, à peine la porte franchie, que son regard se posa sur les cinq places préparées. Cinq, pas une de plus. Cinq, comme le frère, la soeur, la cousine, le frère absent... le médecin. C'était tellement incongru. A la limite un médecin de famille connu et apprécié depuis des années... Mais un homme rencontré la veille ! Mais il avait une mission, il ne devait pas l'oublier. Le regard d'Ines di Grazziano passait, brièvement mais régulièrement, sur sa cousine. Avait-elle, elle aussi, était chargée par le Prince de surveiller les humeurs de Bianca ? Ou son coeur de cousine l'avait-elle simplement avertie d'un changement ?
Pour le moment en tout cas, il n'y avait pas de doute. L'enthousiasme de la veille contrastait singulièrement avec la retenue du jour. Sans tirer de conclusion hâtive, Muzio résolut d'être doublement attentif durant le repas, sans surcharger cependant la Princesse de ses regards.
Ugo di Grazziano paraissait à l'aise dans son rôle d'amphitryon. Sa cousine n'était pas la dernière à lui donner la réplique, et le tout prenait cette atmosphère chaleureuse que devaient avoir les repas de famille. Certains, du moins. Le médecin laissa de côté toute fausse pudeur et s'assit. Lorsqu'Ines évoqua le frère absent, la curiosité de Muzio s'éveilla. La dame de compagnie n'avait pas pu lui répondre, et le flou restait total sur l'âge et la situation du dernier Grazziano. Enfin, dernier... Les surprises n'étaient peut-être pas finies. Il nota en tout cas la clémence familiale: l'enfant explorait la ville sans souci de l'horaire du dîner, voilà que n'auraient pas accepté tous les maîtres de maison. La réponse d'Ugo l'intéressa donc particulièrement. Ne disait-on pas 'bien connaître pour bien soigner', après tout ? Quoiqu'il en soit, c'était ce qu'il disait lui.
Lui qui n'avait jamais faim se sentait un peu d'appétit. En fait, il n'avait pas mangé depuis... la veille, à midi. Il pourrait ainsi faire honneur à la surprise du cuisinier. L'appétit allant de pair avec une bouffée de détermination sociale, Muzio résolut de ne pas offenser ses hôtes d'un mutisme. Certes, il avait le caractère plus enclin à l'écoute, mais le son d'une voix sur quatre pèse. Il s'adressa à Ines.
« Vous parliez de Venise, Madame, et je vous ai laissé entrevoir peut-être une déception... Soyez sûre, dans tous les cas, d'y trouver l'occupation. Il ne se passe guère de jours sans fête, il me semble. Les rues, d'ailleurs, ne parlent aujourd'hui que d'un certain bal qui aura lieu ce soir. Ira-t-on dès le début ? Le couvre-feu aura-t-il été retardé ? »
Il eut un sourire amusé et les phrases suivantes ressemblèrent à une taquinerie respectueuse.
« Venise est bavarde. En cela, peut-être, se compare-t-elle aux femmes... ? »
*A certaines, tout au moins.* _________________ Une mauvaise herbe est une plante dont on n'a pas encore trouvé les vertus. |
|  | | Coriolan Invité
| Sujet: Re: La Salle à Manger Dim 11 Fév - 14:51 | |
| Coriolano avait répondu par un sourire à la remarque de sa cousine. C'était bien elle de tout de suite remarquer les petites choses qui divergeaient de la norme. Oui Coriolano était pour l'instant à la fois le Maître et la Maîtresse de sa demeure. A vingt-huit ans il n'était toujours pas marié. Pas que cela soit une exception. Les hommes peuvent se marier quand bon leur semble. Mais il était vrai que l'on attendait auprès d'un Prince déjà en charge d'un palais et d'une partie des affaires de son père, une présence féminine.
Ceux qui le tenaient en haute estime disaient qu'il avait raison de prendre son temps dans un sujet aussi délicat que le mariage. Certaines jeunes filles romantiques murmuraient que pour un Prince aussi parfait, il fallait une princesse parfaite, et que malheureusement, cela se faisait rare... Ceux qui aimaient faire courir des rumeurs un peu désobligeantes disaient qu'il avait sans doute déjà un enfant quelque part d'une femme qui le menait par le bout du nez. Ces adversaires les plus désagréables laissaient courir le bruit qu'il ne saurait de toutes les façons pas quoi faire de quelqu'un dans son lit étant donné qu'il lui manquait ce qui était nécessaire pour faire un homme entier.
