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 La Bibliothèque

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Iago degli Albizzi
Gentilhomme - Ca'Grazziano


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Date d'inscription: 23/05/2005

MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Ven 2 Déc - 20:11

Iago avait jeté un vague coup d'œil sur la personne qui se présentait à la porte. Curiosité sans plus...
Il avait toujours un sourire aux lèvres car il ne détestait pas (pour dire les choses tout à fait franchement, il aimait) entendre Ugo parler. Il avait une façon spéciale de s'exprimer qui lui plaisait toujours.

Peut-être aussi, aimait-il avoir l'impression d'entendre Ugo se détendre peu à peu en lui parlant. C'était peut-être une illusion, et c'était très clairement un manquement à tous ses propres principes, mais il aimait l'idée que sa conversation pouvait divertir Ugo.

Il s'était approcher de la fenêtre et faisait semblant de regarder le canal devant le palais, alors qu'il pensait à quelque chose de complètement différent. Une image mentale venait occuper son esprit : lui-même, coiffé d'un bonnet de bouffon, en train de divertir Sa Majesté le Prince Ugo di Grazziano...

On s'était vraiment trompé de pièce de Shakespeare à son baptême... On aurait du l'appeler "Touchstone" le bouffon sage, la pierre qui permet de voir si l'or est bien or... "The fools speak wisely what wise men do foolishly" Enfin... personne n'était assez intelligent pour apprécier le génie du Barde anglais, il n'y en avait que pour la raideur française...

Une nouvelle voix, appartenant sans doute à un jeune garçon venant droit de la rue, se faisait entendre dans la conversation.
Iago retourna son attention sur la scène. Il ne bougea pas, mais fixa son regard sur la fenêtre, d'où il pouvait voir, grâce au reflet, la scène qui allait se jouer, sans s'y mêler.

_________________
Honest Iago...


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Coriolan
Invité



MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Mer 7 Déc - 19:42

Coriolano pencha légèrement la tête de côté lorsqu'Orfeo pénétra dans la pièce. Il n'était pas particulièrement tâtillon quant aux entrées et sorties de son palais. Cependant, il ne connaissait pas cet homme qui lui, visiblement, en connaissait suffisamment pour passer le barrage de son intendance.
Le jeune homme avait un physique intéressant, agréable même. Cela n'était pas suffisant pour détendre le prince mais lui apporta un réconfort qui, pour tout superficiel qu'il fut, le ramena à ses excellentes disposition. D'un bref coup d'oeil, il remarqua que, fidèle à ses excellentes habitudes, Iago s'était posté au meilleur point d'observation possible. Invitant d'un geste le comédien à avancer, il prit la parole d'un ton doux et légèrement surpris.


"Monsieur je suis heureux de savoir qu'une personne amie a pu vous confier un message qui semble si important qu'il nécessite que vous me rencontriez en personne. Mais avant cela, auriez-vous la bonté, je vous prie, de m'honorer de votre nom ? Je ne crois pas avoir eu le plaisir de vous avoir rencontré..."


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Laurena
Invité



MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Lun 12 Déc - 16:39

Lorsqu'Orfeo la repoussa, Laurena recula pour le laisser passer. L'affaire appartenait maintenant au Prince Ugo et il ne servait à rien qu'elle reste encore entre les deux, et s'accrocher à son rôle d'intermédiaire n'aurait pas été bien vu par le Prince. Elle avait guidé le jeune homme jusqu'à lui et aurait pu s'en aller dès à présent : il y avait peu de chances qu'il fasse appel à elle pour transmettre l'éventuelle réponse.
Néanmoins, toute la protection autours de la lettre de la part d'Orfeo avait éveillé sa curiosité, et au lieu de retourner vaquer à ses activités, les dites activités étant chercher quelque chose à faire et gronder quelques domestiques, elle demeura en retrait, observant la suite de la scène et s'apprêtant à entrer à la suite du messager.
Après tout, elle était l'intendante, donc une personne de confiance...
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Orfeo Ciriaco
Saltimbanque


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MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Lun 12 Déc - 18:03

Le sourire d'Orfeo s'élargit quand il constata que le Prince, au lieu de le repousser hors de la pièce, le laissait entrer.
Il plongea dans une courbette plus ironique que révérencieuse, non qu'il cherche à etre irrespectueux mais son caractere le poussait plus à la comédie et au mépris des convenances qu'il était alors d'usage
.

