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 L'Allée Centrale

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Ariela Accorti
Comtesse


Nombre de messages: 57
Date d'inscription: 07/02/2007

MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Mer 15 Aoû - 11:00

[Le Caffe Florian, via la maison d'Ariela Accorti]

Après avoir quitté le caffe et la jeune Visonti, qu'elle comptait bien avoir perturbé assez pour qu'elle puisse servir ses projets -ce en quoi elle se trompait très probablement, d'ailleurs, mais elle ne s'en doutait pas un instant- la comtesse était rentrée chez elle. Un peu de pomponnage soigné, un travail minutieux pour recomposer un visage le plus séduisant et frais possible sans que le maquillage soit plus que soupçonnable, un chignon bas refait et dont elle avait sorti expréssément quelques fines mèches folles, une nouvelle robe plus adaptée à la danse et qui révélait pudiquement le galbe de son épaule gauche et la naissance des seins. Comme à son habitude, elle s'était habillée seule, détestant tout particulièrement qu'une autre puisse faire quelque chose qui ne lui conviendrait pas parfaitement. Les servantes étaient si empotées.

Elle rejoignit le Castello avec une certaine hâte. La soirée pouvait s'avérer des plus intéressantes, même si elle ne savait pas exactement ce qui l'y attendrait. Un beau saltimbanque, peut-être. Une petite idiote dont on pourrait s'amuser. ou un couple de libertins insupportables. Ou quoi d'autre?

Un homme dressé sur un pied, par exemple. Tiens donc, voilà qui était original. Et, diable, la baronne était à ses côtés. Une autre dame venait de se joindre à eux, et Ariela, s'approchant, put entendre la dernière réplique de la jeune Visconti. C'était pour le moins folklorique. Voilà un individu qui ne manquait pas de piment à défaut probablement d'avoir un esprit convenablement agencé. Le trio était en tout cas suffisamment intéressant -car après tout, elle pourrait voir la tête que tirerait la baronne en la croisant de nouveau- pour que la comtesse s'immisçât dans la conversation.


"Il semblerait, ma chère baronne, que votre ami aime la nature. Quel mal y-a-t-il à se jeter passionément dans un bosquet? Cela est certes original, je vous l'accorde, mais point beaucoup plus que de se tenir sur un pied en plein milieu de l'allée centrale des jardins. Il est toujours bon de rencontrer des hommes qui ne se gênent aucunement pour afficher leurs excentricités, c'est rafraîchissant."

Ariela s'était avancée jusqu'au petit groupe, un sourire innocent aux lèvres. Elle s'était rangée près de la jeune femme inconnue, préférant observer surtout la baronne et l'individu amusant.

"Veuillez excuser mon intrusion soudaine dans votre conversation. Je comprends donc que monsieur s'appelle Degli Albizzi. Et je crois, Madame, ne pas avoir l'honneur de connaître votre nom ? Je me présente pour vous deux, Comtesse Ariela Accorti."

Maintenant, attendre, observer. Surtout l'homme bizarre.
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Iago degli Albizzi
Gentilhomme - Ca'Grazziano


Nombre de messages: 270
Date d'inscription: 23/05/2005

MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Mer 15 Aoû - 17:34

Et voilà. Dès qu'il parlait avec Donatella, il y avait quelque chose de bizarre. C'était à la fois rassurant, parce qu'on restait dans des vérités simples et tangibles, et à la fois très angoissant, parce que malgré cela, la conversation était une suite de malentendus à répétition.

Iago n'eut pas le temps de réfléchir plus à la question, parce qu'à ce moment là (horreur !) une autre femme arriva. Puis comble de l'horreur, une seconde apparut.

Il était cerné.
En plus la première arrivante le regardait bizarrement, fixant son oreille. Une femme qui fixe l'oreille d'un homme, cela peut être très dangereux. Surtout qu'elle ne le fixait pas d'un air dégoûté, c'est tout à fat naturel d'être dégoûté par les oreilles, quoi de plus laid que ce petit bout de chair qui dépasse, mais elle avait un air fasciné. Et cela était dangereux, très dangereux.
Pour ne rien arranger, la seconde dame était bizarre et semblait le regarder aussi.

Iago réalisa qu'il avait toujours un pied et l'air, et le reposa dignement. La stupeur dans laquelle le plongeait les conversations avec la jeune baronne avait tendance à lui faire perdre ses moyens et à entraîner des gestes quelque peu inconsidérés. Mais avec deux représentantes de la gente féminine en plus dans la discussion, il était impératif qu'il reprenne ses esprits.

Les explications de Donatella avaient été très justes, celle de la seconde dame beaucoup moins.
Les présentations, Iago les ignora. Il n'y avait rien de plus insupportable que les gens qui passent leur temps à se vautrer dans les présentations.


"En fait, je déteste la nature. Mon envie de me jeter dans les buissons tient bien plus du besoin irrépressible de fuir mes soi-disant semblables que de communier avec la nature.
Et mon comportement n'a rien à voir avec des excentricités, c'est un art de vivre. Je ne vois pas pourquoi je devrais retenir certains gestes sous prétexte qu'ils pourraient surprendre ou choquer le commun des mortels qui nous entoure. Je ne suis pas responsable de l'étroitesse d'esprit des gens qui, malheureusement, respirent le même air que nous."

Tout en parlant, Iago avait continué de regarder cette deuxième femme, et il ne pouvait empêcher la montée d'un sentiment désagréable en lui. Pourquoi arborait-elle un air innocent alors qu'elle parlait comme si elle connaissait tout du monde ? Elle qualifiait son comportement de "rafraîchissant"...
Donatella avait l'air d'une dinde, mais elle parlait aussi comme une dinde. Il y avait un tout honnête. (Là, un petit coin du cerveau de Iago lui disait qu'elle pouvait tout de même être un monstre par derrière tout ça, parce que toutes les femmes ont tendance à être des monstres, mais il préférait ne pas trop s'attarder sur ce genre de considérations pour l'instant.)

La Comtesse Acorti n'était pas pareille. Il y avait une fissure quelque part. Et Iago détestait les gens qui n'étaient pas entiers.
Immanquablement, l'image d'une fouine qui tente de se faire passer pour un charmant petit animal mais égorge les poules dans la joie et la bonne humeur s'imprimait dans son esprit par dessus le visage de la jeune femme.

Il pencha un peu la tête vers Donatella et murmura :


"Vous pensez qu'elle a quel âge, la comtesse ? Vous trouvez pas qu'elle a l'air vieille ?"

Maintenant que son murmure puisse être entendu par les deux autres femmes, il n'en avait aucune idée et s'en fichait assez d'ailleurs.

_________________
Honest Iago...
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Tiberio Adorasti
Cousin du Prince - Ca'Adorasti


Nombre de messages: 53
Date d'inscription: 17/01/2007

MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Jeu 16 Aoû - 2:42

[Ca'Adorasti - Salle de Bal]

Il était plutot beau ce bal. Assez bien agencé, déjà fort peuplé... Le principal problème c'était que, bientot, il allait surement être difficile de s'entendre parler. Mais pour le moment, on pouvait encore discerner les voix et les sons sans trop de peine, et pendant quelques minutes, on pouvait parfois se laisser aller à écouter les conversations d'un groupe voisin.
C'était presque amusant comme occupation. Tiberio et son collègue d'infortune l'avait fait pendant quelques temps. Enfin, surtout Tiberio, qui menait la barque avec entrain, n'arrétant de géner les conversations des autres que pour se ravitailler en vin.
En fait, c'était même véritablement amusant comme occupation. En quelques minutes seulement, le cousin du prince Adorasti avait réussi à faire rougir deux moustachus, un homme à monocle, et même une moustachue. Ce qui pouvait signifier que les personnes présentes à ce bal étaient en très grande majorité extrêmement à cheval sur la politesse, ou que notre Adorasti local était particulièrement en forme. Ou particulièrement ivre. Surement un peu des deux. Beaucoup des deux.