Coriolano laissait courir et ne faisait rien qui puisse donner raison à aucune de ces parties.
Sa cousine d'ailleurs changeait déjà de sujet pour s'intéresser à Raffaele, et le médecin parlait du bal de ce soir. Coriolano rit légèrement à la taquinerie de Barrozi et sans le savoir reprit mot pour mot les paroles qui avaient traversé l'esprit de l'homme.
"A certaines, tout au moins ! Car attribuer le bavardage à tout le beau sexe, et à lui uniquement serait sans doute faire preuve d'impartialité...
En ce qui concerne le couvre-feu, il sera sans doute repoussé comme cela se passe généralement en ces occasions."
Il reposa son regard sur sa cousine.
"Quant à Raffaele, vous connaissez son caractère indépendant Cousine... Je crains qu'il n'en fasse qu'à sa tête et que sa tête ne nous trouve bien ennuyeux."
Le petit sourire indulgent et rieur qu'il avait donnait à ces mots une légèreté badine qui convenait bien à un grand frère parlant de son cadet.
"Il est probablement en train d'explorer et en perd la notion du temps."
En disant "explorer", Coriolano pensait à "explorer la ville" et était loin d'imaginer qu'il s'agissait plutôt "d'explorer le corps du meilleur ami du pire ennemi de notre père", et qu'à l'instant où il disait cela Raffaele était en train d'éprouver une convoitise sans borne non pour une babiole quelconque mais pour les lèvres du-dit homme. Mais enfin, le résultat était le même. Le premier plat arriva à ce moment, une salade de mâche et raiponce, disposée et assaisonnée avec art.
"Mais je vous en prie, il nous rejoindra quand il le voudra. Commençons sans lui !"
Dernière édition par le Dim 19 Aoû - 23:51, édité 1 fois |
|  | | Ines di Grazziano Cousine du Prince - Ca'Grazziano

Inscrit le : 15 Aoû 2006 Messages : 42 Statut : Personnage Supprimé
| Sujet: Re: La Salle à Manger Lun 12 Fév - 23:38 | |
| (je poste maintenant car j’ai peur de ne pas pouvoir le faire rapidement et de bloquer le jeu, si ce message nécessite une édition après celle du post d’Ugo, je corrigerais.)
Une étincelle de vive gaieté brilla un instant dans le regard d’Inès alors qu’elle entendait le médecin évoquer un bal populaire, dont elle n’était pas au fait, et qui, semblait-il, mettait toute la ville en émoi. Un bal en plein air ; une de ces festivités bigarrées ou se pressent à la fois la petite noblesse, la plèbe et la royauté, formant une foule étrange et hétéroclite, sans identité et privée en partie du support rigide de la hiérarchie sociale. D’autant plus, pensa-t-elle, qu’on était à Venise. La cité des doges était réputée, outre pour ses nombreux palais et merveilles artistiques, pour être la ville mère du libertinage. La Napolitaine ne doutait pas une seconde que ce genre de joyeusetés réserveraient, en plein cœur de la Sérénissime, de nombreuses surprises au visiteur averti. Maitre Barrozi, quant à lui, semblait beaucoup plus réservé sur le sujet. Sans se douter, peut être, de l’agitation qu’il venait de causer dans l’esprit de la marquise, il rapportait avec humour et une pointe d’ironie les bruits de couloir qui circulaient en ville à propos du déroulement des festivités, peignant par la même un portrait animé de la cité. Inès ne put retenir son rire à la boutade qui concluait la réponse du médecin. Evidemment, Venise, l’éternelle coquette d’Italie, comment résister à la formidable tentation de constituait cette comparaison facile ? La jeune femme releva le trait d’humour, feignant l’indignation malgré le sourire qui éclairait son visage.
« Oh ! Messieurs ! Que vous êtes injustes avec vos moitiés ! Pensez-vous réellement que la femme est bavarde par simple nature ? » Questionna-t-elle, avant de baisser la voix pour prendre le ton de la confidence. « Je gage, quant à moi, que c’est par nécessité, et qu’il serait bien sot de ne point relever dans notre flot de parole les seuls mots qui importent et ne peuvent être énoncés haut. »
Elle prononça ses dernières paroles en plissant les yeux, prenant le ton sévère d’une conspiratrice, retenant à grand peine le rire qui remontait les commissures de ses lèvres.
