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Isabella Invité
| Sujet: Re: La Bibliothèque Jeu 18 Aoû - 9:30 | |
| Dans l'encadrement le l'imense porte richement sculptée se dessina la petite silouhette d'Isabella, les bras chargés de divers accessoires. Elle pénétra dans la vaste biblothèque et referma la porte derrière elle. Elle devait faire vite, ces travaux là auraient dû être faits tôts le matin et les nobles n'aimaient pas avoir des domestiques dans les pattes quand ils travaillaient dans la bibliothèque. Par chance, celle-ci était déserte, et Isabella se hâta de placer un escabeau devant la première des grandes fenêtres qui projetaient de grandes flaques lumineuses sur le sol. Elle grimpa les marches et commença à nettoyer les carreaux. La tâche était ardue et elle se dépêchait. Quand elle eut terminé, elle entreprit de dépoussiérer les hautes étagères et les livres qui sentaient le vieux cuir. De temps en temps, furtivement, elle en sortait un par la tranche et le feuilletait rapidement, saisissant au vol des bribes de phrases qui, sorties de leur contexte, résonnaient mystérieusement dans son esprit débordant d'imagination... |
|  | | Coriolan Invité
| Sujet: Re: La Bibliothèque Ven 19 Aoû - 17:28 | |
| [L'embarcadère]
C'est d'humeur indéfinissable que le Prince Coriolano di Grazziano pénétra dans la bibliothèque. Il n'avait pas eu le temps de superviser la disposition de celle-ci, les livres qu'il avait fait transférer dans son appartement ayant requis toute son attention. Le travail avait cependant été très correctement fait, et les lourds volumes semblaient ici parfaitement à leur place. L'endroit était peut-être un peu plus impersonnel que dans les étages supérieurs mais cela n'avait rien d'étonnant et suffirait... pour le moment. Affairée telle une petite souris une servante époussetait fiévreusement les reliures. Coriolano choisit de ne pas révéler immédiatement sa présence et l'observa à la tâche. Munto. Isabella Munto. Il l'avait engagé, très peu de temps auparavant, il s'en souvenait à présent. Visiblement la jeune fille connaissait son métier, ainsi qu'il l'avait pressenti. Il eut un petit sursaut en la voyant feuilleter plusieurs ouvrages de prix. Il se ressaisit. La domestique n'avait pas les manières brutales de beaucoup d'employés de maison et traitait les livres avec respect. Après quelques minutes, il pénétra dans la pièce proprement dite en faisant suffisemment de bruit pour que sa présence soit remarquée.
"Auriez-vous un instant ? J'aurais à vous parler..."
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|  | | Isabella Invité
| Sujet: Re: La Bibliothèque Ven 19 Aoû - 19:20 | |
| Isabella, maintenant plongée dans la contemplation d'une édition origniale d'une histoire très romantique, n'avait pas entendu la porte s'ouvrir, et quand Ugo s'adressa à elle, elle faillit lâcher le volume et poussa un petit cri.
"Seigneur Di Grazziano, je suis désolée!"
S'écria-t-elle en remettant précipitament le volume à sa place. Elle se hâta de descendre de l'escabeau et fit disparaître produit et chiffon dans un grand seau en métal. Elle se présenta alors devant son maître, se sentant affreusement sale et dépenaillée pour la circonstance, et s'inclina poliment, baissant les yeux, elle demanda :
"Que puis-je faire pour vous monseigneur?" |
|  | | Coriolan Invité
| Sujet: Re: La Bibliothèque Sam 20 Aoû - 8:56 | |
| Coriolano décroisa ses mains de derrière son dos. La petite servante avait l'air aussi consciencieuse que possible et il ne tenait pas à l'effrayer ou l'intimider. Ce genre de méthode n'était efficace que dans certains contextes bien précis. Aussi se contenta-t-il de hocher la tête avant de prendre la parole.
"J'aurais un petit travail à vous confier. J'aimerais que vous m'envoyiez la princesse Tannuccia Di Alessandro. Elle est sortie il y a peu du palais et j'aimerais m'entretenir avec elle. La connaissant, elle ne doit pas être partie bien loin. Pourriez-vous vous mettre à sa recherche ? Il me semble que cette ville ne vous est pas étrangère, aussi est-ce pour cela que je me suis adressé à vous."
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|  | | Isabella Invité
| Sujet: Re: La Bibliothèque Sam 20 Aoû - 9:30 | |
| Isabella ne connaissait pas si bien que ça la ville, mais elle se garda de l'avouer à son prince qui lui faisait là un bien grand honneur en lui accordant sa confiance pour une telle mission. La jeune servante releva la tête et regarda le prince, se demandant un instant ce qu'aurait été sa vie si des hommes tels qu'Ugo lui avaient été accessible. Le prince était d'une beauté à couper le souffle... *Secoue-toi ma fille et cesse d'être stupide!* Elle s'inclina alors et répondit au prince :
"Je trouverai la princesse, prince..."