Tellement ivre qu'il ne se rappelait plus tellement comment il était arrivé là. Un peu plus tot, il avait parlé avec sa tante... avait trop bu.. ça il s'en souvenait. Demetrio l'avait ensuite trainé au cabinet de toilettes. Tiberio n'avait pas vomi. Il se sentait bien, et n'éprouvait en aucun cas le besoin de faire disparaitre l'alcool de son système digestif et sanguin. Quand il lui faudrait aller vomir, il le saurait, et se débrouillerait tout seul. Il n'avait pas besoin qu'on lui tienne la main. Il était descendant d'une grande famille, lui. Quelques siècles auparavant on aurait tranché la tête d'un homme s'il avait osé ainsi manquer de respect à un noble.
Mais ça, c'était la Belle Epoque, et ces temps là étaient révolus désormais.
Tiberio soupira, et se sentit soudain las de ce jeu. Ca n'était plus amusant maintenant qu'il avait eu une pensée aussi déprimante. Il préféra se focaliser de nouveau sur comment il avait pu faire le trajet entre la Ca'Adorasti et le Castello. Peut être... en bateau? Surement, oui. Ca devait être ça. Ou alors à pieds.

Mais alors qu'il venait à peine de se lancer dans cette reconstitution de souvenirs fort difficile, le brave noble dut s'interrompre. Un son avait attiré son attention. Quelque part, au fond de son cerveau confit par l'alcool, un neurone encore sobre avait réussi à isoler quelques morceaux de phrases, prononcés par un homme situé à seulement quelques mètres.
Et ces morceaux de phrases avaient de quoi vous réveiller le cerveau. Ce groupe là, Tiberio se devait d'aller y faire un tour. Des discours philosophiques sur la vie, la mort, et le fait qu'on peut se rire de chacune des deux? Prévisions? Avec un peu de chance, on pouvait au moins espérer un rougissement ou un accès de colère dès les premières piques lancées.

"Hahahaha!"
Frappant dans ses mains, le cousin du Prince commença à s'approcher. Dès qu'ils avaient commencé à se retourner dans sa direction, Tiberio avait transformé son rictus de satisfaction pré-satisfactionnelle en un rire guttural.

"Excusez moi, je n'ai pas pu m'empecher d'entendre quelques bribes de votre conversation."
Après avoir ricané encore un peu et étudié le visage des membres de son auditoire du moment, l'espiègle Tibère s'était réhydraté un peu le gosier, finissant son verre.
"Parfaitement... Fascinant."
Avec un grand sourire, il effectua une révérence, avant de se redresser, de poser son verre, et leur annoncer :
"Je me présente : Massimo Scherza, enchanté. Et vous monsieur.. vous devez être le Baron di Banalità, non? J'ai beaucoup entendu parler de vous, c'est un plaisir d'enfin vous rencontrer. Guhuhuhu...
Mais je dois vous avouer quelque chose Baron, vous êtes bien souvent imité par ici. J'ai l'impression que, où que j'aille dans le monde, ce sont vos mots qui s'échappent par la bouche de mes interlocuteurs. Tous, la même rengaine. "Je n'ai peur de rien". "La vie ne me fait pas peur, et la mort, encore moins". "Je ricane quand j'entend votre opinion sur moi, car sur Terre, la seule opinion qui puisse m'importer, c'est la mienne".
C'est d'un lassant... C'est d'un lassant Baron.. Vous ne pouvez l'imaginer. Enfin.. Si, peut être, mais.. vous savez, quand on est celui qui prononce les platitudes, ça n'est pas pareil que d'être celui qui doit les entendre à longueur de journée. Celui qui écoute souffre beaucoup plus. Beauuucoup plus."
Un instant, Tiberio fit silence. Il ferma les yeux une seconde, et laissa exploser tout ses éclats de rire dans un coin vide de son esprit, évitant ainsi qu'ils ne soient projetés dans le visage de ses interlocuteurs.
"Je vous comprend, vous êtes ici, à un Bal, vous n'avez d'ailleurs peut être pas l'habitude, et, le pire dans tout ça, c'est que vous êtes accompagné par trois ravissantes dames. Forcément, tout cela à assimiler en une seule fois, c'est intimidant."
Une fois de plus, il s'accorda un temps de répit afin de contenir, avec difficulté, ses gloussements. Il entreprit aussi de se mettre à marcher, lentement, dessinant au sol un réctangle d'environ 4 mètres par 3.
"Alors vous fanfaronnez, vous vous donnez une image."
Faisant claquer ses talons, le taquin Tibère fit demi tour, et se figea face au fameux Baron, lui adressant un regard des plus sérieux, mais un sourire bien plus révélateur quand au véritable état d'esprit du boute-en-train de sang princier.
"Mais cette image monsieur, elle sonne faux. Les gens préféreront que vous leur parliez sincérement, avec votre coeur (annonça-t-il en plaçant un poing fermé sur ledit coeur), plutot que vous leur ressassiez ces discours si courants.
Et de toute façon, vous pouvez être à peu près certain qu'à part moi, personne n'à écouté votre exposé."

Tiberio Adorasti aimait les bals.
Il les aimait presqu'autant qu'on aime une femme.
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Demetrio Catanei
Musicien


Nombre de messages: 42
Date d'inscription: 18/02/2007

MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Ven 17 Aoû - 1:01

[Ca'Adorasti - La Salle de Bal]

Le sens de l’orientation, comme celui de la conversation, avait toujours fait cruellement défaut à Demetrio, qui n’avait jamais autant regretté de ne pouvoir distinguer le nord du sud et l’est de l’ouest. Ce qui ne devait être qu’un trajet vers les commodités s’était bien vite transformé en chasse aux trésors à travers la Ca’Adorasti et ses corridors tous semblables. Après un détour aux communs et à la bibliothèque, ils s’étaient infiltrés dans la suite d’un hôte inconnu, empruntant temporairement son cabinet pour permettre à Tiberio Adorasti d’expulser son trop-plein d’alcool. La dite expulsion ne survint jamais, en dépit des encouragements du musicien, demeuré près de la porte. Ils revinrent donc sur leurs pas, bredouilles, passant par le grand salon cette fois et de nouveau par les communs, et réussirent à aboutir au grand hall. Jugeant que l’air frais jouerait le même rôle qu’une visite aux lieux d’aisance, le musicien conduisit son compagnon au dehors du palais, maintenant une distance respectable avec lui, de peur de recevoir quelque épanchement gastrique.

Sans doute aurait-il été préférable qu’ils demeurent au sein de la demeure de l’illustre famille Adorasti, puisque le cousin du Prince fut saisi par une nouvelle lubie, possiblement inspirée par les fêtards se rendant au Castello. Le violoniste fut ainsi entraîné, bien contre son gré, jusqu’au bal populaire, le genre de réjouissances qu’il évitait de coutume comme la peste. Seule la perspective d’abandonner le neveu du Prince Andrea complètement gris et qu’on repêche ce dernier, le lendemain, noyé dans le canal l’empêcha de rebrousser chemin et retrouver sa chambre, Calle Bardini.

Le jardin du Castello avait été aménagé pour les festivités, mais Demetrio n’eut pas le loisir d’admirer ces installations très longtemps, car il lui fallut bientôt distribuer des excuses dans le sillage de son nouveau mécène, qui s’immisçait dans chaque conversation sans faire grand cas des règles de politesse. Gagné par le découragement après avoir essuyé plusieurs invectives, d’abord destinées à son compère, il finit par accepter le verre qu’on lui tendait, espérant que le vin saurait lui insuffler quelque courage. Le premier verre fut suivi d’un second, succédé par un troisième et un quatrième et un cinquième...

N’étant pas doté d’une constitution particulièrement résistante à l’alcool, le jeune homme fut rapidement envahi par une bienheureuse ivresse, se sentant prêt à affronter Père en combat singulier. En vérité, il se sentait si puissant, si redoutable et terrible qu’il aurait pu se mesurer à quiconque viendrait lui chercher noise. Même sa taille ne lui paraissait plus comme un défaut, mais bien un avantage dont il pourrait tirer profit. Son point de vue sur le monde n’était-il pas imprenable? Il s’élevait au-dessus de la mêlée, la surplombait, la dominait. Mmh, oui, la dominait. Comme Père. Mieux que Père.

Tout ragaillardi, il rejoignit en titubant l’homme sur qu’il veillait, le sol dansant sous ses pieds, et dut s’appuyer contre son épaule pour ne pas s’affaler tout à fait.

