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 La Fontaine

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Pourpre
Du Bout des Doigts


Nombre de messages: 379
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MessageSujet: La Fontaine   Sam 19 Nov - 23:40

...
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Cachemire
Masque


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MessageSujet: Re: La Fontaine   Dim 8 Oct - 21:16

Un pied de satin, avant le matin, glissa sur le pavé. Une ombre s’élança, inventait une danse, jouait avec la rosée. Derrière le sourire figé d’un masque de porcelaine, bouillonnait une âme hors d’haleine en quête de liberté.
Et elle s’amusait ici, bravait le ridicule, oubliait les lois de son monde. Car le jour n’était pas là, et elle n’etait qu’illusion ; se fondant dans le décor de pierre, discutant avec le silence, capturant les rayons de lune dans les plis de sa toilette.
D’un saut leste, plein de grâce, elle s’approcha de la fontaine pour faire signe au personnage mouvant que reflètait l’eau limpide ; c’etait elle : Cachemire, pantin hors du temps, saltimbanque, perpétuellement à la recherche de nouveaux comptes.
Son doigt s’égara au-dessus du miroir éphémère, retraçant les courbes de son visage, l’ovale de sa figure, les fentes de ses yeux, la courbe de ses lèvres…
Mais voilà, maladroitement, le gant ivoire frôla la paroi liquide, et tout bascula. Tout n’etait plus qu’onde, vague, tourbillon, les images auparavant si nettes devenaient insaisissables, la lumière devenait reflet, l’obscurité devenait brume, le ciel ressemblait à la mer…
Voici son monde.
Identique au votre, de loin. Conforme, normal, rassurant, il vous ressemblait, il vous parlait… jusqu’à ce que vous le touchiez, et que tout changa.
Mais déjà, à la surface du bassin, l’illusion reprenait ses droits : les plis disparaissaient, le tumulte se calmait, le décor parfait de Venise se remettait en place, et il ne restait rien, rien de cet univers indécis si présent tout à l’heure… rien que le masque.

Le personnage se pencha, à gauche… puis à droite … Il remit un ruban, arranga une plume, lissa son habit… Il s’ennuyait.
Tout à l’heure tout était parfait, il n’y avait pas de problème, elle s’amusait bien seule… Mais là, maintenant, elle avait décidé qu’elle s’ennuyait, et rien n'allait plus… Il fallait que quelqu’un arrive, elle avait pris rendez-vous avec le hasard, mais il etait en retard, ce grand maladroit, et s’il ne venait pas, elle devrait trouver quelqu’un à embêter à sa place.
Boudeuse, la silhouette se retourna et s’assit sur le bord du bassin, les coudes sur les genoux, le menton dans les mains.
Il viendrait sûrement le hasard, il avait encore le temps… mais sa victime, elle, celle qui tiendrait son rôle pour quelques petites heures, n’etait pas à l’heure, et c’etait agaçant. Qui serait le joueur cette fois ?
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Coriolan
Invité



MessageSujet: Re: La Fontaine   Dim 22 Oct - 15:31

[Le Jardin du Castello - l'allée principale]

Deux nouveaux acteurs entrèrent dans l'arène. Le Prince di Grazziano, et le médecin, Docteur Barozzi.

Difficile pour le Prince de savoir ce que pensait le médecin du masque. Pour lui-même, il savait qu'il préférerait éviter d'entrer en contact avec un personnage qui cachait son identité. Les gens bien souvent profitaient de leur anonymat pour faire ce qu'ils n'oseraient jamais faire en leur nom.

Sciemment, il choisit de passer du côté de la fontaine qui mettait le plus de distance entre lui et le masque pensif.
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Muzio Barrozi
Médecin


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MessageSujet: Re: La Fontaine   Lun 23 Oct - 16:36

[Le Jardin du Castello - L'Allée Centrale]

A la réflexion de son compagnon, Muzio haussa les sourcils avec surprise et scruta un peu mieux la silhouette accroupie. Le visage était masqué, en effet.
Ugo détestait l'hypocrisie des masques. C'était dit.

