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Le Grand Salon

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Lucrezia di Lorio
Baronne - Ca'Adorasti



Inscrit le : 05 Avr 2007
Messages : 40

MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Ven 28 Mar - 16:31

Lucrezia regarda Tiberio s'énerver d'un air circonspect, à ses accusations elle lui répondit d’une voix morne :

« Voyons Monsieur Adorasti, ne vous emportez pas de la sorte ! J’ai joué votre jeu, vous voyez comme cela peut être désagréable ! Vous vous moquez sans cesse, pourquoi d’autres ne pourraient-ils le faire en toute impunité ? »

Elle ne termina pas son verre et le reposa soigneusement sur la table, elle dévisageait Tiberio qui se livrait à un étonnant numéro de grommellements inintelligibles.
Lentement la Baronne se redressa, elle lui dit d’un ton sans appel :


« Je ne vous ai pas insulté, mais s’il vous plaît à croire que c’est-là votre lot quotidien… »

Elle se leva et s’inclina dans une rapide révérence, ses yeux toujours plantés dans les siens.
Il n'y avait aucune animosité dans son regard, seulement une lueur fière :


« Alors je n’ai plus qu’à vous laisser méditer. Vous qui vous targuez tant de votre prétendue largesse d’esprit, apprenez à prendre en compte celle des autres ! Et laissez-moi seulement vous objecter que si le respect est ce que vous vous croyez dû, n’attendez pas que ceux dont vous vous moquez vous le rendent gratuitement. J’ai cru bon de vous donner un aperçu, très juste d’ailleurs, de ce que votre conversation m’inspire. Je vous abandonne à votre bouderie ! »

La jeune femme tourna les talons et quitta la pièce d’un pas rapide.

(ailleurs, j'éditerai !)
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" Pour leurrer le monde, ressemble au monde " W.S
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Contessina de' Bardi
Tante du Prince - Ca'Adorasti



Inscrit le : 26 Fév 2008
Messages : 6

MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Sam 7 Juin - 19:50

[Le Grand Hall]

Contessina mena la jeune Maëlwenn à travers les couloirs du palais sans mot lui dire. De nature même, la comtesse n'était pas des plus loquaces. Prêtant toujours une oreille attentive aux discussions, elle ne parlait pas dans l'unique but de meubler la conversation. Aussi méprisait-elle au plus au point les femmes, ces bourgeoises de mégères, qui avaient pour habitude de se rencontrer afin de se raconter les dernières nouvelles, plus croustillantes les unes que les autres. Contessina préférait de loin à tout cela les moments de pleine quiétude, confortablement assise dans un fauteuil, à lire quelque Boccace et autre Dante. Ses six années passées au couvent ne l'y avait pourtant pas aidée: Contessina avait alors pris une malin plaisir à défier sans cesse l'autorité des religieuses, que ce fût en racontant des histoires salaces aux autres pensionnaires, ou en les entraînant dans des escapades nocturnes à la rencontre des garçons de ville. De la fillette dévergondée qu'elle était, Contessina Adorasti, devenue comtesse de' Bardi après avoir épousé le comte Vernio de' Bardi, avait bien changé. Quelque trente années la séparaient de cette enfance bénie, maintenant si lointaine.

Contessina poussa la porte qui donnait sur le grand salon et pénétra dans la luxueuse pièce, toujours suivie de Maëlwenn. Rien n'avait changé depuis sa dernière visite qui remontait à plus de six mois. Sa tante ne rendait visite au prince qu'une à deux fois par année, tout au plus. Non pas que la distance séparant Venise de Florence fût d'une éprouvante longueur, mais la comtesse était très attachée à sa ville natale. Elle compensait néanmoins ce manque de visites par le prolongement de ces séjours. Ici, à Venise, elle s'était fait nombre d'amis considérables, mais était surtout connue pour son arrogance sans limites et son caractère des plus hautains. Ici, les gens de la populace la surnommait volontiers "la Truie florentine"; elle le savait, et son aversion profonde pour eux n'en était que plus renforcée. Cependant, il n'en avait pas toujours été ainsi. Petite, Contessina passait beaucoup de temps à joueur avec les autres enfants de son âge, des fils et filles de fermiers pour la plupart, au grand désespoir de ses parents. Et lorsqu'elle leur avait annoncé d'un ton ferme que c'était avec le garçon d'écuries qu'elle comptait se marier, ceux-ci lui avaient aussitôt rétorqué que jamais cela ne se ferait et qu'elle devait épouser quelqu'un de sa condition sociale. Tout ce qu'elle méritait, c'était le couvent à vie. Contessina avait alors dix ans.


