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 La Bibliothèque

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Bianca Grazziano Adorasti
Princesse - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Ven 24 Nov - 19:53

L'entrée un peu vive d'une servante leur fit tourner la tête vers la porte, à elle comme au secrétaire du prince. Gabriella sembla chercher quelque chose avant d'annoncer la venue du médecin.

La princesse se releva et tendit le cou pour tenter d'apercevoir la grande silhouette de son époux dans le couloir, mais il n'y avait personne d'autre. Sûrement restait-il en retrait le temps que Maître Barrozi ait fini sa visite. La matinée était déjà bien avancée et Bianca espérait qu'ils ne perdraient désormais plus de temps. La hâte de revoir son frère la rendait impatiente.

Gaetano sembla avoir lu dans ses pensées car il prit congé, lui assurant qu'il allait chercher son époux. La princesse hocha la tête et lui sourit.


"Merci monsieur Reverti."

Une fois soulagée sur ce point, la princesse se tourna vers le médecin qui venait de la saluer. Celui-ci semblait toujours aimable et disponible. Il n'y avait décidément rien de comparable avec Maître Tréviano, son prédécesseur.

"Maître Barrozi, je vous attendais." dit-elle en souriant.

"Vous êtes tout pardonné, j'imagine bien que vos obligations vous prennent du temps." répondit-elle l'air aimable.

La princesse lissa sa robe et se rassit sur le canapé, posant ses mains sur le tissu de sa jupe.


"Je vais bien, je vous remercie." répondit-elle simplement, espérant que l'examen ne durerait pas trop longtemps.
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Muzio Barrozi
Médecin


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MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Ven 24 Nov - 22:07

Muzio resta impassible lorsque Gaetano annonça qu'il partait à la recherche d'Elio. Il se sentit vaguement coupable mais verrouilla fermement sa pensée pour l'empêcher de vagabonder par là.

Lorsqu'il se retrouva seul face à la Princesse, Muzio s'avança vers le canapé et déposa sa trousse sur le sol. Bianca attendait sagement, et il commença par lui prendre le pouls, tout en cherchant désespérément quoi dire. Il savait d'expérience que le silence durant une consultation était paralysant pour le patient. La Princesse semblait calme, peut-être un peu fatiguée, mais en parfaite santé. Muzio releva les yeux vers elle et lui sourit:


« En effet vous semblez très bien remise. Je crois que je ne vous priverai pas du plaisir de voir votre frère... »

Votre frère qui s'inquiétait de vous, Madame, qui vous croyait manipulée, droguée, maltraitée. Par votre époux. Votre époux qui avait bien plus besoin d'un médecin que vous en ce moment et qui, s'il avait des torts, en était peut-être puni.

Mais Muzio ramena rapidement sa pensée dans le droit chemin - ou du moins dans le chemin qu'il s'était fixé pour la matinée -. Par pur professionnalisme, il s'enquit encore de la température du front de Bianca, et fut bientôt convaincu que l'état de celle-ci n'avait plus rien d'inquiétant. Ce qu'il lui annonça en se redressant:


« Et bien non, je ne vois rien d'alarmant. Ne vous surmenez pas, mais vous pouvez vaquer à vos occupations. »

Il croisa son regard et une vague de culpabilité le submergea. Elle allait attendre désespérément son époux avant de se résigner à partir... Sauf si Elio s'occupait réellement de faire donner de ses nouvelles ainsi qu'il l'avait dit. Muzio s'était reculé d'un pas, et ses yeux parcoururent les rayonnages de livres sans les voir vraiment. Il lui restait un aveu à faire qu'il ne savait comment introduire.

« Votre frère m'a prié hier soir d'assister à ce souper, cela peut vous sembler contrariant j'en suis désolé je... tenais à vous le dire. »
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Bianca Grazziano Adorasti
Princesse - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Sam 25 Nov - 23:13

Bianca se laissa de bonnes grâces aux soins du médecin qui vérifiait son pouls et autres gestes divers qu'elle put mieux observer que la veille étant donné qu'elle avait, cette fois, l'esprit plus clair. Il semblait concentré car il ne parlait pas. L'attente du verdict ne se fit pas trop attendre, le médecin lui assurait qu'elle pourrait se rendre chez son frère sans aucun problème.

"Je vous remercie, Maître Barrozi." dit-elle en souriant.

"Je vous promet ne pas trop faire d'efforts et de me reposer dès que j'en éprouverai le besoin." ajouta-t-elle pour rassurer Muzio.