Quant à lui, Muzio ne savait trop qu'en penser. Un peu plus tôt dans la soirée, il avait eu la même réaction que le Prince, non sans nuancer un tantinet plus son jugement. Il se souvenait notamment avoir apprécié l'esthétique des masques... Mais Ugo l'entraînait à grands pas de l'autre côté de la fontaine, et Muzio le suivit sans regret.
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Cachemire
Masque


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MessageSujet: Re: La Fontaine   Lun 30 Oct - 13:03

Combien de temps avaient coûté à notre masque au teint d’ivoire l’attente d’un promeneur du soir et l’étude de l’obscurité ?
Nulle puissance ne l’eût pu dire, en dehors de Cachemire, si le décompte des secondes, sans fuite ni course à la ronde, n’avait point été pour son âme qu’une source d’ennui infâme.

Quoi qu’il en fût, les étoiles brillaient encore quand les nouveaux protagonistes, firent leur entrée en piste. Ils n’étaient que rumeur, d’abord, tout juste un murmure inaudible qui chassa en un instant toute vie de la nuit pour lui rendre son habit noir et glacial. Puis peu à peu, les bruits de pas, les frôlements du tissu se distinguèrent nettement du bourdonnement inintelligible des voix.
Il y aurait deux personnes… Deux hommes d’après leurs timbres graves, deux joueurs pour défier la silhouette androgyne aux parures féminines qui patientait, imperturbable.
Il fallut encore quelques grains dans le grand sablier du temps pour que le duo se dessine, au sortir d’une allée débouchant sur la droite de notre personnage.
Le premier équipier, primant par sa blondeur, contraste chatoyant au cœur d’ombres nocturnes, semblait, par sa toilette et son port plein d’honneur, être une grande figure de la Sérénissime. Il ne s’arrêta point pour saluer le masque, porté par la méfiance propre aux êtres sensés, et entraîna, par l’assurance de sa démarche, son compagnon plus humble au regard posé.

Le silence de Venise, rythmé par la cadence des pas sur le pavé, retomba lourdement autour de la fontaine ; il y eut un instant de flottement léger, bientôt rompu de force par une clameur soudaine.
L’entrée d’un corps humain dans un écran liquide, le bruit de mille gouttes qui volent sur la terre, des éclats de vaguelettes contre un rebord en pierre, le frottement de voiles que l’eau glacée imbibe.
D’un mouvement prompt et leste, le pantin de cachemire avait sauté d’un bond dans le large bassin, immergé jusqu’aux genoux, avec un léger rire, il rattrapa le prince et son ami médecin, sorti de la fontaine avec une révérence et leur tendit la main, comme on propose une danse.
La cloche de la ville sonna le couvre-feu, appuyant de son timbre ce mouvement gracieux et de la silhouette aux jambes dégoulinantes s’éleva une voix grave et hypnotisante.


« Il est l’heure pour les gens honnêtes de gagner leurs demeures chaleureuses ; les ivrognes, traîtres et meurtriers n’ont leur place que dans une cellule ombreuse. Je me permets de me questionner quant à la couche qui vous échoie le mieux : une chambre propre et bien chauffée ou un tapis sale et miteux ? »
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Coriolan
Invité



MessageSujet: Re: La Fontaine   Mar 31 Oct - 22:56

Coriolano fronça légèrement les sourcils. Le masque était réellement incorrect. D'abord piétiner dans l'eau, en manquant de l'éclabousser, puis ces phrases grammaticalement incompréhensibles... Si quelque chose échoie, cela est sans qualité. Voulait-il dire plutôt "convient ?".

Impossible de savoir. Aucun intérêt à le savoir, d'ailleurs. La sympathie naturelle qu'éprouvait le jeune prince pour les êtres humains disparaissait devant ceux qui refusaient de montrer leur humanité. Sans visage, les êtres lui paraissaient des machines. Il n'avait qu'une envie, arracher la porcelaine et forcer la machine à se révéler. Mais il savait, il ne le sentait pas, mais il le savait, rationnellement, qu'il y avait une vraie personne derrière. Pour cette personne derrière le masque, il se devait d'être correct.

Il eut un petit sourire, et un geste de la main.


"Vraiment, je ne pense pas que cela vous intéresse. Ni que cela vous concerne... Mais puisque nous en sommes à nous mêler de ce qui ne nous regarde pas, je me permettrais de vous conseiller de rentrer rapidement chez vous, vous êtes mouillé, et la nuit est froide.
Maintenant, si vous voulez bien nous excuser..."

Il porta brièvement la main à son chapeau, et contourna le masque, déterminé à reprendre son chemin.