« Parfaitement... Fascinant.… monsieur.. vous devez être le Baron di… où que j'aille dans le monde, ce sont vos mots… me fait pas peur, et la mort, encore moins… C'est d'un lassant Baron… souffre beaucoup plus. Beauuucoup plus… vous êtes accompagné par trois ravissantes dames… vous vous donnez une image… Les gens préféreront que vous leur parliez sincérement, avec votre cœur… »

Les propos échangés ne parvenaient à ses oreilles que par bribes, formant un tout à peu près cohérent. Une partie de son esprit était occupée à percevoir toutes ces sensations divinement exacerbées… ou bien étaient-elles déformées? Les couleurs, les bruits, la consistance même de l’épaule de l’orateur, tout lui semblait merveilleusement différent, à la fois placé à distance et incroyablement proche. Ainsi donc, dans la condition où il se trouvait, tout ce qu’il pouvait retenir de l’homélie philosophique, c’était que le baron – encore lui, comme il pouvait détester le baron – se montrait encore de cette hauteur insupportable et que – outrage suprême – il paraissait encore au bras d’autres femmes, sans se soucier – pourquoi l’aurait-il fait? – de ce que pouvait bien ressentir son entourage.

Mais Tiberio Adorasti, son protecteur, son mécène, son héros, osait se dresser au devant de l’infâme et le pousser au bas de son piédestal, chose que Demetrio n’avait jamais osé jusqu’alors. Cet acte lui parut d’une telle bravoure qu’il brisa le silence interloqué qui avait suivi l’allocution du cousin Adorasti en applaudissant à tout rompre. Il releva un regard chargé de défi sur leur petite assemblée, dénotant péniblement qu’il était en présence de la Comtesse Accorti, la Baronne Visconti et une troisième dame à qu'il n'avait pas songé s'introduire, et se redressa du mieux qu’il le put pour imiter l’audace de son compagnon. Il était d’humeur à s’opposer à la Terre entière et ce, avec le plus grand naturel, car n’allait-il pas de soi qu’il appuie publiquement son cher camarade, son frère d’armes?

« Monsieur a farpaitement raison et j’ajouterais même que vous êtes un… un lâche, baron, que de vous dissimuler ainsi derrière ce masque de supériorité… ce masque ridicule qui n’est rien d’autre qu’une preuve de votre vanité… mais sachez que vous ne vous pourrez échapper éternellement à v… votre châtiment, et que les cœurs vides et égoïstes comme le vôtre seront pu… punis, comme il se doit, par des gens de… des gens justes et droits, comme Monsieur ci-présent, et… et… je jure devant Dieu de défendre l’honneur de Monsieur, Monsieur mon ami, si vous… vos osez vous en prendre à lui! »
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Brunilde Gurrieri
Comtesse - Ca'Adorasti


Nombre de messages: 53
Date d'inscription: 30/05/2007

MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Dim 19 Aoû - 22:07

Le singulier personnage reposa son second pied à terre et Brunilde cligna des yeux au même instant. Elle en profita pour accorder son attention à la première jeune femme, celle qui lui avait expliqué le numéro d'équilibriste de monsieur degli Albizzi, tel qu'elle l'avait appelé. La comtesse ne releva pas tout de suite l'arrivée de la troisième femme, remerciant d'abord vaguement celle qui l'avait éclairée, pour ensuite maudire les robes encombrantes mentionnées. Il lui arrivait souvent de pester contre celles-ci, sans pour autant refuser de les porter, permettant l'accomplissement d'épisodes épiques tels que la montée/descente en barque, ou encore les pas de danse compliqués lors des bals comme celui-ci. Bah... "Le ridicule ne tue pas", comme qui dirait.
Légèrement léthargique, elle ne put vraiment se focaliser sur les paroles de la nouvelle arrivante, et ce ne fut que lorsque celle-ci s'arrêta auprès d'elle que la comtesse Gurrieri daigna noter sa présence. Elle aurait mis un certain temps.


« Euh... »

Un sourire, il fallait maintenant faire l'honneur à cette dame de connaître son nom, pour ainsi reprendre ses mots :

« Comtesse Brunilde Gurrieri, enchantée. »

Puis elle fronça les sourcils, pensant que se perdre dans de stupides pensées ne la réussirait pas lors d'un tel événement. Mais... Cela ne semblait pas être une tâche facile, lorsque l'on s'entourait d'une personne qui parlait de se jeter dans un buisson pour fuir ses semblables. Une mesure désespérée, sans doute. Il continua. Brunilde se sentit alors bien plus intéressée, même si ce second flot de paroles lui déchira les oreilles. Il prétendait se moquer de ce que son comportement pouvait susciter chez autrui, charmant, mais généralement faux. Pourtant, tout portait à croire qu'il disait vrai, et même si elle arborait une mine incrédule en l'observant, elle souriait intérieurement. Un art de vivre. Brunilde ne pouvait pas en dire autant d'elle. Longtemps elle avait entreprit de choquer son entourage par une attitude déplacée, son mari, à plusieurs reprises l'avait vivement rabrouée. Longtemps, oui, si bien qu'elle s'était imprégnée de ces mauvaises manières au point d'avoir du mal à s'en débarrasser aujourd'hui. Encore fallait-il le vouloir.

Finalement, la comtesse toussa faiblement, elle crispa nerveusement ses doigts emmêlés à l'intérieur de son manchon et se mordit la lèvre inférieure. Elle venait d'entendre la dernière remarque de Iago et déduit, à la direction de son regard, que celle-ci était adressée non pas à elle, mais à la comtesse Accorti. Elle se mordit plus fort. Pourquoi ? Parce que si l'intéressée avait également entendu, il serait fort irrespectueux de se tourner vers elle et de la dévisager pour vérifier les dires de monsieur degli Albizzi. Et pourtant, Dieu seul savait combien Brunilde en avait envie ! Soit, la jeune femme ne tint plus, elle se tourna vers Ariela, un peu trop brusquement peut-être et rougit violemment en constatant qu'elle avait tout sauf la figure d'une vieille.


*Ah ! Je le savais qu'il racontait des bêtises !*

Brunilde bafouilla, elle ne savait plus où se mettre, ni où regarder, tant que cela ne se passait pas sur le visage de la dame Accorti. Mais elle ne put s'en soucier davantage qu'elle sursautait à l'arrivée d'un autre monsieur. Il avait frappé dans ses mains, le geste s'accompagnant d'un puissant rire et d'une forte odeur d'alcool. La comtesse se raffermit, d'autant plus qu'un autre se joignait au groupe. Il semblait d'ailleurs tout aussi ivre que son compère et tint, toujours à l'image de ce dernier, un discours très étrange.
Souriante, Brunilde se tourna vers Donatella et lui fit doucement remarquer :


« Là, madame. Vous disiez qu'il était plus facile pour un homme de garder l'équilibre, mais compte tenu de leur état, je ne donne pas cher de l'équilibre de ces deux-là. »

Amusée, elle profita en silence de la pièce de théâtre qui s'offrait à elle, ne semblant plus s'inquiéter de sa bourde envers la comtesse Accorti.


Dernière édition par le Lun 3 Sep - 19:20, édité 1 fois
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Donatella Visconti
Baronne - Ca'Grazziano


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Date d'inscription: 19/02/2007

MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Mer 22 Aoû - 15:24

Lorsqu'une nouvelle voix féminine s'immisça dans la conversation, Donatella se tourna vers la nouvelle arrivante. A la vue de la comtesse Accorti, la jeune baronne ouvrit la bouche, puis la referma avant de se renfrogner. Le souvenir du baiser volé était encore bien trop frais dans sa mémoire pour que la rancune se soit dissipée. De plus Ariela s'adressait directement à elle et Donatella crut lui voir un air amusé lorsqu'elle l'appela "ma chère baronne".

"Question excentricité, ma chère comtesse, il me semble que vous ne laissez pas votre part non plus." répliqua-t-elle en lui lançant un regard noir.

Puis se rendant compte que les autres personnes dans la conversation pouvaient lui demander des précisions sur ses dires et qu'il serait alors très gênant de le leur expliquer, Donatella se renfrogna un peu plus et ses jours prirent une teinte cramoisie.

Heureusement Iago prit la parole et expliqua lui-même son geste... explication qui fut tout à fait étrange tout de même.