Mais déjà, le premier plat était servit, et elle abandonna ses plaisanteries pour reprendre un sourire plus digne, faisant honneur à l’entrée somptueuse que le proposait le cuisinier de la maison.
« Eh bien mon cher cousin, puisque vous êtes assez aimable pour ne pas nous laisser mourir de faim devant ce plat en attendant Monsieur votre frère, je propose que nous ne vous laissions pas, quant à nous, le temps de changer d’idée. » Annonça-t-elle avec bonne humeur alors que les domestiques entamaient le service.
« Ainsi donc, ce soir même, toute Venise va au bal ? Comme cela doit être distrayant, une pareille fête, ne pensez-vous pas ? Je m’amuserais bien, pour ma part, de voir mes valets de pieds danser la gigue avec mes voisines de chambre. » Déclara-t-elle en riant, lançant une œillade à un petit serviteur rougissant qui passait par-là. « Je dois dire que je prendrais grand plaisir à y faire quelques pas… Mais je connais si peu de gens ici, je n’oserais sortir seule pour la soirée. »
« Pensez vous vous y rendre, Maître Barrozi ? » Questionna-t-elle après un instant de réflexion, posant son regard clair sur le médecin, vivement amusée à l’idée que, peut être, elle parviendrait à aller au bal au bras du praticien réservé. _________________ "Pour être heureux en vivant dans le monde, il y a des cotés de son âme qu'il faut entièrement paralyser." Chamfort |
|  | | Bianca Grazziano Adorasti Princesse - Ca'Adorasti

Inscrit le : 30 Avr 2005 Messages : 310 Statut : Modo
| Sujet: Re: La Salle à Manger Sam 17 Fév - 0:23 | |
| Autant la princesse s'était assise en silence que sa cousine, à peine entrée dans la pièce, donnait déjà son point de vue et questionnait Ugo sur la décoration. Bianca n'y avait même pas pris trop attention et laissa donc son regard courir sur les tentures et les tableaux.
"Ines a raison, c'est un palais magnifique Ugo." dit-elle en reportant son attention sur la table soigneusement dressée.
Son regard croisa alors celui de sa cousine. Bianca la gratifia d'un sourire tout en se demandant ce qu'elle était en train de penser. Elle savait sa cousine prompte à se mêler de ce qui ne la regardait pas. Et elle se doutait bien que l'absence d'Elio devait titiller sa curiosité. La princesse ne pouvait pas en vouloir à sa cousine car elle savait qu'Ines cherchait son bien-être. Mais Bianca ne pouvait s'empêcher d'être agacée chaque fois que la jeune femme tentait de s'immiscer dans sa vie privée pour y mettre son grain de sel.
L'évocation de l'absence de Raffaele attira aussi bien son attention que celle du médecin. Ugo répondit qu'il devait certainement être en train de visiter la ville, ce qui la fit sourire. Il était jeune et plein d'insouciance encore, qu'il profite, pensait-elle.
Le regard de Bianca se porta de nouveau sur Muzio qui entamait une discussion sur un certain bal donné ce soir même. Il lui semblait effectivement qu'elle avait entendu des bribes de conversations entre servantes enthousiastes, mais ça lui était sorti de l'esprit. Elle supposait que Raffaele ne louperait pas une telle occasion de s'amuser et elle trouvait ça bien. Le voyage avait dû le fatiguer et il était bien qu'il trouve moyen de se détendre.
La conversation tourna ensuite sur une comparaison entre Venise et les femmes, ce qui ne manqua pas de faire rire sa cousine qui ajouta un commentaire. Bianca porta ses doigts à ses lèvres. Depuis de longues minutes déjà, elle ne faisait qu'écouter les conversations sans rien dire et cela la gênait. Elle ne voulait pas que son frère pense qu'elle était mal à l'aise à sa table. Mais Bianca n'avait pas la même facilité que sa cousine pour répondre sur des sujets aussi légers que le bavardage des femmes. En cela justement, elle était un bien mauvais exemple.
