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 Le Grand Salon

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Danilo della Lonza
Gentilhomme - Ca'Adorasti


Nombre de messages: 92
Date d'inscription: 16/12/2006

MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Dim 25 Mar - 17:26

Evidemment, les deux hommes n’avaient pas tardé à se montrer tout le respect qu’ils avaient l’un pour l’autre. Comment aurait-il pu en être autrement ? Mettre deux prétentieux forts en tête, l’un doté d’une certaine intelligence raffinée et méchante, l’autre d’une idiotie patente et d’un manque d’honneur et de décence remarquable ne pouvait que mener à un affrontement éclatant. Danilo ne parvint pas à déterminer dans l’immédiat s’il devait s’amuser des éclats des deux hommes ou au contraire les fuir au plus vite, avant qu’ils tentent de le prendre a parti. Dans un état d’esprit des plus indécis, il décida cependant d’observer la joute quelques temps, se réservant une possible échappée en cas de réchauffement trop intense de l’atmosphère déjà chargée.

Les deux nobles s’affrontèrent sur la notion de respectabilité, chacun accusant bien évidemment l’autre d’être la plaie des Adorasti. Ce qu’ils étaient tous les deux, d’une certaine manière.

A la remarque de Della Lonza, Di Lorio répondit en l’attaquant sur ses dernières années florentines. Danilo en fut quelque peu attristé. Il aurait pensé que le noble allait trouver un nouveau moyen de tenter de le désarçonner, d’une manière ou d’une autre, même s’il ne s’agissait ici que d’une pique sans grande conséquence -puisque son véritable interlocuteur était le cousin du prince. L’art de blesser du baron descendit légèrement dans l’estime du musicien, que la remarque n’effleura qu’à peine.


« Jeunesse ne se perd pas, monsieur Di Lorio, Sagesse se gagne, répliqua-t-il en conservant son ton affable tout au long de sa tirade. Et j’espère avoir fait au moins un premier pas en cette direction. Ce n’était pas Florence qui avait troublé la paix de mon séjour chez les Adorasti, mais bien ma propre stupidité. J’ai eu la grande idée de tenter de changer quelques choses en moi, ce qui n’est semble-t-il pas le cas de notre cher Tiberio. Je le découvre toujours aussi prompt à croiser le fer et la langue, et vous de même, ces quelques années ne semblent pas avoir beaucoup modifié votre caractère si… Particulier. Si votre constance à tous deux est un bien, je crois que seul l’avenir voudra bien me le dire. »

Di Lorio évoqua ensuite la blessure qui intéressait quelque peu le musicien. Le vocabulaire de ce dernier fit immédiatement remonter en lui l’image du jeune homme en rouge qu’il avait croisé le matin même, et qui avait employé de tels termes. De fait, il n’était pas mystère de découvrir de qui l’aristocrate parlait.

« Vous me voyez ravi que votre chasse vous ai infligé de tels stigmates s’il doivent être pour vous symbole de fierté. »dit-il avec un sourire franc.

Il était très satisfait de cette réponse, qui comblait en quelques mots une première lacune : le caractère du jeune homme en rouge pouvait être discerné au travers des paroles et de la blessure du baron, et Danilo voyait s’y profiler un homme dangereux, d’une trempe sans doute proche de celle de Di Lorio, sans quoi il doutait que ce dernier ait cherché à jouer avec lui comme il devait l’avoir fait. Cette simple constatation était déjà un grand pas.

Les deux autres s’affublèrent de toutes sortes de charmants patronymes. L’esprit du musicien s’évada quelques instants, et la douleur de sa main se rappela à lui. Il y jeta un œil distrait, pour voir avec un froncement de sourcil que quelques traînées de sang traçaient sous son gant avant de plonger dans sa manche. Apparemment, le saignement n’était pas encore totalement tari, même s’il n’avait rien d’une cataracte. Cela l’ennuyait, surtout qu’avec un peu d’attention, les traces pouvaient facilement se voir, et qu’il ne tenait pas à les afficher comme Di Lorio. Les siennes n’avaient rien d’un trophée…

Le mariage était revenu au centre de la conversation, et le petit discours de Di Lorio raviva quelque peu l’intérêt du musicien. Il répondit, une trace d’ironie revenant dans son discours :


« Ah, voici donc. L’intérêt d’Andrea semble bien en danger, s’il a pris la peine de donner à son fils le soutien judicieux de son séide le plus zélé. Mais je ne doute pas un instant qu’avec vous dans la place, la Ca’Adorasti vénitienne puisse décevoir mon ancien mécène.
Sur ce, messieurs, vous voudrez bien m’excuser. Je ne voudrais pas interférer plus avant dans une affaire qui semble si bien engagée entre vous. Evitez tout de même de trop chahuter, je doute que notre très cher prince Elio vous soit redevable d’abîmer son mobilier. »

Il tira doucement sur son gant, pour rapprocher le bord de ce dernier de sa manche, se leva et saisit sa canne, avant de sourire aimablement aux deux hommes et de saluer. Puis, il s’en fut. Sa première idée était de retourner à sa chambre, examiner sa plaie et faire disparaître les miettes du miroir sous l’armoire en attendant qu’une servante vienne débarrasser. Il eut un rire intérieur lorsqu’il repensa à sa dernière recommandation. Dire que lui avait déjà brisé quelque chose dans le palais d’Elio… Bah, de toutes façons, il n’était pas là pour le bien de ce dernier, même s’il valait mieux qu’il se montre affable avec lui lorsqu’il le croiserait enfin. S’il se décidait à sortir de son trou, ou qu’il soit terré.

[Le Couloir desservant les Appartements Privés]


Dernière édition par le Sam 31 Mar - 7:00, édité 1 fois
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Tiberio Adorasti
Cousin du Prince - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Sam 31 Mar - 0:52

"Et bien, fort bien. Fort bien. Au revoir Monsieur della Lonza, au plaisir de vous revoir."
Ou pas. Peu importait en vérité. Della Lonza n'était plus qu'un vague souvenir, disparu et enterré. Luciano di Lorio éclipsait tout. Luciano di Lorio prenait tout l'espace. Luciano di Lorio mobilisait et nécessitait toute l'attention de Tiberio. Tiberio ne pouvait pas se laisser distraire. Et surtout pas par quelqu'un du genre de ce musicien, qui s'était montré bien prompt à faire savoir son opinion quant au comportement du brave Tibère.
C'était vrai. Tiberio n'avait pas changé. Enfin. Presque vrai. Un peu. Il avait un peu changé. Mais dans les grandes lignes, il était toujours le même. Dans les grandes lignes, il était toujours aussi obtu et orgueilleux, toujours prêt à se faire remarquer et à tenter d'écraser autrui. C'était surement là les seuls points communs qu'il partageait avec di Lorio. "Ils sont ennemis, mais au fond, pas si différents" dirait peut être l'amateur de phrases-clichés. "Ils sont aussi pourris l'un que l'autre" dirait peut être le vil diffamateur. D'autres iraient plus loin. D'autres feraient semblant de se montrer plus fins dans leurs jugements. Peu importait de toute façon.
Et puis, ça n'a rien à voir avec notre sujet, au final.

Notre sujet, au lieu d'être "l'opinion d'untel et untel sur Tiberio Adorasti et/ou sur Luciano di Lorio", devrait être "que c'est il passé après le départ du musicien". Et bien pas grand chose.
Parce que voyez vous, della Lonza n'avait peut être pas pris position ni vraiment participé au partage festif d'insultes, mais il avait au moins l'avantage de faire office de public. Et quel désarroi pour celui qui recherche la gloire que de se retrouver à l'aube d'une bataille épique en sachant que personne ne pourra la conter. Maaais quel désarroi, olalah. Catastrophique.
D'ou le silence qui suivit le départ du musicien. Il venait du désarroi, vous l'aurez compris. On put entendre les pas de della Lonza résonner de concert avec ceux des quelques serviteurs qui trainaient encore dans le coin, avant que, enfin, le cousin du prince ne se décide à se relancer.

Tibère avait tourné la tête, et observé le départ du troisième homme. Mais à un moment donné, il fut bien obligé de retourner son visage en direction de son ennemi. Obligé.
Et c'est là qu'il s'efforça de donner ce qu'il avait de meilleur en lui. Pas niveau répartie, non. Il avait déjà fait bien mieux. D'ailleurs la performance qu'il livra était classique. Un coup classique et simple, mais toujours appréciable et efficace. Non, ce qu'il avait de meilleur niveau "regard méprisant et froid". Autant dire "un vrai beau regard méprisant et froid bien réussi". Des années d'entrainement pour en arriver là. Des années d'utilisation intensive et de perfectionnement. Tout ça pour toi di Lorio, finalement. Tout ça pour que, aujourd'hui, tu sois témoin de ce qu'on fait de mieux en matière de regard méprisant et froid. Bien sur, dans quelques mois, années, Tiberio améliorera encore sa technique, et se fera plus glacial encore. Mais pour le coup, c'est de l'anticipation. On y est pas encore. Le cousin du prince se contenta de ce qu'il savait faire dans ce registre ce jour là, à savoir le Mercredi 5 Février 1744.
Bref. Il jeta un regard froid et méprisant, bref, avant de lacher, simplement, tout en replongeant son attention dans sa nourriture, comme si son interlocuteur avait disparu, ou n'était qu'une servante sans importance.


