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 Le Grand Salon

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Cinzia S
Invité



MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Dim 11 Fév - 16:32

[L'Embarcadère]

Cinzia se sentait beaucoup plus à l'aise ici, à l'intérieur du palais, qu'au-dehors. Le poids au fond de son ventre avait presque disparu, et elle était à présent folle de joie à l'idée de revoir sa chère Bianca. Il faudrait qu'elle lui dise ce qu'elle avait fait après avoir quitté Naples, qui était son époux, comment était-il, quel genre d'homme était-ce... Tout !
Cet endroit était magnifique, il fallait bien l'avouer, et la jeune femme ne savait plus où poser les yeux tant les tentations étaient nombreuses. Et c'était là qu'elle allait vivre, pendant quelques temps au moins... Un vrai rêve.

La petite bonne qui marchait devant elle paraissait aussi excitée qu'elle. Elle trébucha une fois et se redressa, le regard apeuré. Cette nouvelle arrivante allait-elle lui reprocher sa maladresse ?
Non, bien sûr. Cinzia laissa plutôt échapper un éclat de rire léger, et s'attira du même coup un regard réprobateur d'une femme d'un certain âge qui passait par là. Elle adopta donc la mince qui convenait, une moue horriblement neutre et distante.
Un reste d'appréhension lui nouait légèrement l'estomac, ajoutant juste ce qu'il manquait à cette sensation particulière. Respirer.
Un sourire redressait irrésistiblement les coins des lèvres de la jeune femme, qui pourtant essayait de conserver son expression froide. Elle se sentait tellement impatiente ! Impatiente de retrouver Bianca, de rencontrer le Prince son époux, et tous les habitants de ce Palais... !

Enfin, la servante qui la précédait s'arrêta net devant une porte, et se retourna vers elle. Voilà, elle y était.
Devant Cinzia se dressait la porte du Grand Salon, d'où filtraient des voix plus ou moins étouffées. L'horrible sensation dans son ventre se faisait de nouveau sentir, plus agaçante que jamais. Allait-elle enfin arrêter de l'importuner ?! La jeune femme serra les dents, fronça les sourcils, et jeta un coup d'oeil de noyée à la fille qui l'avait conduite jusqu'ici. Celle-ci ne l'intercepta même pas et frappa quelques coups discrets à la porte, l'ouvrit et s'effaça pour laisser passer la Comtesse.
Avec la fâcheuse impression de descendre dans la fosse aux lions, Cinzia se composa un sourire et s'avança dans la pièce, le coeur battant. Il y avait là un deux hommes, l'un, grisâtre, et l'autre, plutôt haut en couleur. Et là, par l'autre porte, elle venait d'apercevoir un jupon qui quittait vivement la pièce, entraînant une servante avec elle.
Il fallait ouvrir la bouche et parler, à présent. Mais pour parler, il fallait se défaire de ce sourire et desserrer les dents. Ce qu'elle fit, non sans mal.
Elle fit une très légère révérence, faisant honneur à sa bonne éducation, puisqu'après tout elle ignorait qui étaient ces deux hommes. Le premier paraissait extraordinairement nerveux, alors que le second semblait parfaitement... Serein ? Sans doute.
Le sourire revint sur ses lèvres fines, et elle s'adressa à eux, renonçant à attendre qu'on daigne lui accorder une parole.


"Messieurs..."

Peut-être était-ce un peu... Sommaire, comme entrée en matière, non ? Elle inclina la tête vers chacun, puis se présenta :

"Je suis Cinzia san Michele, nouvelle arrivante à Venise et fort enthousiaste à l'idée de découvrir la ville."

Le retour du sourire et la petite étincelle au fond de ses prunelles vint appuyer ses propos, étrangement sincères.
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Iago degli Albizzi
Gentilhomme - Ca'Grazziano


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MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Jeu 15 Fév - 13:02

Iago qui s'était redressé à l'arrivée de Gabriella était ensuite resté parfaitement immobile et silencieux. Avec un air légèrement (c'est-à-dire plutôt complètement) étonné sur le visage.

C'est que la servante avait osé lui donné la plus mauvaise excuse qu'il soit pour fabriquer un mensonge. Qu'elle le gifle, passe encore ! Mais qu'elle lui mente comme ça ? C'est inconcevable. Honteux.

Il s'était passé quelque chose pendant les quelques minutes où elle s'était absentée qui lui avait fait changé d'avis... Peut-être qu'elle s'était rendue compte qu'Elio dormait dans une autre chambre ? Non, il était trop tard pour ça... Elle l'avait retrouvé à moitié assassiné dans sa chambre ? Non. Absurde...
Oh ! Elle avait peut-être trouvé un valet qui était son amant et elle avait envie de passer du bon temps avec lui... possible ça... Mais en même temps, elle aurait peut-être l'air plus rouge et moins pâle.

Ou alors, elle avait trouvé des informations sur Elio et ne voulait pas les lui dire parce qu'elle était jalouse. Ah oui, c'était bien ça. Ou alors, c'était Elio lui-même qui n'avait pas envie de le voir. Moins bien ça.
En tout cas, le résultat était le même, il ne lui restait qu'une seule chose à faire. Bouder.

Iago se frappa mentalement la tête. Cela n'allait pas du tout. Il avait mal dormi, il avait passé sa journée à courir dans tous les sens après du vent, son esprit s'étiolait dans les brumes de néants et de menaces... Il était temps de se reprendre. Pour cela il fallait trouver un endroit calme. Avec personne dedans.

Il tourna la tête vers Tiberio lorsque celui-ci s'adressa à lui, puis vers la femme qui venait d'entrer, et décida de fuir le plus vite possible. Il répondit presque sans s'en rendre compte à la femme.


"Et bien, tâchez de ne jamais mettre les pieds dans la ville, vous réussirez peut-être à garder votre enthousiasme intact..."

Il se leva d'un bond et s'inclina devant Tiberio.

"Je ne suis pas contraint de refuser votre offre, mais je le fais quand même, parce que je n'ai pas envie de rester ici. Bien, voilà..."

Iago passa rapidement une main sur son visage qui était en train de ressembler à celui d'un vagabond, haussa les épaules, signe qu'il n'avait rien à rajouter, et sortit.
Que les gens étaient bizarres, compliqués, et fatigants...


[Ca'Grazziano - le jardin]

_________________
Honest Iago...
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Danilo della Lonza
Gentilhomme - Ca'Adorasti


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Date d'inscription: 16/12/2006

MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Jeu 15 Fév - 21:10

[La Chambre de Danilo Della Lonza]

Après son attaque délibérée sur un pauvre miroir qui n’avait eu comme seule faute que le malheur de lui renvoyer une image honnie, Danilo se sentait rasséréné. La violence destructrice s’était montrée salvatrice. Après avoir ouvert la porte de sa chambre, il sortit dans le couloir de l’étage privé, entendant la fin d’une cavalcade de quelque servante mourrant dans l’escalier. Suivant les pas de l’inconnue - d’après le frapper léger des pieds sur le sol, il ne pouvait s’agir que d’une délicate représentante de la gent féminine, ou à défaut, d’un éphèbe particulièrement maniéré-, il descendit l’escalier avec une certaine nonchalance, jouant avec sa canne sans jamais la faire claquer au sol. Il voulait approcher le salon discrètement, de manière à prendre la mesure des personnes qui l’occuperaient certainement.

Il ne se trompait pas. Il y avait bien là quelques personnes. Il resta tout d’abord dissimulé dans l’encadrement de la porte, pour éviter de se révéler trop tôt. Il eut le temps de voir disparaître la nuque charmante de Gabriella entraînant à sa suite un torrent de cheveux brun roux dans lequel il aurait bien enfoui son visage. Vision trop rapide, il n’en garderait qu’une idée fugitive. Quel dommage.

Mais il oublia bien vite la servante. Le sieur Delgi Albizzi se dressait là, faisant face à un homme. Un homme dont le visage lui rappelait furieusement quelque chose. Mais qui ? Il n’avait pas de mémoire pour les traits des mâles. Les dames requéraient bien plus d’attention. Comme celle qui venait d’entrer, par exemple. Il se détourna immédiatement de l’inconnu pour se concentrer sur ce nouveau papillon à ajouter à sa collection sensorielle.