Le premier plat fut servi et cela permit au moins de changer de sujet, pour en revenir au bal de la soirée. Conversation bien entendu, relancée par sa cousine qui déjà annonçait qu'elle aimerait s'y rendre, mais pas seule, tout juste avant de demander au médecin s'il comptait y aller. Si avec cela, Maître Barrozi n'y voyait pas une invitation...
Bianca posa les yeux sur son assiette. Il fallait avouer que l'entrée était digne d'un grand chef tant la salade était bien disposée. La princesse regarda son frère et lui sourit.
"Ca a l'air très appétissant. Je vous souhaite bon appétit." dit-elle à l'intention de la tablée. Lentement, elle attrapa sa fourchette du bout des doigts puis lança un regard discrets aux autres personnes afin de voir si elles avaient commencé à manger.
Décidant qu'elle était restée assez muette et que cela pouvait paraître impoli ou gênant, Bianca décida de poursuivre la conversation bien lancée sur le bal. Sa fourchette restant immobile sur le bord de l'assiette, effleurant une feuille de mâche.
"Y a-t-il souvent des bals comme cela à Venise ? Je veux dire... ouverts à tout le monde. Je trouve que ce genre de fêtes rend la ville un peu plus.. chaleureuse." demanda-t-elle, pensant finalement avec des mots plus sobres, ce que pensait sa cousine.
Cela dit, contrairement à Ines, il n'était pas certain que Bianca se sente à l'aise dans ce genre de fête. Quoi que... elle n'avait jamais testé, peut-être qu'elle serait surprise. _________________ Le mariage est comme le tiret en imprimerie : il sépare et relie. |
|  | | Muzio Barrozi Médecin

Inscrit le : 14 Mai 2005 Messages : 710
| Sujet: Re: La Salle à Manger Sam 17 Fév - 16:15 | |
| Muzio accepta la réponse d'Ines comme un point accordé avec grâce. Voilà qu'on allait le croire méprisant des femmes et d'esprit trivial, mais il fallait assumer un semblant de sociabilité. Cependant, la cousine di Grazziano paraissait avoir une nette tendance à dominer les situations, et la façon qu'elle eut de conclure l'épisode Raffaele confirma son impression.
Bientôt, les domestiques apparurent avec le premier plat. Muzio murmura un 'Merci' lorsque l'un d'eux le servit, et admira un instant la composition de son assiette. Il reconnut des feuilles de mâche et de raiponce, communes en la saison mais non moins raffinées. La sauce était parfaite, le tout délicieux. Sans être particulièrement gastronome, le médecin appréciait un repas gourmand de temps en temps, surtout lorsqu'il se sentait, comme à cet instant, un petit semblant de faim.
La conversation fut ramenée sur le bal par la décidément très enjouée Ines di Grazziano. Aussitôt dit, aussitôt pris, la jeune femme semblait bien déterminée à se mêler au peuple. La surprise de Muzio dut transparaître sur son visage. Pour sa part, il ne comprenait guère les distractions de Venise. Les gens s'étaient-ils amusés la veille, lors de la soirée donnée par le Prince Adorasti ? De quelques ragots, sans doute, mais sinon ? Pour se divertir, l'aristocratie en était donc rendue au point de daigner mêler ses brodequins aux souliers du premier venu ? Quant à la question de la-dite cousine...
« M'y rendre ? » Il n'avait pu s'empêcher de rire, un bref instant. « Non, à vrai dire, l'idée ne m'avait pas effleuré l'esprit. » avoua-t-il sans équivoque néanmoins.
Le regard clair d'Ines planté effrontément dans le sien avait fait reculé le médecin en lui-même. Imperceptiblement, mais sûrement, Muzio était de nouveau sur ses gardes. La proposition sous-jacente l'inquiétait.
D'ailleurs, Venise n'avait que faire d'un médecin frivole, n'est-ce pas ? On lui demandait de soigner, il soignait. En se réfugiant dans cette idée, il se fuyait, il le savait. Par-delà un manque naturel d'insouciance, la vérité c'était... C'était ? La vérité, c'était que depuis six ans, l'idée-même d'aller à un bal lui paraissait absurde. Et il n'avait aucune envie de remettre en cause cela.
L'intervention tardive de la Princesse lui permit de ne pas se justifier et il l'en remercia intérieurement.