"Bien. Et bien... Il semblerait que vous ayez finalement fait fuir mon seul compagnon de tablée. C'est fort dommage. Enfin, vous avez réussi votre oeuvre : ruiner mon humeur pour la journée.
Toutes mes félicitations, cher valet d'Andrea. Maintenant, auriez vous la décence d'aller faire un petit tour dans une autre pièce, pour ennuyer quelqu'un d'autre? Allez, faites moi donc ce plaisir, pour une fois. Hum?"
Il releva les yeux, et refixa son attention sur le Baron, conservant un sérieux sans faille, laissant penser qu'il y avait peut être un fond de sincérité dans ce discours touchant.
"Vous pourriez même aller trainer votre carcasse dans un autre batiment, pas vrai? Ou... Même..."
Et voilà... Tout de suite... Le ton monte, la machoire tremble, et toute forme de controle nerveux disparait. Tout de suite. Vraiment. Roh. Honteux.

"Même... Imaginons... Vous pourriez même quitter cette ville, pas vrai? Dire adieu à Venise, n'est ce pas? Aller, par exemple, dans une ville ou un pays ou jamais, jamais, nous ne pourrions nous croiser, pas vrai?"
Tiberio saisit son assiette. Tiberio se leva. Tiberio jeta son assiette au visage du Baron Luciano di Lorio. Tiberio hurla :
"Hors d'ici, pédéraste puant! Hors d'ici! Retournez donc voir mon oncle, et rampez donc dans sa couche, comme vous aimez tant le faire! Allez y donc!"

Oh, il avait vraiment dit ça? Ah oui. Il avait pourtant prévu de dire autre chose. Tant pis. C'était sorti. Il aurait pu faire mieux. Il aurait pu éviter de jeter son assiette, aussi. Il s'en rendait compte. Tant pis. Tant qu'il y était, il saisit son verre. Fermement. Prêt à l'exploser sur un crane bien défini.
Et il commençait aussi à se dire que, bientot, des serviteurs allaient arriver. Et qu'ils seraient ennuyeux. Ha... Malheur malheur. C'est tout de même incroyable! Impossible pour deux gentilhommes de régler un différend de manière civilisée.
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Luciano di Lorio
Ami de la Famille Adorasti - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Sam 31 Mar - 19:48

C'est avec un salut poli que le « séide zélé au caractère si particulier » accueillit le départ de della Lonza. Que le musicien s'esquive avant que ne débute le véritable affrontement ne suscita que son indifférence. Sa lâcheté, malhabilement déguisée sous des abords de neutralité, n'était pas plus pardonnable que de pactiser avec l'ennemi. Le discours presque moralisateur qu'il leur avait tenu, le même qu'on aurait offert à deux enfants chamailleurs, était une autre des preuves confirmant sa couardise. Seuls les pleutres se permettaient de sermonner, puis de fuir sans demander leur reste. Si le claveciniste avait reculé devant les légères escarmouches échangées par formalité, Luciano se ferait un plaisir de lui démontrer ce qu'était une réelle offensive.

Une fois seulement qu'il en aurait terminé avec Tiberio Adorasti. Tiberio Adorasti qui arborait, à l'instant même, une mimique partagée entre une hauteur incongrue et un semblant de flegme sur lequel aurait craché n'importe quel stoïcien digne de ce nom. L'aristocrate, pour sa part, fut déchiré entre le dédain de circonstances et l'envie quasi-irrépressible de se gausser des tentatives honorables, mais somme toute pitoyables de son adversaire de paraître supérieur. La scène lui évoqua une fable de Lafontaine, où une grenouille essayait d'égaler la taille d'un bœuf et finissait par en éclater littéralement.

D'ailleurs, la déflagration ne tarda pas à se produire. Si le neveu d'Andrea débuta d'une manière correcte, arrivant à reproduire une réplique décente de détachement, il perdit bien vite pied. De sa physionomie à sa voix vacillante, tout annonçait l'explosion imminente. Le baron devait s'avouer curieux de connaître la suite des déconvenues de son compagnon, c'est pourquoi il resta assis jusqu'au point culminant du spectacle présenté devant lui. Ses yeux suivirent l'assiette de porcelaine, Tiberio Adorasti qui se redressait, puis le tracé que décrivit la dite assiette.

Dans toute son existence, Luciano avait reçu un nombre incalculable de gifles, de griffures et de morsures, une quantité respectable de coups de poing, plusieurs crachats de dépit, quelques estafilades relativement profondes, deux balles bien senties… mais rarement lui avait-on envoyé un plat à la figure. La pratique, surprenante au premier abord, n'en était pas moins grotesque. Il y aurait eu plusieurs moyens différents d'y riposter. Se relever à son tour et provoquer le cousin d'Elio en duel en faisait partie. Le noble était toutefois doté de capacités de raisonnement, ce qui faisait visiblement défaut à son interlocuteur par trop fougueux.

La perspective d'un duel ne déplaisait pas à son orgueil et, s'il eût possédé vingt, voire dix ans de sagesse en moins, il aurait indubitablement cherché à venger son honneur. Il n'était cependant pas à la Sérénissime pour son propre compte, mettre ses jours en péril alors qu'il était investi d'une mission de la part d'Andrea lui paraissait inconcevable. Ce pour quoi il avait lutté Calle Trevisi avait valu de déroger aux règles de la convenance et il n'aurait agi autrement que par la force. Prendre sa revanche sur son cher ennemi n'exigeait pas nécessairement qu'on verse le sang. La mort était parfois même préférable à certaines représailles fort douloureuses.

Et c'est donc avec cette assurance fort justifiée, qu'il entreprit de nettoyer soigneusement les dégâts qu'on avait infligés à sa mise. Il ne se pressa nullement, s'appliquant à sa tâche, patiemment, calmement, méthodiquement, tout comme il ne se presserait nullement s'appliquerait à la tâche de faire payer Tiberio Adorasti, patiemment, calmement et méthodiquement. Enfin, lorsque les éclaboussures les plus superficielles furent disparues et que l'assiette fautive ait rejoint la sienne sur la console, il daigna lever les yeux vers l'autre homme, un sourire ironique aux lèvres.


« Eh bien, Monsieur Adorasti, je dénote que votre exil aux Amériques a eu raison du peu de manières que vous ayez déjà possédées. Voilà donc comment vous avez survécu à votre cohabitation avec des sauvages? En lançant les reliefs de votre repas à vos interlocuteurs? Impressionnant, vraiment. Je n'en attendais pas moins de vous, en vérité. Ou plutôt, pas plus de vous. »

D'une chiquenaude désintéressée, il débarrassa sa culotte d'un résidu de volaille qui alla s'écraser contre le pourpoint de son vis-à-vis. Sa voix se fit presque paternelle, presque emplie d'une bonhomie que son regard gris démentait avec franchise:

« Force est de constater que les usages acceptés parmi les barbares ne sont pas en cours de retour dans le monde civilisé. Je vous pardonne pour cette fois, puisque sans doute avez-vous oublié la conduite que doit respecter un gentilhomme en bonne société. Vos débordements sont bien touchants, bien primitifs, trop de proximité avec la Nature, je présume. Je crains malheureusement que tous ne fassent pas preuve de la même magnanimité que moi et que mon indulgence envers vous vienne éventuellement à s'étioler, si vous persistez à vous montrer aussi déraisonnable. »

Se mettant sur pieds, il fit face à son opposant, affichant toute la superbe que lui conféraient sa haute taille, sa solide carrure, mais surtout ce rang et cette position qu'ils savaient légitimes. De son ton, à présent glacial, il prodigua des avertissements qui auraient tôt fait de se transformer en réelles menaces, si les frontières de l'acceptable se trouvaient à nouveau outrepassées :

« Vous me demandez fort aimablement de quitter cette ville, alors que de vous et de moi, je suis celui à détenir un motif valable d'y demeurer, celui à ne pas représenter une charge inutile pour la Ca'Adorasti, celui qui aura su au fil du temps se prouver digne de la confiance de votre oncle. Bien sûr, cela vous importe peu puisque vous avez déjà fait connaître l'attachement que vous portez à votre famille… mais, gardez seulement en tête, la prochaine que vous proférerez autant d'insanités, que votre nom ne saura vous protéger éternellement et que vous ne pourrez toujours vivre aux crochets des vôtres, qui n'hésiteront pas à amputer le membre gangréné si celui-ci risque d'infecter le corps entier. Je vous souhaite que cette tâche ne me soit pas confiée, parce que je n'aurai pas oublié l'affront que vous avez commis envers moi, mais aussi envers Andrea. Ne vous avisez pas d'en faire la cible de vos perfidies. C'est une chose que je n'admets ni n'absous. »

Ses doigts se refermèrent autour de la main de son adversaire, resserrée autour d'un verre dans une menace à peine dissimulée. À exercer une pression plus forte, l'arme improvisée se serait brisée en éclats coupants, qui auraient – quel malheur! – meurtri le neveu d'Andrea.


« Et maintenant, vous allez immédiatement poser ce verre, Monsieur Adorasti, articula-t-il froidement, comme un père s'adresserait à son fils qui, jouant trop près d'une flamme, risquerait de s'y brûler. Je crois que vous vous êtes déjà assez humilié pour aujourd'hui. Pas la peine de vous vautrer plus longtemps dans la bassesse. »
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Tiberio Adorasti
Cousin du Prince - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Ven 6 Avr - 0:31

Le poing crispé, serré autour du pied du bien beau verre en cristal, Tiberio serrait les dents, à la limite de se les déchausser. Les tremblements étaient passés. Son état de nerf était stabilisé, mais pas bien éloigné du seuil critique. Seuil qu'il avait bien sur dépassé lors du lançage d'assiette, et seuil dont il ne devrait plus se rapprocher désormais. Car, il le savait, pour bien se battre, il faut se battre concentré. C'est une entreprise hardue! Il faut y mettre toute son âme et toute son énergie! Et lorsqu'on laisse les nerfs prendre les rennes, on tape dans le vide, voire même dans les murs, on se fait mal, et on finit avec les yeux pochés et le nez cassé. Non. S'il devait se battre, il devait le faire bien, bon Dieu! Et il devait faire même mieux que ça, vu l'adversaire. Parce que là, Seigneur, Seigneur, il ne s'agissait pas seulement de cogner, mais de faire un carnage. Voilà ce qu'il fallait. Aucun droit à l'erreur. Il fallait que le sang coule, recouvre les murs, que les arcades sourcilières s'ouvrent comme la Mer Rouge, et que les os se brisent comme je ne sais quoi.
Le cousin, tendu, donc, écouta les paroles du vieil homme qui lui faisait face, mais avec difficulté. Et oui. En vérité, Mr di Lorio ne parlait pas assez fort. Comprenez bien que le pauvre Tibère avait droit à une symphonie de battements de coeur effrénés lui résonnant dans les tempes, et que quand on entend ce genre de musique, il devient vite difficile de se concentrer sur un quelconque discours. Mais, tout de même, il avait réussit à saisir les quelques lignes directrices. L'idée générale du discours.