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Muzio Barrozi
Médecin


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MessageSujet: Re: La Fontaine   Ven 3 Nov - 14:31

Muzio avait réellement sursauté lorsque l'individu masqué avait sauté dans l'eau. Le médecin s'était retourné en un réflexe; la... personne n'était mouillée que jusqu'aux genoux. Et dire qu'il avait songé à une noyade. Il fallait qu'il arrête de voir des dangers partout.

Cependant, l'individu se présenta devant eux avec une certaine grâce au moment précis où le couvre-feu retentit. Ce couvre-feu auquel il avait bien fallu s'habituer depuis peu... Même si Muzio, en tant que médecin, pouvait en toute légalité s'y soustraire. Il s'était présenté le premier jour à la Garde, afin que l'on le laissât circuler à toute heure. Les urgences... Bref.

Lorsque la cloche se tut, le silence fut aussitôt rempli par la voix grave qui s'éleva derrière le masque. Il fallait l'avouer, Muzio ne comprenait pas très bien pourquoi cette personne les avait abordés si ce n'était pour leur rappeler bien inutilement le couvre-feu. Ah, et pour se ravir d'une petite impertinence, également... En rimes ?

En toute courtoisie, Ugo évacua le problème en indiquant au masque d'aller se coucher et, puisque l'heure ne semblait pas être encore à la gravité, Muzio ajouta, magnanime:


« Quelqu'un qui ne craint pas de se mouiller par ces températures fera très certainement une bonne nuit, que ce soit dans un lit propre ou sur une paillasse crasseuse. Si ce n'était pas le cas, je vous conseille vivement l'infusion de fleur de tilleul... »
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Cachemire
Masque


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MessageSujet: Re: La Fontaine   Mar 7 Nov - 22:41

Cachemire écoutait, s’amusant discrètement à tracer de son pied encore détrempé, de grands arcs de cercle sur les dalles de pierre. Le liquide glacé, capturant la lumière, renvoyait à la lune son éclat argenté et créait sur le sol des motifs changeants.
Il releva la tête vers ses deux visiteurs quand l’homme aux cheveux d’or, avançant leur départ, s’élança d’un bon pas, répondant au joueur, sans que la fresque à terre n’ait droit à un regard.
Le masque le suivit de ses yeux sans lueur, s’adressant à son dos d’une voix amusée.


« Vous nous quittez déjà ?
Et pourtant, ce me semble,
Je n’ai pas de réponse !
Ne vous paraît-il pas,
Que tout homme doit savoir
Si la dame injustice remplit bien ses devoirs,
Et si elle donne à tous le même coup de semonce
Nous privant tous ensemble
De ses gracieux égards ? »

La question lui sembla condamnée à ne pas avoir de réplique, et sans même en attendre, l’étrange personnage décrivit une volte, pour se retrouver face au second inconnu auquel il dédia un grand éclat de rire.

« Vous êtes homme d’honneur ! Et moi que le sommeil fuit tout comme je fuis ses rêves, j’espère que tout à l’heure cette infusion de fruits nous offrira la trêve. »

Il marqua un silence, effaça la distance entre lui et le corps de son vis-à-vis, et dit.

« Et si votre ample savoir-faire vous permet de soigner les nerfs ; faites-en profiter votre ami, il me semble que le calme n’est point dans son esprit. »

La silhouette drapée s’écarta d’un saut prompt et scruta à nouveau le prince aux cheveux blonds.

« Tentons de régler ça… »

Semblant ne pas connaître l’immobilité, Cachemire bondit sur le mur du bassin et allongea le cou pour mieux tendre l’oreille ; en dehors de la marche de ses compagnons, le bruit de deux pas lourds et cadencés s’élevait de derrière un bosquet. Il porta une main sous son visage blanc et émit un long sifflement. Quelques instants après deux soldats de la garde apparurent de l’autre coté de la fontaine.

« Voici le chat ! » Annonça le masque avant de rejoindre à la course le prince et le médecin pour les entraîner par le bras, courant à bonne allure.

« Et maintenant galopons : Nous sommes les souris ! Et nous pouvons prier que la chance nous sourit ! »
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Coriolan
Invité



MessageSujet: Re: La Fontaine   Mer 8 Nov - 13:57

Mais le masque se heurta à un roc. Il saisit peut-être le bras de Coriolano, mais Coriolano ne bougea pas. Il se dégagea rapidement, maintenant réellement agacé. Toute son éducation de Prince, de futur homme à la tête de la famille di Grazziano, refusait catégoriquement de se laisser traiter de façon si cavalière, de voir quelqu'un décider pour lui.