"Mais alors, si vous détestez la nature autant que les gens... pourquoi ne pas vous jeter sur les gens pour fuir la nature et éviter les buissons ?" demanda-t-elle avec simple curiosité.

"...pourquoi je devrais retenir certains gestes sous prétexte qu'ils pourraient surprendre ou choquer..."

A cette phrase, la jeune baronne lança de nouveau un regard vers Ariela et murmura pour elle-même.

"Et bien vous devriez vous entendre avec la comtesse alors..."

Donatella fut tirée de sa réflexion justement par Iago qui lui posait une question sur la comtesse. La jeune fille haussa les épaules en dévisageant Ariela pour essayer de répondre correctement à la question posée, contrairement à Brunilde qui hésitait à tourner son regard vers la jeune femme.

"Oh plus que moi ça c'est sûr.. je dirai entre 25 et 30 peut-être...." proposa-t-elle sans se rendre compte que leur échange était très impoli.

Les considérations sur l'âge de la comtesse furent coupées par l'arrivée d'un homme complètement saoul. Il titubait, riait fort et faisait peur à voir. Donatella recula un peu, de façon à se mettre à l’abri entre Degli Albizzi et sa gouvernante. Heureusement, elle ne connaissait pas ce Massimo Scherza.

La jeune baronne se mit alors sur la pointe des pieds pour pouvoir murmurer à l'oreille de Iago une banalité qu'il avait très certainement, comme tout le monde, également constatée.


"Il est tellement saoul qu'il vous prend pour quelqu'un d'autre..."

Mais c'était sans compter l'arrivée d'encore une nouvelle personne. Mais cette fois-ci, cette personne n'était pas inconnue de Donatella.

"Monsieur Catanei !" s'exclama-t-elle, toute surprise de le voir dans le même état que l'autre homme.

Si voir un inconnu ivre lui était (presque) égal, cela lui semblait nettement plus étrange lorsqu'elle connaissait la personne et qu'en plus elle savait cette personne timide et réservé dans son état normal.

Bien que la situation soit gênante et peu agréable compte tenu que leur groupe était formé d'un homme étrange, d'une comtesse qui aimait les femmes, d'une autre comtesse qui ne parlait pas beaucoup et de deux hommes ivres, Donatella sentit une grosse envie de rire devant la remarque de Brunilde concernant l'équilibre. Voulant retenir son rire, elle pinça les lèvres en souriant, ce qui fit au total bien plus de bruit quand son rire voulut malgré tout franchir ses lèvres.


(Tour de post sur ce sujet : Donatella, Ariela, Iago, Tiberio, Demetrio, Brunilde)
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Ariela Accorti
Comtesse


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Date d'inscription: 07/02/2007

MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Mer 22 Aoû - 23:27

Ha. La baronne n’était pas encore mûre, visiblement. C’avait peut-être été une erreur de réapparaître si tôt, mais la curiosité que le sieur Degli Albizzi avait éveillé en elle l’avait un peu précipitée. Peu importait. La Visconti était un être malléable, et rien n’était perdu. Ariela cilla légèrement façe au regard noir de sa cadette, mais répondit d’un ton doux, très légèrement peiné. En réalité, elle était plutôt surprise qu’elle ait le cran, ou plutôt la stupidité, de l’attaquer ainsi de front sur un sujet plutôt litigieux, car bien sûr Ariela n’ignorait pas le sens des paroles qui venaient de lui être adressées.

« Vous dites juste, mademoiselle Visconti, mais en quoi cela me contredit-il ? Voulez-vous que je reformule la pensée qui vous a choquée ? Je l’ai dit, et je le réaffirme, j’apprécie plus aisément ce qui n’entre pas forcément dans le carcan du parfait courtisan. Les artistes, les jeunes innocentes au cœur pur, les excentriques. Y-at-il là de quoi se piquer ? »

Iago répondit à elles deux, sans préambules. Qu’importe. Son discours était amusant. Ce genre de personnes imbues d’elles-mêmes et forcément susceptibles, un peu sottes mais pas dénuées d’esprit. Celui-là faisait un peu bouffon, c’était tant mieux. Oui, il lui plaisait bien. Holà, pas physiquement, loin de là, même s’il n’était pas laid. Mais un esprit un peu tordu était toujours le bienvenu. Du moment qu’il ne s’agissait pas de créatures aussi néfastes et décadentes que Scaligieri.

« Mais un art de vivre, cher monsieur, s’il n’est pas celui du vénitien classique, votre soi-disant semblable, n’est-il pas déjà une excentricité ? La Sérénissime a ceci de pervers que sous couvert du masque, tout homme peut laisser parler ses penchants fantaisistes, ses vraies idées de l’art de vivre sans retenue, dans l’excès. Dès qu’il retourne parmi les siens, il se croit obligé de leur ressembler trait pour trait. Pour eux tous, un autre comportement n’est qu’excentricité. J’utilise le même terme, en effet, mais pour moi, il n’a rien de péjoratif. Choquez donc, ce n’est pas moi qui viendrais vous faire des reproches. »

A peine eut elle prononcé ces mots que Iago et Donatella les lui firent regretter. Ah, la… La saleté. Vingt cinq, trente ans. Non mais, et puis quoi encore ? La barbe de grand-mère, le pied bot, le dos voûté, les seins flasques, le cul mou ? Garce. Ariela avait beau se moquer des gens susceptibles, elle n’était pas mieux qu’eux, et se révélait particulièrement sensible aux remarques sur son physique. Bien évidemment, contrairement aux autres, elle, était dans son bon droit.

Bien sûr, avec tant de gens autour, l’idée persistante de se servir de Donatella, l’intérêt pour l’étrange bonhomme auquel elle pardonnait plus aisément d’avoir posé la question qu’à la baronne d’y avoir répondu aussi bassement, et ce qu’elle venait de dire, il n’était pas question de faire de l’éclat. S’adressant à la baronne en soutenant son regard sans pudeur, elle répliqua d’un ton sourd, ne pouvant empêcher ses yeux de laisser voir une petite de colère -mais relativement peu comparé à l’envie de punir cette gourdasse qui couvait en elle.


« Vous pourriez m’offenser, mademoiselle Visconti. Mais j’aime bien que l’on me prête plus de maturité que ce que mon âge induit. Je vous pardonne donc. »

Le sourire qui conclut la tirade fut plus sincère. Le bouillonnement se calmait. Après tout, Donatella n’était qu’une petite sotte, il n’y avait rien d’étonnant à ce qu’un esprit bien plus développé que le sien lui fasse l’effet d’une grande expérience de la vie. Mais il n’y avait pas besoin d’être très âgée pour avoir plus vécu qu’une petite fille éternelle coincée dans les jupes de maman. Son premier amant l’avait transformée en femme bien plus tôt qu’il n’était de mise.

Mais voilà que survenait un hurluberlu, à priori passablement ivre. Qui s’imposa dans la discution sans gêne aucune, s’en prenant directement à Iago. Le trublion se fendit d’une tirade particulièrement savoureuse et passablement juste. Cependant, il se trompait sur un point. Ariela pensait qu’Iago parlait avec son cœur. Même si c’était un stéréotype de comportement, comme l’en accusait cet étrange personnage, Delgi Albizzi devait en être intimement persuadé et sincère. Du moins, c’était ce qu’il lui semblait. Et puis, le « ravissantes dames » faisait tout de même plaisir, après ce qu’elle avait entendu.

Et puis, un deuxième monsieur ivre. Et là, c’était l’effarement. Ariela se trouva aussi surprise que Donatella. Elle connaissait assez bien Demetrio pour savoir qu’il n’était pas très porté sur l’alcool. Et voilà qu’il jouait aux héros, lui, le frêle musicien, le timide, le fragile. Ce n’était pas très beau à voir. Et très ennuyeux. C’était à dire que Demetrio faisait partie des personnes qui méritaient un peu de respect, en temps normal. Et que, tant qu’à faire, elle préférait qu’il ne se ridiculise pas trop ce soir. Elle s’adressa à l’autre individu, qui avait l’air moins complètement flambé à l’alcool :


« Monsieur… Scherza. Votre petit discours fut des plus charmants, là n’est pas la question. Mais trouvez normal d’inciter ainsi à la débauche de pauvres jeunes hommes qui ne tiennent pas l’alcool comme vous-même ? Regardez donc l’état de ce pauvre monsieur Catanei. Vous devriez faire plus attention à vos compagnons. »

Elle s’approcha plus près du musicien et lui posa une main sur l’épaule.