Et c'est encore à cause de ses nerfs que, lorsqu'il répliqua,ce fut en sifflant entre ses dents sérrées, telle une boule de nerf prête à craquer.


"Vous parlez de ma famille, mais quoi que vous puissiez dire, par mon sang j'y ai ma place, et c'est ainsi, c'est un fait qui ne changera pas. J'y ai ma place, contrairement à vous. Par ma naissance et mon nom, j'ai acquis le droit de me pavaner dans nos salons, de débattre avec nos amis et de cracher sur nos ennemis. Par ma naissance et mon nom, j'ai acquis le droit de me comporter comme je l'entend, en toutes occasions, et je n'ai rien eu à faire pour mériter ces droits.
Contrairement à vous.
Et vous pouvez toujours rêver, vous imaginer qu'un jour, on me chassera définitivement. Mais vous le savez, au fond de vous, que cela tient du domaine du rêve. Mon père reste mon père, et mon oncle reste mon oncle. Aucun d'entre eux ne peut me supporter, mais aucun ne peut non plus se permettre de me haïr. C'est cela, le luxe de s'appeler Adorasti."
Et le cousin du Prince rapprocha son visage de celui de son cher et tendre ami, lui murmurant maintenant ses paroles en étant séparé de lui par à peine quelques centimètres, dégustant l'haleine de son ennemi à grande inspirations, et laissant le Baron faire de même.
Baissant encore le ton, il reprit, sans s'être vraiment interrompu.


"Vous, pour pouvoir vous permettre ne serait ce que la moitié de ce que j'ai le droit de faire, vous avez du vous mettre à genoux devant mon oncle, et lui proposer je ne sais quelle hérésie sexuelle. Vous connaissez ma réputation, et vous avez même la chance et l'honneur de me connaitre en personne, ce qui vous permet donc surement de déméler les mensonges des vérités, par conséquent, vous êtes sans aucun doute le mieux placé pour savoir qui est le pire d'entre nous deux.
Vous savez tout ce qu'on dit de moi, ces ragots de couloir que les jeunes servantes en chaleur s'amusent à raconter à voix basse, en priant pour que je croise leur chemin et leur offre une entrée dans la légende."
Et là, il changea la position de son visage, glissant lentement jusqu'à l'oreille du Baron, et lui sussurant quelques mots à son oreille.
"Mais moi, on dira ce qu'on voudra, jamais je n'ai eu à m'abaisser à quoi que se soit. J'ai toujours gardé la tête haute, assumé mes actes et exaucé mes souhaits. Vous, vous savez ce que vous avez été obligé de faire, n'est ce pas? Pour vous payer une place bancale parmi nous. Pourtant, votre fessier s'en souvient."

Souriant maintenant à pleines dents, ayant réussi à décharger toute sa haine dans cette tirade, Tiberio recula son visage, et contempla celui du Baron, lachant au même instant le verre, et se détachant d'un coup sec de la poigne ennemie. Par la même occasion, il laissa malencontreusement chuter le verre, qui se brisa en tout un tas de petits morceaux, qui virevoltèrent de droite et de gauche.
Il conclut, sur un ton des plus normaux cette fois ci, reprenant une apparence de calme avec la rapidité propre aux grands impulsifs.

"Vous êtes un cafard, un cafard, et, pour reprendre un qualificatif que j'ai entendu à votre sujet et qui vous allait décidément fort bien, vous êtes un parasite. Et pire encore que cela, vous êtes surtout prêt à perdre toute dignité pour tenter de vous faire une place... Une place je ne sais ou d'ailleurs. Dans notre société? Ou peut être dans le coeur d'Andrea?
Ha ha ha ha! Mon Dieu, di... Ha ha ha ha!"

Tibère fut ensuite pris d'une crise d'un rire méprisant, mais surtout nerveux, qu'il ne put réprimer. Par conséquent, les quelques phrases suivantes furent totalement incompréhensibles. Et tout en riant, il jetait un regard noir, remplit de haine, au Baron, tout en s'assurant, en jetant de temps à autres des coups de d'oeil de droite et de gauche, que les serviteurs étaient là, et qu'ils avaient entendu.
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Luciano di Lorio
Ami de la Famille Adorasti - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Dim 15 Avr - 16:25

Luciano di Lorio était un homme de certitudes. Malgré les intrigues auxquelles il s’était mêlé, l’ombre qui couvrait sciemment certains pans de son existence et les doutes qu’il se plaisait à semer dans l’esprit d’autrui, certaines vérités lui apparaissaient comme immuables et indiscutables. Il savait par exemple que son rang, sa fortune et ses privilèges lui revenaient de bon droit. Il savait aussi qu’il était né pour dominer et que la Mort lui était préférable au déshonneur ou au déclin. Il avait toujours su que son rôle était de s’élever et d’écarter tout ce qui se dresserait en travers de sa route, puisque les hommes, tout comme l’étaient un arbre ou une pierre, pouvaient être balayés sans aucune arrière-pensée. Il savait qu’il disposait de tous les moyens pour réaliser ce dont il désirait, et qu’il possédait de surcroît l’intelligence pour les employer à bon escient. Mais par-dessus tout, il savait Andrea et Andrea le savait en retour. Ils se savaient l’un et l’autre plus qu’ils ne se savaient eux-mêmes, au point que la distance et l’éloignement étaient reléguées au rang de contraintes futiles.

Fort de ces évidences invariables à ses yeux, il n’était pas aisé de l’ébranler. Particulièrement puisqu’il était intimement convaincu que seul l’homme qui le connaissait plus que quiconque était en mesure de l’atteindre. C’est donc pourquoi l’aristocrate ne ressentit qu’une vague irritation à l’approche de ce corps trop près du sien et de ce fiel qu’on déversait à même son oreille. La vulgarité en n’importe quelle bouche n’était jamais plaisante à entendre, encore moins lorsqu’elle s’écoulait de celle de son interlocuteur. Et que cet homme se permette de les juger, Andrea et lui ; et que cet être lamentable se croit supérieur à lui ; et que ce sous-Adorasti ose remettre en cause sa place au sein de sa famille lui paraissait aussi grotesque qu’inadmissible.


« Vingt-neuf ans, trois mois et seize jours, Monsieur, énonça-t-il lentement et clairement, sans se soucier que d’autres que son vis-à-vis ne l’entende. C'est très exactement le temps qui s'est écoulé depuis la première fois où je me suis livré à ce que vous qualifiez fort adroitement d'hérésie sexuelle avec votre oncle. Je peux vous assurer que lui comme moi en gardons un souvenir impérissable, en effet, et si vous ne m'étiez pas aussi désagréable, je vous souhaiterais de connaître pareille volupté une seule fois dans toute votre misérable existence. »

Un sourire retroussa lentement ses lèvres tandis qu’il toisait le neveu d’Andrea de bas en haut avec un dédain qu’il ne voulut pas dissimuler.

« Malheureusement, nos luxes diffèrent, je le vois bien. Soyez le pire, je vous accorde ce titre sans regret puisque je prends et n'ai toujours pris que le meilleur. Il m'a déjà plu, par le passé, alors que j'étais encore un jouvenceau curieux, un homme en devenir, d'attirer quelque servante jusqu'à ma chambre. Il m'est rapidement apparu que partager la couche d'un Prince était grandement supérieur à ces menus plaisirs dont se repaît le menu fretin. Si cette légende éphémère d'ogre dévoreur de petites gens vous satisfait, grand bien vous fasse, mais vous comprendrez sans doute que j’aspire à de plus grandes instances. »

Du bout de sa canne, le noble traça négligemment des figures dans les éclats de verre répandus sur le sol, que des domestiques s’empressaient déjà de nettoyer autour de lui, offrant l’image de celui qui cherche à se désennuyer et qui ne se sent que peu concerné par une conversation… ce qui était bel et bien le cas. Un exercice de routine, voilà ce que représentait pour lui ces chaleureuses retrouvailles. Il n'était pas devenu ce qu'il était désormais, à quarante-cinq ans, en ne recevant que fleurs et compliments. C'était par ces joutes quotidiennes qu'il s'était construit et par elles qu'il continuerait à affiner son esprit et aiguiser sa répartie.

