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 La Salle de Bal

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Tiberio Adorasti
Cousin du Prince - Ca'Adorasti


Nombre de messages: 53
Date d'inscription: 17/01/2007

MessageSujet: Re: La Salle de Bal   Dim 24 Juin - 1:19

Brrrr.... Qu'est ce qu'ils pouvaient parler ces deux là. Trop. Ils parlaient. Burp. Trop. Rohlala, ça en donnait la migraine. Ou peut être la cause de la migraine était elle plus rouge et plus liquide? Maaais.. Mais non! Tiberio... pouvait... tenir... le vin... et mieux... que ça...
Il pouvait d'ailleurs, s'il le voulait, en avaler encore plus. Et attention, sans chanceler. Non! Non il n'avait rien à prouver. Il en était capable, il... Il le savait! C'était surtout, qu'au fond, il en avait envie. Ca lui ferait passer ce mal de crane. Ca l'empecherait un peu de réfléchir, il se sentirait mieux.

Lorsque l'une des deux personnes présentes prenait la parole, le regard vide du bon neveu glissait lentement pour observer le courageux qui s'était décidé à blablater.
Tiberio admirait le mouvement des lèvres, entendait le son, capturait quelques morceaux de phrases par ci par là, mais mettait bien à chaque fois 3 ou 4 secondes pour comprendre le sens de ce qu'il venait d'entendre. Et tout ça pour de toute façon tout oublier au début de la phrase suivante.
Blême, il retourna s'avachir dans un siège, concentrant toute son énergie à atteindre ledit siège sans tituber. Il se laissa tomber, adressa un sourire béat à ses interlocuteurs lorsque ceux ci le regardèrent s'écrouler, et entreprit de se servir un nouveau verre, qu'il commença à boire tout de suite, en fronçant légérement les sourcils, espérant ainsi se donner un air sérieux et camoufler son ébriété.
Mais il ne put continuer ce petit cirque bien longtemps. Jetant un petit coup d'oeil furtif, il s'assura qu'on ne s'intéressait plus trop à lui, et se laissa peu à peu dériver. Le dos vouté, les coudes sur les genoux, tenant son verre à deux mains, il en observait le contenu avec fascination, admirant les reflets sur le liquide foncé, et réflechissant à comment s'en envoyer une rasade sans s'en faire tomber plein sur le col.

Lorsque sa tante commença à lui parler, Tiberio était passé à la pratique. Et il avait d'ailleurs réussi, il avait avalé la moitié de son verre sans en faire tomber sur ses vétements. Il avait juste un peu de jus de raisin qui lui dégoulinait sur le menton, jus qu'il s'empressa d'essuyer à l'aide d'une serviette.
Plus pale encore que la minute d'avant, il releva son regard bovin en direction de la femme, et tenta de comprendre tout ce qu'elle lui demandait.
Oh...
...
Ah?
....
Oh! C'était sa tante?


"Ha? Oh! Hum... Et bien.. euh.. oui! Ori... Oriana.. Adorasiti. C'est exactement ce que je disais."
Seigneur Dieu, c'était si dur que ça de parler?
Vraiment, Tiberio était bien atteint. Plus qu'il n'avait voulu l'admettre. Foutu pour foutu, il décida d'engloutir la dernière moitié de son verre. Il le reposa ensuite sur la table, tentant d'être délicat, mais il ne réussit qu'à le faire claquer violemment. Haussant les épaules, souriant en se rendant compte qu'il n'était vraiment plus capable de dissimuler son état, il se retourna vers la femme, et, avec bien trop d'entrain, répondit.

"Hahaha! Prrrrt! Les Amériques? Ha ça non, ça ne vaut rien. Si vous projetiez d'y aller, je vous conzeille de ne pas y poser les pieds. Ils ne sont... hé! Ce sont des sauvages, que voulez vous?
Les nobles et les gens d'esprit sont ici, en Europe. Ce sont les pauvres, les fanatiques et les fous d'argent qui ont émigré là bas, ça a donné un beau ramassis de fumier si vous voulez mon avis."
Hahahahaha! Il disait n'importe quoi!
Et en plus il s'en rendait compte, et ne pouvait changer la situation! N'était ce pas amusant?
En tout cas, lui, il trouvait ça amusant. Il en riait d'ailleurs. Ne cessant qu'au moment ou il réalisa que ses interlocuteurs avaient l'air bien moins amusés que lui.
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Demetrio Catanei
Musicien


Nombre de messages: 42
Date d'inscription: 18/02/2007

MessageSujet: Re: La Salle de Bal   Dim 1 Juil - 5:05

(Je m'excuse pour la semaine de délai, mon horaire a été relativement chargé cette semaine)