Son esprit eut un blanc. Il se vida de toute pensée pendant quelques instants. Il eut l’impression que son cœur remontait dans sa gorge –ou descendait dans ses talons, à moins que ce ne soit son estomac, ou… Bref, c’était un ange. Taille mince, silhouette élégante, décolleté passionnant, mais surtout chevelure brune bouclant tendrement sur les épaules et figure de reine. De ce genre de visage qu’on ne saurait décrire avec des mots, leur perfection ne trouvant aucun sens sur le papier. Une nymphe, une naïade, un ange…

Lorsque son esprit eut fini de surchauffer et de lui faire débiter mentalement des idioties romantiques éculées, il fit rapidement le point mentalement sur la nouvelle venue. Elle était belle. Le genre de femme qui pouvait lui faire perdre la tête en un regard si elles le souhaitaient. Elle était donc forcément dangereuse. Restait à espérer qu’elle ne soit pas courtisane ou qu’elle ne se montre pas à la hauteur de sa céleste figure. Ou peut-être… Allons bon, voilà qu’il recommençait. Il se concentra plus avant sur la contemplation, d’une manière presque clinique cette fois. Sa chevelure était d’un brun sombre et puissant, et coulait en un flot bouclé sur ses épaules. C’était bon. Son visage, par contre… Ovale, fin, très légèrement creusé sous la pommette, serti de deux intenses billes sombres et expressives… c’était encore l’un de ces visages, ceux qui trouvaient trop d’écho dans sa mémoire. Une grande blonde grassouillette, voilà vers quoi il devrait s’orienter. Mais apparemment il ne se referait pas. Il pouvait tout changer, mais pas ses goûts en matière de femmes.


*Sainte merde, je n’en sortirai jamais…*

Il reprit conscience de la situation lorsque Iago répondit à chacun de ses deux interlocuteurs. Comme il semblait être son habitude, il fut parfaitement inconvenant. Et si Danilo pouvait fort bien lui pardonner d’être irrespectueux avec l’insignifiant représentant de la virilité humaine, qu’il se montre aussi peu galant avec une fière porteuse de jupons était impardonnable. Il pénétra dans le salon non s’en s’être peint une expression mondaine sur le visage pour la forme, mais ne fut pas assez prompt. Delgi Albizzi s’était éclipsé avec une célérité impressionnante. Finalement, c’était mieux ainsi. Se tournant vers les deux nouvelles têtes, mais reportant surtout son attention sur la jeune et succulente dame, il déclara doucement :

« Ma Dame, monsieur… Veuillez excuser le désagrément que l’illustre sieur Delgi Albizzi a pu vous cause de par son inconvenance, mais j’ai bien peur qu’il ne soit pas homme mondain. Permettez moi de vous être plus agréable que lui et de vous proposer ma compagnie. J’avais moi aussi à l’esprit de déjeuner sous peu. »

Sur ces derniers mots, il tourna son visage vers l’homme et lui adressa un petit signe de tête respectueux. Il voulut se tourner de nouveau vers la belle dame, mais soudain, le jour se fit dans son esprit. Il braqua de nouveau son regard vers l’individu, fouilla les traits autant que sa mémoire, y trouva la confirmation de son illumination, et s’exclama sans ambages, oubliant quelque peu la bienséance mais prenant instinctivement le soin de prononcer son blasphème en français, en espérant que personne dans la pièce ne soit très au fait des usages de cette belle langue :

« Seigneur Dieu ! Tiberio Adorasti ! Puis, reprenant en italien : Je suis honoré de vous revoir, monsieur. »

C’était peu véridique, mais pas tout à fait faux non plus. Le Tiberio de ses souvenirs était un être qui attirait sur lui les pires réputations, et sans doute en méritait-il la grande majorité. C’était certes un individu méprisable, mais avec le recul, Danilo trouvait qu’il avait été l’un des personnages les plus intéressants de sa vie florentine. Un individu qui n’acceptait pas le moule du parfait courtisan. Qui était en froid avec sa famille. Qu’on cherchait à écarter, et qui s’accrochait envers et contre tout pour rester. Il aurait donc réussi à rester à proximité des Adorasti tout ce temps ? C’était étonnant, et Danilo eut un regain d’intérêt pour l’homme dont il se foutait royalement quelques instants auparavant.
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Gabriella Delmonti
Servante - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Sam 17 Fév - 14:05

[Le Couloir menant au Grand Salon-Bibliothèque via Les Communs]

Gabriella avait regardé Livia partir vers sa chambre avec soulagement. La jeune femme n'avait pas protesté et lui avait fait confiance en agissant immédiatement. Elle allait repartir à l'étage voir comment se portait le prince quand les voix venant du salon l'avait ramenée à ses tâches.

L'ami du prince venait de partir et une voix féminine qu'elle ne connaissait pas s'était présentée. Cinzia san Michele, une nouvelle hôte attendue. Gabriella était stressée par la situation. Le prince souffrant à l'étage, des hôtes dont il fallait s'occuper, de nouveaux venus, l'arrivée du médecin à surveiller...

Elle était partie vers les cuisines au pas de course. La première chose qu'elle avait demandée était qu'on lui prépare une tisane d'écorce de saule. Une autre servante un peu trop curieuse lui avait demandé qui était souffrant.


"Moi !" avait-elle rétorqué tout en préparant un plateau de nourriture pour trois personnes.

Elle se doutait bien que Danilo allait rejoindre sous peu le salon pour prendre la collation qu'il avait demandé. Après s'être renseignée sur l'état des chambres des nouveaux arrivants, Gabriella repartit plateau en mains en direction du salon.

Revenue dans le salon, elle ne s'était pas trompée, le gentilhomme avait rejoint le cousin du prince et la jeune femme. Gabriella disposa sur une table basse à disposition des hôtes, des viandes froides, un consommé, des pâtisseries et du vin, ainsi que trois couverts.

La servante s'inclina devant la comtesse.


"Madame San Michele, bienvenue Ca'Adorasti. Des servantes s'occupent de préparer votre suite. Vous pouvez vous restaurer si vous le souhaitez."

Puis elle se retourna vers le cousin de prince.

"Monsieur Adorasti, votre chambre est prête. Un domestique vous y conduira dès que vous le souhaiterez."

Après une nouvelle courbette, elle recula et demanda aux trois personnes.

"Avez-vous besoin de quelque chose d'autre ?"

La servante attendit la réponse de chacune des trois perosnnes avant de se retirer.

[Chambre du prince Elio]
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Tiberio Adorasti
Cousin du Prince - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Jeu 22 Fév - 22:25

Gorge sèche, estomac vide, deux vieux amis que Tiberio avait bien connu pendant ses trop nombreuses fuites. Mais si autrefois ils étaient tolérables, car créés par un contexte si terrible qu'il les rendait insignifiants, aujourd'hui, ils ne seraient pas supportés bien longtemps. Tiberio priait pour que les premières cérémonies d'introduction cessent, ou que, au moins, elles puissent se passer autour d'un repas.
Mais apparemment, par malheur, cela ne serait pas le cas. Car à peine était parti Mr Malpoli (quel était son nom déjà? Quelque chose Abilizzi, ou peut être Albizzili? Tant pis, il s'en souviendrait une autre fois. Mais la chose qui était sure, c'est que cet homme, peu importait son nom, s'était montré bien discourtois. Tiberio n'aimait pas ça) qu'une demoiselle pénétrait dans la pièce. Fort agréable à l'oeil en vérité, quoiqu'un peu jeune. Enfin, de toute manière, le cousin du prince avait déjà gouté à des femmes plus jeunes que ça (mais aussi et surtout à des femmes moins bien faites, pour être honnête), et cette noblionne, à peine arrivée, attirait déjà sa convoitise.

Tout sourire, il entrouvrit la bouche pour commencer les présentations, entamer une discussion, et tout ce genre d'autres choses, mais voilà, il n'eut pas le temps d'articuler quoi que se soit. A nouveau, on l'interrompait, à nouveau, on déboulait dans cette pièce qui, si les choses continuaient à ce rythme, finirait par être complétement bondée d'ici trois ou quatre minutes. Soupirant intérieurement, le cousin se retourna et étudia le nouvel arrivant.
Pendant quelques instants, il ne put décrocher son regard de cette silhouette, qui lui évoquait décidemment quelque chose, sans qu'il puisse remettre le doigt dessus.
Et puis, alors qu'il venait de se décider à reporter son attention sur la jeune femme, l'homme lui adressa la parole, et soudain, il se souvint. C'était lui, ce musicien. Il tourna sa tête à nouveau, et lui adressa un grand sourire, ainsi qu'une révérence singée.


"Enchanté moi aussi. Vous êtes le Musicien, n'est ce pas? Lonza, c'est cela?"
Bien sur que c'était cela. C'était même "Danilo della Lonza". Il le savait parfaitement, malgré sa piteuse mémoire des noms. Il le savait, car cet homme, il l'avait longtemps cotoyé, longtemps observé. Car il appréciait son jeu, son art. Il y a de cela des années, à Florence, Tiberio adorait venir l'écouter, lui qui faisait résonner son clavecin d'une manière si virtuose. Il l'avait même adulé en secret, bien longtemps.
D'ailleurs, alors qu'il fuyait les diners et les réceptions comme la peste, Tiberio était toujours présent à ces représentations, et, tandis qu'il était normalement toujours entouré de serviteurs, et de quelques idiots qui aimaient sa manière de les maltraiter, on le voyait là bas toujours seul, silencieux comme si on lui avait scié la langue.