« J'aurais espéré que vous auriez été investi d'ambitions à la mesure de cette naissance que vous faites valoir avec tant d'emphase. Mon impression à votre égard se confirme seulement : ce sang qui est le vôtre est ce que vous possédez de plus noble et de plus haut. Pour quelle raison – ou quelle folie – vous a-t-on désigné pour porter ce nom, je ne saurais l'expliquer. Peut-être tout simplement pour rappeler que rien en ce monde ne peut être pur et que quelque tare irréparable devra toujours galvauder ce qui s'approchait de la perfection… »

Il ponctua cette phrase d’un nouveau de ces sourires narquois dont il avait le secret, avant d’esquisser un pas vers l’arrière pour permettre à une servante d’amasser les brisures à ses pieds. Ne lui accordant pas la moindre attention, sa voix se fit ni émue ni vibrante lorsqu’il articula froidement :


« En vingt-neuf ans, trois mois et seize jours, ni Andrea ni moi ne nous sommes cachés que ce qui nous unit s'élève au-dessus de tout autre lien, qu’il fusse de sang. Cela, toutefois, vous n'êtes certainement pas à même de le comprendre. Pas aujourd'hui, du moins, et je doute que vous ne le puissiez jamais. »

Se penchant pour tendre une main secourable à la jeune fille, il la présenta à son interlocuteur non sans ironie, la poussant vers lui avec une douce fermeté, alors que son souffle effleurait la nuque de sa captive, découverte par ses cheveux noués dans un chignon :

« Prêtez oreille aux ragots de couloir, si cela peut flatter votre orgueil déjà immodéré et vous conforter à mon propos, Monsieur. Il vaut mieux pour vous comme pour vos admirateurs que vous ne sachiez rien de mes actes ou de mes souhaits véritables, que vous vous targuez si impudemment de connaître. Votre légende risquerait d'en pâtir, mes loisirs, d'en être gênés et je ne désirerais surtout pas vous ravir le seul gibier à votre portée. »

Son regard gris se porta à sa montre-gousset et il put constater qu’il était l’heure pour lui de prendre son congé de son charmant convive. Toute bonne chose avait une fin et il lui fallait accueillir Lucrezia tel qu’il se devait.

« Il me faut à regret mettre un terme à notre entretien, puisque mes devoirs paternels m’appellent. »

Une fois devant la porte, il prit la peine de se retourner pour adresser ces dernières paroles à son cher ennemi :

« Il aurait été sage que vous prêtiez attention à mon avertissement, Monsieur Adorasti. Que vous croyiez votre oncle capable de vendre sa confiance en échange de plaisirs charnels est une insulte que je ne pardonne pas. »

[Suite de Lucrezia di Lorio - Le Petit Salon]
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Tiberio Adorasti
Cousin du Prince - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Dim 22 Avr - 23:45

La saleté... L'horrible larve... En vérité, le point le plus énervant chez di Lorio, c'est qu'il était impossible de le facher véritablement, détail ô combien insupportable. Alors qu'on lui parlait, Tiberio ruminait. Il réflechissait déjà à sa future vengeance.
Oui, il pourrait attendre di Lorio à un angle de couloir, et le rouer de coups. Ce serait là une belle victoire. Il faudrait qu'il se penche plus longuement sur cette idée. Il pourrait également le suivre lors de l'une de ses sorties, et lui ouvrir le ventre en deux à coup de poignard. Mais ce serait là quelque chose de trop facile. Il y avait entre eux un combat qui devait se terminer par l'humiliation suprême de l'un des deux guerriers. La mort était là une victoire trop simple, trop peu digne de l'adversaire. Pour dire vrai, une telle victoire aurait le gout de l'amertume et du remords, et c'est pourquoi Tiberio renonça à cette possibilité. Il lui fallait trouver un moyen de se placer au dessus de cet idiot, une bonne fois pour toute, de le faire souffrir et de souiller son honneur, afin que tous sachent. Un petit assassinat discret mettrait certes un terme à ce duel, mais ne serait suffisant pour désigner un vainqueur.

L'attaque surprise et les coups de poing coups de pied auraient au moins l'avantage de détendre le cousin du prince, même s'il savait très bien ce que di Lorio lui rétorquerait alors. "Monsieur, vous êtes un sauvage, méthodes indignes de votre famille, pitoyable et honteux, etc etc...". Mais ça vaudrait le coup. Un duel en bonne et due forme pourrait aussi être envisagé, pourquoi pas.
Mais tout cela n'était pas satisfaisant. Tiberio voulait trouver un moyen de frapper plus fort, de frapper plus bas. Là ou ça fait mal, un coup fatal qui empecherait di Lorio de se relever. Qui le clouerait au sol, à jamais. Il lui faudra réflechir longuement, avant de réussir à imaginer une telle attaque, mais il était persuadé qu'il trouverait un moyen. Il y arriverait. Et là... Oh Seigneur Dieu, il en frétillait d'avance.
Non. Il en aurait frétillé d'avance, si seulement di Lorio ne s'était pas trouvé sous son nez, à continuer de l'injurier.

La servante fut jetée dans les bras du bon Tibère, qui la repoussa sans cérémonie et sans un regard, plongeant son regard vicieux dans celui de son interlocuteur, réflechissant maintenant aussi vite qu'il le pouvait, regardant son adversaire de bas en haut, cherchant un quelconque indice physique qui pourrait le mettre sur une piste intéressante.


"C'est cela, c'est cela, bien entendu. Arrêtez donc de vous écouter parler, et allez les remplir, vos devoirs paternels, à grand coups de hanches je suppose, n'est ce pas?"
Ha ha ha ha! Ha il en était fier de celle là. Ha ha ha h... Attendez... Devoirs paternels? De... Comment ça? A Venise? Hu-hum... Voilà qui était intéressant. C'était là qu'il était l'indice, caché au fond des bourses ridées du vieil aristocrate. Forcément, il n'aurait pas pu être ailleurs, c'était si logique, maintenant qu'il y repensait.
Non. C'était trop beau en vérité. Etait ce possible? Rah, il lui faudrait chercher. Chercher et prier pour que la progéniture di Lorio soit plus facile à atteindre que le modèle-père. Mais de qui pouvait bien parler ce vieillard libidineux? D'un enfant officiel, ou de l'un de ses batards? Parce que sans détail plus précis, les recherches s'annonçaient longues, et s'il devait se charger ne serait ce que de dresser la liste des enfants di Lorio, Tiberio en aurait bien pour une année. Quant à tenter de retrouver un seul d'entre eux, sans savoir exactement duquel il pouvait s'agir... C'était là le travail de toute une vie.

"Bien sur mon cher, bien sur, vous êtes d'ailleurs trop bon. Distiller ainsi votre sagesse infinie, même à ceux qui s'en passent volontiers et qui ne vous ont rien demandé... Je me demande où a bien pu passer votre auréole."
Et il se permit d'ajouter, alors que son vieil ami quittait les lieux.
"Ravi en tout cas d'avoir pu vous insupporter, au déplaisir de vous revoir!"

Il fallait avouer que la dernière phrase de di Lorio, ou il annonçait ne pas pardonner Tiberio, l'avait mise d'une bonne humeur particulière. Finalement, il aurait au moins réussi quelque chose. Splendide! Même plus que ça. Sublime!
Il fallait fêter ça. Fêter ça, et réfléchir à quelques petites choses. Et, quoi de mieux qu'un verre pour agrémenter la reflexion? Réponse : rien, à part peut être deux verres. Il allait donc aller s'en prendre un, ou deux.

De toute manière, vu l'état du hall désormais, s'eclipser quelques heures ne serait pas de trop. Et puis, Elio ne semblait pas être là, aucune raison de rester, donc.


[Quartier de la Bouche d'Ombre - Ruelle de l'Ancienne Tuilerie]
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Tiberio Adorasti
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MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Mar 8 Jan - 23:55

Tiberio ferma aussi délicatement que possible la porte du Salon en y entrant, et pourtant, eut l'impression qu'elle fit un boucan du diable. Il gémit, tourna la tête, apercevant toute une série de chaises, parfaitement rangées, et gémit de nouveau.
Maudits soient les serviteurs, et leur lubie de tout mettre en ordre! Maudits soient tous ceux qui remettent leurs chaises comme il faut en quittant la table! Ne pensent ils pas au bon Tibère, et à la caisse de résonance qui lui sert de tête au matin? ("au matin"? au réveil en tout cas) Ne savent ils pas à quel point ça peut être bruyant, des pieds de chaises qui grincent sur le sol? Ne savent ils pas à quel point ça peut être douloureux?

Avec douceur.. lentement.. le cousin du Prince souleva l'un des sièges, et, fermant les yeux, plein d'appréhension, entreprit de le tirer vers lui, et.. de le.. reposer.. par.. terre.. douuuucement..
Quand soudain une servante ouvrit la porte. Sans aucune délicatesse. Grincement. Des plus désagréables. Tiberio crut mourir. Il fit tomber la chaise. Il crut encore plus mourir. Il dut d'ailleurs étouffer un cri.
C'est à ce moment là qu'il se rendit compte qu'il n'avait pas encore vraiment déssoulé de la veille.

La servante écarquilla les yeux et s'excusa, tandis que son vis-à-vis se baissait en couinant, massant son pauvre pied meurtri. Il avait fallu que ça lui écrase les orteils, évidemment.
A peine 5 minutes plus tot, Tiberio avait demandé à la jeune femme d'apporter quelque chose à manger dans le salon. Elle avait fait vite, il ne pourrait pas lui reprocher sa lenteur. Mais quelle indélicate manière d'entrer! Et... aaaarh! Quelle indélicate manière de poser un plateau en argent..

"Bon Dieu, vous ne pouvez pas poser ça avec un peu de.. de.. Vous ne pouvez pas faire moins de bruit, non?!"
Elle bafouilla des excuses, et il fut tenté de lui envoyer une claque monstrueuse.
"Dehors. Dehors. Hors de ma vue, avant que je ne vous.. Dehors!! Et en silence par tous les saints!"