« Nous parlions de liberté de mœurs. Mais il vaut mieux ne pas être éméché, et savoir ce que l’on dit. Vous feriez peut-être mieux d’aller vous reposer, monsieur Catanei. »
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Iago degli Albizzi
Gentilhomme - Ca'Grazziano


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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Dim 26 Aoû - 11:44

Ce qu’il y avait de très agaçant avec les discours de Donatella, c’est qu’ils étaient idiots mais logiques. "Mais alors, si vous détestez la nature autant que les gens... pourquoi ne pas vous jeter sur les gens pour fuir la nature et éviter les buissons ?" avait-elle demandé. Et en effet, pourquoi ? Bien sûr que c’était stupide comme remarque, mais c’était logique. Terriblement logique. Iago était régulièrement plongé dans une grande perplexité lorsqu’il écoutait la jeune femme parler.

Cela explique peut-être le fait qu’il ne prêta pas tout de suite attention aux deux ivrognes qui s’étaient mis à tourner autour d’eux, ni ne comprit immédiatement qu’ils s’adressaient à lui. Il ne le réalisa que lorsque Donatella (qui s’était à moitié cachée derrière lui) lui fit gentiment remarquer que l’homme visiblement, le prenait pour un autre.


"Oui, tellement saoul qu’il oublie que je l’ai vu cette après-midi même et tellement saoul qu’il se prend lui-même pour quelqu’un d’autre…"

Et visiblement, tellement saoul qu’il ne comprenait pas grand chose à ce qui se racontait étant donné qu’il était passé avec une aisance déconcertante de "Je déteste la nature" à "La vie ne me fait pas peur, et la mort, encore moins". Ce qui était étrange parce que si on avait posé la question à Iago il aurait répondu que la vie lui fichait une peur abjecte et que la mort lui paraissait tout à fait horrible.

Une haleine chargée de vapeurs alcoolisées ainsi qu’un visage relativement désagréable à voir arrêtèrent ses tentatives de raccords logiques. Il en était à se demander comment expliquer à Tiberio Adorasti que lui-même ne semblait pas avoir écouter ses paroles, et que cela n’avait aucune importance parce qu’il n’y avait pas grand intérêt à ce que les autres entendent ce qu’il racontait, lorsque le second ivrogne se mit à renchérir.

Les paroles de Catanei furent instigatrices, chez Iago, d’un grand éclat de rire.
Un rire, mais un rire âpre et violent, joyeux et désagréable.


"Vraiment ? Tiberio Adorasti, un homme "juste et droit" ? Monsieur, vous risquez de perdre rapidement la crédibilité que vous avez si vous vous amusez à proférer régulièrement ce genre de paroles inconsidérées…
Non, vraiment. Faites attention, il n’est pas très intelligent de parler de lâcheté à se cacher derrière un masque quand la personne que vous cherchez à défendre juste après se présente elle-même sous un pseudonyme absurde. D’autant que, si j’en crois l’étonnement de ces dames qui semblent vous connaître, vous empruntez vous-même le masque de l’ivrognerie pour proférer tout haut ce qu’une lâcheté bien légitime vous empêcherait de dire dans un état plus sobre. La cohérence est un point extrêmement important d’un argumentaire, savez-vous ?

Quant à vos critiques, messieurs, je les note. Après tout, si la vérité sort de la bouche des enfants, pourquoi ne sortirait-elle pas également de celles d’ivrognes ayant visiblement perdu dans les vapeurs bachiques le maigre éclat d’intelligence qu’ils pouvaient posséder ?"

La bonne humeur tranchante qui semblait l’animer se chargea subitement d’une tonalité sourde et râpeuse alors que sa voix se faisait plus basse et amère pour continuer, sans s’interrompre, toujours nerveuse et sèche.

"D’autant que je sais que si l’humanité est pourrie, je n’en suis pas moins un spécimen. Lucide, c’est là la différence, l’immense différence, mais pas moins détritus débile."

Son regard, qui s’était troublé comme une mare vaseuse dans laquelle on donne des coups de bâton, reprit immédiatement sa pointe acérée et jubilante, sa bouche toujours tordue dans une sorte de sourire ironique.

"Donc je ne nie pas que mes paroles peuvent se laisser aller à une facilité verbale vaine.
Mais je dois de vous dire, franchement, par honnêteté, et parce que vous avez eu celle de me dire ce que vous pensiez de mes propos, qu’il y a sans doute peu de choses plus pathétiques que le comportement des donneurs de leçons incapables de récolter les fruits de leur propre enseignement.

Et je vous précise, au cas où les traîtres limbes de l’alcool ne vous auraient pas permis de comprendre ce que je vous dis, qu’il s’agit là de votre comportement à vous."

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Tiberio Adorasti
Cousin du Prince - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Mar 28 Aoû - 21:26

"Guhuhuhu!"
Avait été le seul bruit prononcé par le lanceur de cette joute verbale savoureuse pendant la tirade de son acolyte musicien. Au fond de lui, Tiberio avait hésité à faire plus.
Il avait d'abord voulu rire, et s'était senti pris d'un profond sentiment de sympathie envers son camarade de jeu, voyant l'état dans lequel il était. Non seulement le pauvre Demetrio était plus ivre qu'un tavernier irlandais, mais il avait en plus participé avec véhémence au combat.
D'un coté, il voulait se moquer, lui expliquer avec amusement et condescendance les prochaines choses qu'il allait ressentir, et ce qu'il lui faudrait faire au cas où son estomac viendrait à lacher, mais cela aurait cruellement nuit à leur prestation.
Alors il avait fait du mieux qu'il avait pu, ne laissant sortir qu'un seul et unique gloussement.

Puis les femmes avaient parlé, et avaient reconnu le musicien.
Malgré une série d'efforts herculéens, le cousin du Prince ne put se retenir lorsque ce fut la Comtesse qui entreprit le numéro de la condescendance.


"Ha ha ha ha! Voyons, ma chère Dame, ne vous inquiétez pas outre mesure pour lui. N'oubliez pas que c'est en forgeant qu'on devient forgeron, hmm hmm.
Il ne verra peut être pas la fin du Bal, mais ce n'est pas une raison pour le priver du reste de la soirée. Nous sommes tous ici pour nous amuser, chacun à notre manière, ha ha ha!"
Le sourire de Tiberio s'effaça cependant bien vite, remplacé par un rictus dévoilant des dents serrées à l'extrême. Il laissa à son opposant du moment, sans aucun doute le plus doué depuis le début du jeu, le temps de déclamer toute sa tirade, avant de se tourner de nouveau vers la Comtesse, et de lui lancer :
"Vous voyez? De toute manière, nous ne parlons plus de liberté de moeurs. Ce n'est pas ce soir que nous apprendrons les secrets de ce cher musicien.

Quant à vous..."

Maintenant arrivait le meilleur moment. Celui ou il allait pousser l'arrogant d'en face dans la tombe qu'il s'était précédemment lui même creusée.
"Sachez que je suis loin d'être ivre à l'heure qu'il est. Sachez aussi que ce nom dont j'ai usé n'était en aucun cas un camouflage, mais plutot un trait d'esprit, désolé que vous ne l'ayez pas compris cependant."
La tension montait, Tiberio, qui savait qu'il était loin d'être ivre à cette heure ci, bien entendu, commençait à sentir ses nerfs s'activer. Maintenant, il comprenait toute l'ampleur des mots de son adversaire, et se sentait véritablement outré.
Il allait surement faire passer le jeu à une vitesse supérieure, mais ce n'était pas de bon coeur, on l'y avait forcé.

"Sachez aussi que si je vous ai appelé "Baron di Banalità", c'était d'abord pour vous ridiculiser, certes, mais aussi parce que je n'ai pas retenu votre nom lors de notre déplaisante et première rencontre.
Si nous avions eu le temps de parler un peu plus, sans doute l'aurais je retenu. Maintenant que je vous découvre dans toute votre splendeur, je dois avouer que vous dépassez largement ce que j'avais imaginé cet après midi.
Vous faites preuve d'une suffisance... irritante, pour quelqu'un qui n'est pourtant visiblement rien de plus qu'un petit homme anxieux en quête de... je ne sais quoi... seulement d'un peu d'attention surement.
Vous vous qualifiez vous même de détritus débile, et je dois admettre que j'ai l'impression que les termes sont bien choisis."