"Cela faisait bien longtemps. Bien longtemps."
Treize ans, à quelques mois près. Il le savait, mais il aurait été de mauvais gout de le déclarer. Tout cela remontait à bien longtemps, et déjà à l'époque il n'avait osé faire part de son admiration, il serait encore plus déplacé d'en faire part aujourd'hui.
Et pourtant, cela faisait des années qu'il n'avait pas entendu un morceau de clavecin. Il lui faudrait oser demander, un jour ou l'autre, qu'on lui en joue un.

"J'ai bien l'impression que nous sommes deux à avoir décidé de revenir au sein du cocon Adorasti, hum? Si doux et agréable, n'est il pas? Et même, avec un peu de chance, on y trouvera moins de fiente qu'il y a quelques années.
Qui sait? Lorsque j'ai quitté mon jeune cousin, il n'était encore qu'un enfant, mais il avait déjà assez d'intelligence pour départager le bon du mauvais.
Je suis sur, je prie, pour qu'il ait fait le ménage, et pour que les parasites soient réstés à Florence avec le reste de la famille."
Bien sur, en disant cela, il souriait. Pourtant, le ton était fort sérieux. Allez savoir, ironisait il? Peut être.
Il se retourna une nouvelle fois, pour voir arriver la servante. Et elle amenait à manger, et qui plus est, à boire. Il lui adressa une brève courbette, avant de la flatter, certes, grossièrement :


"Ah, ma chère, vous êtes ma princesse. Mon estomac vous applaudit."

Le cousin du prince fit quelques pas en direction du plateau, et entreprit de se servir. Il retira ses gants, se saisit d'un verre, et commença à y verser du vin, avant de placer dans son assiette quelques morceaux de viande. Alors que la salive commençait à envahir sa bouche, il demanda, tenant toujours la carafe en main.
"Qui dois je servir? Mademoiselle San Michele, vous venez d'arriver, vous aussi. Je suppose que vous devez être aussi affamée que je le suis.
Et puis, je n'ai pas encore eu le loisir de me présenter dignement. Partagerez vous ma table? Cela me donnera une chance de remédier à ce scandale. Vous ne pouvez le refuser sans me faire passer pour un rustre. Personne ici ne veut cela, hum?"
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Cinzia S
Invité



MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Sam 24 Fév - 23:45

Un coup de vent, un coup d'éclat, une tornade peut-être ? L'homme serein semblait à présent passablement ennuyé. A l'enthousiasme de Cinzia, il répondit par une réplique désabusée et désagréable. "Tâchez de ne jamais mettre les pieds dans la ville"... Etait-elle donc naïve à ce point ? Ce grossier personnage ne suffirait pas à gâcher son entrée dans la Ville des Masques, oh que non, pas question ! Elle détestait ce bonhomme d'entrée de jeu. Peut-être, dans un autre contexte, aurait-elle pu l'admirer, et peut-être que cela viendrait. Mais pour le moment, il lui était profondément antipathique. Son souhait le plus cher de l'instant était que ce... Cet inconnu, ce... Comment s'appelait-il, au fait ? Aucune importance ! Donc, elle voulait qu'il débarasse le plancher au plus vite. Quelques secondes plus tard, fort heureusement, son souhait était exaucé et il tournait les talons sur une réplique toute aussi impertinente. "Je n'ai pas envie de rester ici"... Bon débarras !
C'était tout ce que lançaient, entre autres éclairs meutriers, les yeux sombres de la belle en direction de la porte qui venait de se refermer, en un petit bruit sec et insolent. Bah !
Sur cette exclamation muette, qui résonna pourtant comme son changement d'humeur - et de regard, elle se retourna vers les autres occupants de la pièce, qui, par bonheur, avaient l'air autrement plus agréables.

L'homme nerveux lui jetait des regards intéressés, et semblait soudain beaucoup plus prompte à la parole. Cependant, la jeune femme ne pouvait s'empêcher de le considérer avec la désagréable impression qu'un brouillard grisâtre l'entourait. Risible, n'est-ce pas ?
Quant au troisième homme, lui venait d'arriver, et, lui aussi, l'avait détaillée sans retenue dès son entrée dans la pièce. Fort heureusement, il sembla bientôt reprendre ses esprits, car quoi de plus gênant - et de plus flatteur - pour notre Cinzia que de constater qu'on portait un regard appréciateur (un peu trop, peut-être ?) sur sa silhouette, fort peu dissimulé qui plus est !
Ce dernier homme ne tarda pas à parler, s'excusant de la conduite indigne de ce... Comment disait-il ? Degli Albizzi. Aucune importance. Inconvenance... Pas un homme mondain, ah, cela paraissait évident ! Et bien, elle espérait que ce nouveau venu rattraperait le fuyard, et se montrerait autrement plus agréable, comme il disait. Bah !
Soudain, lâchant la jeune femme du regard, il se tourna vers l'autre homme et dit quelque chose en français, semblait-il, où elle discerna un nom : Adorasti. Adorasti ?!
Donc, ce dénommé Adorasti, puisqu'il en était ainsi, sembla reconnaître le gentilhomme, alors qu'une servante aux cheveux blonds apportait à manger et demandait si l'on avait besoin de quoi que ce soit d'autre.
Le grisâtre répondit exactement ce que pensait la Comtesse, à quelques détails près. Elle adressa un sourire tout aussi reconnaissant à Gabriella et se retourna vers l'Adorasti, qui venait de lui parler d'une voix onctueuse. Elle lui répondit, avec toujours ce même sourire joyeux aux lèvres :


"Et bien, Monsieur Adorasti, effectivement, je viens d'arriver et je dois avouer que mon estomac me tiraille, c'est pourquoi je me ferai un plaisir d'accepter votre invitation."

Lorsqu'il le lui indiqua, la jeune femme s'assit élégamment, lissant sa robe d'une main fine et sûre. Ceci fait, elle releva les yeux vers son interlocuteur, prête à l'écouter raconter tout ce qu'il voulait du moment qu'il ne la retenait pas trop longtemps, juste après avoir jeté un regard vers Lonza, comme l'autre homme s'appelait apparemment. Allons, elle mourait d'envie de voir Bianca...
...Et puis, cette bouffée d'angoisse la reprenait, légère, insinueuse, au creux de l'estomac, nouant son ventre. Aujourd'hui encore, elle ferait honneur à son appétit d'oiseau...
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Danilo della Lonza
Gentilhomme - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Dim 25 Fév - 16:50

« Votre mémoire me flatte, monsieur. » Répliqua aimablement Danilo à l’homme qui se tenait devant lui. Il écouta Tiberio avec attention lorsque celui-ci continua de parler, un sourire étrange peint sur les lèvres, en contradiction avec son ton d’un sérieux inébranlable.

Revenir au cocon ? Le musicien fut légèrement déçu. Il pensait encore que Tiberio arrivait de Florence, ou quelque chose dans la même optique. Qu’il avait résisté contre vents et marées, et s’était accroché à sa famille comme il savait si bien le faire. Mais après tout, le cousin d’Elio avait déjà lutté plus longtemps que lui, plongé dans ce milieu depuis sa prime enfance et resté encore après lui. Danilo n’avait, pour sa part, affronté que deux années de réelle adversité. Il ne pouvait pas lui jeter la pierre. Cette pensée ne l’empêcha cependant pas de pester contre le sort d’une pensée. Il aurait été bien pratique de rencontrer quelqu’un qui fut au fait de toutes les histoires des Adorasti, et qui ne soit pas attaché aux intérêts de la famille comme l’était Luciano Di Lorio.

En entendant la suite, Della Lonza eut un petit sourire discret. Ainsi donc, Tiberio n’avait pas beaucoup changé, du moins en apparence. Il était toujours aussi suffisant, ne se gênant pas pour afficher son mépris des autres au premier venu. Il était toujours supérieur, se sentant bien au dessus de ladite fiente. Le musicien fut surpris, cependant, d’entendre le mot on. Prononcé sans ironie qui plus est. C’était paradoxal. S’il y avait eu des parasites au palais d’Andrea, lui-même en faisait partie, cherchant gloire et femmes grâce à l’aura de son mécène. Et lorsque ses intérêts s’étaient sentis menacés, il avait fait n’importe quoi. Heureusement, les tenants et aboutissants de l’affaire n’étaient pas arrivés aux oreilles de trop de nobles, et c’était tant mieux. Qu’il fut englobé par ce on semblait-il sincère était réellement étrange. Il décida de s’en réjouir et de voir en cela que Tiberio l’estimait quelque peu. Un allié possible ?