"Seul ceux dont la conscience est trouble fuient la garde, Monsieur ou Madame le Masque. Et je ne suis pas du nombre de ces individus."

A ce moment là, les deux membres de la garde arrivèrent à leur hauteur. Ils avaient un peu accéléré le pas, en voyant l'agitation causée par le masque.
L'un d’eux, celui qui était le chef sans doute commença par un "hé ! qu'est-ce qui se passe ici !" avant que le second ne lui donne un léger coup de coude et ne désigne l'épée d'apparat qui pendait au côté de Coriolano. Comme toutes les armes de cette catégorie, elle portait très visible le blason des Grazziano, la salamandre d'or sur fond de sable.
On devait discuter beaucoup de l'arrivée des deux familles à Venise, car le garde eut l'air de la reconnaître immédiatement, et changea de ton, d'autoritaire, il devint conciliant.

"Pardon Monseigneur. Ce masque n' vous cause pas trop des ennuis ? C'est une plaie ces déguisements-là... Faudrait les interdire. Moi je vous dis, tous les malheurs de Venise, ça vient d'eux. Débauchés... Si M'seigneur voit le Doge un jour, M'seigneur peut lui en toucher deux mots. D'la part de la Garde, même que.
Enfin, je ne voudrais pas ennuyeux vot' Seigneurie, hein, mais là, mon collègue et moi, on fait le couvre-feu, alors faut rentrer chez soi. Si ça fait rien à vot' Seigneurie. C'est la règle ici. Rapport aux débordements parfois. Enfin, pas de l'eau, hein, des gens.
Mais M'seigneur était sans doute en train de rentrer, hein... C't-un peu dangereux pour quelqu'un comme M'seigneur. De s'promener à cette heure j'veux dire. Moi, à ma femme, je ne l'autorise pas à sortir à cette heure. Remarquez, z'êtes pas ma femme, hein... Mais quand même. L'est tout dans le bas vot' palais, non ? C'est sûr not' chemin.
On va raccompagner vot'Seigneurie chez elle, si ça va pour vot'Seigneurie aussi, bien sûr..."

Coriolano, qui avait tenté à plusieurs reprise de placer quelques mots dans le flot de parole du garde plein de bonne volonté, se trouva brusquement libre de parler, et ne put dire que "Ce sera avec un grand plaisir..."
Pour éviter que le garde de reparte dans un long discours, il se tourna immédiatement vers Muzio, que la garde avait complètement ignoré, avec un sourire.


"Cher ami, je crois me souvenir que la calle Bardini est toute proche. Vous voyez, je suis entre de bonnes mains, ne détournez pas plus votre chemin pour moi... Je vous verrai demain."

Là, le garde, qui avait fait un pas sur le côté par politesse mais qui avait clairement tendu l'oreille pour tout entendre, ajouta, à l'adresse de Muzio et pointant un doigt un peu menaçant vers le masque : "Et au lit tout le monde. Si on vous rattrape, c'est au trou !"
Coriolano adressa un petit signe de la main au médecin et s'éloigna avec la garde. La garde qui était loin d'être silencieuse et on les entendit, plus qu'on ne les vit, disparaître.


[La Ca' Grazziano]


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Muzio Barrozi
Médecin


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MessageSujet: Re: La Fontaine   Mer 8 Nov - 17:43

Le Masque avait une éducation certaine. La première impression de Muzio s'était vérifiée: l'individu s'exprimait en rimes, plus ou moins bonnes mais enfin, c'était recherché. Le médecin, occupé à analyser le langage et la gestuelle de notre intrus, se vit soudain entraîné au pas de course... pour échapper à la garde. Ahuri, il se laissa traîner sur quelques pieds avant de se dégager comme l'avait fait Ugo.

Pendant que l'un des gardes n'en finissait plus de palabrer, Muzio avait rejoint le Prince. Ainsi, lorsque celui-ci lui assura qu'il rentrerait en bonne compagnie, le médecin répondit au sourire princier et ajouta seulement un petit:


« Bonsoir... »

avant de s'apprêter à rejoindre la Calle Bardini. Il n'avait pas l'intention de passer la nuit "au trou"...