"Je suis Orfeo Ciriaco, Monseigneur, saltimbanque de mon état et pour le plaisir des gens de qualité qui ont le goût des spectacles originaux pour avoir soupé des divertissements communs."

Se redressant, il se saisit du médaillon qui se balançait au bout des doigts de l'intendante restée sur le seuil et le présenta au Prince.

"Voici le gage de ma bonne foi, Monseigneur. On m'a fait promettre une grande discrétion et vous comprendrez pourquoi quand vous aurez reconnu l'objet."

Son regard glissa sur le gentilhomme qui se tenait devant la fenêtre. Celui-là avait tout compris des jeux de miroirs et observait la scéne sans en avoir l'air, ce qui mettait Orfeo mal à l'aise.
Il doutait pouvoir rester seul avec le Prince et hésitait à devoir remettre son message en présence de l'inconnu.
De la même façon qu'il était hors de question pour lui de le faire tant que la domestique serait dans la pièce, ce serait trahir la confiance de la si belle dame pale de la Ca'Adorasti que d'agir contre sa volonté de discrétion.
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Iago degli Albizzi
Gentilhomme - Ca'Grazziano


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MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Jeu 15 Déc - 12:23

Iago resta dans la contemplation du canal, mais un sourire avait commencé à naître sur ses lèvres. Le gamin des rues, le saltimbanque, lui plaisait... Il semblait avoir une liberté d'esprit que trop peu de gens possédaient. Légèreté d'un oiseau qui ne s'est pas fait prendre par la poisse des conventions.

Pour un peu, il se serait retourné pour lui demander ce qu'il pensait du port du chapeau. Mais d'une part il avait envie de savoir quel était le message et ne voulait pas faire perdre plus de temps, d'autre part, il se demandait s'il ne serait pas très déçu dans la réponse.

Après tout, l'attitude un peu gênée du saltimbanque montrait bien qu'il n'était pas complètement affranchit de toutes les conventions.
Le regard de Iago se perdit de nouveau dans le lointain. Après tout, il n'était qu'un amuseur de rue. Il devait gagner sa vie, chercher à gagner de l'argent. Il n'y avait rien de plus vulgaire que le fait de travailler. Rien qui ne détruise plus l'intelligence... Le travail était une machine abjecte à produire de la dépendance aux autres, à entraver la liberté de penser. Il n'y avait rien de plus bas et de plus répugnant que le travail.

C'est d'ailleurs ce qui rendait les nobles à la fois plus coupables que les autres, et à la fois tout de même encore supérieurs à cette horde de roturier qui tentait de faire croire on ne sait trop quoi alors qu'ils n'avaient la tête remplie que d'absurdités utiles et chiffrées.
Comment vouliez-vous ne pas être inférieur lorsque vous devez passer une partie de votre temps à vous abaisser à plaire aux autres ?

Le jeune Orféo en était la preuve vivante. Qu'avait-il de commun avec son patronyme ? Peut-être un talent dans les arts. Mais combien de révérences, de faux compliments avaient sans doute entaché ses oeuvres ? Combien de genoux avait-il du embraser, combien de pied baiser ? Combien de flagornerie avait-il prononcées de façon éhontée pour arriver à ses fins ? Combien de fois avait-il accepté de laisser de côté son esprit sans doute vif pour aguicher un client potentiel ? Et fait cela volontairement en plus...
C'était révoltant, abject, répugnant. Et dire que certain prétendait que la vie était belle...

Soudain morose, Iago ouvrit la fenêtre et passa sur le balcon où il s'accouda sur la rambarde. Il avait repoussé la fenêtre derrière lui pour que le froid n'entre pas dans la pièce.
Mais quelque chose en lui devait avoir envie d'atteindre les profondeurs de la bêtise, parce qu'il avait laissé la fenêtre entrebâillée, pour pouvoir entendre la pitoyable explication qui ne pouvait manquer de suivre de si pathétiques moyens de communication...