Il répliqua, prenant par précaution un ton quelque peu badin, pour pouvoir se réfugier sous le couvert de la boutade en cas de danger :


« Je ne saurais vous renseigner très avant, mes pas m’ont amené à la Sérénissime il y a une bonne heure seulement. Ma seule certitude est que le baron Di Lorio, fidèle à lui-même, veille aux intérêts du seigneur Andrea comme le trochilus sur la gueule du crocodile, en cette belle ville de Venise. »

Répondre aux parasites par le nom de Di Lorio pouvait se comprendre selon deux sens, soit qu’il les écartait avec attention, soit au contraire qu’il en était un superbe spécimen. L’interprétation était laissée libre à son interlocuteur, histoire de ne pas risquer de se mouiller trop avant.

Gabriella réapparut, amenant avec elle ce fameux déjeuner que l’estomac de Danilo commençait à réclamer avec insistance. Lorsqu’elle demanda s’ils avaient encore besoin de quelque chose, il la détrompa aimablement, avant de rejoindre Tiberio Adorasti, qui s’était précipité vers la table. Cinzia -c’était à ce qu’il avait entendu des bribes de son court échange avec Iago le nom de la charmante jeune femme au boucles si affolantes- accepta l’invitation de l’homme, ne relevant apparemment pas l’étrange formule qu’il avait eu, en disant qu’un refus serait synonyme d’une déclaration de muflerie.

Danilo se servit lui-même comme à son habitude, puisqu’il n’avait pas eu l’occasion de proposer de faire le service pour le simple plaisir d’être galant. Puis, pour converser quelque peu, il prit la parole, sans avoir encore entamé son repas :


« Quelle ironie, tout de même. Nous sommes trois invités à venir présenter nos honneurs au couple princier, et nous parvenons malgré tout à arriver au palais de concert, au moment ou ni le prince Elio Adorasti ni son épouse ne sont présents pour nous recevoir. Le maître de maison semble même s’être si bien évaporé que certains se montrent prêts à toutes les incivilités pour le retrouver.
Je crois que la grande Sérénissime mérite grandement sa réputation. En ne sortant pas de ma suite, j’ai déjà réussi à toucher un mystère, ou plutôt, celui-ci m’a sauté à la gorge sous les traits de monsieur Delgi Albizzi. Une ville pleine de surprises, semble-t-il… »

*Et j’en apporte mon lot* Pensa-t-il avec une joie grise.
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Tiberio Adorasti
Cousin du Prince - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Dim 25 Fév - 21:54

Pendant quelques secondes, le sourire du Cousin se fit plus crispé, plus tendu, tandis qu'il reflechissait justement aux déclarations du musicien sur l'absence des propriétaires. Tout en s'installant lui aussi à la table, choisissant bien entendu la place du bout, celle du "chef de table", forcément, son esprit voguait, paranoïant à souhaits.
Le Prince et son épouse avaient ils été prévenus de son arrivée? Etait ce possible? "Cela expliquerait leur absence", pensa t-il, serrant son poing par reflexe. Oui, c'était possible. ll avait fait une escale à Florence après tout. Quelqu'un aurait aisément pu faire passer le message. Mais non. Mais non! Admettons, admettons que quelqu'un ait fait passer le message, comment Elio aurait il pu deviner le jour de l'arrivée? Ha ha! C'était impossible! Impossible!
Non, de toute évidence, Tiberio s'était encore fait du mouron pour rien.

Reprenant finalement ses couleurs et ses esprits, le Cousin décida de reprendre sa conversation où il l'avait laissée. Bon sang il ne pouvait pas se permettre de partir dans de tels délires en présence de personnes qu'il serait amener à cotoyer à nouveau. Il le savait pourtant.
Il lui fallait rester vigilant, constamment. Rapport aux actions des autres bien sur, mais aussi rapport à sa tendance personnelle à trop imaginer, à mal interpréter. Ah... C'était si épuisant. Si épuisant...

Pour se distraire, fuir un peu ses pensées ridicules, il entreprit de découper la viande qu'il s'était servi. D'un vague geste de la main, il chassa les paroles de son collègue musicien, déclarant avec dégout :

"Ah, pitié mon cher... Voulez vous vraiment me gater l'appétit? Pitié, vraiment. Si vous tenez à parler de Di Lorio, faites le à un moment où cela ne pourra pas ruiner ma journée. Si vous veniez à me trouver malade, au seuil de la mort et à la limite de perdre la raison, dans une phase de ma vie si terrible que même l'Enfer paraitrait à coté un Eden, alors là, et là seulement, nous pourrons discuter d'un tel personnage."
A ce moment précis, alors qu'il avait déclamé cette phrase avec un sérieux édifiant, Tiberio eclata de rire. Il n'avait pu se retenir plus longtemps. Mais oui, mais c'était cela, de parler de Di Lorio en sa présence.
Ha, quel humour, quel humour. Il en avait les larmes aux yeux. Non, il le reconnaissait, ce n'était pas simplement à cause de ce qu'il venait de dire, mais surtout parce qu'il s'imaginait la réaction du Baron en question s'il avait été présent.
Mais, bravement, Tiberio réussit à reprendre son souffle, malgré de grandes difficultés, et à calmer son rire.


"Ah, enfin, mangeons tout de même, et chassons ces sombres pensées, avant qu'elles ne nous minent le moral. Ha ha. Oui mangeons. Allons, mangez donc vous aussi Mademoiselle, mangez."
Plein d'entrain désormais, fier de sa pique à l'encontre de ce Di Lorio invisible qu'il s'imaginait voir rougir en face de lui, Tiberio commença à enfourner la nourriture dans sa bouche, machant longuement avant de les envoyer dans son gosier par la grande voie. Entre deux bouchées, il réussissait tout de même l'exploit de continuer à parler, sans pour autant jamais le faire en ayant la bouche pleine, attention, et sans un postillon, bien entendu.
"Vous avez raison mon cher, vous avez raison. Cet homme, cet Abilzzili, ou peu importe..."
Bien sur, il feignait. Certes, il avait une mauvaise mémoire des noms, habituellement, vis à vis de la populace, et de ceux qui montraient peu d'interet. Mais, par opposition, il savait toujours trouver une place au fond de sa caboche pour se souvenir de ses ennemis.
Oui, "ennemi". Pour le coup, le terme était peut être exagéré. Il l'était d'ailleurs. Il était plus juste de dire "rustre" cette fois ci. Enfin, l'important était que Tiberio n'oublierait pas ce Degli Albizzi, ni son visage, ni sa manière si particulière de manquer de respect à quelqu'un qui lui était pourtant manifestement supérieur.

".. est un excentrique. Mais à mon avis, son comportement est une bien piteuse manière d'attirer l'attention. J'espère que le reste de la cour aura trouvé de meilleurs moyens pour se faire remarquer."
Oui, car il était toujours fort amusant de voir comment les cafards tentaient d'attirer l'attention des puissants. Certains se montraient particuliérement vifs et fins, d'autres simplement divertissants, et certains, juste malins. Mais ce Degli Albizzi, lui, c'était montré pathétique. Enfin, à l'avis de Tiberio en tout cas (mais cet avis n'en valait il pas un autre, voire même mieux que ça?). Mais en fait, peut être que ce jeu minable de prétention vulgaire plaisait à son cousin. C'était envisageable après tout. Tiberio lui même avait eu un valet dans ce genre là, qui avait pris, à force de leçons, l'habitude de se permettre bien des libertés avec des gens supérieurs à sa condition. Car, il fallait l'avouer, il fut longtemps drole de voir quelques bourgeois ou noblionnes frémir, outré(e)s par le comportement singulier d'un tel serviteur.
Mais voilà, ledit valet avait fini dehors, une fois que notre brave Tibère s'était trouvé lassé. Et Degli Albizzi finirait sans aucun doute pareil, il en était convaincu, car les plus excentriques, les plus orgueilleux, manquent toujours de renouveller leur spectacle, et sont donc les plus lassants. Et ainsi, ils sont le type de courtisans qui sont éjectés le plus vite. Cela marchait toujours comme ça.


"Ha, mais voilà encore un sujet qui va gater mes humeurs, et je ne veux point finir chez le médecin sitot arrivé ici.
Non, pourquoi ne parlerions nous pas plutot de sujets plus conformes à un repas, hum? Des sujets qui nous éviteront de nous enflammer, de nous emporter, et qui nous permettront une digestion saine, hum?
Allons, j'ai surtout là (Il posa un doigt sur sa tempe) une question qui hurle, qui demande à trouver une réponse bien vite. Oui. Lors de ma brève escale à Florence, lors de laquelle on m'a redirigé ici, j'ai appris que mon cousin c'était marié à une Grazziano."
Il gloussa pendant une fraction de seconde, comme si la nouvelle était fort amusante.
"Il me faut une confirmation mes amis, c'est là vital. J'arrive à peine à y croire, en vérité."
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Danilo della Lonza
Gentilhomme - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Mer 7 Mar - 17:34

Danilo fut tenté de lever un sourcil étonné lorsque Tiberio, après une tirade on ne peut plus claire, éclata de rire, apparemment très content de lui-même. Le gentilhomme décida finalement de ne pas refroidir les ardeurs de son compagnon, n’ayant aucune envie de s’en faire un ennemi dans l’immédiat. A vrai dire, l’individu était assez particulier pour être une donné favorable dans l’équation qui prenait peu à peu forme dans son esprit. Il n’avait qu’un attachement relatif à sa famille, entrerait clairement en conflit avec Di Lorio et sans doute d’autres, était visiblement là pour son intérêt propre. Et n’était pas prêt à se laisser marcher sur les pieds. Autant de données qui en faisaient un outil potentiel et un homme de paille pratique, s’il trouvait le moyen de le diriger à sa guise. Ce qui n’était pas à négliger.