« Il me semble que c'est assez courant, en effet. Mais peut-être mon impression est-elle faussée; les bruits et les bavardages s'amplifient tellement... Enfin, ce ne sera jamais assez souvent pour les Vénitiens, sans doute. »
Il avait dit cela sans agressivité et avec un sourire, juste pour essayer de retrouver l'enjouement qui lui était passé. Tout en répondant à la Princesse, il l'observait dicrètement. Après avoir décrété que l'entrée semblait appétissante, elle ne l'avait toujours pas commencée, et sa fourchette paressait, chipotait délicatement. L'homme et le médecin froncèrent un sourcil discret, jetèrent un coup d'œil vers Ugo. _________________ Une mauvaise herbe est une plante dont on n'a pas encore trouvé les vertus. |
|  | | Coriolan Invité
| Sujet: Re: La Salle à Manger Lun 19 Fév - 20:20 | |
| Coriolano ne vit pas le regard que lui jetait le médecin, car il regardait lui-même sa sœur, tentant de l’encourager doucement d’un signe de tête. Il avait lui-même mangé avec appétit, tout en écoutant les paroles amusées de sa cousine et du médecin.
"Il me semble que le carnaval dure toute l’année à Venise, fêtes et mascarades doivent être monnaies courantes… Pour ma part, je suis de l’avis du Monsieur le Docteur. Il me semblerait presque déshonnête d’y aller."
Coriolano reposa sa fourchette et resta un moment les yeux dans le vague comme pour réfléchir à ce qu’il voulait dire.
"Pietro, le gondolier qui attend toute la journée devant le palais n’est pas invité lors des soirées que l’on donne ici. Et il ne lui viendrait pas à l’idée d’entrer, parce qu’il sait que nous aurions le pouvoir de le mettre dehors si sa présence n’était pas souhaitée. Alors, se rendre à une fête où l’on n’est pas invité sous prétexte que l’on a le pouvoir de ne pas être chassé… cela est… terriblement injuste, n’est-ce pas ?"
Ces paroles étaient sans doute trop sérieuses pour un simple déjeuner, et Coriolano secoua la tête, faisant voleter ses mèches blondes. Son verre à vin, saisi un peu rapidement, émit un son cristallin auquel se mêla son rire.
"Mais je parle aussi librement parce que je sais, Cousine, que rien de ce que je ne dirai ne vous retiendra de n’en faire qu’à votre tête."
Cela commençait à être connu en ville : Coriolano était entouré de personnalités fantasques auxquelles le jeune prince ne se permettait de mettre aucune entrave. L’accueil de Coriolano ne s’accompagnait d’aucune contrainte. Il leva son verre un peu plus haut, alors que les serviteurs étaient de nouveau entrés pour débarrasser les assiettes vides et apporter la suite du repas.
"Je bois à votre esprit Cousine… et à vous tous qui me faites le plaisir d’être là aujourd’hui !"
Personne ne semblait l’avoir remarqué, mais une porte avait claqué au premier étage. Il était rare que les portes claques, les serviteurs étant extrêmement précautionneux à ce sujet. Evidemment, il y avait Olympia et son perroquet qui étaient arrivés, et Matteo qu’il avait laissé avec le maître d’arme, et Raffaele et Iago qui peut-être étaient rentrés… Autant de cause susceptible de faire claquer les portes. L’hommage de Coriolano s’étendait à eux aussi, à tous ceux qui arrivaient autour de lui et allaient rendre ce séjour à Venise beaucoup plus intéressant qu’il ne l’aurait été sinon. Beaucoup plus… intéressant oui.
Les dernières paroles du médecin lui revinrent à l’esprit, et il tourna son visage vers l’homme.
"Vous n’êtes pas vénitien, vous nous plus, c’est bien cela ? Est-ce qu’il y a quelque chose qui vous a attiré à Venise pour vous décider à venir dans cette ville plutôt que dans une autre ?"
La question était posée sur le ton de la conversation la plus simple, d’une curiosité légère qui se satisferait bien d’une réponse évasive. Coriolano ne tenait pas à poser une question qui pourrait mettre mal à l’aise le médecin.