Se retournant, il se retrouva face au Masque qui devait être déçu d'avoir manqué sa poursuite. Il lui adressa un signe poli qui pouvait paraître un peu désuet, et le salua à son tour:


« Hé bien... Bonsoir. »

Puis Muzio, décidé à ne plus se laisser retarder, se dirigea d'un pas rapide vers la rue. Un élément lui revint toutefois en mémoire et il se retourna pour rappeler au Masque, un brin amusé:


« Pour votre trêve... Fleurs de tilleul, et non pas fruits ! »

Sur ce, il s'éloigna à grands pas.

[Calle Bardini]
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Luciano di Lorio
Ami de la Famille Adorasti - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: La Fontaine   Jeu 23 Aoû - 3:14

[Calle Trevisi]

Jamais auparavant Luciano n’avait permis que le jeu se prolonge ainsi. En partie parce qu’il était usé à obtenir ce qu’il désirait sans effort et parce qu’il lui déplaisait de s’attarder sur une affaire pouvant être conclue rapidement, mais aussi parce que certains n’avaient été que trop pressés de s’offrir à lui. Avec d’autres encore, les plus prudes ou les plus méfiants, des jours, voire des semaines s’étaient écoulées avant qu’il ne puisse goûter à ce qui lui avait été promis, puis obstinément refusé ou qu’il ne se voit tout bonnement obligé de forcer ses tributaires à lui rendre leur vertu. Peut-être que jamais auparavant il n’avait permis que le jeu se prolonge ainsi, parce que jamais auparavant on avait mis sa patience à l’épreuve par ce savant mélange d’invites et de rebuffades, d’opposition et de séduction.

Par le passé, on avait tenté de l’attirer par la bravade, les provocations ou la grossièreté pure et simple, ce qui avait souvent valu aux impudents une rossée exemplaire. Cette fois, cependant, l’orgueil du baron, loin d’être piqué par la résistance de son cadet, se grisait plutôt de ce défi nouveau, aucune de ses proies ne s’étant jamais élevée contre lui avec tant de finesse et de raffinement. Il pouvait se montrer d’une patience infinie lorsqu’il considérait qu’on méritait son temps et sa volonté. Il attendrait donc, comme il attendait toujours Andrea, et récolterait son dû, tôt ou tard, car il obtenait toujours ce qu’il désirait.

Ce fut muni de ces résolutions inébranlables, qui faisaient de lui le modèle de l’aristocrate supérieur et condescendant, qu’il fit son entrée aux jardins du Castello. Le spectacle déplorable de la populace grouillante, bruyante et proprement répugnante lui fit plisser le nez de dédain et il lui apparut urgent d’établir une distance honnête entre sa personne et l’objet de son dégoût. Trouvant refuge auprès d’une fontaine désertée par les ivrognes, il se détourna de la vision sordide d’un bourgeois lubrique dansant aux côtés d’une petite bonne éméchée, pour poser les yeux sur sa propre figure, reflétée par l’onde sombre.

« Je suis chaque fois étonné comme écœuré de constater combien la bêtise et la vulgarité atteignent des sommets chez la lie du peuple... »

Ses yeux glissèrent sur le visage de son compagnon, admirant la pureté des traits, la vivacité du regard, pour ensuite se reporter sur l’animation de la foule. Deux mégères les fixaient avec cette méchanceté propre à l’abrutissement, médisant sans doute au sujet de leur hypothétique liaison.

« Fort heureusement, il y a encore moyen de trouver une compagnie de qualité en ce monde. »

Il s'était penché à son oreille pour compléter sa pensée, ne pouvant s'empêcher de mordre la chair tendre d'un lobe un instant fugace, avant de se redresser, un éclat de contentement dans ses prunelles grises. Il ne suffisait parfois que de peu pour lui redonner le sourire.
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Raffaele di Grazziano
Frère du Prince - Ca'Grazziano


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MessageSujet: Re: La Fontaine   Jeu 30 Aoû - 19:49

[Calle Trevisi]

Ainsi voici de quoi il s'agissait.
Une moue froissa le nez du jeune prince tandis que son regard se posait sur les fétards.
Comment un oeil éduqué pouvait-il supporter de voir filles de peu et hommes de peine se frotter panse contre panse dans un simulacre de danse ? Et la musique ! Si l'on pouvait encore appeler musique ces scies insoutenables prisées du peuple. Un regard vers le gentilhomme lui apprit que lui non plus n'appréciait pas l'étalage de vulgarité qu'ils avaient sous les yeux. C'était dommage d'ailleurs, le jardin était plutôt agréable et la fontaine, vers laquelle ils se dirigeaient, plaisante. N'eut été la fréquentation du lieu, il aurait sans doute aimé se trouver là.