Tiberio jeta un bref coup d'oeil au musicien, et lui adressa un regard dur, alors qu'un sourire lui traversait le visage de part en part.
Se retournant vers Iago, il tira un coup sur chacun de ses gants blancs, les ajustant parfaitement à ses doigts.

"Détritus et débile à la fois.
Détritus parce que vous êtes aussi répugnant, et débile parce que vous vous ne savez pas distinguer les limites qu'on peut dépasser de temps en temps de celles dont il ne faut même pas s'approcher."

De nouveau, il se retourna.
"Bien.
Demetrio, je crois que nous avons trouvé un beau parleur. Tachons de continuer cette conversation avec un simple parleur, vous voulez bien?"
Et lorsque Tiberio se retourna cette fois ci, son poing s'envola en direction d'un nez un peu anguleux dont les courbes allaient peut être être soudainement adoucies.
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Demetrio Catanei
Musicien


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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Mer 29 Aoû - 2:20

Les violons - et non le violon car ils semblaient s’être multipliés à l’intérieur du crâne de Demetrio - étaient joyeusement discordants, comme si chacun d’eux s’était lancé dans l’interprétation d’une pièce différente. Son crâne s’emplissait d’un bienheureux chaos semblable à celui d’un orchestre en train de s’accorder avant un concert ou un canon étrange qu’un musicien anarchiste aurait déréglé, en commençant à la mauvaise mesure. Cette symphonie dissonante grandissait en lui, l’éloignant de plus en plus de sa réalité immédiate pour l’absorber dans un songe éveillé aux possibilités mille fois plus vastes. Son seul point d’ancrage sur Terre était ses deux pieds et encore, ceux-ci pourraient le trahir à chaque instant, tant il semblait que le sol tanguait sous lui.

Des sonorités qu’il n’avait jamais pu imaginer auparavant se présentaient soudainement à lui, ses pensées s’entrechoquant dans son esprit, trop rapides ou trop floues pour être identifiées ou, au contraire, si lentes qu’elles se perdaient en cours de route dans les méandres de sa psyché. Tout à coup, des solutions à ses angoisses les plus profondes lui sautaient aux yeux et il s’étonnait de ne pas avoir réfléchi plus tôt à une façon aussi aisée de les régler. Dans ce nouveau monde merveilleusement abstrait, tout était d’une simplicité enfantine, chaque élément s’emboîtait logiquement, occupait une place définie, s’inscrivait parfaitement dans l’ordre des choses… et tout ça, grâce à lui, chef d’orchestre génial de l’ensemble universel.

Préoccupé par ses réformes et ses travaux de reconstruction, il ne prêta pas réellement attention au drame se profilant à l’horizon. Il adressa un hochement de tête à la comtesse Gurrieri et un petit salut de la main à la baronne Visconti, sourit béatement à la comtesse Accorti, ne cherchant ni à se soustraire, ni à réclamer plus de ses délicatesses et dévisagea le baron di Banalita sans vraiment le voir.

Il fallut que Tiberio Adorasti se retourne vers lui et lui lance un regard de connivence, accompagné d’un sourire tout aussi entendu, pour que Demetrio reprenne conscience de ce qui l’entourait. Avant cette prise de conscience, toutefois, il s’arrêta sur ce regard et ce sourire dont il avait été si rarement gratifié. Un instant, il y avait eu – du moins, lui avait-il semblé – une complicité entre le cousin du Prince et lui. On l’avait inclus dans le jeu, inconsciemment ou pas, on lui avait tendu la main et ce fut en toute confiance qu’il la saisit, acceptant d’être pris à témoin du prochain acte d’éclat de son compagnon et s’engageant même à y participer.

Le bal, les rires, les lumières, le vin, le bruit, la danse, les beaux atours, les petites gens, les chapiteaux, le mouvement, la foule… Le monde, mis en sourdine pour l’espace de quelques instants, le frappa de plein fouet, en même temps que le poing de Tiberio contre le nez du pseudo-baron. Un peu déstabilisé après avoir aspiré cet ensemble de perceptions et de sensations d’un coup, il recula d’un pas, une expression de stupeur se peignant sur ses traits. Puis, il s’abandonna au sourire qu’il sentait poindre à la commissure de ses lèvres fines, un rictus qui paraissait à la fois familier et étranger à son visage mince.

S’avançant à son tour, il décocha un coup de poing à la mâchoire de leur opposant commun. L’impact de ses jointures contre l’os lui parut délicieusement concret, incroyablement libérateur et il voulut recommencer sur le champ. Cependant, il crut bon de faire part de ce sentiment à l’homme qui lui avait permis de s’émanciper et, lui adressant un sourire éclatant, il lança d’un ton enjoué :


« Le moins qu’on puisse dire est que vous sachez asséner vos arguments-chocs avec justesse, Monsieur. »

Se remémorant, possiblement avec un temps de retard, qu’ils se trouvaient en présence de dames, il écarta ses bras en signe d’impuissance et s’inclina non sans maladresse :

« Mesdames, toutes mes excuses pour ce léger désagrément, mais certaines affaires se doivent d’être disposées entre hommes et par des hommes. »

À ces mots, qui lui rappelèrent l’épisode de la salle de bal et les déambulations interminables dans les couloirs de la Ca’Adorasti, il éclata d’un rire incontrôlable, qui ne prit fin qu’au moment où l’alcool qu’il avait ingurgité rebroussa chemin et fit son ascension dans son oesophage pour, heureusement, y revenir à une vitesse aussi fulgurante.
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Brunilde Gurrieri
Comtesse - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Mar 4 Sep - 20:49

(Désolée du retard :s)

Brunilde avait noué dans son dos ses mains aux doigts toujours aussi agités. Un sourire pointait encore sur ses lèvres, pourtant, ne se retrouvait dans ce sourire non plus de l'amusement, mais de l'anxiété ; tous ces mots, envoyés avec plus ou moins de véhémence, ne présageaient rien de bon, cela était certain. Naturellement, ne connaissant personne sur les lieux, contrairement aux deux autres dames qui semblaient plus que surprises de l'état de ce « Catanei », elle évitait à présent d'accorder toute crédibilité à ce qu'elle entendait (et à ce qu'elle voyait, pour sûr).
Intuition féminine, peut-être, mais la comtesse recula d'un pas lorsque Tiberio réajusta ses gants, ce dernier envoyant à la figure de Iago des propos d'une acerbité croissante. Et pas seulement. Le poing s'en mêla à son tour, arrachant à Brunilde un petit cri, ainsi qu'aux femmes des groupes alentours, tout juste attirés par la joute verbale devenue bataille à mains nues. Qu'allaient faire les hommes ? Ne pas se joindre à ces stupidités, elle l'espérait. Mais c'était sans compter la seconde intervention de Demetrio, qui ne trouva rien de mieux à faire que d'imiter son complice.


« Mais... Mais enfin... »

*Seigneur, c'est d'un vulgaire...*

La comtesse se passa une main sur le visage et la fit arrêter sur sa bouche, elle manqua de rire lorsque le musicien présenta ses excuses.

« Vous plaisantez ?, du moins riait-il, vous n'êtes apparemment pas un homme du genre à pouvoir contenir un grand taux d'alcool dans le sang, il suffit de vous regarder... Oserais-je cependant remarquer qu'à défaut de proférer d'intelligentes paroles, vous pourriez au moins veiller à ne pas choisir d'interlocuteurs bien plus lucides que vous, ceci afin de préserver un tant soit peu de votre dignité. »

Bien qu'elle ne connaissait nullement Demetrio, et bien que ce dernier n'était pas celui qui menait la danse à proprement parler, mais son camarade. Il devait être beaucoup trop ivre ‒ bien plus que ne l'avait imaginé Brunilde ‒ pour se rendre compte de quoi que ce soit. Enfin, elle accordait sa confiance à la comtesse Accorti et à la baronne Visconti, cet homme ne devait pas être mauvais, aussi serait-il fort regrettable que l'image d'un ivrogne le poursuive à compter de cette soirée.