Dernière édition par le Dim 19 Aoû - 23:52, édité 1 fois |
|  | | Bianca Grazziano Adorasti Princesse - Ca'Adorasti

Inscrit le : 30 Avr 2005 Messages : 310 Statut : Modo
| Sujet: Re: La Salle à Manger Ven 23 Fév - 16:30 | |
| Voyant que tout le monde commençait à manger, la princesse les imita à son tour et goûta la salade qu'elle trouva particulièrement bonne et rafraîchissante. Elle avait, même dans sa manière de manger et d'effleurer la fourchette de ses lèvres, cette délicatesse et ce raffinement sans exagération qui renforçait cette impression de douceur qui émanait de sa personne.
Amusée, elle entendit le médecin décliner l'invitation déguisée d'Ines au bal populaire, ce qui fit naître un sourire sur sa bouche qu'elle entreprit de dissimuler derrière sa serviette. Pourtant il n'était pas difficile de se rendre compte que Maître Barozzi était un homme sage qu'il ne fallait pas brusquer et le regard trop éloquent de sa cousine n'était pas le moyen qui permettait de convaincre ce genre de personnes.
Elle reprit son sérieux mais garda son sourire en regardant Muzio qui répondait à sa question.
"Je pense que vous avez entièrement raison, Maître. Il n'y en aura jamais assez souvent pour distraire toutes ces personnes." dit-elle en tournant le regard vers son frère qui enchérissait.
"Il est vrai que tous ces masques qui circulent un peu partout n'importe quand peuvent donner un air de carnaval permanent à Venise. Cela dit, ce qui est habituel enlève le plaisir d'une fête qui ne durerait qu'un jour."
C'était ce qu'elle pensait réellement. Quoi de mieux que l'excitation que l'on pouvait ressentir à préparer une soirée, un bal ou autre réjouissance ? Bien sûr, les masques que l'ont croisait parfois dans Venise étaient magnifiques, mais si l'ont revêtait un costume aussi souvent qu'une tenue habituelle, le plaisir diminuait jusqu'à disparaître totalement.
"Je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous Ugo, même si je comprend votre opinion. Pietro ne participe pas à vos soirées car il ne se sentirait pas à sa place... Moi-même, je me vois mal participer au bal de ce soir car je sais que je ne m'y sentirai pas à ma place également. Pietro serait-il vraiment chassé s'il décidait d'entrer quand même ? Et.. Ines serait-elle chassée du bal si elle décidait de s'y rendre ? Les classes sociales sont ainsi faites pour que les gens évitent de se mélanger... et bien c'est cela que je ne trouve pas juste."
La princesse porta son verre de vin à ses lèvres mais sembla hésiter à le boire, le gardant sous le nez quelques secondes avant d'y tremper seulement ses lèvres.
"Et pour conclure, laissez-moi vous dire que je suis persuadée que notre frère Raffaele se fera une joie d'aller s'y détendre sans même se poser autant de questions que nous en ce moment." conclut-elle souriant au rire de son frère.
Après avoir donné son opinion sur le sujet, la princesse redevint silencieuse mais semblait plus détendue qu'au début du repas, ayant réussi à mettre ses soucis de côté. Elle écouta son frère poser une question au médecin tandis que les serviteurs débarrassaient les assiettes. _________________ Le mariage est comme le tiret en imprimerie : il sépare et relie. |
|  | | Muzio Barrozi Médecin

Inscrit le : 14 Mai 2005 Messages : 710
| Sujet: Re: La Salle à Manger Dim 25 Fév - 15:43 | |
| Le Prince et sa sœur ayant rallié sa cause, le médecin retrouva son naturel. Les deux jeunes gens contrastaient avec l'aristocratie que Muzio avait commencé à appréhender. Comme... oui, comme un peu d'altruisme princier. Mais Ugo semblait s'être fait une raison du système social, tandis que Bianca conservait une douce révolte et un idéalisme plus propres, sans doute, à son caractère qu'à son jeune âge.
Le médecin laissa ses hôtes - Bianca n'était-elle pas plus Grazziano qu'Adorasti ? - traiter du sort des différentes classes, tandis que son incursion de la veille, au quartier de la Bouche d'Ombre, lui revenait en mémoire. Il préféra ne pas s'exprimer sur le sujet pour le moment. Le problème dissimulé de la misère vénitienne l'avait profondément ébranlé, et il comptait bien engager la lutte. Mais il se méfiait de ses premières réactions, il fallait qu'il prépare le terrain auparavant. Il ne voulait pas gâcher les occasions qu'il créerait de rallier les Princes au combat.