N'eut été non plus une silhouette qui venait de refaire son apparition, tricorne ombrant le visage connu et attitude désinvolte cherchant inutilement à se fondre dans la foule. Sermanti encore. Il serra les dents. Allait-on le faire surveiller ainsi à chaque pas qu'il ferait hors du palais ? La colère montait peu à peu, qui faisait reculer le plaisir qu'il éprouvait à la compagnie du Baron, et cela, il était loin de vouloir l'accepter.

Mais di Lorio faisait part de son mécontement et cela le fit sourire
.

"La vulgarité n'est pas l'apanage du peuple, regardez ceux-ci sur la droite là bas. Les trouvez-vous plus admirables parce qu'ils portent beau ?"

D'un mouvement du menton, il indiquait un groupe de plusieurs hommes et femmes richement vétus, dont certains, sans doute pris de boisson, commençaient à jouer des poings.

"Je crains que la naissance n'ait malheureusement rien à voir dans..."

Mais l'homme s'était arraché à la contemplation de son propre reflet et ne lui laissant pas terminer sa phrase s'était penché vers lui pour le gratifier d'une légère morsure. Avec un rire de surprise, Raffaele recula et porta la main à son oreille
.

"Voyons Baron, vous voulez donc ameuter toutes les commères de Venise ? Cessez de sourire, ceci n'est pas drôle !"

Feignant d'être fâché, il croisa les bras et tourna le dos à son compagnon. Son regard revint sur le groupe vers lequel de nombreux regards commençaient à se tourner et il se figea. Cette femme, n'était-ce pas la petite baronne qu'il avait croisé plus tôt dans les couloirs du palais ? D'un mouvement un peu trop rapide, il fit à nouveau face au gentilhomme, qu'elle ne le voit pas. Qu'elle ne vienne pas à lui. Soudain il maudit son goût pour l'écarlate.
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Mila Scarlatti
Maître d'Armes - Ca'Grazziano


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MessageSujet: Re: La Fontaine   Lun 3 Sep - 19:35

Une coupe en main, Mila observait les silhouettes qui s’agitaient autour d’elle. Certaines retenaient son regard, d’autres l’intriguaient, comme ces deux hommes qui semblaient se livrer à des jeux que la morale réprouvait. Un indicible sourire effleura ses lèvres alors que sa curiosité s’émoustillait. A peine quelques pas les séparaient, mais la musique et les cris couvraient totalement les échanges qu’ils se livraient. Aussi s’approcha t elle, lentement, discrètement. Par jeu, pour rien.

Ses sourcils se froncèrent en même temps que la coupe s’éloigna de ses lèvres. Le visage du plus jeune des deux hommes ne lui était pas inconnu. Son regard glissa sur lui, de la tête aux pieds. Oui…Elle se souvenait. Elle l’avait croisé…La roseraie…Elle s’était crue seule, mais avait du s’excuser de s’immiscer ainsi dans les songeries du jeune homme qui occupait déjà les lieux. Elle ne s’était pas présentée et était repartie aussitôt. Il appartenait certainement à la Ca’Grazziano, et dans ce cas, autant ne pas repousser davantage les présentations…

Elle posa la coupe sur l’une des nombreuses tables dressées où se mêlaient vins, et victuailles, puis s’avança encore jusqu’à atteindre les deux hommes.


« Pardonnez mon intrusion dans vos bavardages, mais…Je vous croise pour la seconde fois monsieur. La première, vous étiez songeur aussi m’étais je éclipsée sans me présenter. Mais vous me semblez suffisamment éveillé aujourd’hui… »

Son regard se détourna un instant pour se poser sur l’autre personnage puis revint, profond, intense sur son interlocuteur. De nouveau, les mots se prononcèrent lentement de sa voix légèrement éraillée et si troublante :

« Permettez que je répare cet oubli…Mila Scarlatti, enchantée de vous rencontrer… »

Elle inclina légèrement la tête sans toutefois quitter des yeux son interlocuteur qui put y deviner un certain amusement…


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Leandro di Ascani
Vicomte - Ca'Adorasti


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MessageSujet: Re: La Fontaine   Lun 3 Sep - 23:06