La princesse se releva et arrangea un pan de sa robe avant de regarder de nouveau Muzio. Celui-ci avait l'air d'apprécier la pièce. C'était un peu normal, un homme comme lui avait dû lire nombre d'ouvrages pour pratiquer sa profession.

C'est alors qu'il se retourna de nouveau vers elle, l'air légèrement gêné ou contrarié, pour lui dire qu'il était lui-même invité au souper du prince Ugo.


"Oh mais non, rassurez-vous, au contraire. Mon frère a eu là une excellente initiative. Monsieur Reverti va certainement revenir très vite accompagné de mon époux, nous irons donc ensemble au palais de mon frère. Et vous pourrez le rassurer vous-même de ma santé." s'enquit-elle avec enthousiasme.

La princesse s'approcha de la porte de la bibliothèque et l'ouvrit. Jetant un coup d'oeil dans le couloir et, ne voyant personne attendre, la laissa ouverte pour signifier que l'examen du médecin était terminé. Elle était prête à partir voir son frère.
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Muzio Barrozi
Médecin


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MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Dim 26 Nov - 21:01

L'amabilité n'était pas la qualité qui manquait à la Princesse. Muzio s'était senti un peu plus léger lorsqu'elle lui avait assuré que sa présence ne lui serait pas pénible, car son sourire ne semblait pas feint. En revanche le coeur du médecin fit un petit bond quand Bianca évoqua joyeusement l'arrivée prochaine de son époux, mais il resta parfaitement impassible. Tant que le secret ne porterait gravement atteinte à personne, il serait gardé.

La Princesse s'étant éloignée pour ouvrir la porte, Muzio n'eut rien à répondre et ce n'était pas plus mal. Il s'approcha des livres et en parcourut les titres du regard. Une grande diversité. Lui possédait essentiellement des traités de médecine, quelques livres de philosophie, et quelques romans aussi, qu'il n'avait pas lus depuis une éternité.

Son regard fut porté doucement vers l'une des larges fenêtres, et il fit deux pas pour mieux voir dehors. Paisible. Quelques plaques de neige fondaient lentement sous le soleil, les branches nues attendaient, immobiles... L'hiver. L'attente. Il devait être bon d'être assis sur ce banc, là-bas. Et de s'en lever brusquement, de courir dans l'allée déserte. Un éclat de rire, une musique...

Un bruit dans la pièce ramena brutalement Muzio à la réalité. Il se retourna vers Bianca et esquissa un sourire:


« Comme tout est calme... »

Cela n'exigeait aucune réponse... L'attente.
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Bianca Grazziano Adorasti
Princesse - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Jeu 30 Nov - 19:37

La bibliothèque était silencieuse. Le médecin observait le jardin par la fenêtre. Bianca, elle, surveillait la pendule qui avançait trop vite à son goût. Elle retourna près de la porte et regarda dans le couloir. Quelques domestiques passaient de temps à autres mais pas d'Elio en vue.

Bianca soupira et revint au centre de la pièce, se frottant nerveusement les mains. Un nouveau coup d'oeil vers la pendule. Cette fois ils étaient en retard. Son frère allait certainement penser que Maître Barrozi avait décrété que son état de santé ne lui permettait pas d'aller le voir.

Et monsieur Reverti qui ne revenait pas. Bianca faisait les cent pas, regardant de nouveau dans le couloir. La voix de Muzio la fit se retourner vers lui.


"Oui, tout est calme... un peu trop je dirais.. Je ne comprend pas, mon époux devrait être déjà là." dit-elle, visiblement inquiète.

Gaetano avait raison. Elio n'était jamais en retard. Et s'il n'avait pas voulu se rendre à ce souper, il le lui aurait dit la veille.
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Muzio Barrozi
Médecin


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MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Ven 1 Déc - 19:33

La Princesse avait perdu sa joyeuse assurance. Le temps de la rêverie du médecin, elle était devenue impatiente et inquiète. Muzio se sentait coupable, oui, bien sûr. Il revit le Prince inconscient et perdant lentement son sang, le Prince ouvrant les yeux et retrouvant son autorité naturelle avec ses esprits, le Prince... tendre.