"Prenez place dans ce fauteuil", fit-elle à Maëlwenn en lui désignant de la main le dit fauteuil.

Pour l'instant, Contessina se montrait dotée d'une affable urbanité avec la jeune invitée. Elle ne tenait pas à se froisser avec la comtesse de Hedmark, à peine arrivée. Mais, étrangement, elle n'avait nul besoin de se contenir derrière un masque de politesse exacerbée qu'elle se donnait parfois, lors de soirées mondaines par exemple. Son charme et sa gentillesse vis-à-vis de Maëlwenn n'étaient pas travaillés, et elle en déduisit que c'était un point positif quant à leur bonne relation.
Contessina prit aussi place dans un fauteuil, proche de son interlocutrice.


" Pour tous vous dire, je suis moi-même apparentée à la famille Adorasti, expliqua-t-elle, omettant toujours de préciser qu'elle était la tante du prince. Je voyage régulièrement de Florence, où je réside, jusqu'à Venise. La cité en cette saison y est particulièrement belle. Mais vous aurez tout le temps qu'il faut pour visiter ses merveilles dans les jours qui vont suivre."

Contessina continua sur le ton de la franche sympathie, sans pour autant lui poser la moindre question. Elle espérait qu'ainsi, Maëlwenn serait plus autrement disposée à lui en dire davantage sur ce qui l'amenait ici, à Venise.
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"Il n'est pas dans l'amitié de peste comparable à l'adulation, la flatterie, la basse complaisance" - Cicéron
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Maëlwenn Sjórk
Invitée Etrangère - Ca'Adorasti



Inscrit le : 19 Mar 2008
Messages : 8

MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Mar 10 Juin - 10:38

[Le Grand Hall]

Docilement, telle une petite fille qui suit une quelconque matrone lui montrant sa nouvelle demeure, Maëlween ne déviait pas du chemin que lui indiquait la comtesse. Le Palais était magnifique. Elle aurait pu rester des heures à étudier ne serait-ce que l’architecture si particulière. Et il y a avait, en plus, les divers objets d’art. Cependant, en bonne jeune femme cultivée, elle ne devait leur accorder qu’un regard admiratif tout au plus. Elle n’était qu’une femme après tout.

Le silence qui accompagnait leurs pas lui allait très bien. Elle savait tenir une conversation bien entendu, qui ne savait pas ? Cependant, elle trouvait cela inutile avec sa nouvelle compagne. Cette dernière était bien trop habituée à ces mondanités pour y céder maintenant. Elle affirmait encore une fois cet orgueil que la Norvégienne avait senti lors de la remarque sur les serviteurs. Mais elle ne pouvait lui en vouloir chacun avait un petit défaut. Peut-être était-elle aussi hautaine ?

La comtesse était quelqu’un qui se contrôlait énormément. Elle se contrôlait toujours en public. Elle ne pouvait pas laisser son naturel prendre le dessus ; tout simplement parce qu’elle était trop gentille. Son éducation lui avait appris à être conciliante, souriante et avenante. Cependant, le monde dans lequel elle avait dû pénétrer suite à son mariage demandait ces trois qualités. Mais il fallait aussi garder sa place, être plus forte que les autres et être mesquine. Il fallait mentir pour exister. Alors pour ne pas être mis au ban, elle devait offrir un autre visage d’elle-même.

Voilà comment notre jeune femme voyait le monde qui l’entourait : une succession de faux-semblants. Elle s’y était adaptée et l’acceptait totalement. Néanmoins, elle gardait l’espoir que possèdent les personnes naïves et un peu trop romantiques ; un espoir un peu déraisonné mais qui permet de vivre un peu mieux.

Enfin, elles arrivèrent dans un petit salon. Elle obéit toujours aussi sagement. Du bout du fauteuil, elle écoutait le discours de Contessina. Elle était donc de la famille Adorasti, ce qui expliquait le fait qu’elle prenne autant d’initiative dans cette maison qui n’était pas vraiment la sienne. Maëlween s’autoriserait la même chose chez celle qu’elle appelait affectueusement Tante Catherine. C’était uniquement une question d’intimité.

Dans tous les cas, son mari avait déjà dû faire la connaissance de la Tante du Prince puisque chaque année, il passait quelques temps à Florence pour les affaires. C’était d’ailleurs grâce à ce dernier qu’elle avait noué des relations purement postales avec cette famille. Et de cette relation était née l’invitation de ce séjour à Venise. Pour se changer les idées.


« Comme vous l’avez sûrement deviné, c’est mon premier voyage en Italie. Je suis originaire de Norvège. »

Elle espérait que son interlocutrice se faisait une idée de cette région annexée par le Danemark. Il était difficile de décrire son pays natal à des étrangers qui ne connaissaient que le soleil de la Méditerranée. Néanmoins, elle faisait de son mieux espérant que ses récits suscitent l’envie de partir pour ces terres glacées.