Il ne répondit donc pas à la pique et à son rire idiot autrement que par un visage neutre, mais n’en pensa pas moins. Décidément, les hommes de cour étaient spécialistes pour faire de bons mots sur les absents. Si Di Lorio avait été présent, il se serait ri d’une insulte si gratuite. L’homme d’Andrea faisait partie des rares personnes qui ne crachaient jamais à tord et à travers, mais dont chaque insulte, prenant base sur des tares bien réelles de ses opposants, touchait en plein cœur. S’il avait été présent, la réplique aurait coulé sur lui et il aurait trouvé une méchanceté bien pire pour enfoncer son interlocuteur, et Dieu savait tout ce que le passé de Tiberio contenait de perles pour un persifleur de son acabit.

Le cousin du prince reprit la parole, adressant un jugement personnel sur Iago. Danilo répliqua, conservant le ton léger qu’il avait utilisé pour parler de Di Lorio quelques instants auparavant :


« Je ne rejoins pas tout à fait votre avis. Je ne pense pas que notre ami cherche à attirer l’attention sur lui. Je pense qu’il ne trouve aucun intérêt à savoir comment on le juge, et qu’il se contrefout royalement de ce que l’on peut penser de lui. Il ne recherche pas l’attention, mais la provoque par son incorrection. A mon avis, il n’est pas seulement excentrique. Il est aussi fou. Ou bouffon, si vous préférez. S’il est encore parmi nous, je suppose qu’il doit amuser quelqu’un. »

Tiberio reprit son petit discours. Danilo trouvait qu’il était bien peu posé pour un personnage de cour, mais cela n’était pas déplaisant. A vrai dire, quoi qu’il soit lui-même capable de parler raffiné en société, il n’avait que peu d’intérêt pour les conversations guindées, auxquelles il ne participait généralement que lorsqu’il avait un but à atteindre. Et ici, à Venise, il participerait à tout ce qu’il faudrait pour atteindre son but. Il préférait nettement une conversation plus légère, voire simplement brisant ces damnés codes de bonne conduite courtisane. C’était l’une des choses qui lui avaient plu chez Mathilde, ce refus de convenances lourdes qui l’avaient poussée à lui faire des avances de manière bien peu conventionnelle. En plus de son charmant minois et de son indéniable talent, bien entendu.

Alors que Tiberio continuait sur sa lancée, une ombre triste voila quelques instants les yeux du gentilhomme. Que n’aurait-il pas donné pour changer le destin ? Il aurait tout sacrifié, même sa virilité, même son talent et son piano, son succès, sa beauté, sa vie, pour que les choses se passent autrement. Mais hélas, rien n’y avait fait. C’était trop tard, et se rappeler les instants heureux ne faisait qu’aviver des plaies qui semblaient n’avoir aucune envie de se refermer.

Ce fut avec une voix un peu étranglée qu’il répondit à Tiberio, en tentant de contrôler son émotion stupide et de chasser l’image de Mathilde de ses pensées.


« Je peux vous confirmer cette information, mais guère vous en apprendre plus. Le prince Elio, avec qui j’ai échangé quelques lettres, ne m’a pas semblé avoir l’envie d’aborder le sujet d’une manière concrète. Ou du moins, je peux vous apprendre que ce mariage est une union arrangée, mais vous l’aviez certainement déduit vous-même. J’avoue ne pas comprendre le pourquoi d’une telle union. Je suppose qu’elle doit être une marque de paix entre les familles, mais leur retour à Venise laisse présumer du contraire. Allez savoir… »

Il Grimaça légèrement à ces mots, secoua la main comme pour écarter un sujet déplaisant, puis détourna le cours de la conversation, assez peu désireux de s’engager trop avant dans un sujet d’ou seules de stériles spéculations verraient le jour.

« Mais dites-moi, si vous le voulez bien… Vous m’avez dit avoir vous-même quitté le seigneur Andrea. Quelles nobles contrées avez-vous donc visité pendant ces quelques années ou j’ai quelque peu coupé les ponts avec les Adorasti ? »
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Cinzia S
Invité



MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Sam 10 Mar - 23:10

Cinzia mangeait du bout des lèvres, écoutant avec attention les deux hommes qui parlaient d'un certain baron Di Lorio. Celui-là, elle n'en avait jamais entendu parler, ni par Bianca, ni auparavant. Elle n'émit donc aucun commentaire quand l'Adorasti lança une pique à l'absent, et en parut particulièrement fier. La jeune femme réprima un sourire amusé et tenta un regard vers son autre compagnon, qui ne semblait donner aucune réponse à ces remarques.
Elle rabaissa les yeux sur son repas et avala en silence quelques minuscules bouchées, et laissa s'échapper la suite de la conversation, un peu absente. Venise était donc réellement la fosse aux lions contre laquelle on l'avait mise en garde ! A peine un soupir, léger, et un geste nerveux des mains.
Quand Della Lonza prononça le mot bouffon, définissant ainsi l'impression de la Comtesse à l'égard de ce Degli Albizzi, elle releva pourtant les yeux et abandonna le cours rapide de ses pensées pour finalement rejoindre la conversation.
Observant son voisin, Cinzia crut lire, un instant, un certain trouble dans ses yeux.
"...J'arrive à peine à y croire, en vérité."
Ah ! Le mariage entre une Grazziano, sa chère Bianca, et le Prince Adorasti. Si cela pouvait arranger les choses...
Elle allait répondre, quand quelques coups discrets furent frappés à la porte. Un grincement, des pas. Une petite servante, terriblement gênée d'interrompre les hôtes du couple princier, se tenait là, les yeux fixés sur la jeune femme.
"Hum... Veuillez m'excuser, je regrette de..."
Elle semblait réellement paniquée. Cinzia, plus surprise qu'agacée, l'interrogea du regard. L'enfant prit cela pour une invitation à poursuivre et s'enhardit :
"Vous êtes Cinzia san Michele ?"
Une courbette. Et une lettre qu'elle tendit à bout de bras, toujours pliée en deux. Cinzia jeta un regard à ses compagnons de table, et, après un vague "Excusez-moi..." , se leva et prit délicatement la lettre. Elle l'ouvrit et la déchiffra en quelques secondes.

Le changement dans sa physionomie fut saisissant. Elle qui parvenait plus ou moins à cacher ses sentiments les plus importants, cette fois, elle devint pâle comme un linge. Ses doigts tremblaient.
Elle releva les yeux vers la servante, semblant ne pas croire ce qu'elle venait de lire. La petite créature semblait essouflée et apeurée. Une nouvelle, encore ?!


"Vous serez gentille de transmettre toutes mes excuses à la princesse Bianca. Dites-lui que... Et bien, qu'un évènement imprévu me pousse à quitter Venise et que je regrette de ne pouvoir la rencontrer. Je lui écrirai."

Cinzia se retourna vivement et, quand son regard tomba sur les deux hommes, ses yeux s'élargirent. Elle les avait presque oubliés. Elle fit quelques pas vers eux, et lança d'une voix défaite :

"Excusez-moi, je... Je dois vous quitter. Une affaire urgente... Ravie d'avoir fait votre connaissance..."

Sur ces propos décousus, la jeune femme brune saisit ses quelques effets et, sous le regard encore confus de la domestique, quitta la pièce d'un pas pressé et quelque peu chancelant.
Elle allait quitter Venise, avant même d'avoir pu voir la ville. En un sens, elle le regrettait, mais...