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Coriolan
Invité



MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Jeu 29 Déc - 11:22

Ce fut comme si un rayon de soleil avait soudain traversé la fenêtre. Un rayon de soleil porteur d'une farce grandiose. Ce saltimbanque, Orfeo... Il n'était pas besoin de l'observer plus longtemps pour comprendre l'étendue de son talent. Tout dans son attitude, son parler, ses courbettes serviles, même, respirait l'ironie. Il avait parfaitement compris que le thème de la scène était : "Le mystérieux messager remet au Prince un objet d'importance", et le jouait à la perfection. A la perfection car il avait suffisamment de recul pour réaliser le ridicule de la situation. A la perfection car, apparemment, il avait même réussi à berner Iago.
Coriolano connaissait le dédain de son ami pour les roturiers et les nobles. Un dédain dont il ne se départissait pas même à l'égard de ses meilleurs amis. Il avait vu en Orfeo un autre de ces courtisans qui n'en n'étaient même pas. Coriolano, lui choisissait de le tenir en plus haute estime. Orfeo ne convenait pas à ce jeune homme aux allures changeantes... Il était un Arlequin, mais un Arlequin qui aurait enfin comprit ses maîtres.
Finalement, cette pièce n'était pas de si mauvais goût.


"Soyez remercié de votre diligence, monsieur" fit le Prince en cueillant le médaillon du bout des doigts.

Il lui fallu à peine un instant pour reconnaître le bijou. Coriolano fronça intérieurement les sourcils. A quoi Bianca jouait-elle ? Cela ne lui ressemblait absolument pas. Préoccupant. Il fallait agir, agir vite. Se retournant vers son intendante, Coriolano commença d'une voix douce.


"Je vous prierai, si jamais vous croisez dans le Palais la Princesse di Alessandro ou Messire Dell'Arbero de mes les envoyer immédiatement. D'autre part, faites descendre dans le hall deux des grandes malles dans lesquelles nous avons transporté les livres de notre bibliothèque. Je vous remercie."

Sur ces mots, il se tourna vers Orfeo. Un démon poussa le Prince à ignorer Iago. La situation était délicate. Il aurait fallu le renvoyer. Alors pourquoi ne le faisait-il pas ?

"Messire Orfeo, je suis prêt à vous écouter. Je réponds de cet homme comme de moi-même et je vous demande de commencer sans plus attendre, je ne doute pas du caractère urgent de toute cette affaire."


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Laurena
Invité



MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Jeu 29 Déc - 17:17

Laurena, entendant qu'elle ne pourrait pas connaître, ni la fin de l'histoire, ni le contenu du message, ne put retenir une moue déconfite. Elle la masqua néanmoins en s'inclinant brusquement devant le Prince, avec le léger décalage dans le temps qu'elle semblait avoir pour toute chose. "Bien, Monseigneur." répondit-elle. Sans aucun doute, il avait reconnu l'expéditeur du message, et avait l'air de considérer l'affaire comme sérieuse. Il fallait se retirer. Elle n'était plus en mesure d'insister.

De plus, le Prince l'envoyait chercher cette Princesse, dont Laurena ne se souvenait que très peu du visage, ou ce poète dépressif à la recherche duquel elle était lorsque le saltimbanque avait frappé à la porte. Elle pouvait très bien aller chercher le poète, ou les deux, et revenir ensuite avec. Peut-être pourrait-elle apprendre, sinon le message, ce que le Prince avait à leur dire.

C'est ce qu'elle allait faire.

Elle sortit donc en reculant et partit à la recherche du poète.


[Nous verrons bien]
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Orfeo Ciriaco
Saltimbanque


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MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Ven 30 Déc - 21:03

Orfeo eut un sourire en coin à l'adresse de l'intendante qu'il avait bien sentie interessée par le message qu'il avait à délivrer. La belle devrait attendre une autre occasion de satisfaire sa curiosité, le Prince l'envoyant vers d'autres occupations.