Seul à nouveau. Instant magique.
Tiberio soupira, remit sa chaise en place, et s'assit. Il jeta un bref coup d'oeil à sa blessure, et grogna de rage. La journée s'annonçait pire que mauvaise.
Heureusement, la nourriture avait l'air bonne. De la volaille froide, accompagnée par quelques sauces, une miche de pain, et, forcément, un pichet de vin, le meilleur remède jamais inventé contre la gueule de bois.
Il n'avait pas vraiment faim, mais il fallait bien qu'il se force à manger. Sinon, il aurait des aigreurs d'estomac, une haleine à reveiller les morts, et, surtout, son ventre n'arréterait pas de gargouiller.

Le cousin du Prince se servit un verre. Puis, il se coupa un morceau de poulet, un morceau de pain, et se les enfonça dans la bouche, avant de se mettre à macher sans grande conviction.
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Lucrezia di Lorio
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MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Jeu 10 Jan - 0:15

[La chambre de Bianca]

Les valets s’agitaient. La fille du Prince Elio était née. La Ca’Adorasti était baignée d’une atmosphère mouvementée. Des portes s’ouvraient, des domestiques allaient et venaient, des murmures parcouraient la demeure princière, la rumeur enflait et il ne faisait nul doute qu’on parlait déjà du bébé au-delà des portes du palais. Lucrezia évoluait dans cette agitation fébrile, la nuque raide mais l’air paisible, comme à son habitude. Le temps taquin lui avait volé sa dernière heure, si bien qu’elle ne parvenait à se souvenir de l’endroit où elle se trouvait avant de se précipiter au chevet de Bianca. Déjà son pied frôlait le tapis du grand escalier lorsqu’aidée d’une soudaine intuition qui chassa son trouble, elle se remémora ses recherches avortées. Rapide, Lucrezia prit la direction de la bibliothèque.

Avançant de son pas décidé à l’étage inférieur, la jeune femme perçut les accords d’un violon qu’elle ne connaissait que trop bien. Elle ralentit l’allure, un sourire radieux venant ourler les lèvres carmines. Demetrio au palais ? Curieuse, elle promena son regard en la direction du salon de musique. Désireuse, elle s’apprêtait à s’y rendre lorsqu’elle aperçut Monsieur della Lonza qui approchait au loin. Elle ne fit que peu de cas de son mystérieux revirement d’attitude, et remis à plus tard son envie d’aller saluer le violoniste. Lucrezia n’aimait pas les effusions en publique, maintenant qu’elle se savait définitivement de retour à Venise elle aurait tout le loisir de rendre visite à ce cher musicien.

Elle approchait du salon lorsqu’en sortit une soubrette fort contrariée qui la bouscula sans la voir. Son regard étonné tomba sur la pauvre fille qui lui servit un flot d’excuses inintelligibles avant de se sauver. Interloquée, l’aristocrate poussa grand la porte qui craqua sur ses gonds et de prime abord ne vit rien d’autre que le feu ronflant dans la cheminée. Une fois pénétrée dans le salon, son regard accrocha dans le coin une silhouette ramassée dans l’un des fauteuils de la pièce. Un léger froncement de sourcil et aussitôt elle comprit l’effarement de celle qui l’avait précédée. Un nouveau sourire maquilla le visage de la jeune femme. Un murmure accompagna son léger hochement de tête.


« Evidemment… »

Visiblement de fort méchante humeur, l’air aussi avenant qu’une porte de prison et l’œil morne, Tiberio Adorasti se restaurait avec le peu de manières dont il savait faire montre. Cependant Lucrezia savait les efforts qu’il déployait auprès de sa personne pour agacer son auguste paternel, aussi s’amusait-elle toujours de leurs rencontres. Le cousin d’Elio ne brodait pas dans la dentelle, sa subtilité étant à peu près égale à celle d’un dogue, et cela n’avait de cesse de piquer la curiosité de la fille du baron.

Elle franchit la distance qui les séparait avec aisance et vint se placer à la hauteur du gentilhomme à qui elle adressa un hochement de la tête distingué afin de lui laisser le temps de mettre son repas entre parenthèse :


« Monsieur Adorasti, permettez-moi d’interrompre vos agapes … Seulement, je voulais m’assurer que la bonne nouvelle vous parvienne. Savez-vous que vous venez d’être grand oncle ? »
Elle l’observait désormais avec un intérêt clinique et continua de sa voix douce :« Vous serez également ravi d’apprendre que la Princesse se porte bien, et qu’elle a donné naissance à une petite fille, la Princesse Athénaïs Adorasti ! »

Maintenant que les convenances étaient respectées, Lucrezia ne comptant pas sur l’invitation de l’homme à venir prendre place à ses côtés, elle pouvait l'abandonner-là aux plaisirs de la ripaille. La jeune aristocrate se saisit des pans de sa robe, étant sur le point de tourner les talons, lorsque soudainement elle tiqua sur un détail :

« Voyons, Monsieur, ne souffrez-vous jamais de la solitude à force d’horaires si peu communes ? »
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Tiberio Adorasti
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MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Lun 21 Jan - 1:32

"- Crooiiiiiink!
- Gnnn...."

Tiberio Adorasti posa une main sur sa tempe droite, et commença à faire de tout petits ronds, dents sérrées et naseaux retroussés. Quelqu'un venait de se condamner, de signer son arrêt de mort, aucun doute. Lentement, le cousin du Prince fit pivoter sa tête, jetant un regard plein de haine à la nouvelle arrivante.
Mais.. Mince... elle?
Bon sang, il ne se sentait pas l'energie suffisante pour tenir une conversation avec qui que se soit. Encore moins s'il fallait être aimable. Il hésita un peu, puis, avec une lenteur impressionante, ses lèvres se crispèrent en un sourire. On put même voir, qu'au fond de lui, Tiberio tentait (sans trop de conviction) de prendre un air sympathique. Il échoua, et pas à moitié.


"Tiens donc.. Baronne.. Quelle.. Quelle bonne surprise."
Il se saisit d'une serviette, et s'essuya le coin de la bouche en se raclant la gorge. Ca lui avait fait mal de dire ça, il avait faillit s'étouffer, le pauvre.
"Certes, interrompez. Interrompez donc."
Ce n'était pas comme ci elle lui laissait vraiment le choix de toute manière. La prochaine fois, il faudrait qu'il pense à faire monter le repas dans ses appartements.

Grand oncle? La nouvelle lui fit arquer un sourcil. Il avait peut être bien fait de descendre en vérité. S'il était resté dans sa suite, on ne l'aurait sans doute pas mis au courant avant le soir.

"En effet, en effet je suis.. parfaitement ravi."
Il secoua la tête, faisant mine d'être un peu surpris, et posa ses couverts sur un coin de la table. C'était donc finalement arrivé? Tiberio se demanda combien de temps l'accouchement avait pu durer. La princesse avait passé des mois sans se rendre compte de la présence du marmot en son sein, quelqu'un d'aussi peu doué ne pouvait délivrer efficacement. Ca avait du être long, potentiellement douloureux.
Cette pensée réchauffa un peu le coeur du noble mal reveillé.

"C'est très bien, très bien. A-Athéna..ïs? Ha.. oui, oui oui, bien."
Une fille? Et.. lequel des parents avait bien pu proposer ce nom? Et lequel des deux avait été assez fou pour approuver?
Pff.. Peu importait.
Tiberio était maintenant grand oncle. A sa grande surprise, il sentit un petit pincement au coeur. Etait ce en raison de la naissance, ou parce qu'une fête serait sans doute organisée sous peu pour célébrer l'événement?
Il préféra se mentir, et se dire qu'il ne savait pas trop.


"Ma foi.. Voilà sans doute une nouvelle dont nous entendrons parler pour les mois à venir. Je me demande bien qui va arriver de Florence pour féliciter mon cousin, hinhinhin...
Préparez vous Baronne, préparez vous. Nous risquons de voir arriver par intervalles des hordes et des hordes de noblillons intéressés. Tout cela va encore être d'un ennui monstre."
Soupir, hochement de tête.. Mais au fond de lui, Tiberio savait bien qu'il trouverait comment surpasser cet ennui. Pourrir le séjour de ces enquiquineurs prétentieux serait un vrai plaisir.
La question que la jeune femme posa ensuite fit ricaner et pouffer notre bon ami, qui commençait à se sentir d'humeur plus joviale. Il récupéra sa fourchette et reprit son déjeuner où il l'avait laissé.


"Moi? Souffrir de la solitude? Voyons... Je n'ai qu'à m'installer quelque part seul cinq minutes pour que quelqu'un arrive et me tienne compagnie. Comment pourrait on être seul dans cette ville? Les gens ont la conversation si facile ici que même les muets sont obligés de discuter de temps à autres.
Enfin.. Je vous remercie de vous inquiéter pour moi... pffrtt.. snrrtt.. Hahahaha!"
De nouveau, il secoua sa tête de gauche à droite. Elle était bonne celle là. Comme si, lui, agoraphobe, pouvait de toute façon craindre la solitude.
"Vous savez, s'il y a quelque chose dont je souffre en réalité, c'est de la fatigue. C'est le problème des palais, les journées y sont trop longues, et les nuits trop courtes. Et c'est parce que je souffre de la fatigue que, parfois, je viens m'installer ici, où je peux me détendre, tout en savourant un encas, et.."
D'un geste lent, il saisit son verre, et le leva en direction de la demoiselle, un sourire (cette fois honnête) sur les lèvres.
".. déguster un bon verre de vin. Haha!
Vous venez de m'annoncer la naissance d'un proche, ne partagerez vous pas ma table pour l'occasion? Hum?
Je vous l'ai dit, les prochains jours risquent d'être un véritable défilé d'invités plus fatigants les uns que les autres. Certains commenceront à nous tourner autour avant la fin de l'après midi, vous verrez.
Il faudra de l'énergie pour tenir, croyez moi. J'étais là quand mon cousin est né. C'a été... Enfin.. Hinhin hinhinhin... Quoiqu'il en soit, je pense que ne pas trinquer en l'honneur de la jeune Athéna.. Athénaïs (pardonnez moi) serait presque.. presque criminel, hu-hum, oui..."
Il laissa sa phrase en suspens pendant deux secondes, et pouffa de nouveau. Seigneur, il fallait qu'il aille annoncer ça à Demetrio, et qu'ils commencent à reflechir tout de suite à leurs prochains méfaits.
..
Allé! Tiberio prendrait les devants! Il commnecerait tout seul, il avait de toute façon toujours aimé avoir quelque chose pour s'occuper l'esprit en mangeant.
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Lucrezia di Lorio
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MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Mar 22 Jan - 23:33