[Nulle part - Dernier Post]
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Tiberio Adorasti
Cousin du Prince - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Dim 11 Mar - 21:09

Tiberio, la bouche toujours entrouverte, déjà prêt à lancer un nouveau torrent de paroles, ne put cependant laisser libre cours à son envie. Pourquoi? Parce que, comme toujours, un pouilleux venait manquer de respect. Qui plus est, cette servante qui venait les interrompre n'avait même pas la politesse d'être belle. Par conséquent, elle était une pure et totale perte de temps. Par conséquent, se montrer courtois et/ou poli n'avait aucun intéret, pour le coup. Lachant un rire méprisant, situé quelque part entre le "hin hin hin" et le grincement sinistre, Tiberio observa la servante.
Etait ce pour autant la peine d'en rajouter? Hésitation. Dure hésitation. Il aurait été si simple de faire chavirer cette servante dans une gêne bien plus profonde. Une gêne terrible, qui, elle même, aurait entrainé une frustration sans limite, puisque la pauvre servante n'aurait pas eu le droit de répondre. Longue vie aux codes sociaux. Et ce spectacle, bien entendu, aurait été fort amusant. Tiberio se souvint, encore une fois, que cela faisait bien trop longtemps qu'il n'avait pu se faire plaisir de la sorte. Cela faisait aussi bien longtemps qu'il n'avait frappé quelqu'un. Dieu, ce que ça pouvait lui manquer...

Mais voilà, à son coté se tenait une demoiselle, qui, peut être (certainement?) n'aurait pas apprécié la scène. Et puis, ce Della Lonza s'avérait bien moins sympathique qu'il l'avait pensé. Pourquoi? Mais Seigneur, il n'avait pas ri! Bon Dieu, qui pouvait rester de marbre face à une telle réplique? Qui? Mais personne! Personne!
Tiberio en était convaincu en tout cas, jusqu'à cette difficile confrontation avec la réalité. Quelle déception...
Bref. Ce Della Lonza se révélait moins sympathique qu'il l'avait pensé, et, forcément, il ne pouvait donc se permettre ce genre de manège devant lui, pour l'instant. Frustration, et, à nouveau, déception. Au final, il s'en tirait presqu'aussi mal que cette foutue servante. Qu'elle aille donc mourir celle là, Seigneur! Pourquoi prenait elle son temps comme ça? Depuis quand livrait on le courrier à des personnes arrivées depuis trois minutes à peine?
Raaah, il y avait tant à dire, tant à dire sur le comportement de cette pécore...


"Et bien, une chose est sure, cet homme ne m'amuse pas, moi. Je le trouve même fort détestable. Je veux dire... Ce genre de manquement de respect n'est certainement pas tolérable, et il doit se situer bien haut dans l'estime des puissants de Venise pour pouvoir se permettre de tels écarts."
Et puis soudain, le cousin du prince se rappela de quelque chose. Ah? Oui? Ah oui. Il n'était certainement pas le dernier sur la liste des manqueurs de respect. Il s'en souvenait maintenant.
Oh, mais, du coup, cela soulevait un dilemme philosophique fort intéressant. Pourquoi condamnait il un comportement qu'il appliquait lui même sans arrêt? Pourtant, pas la peine de convoquer les grands penseurs, les rats de bibliothèques et les professeurs, parce que la réponse pouvait être trouvée bien vite : "On n'applique pas à Tiberio Adorasti et aux gens de son rang social et/ou intellectuel(même si, pour le moment, le brave cousin n'avait jamais penser trouver quelqu'un pouvant l'égaler dans la seconde catégorie) les mêmes règles qu'au reste du monde." Evident. D'une évidence qui crevait d'ailleurs les yeux.
En parlant d'évidence, il semblait actuellement assez clair que la pauvre Cinzia venait d'apprendre une mauvaise nouvelle. Pensez vous pour autant que Tiberio s'en rendrait compte? Et bien peu importe, parce qu'en pratique, il ne s'en était pas aperçu, et continuait donc à causer, tandis que sa voisine devenait plus pale que... Elle devenait en tout cas très pale, c'était certain.
Et alors que la Mademoiselle blémissait à vue d'oeil, c'est un Tiberio bouillonant qui entreprit de se prononcer sur l'infame mariage Grazziano-Adorasti.


"Par tous les saints du Paradis, c'est là une chose à laquelle je ne comprend rien. Lors de mon escale à Florence, c'est à peine si l'on ne me chassait pas à coups de maillet à chaque fois que j'abordais le sujet. Enfin, comprenons nous, ils voulaient de toute façon me chasser à coups de maillet, mais lorsque je parlais de ce mariage, on les sentait encore plus préssés, si vous voulez.
Non, mais par contre, personne ne m'a rien précisé. Même ma mère est restée fort silencieuse, ce qui ne lui ressemble pourtant pas du tout. Vous avez en tout cas raison sur un point, tout cela semble bien trouble."
Il gloussa légérement, et baissa le ton, et, amusé, continua :
"Mais il y a à mon avis là une multitude futures scènes cocasses qui se profilent. Vous auriez vu ce défilé de têtes d'enterrement. C'est une grande épreuve de volonté que de rester sérieux en face d'une vingtaine de courtisants, là bas à Florence, alors qu'on leur parle de ce mariage. Tout de suite les débats s'enflamment, entre ceux qui aiment cette perspective de pseudo-alliance et tous les haineux qui considèrent cela comme une trahison.
Oh, croyez moi, à chaque fois, chaque fois, il n'aura pas fallu plus d'une demie minute pour que les injures commencent à fuser."
Et Tiberio aurait volontiers continué pendant des heures. Il se serait en particulier fait un plaisir de raconter la scène du banquet de "bienvenue" qu'on lui avait accordé, mais voilà, on l'interrompait, encore et toujours. Mais cette fois ci, l'interruption venait de la belle Cinzia. Qui aurait pu lui en vouloir, à elle, avec son physique si agréable?
Pas Tiberio en tout cas. Du coup, il resta silencieux, tandis que la jeune femme s'excusait de leur fausser compagnie.

"Ah! Mais ne partez pas!"
Eut il temps de lacher, servant à la femme son plus beau sourire.
"Seigneur, maintenant qu'elle est partie, je dois avouer que mon appétit a pris un coup dur. Tragique, vraiment."

Et, comme c'était tout de même là un mensonge, Tiberio continua à savourer la nourriture qu'on lui avait servie, gratifiant la servante d'un bref geste de la main, l'air faché."
"Par contre, vous, vous pouvez partir. Oui, vous pouvez. Allez!"
Il marmonna quelques mots (des injures, en vérité), avant de répondre à la question finale de son ultime interlocuteur, faisant tous les efforts du monde pour oublier le départ précipité de cette jeune femme si attirante, que Tiberio aurait bien volontiers... Il l'aurait fait bien volontiers, oh Seigneur, ça oui. Il aurait même fait plus que ça. Et peut être plus encore.
Mais voilà, occasion gachée, malheur, haine, pleurs, colère et rage, et désespoir. Haussant les épaules, l'air de dire au final "et bien tant pis, nous ferons sans", le cousin reprit.

"Et bien, j'ai quitté nos terres en l'an de grâce 1732, en vérité. Et j'ai vogué, vogué, vogué jusqu'à l'autre bout du monde mon cher. Jusqu'aux Amériques pour être précis, ha ha ha!
Ha... Et quel endroit. Quel endroit. Terre de contrastes, je dirais. Parce qu'on y trouve à la fois la pire des racailles et la plus distinguée des bourgeoisies. Malheureusement, surtout la pire des racailles. Et puis, c'est... Enfin... C'est très spécial voyez vous? On peut y devenir prince en une semaine, et perdre toute sa fortune le lendemain. Assez intéressant. J'ai de tout de même réussi à tenir 11 années avant de devoir me replier. Croyez moi, c'est là bas un score épatant."
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Luciano di Lorio
Ami de la Famille Adorasti - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Lun 19 Mar - 3:33

[La Chambre d’Elio]

À mesure que ses pas le rapprochaient du Grand Salon, Luciano pouvait percevoir avec plus d’acuité la voix de Tiberio Adorasti et les propos obscènes qu’il tenait à son auditoire. Assurément, leurs retrouvailles se dérouleraient dans l’allégresse mutuelle, puisque l’affection qu’il vouait à cet homme lui avait toujours été rendue de façon réciproque. Un échange d’amabilités serait la bienvenue après les évènements de la journée. Soigner sa main entaillée pourrait toujours attendre, il était plus important d’accueillir chaleureusement un vieil ennemi. D’autant plus que, malgré tous ses défauts, le cousin du Prince possédait certaines vues relativement intéressantes sur des sujets de sa préoccupation, si on accordait une quelconque valeur aux paroles d’un individu aussi grossier.

Arrivé devant le salon alors qu’une dame en sortait, il recula d’un pas pour lui céder le passage, notant la pâleur de ses traits, avant de s’introduire à son tour, la faisant aussitôt disparaître de sa mémoire comme la quantité négligeable qu’elle devait représenter.

« La pire des racailles, Monsieur Adorasti? Je ne suis pas étonné que vous y ayez prospéré. Sans doute avez-vous pu trouver votre place parmi les sauvages de l’Amérique plus qu’au sein de votre propre famille. »

S’adressant au musicien, il s’inclina poliment pour ensuite affirmer :

« Heureux de vous retrouver en si charmante compagnie, Monsieur della Lonza. »

Sur ces salutations cordiales, il remarqua le plateau déposé à l’intention des invités et s’en approcha pour se servir d’un peu de volaille et satisfaire la faim qui le tenaillait depuis le Florian. Conscient d'avoir été le premier à déclarer les hostilités, il alla s'installer confortablement dans un fauteuil dans l'attente de la rispote qui ne saurait tarder, son regard se posant sur chacun des deux hommes avec un amusement qu'il ne chercha pas à dissimuler.