La situation était identique autrefois avec Mère, lorsque Demetrio cessait de jouer, lorsqu’il ne pouvait plus se servir de son violon comme d’une arme qu’il pointait vers la foule, de la musique comme d’une forteresse imprenable, à l’abri de la parole et du regard. Les dames cancanaient, les gentilshommes leur répondaient et lui s’ennuyait. Qu’aurait-il bien pu ajouter à leurs discussions alors qu’elles lui apparaissaient sans intérêt? Le mariage de l’une, les infidélités de l’autre, les chevaux d’untel, la dot de celle-ci, les habits de celui-là n’éveillaient rien en lui, sinon la plus totale des indifférences. Le désœuvrement avait ainsi été à l’origine de nombre de rêveries et de jeux, tels que celui d’associer un instrument à un individu.

Ce n’était pas vraiment que les gens ne revêtaient aucune importance à ses yeux, c’était plutôt ce qu’ils pouvaient bien déblatérer qui lui semblait insignifiant. Leurs voix, par contre, étaient pour lui un pur ravissement. Chacun possédait un timbre et un registre qui lui étaient propres, des inflexions et des nuances toutes personnelles. Une voix humaine pouvait communiquer, sans le filtre des mots, plus que tout autre instrument de musique. Parfois, le garçon s’était imaginé à la tête d’un grand chœur formé par toute l’Humanité, lui faisant exécuter les cantates de son choix, puis répartissant ténors et sopranos dans un canon formidable avant d’unir chaque partie pour ne plus former qu’une seule et unique voix, à laquelle il se joignait. En l’absence de mots, toute barrière se voyait franchie et on assistait à la fin définitive des quiproquos et des conflits.

À cet instant, il aurait bien voulu que le monde soit semblable à celui qu’il s’inventait de toutes pièces, enfant, de façon à épargner à ses interlocuteurs le désastre imminent. Il ne savait qu’il lui fallait le plus plaindre : l’ivrogne incapable de se souvenir de sa propre tante ou la dite tante incapable d’établir ses liens de parenté avec ce même ivrogne. Celle-ci paraissait d’ailleurs mal maîtriser la notion du temps en déclarant que cinq ans s’étaient écoulés depuis leur dernière rencontre, mais le musicien préféra ne pas relever la faute, par peur d’embrouiller la conversation plus qu’elle ne l’était déjà. Ce fut finalement Tiberio Adorasti qui emporta ses sympathies, en demeurant longtemps hébété devant son verre. Son discours obscur, ponctué d’onomatopées diverses et de grossièretés, réussirent à convaincre le jeune homme qu’il lui fallait agir pour prévenir son compagnon de ne perdre complètement la face.

Un silence atterré accueillit la fin de l’exposé édifiant du cousin du Prince, dont le rire finit par mourir de solitude. Échangeant un regard avec la baronne, Demetrio avança, d’une voix mal assurée :


« Eh bien, voilà qui est… absolument fascinant, Monsieur Adorasti. Je présume que j’y songerai par deux fois, avant d’émigrer en compagnie de pauvres, de fanatiques et de fous d’argent. »

Bifurquant vers un nouveau sujet sans transition aucune, il s’enquit, toujours hésitant :

« Mais, vous sentez-vous bien? Que diriez-vous de… »

Il adressa un sourire figé à leur interlocutrice, puis se pencha vers le cousin du Prince pour compléter sa phrase à voix basse :

« … de vous rendre jusqu’au cabinet d’aisance? Vous ne me paraissez pas très… pas très… frais. »

Le choix des termes aurait pu être plus approprié, mais pour le moment, aucun autre ne lui semblait pouvoir correspondre à l’état de son compagnon. Au vu de son teint, un déplacement vers un endroit plus approprié pour certains épanchements gastriques était urgent. S'inclinant devant Oriana Adorasti, il conserva quelques instants de plus la crispation de ses lèvres qui se voulait être un sourire, pour demander:

« Nous excuserez-vous, un moment, Madame? Je... Une affaire de... d'hommes, voyez-vous? De gentilshommes, même, » précisa-t-il, malgré le ridicule d'une telle affirmation lorsqu'elle concernait l'alcoolique à ses côtés.

Afin de donner l'exemple et inciter le neveu du Prince Andrea à en faire de même, il franchit la porte et ne se retourna que pour lancer d'un ton engageant:


« Allons, vous venez, Monsieur Adorasti? »

Une fois dans le couloir, il bifurqua vers la droite sans songer à attendre sa nouvelle connaissance. Il croisa les doigts pour que la configuration du palais vénitien soit la même que celle de la résidence florentine, le sens de l'orientation lui ayant toujours fait défaut, au même titre que celui de la répartie.

[Ailleurs, j'éditerai]
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