Elle le regardait, incrédule et circonspecte.Après la scène touchante dont avait était témoin Lucrezia dans la chambre de la Princesse, Tiberio offrait un spectacle dans une toute autre tonalité à la jeune femme. Elle lui répondit avec jovialité :

« C’est une nouvelle qui, connaissant la ville, parcoure déjà les canaux. Si je puis me permettre, c’est là une très bonne nouvelle pour le Prince et son épouse dont ne nous saurions suffisamment nous réjouir. Cela fera taire les mauvaises langues sur la prétendue naïveté de cette chère Bianca, du moins je l’espère ! »

Un léger froncement de sourcil entendu vint ponctuer ses mots. Lucrezia se n’avait pas oublié leur première conversation durant laquelle son vis-à-vis s’était longuement épanché sur le cas de la Princesse dont la découverte tardive de la grossesse en avait laissé plus d’un perplexe, lui le premier.
Son regard vint se poser alors sur l’assiette de Tiberio et s’égara, son attention cependant restait dirigée sur les propos de l’aristocrate à qui elle répondit d’une voix peu enjouée, dans un soupir presque lasse :


« Il est vrai que cela ne sera pas de tout repos… Ceci étant dit, je ne vois vraiment pas de quoi vous vous plaignez ! Cela vous fera une excellente compagnie pour vos nuits de débauche ! »

Elle releva les yeux, adressant cette fois-ci un regard sévère à son interlocuteur, une moue réprobatrice au coin des lèvres. Elle avait ouï dire par plus d’une servante que ce dernier avait pour habitude d’emmener dans ses pérégrinations nocturnes son cher Demetrio, et c’était une perspective bien peu réjouissante que d’imaginer le violoniste entraîné dans les folles virées de son aîné dont la réputation n’était plus à faire. Lucrezia n’y aurait attaché que peu d’importance si la rumeur ne persistait pas à lui dépeindre l’influence désastreuse du dit libertin sur le musicien. Aussi envisageait-elle la venue de nouveaux hôtes au palais avec un certain soulagement. Elle se radoucit, laissant ses considérations intérieures de côté et reprit d’une voix amusée :

« Et puis de quoi me plaindrais-je, Monsieur? Je ne suis en aucun cas concernée par ce remue-ménage… »

Elle le regarda se remettre à table après s’être esclaffé sans la moindre retenue. Elle arqua un sourcil, nullement offusquée, et l’écouta parler avec ravissement, les raisonnements de Tiberio la réconciliaient toujours avec les manières grossières du personnage. Elle s'autorisa même à accompagner ses anticipations d'un pouffement et, toujours secouée d'un rire, lui dit de sa voix mielleuse :

« Voyons, ne vous plaignez pas tant, le Prince vous accueille sous son toit et le confort qu’il vous offre est d’une rare excellence ! Je crois surtout, Monsieur, que vous resterez toujours un grand insatisfait à force de vous perdre ainsi en réclamations ! Si c’est le calme qui vous convient, je ne saurais que trop vous recommander de quitter Venise sur le champ et de battre en retraite au couvent !»

Entendant son invitation, elle hésita à prendre place à ses côtés, puis se résigna.
« Et bien, puisque vous me le proposez, je n’ai aucune raison valable à vous opposer ! » Après tout, il faudrait bien trinquer à un moment ou un autre de la journée ! Elle s’assit confortablement face à lui et tendit une main dans laquelle un valet déposa aussitôt un verre à vin qu’il remplit précautionneusement. Lucrezia inclina légèrement la tête pour qu’il s’écarte et reprendre ainsi la conversation avec Tiberio qui s’animait désormais sur les invités.

« Quelle propension étonnante vous avez à vous croire si souvent le centre de l’attraction, Monsieur Adorasti… Voyons, ne vous torturez pas ainsi, ces gens ne viendront pas pour admirer le fruit de vos œuvres… » Avec ironie, elle désigna sa mine épouvantable d’un geste gracieux de sa main qui contrastait déjà avec l’attitude de son vis-à-vis. « Et ne croyez-vous pas que cette animation sera l’occasion de donner de belles fêtes ? » Elle écarquilla ses yeux sombres, sa voix se faisant plus caressante : « Étonnamment, j'ai plus à plaindre ces gens que vous-même Monsieur ! Mais il ne fait aucun doute que vous saurez trouver quelque motivation pour vous ménager… »

Elle leva son verre et dit d’une voix plus forte : « Alors empressons-nous de le faire si cela suffit à taire vos superstitions ! Levons nos verres en l’honneur de la Princesse Adorasti, Athénaïs ! » Radieuse, elle porta le verre à ses lèvres et apprécia un instant la saveur du bouquet avant de le reposer sur la table basse." Hm délicieux..." Un murmure à peine audible...
Maintenant que cela était fait, elle se remémora les paroles de Tiberio à propos de la naissance d’Elio et ce détail la fit grandement sourire. Imaginer qu’il ait un jour connu le Prince petit enfant la plongeait dans une curiosité jubilatoire, elle chassa néanmoins cette pensée par une autre et demanda :


« Et vous Monsieur, n’avez-vous vous même jamais songé à fonder une famille ? »
Poser la question autrement était inenvisageable, il suffisait de poser ses yeux sur le personnage pour connaître la réponse.
Elle reprit ses mots cependant, et reformula ses propos :

«De manière officielle, je veux dire… »
Décidément, elle ne se lasserait jamais d’étudier le phénomène Tiberio Adorasti.
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Tiberio Adorasti
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MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Mer 23 Jan - 4:57

Tiberio rit plusieurs fois. Son interlocutrice savait faire preuve d'un certain humour, et lui, il ne fallait de toute façon pas grand chose pour le dérider. Il allait pouvoir tenir une conversation sans avoir à se faire rire lui même!
Enfin.. Il allait pouvoir tenir une conversation en riant deux fois plus que d'habitude! Dans cette ville où la rigolade était aussi étrangère à certains que le gout des pois secs, l'événement était assez rare pour être souligné.


"Ho.. Ho ho ho ho! "Nuits de débauche"? Jeune fille.. chercheriez vous à m'offenser?"
Bien entendu, l'offense n'était pas là, et le soi-disant offensé ne cessa pas de sourire.
"Vous avez cependant mal choisi vos mots.
Ces rapaces ne seront en aucun cas une "excellente compagnie". Les rapaces sont des rapaces. On s'amuse avec quelqu'un de bonne compagnie. On s'amuse aux dépens des rapaces. Ce n'est pas la même chose, pas du tout."

Il écouta la suite attentivement, pouffant de ci de là, ne tiquant qu'une fois, lorsque la jeune femme lui parla de son "étonnante propension à se prendre pour le centre de l'attraction". A vrai dire, ces mots là étaient de ceux qui pouvaient le faire sortir de ses gonds.
Evidemment, il n'en laissa rien paraitre. Il essaya en tout cas, mais une de ses paupières se crispa un instant. Les nerfs. Il se ressaisit bien vite, et se força à conserver la bonhomie (relative) qu'il venait à peine d'acquérir. Il ne fallait pas que son caractère change - surtout pour si peu - sans quoi il recommencerait à marmonner dans sa barbe des mots désagréables, comme lors de tant d'autres lendemain de cuite.

"Quand je disais qu'ils nous tourneront autour, j'entendais.. comment dire? .."Nous". "Nous autres". Nous qui logeons ici. Au palais. Hahaha. Je suis sur que les premières semaines, certains seront assez idiots pour venir me demander, même à moi, si j'ai des nouvelles de l'enfant. Je regretterais ceux là pendant les mois suivants, lorsqu'ils auront commencé à mettre en garde les nouveaux venus contre mes.. disons.. espiègleries. Hahaha!
Mais.. oui.. vous avez raison. De belles fêtes. Sans aucun doute."

Le cousin du prince leva son verre à la suite de la jeune femme.
"A Athénaïs, oui! Puisse-t-elle avoir la beauté de ses parents, et surtout l'esprit de son père!"
Puis, en gloussant, il avala deux gorgées, qui réchauffèrent sa gorge déjà sèche. Deux gorgées qui faillirent être promptement recrachées. Il fallait dire que la question était assez inattendue. Bon sang, il y avait même eu quelques gouttes pour remonter dans le nez!
Tiberio s'excusa en ricanant, s'essuya la bouche avec sa serviette, et la tint contre son visage quelques secondes, dévisageant la rousse beauté qui lui faisait face, l'air stupéfait, ne sachant encore trop que choisir entre l'hilarité et.. et.. herm..
En l'absence d'un deuxième choix, il lui fallut bien choisir l'hilarité. De toute façon, la correction qu'elle apporta à la question ne lui permettait aucune autre réaction. Il gloussa, gloussa, retira sa serviette, et éclata enfin de rire.