Le saltimbanque plongea la main dans son vêtement avec un regard vers la fenêtre entrebaillée et décida de parler bas, plus pour ennuyer l'homme qui voulait écouter sans en avoir l'air ce qu'il avait à dire à Ugo di Grazziano que par réelle discrétion.
Il sortit d'une poche de son justaucorps le petit rouleau de papier orné d'un ruban que la jeune dame de la Ca'Adorasti lui avait remis et s'inclina tandis qu'il tendait le message à son destinataire
.

Citation:
Le Prince Elio m'a enfermée dans ma chambre.
Je ne sais pas encore si je pourrai assister à la soirée de ce soir.
Ne fais rien d'imprudent.
Ta soeur, Bianca.


"La Dame était fort inquiète qui m'a remis ceci, et bien malheureuse... Ce qui est grande pitié."

Il espérait que le Prince saurait lire dans les mots vite griffonnés de sa soeur toute la détresse qu'il avait lui-même pu voir dans les tendres yeux à l'eau si semblable à celle de la lagune.
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Iago degli Albizzi
Gentilhomme - Ca'Grazziano


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MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Lun 2 Jan - 17:57

Il y avait deux choses que Iago était incapable de faire : rester en place, et supporter le froid quand il était de mauvaise humeur.
Cela faisait à peine une trentaine de secondes qu'il était dehors, mais il décida de rentrer.

Ses mains étaient mouillées de la neige qu'elles avaient balayée de la balustrade, et le dessous de ses bottes devaient être plein d'une gadoue naturelle et donc abjecte.

Il secoua ses mains, les essuya vaguement sur les pans de son habit et réalisa un habile entrechat qui lui permit de secouer la boue neigeuse de ses bottes et d'atterrir les pieds presque propres sur le tapis d'Ugo.
Par ce genre de miracle qui n'arrivait qu'à lui, Iago se tira de cet exercice digne de Louis XIV au début de son règne, indigne d'un gentilhomme italien de l'année 1744, avec une grâce que l'on aurait jamais osée prêter à cet individu dégingandé.

Il se retourna dans un mouvement fluide et ferma la fenêtre. Il n'avait pas entendu clairement les paroles précédentes d'Ugo, mais il devina que cela devait être un congé pour l'intendante étant donné qu'elle avait disparu.

En revanche il entendit clairement le "Je réponds de cet homme comme de moi-même" et il fut heureux d'être de dos pour ne pas avoir à répondre du sourire idiot qui devait traverser ses traits en ce moment.

Il se dirigea vers le fauteuil qu'il avait quitté lorsqu'on avait frappé à la porte et se laissa choir dedans.
En entendant le jeune saltimbanque parler, il haussa un sourcil ironique.


"Par pitié, Ugo, ne me dit pas qu'une galante amie attend, Prince Charmant, que tu la délivres de la haute tour où son père l'a enfermée...
On tomberait bien bas dans le mauvais goût. Je ne sais même pas ce qui me dégoûterait le plus. Qu'il y ait quelqu'un d'assez stupide pour se lamenter de la sorte, que tu sois mêlée à cette affaire, ou que j'en sois témoin...
Sans doute que j'en sois témoin. D'abord parce que c'est moi, ensuite parce que je sais qu'il peut y avoir des idiotes partout qui se laissent emporter par leur esprit débile au gré des mauvais romans qui leur servent d'oreiller. Enfin, parce que finalement, ce ne serait pas vraiment de ta faute, du moins je l'espère, optimisme barbare qui me prend, et que donc je ne t'en voudrais pas.
En même temps, ce n'est pas parce que l'on connaît l'idiotie du monde qu'elle est moins répugnante. Ce n'est pas parce que ce n'est pas de ta faute que ta position serait moins ridicule, tu m'excuses, n'est-ce pas, je suis sûr que tu serais toi-même très embarrassé d'une telle situation, et donc de toutes les façons, ce serait affreux. Pas le pire, bien sûr, mais affreux."

De là où se trouvait Orfeo et Ugo, on ne pouvait voir de Iago qu'une jambe, nonchalamment jetée par-dessus l'accoudoir, et qui se balançait, signe de badinage considéré par le propriétaire de la-dite jambe comme inoffensif.