Pouvait-on le blâmer de ne pas aimer la femme qu'on lui avait assignée ? Non, évidemment. Pouvait-on lui reprocher des sentiments pour une autre femme ? Non. Muzio lui reprochait pourtant quelque chose, il le sentait. Il se risqua à creuser un peu - oh, juste un peu - ses pensées. Elio Lacryma Adorasti pouvait faire preuve d'abnégation. Repousser celle qui assaillait sa tête, son coeur, son corps peut-être. Le médecin se pinça mentalement; où diable allait-il chercher ces réflexions et de quel droit les formait-il ? Il reprit plus prudemment. Mais il sentait bien qu'il ne serait bientôt plus qu'un vieillard et que déjà il était moraliste. Que valaient les mots d'un homme seul ?

Muzio tourna la tête comme pour détourner le regard d'un miroir qui n'était pas. Il ne savait pas vraiment éclaircir ce qu'il reprochait au Prince Adorasti. Ce qu'il savait, c'était que Bianca était déçue comme un enfant qui attend en vain la présence promise.

Il lui semblait dégouliner de l'intérieur, lentement, de telle façon qu'il se sentait du dégoût pour lui-même. Il laissa passer un court instant de silence, car il n'était pas de son ressort de rassurer ni d'émettre une quelconque opinion. Mais il suggéra discrètement:


« Peut-être qu'un message à Monsieur le Prince di Grazziano indiquant un petit retard le rassurerait sur votre venue... »
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Gabriella Delmonti
Servante - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Mer 6 Déc - 20:58

[Le Grand Salon]

Gabriella frappa quelques coups à la porte menant à la bibliothèque du palais et attendit l'autorisation avant d'entrer. Le médecin et la princesse semblaient discuter en attendant l'heure de partir. Visiblement l'examen de la princesse était fini. Gabriella se tourna vers elle est s'inclina avant de lui demander.

"Votre Grâce, le Père Chiaramonti demande à être reçu, souhaitez-vous le voir ?"

Elle attendit la réponse avant de laisser Giacinto entrer puis, entendant que quelqu'un se présentait à la porte, elle s'inclina de nouveau et sortit de la pièce, maudissant d'avance la personne qui l'empêchait d'en savoir plus sur la disparition du prince.

[Embarcadère]
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P.Giacinto I. Chiaramonti
Père Jésuite


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MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Jeu 7 Déc - 22:57

[Le grand Salon]

Le jeune jésuite était entré à la suite de Gabriella, mais nettement moins sûr que la jeune fille. Il l'avait suivie mais ne savait absolument pas ce qu'il devait faire. Il se sentait très perdu en fait...
Quand en plus la jeune servante quitta la pièce et qu'il se trouva seul face à la Princesse et au médecin, il se demanda réellement ce qu'il faisait là.

Il se sentit rougir légèrement et s'inclina un peu gauchement.


"Princesse... Docteur... Je..."

Il fallait qu'il se ressaisisse. Ses années de bonne éducation et son passage au séminaire finirent par reprendre le dessus.

"Je suis venu vous remercier, vous, Princesse, ainsi que votre époux, pour la soirée à laquelle vous avez eu la bonté de m'inviter. J'ai été très heureux de pouvoir faire la connaissance de votre frère à cette occasion..."

Il avait adressé au moment où il prononçait ces mots une courte prière "Seigneur, pardonnez-moi ce mensonge. Qui n'en est pas vraiment un d'ailleurs. Parce que je voulais vraiment les remercier..."
Il était parti la veille avant que Bianca ne s'évanouisse, il ne savait rien de l'incident, et ne lui demanda donc pas de ses nouvelles. Il se demandait d'ailleurs un peu ce que Maître Barrozi (à qui il avait adressé un léger sourire en entrant) faisait là.
En revanche, il finit par remarquer que la Princesse semblait toute prête à partir. Il eut un léger sourire d'excuse.


"Mais excusez-moi Princesse. J'arrive peut-être au mauvais moment, vous étiez en train de partir ?"

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Bianca Grazziano Adorasti
Princesse - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Ven 8 Déc - 0:17

A chaque pas résonnant dans le couloir, Bianca tendait l'oreille et jetait un regard vers la porte donnant sur le couloir. Mais c'était chaque fois un faux espoir.

A l'heure qu'il était désormais, ils auraient dû être en route ou même en train d'accoster à l'embarcadère du palais de son frère. Elle aurait été ravie à l'idée de revoir Ugo et de passer un agréable moment chez lui mais non. Au lieu de cela elle faisait les cent pas dans cette bibliothèque en train de se demander ce que son époux pouvait bien être en train de faire pour être aussi long. L'idée qu'Elio fasse exprès de la faire attendre et d'arriver plus tard chez les Grazziano lui effleura l'esprit mais elle s'efforça de chasser cette pensée absurde. En revanche, elle se remémora très bien la réflexion qu'il lui avait faite la veille comme quoi les femmes étaient longues à se préparer.