« Eh bien, Messieurs, un peu plus et nous pourrions nous croire de retour à Florence, il y a de cela quelques années, n’est-ce pas? » s'enquit-il, presque plaisamment, un sourcil haussé.
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Danilo della Lonza
Gentilhomme - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Lun 19 Mar - 13:38

Alors que Tiberio continuait de déblatérer au sujet du sieur Iago, l’intervention d’une bonne chargée d’un billet détourna quelques instants l’attention de Danilo. Cinzia semblait particulièrement troublée par le mot qu’on lui adressait, et le gentilhomme fronça un sourcil. Le teint blanc que Cinzia arborait dorénavant lui allait à ravir, mais s’il était le fait d’un mouvement d’âme attristé, Della Lonza ne pouvait que s’en désoler. Et plus encore de ne pas savoir de quoi il retournait. Consoler le beau sexe était une activité hautement plaisante.

Tiberio continuait à parler, en pleine diatribe contre le mariage du prince, et surtout contre les nobles auxquels il avait été confronté. Peu à peu, le sourire revint au gentilhomme. La gouaille non retenue du cousin Adorasti avait quelque chose de réjouissant lorsqu’il n’attaquait pas bassement, comme il l’avait fait pour Di Lorio. Cette histoire de maillet amusa beaucoup le musicien, qui finit même par éclater d’un rire franc lorsque Tberio décrivit les emportements des nobles florentins façe à ce sujet difficile. Il imaginait sans peine la scène et, comme son interlocuteur le disait, cela devait être des plus cocasses. Il n’avait pas beaucoup plus de respect pour ces gens que Tiberio, même s’il était moins apte à le crier sur tous les toits.


« Ah ! Monsieur, si vous saviez comme je peux regretter de ne pas avoir été là pour contempler pareil spectacle. Ce genre de symphonie cacophonique est une délectation à qui sait en rire. Si de telles effusions venaient à se reproduire, je compte bien être présent pour admirer telle pagaille. »

La dame au billet intervint soudain, brisant de nouveau l’amusement que le musicien trouvait peu à peu dans cette conversation. Cinzia partait, après quelques mots maladroits adressés en guise d’excuse. Tiberio évoqua une faim coupée, avant de se replonger plus avant dans son repas. Danilo, lui, perdit réellement l’appétit. De telles rencontres, si brèves étaient toujours frustrantes au plus haut point. Sa collection mémorielle ne pouvait être complète, n’ayant pu contenter beaucoup plus que ses yeux. Il jura intérieurement, puis décida d’oublier au plus vite la jeune femme qui ne semblait pas prête de croiser à nouveau son chemin, et s’intéressa plus avant aux propos du cousin du prince.

Avant qu’il ait pu répondre quoi que ce soit à ses pensées sur l’Amérique, Luciano Di Lorio refit son apparition. Della Lonza reporta son regard sur lui alors qu’il lançait une pique à Tiberio. L’aristocrate semblait de mise quelque peu chahutée, comme s’il avait froissé sa toilette à la lutte. Et sa main portait des stigmates intéressants. Quoi qu’ait fait le baron depuis qu’il l’avait quitté, cela n’avait pas dû être de tout repos. L’aristocrate se servit sans faire grand cas de bienséance alors Danilo répondait civilement à sa salutation, puis il s’en alla s’asseoir dans un fauteuil. Danilo était impatient de savoir ce que l’échange entre Tiberio et Luciano pourrait bien donner, et c’était avec une certaine délectation qu’il attendait les éclats du premier.

Luciano évoqua alors la ville natale du musicien.


« Figurez-vous que l’ambiance des belles années à Florence me manquait singulièrement, fit-il en mentant éhontément sans que cela transparaisse dans sa voix. Cet état de fait n’est pas pour me déplaire. Mais je ne doute pas un instant que la Sérénissime donne un goût tout particulier à notre petite société. Votre chère ville natale, monsieur Di Lorio, est plus retorse et dangereuse que la noble Florence. Il semble d’ailleurs qu’elle aime le sang ; et je ne m’étonne guère qu’elle ait répandu le vôtre aujourd’hui, tant on m’en a vanté les travers. »

En disant cela, il ne pensait pas réellement à une possible aventure lubrique. A vrai dire, il n’avait aucunement déterminé ce qui avait pu blesser ainsi le noble, même si le peu de cas que ce dernier faisait de son exposition lui laissait à penser que cette affaire ne devait pas être d’une importance suprême. Il était tout de même quelque peu curieux de savoir ce qui était arrivé à l’homme, et c’était pourquoi il s’était exprimé ainsi.
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Tiberio Adorasti
Cousin du Prince - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Lun 19 Mar - 15:29

Oh non. Oh non, mais non! Mais pas lui! Mais Seigneur, sur les dizaines de personnes que Tiberio aurait pu croiser dans ce Salon, pourquoi avait il fallu qu'il croise précisément Di Lorio? Rah non! Et s'il y avait bien une chose pire encore que croiser quelqu'un de son espèce, c'était de le croiser au cours d'un repas. Et ledit repas étant en l'occurence le premier dégusté à Venise, mais également le premier depuis de longues et nombreuses heures, le gachis ne fut que plus grand.
Un sourire glacial et crispé apparut sur le visage du cousin du Prince, tandis qu'il observait le nouveau venu. Nouveau venu qui ne se contentait pas d'être seulement désagréable à l'oeil, ou même désagréable tout court, mais se permettait en plus d'être grossier.
Tiens, quelle est cette douce musique qui se fait soudain entendre? Hum... Instrument étrange en tout cas. Aucun autre n'émet le même son, on le reconnaitrait entre mille. Et ce rythme... Oui, aucun doute, il s'agit bien là de la 3ème Symphonie en grincements de dents mineurs. C'est bien cela.


"Tiens tiens... Alors comme ça les portes de l'Enfer se sont finalement ouvertes et les lutins de Satan ont finalement décidés de venir fouler notre sol, c'est cela?"
Et... Aaah! AAaaah non, pitié non, pas ça! Le voilà qui s'installait à leurs cotés. Non, cette fois ci, adieu à l'appétit. Paix à son âme, pauvre bête, térassé par l'horrible Luciano.
Tiberio laissa retomber sa fourchette et observa son nouvel interlocuteur s'installer à leur table. Et il se permettait de parler de la famille Adorasti? Lui, lui qui l'avait corrompue jusqu'à la moelle, et l'avait pourrie, tout cela en commun accord avec le Seigneur Andrea, bien entendu. Certains se plaisaient à dire qu'Andrea n'était qu'un valet de Luciano, et d'autres l'inverse. Ces gens là ne détestaient donc que l'un d'entre eux à la fois. Tiberio ne s'embarassait pas de tels détails bien sur. Deux suspects et de grands doutes sur le vrai responsable? Parfait! Donc deux coupables. Mais il ne pouvait cependant s'empecher de haïr Di Lorio plus qu'il n'haïssait son oncle. Question de "respect" des liens du sang, surement. Ou non, ce n'était pas ça. C'était plutot que Di Lorio se permettait les mêmes excentricités et les mêmes prétentions qu'Andrea, alors que, si cela pouvait se comprendre du Seigneur Adorasti, c'était bien plus difficile à avaler de la part de ce vieux pédéraste de bas niveau.
Tiberio observa le fessier s'abaisser, et aplatir le siège sur lequel il se reposait. Impuissant, le brave Tibère ne put que reprendre son calme, se saisir de son verre de vin et en gouter quelques goulées, avant de répliquer.

"Oh vous savez, le contraste n'a pas été si fort que cela. Ma famille est parfois si mal entourée..."

Ponctuant cette courte phrase d'un haussement d'épaules, le cousin eut la bienséance de laisser la parole au musicien. Mais il fallait avouer qu'il s'en fallut de peu. Alors qu'il y avait seulement une demie minute, Tiberio considérait cet homme comme un compagnon de tablée interessant et un musicien de grand talent, il était en quelques secondes seulement devenu un intrus, placé au beau milieu d'une bataille qui commençait à faire rage. Et qui, par conséquent, risquait d'être touché par une (ou plusieurs) balle(s) perdue(s). Mais pour l'instant, le cousin avait le controle de ses nerfs.
Ce qui lui permettait donc de laisser parler l'intrus. Pas trop longtemps tout de même, certes, mais c'était toujours ça. Il se doutait déjà que, dans trois ou quatre minutes, il se laisserait emporter, et le musicien ne pourrait plus qu'observer en silence, ou prendre parti. Et il se disait déjà que d'ici une dizaine de minutes grand maximum, il enverrait surement son poing valdinguer par dessus la table, et discuter amicalement avec le nez du Baron. Histoire de. Ca s'appelle exaucer un vieux rêve d'enfant. C'est féérique et beau. Poétique et lyrique. Ca se respecte, même si, en l'occurence, cela risquait d'entrainer quelques complications diplomatiques avec le jeune prince Elio.
Déjà. Dès le premier jour. Et bien tant pis. Tant pis. Que choisir? Etre humilié par Di Lorio et rester à Venise, ou lui coller un bon coup de poing dans les dents et se facher avec son cousin? Option 2. Forcément. Ne serait ce que pour savourer la scène.