Iago adorait laisser son esprit dévorer les situations, et sa voix exprimer ses pensées.
Surtout qu'il savait qu'Ugo devait être en train de prendre connaissance du contenu de la lettre et qu'il ne faisait que combler un vide. Et Iago préférait les vides pleins que les pleins vides. Mais il savait aussi se taire quand il était temps de le faire.
Du haut du dossier surgit soudain quelques doigts, suivis d'une touffe de cheveux accompagnés d'une paire d'yeux ironiques et rieurs, et faussement blessés.


"Donc pour éviter l'horreur, je me tais, et toi "dis seulement une parole et je serais guéri" : sommes-nous dans la farce la plus sordide, dans le conte le plus mièvre, ou as-tu encore de quoi garder une certaine dignité ?"

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Coriolan
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MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Lun 2 Jan - 21:36

Le Prince di Grazziano défit le ruban avec un soupçon d'impatience et déroula le petit papier. Il lu les quelques lignes et, comme à l'habitude, le miracle se produisit. Les mécanismes de son esprit se mettaient en position, soldats bien disciplinés avant la bataille. Il ne s'agissait pas de charger d'emblée le général de l'armée adverse, mais d'envoyer une escouade en éclaireurs.
D'un geste presque las, il tendit le message à Iago.


"J'aurais préféré une parole mon ami... Mais cette fois-ci, c'est ton autre âme soeur qui semble dicter la pièce."

A peine eut-il émi cette phrase que le Prince se la reprocha. Cela ne lui ressemblait pas d'aborder les choses par le petit bout de la lorgnette. Il devait absolument élargir son angle de vue. Et pour commencer... Il se tourna vers l'Arlequin qui avait commis l'erreur de ne pas se retirer son rôle achevé. Soit il avait eu tort, soit son rôle n'était effectivement pas achevé.

"Monsieur, j'aimerais savoir deux choses. Tout d'abord connaissez-vous le contenu de cette missive, d'autre part, qui vous l'a remis et en quelles circonstances ?"
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Orfeo Ciriaco
Saltimbanque


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MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Lun 2 Jan - 23:59

Le saltimbanque avait gardé le regard fixé sur le visage du Prince tandis que celui-ci déroulait le message et en prenait connaissance. Un sourire en coin avait allumé ses yeux clairs au fur à mesure que l'homme installé dans le fauteuil et dont il n'apercevait que les bottes se balançant au rythme de ses mots, se laissait emporter par ses pensées ironiques et mises en paroles avec un flegme brillant.

Orfeo se dit que si l'homme n'avait pas eu la 'malchance' de naître coiffé, il aurait fait un admirable bateleur, un comédien de grand talent qui aurait emporté les foules dans un rire, les tournant d'un côté et de l'autre au gré de sa fantaisie. Un comédien auquel il se serait associé avec plaisir.

Puis, Ugo di Grazziano s'adressa à lui et son sourire se fit plus policé
.

"Non, Monseigneur, je n'ai pas eu connaissance du contenu de ce message. Il n'eut pas été digne de le lire alors que l'on m'avait fait jurer discrétion. Pour ce qui est de la Dame..."

Il eut une hésitation avant de répondre. Peut-être la missive n'était pas assez explicite quant au désarroi de la Princesse... Mais qu'était-il habile de raconter en sachant que les grands de ce monde n'appréciaient aucunement l'ingérance des petits dans leurs affaires et que, quoi que l'on en sache il valait toujours mieux prétendre l'ignorance et feindre une éternelle naïveté ?
Renseigner le Prince quant à la provenance du message ne semblait en revanche guère dangereux et il décida de se contenter de répondre à cela
.

"La jeune Dame se tenait sur un balcon au premier étage de la Ca'Adorasti tandis que j'allais à mes affaires pres de là. Aussitôt qu'elle m'eut vu, elle me héla et je me hissais jusqu'à elle. Elle me remit alors ce message et le bijou qui l'accompagne en précisant qu'elle y tenait beaucoup et qu'il faudrait le lui rendre. Elle me précisa être votre parente et me pria de venir toutes affaires cessantes vous remettre ceci. J'ai pensé refuser afin de n'encourir aucun ennui, mais son triste visage et ses yeux rougis m'ont poussé à accepter. Je ne sais rien de plus, Monseigneur, sinon qu'elle attend une réponse que je me suis engagé à lui remettre."
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Iago degli Albizzi
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MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Ven 6 Jan - 14:55

Iago avait tendu les deux mains par-dessus le dossier de la chaise pour attraper le petit morceau de papier.
Il s'était ensuite complètement replié sur lui-même derrière le haut dossier et n'avait plus bougé. On aurait pu avoir l'impression qu'il observait un silence de mort.