Bianca soupira en se tordant les mains, partagée entre la colère et l'inquiétude. Elle se tourna de nouveau vers Muzio quand il lui suggéra d'envoyer un message à son frère concernant leur retard. Elle n'eut pas le temps de répondre qu'une servante entra pour lui demander si elle pouvait recevoir le prêtre. La princesse hocha la tête et regarda le Père Chiaramonti entrer dans la bibliothèque.


"Mon Père..." le salua-t-elle avec un léger sourire.

Celui-ci semblait un peu mal à l'aise mais finit par lui exprimer ses remerciements quant à la soirée de la veille.


"Cela me fait plaisir que cette soirée vous ait plu, mon Père. Mais vous devriez plutôt remercier mon époux, c'est lui qui a eu l'idée de ce divertissement." répondit-elle aimablement.

De nouveau gêné, il lui formula des excuses. Bianca soupira et se tourna de nouveau vers la pendule avant de regarder de nouveau l'homme d'Eglise.


"Et bien nous nous apprêtions à partir, effectivement... mais mon époux semble se faire désirer..." ajouta-t-elle en jetant un regard désorienté vers le médecin.
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Muzio Barrozi
Médecin


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MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Ven 8 Déc - 21:34

La Princesse n'eut pas le temps de lui répondre, la petite servante entrait de nouveau mais... ce n'était pas pour donner des nouvelles d'Elio. Muzio sentit la colère monter sourdement en lui. On lui demandait le silence, certes, mais alors qu'on respectât ses engagements ! Le Prince était blessé et faible, oui, mais il avait indiqué qu'il s'occupait de donner de ses nouvelles. Or il laissait là le médecin dans une situation très inconfortable.

Heureusement, le nouvel arrivé était le Padre, et Muzio se calma immédiatement à sa vue. Cet homme lui plaisait profondément. Il lui sourit.


« Bonjour Père... »

Mais immédiatement, en entendant sa voix, il se sentit sale. Sale d'un secret qu'il détenait et autour duquel tout le monde cherchait désespérément. Oui le médecin se sentait coupable de se taire face à l'inquiétude de Bianca, et de bien d'autres encore, sans doute. Lorsqu'il croisa le regard un peu perdu de la jeune Princesse, Muzio dut mobiliser toute sa maîtrise pour rester coi.

Il fit un pas vers la Princesse, mais s'arrêta. Il avait pensé écrire à Elio Adorasti sur-le-champ pour le prier de régler cette affaire, mais il aurait fallu avouer, même à un valet, qu'il savait où se trouvait le Prince et cela compromettait la situation de ce dernier.

Muzio ! Une voix tonna dans sa tête, et il faillit en sursauter. La voix qu'avait sa mère lorsqu'elle allait le gronder. Muzio n'avait jamais su faire face à un regard déçu. Muzio ! Avoue, cela ne compromet pas 'que' la situation du Prince, n'est-ce pas ? N'est-ce pas plutôt pour toi que tu as peur ?

Non, non... Il protesta faiblement contre cette voix sévère. Son coeur battit plus vite, il se sentit même un peu mal. Le secret était trop lourd... Mais non, le médecin se reprit. Il prenait cette histoire trop au sérieux. Qu'y avait-il finalement ? Une bagarre, un blessé, un amant, un secret. Une épouse trop jeune et inquiète. Un médecin lâche. Qui se savait d'autant plus lâche qu'il était entouré des deux personnes les plus honnêtes peut-être de la ville.

Une jeune femme, jeune épouse, jeune convalescente, et deux hommes dans la force de l'âge. Qui devait rassurer l'autre ? Qui devait incarner la présence assurée, tranquille, apaisante ?

Et Reverti qui ne revenait pas. Peut-être, lui, ramènerait-il des nouvelles du Prince ?

Muzio fit un pacte avec sa conscience. Si le secrétaire revenait bredouille, il agirait. Mais Elio était trop intelligent pour ne pas se soucier des réactions de sa maisonnée, n'est-ce pas ?