"Qu'entendez vous par là, hum?"
Ses yeux pétillaient de malice, il appréciait ces quelques piques. Pendant une seconde, il fut tenté de parler d'un certain Luciano, qui, lui aussi, avait de l'expérience dans le domaine de la paternité. Bien vite cependant, il chassa cette idée. C'était tout de même aller un peu loin, il ne voulait pas voir la "seule" fille du monsieur s'offusquer. Une femme en colère? A cette heure ci? Si elle élevait le ton, qu'elle montait un peu trop dans les aigus.. le pauvre Tibère risquait l'implosion cranienne.

"Y-ai-je songé..?
Oui. Sans doute. Vous savez.. Ces nuits, où l'on est un peu fièvreux, où l'on arrive pas à fermer l'oeil, malgré des efforts incessants. Hum? Vous voyez de quoi je veux parler? Dans ces nuits là, tout vous passe par la tête, dix fois d'affilée d'ailleurs, même les idées les plus folles.
Et bien, je suppose, que lors de nuits de ce genre, j'ai du y penser. Oui."
Il pouffa.
"Non. Non, attendez! Je sais! J'y ai pensé.. lorsque.. moui.. lorsque j'ai vu ma mère à Florence, et qu'elle m'a jeté ce doux regard, noir comme l'Enfer, en grognant : "Gneu.. Maries toi!" Haha oui! Là j'avoue que.. j'ai senti quelque chose. Au.. Au fond de mon coeur, comme.. une vibration."
Il posa une main sur sa poitrine.
"J'ai senti qu'il me fallait.. trouver une compagne et.. oui.. me retirer, dans un lieu paisible.. entouré par une bande de gentils petits marmots et... Hahaha!"
Rires, soupir.
"Ecoutez.. La manière officielle ne me conviendrait pas vraiment je crois. Je vous demanderais volontiers si vous pouvez m'imaginer en train d'élever des enfants, mais j'ai peur que votre réponse ne me blesse."
Haussement d'épaules.
"Ce n'est pas de ma faute. Il semblerait que la Nature m'ait privée d'instinct paternel. Il ne sert à rien de lutter contre la Nature, hum? Hahaha!
Mes cousins se sont déjà chargés de perpétuer la dynastie, et, de toute manière, seuls les enfants de ce cher Elio compteront, alors, pourquoi s'ennuyer?"

Tiberio laissa échapper un nouveau soupir. Il ne s'en était pas vraiment bien tiré, mais comment aurait il pu répondre autrement? Avait elle essayé de le mettre en difficulté? En tout cas, elle avait (presque) réussi. Il le lui revaudrait, hinhin. Il trouverait comment faire.
Pour l'instant, il se contenterait de lui renvoyer la balle.

"Maintenant, si vous le permettez, je vais vous retourner la question, hum?
Hahavez vous songé à fonder une famille?"
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Lucrezia di Lorio
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MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Mer 23 Jan - 17:37

"-Oh vous maîtrisez l’art de l’euphémisme mieux que personne” Glissa-t-elle à l’encontre de Tiberio lorsqu’il évoqua ses prétendues “espiègleries”. Encore une fois, il ne fallait y voir aucune offense, Lucrezia n’était jamais dupe lorsqu’elle s’adressait à lui et n’aurait jamais osé prétendre le contraire en sa compagnie. Et elle n’avait aucun scrupule à le lui faire savoir, sachant très bien où commençait entre eux l’irrévérencieuse insolence et où se terminait l'ironie complice.

"Qu'entendez vous par là, hum?" Dans un battement de paupières appuyé, Lucrezia ne détourna pas son regard des iris malicieuses braquées sur elle. Elle le soutint et soupira avant de répondre de sa voix calme et posée : “Et bien nous savons tous deux que ce genre d’affaire est commune ! Les hommes s’encombrent si peu souvent des formalités du mariage pour semer ici et là quelque engeance naturelle... Libre à vous ensuite de relever ou non mes sous-entendus, je ne cherche en rien à vous piéger si cela peut vous rassurer.”Lucrezia s'autorisait la complicité, en la présence de Tiberio elle ne ressentait nul besoin de taire sa franchise naturelle. Si l'homme tentait parfois de nuancer ses inclinaisons en sa présence et de modérer son attitude, Lucrezia n'en faisait rien. Il abordait désormais le délicat chapitre de la paternité, et la jeune femme prit soin de ne pas l'interrompre, se contentant de recevoir chacune de ses paroles d'une subtile inclinaison de la tête. Elle prêtait une oreille attentive aux paroles de son vis-à-vis, étonnée même des informations qu'il glissait avec sincérité. Une fois qu'il eut terminé la fille du Baron entreprit de lui faire entendre son propre raisonnement :

“Vous remarquerez j’espère que j’ai pris soin de ne pas mentionner l’épouse avant les enfants, Monsieur... Ne demandez pas mais laissez-moi vous répondre. Je ne suis pas de ceux qui croient à l’instinct paternel, ou alors vous vouliez dire “instinct de survie” et dans ce cas je vous l’accorde, nous faisons des enfants avant tout dans cette perspective-là !” Elle se redressa contre le dossier et déploya son éventail, elle l’agitait au gré de ses paroles. S’animant en douceur, la jeune femme offrait son argumentaire avec plaisir : “Non, je crois surtout qu’aimer son enfant-une fois qu’il est né- est chose tout à fait naturelle, bien plus que ce fameux "instinct paternel", concept un peu trop fumeux à mon goût.

Pour ce qui est de savoir à quel moment précis fonder une famille ... Est-on jamais prêt ? Les scrupules qui accompagnent la démarche très officielle, j’entends par-là les mariages et autres cérémonies, ne sont qu’exacerbés par la sentiment que les unions, au-delà des arrangements passés entre les familles, se font souvent dans ce but précis. Voyez-vous où je veux en venir ?” Elle reposa distraitement l’éventail sur la table basse et lissa le ruban qui lui ceignait la taille. “Qui sait, peut-être un jour prendrez-vous épouse et l’enfant qu’elle vous donnera touchera quelque chose en vous d’insoupçonné. D’ailleurs je peux vous rassurer sur un point, vous n’auriez nul besoin de mettre un terme à votre faste quotidien... Croyez-vous donc que c’est se renier soi-même que d’avoir des enfants ?”

Elle secoua doucement la tête et continua avec la même animation:“Vous craignez de vous “ennuyer” à faire cela, mais à mon sens votre raisonnement comporte une faille... Au contraire, et sur ce point vous en conviendrez, c’est une chance pour vous qu’il revienne au Prince Elio de perpétuer le nom : cela vous laisse le champ libre, et vous pouvez choisir à votre guise ce qu’il adviendra de votre propre sang... Certes, de votre point de vue cela vous épargne, mais du mien cela me laisse présager qu’un jour peut-être vous envisagerez la paternité sous un tout autre jour. Et croyez-moi, il ne sera plus question d’instinct, ni de nécessité, seulement d’envie. Beaucoup sauraient vous jalouser pour cela...”

C’est un sourire plein d’entrain qu’elle offrit alors à son vis-à-vis. Elle profita de cet instant pour tremper de nouveau ses lèvres dans son verre. Arquant un sourcil en l'entendant lui retourner sa question, Lucrezia reprit une gorgée avant de répondre franchement à l’indiscrète interrogation de Tiberio :

“En effet, j’y songe. Mais ce sont là des considérations qui me paraissent floues et lointaines, comme je vous l’ai dit je ne crois pas à la prédisposition qui fait des femmes des mères avant l'enfantement... Lorsqu’il a été question que l’on me marie à un vieil aristocrate dont j’ai égaré le nom, j’étais trop jeune pour y penser. Quand j'y pense... Aujourd’hui vous me verriez entourée d’une ribambelle d’enfants et peu importerait que je les ai voulu ou non... Maintenant que j’ai atteint un âge raisonnable pour prendre le nom d’un autre, fonder une famille ne me fait pas peur...”

Elle détourna le regard et leva les yeux au ciel avant de souffler sur le ton de la confidence, un sourire circonspect au coin des lèvres :
“ De toute façon, rien ne sert de se mentir...” Les frêles épaules se secouèrent d'un rire amer: “je n’aurais pas le choix...”

Lucrezia du fait de son éducation privilégiée n'avait jamais eu à subir les humiliations liées à son statut de femme. Et les différentes étapes de sa vie lui avaient permis de se faire une idée concrète des possibilités de s’en défendre. Seulement lorsqu’il était question de mariage, et même de famille, toutes sortes de questionnements auxquels elle se prêtait si peu volontiers, Lucrezia avait conscience d’atteindre ses limites. Elle n’était pas mal à l’aise pour autant, mais au fond d’elle la jeune aristocrate ressentit cette inconcevable injustice lui étreindre le cœur comme un étau. Elle n'en laissa rien paraître et dit d’une voix enjouée :

“Qui sait, peut-être que parmi ces rapaces dont vous parlez nous trouverons de quoi alimenter le feu de cette conversation... Je serais très curieuse de voir quel genre de femme peut susciter chez vous autre chose que...” de la goujaterie, muflerie, grossièreté ? Lucrezia lui accorda un sursit, la bonhomie du personnage lui plaisait et elle ne tirerait aucune satisfaction à le piquer outremesure : “...votre espièglerie !” Elle ponctua ses mots d’une nouvelle gorgée de vin, souriante.
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Tiberio Adorasti
Cousin du Prince - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Mer 20 Fév - 20:12

Et bien.. Si Tiberio avait pu deviner.. Jamais il n'aurait laissé ça se produire. Jamais il n'aurait donné à la jeune femme une occasion de disserter ainsi. Pourquoi les femmes étaient elles toujours si prompte à parler procréation? Pourquoi Tiberio se faisait il toujours avoir?
Le pauvre homme fut saisi d'un énorme coup de cafard. Les "éduquées" étaient les pires pour ça. Les convaincre d'oublier le sujet était une épreuve difficile, et rarement couronnée de succès. Plus intéressant pour notre cas, elles étaient particulièrement bavardes.
La jeune Lucrezia venait de gagner haut la main une place dans le classement des dix plus terribles.