En fait, Iago tentait à grand peine de se retenir de rire.
Il y arrivait presque, mais le "son triste visage et ses yeux rougis" eut raison de lui, et après quelques hoquets étranges, un immense éclat de rire surgit de derrière le fauteuil.
Suivit de peu par une paire de jambe, et une tête renversée sur l'accoudoir.

L'explosion de rire passée, Iago se releva brusquement et rendit le papier à Ugo.


"Tiens, je te laisse le soin de brûler cet amas d'inanité pathétique..."

Puis regardant Ugo avec un sourire amusé il reprit.

"Souris, Prince, souris ! ta jeune parente, si je puis me permettre, est une tête de linotte... Elle a agit avec un manque de jugeote particulièrement vif. Rien ne méritait ce genre de mot.
Figure-toi que pendant que j'étais chez Elio, elle s'est mise à espionner notre conversation de la façon la plus maladroite qu'il soit. Il faudrait peut-être que tu lui apprennes les bases de cette science. Tu comprendras aisément que cela n'a pas beaucoup plus à Elio. Il est possible qu'il se soit lassé au point de l'enfermer dans sa chambre...
Mais quant au reste..."

Iago eut de nouveau un petit rire et retourna près de la cheminée pour se chauffer encore un peu plus.

"Cela n'est qu'un salmigondis d'idiotie. Ne pas aller à la soirée ce soir ? Mais ne lui avez-vous rien appris de la vie conjugale ? N'avez-vous pas réussi à faire entrer dans sa petite tête blonde les principes de bases d'un mariage dans notre société ?
Bien sûr qu'elle sera là ce soir, avec un grand sourire aux lèvres et un nouveau bijou précieux dans sa panoplie ! Elio n'est ni un monstre ni un idiot. Il aura forcément trouvé un moyen de se réconcilier avec elle…"

Iago retourna le fauteuil dans lequel il se trouvait précédemment pour pouvoir continuer son discours amusé assis, mais tourné vers Ugo et Orfeo.

"Mais que croit-elle… que le mariage est un beau chemin plat bordé de roses débordantes du parfum du bonheur ? C'est un calvaire, un gouffre, une abomination."

Il regarda subitement Orfeo avec un haussement de sourcil ironique.

"Retenez bien ça, jeune homme, même si quelque chose me dit que vous n'êtes pas du genre à commettre ce genre d'idiotie. De sang froid du moins."

Il reprit de nouveau vers Ugo, toujours plein de sa verve vive et joyeuse.

"Il n'y a pas de bonheur à chercher mais simplement un malheur un peu moins grand. Elle devrait commencer à apprécier de se faire enfermer, c'est ce qui lui donnera le plus de pierres précieuses qu'elle pourra revendre à un juif pour entretenir un galant.
Et puis, tu imagines si ce billet était tombé dans les mains de quelqu'un de moins bien intentionné que notre valeureux messager ici présent ? Elle se serait parfaitement couverte de ridicule, entrainant ta maison avec elle. Moi je m'en fiche, encore une fois, cela ne ferait que révéler la vérité de la nature humaine, mais je doute que cela entre dans tes visées...
Il ne faut pas la plaindre Ugo, mais lui passer un savon pour son manque de prévoyance, sa négligence et son incapacité à comprendre la réalité de la situation…"

Iago s'installa de nouveau de travers dans son fauteuil avant d'ajouter sa conclusion définitive.

"Voilà, j'ai dit, et de plus, il faut détruire Carthage."