« Même les plus ponctuels se laissent parfois piéger par le temps... Il me semble qu'il nous faut avant tout attendre le retour de Monsieur Reverti... »

Il avait tenté de dédramatiser sur un ton tranquille en faisant un pas vers la Princesse, mais il ne s'illusionnait pas lui-même. Au côté à présent de Bianca, il se tourna vers le Padre en maîtrisant son regard. Le prêtre devait avoir l'habitude des yeux coupables.
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Gabriella Delmonti
Servante - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Sam 9 Déc - 1:10

[L'embarcadère]

Gabriella était déjà de retour après à peine quelques minutes d'absence. Elle entra après avoir frappé quelques coups discrets sur la porte et s'inclina de nouveau devant la princesse.

"Votre Grâce, une certaine... Algriwa d'Alep s'est présentée à l'instant et dit être attendue. Je l'ai faite patienter au salon."

Bianca scruta les visages des personnes présentes pour essayer d'en savoir un peu plus sur la situation actuelle mais elle n'arriva pas à déchiffrer un quelconque message dans les visages tendus devant elle.

La jeune servante se tourna alors vers le Père et lui lança un regard appuyé pour lui demander s'il avait parlé à la princesse de la disparition de son époux.


[La Chambre d'Awrigha]
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P.Giacinto I. Chiaramonti
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MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Dim 10 Déc - 20:35

Giacinto écoutait en souriant tout en se posant une série de question sans réponse. Est-ce que c’était vraiment à lui de se mêler de ces affaires ? N’était-ce pas être trop brutal que de dire directement à la Princesse que son mari n’avait pas dormi ici cette nuit ? En même temps, il ne pouvait pas le lui cacher… Mais si le prince n’avait rien mais avait oublié le temps dans les bras d’une bonne amie ? Mais il n’allait quand même pas chercher à camoufler ce genre de comportement… Oui, bon, il l’avait déjà fait de nombreuse fois, mais c’était sous le saut de la confession, c’était différent. Mais peut-être que le Prince était vraiment en danger ? C’était le plus probable tout de même, il n’avait pas le genre à se comporter à la légère…

Enoué dans les fils de sa conscience, de son devoir et des hypothèses diverses et variées de ce qui pouvait s’être réellement passé, Giacinto ne remarquait absolument pas le regard peut-être coupable de Muzio, et allait sans doute répondre une banalité de plus histoire de gagner un temps qui ne lui servirait à rien puisqu’il n’arriverait pas plus à trouver une solution. Mais Gabriella revint et lui envoya un regard lourd de signification. Cela trancha d’un coup le nœud gordien de ses réflexions.


"A vrai dire, c’est vraiment un très mauvais moment, si vous avez de la visite en plus, mais… Je ne sais comment dire, Madame, mais en arrivant, j’ai demandé à voir votre époux, Mademoiselle ici présente est partie à sa recherche et s’est rendue compte qu’il n’avait pas dormi au palais. Ce qui l’a beaucoup inquiété, car cela ne serait pas dans ses habitudes… "

Il avait parlé d’une voix la plus douce possible, ménageant beaucoup de simplicité et de calme, comme s’il s’agissait de quelque chose de bénin, de manière à provoquer le moins de panique possible chez la jeune femme. Néanmoins il était assez gêné de ce rôle qui lui incombait et lissait, gêné, un pli de sa soutane.

"J’avais espéré que peut-être, vous saviez… Mais… Cela est sans doute un imprévu… ?"

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Bianca Grazziano Adorasti
Princesse - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Dim 10 Déc - 21:54

Perdue dans sa propre inquiétude, Bianca ne remarqua en rien le trouble qui saisissait le médecin. Mais elle entendit parfaitement sa phrase rassurante qu'elle tâcha de prendre en considération. Il avait raison, il fallait tout d'abord attendre le secrétaire particulier du prince, lui-même parti chercher son époux.

La servante revint alors pour lui annoncer une visite. Ce n'était pas vraiment le moment, mais Bianca n'en montra rien. Elle se devait de recevoir les invités et d'être toujours gracieuse et aimable. La princesse hocha la tête pour signifier qu'elle avait pris en compte la demande et s'apprêta à prendre temporairement congé des deux hommes quand le Père prit la parole pour ajouter quelque chose.

Bianca se tourna vers lui avec un sourire et l'écouta. Son sourire s'effaça au fur et à mesure des paroles de l'homme d'Eglise. A vrai dire, la princesse en revenait à peine. Le Père Chiaramonti lui annonçait, d'une voix douce et aimable, que son époux avait découché. Après un instant de flottement, la princesse arriva à articuler.