A son tour, Muzio porta son verre à sa bouche et but une gorgée de vin, les yeux oscillant avec attention sur les différents convives. La Princesse mangeait et parlait spontanément. Le médecin en fut rassuré. L'image qu'il se faisait de Raffaele di Grazziano évoluait aussi progressivement; le gamin enjoué avait laissé place au jeune homme provocateur et inconvenant, pourtant couvé d'un double regard bienveillant et aimant de la part de ses aînés. Ines di Grazziano ne pouvait-elle pas trouver en ce cousin le cavalier de soirée qu'elle semblait chercher ?
Le Prince réorienta la conversation. Muzio hocha la tête et confirma:
« Non, en effet, je suis ici depuis... deux semaines, à peu près. Venise m'a toujours attiré. Vous savez, pour nous les campagnards solidement ancrés dans les terres, une ville sur l'eau est un mystère ! »
Ses yeux riaient.
« Pour quelqu'un qui ne voyage pas, une part de son pays reste à l'état de conte... Et peut-être n'est-ce pas toujours un mal ! »
Il avait souri, mais précisa:
« Venise ne m'a vraiment déçu, cependant. La lagune, le canal, les ponts, l'atmosphère... Elle est fidèle à sa légende. »
Il avait voulu ajouter quelque chose, mais remplaça ses paroles avortées par un sourire de conclusion. La cousine avait déjà eu droit au déversement de son acrimonie. _________________ Une mauvaise herbe est une plante dont on n'a pas encore trouvé les vertus. |
|  | | Coriolan Invité
| Sujet: Re: La Salle à Manger Mer 28 Fév - 21:52 | |
| Coriolano regardait Bianca avec admiration. A vrai dire, il pensait comme elle, mais elle, elle le disait. C'était cela le courage et la force de Bianca...
Souriant, Coriolano entama le plat suivant. Par un coup du hasard, la viande était accompagnée de petit pot contenant une crème d'asperge. Sans doute moins authentique que celle de Gabriella, mais extrêmement raffinée.
La dernière remarque du médecin lui fit reposer sa cuillère et un air légèrement étonné se peignit sur son visage.
"Savez-vous ? depuis que je suis arrivé je ne suis pour ainsi dire pas sorti de ce palais. Je commence à me faire une idée bien étrange de cette ville, partagé entre les récits exaltés de Monsieur Salvanti et les remarques mordantes de mon ami degli Albizzi..."
A vrai dire, ces deux visions étaient complétées par les rapports objectifs et politiques qu'il recevait, prenant ainsi la ville dans un vaste filet de relations, de fonctions et d'influences. Mais cela, personne à cette table n'avait besoin de le savoir.
Coriolano haussa légèrement les épaules.
"Mais après tout, peut-être est-ce dans la combinaison de ses deux visions que la ville est la mieux peinte. Or des façades et misères en coulisses. J'imagine que votre fonction doit vous amener à voir ce genre de choses, Maître Barrozi."
Un sourire plein d'humour joua un instant sur ses lèvres en se souvenant des expéditions de Iago.
"Il parait néanmoins que les prisons sont bien plus humaines ici qu'ailleurs... C'est tout à l'honneur des notables de la ville. Il y a une sorte de devoir, n'est-ce pas, quand on en a la possibilité, d'essayer de rendre le monde autour de soi plus agréable pour les plus démunis.
Les masques qui donnent cet air de fête dont vous parliez, ma sœur, doivent aussi permettre une certaine égalité mais... Il parait que cela cause bien des ennuis à la garde. L'anonymat leur donne, à ce qu'on m'a dit, une impunité qui tourne la tête et ne révèle pas la face la plus glorieuse de l'être humain."