Le cousin du Prince se pinça l'arrête du nez, ferma les yeux, et hurla un soupir intérieur. Il tenta de faire semblant de s'intéresser, mais son regard trahissait sa pensée au moins aussi fort que Judas avait trahi Jésus.
Dans un faible effort pour ne pas montrer qu'il préférerait être tranquille, Tiberio marmonna des "hmm hmm" approbateurs de temps à autres, renforcés par quelques gestes de la tête. Il continua ainsi jusqu'à ce qu'une phrase le réveille en sursaut. Elle n'aurait pas le choix disait elle?
C'était l'occasion! Il lui fallait foncer, maintenant! Il pouvait! Il pouvait changer de sujet sans paraitre trop rustre! Enfin..


"Bien. Vous en êtes consciente. Je pense que vous raisonnez beaucoup trop sur ce sujet. Si telle est la volonté du Seigneur, vous aurez des enfants."
Il ricana.
"Pourquoi ne pas se limiter à cela, hum? Cela vous épargnerait bien des heures de reflexion, que vous pourriez passer à des activités plus.. constructives ou.. amusantes.. ou peu importe!
Hum? Il ne faut pas se tracasser à ce point pour de telles choses. Il y a tellement plus important dans la vie. Et tellement plus intéressant! Les fêtes! Le vin!"
Les femmes! Certes. La seule fille des di Lorio n'était surement pas concernée par cette option là. Mais rien qu'avec les deux autres, elle avait de quoi s'occuper.

Lorsque la demoiselle prononça sa dernière phrase, Tiberio gloussa.

"Non, je ne crois pas. Je ne crois pas qu'on puisse croiser ce genre de femmes dans l'une des fêtes à venir, et je ne crois pas non plus que ce genre de femmes existe. Personne n'est à l'abri de mon espièglerie, héhé.

Mais, vous savez.. Peut être.. Peut être un jour rencontrerez vous un pichet particulièrement.. séduisant (?) Qui (comment dites vous?) "touchera quelque chose en vous d’insoupçonné", c'est cela?"
Le bon Tibère se saisit du pichet présent sur la table, le leva, le tourna un peu, l'étudia, les yeux plissés, et finit par le reposer, avec un hochement de tête satisfait.
"Celui là est joli par exemple, et surtout, il est rempli d'un breuvage.."
Il trempa ses lèvres, fier de lui. Fier de sa petite pitrerie.
"..purement délicieux.
Bref. Un jour peut être croiserez vous un pichet de ce genre, et qui sait? Peut être laisserez vous tout tomber! Peut être partirez vous à l'aventure! Haha! Qui sait? Peut être abandonnerez vous vos projets de mère, pour.. vivre au jour le jour, en appréciant ce que nous offrent.. euh.. la Nature, Dieu.. et puis le reste. Hein. La vie.
Hinhin.
Je ne peux que vous le souhaiter."
Il ponctua ses mots d’une nouvelle gorgée de vin, souriant.
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Lucrezia di Lorio
Baronne - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Jeu 21 Fév - 13:45

Lucrezia s’était emportée, son éloquence une fois de plus l’avait menée bien au-delà des arguments qu’elle comptait avancer. Elle ne se laissa pas déconcerter pour autant par le désintérêt ostentatoire de son auditeur et, lorsqu’il eut fini de lui répondre qu’elle aurait mieux fait de se taire, elle haussa les épaules et répondit dans un soupir lassé :

"Vous êtes déconcertant Monsieur ! Moi qui pensais que la paternité de votre cousin donnerait matière à discuter, je constate que j'ai eu tort de vouloir en disserter avec vous... Faut-il que je ne vous parle que de vin et de beuverie pour éveiller chez vous un tant soit peu d'intérêt ? Dommage, j'ai cru à tort que vous seriez capable de pareille prouesse dans un autre domaine..."

Ce qu'il affirma ensuite confirma ses scrupules. Une moue perplexe accompagna sa réponse : "A vous entendre... " Elle leva la main et désigna sa mise tandis que ses yeux accompagnaient son geste rapide :" et cela se voit d'ailleurs- rien n'est plus intéressant que faire la fête... Je me demande seulement ce que vous en tirez... en dehors de la migraine..."

Sa voix s'éteint un moment dans un silence introspectif. Elle-même réfléchissait à cela, elle l'interrogeait plus qu'elle ne l'attaquait. Elle s'expliqua : "L'intérêt d'une fête réside en son caractère exceptionnel, éphémère. Or il me semble que vos habitudes vous amène tous les jours à fêter une nouvelle occasion … Que célébriez-vous hier par exemple ?"

Faussement naïve, Lucrezia accompagna son interrogation d'un soupir méditatif. Elle inclina la tête sur le côté, son regard rivé sur les yeux du facétieux personnage.

La pirouette sur le pichet de vin provoqua un hochement de tête navré:
"En d'autres termes, vous me souhaitez beaucoup de migraines et une mort sociale à coup sûr !" Ironisa-t-elle.
Si l'on remettait la conversation dans son contexte, il y avait de quoi rire en effet.

Les derniers mots la piquèrent dans son orgueil. Le menton haut, d'une voix sans chaleur, elle répondit :
" J'ai d'autres ambitions que la dépravation..."
Ses lèvres se retroussèrent dans un sourire satisfait :
Dieu merci, je connais d'autres plaisirs ! Mais vous...?" Elle plongea ses yeux couleur dans les siens : "En dehors des plaisirs de la chair, qu'est-ce qui vous touche, Monsieur Adorasti?"


Dernière édition par Lucrezia di Lorio le Ven 28 Mar - 15:01, édité 1 fois
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Tiberio Adorasti
Cousin du Prince - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Jeu 27 Mar - 17:14

Pauvre, pauvre Tibère. Depuis plusieurs minutes déjà, il luttait pour rester eveillé, il se forçait à.. à écouter et.. tentait même de participer, voire de glisser une ou deux blagues à droite ou à gauche. Et.. Et.. Ingratitude!
Qu'est ce qu'on lui donnait en échange de toutes ces peines? Rien. Pire que rien même. On le traitait d'ivrogne. Elle le traitait d'ivrogne. Du haut de ses 20 ans. Elle osait. La fille de di Lorio.

Avec son humeur du jour, il n'en faudrait pas beaucoup plus pour le faire sortir de ses gonds. En silence, il écouta la jeune femme donner son avis (qu'il n'avait pas demandé) sur son comportement (qui était irréprochable). Tête enfoncée dans les épaules. Regard noir. Grincements de dents.


"Ecoutez.. Mon cousin a une fille. Je m'en réjouis. Ce n'est pas pour autant que je vais me lancer dans un débat sur l'enfantement, ses pours, ses contres, et que sais-je encore!
Et.. Et.. mademoiselle, je vous demanderais de ne pas aller trop loin. Je ne tolèrerais pas vos injures bien longtemps."
Si Tiberio avait eu le pouvoir de réellement "fusiller quelqu'un du regard", nul doute qu'on aurait trouvé Lucrezia di Lorio dans ce salon, tellement criblée de balles que même son père aurait eu du mal à la reconnaitre. (Mal)Heureusement, personne ne possède ce genre d'habilités.
Le cousin du prince Adorasti se contenta donc de la fusiller au sens figuré, comme tout le monde.

"Personne. Vous entendez.."
Il se redressa et posa son verre sur la table.
"Personne ne.. hum.. comment..? hmm.. grmbl.. personne ne.. et.. Herm.."
Non mais oh. Pour qui elle se prenait? Hein? Elle lui en faisait perdre ses mots. Enfin, c'était surtout son mal de crane qui lui faisait perdre ses mots, mais elle en était la cause. Enfin.. Pas vraiment. Mais pour qui elle se prenait?
En grommelant, le cousin du Prince se renfonça dans son siège et croisa les jambes. Puis les bras. Arborant un sublime sourire rempli de colère et de dents, le fier membre de la famille princière se mit ensuite à agiter les mains, tandis qu'il répondait à sa charmante interlocutrice, devenue un charmant défouloir.


"Et.. Et puis quoi? Quoi? Hum? Le.. Le pichet de vin!"
Il s'en saisit.
"Ne savez vous pas.. l'humour.. "plaisanterie".. Oui?"
Boum! Il reposa le pichet sur la table. Plutôt violemment, vous l'aurez deviné.
"Ne savez vous pas ce que c'est?! Hum?! Et.. oooh.. Madame a d'aauutres ambitions que la dépravatiooon. Fantastique. Bravo. Amusez vous bien. Ce sera sans moi.
V-Vous voulez savoir ce qui m'émeut, en dehors des fêtes? Pourrons nous enfin parler de quelque chose digne d'intérêt si je vous répond : la chaleur d'un foyer, l'infinie miséricorde du Seigneur et la contemplation d'un ciel étoilé en été?
Enfin. Voyons!"

Le prince soupira, et se renfonça, cette fois ci définitivement. Il ne se relèverait plus, décidé. Cet accès de colère, bref mais intense, l'avait vidé. Et maintenant qu'il était vidé, que son esprit fonctionnait à nouveau à peu près, il commençait à penser aux conséquences de ladite colère. Les réprimandes, les messes basses et les regards en bief. Encore. Pffiou..
C'est pourquoi il soupira de nouveau, et c'est pourquoi il parut soudain si las.
Mais il n'allait tout de même pas s'excuser! Il avait des principes! C'était un Adorasti. D'un autre coté.. Les réprimandes.. les messes basses..

"Non mais.. je m'emporte mais.. tout de même.. moi.. un ivrogne.."
Il ne put pas faire mieux.
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Le Grand Salon

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