"Non... je l'ignorais." dit-elle en jetant un regard de reproche à Gabriella qui, selon elle, aurait dû le lui annoncer elle-même avant toute chose. Que ça soit le Père qui le lui annonce et non un domestique de sa propre maison lui paraissait surréaliste.

Deux pensées germèrent alors dans son esprit face à cette révélation. Soit son époux, qu'elle savait aimer les promenades nocturnes pour l'avoir surpris quelques rares fois, avait eu un accident regrettable qui l'empêchait de revenir -cette perspective lui donna un frisson d'horreur à l'idée de se retrouver veuve si tôt-, soit il était allé retrouver une maîtresse, ce qui n'était guère mieux.

Bianca inspira deux grandes bouffées d'air comme si elle étouffait. Si sa deuxième hypothèse se révélait juste, la princesse venait de subir une humiliation devant les deux hommes. Se reprenant, Bianca redressa la tête et regarda Giacinto.


"Mon Père, je vous remercie de votre.. honnêteté." dit-elle avant de se tourner vers Gabriella.

"Allez chercher monsieur Reverti, je vous prie." lui ordonna-t-elle.

La princesse se tourna enfin vers Muzio et força un sourire bref.


"Je n'en ai pas pour longtemps." dit-elle avant de tourner les talons et sortir de la bibliothèque.

[Le Grand Salon]
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Mar 12 Déc - 19:33

Les mots que prononça le prêtre glacèrent Muzio et le soulagèrent en même temps. La Princesse savait, maintenant. Enfin... évidemment, elle ne se doutait pas que son époux avait été gravement blessé et s'était réfugié chez une courtisane plutôt que chez lui. Mais la présente révélation avait suffisamment réussi à déstabiliser Bianca, et Muzio, après avoir été tétanisé un instant, de honte et de gêne, fit un pas vers elle comme pour la soutenir si elle défaillait.

Mais la Princesse se reprit d'elle-même et le médecin se contenta de ne pas la quitter des yeux, craignant que la nouvelle ne fragilisât trop la jeune femme. Lorsque celle-ci prononça le mot d'"honnêteté", il serra les mâchoires. La Princesse d'abord, qu'il fallait épargner. Ses remords de lâche, plus tard. Il était trop tard.

Bianca sembla deviner son inquiétude puisqu'elle lui assura qu'elle revenait vite. Il lui répondit par un signe de tête respectueux qui indiquait qu'elle n'était pas dégradée par l'absence de son mari à son insu.

Lorsque la servante eût à son tour quitté la pièce, envoyée par la Princesse, le médecin se retrouva seul face à Giacinto, et dut faire appel à tout son courage pour oser le regarder en face. Et le regard de celui-ci semblait lui ôter une bonne partie de sa culpabilité. Etait-il en règle avec sa conscience ? Il ne le savait pas très bien. C'était sans doute la première fois de sa vie que le secret professionnel causait de telles batailles intérieures chez lui.

Il détacha son regard des yeux du prêtre, et le promena distraitement sur les objets qui l'entouraient, avec cette petite gêne qui vient chez un homme qui a surpris l'intimité d'une femme.
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Romana L
Invité



MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Mar 12 Déc - 20:56

Mercredi 5 février 1744 - Premier post de la journée

La porte de la bibliothèque s'ouvrit sans bruit et Romana pénétra dans la pièce, discrète apparition qu'annonçait à peine le froissement de sa robe. La présence des deux hommes l'embarrassait, elle eût préféré trouver Bianca. Elle n'était venue que pour reposer un livre, et craignait d'avoir interrompu une conversation.

Elle s'inclina devant le prêtre et salua Maître Barrozi. Ce dernier était sûrement venu voir Bianca à la demande d'Elio, et la présence du premier était elle aussi certainement liée à la santé de la princesse. Elle ne savait si elle arrivait au mauvais moment, mais elle leur trouva un air.. soucieux ?


"Messieurs, j'espère ne pas avoir interrompu votre conversation. Je venais simplement ranger un livre..." dit Romana, et joignant le geste à la parole, elle reposa "Les Guêpes" d'Aristophane entre Aristarque et Aristote.

"La princesse se porte-t-elle mieux ?, demanda-t-elle au médecin. Sauriez-vous où je peux la trouver ?"
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La Bibliothèque

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