C'était un autre des plaisirs de Iago que de finir ses discours ainsi. C'était sa façon discrète de rappeler toujours à Ugo que lui parlait, parlait, disait ce qu'il pensait, mais que ce qu'il pensait n'était ni conseil ni reproche, ni louange, simplement sa pensée. Et Iago savait bien que sa pensée était un point de vue différent sur un sujet, une voix sacrilège qui débitait des insanités à toute vitesse et qui la plupart du temps était absolument inapplicable…

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Coriolan
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MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Dim 15 Jan - 10:47

Coriolano se retourna vers Iago pour le fixer longuement dans les yeux. Il avait décidé de faire totale abstraction du messager pour un moment. Rien ne devait plus exister que ce regard qu'il fixait sur son ami. Et ce regard disait "méfiance". Non pas méfiance car Iago était allé trop loin. Cela arriverait sans nul doute un jour. Mais ce serait un jour que Iago lui-même aurait choisi, il n'y avait aucun doute à ce sujet. Non, c'était une toute autre sorte de méfiance.
Car enfin, le puzzle qu'on présentait à Coriolano ne fonctionnait pas. Les pièces reposaient les unes à côté des autres et pas une seule ne semblait pouvoir se lier aux autres. Par exemple, qu'arrivait-il à Bianca ? Depuis l'arrivée de son frère à Venise, deux esprits contradictoires semblaient s'être emparés d'elle. Elle agissait tour à tour avec une ruse confondante et une ingénuité désarmante. Mieux valait se montrer, dans ce cas, le plus pessimiste possible. Cela annonçait un danger. Tout cela, il fallait que Iago le comprenne, et que Iago comprenne également que, au vu de la position qu'il occupait, Coriolano n'avait pour le moment pas énormément de cartes à jouer. Aussi, après plusieurs minutes de silence, se retourna-t-il vers le messager.


"Monsieur je vous remercie de vos efforts. Comme l'a remarqué mon ami ici présent, à sa manière, ma soeur s'est mise en grand danger en agissant ainsi. Aussi ne vais-je pas aggraver la situation. Si vous parvenez à la revoir, dites-lui simplement que tout va bien. Rien de plus. Elle comprendra.
D'autre part, j'aimerais également que vous me fassiez l'honneur d'être présent ici même, demain dans l'après-midi. J'aurais quelques questions à vous poser sur votre art, lorsque mes affaires m'en laisseront le temps... N'est-ce pas ce que tu me conseillerais, Iago, le meilleur des amis ? Eloigner quelques temps les fantômes poussiéreux des affaires politiques !
Eh, médite bien ces mots. Ce soir, la politique revêtira des atours qui feront pâlir d'envie notre chère princesse Di Alessandro !"

Sur ces mots le Prince eut un petit rire. Un rire de joie pure. Oh oui. Le bonheur affluait à l'état pur dans ses veines. Cette situation inextricablement emberlificotée lui laissait entrevoir des perspectives plus riches encore que tout ce qu'il avait pu imaginer en posant le pied dans ce palais humide. Et c'est presque en dansant qu'il tendit à nouveau le médaillon à Orfeo.


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Orfeo Ciriaco
Saltimbanque


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MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Lun 16 Jan - 22:51

Orfeo se retint de sourire aux propos ironiques du gentilhomme qui s'adressait au Prince aussi librement qu'à n'importe quel bon ami sans ce soucier de son rang ou de l'étiquette.
Mieux, il semblait que le Prince l'écoutait et ne se formalisait pas qu'on lui parla assis alors que lui-même se tenait debout.
Assurément, ces deux-là étaient forts liés et le jeune homme sentit que pour plaire à l'un mieux valait ne pas déplaire à l'autre. Le reste de la conversation ne l'interessait que peu, faisant référence à un monde d'enjeux politiques qui lui était étranger
.

"Je porterai votre réponse aussi vite que je le puis, je serai prudent afin de ne pas causer de tort à Madame votre soeur, soyez-en assuré. Je suis flatté que ma présence et mon art vous agréent, Monseigneur et c'est avec grande fierté que je me présenterai à votre porte demain dans l'apres-midi."