[La Maison de la Courtisane - Ponton]

Après avoir été témoin des étranges rituels des esclaves antillais ou aux célébrations flamboyantes en l’honneur de l’an nouveau aux Indes, un bal populaire dans la cité des libertins n’était guère en mesure de choquer Leandro, habitué à côtoyer l’excès comme la turpitude. Il évoluait donc avec aisance à travers ce cortège de disciples de Bacchus et de filles légères, de membres de l’aristocratie comme du vulgum pecus.
Si, d’ordinaire, il se serait mêlé à la masse sans même y penser, il jugea que par égard pour sa compagne, il était préférable de se tenir à l’écart des festoyeurs par trop expansifs. Il trouva en une fontaine le lieu de retraite idéal pour leur permettre d’assister aux réjouissances sans en subir les désagréments.
Deux hommes se tenaient déjà près de leur havre de paix et le pirate crut reconnaître la figure du plus âgé d’entre eux, le reportant à l’époque damnée où, entraîné dans les salons de la haute aristocratie génoise, il était introduit à toutes les relations de son père. La raison exacte pour laquelle il avait encore souvenance du gentilhomme lui échappait pour le moment, elle lui reviendrait possiblement en mémoire s’ils engageaient la conversation.

Se tournant vers sa dame, il présenta les saturnales devant eux d’un geste ample de la main, un sourire goguenard sur ses lèvres pleines.

"De crainte que l’odeur fétide émanant de ces gueux ne vous déplaise, j’ai cru bon de vous conduire jusqu’en cet asile, loin de la folie du monde. J’ose espérer que vous ne me tiendrez pas rigueur de ces légitimes scrupules concernant votre bien-être, car rien ne m’importe plus que de vous satisfaire vos volontés."

Par désir de se lier avec ce noble, dont le visage ne lui était pas étranger, il s’adressa à eux alors qu’une jeune femme, visiblement animée des mêmes intentions, se rapprochait du groupe disparate qu’ils formaient.

"Et ces messieurs ont-ils été également indisposés par la soudaine proximité de cette plèbe surabondante, habituellement proscrite en leur illustre présence?"

L’ironie de ses propos, au vu de sa propre mise, se refléta dans son regard clair, qui jaugea tour à tour l’homme mûr, son jeune compagnon et la nouvelle venue.
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Graziella Rivieri
Courtisane


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MessageSujet: Re: La Fontaine   Mer 5 Sep - 10:56

[La Maison de la Courtisane - Ponton]

Assurément le Bal populaire n'avait aucun point commun avec le divertissement donné par la Maison Adorasti la veille. Mais Graziella n'aurait su dire lequel des deux elle préférait. L'un comme l'autre assemblait du beau monde et dans l'un comme dans l'autre elle y trouvait ses avantages.

Marchant sans hâte sous les lampions accrochés ça et là, Graziella se laissa conduire jusqu'à la Fontaine, endroit stratégique qu'elle approuva d'un sourire, parfait pour voir et être vu mais sans risque d'être bousculé par des danseurs un peu trop joyeux.

La courtisane se tourna vers Leandro quand il expliqua son choix et elle hocha la tête en souriant. Ses formulations alambiquées l'amusaient mais cela lui plaisait beaucoup.


"Vous ne pouviez pas trouver meilleur endroit monsieur di Ascani. Vous êtes un vrai chevalier servant." répondit-elle, son regard se tournant vers les deux hommes déjà présents.

"Baron, c'est toujours un plaisir de vous voir." fit-elle en hochant la tête vers Luciano.

Déployant son éventail, elle camoufla son sourire tandis que son regard glissait attentivement sur la silhouette bien connue de Di Lorio avant de se détacher ostensiblement pour se poser vers la plus fine silhouette vêtue de rouge.

Celui-ci lui était inconnu mais la courtisane savait repérer d'avance les hommes qu'elle était à peu près sûre de revoir. Et la fierté et l'impertinence qu'elle décelait dans le regard si clair du jeune homme la ravissaient. Graziella se tourna de nouveau vers Di Lorio et referma son éventail.


"Me feriez-vous l'honneur de me présenter vos compagnons, baron ?" demanda-t-elle sans cacher son intérêt pour Raffaele mais incluant la jeune femme qui était aussi présente près de la fontaine et qu'elle avait saluée poliment d'un hochement de tête.

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La Fontaine

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