« Ainsi, j’espère que vous pourrez m’indiquer les lieux à voir et ceux à éviter. »

Elle demandait un peu plus par cette simple phrase. Elle ne connaissait rien de Venise : elle ne savait pas comment s’y comporter. Les coutumes étaient peut-être différentes. De plus, elle ne savait pas quelles personnes étaient fréquentables et celles qui l’étaient moins. Bref, elle se retrouvait perdue dans un nouvel univers dans les codes n’étaient pas les mêmes. Elle avait tout à ré-apprendre.
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"Il ne suffit pas de parler, il faut parler juste" (Shakespeare)
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Lucrezia di Lorio
Baronne - Ca'Adorasti



Inscrit le : 05 Avr 2007
Messages : 40

MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Mer 11 Juin - 15:33

C'étaient les sourcils froncés et la mine boudeuse que Lucrezia avait quitté quelques heures plus tôt le salon du Palais Adorasti, abandonnant d'humeur sombre le cousin d'Elio. Elle y revenait détendue par sa marche au travers des ruelles de Venise en quête d'un peu de repos, la marche rythmée avait quelque chose d'apaisant. Elle avait profité de la clémence du ciel azuré pour flâner le long des allées du Rialto avant de revenir à la Ca'Adorasti.

Alors qu'elle s'apprêtait à regagner ses appartements une vive rumeur qui agitait les domestiques lui parvint aux oreilles, cela faisait mention d’une certaine femme dont l'arrivée n'était pas pour donner du repos à la valetaille. Un sourire enchanté accueillit la nouvelle et la fille du Baron di Lorio s'enquit aussitôt d'aller saluer la nouvelle arrivée au palais. Après avoir interrogé une soubrette elle prit la direction du Grand salon. Cette fois-ci c'était un sourire plein de chaleur qui maquillait ses traits.

Elle ne prit pas la peine de se faire annoncer, elle savait que la Comtesse ne ferait pas cas de son interruption. Lucrezia avait entendu qu'elle était accompagnée, et l'agitation des valets aux étages la poussait à croire que la tante d'Elio n'était pas la seule nouvelle venue en ce jour. Au loin déjà elle surprenait les échos d'une conversation déjà engagée. A en entendre son accent c'était à n'en point douter que l’inconnue était étrangère.

Entrant dans la pièce, les yeux sombres de Lucrezia vinrent embrasser le profile aristocratique de Contessina de' Bardi. Les lèvres se retroussèrent dans un sourire charmé. La compagnie de la comtesse inspirait un grand respect à Lucrezia. L'autre femme à qui elle s'adressait ne lui avait jamais été présentée, elle avait vu juste.
Arrivée à leur hauteur, Lucrezia s'inclina poliment et salua les deux femmes avec déférence, adressant un regard appuyé à chacune. Ce fut à la tante du prince qu'elle s'adressa en premier :


"Comtesse, quel plaisir de vous compter parmi nous ! J'ignorai tout de votre venue ! Sans doute avez-vous appris la nouvelle, n'est-ce pas une belle journée pour venir habiter au palais ? Ainsi vous avez quitté la sage Florence pour venir vous enivrer des vapeurs enfiévrées de la lagune ? "

Sur cette remarque pleine de malice elle se tourna vers l'inconnue. Les yeux de la baronne se plissèrent un instant puis un nouveau sourire éclaira son visage:

" Votre visage ne m'est aucunement familier, je ne crois pas avoir déjà eu l'occasion de vous rencontrer en ces lieues ! Je suis forte aise de constater que le Prince Elio ne néglige pas ses invitées, vous ne pouviez pas trouver meilleur partenaire pour vous introduire au palais que la Comtesse ! Je suis la Baronne di Lorio, dame d'honneur de la Princesse Bianca Adorasti."

Elle continua du même ton jovial, la tête légèrement inclinée sur le côté, l'air vivement intéressé :


" Votre accent également m'est inconnu, puis-je vous demander de quelle province vous êtes originaire ? Pardonnez mon indiscrétion ! J'imagine que Madame..." elle tourna son visage vers celui de la Comtesse : "...est déjà au fait de ces présentations !
Je vous souhaite à toutes deux la bienvenue à Venise ! Puis-je me joindre à vous ? » Son regard croisa celui de l’étrangère : « Cela vous évitera Madame d'avoir à répéter, au moins une fois, toutes ces précieuses informations bien que, je vous en avertis, cela soit l'apanage des nouveaux arrivants dans la Cité..."
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