Finalement, la comtesse fronça les sourcils et lâcha :


« Il y a un blessé, nous allons avoir besoin d'un médecin... »

Elle avait certes espéré de cette soirée un bon divertissement, mais le spectacle d'un homme seul contre deux ne lui avait jamais procuré le moindre plaisir. Ainsi pria-t-elle intérieurement : il ne fallait pas que cela dégénère davantage. Légèrement agacée, elle fourra de nouveau ses mains à l'intérieur de son manchon, songeant à rester quelques instants encore avant de débarrasser les lieux de sa présence.
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Donatella Visconti
Baronne - Ca'Grazziano


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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Dim 9 Sep - 17:10

Quand Ariela tenta de se disculper face à ce qu'elle lui avait dit, Donatella se renfrogna et répliqua, l'air boudeur et les joues gonflées.

"Je n'ai que faire que de ce que vous appréciez en particulier." commença-t-elle.

"Et cela m'est bien égal que vous aimiez les femmes également, du moment que vous ne m'approchez plus et surtout que vous ne me touchez plus comme vous l'avez fait au caffé, sans ma permission ! Est-ce clair ?" finit-elle les yeux plissés pour se donner un regard féroce qui ne devait sembler féroce qu'à elle.

Son attention retourna sur les deux perosnnes ivres quand Iago se mit à rire en répondant au premier homme. Elle ne comprit pas vraiment pourquoi il parlait de Tiberio Adorasti alors qu'il s'appelait Massimo Scherza. Le gentilhomme aussi avait-il bu ? A vrai dire, la conversation devenait bien trop embrouillée pour elle et la baronne n'arrivait plus à suivre.

Les hommes répliquaient entre eux et l'ambiance devenait de plus en plus lourde et tendue. De ce fait, Donatella se sentait de plus en plus mal agitait nerveusement son éventail et cherchait des yeux sa gouvernante comme une bouée de secours ou un bol d'air.

Quant au musicien qui lui avait semblé très sympathique, elle se dit que sa décision de travailler un peu la musique avec lui était une mauvaise idée à moins que celui-ci ne s'excuse une fois redevenu sobre. Mais c'était sans compter ce qui se passa par la suite.

Le premier homme, qui s'appelait Massimo ou Tiberio, elle ne savait plus, envoya violemment son poing sur le nez de ce pauvre Iago, très vite suivi par Demetrio qui en fit de même. Donatella poussa un cri strident et tomba à la renverse, heureusement retenue par sa gouvernante qui se trouvait dans son dos. Celle-ci avait relativement assez de force pour la soutenir alors qu'elle se trouvait mal et l'aida à la redresser à demi pour l'emmener un peu à l'écart, et lui donner un verre d'eau.


[Ailleurs]
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Ariela Accorti
Comtesse


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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Mar 11 Sep - 21:38

La comtesse ne répondit pas à la baronne, se contentant de lui couler un regard attristé et mélancolique.

Son attention fut vite accaparée par l'échange des deux hommes ivres et de l'individu nommé Degli Albizzi. Tout particulièrement par un fragment du discours de ce dernier, qui la toucha tout particulièrement. Enfin un homme lucide, de ceux qui savaient reconnaître la merde là ou elle était, c'est à dire dans l'humanité toute entière. Et il s'incluait même dedans. C'était charmant, cela, vraiment charmant, pour une fois. Il y avait de quoi respecter le bonhomme ne serait-ce qu'un peu. Il était trop grossier, cependant. Ce genre de réflexions ne s'avoue pas à la face du monde, on les garde en soi pour mieux s'en servir contre les autres. Mais la bonne volonté était évidente. Et puis, ses dernières phrases convenaient assez bien à l'homme qui se nommait visiblement Tiberio Adorasti. Le parti d'Ariela était pris. Et ce n'allait pas être le comportement du cousin du prince qui allait y changer quoi que ce soit, bien au contraire, même.

La réplique qu'il servit à la comtesse était des plus pataudes. Et quand sa sa diatribe contre Iago... Elle pouvait visiblement s'appliquer pour lui à la perfection. Suffisant, lui même l'était plus qu'il n'en fallait. En quête d'attention, il l'était aussi. Ne serait-ce que pour se complaire dans le regard qu'il devait avoir de lui-même, il cherchait l'affrontement. Il avait besoin d'un interlocuteur. Un détritus, au vu de la dose d'alcool qui devait imbiber son corps, il en était un à n'en pas douter. Quand à être débile, il en faisait là une belle démonstration.

Et puis vint l'apothéose. La fin de tout ce qui pouvait laisser la moindre trace d'estime latente dans l'esprit d'Ariela envers ce nouveau venu. Et Demetrio, visiblement saoul comme une barrique, qui fit de même. La... Qualité de leurs rapports évita cependant au violoniste de tomber au plus bas dans l'estime de la comtesse.

Sans un regard pour la chose qui venait de s'étaler lamentablement au coeur de l'action, Ariela vint se placer à proximité de Iago, les bras croisés.


"Monsieur Adorasti, puisque voilà votre nom... Vous rendez vous seulement compte qu'en répondant aux mots par les coups, vous vous abaissez à reconnaître une certaine légitimité aux propos de votre interlocuteur ? En plus de vous ridiculiser sérieusement, mais ceci, je suppose, ne doit pas vous faire peur ?"

Le ton était mielleux, mais les yeux lançaient des éclairs d'indignation. Elle se tourna vers le musicien, le ton devenant particulièrement froid et cassant:

"Demetrio, tout ceci ne vous ressemble pas. Vous feriez bien de vous reprendre. Allez plonger la tête dans une fontaine, cela vous remettra les idées en place, voulez vous?"

De nouveau vers Tiberio, de nouveau mielleuse:

"Accordons: il y a un détritus débile parmi nous, puisqu'il a l'honnêteté de se nommer ainsi, rendons lui justice. Si j'ai bon souvenir, un honnête homme se doit d'ignorer de tels individus. Un gentilhomme ne se bat qu'avec des personnes de sa classe sauf si sa vie est en danger. Vous connaissez sans doute cette expression... Le crachat du crapaud n'atteint pas la blanche colombe? En frappant monsieur Degli Albizzi, j'ai bien peur que vous ne vous rameniez au rang de... Allons, accordons: de loque sans cervelle. Ce qui n'est guère plus reluisant."

La comtesse avait écouté Brunilde d'une oreille distraite.

"Pauvre maître Barozzi. Je ne doute pas qu'il aura du travail, si les ivrognes se mettent aussi vite et avec tant de coeur à l'ouvrage... Nous pouvons louer tout de même monsieur Adorasti pour sa promptitude, ses talents permettront à notre médecin de s'échauffer un peu."
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Iago degli Albizzi
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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Mar 25 Sep - 22:43

A vrai dire, Iago les avait presque vus venir ces coups.
Evidemment, tout était dans le presque.

Quand Tiberio avait repris la parole, il avait été clair que toute discussion était inutile. Ce genre de personnage ne parle pas pour débattre d’une idée mais pour provoquer en espérant y trouver une distraction. Distraction qu’ils finissaient le plus souvent par provoquer avec des coups.

Mais une fois de plus, il s’était laissé aller à une vague d’espoir dans le genre humain et avait imaginé que peut-être son vis-à-vis ne serait pas assez stupide pour en venir à la brutalité physique. Il n’avait vu le coup que lorsqu’il fut lancer.
Un mouvement de recul instinctif lui fit légèrement tourner la tête, et le poing de Tiberio au lieu de lui casser le nez s’écrasa sur son œil et l’aile de son nez, déclenchant l’apparition d’une pluie d’étoile sous sa paupière.

Eut-il été quelqu’un d’autre, Iago aurait peut-être crié, il se serait peut-être brusquement reculé et aurait ainsi évité le second coup. Mais Iago était resté sur place, sans rien faire ni rien dire. L’air surpris qu’il avait eu juste avant de sentir l’impact sur son visage avait immédiatement disparut et il était resté immobile, la tête légèrement projetée en arrière par la force du coup.

Ce qui fait que le poing de Demtrio n’eut aucun mal à trouver la mâchoire de Iago, envoyant sa tête valser dans l’autre sens.