Un sourire radieux illumina le visage du saltimbanque à l'idée d'être souhaité dans un tel lieu, et par le Prince lui-même.
Il se saisit du petit médaillon et le fit disparaitre dans un pli de son vêtement. Aprés une derniere courbette de comédie, il ouvrit la porte avec un sourire joyeux et s'en fut d'un pas sautillant, tout excité de revenir bientôt
.

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Iago degli Albizzi
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MessageSujet: Re: La Bibliothèque   Sam 21 Jan - 16:10

Iago avait eu un haussement de sourcils puis un air de compréhension mi-ironique mi-sérieux. Il s'était ensuite tu et avait sagement attendu le départ du messager vagabond pour se redresser sur son fauteuil.

Il avait parfaitement compris ce que Ugo avait voulu lui dire par ce long regard, et il agirait en conséquence, mais pour l'instant, il restait presque "accroché" au rire de Ugo. Depuis qu'ils étaient arrivés à Venise, il ne lui semblait pas en avoir entendu de semblable. Oui cela faisait longtemps...
Il le regardait d'un air amusé.


"Grazziano, tu es un joueur... Est-ce que tu ne vivrais pas seulement quand ta vie est en danger ?"

Iago souriait toujours, il n'attendait aucune réponse, il parlait plus pour lui-même que pour Ugo.
D'un geste nerveux de la main il balaya tout cela et se leva en une détente souple.


"Tu as tout à fait raison sur le conseil que je te donnerai, il faut toujours laisser les fantômes poussiéreux aux placards. Ou alors il faut danser avec lors d'un bal pour pouvoir choquer la compagnie. Mais c'est assez peu faisable en fin de compte, puisqu'il est relativement difficile de trouver un fantôme en chair et en os, ou du moins en chiffon et en cendre, ou en je ne sais quelles matières qui constituent les fantômes..."

Iago était en train de remettre le fauteuil en place, dans un mouvement d'inconscience, de suractivité ou de bonté envers les domestiques (la dernière hypothèse étant la moins vraisemblable).
Quand il eut finit, après un dernier petit effort (c'est que les fauteuils sont des choses lourdes et massives et souvent de mauvais goût) il s'accouda une fois de plus dessus en continuant sa logorrhée.


"Quant à faire pâlir d'envie notre chère Princesse, c'est là chose facile et difficile.
Difficile parce qu'elle se pare tellement elle-même que lui montrer un objet pour la possession duquel elle n'aura pas déjà fait les innombrables démarches plus ou moins avilissantes, devient un exploit inouï.
Facile parce que l'Envie est un des moteurs principaux de sa petite tête. Il suffit d'agiter devant ses yeux un objet brillant et inconnu pour la voir pâlir...
Bref..."

Nouveau mouvement balayant des mains.
Iago s'était avancé et posait les mains sur les épaules d'Ugo, avec un air ironiquement dramatique.


"Torero, il est temps pour toi d'entrer dans l'arène, va enfiler ton habit de lumière et sois tel que tu es toujours : brillant."

Le masque tragique se brisa subitement en un grand sourire.

"Trêve de bavardage de ma part, ce que bien sûr je ne tiendrai pas, je crois qu'on approche de l'heure que tu avais fixée pour rendez-vous avec ta troupe fidèle. Je ne sais pas si Matteo viendra, il était, je crois, invité à une soirée. Si c'est la même, nous aurons une fois de plus affaire à une coïncidence du pire mauvais goût théâtral.
Pardon, je recommence le bavardage.
Je composerai l'arrière garde sans doute. Il faut d'abord que je médite aux caractères éphémères des choses d'ici bas si je ne veux pas être trop infect ce soir."

Il s'attrapa soudain de la main droite en tirant sur son propre col et se mit à avancer vers la porte comme si c'était sa main qui le forçait à aller dans cette direction.

"Je me jette moi-même hors de la pièce pour que tu puisses être enfin efficace et te préparer rapidement... A ce soir !"

Iago était presque sorti lorsqu'il fit brusquement demi-tour, marcha droit sur Ugo et le serra brièvement dans ses bras.

"Amuse-toi bien..."

Puis sans en faire plus (il en avait déjà fait beaucoup...) il se dirigea à grands pas vers sa chambre.

[Chambre de Iago]

_________________
Honest Iago...
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