Ah? Ah oui, le musicien avait fini de parler. Le sujet? Florence, ah oui. Et bien, parlons en, de Florence.

"Ha oui, vraiment. "Comme au bon vieux temps" comme on dit, n'est ce pas? C'est vrai, ça n'a finalement pas beaucoup changé. On m'avait pourtant prévenu,mais je constate maintenant visuellement qu'on peut y faire des rencontres tout aussi déplaisantes. Quoique lorsqu'on parle de vous, vous vous doutez bien que le qualificatif "déplaisant" est bien pire qu'un euphémisme.
Je ne sais même pas pourquoi je perd mon le temps à vous le dire d'ailleurs, puisqu'on doit bien vous rabattre les oreilles avec ça. Et connaissant aussi votre mauvais gout manifeste, vous devriez même vous en sentir flatté, ai je tort?"

Tiberio releva son verre, et s'appréta à y replonger ses lèvres. Mais en fait non. C'était là laisser du temps à son adversaire pour répondre, et il considérait n'avoir pas encore dit tout ce qu'il avait à dire. Enfin... Evidemment qu'il n'avait pas dit tout ce qu'il avait à dire. Il pourrait écrire mille livres sur le pourquoi du comment de la haine qu'il portait à Di Lorio. C'était juste que, pour le coup, il n'avait pas terminé sa petite tirade. Rien de plus, rien de moins.
"Non, évidemment, je n'ai pas tort. Enfin bon...
Je vais tacher d'oublier à quel point il est... comment dire...? Oh, après tout, je crois que vous avez compris l'idée. Je ne trouve pas d'adjectif suffisament fort pour vous qualifier. Amusant non?"
Pas tellement en vérité, parce que c'était vrai.
"Bref. Je vais tacher d'oublier à quel point c'est un.. déplaisir... de vous avoir à cette table, et je vais même tenter de discuter avec vous. A moins que vous ne vouliez quitter les lieux?
Hum.. Si vous n'avez pas cette politesse, pourriez vous dans ce cas nous éclairer sur le mariage Adorasti-Grazziano?"
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Luciano di Lorio
Ami de la Famille Adorasti - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Jeu 22 Mar - 4:26

Si séduire était un plaisir dont Luciano n'aurait su se priver, déplaire l'était tout autant. Ne susciter qu'une morne tiédeur chez ses interlocuteurs ne lui paraissait digne d'intérêt. Il préférait de loin que se déchaînent les passions à son encontre, même si celles-ci étaient meurtrières. Et, à cet instant précis, il était amplement servi par la réaction de Tiberio Adorasti à son arrivée. Sa vieille Némésis n'avait apparemment rien perdu de sa verve, ni de son animosité envers lui durant son séjour aux Amériques. Les origines exactes de leur inimité se perdaient dans la nuit des temps, il aurait été surprenant qu'un simple aller-retour dans une contrée peuplée de barbares suffise à l'atténuer.

« Mal entourée, Monsieur Adorasti? On m'a pourtant laissé entendre que votre famille a cherché à s'entourer d'amis fidèles et de conseillers avisés pour pallier aux éléments dénaturés qui la rongeaient de l'intérieur. »

Un sourire étira lentement ses lèvres alors qu'il déposait négligemment son assiette contre une console, offrant l'allure d'un aristocrate se prêtant à un jeu avec le détachement seyant à son rang.

« Tous les hommes de science avec qui j'ai pu converser s'entendent sur un même point: pour prévenir un membre gangréné d'étendre son mal sur le corps entier, il faut absolument le sectionner. C'est une mesure contraignante, mais nécessaire. Toute chaîne comporte son maillon faible, n'est-ce pas? »

De son côté, della Lonza poursuivait la conversation en faisant preuve d'une civilité divertissante, compte tenu du fiel qui s'apprêtait à être échangé. Quel camp rejoindrait-il? Adopterait-il une neutralité polie pour ne s'attirer les foudres d'aucun des belligérants? L'aristocrate doutait que le soutien du musicien puisse représenter un atout, mais dans l'éventualité où ce dernier choisirait le neveu d'Andrea, il veillerait à lui faire regretter de s'être rangé avec les perdants.

« Eh bien, Monsieur, je suis fort aise de l'entendre et sans doute que votre ancien bienfaiteur le serait tout autant. Je crois avoir le souvenir que vos dernières années sous le toit des Adorasti furent des plus mouvementées… mais jeunesse se perd, je présume, et vous voici à présent de retour auprès de ceux qui formèrent votre foyer, » commenta-t-il, non sans ironie.

Il avait été loin d'être dupe des courtoisies de salon du claveciniste et ce foyer qu'il évoquait était d'égale mesure à l'ambiance des belles années qu'avait mentionnées son interlocuteur avec une effarante hypocrisie.


« Florence était tout aussi retorse et dangereuse, peut-être ne lui avez-vous seulement pas offert l'occasion de vous le démontrer. J'y aurai versé autant, sinon plus de sang qu'en cette cité. Et quant à cette bagatelle… »

Désignant sa main blessée, il la déplia avec précaution pour examiner la coupure qui l'entaillait. Peut-être y aurait-il moyen de consulter Maître Barrozi avant qu'il ne quitte le palais…Relevant un regard amusé sur le visage de della Lonza, il énonça d'un ton suave :

« La chasse est un jeu qui comporte ses risques, comme vous le savez sans doute, Monsieur. J'ai eu l'infini plaisir de m'adonner à ce sport avec une proie hautement raffinée, la biche de Cérynie n'aurait pu être plus insaisissable et le lion de Némée plus féroce adversaire. Toutefois, je considère avoir quelque gain au cours de cette bataille. Je n'ai rien eu sans effort et n'ai donc point perdu le goût de ce que j'ai pu recevoir. »

Alors que Tiberio Adorasti vantait ses éloges, Luciano se prit à songer de nouveau au jeune Raffaele. Que n'aurait-il pas donné pour que son protégé se trouve dans le salon, à ses côtés. Le confronter à un opposant tel que le cousin du Prince aurait été, à coup sûr, fort intéressant. Il lui fallait cependant apprécier ce divertissement seul pour le moment, mais certainement aurait-il le loisir de le lui faire partager un jour. Il attendit que son interlocuteur ait tout à fait achevé de cracher son venin pour prendre la parole à son tour :


« On vous a dit impie, hérétique, débauché, inverti, corrompu, vicieux... »

Il marqua une pause, laissant le soin à son auditoire de compléter la liste interminable des adjectifs pour décrire l'être grandement respectable et estimé qu'était le neveu d'Andrea. Puis, c'est avec toute la froideur dont il était capable qu'il articula :

« Pour ma part, toutefois, je ne vous ai jamais vu que tel que vous l'êtes réellement: une vulgaire nuisance. »

Détaillant son interlocuteur avec le dédain vaguement surpris de celui qui à peine à croire de la misère qu'on étale sous ses yeux, il poursuivit :

« Sincèrement, Monsieur, j'aurais aimé pouvoir vous affubler d'au moins un qualificatif qui vous aurait distingué du parasite primaire. À défaut de rendre votre compagnie tolérable, cela l'aurait agrémentée de quelque particularité pittoresque, plutôt que cette banalité qui caractérise le petit malfrat sans conséquence. Malheureusement, cela m'a toujours été et cela me demeure impossible, puisque je constate combien vous vous êtes préservé dans une complaisante médiocrité. »

Il ne se tut que quelques instants pour enchaîner aussitôt sur la question qui lui avait été posée, considérant qu'il avait réglé celle de cette piètre excuse d'Adorasti et que s'attarder sur le sujet aurait été pure perte de temps :

« En ce qui a trait aux épousailles de notre Prince… tout dépend de la personne à qui vous vous adressez. Je suppose que nos jeunes mariés pourraient nous témoigner de la félicité de leur amour, qui tarde toutefois à se manifester sous la forme d'un héritier. Pour ma part, et pour celle d'Andrea, les vœux qui accompagnaient cette alliance n'ont pas encore été pleinement réalisés et il serait bon d'y remédier. »
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Le Grand Salon

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