Si Iago resta stoïque en apparence (il en fallait un peu plus pour que l’habitué des coups se laisse aller à crier ou à se protéger), il faut bien avouer qu’il n’entendit pas vraiment les mots qui lui étaient adressés.
La douleur se déclarait soudain dans son visage comme un incendie dans une forêt de pin. Rapide, brutale, impérieuse, elle irradiait, naissait dans sa mâchoire, son œil, son nez, et explosait dans le reste de son corps bannissant toutes pensées qui n’étaient pas conscience de la douleur.

Il ne voyait plus rien que des points étourdissants, n’entendait plus que son propre sang qui battait à tout rompre dans ses tempes. Et des cris lointains, anciens plutôt, que sa mémoire n’arrivait pas à dissocier de cette sensation de douleur.

Iago s’obligea à inspirer profondément et à soupirer doucement. Peu à peu la voix d’Ariela Acorti lui parvint clairement, et l’œil qu’il pouvait ouvrire saisit, derrière une barrière de cheveux, une bribe de l’environnement qui l’entourait. Un goût métallique dans la bouche, une sensation chaude sur ses lèvres, il réalisa que son nez saignait abondamment.

Il sortit lentement un mouchoir de son pourpoint et le maintint contre son visage. Il posa légèrement sa main libre sur le bras de la comtesse pour attirer son attention.


"Laissez…"

Iago aurait voulu ajouter "Madame", mais la douleur qui résultat du mouvement de sa mâchoire était si vive qu’il s’arrêta avec un grognement. Sa voix était rauque et son souffle court. Il inspira de nouveau et reprit, en ouvrant à peine la bouche.

"L’âne d’Aristote n’est jamais resté qu’un âne."

Iago ne prit pas la peine de développer parce que chaque mouvement de sa mâchoire semblait créer un millier de douleurs. Pour lui, un homme qui avait recourt à la force brute prouvait qu’il ne possédait pas la moindre intelligence. Or sur un homme sans cervelle, tout discourt était perdu. L’âne d’Aristote avait beau entendre tous les discours de son maître, il ne pouvait rien en tirer. Il n’y avait plus qu’à les ignorer.

Iago n’avait d’ailleurs plus accordé un regard aux deux hommes. Il s’inclina très légèrement (il ne voulait pas risquer de vaciller complètement) devant les deux femmes, les deux seules personnes existantes devant lui à ses yeux.


"Si vous voulez bien m’excuser, il se trouve que j’ai mal et que je préfèrerai que cela ne dure que peu…"

Sans se presser, toujours afin de minimiser la douleur, Iago se retourna et se dirigea un peu à l’écart.

[Je rejoins Muzio]

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Tiberio Adorasti
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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Mer 26 Sep - 13:54

Boum! Oh oui, le choc fut agréable.
Les phalanges ramassèrent le gros de l'impact, et le gant évita que les chairs ne soient trop écorchées. Et, alors que Tiberio se préparait à envoyer un second coup de poing, alors que, pendant une seconde, il se demandait s'il devait plutot frapper la gorge ou la tempe, il vit son camarade s'élancer à son tour, et le devancer.
Les yeux du cousin du Prince s'illuminèrent. On put y lire en vrac : une explosion de joie, de reconnaissance, mais surtout, de surprise et de rire.


"Oh, bon Dieu!"
Par réflexe, il se frotta un oeil, tenant à vérifier que ce qu'il venait de voir c'était réellement produit, et essuyant une larme, qui annonçait déjà l'étendue de son amusement.
Ce fut, en réalité, les réactions outrées des deux premières femmes qui achevèrent le bon Tibère. Les cris étouffés, et puis, surtout, cet évanouissement, non, c'était trop.

Le cousin du Prince se cambra en arrière, et se laissa éclater. Son rire, tonitruant, une sorte d'énorme "HAHAHA", grave et lourd, provenant du fin fond de sa gorge, peut être même de plus loin, l'assourdit, tant il était arrivé vite.
Il envoya une claque dans le dos du musicien, et, pendant quelques secondes, prit même appui sur l'épaule de ce dernier, enfouissant son visage au fond de ses bras, tentant de se controler, mais surtout, de reprendre son souffle.

"Oh bon Dieu, bon Dieu bon Dieu bon Dieu... Ah Demetrio, le bilan des victimes est lourd ce soir, hahaha! Nous avons tué ce.. type, puis cette... femme.. et puis.. vous m'avez tué moi, complétement, mahahaha!"
Réussissant enfin à se redresser, il fit quelques pas en arrière, et étudia le visage rougi de son adversaire, ce qui n'eut pour effet que de relancer son fou rire.
A cause de l'alcool cependant, la suite des événements parut un peu floue au bon Tibère. Il s'était plié en avant, s'était tenu les genoux, avait rit, rit encore, peut être un peu toussé et bavé, avait observé le départ de la Baronne, avait cru mourir de rire, avait écouté les paroles de la Comtesse, se calma, rougit un peu (de colère, bien entendu), pensa à lui en coller une à elle aussi, lui avait fait un bref signe de la main, lui expliquant qu'il répondrait à ses questions plus tard, écouta ensuite le vaincu, et laissa son fou rire reprendre le dessus.
Pendant tout ce temps là, il avait plus assisté aux choses qu'il n'y avait participé, incapable de bouger ou de dire quoi que se soit.

Puis, quelque chose comme une demie minute après, peut être plus, il avait enfin réussi à se relever, et avait essuyé son visage, trempé de larmes.


"Seigneur, Seigneur... Hahaha! *Burp* Mon Dieu, mon Dieu, expliquez moi.. Oh donnez moi la force, pitié, hahaha, j'ai besoin de Vous, c'est à peine si je peux respirer."
Et c'était vrai. Il avait cru vomir pendant sa crise, et malgré tous ses efforts, il n'était pas sur que tout cela soit passé, et craignait de laisser son repas passer par la grande porte.
"Oh.. Seigneur... Au revoir monsieur... Peu importe! Ce fut un plaisir! Hahaha!
...
Herm.."

C'était bon, il n'avait plus envie de rire, plus du tout, et se rendait compte à quel point le "retour de flammes" allait être ennuyeux. Demetrio et lui allaient désormais être bloqués avec ces donneuses de leçons, et ça allait être plus mortel que la mort elle même. Il leur faudrait bien du courage, et surtout de l'imagination, pour que la soirée continue sur la même lancée.
Pour autant, il ne pouvait pas les quitter tout de suite. C'était petit de fuir. Il fallait que ça soit les autres qui s'en aillent, de préférence en étant dégoutés, choqués ou, en cas de piètre performance, au moins hautains.

"Halala... Je qualifierais volontiers cette petite introduction de.. hmm... "rafraichissante", n'est ce pas?
Cependant... On peut dire qu'il a de la chance d'être déjà bien amoché, sans quoi je l'aurais poursuivi. Qu'il me désigne comme étant Aristote, je le comprend très bien, mais qu'il vous insulte ainsi mon cher Demetrio, c'est tout de même osé, surtout après une telle raclée."
Le regard que le cousin du Prince lança ensuite aux quelques personnes encore présentes aurait du être suffisant pour leur oter tout doute quant à son interprétation, plutot libre, des derniers mots prononcés par Mr Degli Albizzi. Oui, il les avait compris, et en avait changé le sens volontairement. Et le rictus qui reprenait place sur le coin de ses lèvres était une invitation.
"Qui osera corriger ma reformulation? Qui aura ce courage?" semblait-t-il lancer, encore tout excité.


"Je pense que, désormais, vous pouvez disposer mesdemoiselles. Nul doute que Demetrio et moi arriverions à trouver bien meilleure compagnie au milieu du désert.
J'aurais pourtant un regret. Il est dommage que vous ayez décidé de vous ranger du coté des ennuyeux, ma belle Dame, (Il s'adressait ici à la Comtesse) lors de mon arrivée, j'avais cru voir en vous la seule personne du groupe dotée d'assez d'esprit pour apprécier notre petit jeu.
Vous avez préféré vous montrer.. insultante et avez parié sur le mauvais cheval. Je ne vous en veux pas plus que ça, mais je ne vous retiens pas non plus. Sachez seulement que je suis déçu."
Le cousin du Prince conclut par un mouvement de tête de droite à gauche, bien trop théatral pour être sincère, et fit mine de renifler.
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