Dernière édition par le Dim 19 Aoû - 23:52, édité 1 fois |
|  | | Ines di Grazziano Cousine du Prince - Ca'Grazziano

Inscrit le : 15 Aoû 2006 Messages : 42 Statut : Personnage Supprimé
| Sujet: Re: La Salle à Manger Sam 3 Mar - 0:08 | |
| Inès était un peu déçue, et la petite moue affichée sur son visage ne cherchait pas à le cacher Evidemment, il aurait été étonnant de la part d’un homme comme le praticien de fréquenter les bals populaires et d’accepter la proposition sous-jacente faite par la jeune femme sans y mettre un minimum de réticence. C’était d’ailleurs la réserve du médecin qui rendait l’idée de la fête amusante, la perspective de se tenir au bras d’un maître Barrozi gêné au beau milieu des libertins vénitiens paraissait étrangement distrayante à la Napolitaine. Malheureusement, il lui faudrait apparemment procéder avec plus de douceur si elle ne voulait pas voir l’affable thérapeute se transformer en un farouche homme-huître. Muzio ne semblait pas prêt à lui passer ce petit caprice ; qu’à cela ne tienne, elle s’amuserait à le convaincre plus tard. Il ne serait pas dit que la marquise di Grazziano abandonnait la partie si facilement.
« Vraiment ? Nous n’aurons pas le plaisir de nous voir ce soir alors ? Vous m’en voyez navrée. » Soupira-t-elle. « Il me faudra trouver quelqu’un de confiance pour m’accompagner, je ne puis m’y rendre seule, et encore moins séquestrer ma dame de compagnie à mes cotés alors qu’elle devrait profiter de la fête. »
Mais déjà la conversation s’envolait, passant des fêtes de Venise à la vie du médecin, sans oublier les injustices des classes sociales. Inès observa avec amusement sa cousine, qui sembla, pendant quelques instants, avoir prit sa place d’oratrice principale pour débattre avec fougue sur les inégalités de la société et ses castes. Le sujet rappela à la marquise l’histoire d’une servante autrefois au service de son père… une femme qui avait, elle, refusé de quitter sa place, même pour une vie meilleure. Une sorte d’étrange soulagement s’empara d’elle alors qu’elle songeait que Bianca n’était pas encore de celles qui se résignaient à subir les injustices sans même se sentir révoltée. Son discours était plein de justesse et la Napolitaine leva son verre avec un sourire.
« Je suis de votre avis, très chère cousine, et si votre frère nous le permet, j’aimerais, quant à moi, rendre un hommage à votre pondération et à la chance que nous avons tous d’être ici, attablés dans une des plus belles villes du monde où, parfois, on parvient à oublier que Pietro ne mangera pas à cette table ce soir. »
Le second plat finit par arriver, semblant fait exprès pour raviver l’appétit des convives. Inès entama avec curiosité le reste du déjeuner, suivant la conversation, une fois n’est pas coutume, en silence. Elle pensa qu’il n’était pas étonnant que maître Barrozi soit un nouveau venu à Venise…. Dans quelques temps, peut être, n’aurait-il déjà plus rien de l’honnête et valeureux médecin qu’ils avaient à leur table… Si la Sérénissime avait bien les vertus de perversion qu’on lui prêtait. Elle leva son verre à ses lèvres, camouflant au mieux sa moue contrariée. Le praticien dit quelques mots de Venise, mais la jeune femme fut un peu déçue de ne pas y retrouver la verve dont il avait fait preuve dans le grand salon. Manifestement, l’homme-huître, en plus d’être prudent, savait apprendre de ces expériences, et sa dernière escapade en haute mer ne lui avait pas beaucoup plu… Ou peut être avait-il peur de déplaire à ses hôtes ? Les paroles de son cousin la surprirent et elle reposa avec force se coupe sur la table, feignant l’indignation en observant tour à tour Ugo et le médecin.
« Enfin, messieurs ! J’ose à peine y croire ! Je vous entends me sermonner à propos du bal populaire de ce soir, et qu’ouï-je ? Que cela fait à peine quinze jours que vous êtes ici, où encore que vous n’avez rien vu de la ville. Mais je suis profondément choquée, » fit-elle sur un ton accusateur, retenant à grand peine son rire « c’est criminel, enfin, de ne pas profiter des joies de la ville alors que vous n’en connaissez rien ! Aaah… je ne comprendrais jamais les hommes, comment pouvez-vous refuser de venir ce soir ? Comment résister à l’attrait de Venise ? Vous ne connaîtrez jamais aussi bien une ville, mon cher Ugo, qu’en vous mêlant à ceux qui la font vivre. » _________________ "Pour être heureux en vivant dans le monde, il y a des cotés de son âme qu'il faut entièrement paralyser." Chamfort |
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