Et elle partit à reculons rassembler ses affaires de nettoyage pour les ranger avant de partir. Elle se demanda si elle pourrait prendre le temps de se changer.
[Le Grand Hall] |
|  | | Coriolan Invité
| Sujet: Re: La Bibliothèque Ven 2 Sep - 23:01 | |
| Coriolano regarda la petite servante quitter les lieux avec le sentiment plaisant d'être entouré de gens de bonne volonté. Peut-être le trahiraient-ils la semaine prochaine, qui sait ? Mais en attendant, ils faisaient de leur mieux, du dernier serviteur jusqu'au noble... Nobles... Oui, le banquet du Prince Elio serait une bonne occasion d'entrer en contact avec la haute société vénitienne. Il n'avait pas pensé disposer si tôt d'une telle occasion. Décidément, sa soeur lui avait offert un cadeau inespéré... comme à l'habitude. Et plus que tout, il désirait rencontrer son rival. S'y confronter pour la première fois, véritablement. Quelque chose en lui s'était réveillé, qui n'avait pas été stimulé depuis longtemps. Quelque chose d'extrêmement dangereux, mais aussi de très agréable... Tout sourire, Coriolano quitta la pièce.
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|  | | Iago degli Albizzi Gentilhomme - Ca'Grazziano

Inscrit le : 23 Mai 2005 Messages : 260
| Sujet: Re: La Bibliothèque Dim 23 Oct - 13:53 | |
| [Plus tard - Petit Salon]
Iago avait à peine fermé la porte à clef qu'il s'arrêta, en entendant les paroles murmurées d'Ugo. Il connaissait son Ugo par cœur, ce qui lui avait permis de percevoir le léger regard de regret qu'Ugo avait lancé vers la bibliothèque, l'infime résistance qui avait précédé la décision de le suivre. Magnanime, Iago avait décidé de laisser de côté ces signes d'une intelligence flageolante qui se demandait si elle ne préférait pas une conversation avec la tante plutôt qu'avec lui.
Mais l'expression verbale exigeait une réponse claire, étant donné qu'elle était elle-même chargée de sous-entendus parfaitement limpides. Ugo venait en fait de lui dire "j'espère que tu as des informations importantes pour que tu viennes me déranger ainsi." Iago tourna la clef dans l'autre sens, et ouvrit grand la porte avant de regarder Ugo d'un air mi-figue, mi-raisin.
"Mon ami, si mon intrusion, et donc mes paroles doivent être la monnaie du rachat de ma personne, j'ai le regret de te dire qu'il vaut mieux que tu cours après ta chère Tante qui vient de prendre la galerie. Ce que j'ai à te dire n'a absolument aucune valeur. Pas le moindre intérêt, rien que tu puisses annoncer avec fierté à notre bonne Lucia.
En plus, tu me connais, je ne supporterai pas que tu ne respectes pas la devise de l'Abbaye de Thélème "fais ce que voudras". S'il ne va pas de ta volonté, mais d'un prix, pour t'arracher à la vieille Agrippine, alors je ne veux plus rien dire, je me retire. Et toi, file rattraper Agrippine, si c'est ce que tu veux."
La fin fut accompagnée d'un grand mouvement du chapeau qu'il tenait toujours à la main, balayant presque le sol et indiquant l'entrée de la galerie où Lucia venait à peine de disparaître.
Tout cela avait été dit avec une certaine nonchalance et surtout aucune agressivité. Ce qu'il disait là, c'était plus que le souci d'honnêteté qui lui faisait rappeler que ce qu'il avait qualifié de "urgent" n'était peut-être que le fait que le gondolier chantait complètement faux. C'était en fait la manière qu'avait Iago (et qu'Ugo devait commencer à connaître) de rappeler qu'il ne voulait pas qu'on le traite comme n'importe qui, qu'on l'écoute par ennui, par intérêt, c'est-à-dire à moitié et en pensant à autre chose.
Son ton n'était absolument pas blessé ou vexé, d'ailleurs, il ne l'était pas. Sa proposition était tout à fait sincère : il préférait attendre un moment propice, où il n'y aurait ni regrets ni parasites, où on lui accorderait une attention totale, plutôt que de brader une de ses discutions.
C'était là une marque importante d'estime de la part de Iago. Cela voulait dire qu'il considérait Ugo sur un pied d'égalité, qu'il était pour lui un être capable de la même honnêteté, de la même entiereté que lui-même. Autant dire qu'à part un certain ami d'enfance au prénom d'Elio, il n'y avait personne d'autre qu'Ugo à avoir cette faveur. _________________ Honest Iago... |
|  | | Coriolan Invité
| Sujet: Re: La Bibliothèque Ven 11 Nov - 20:42 | |
| Coriolano sentit la morsure d'un démon tentateur lui emplir la poitrine d'un venin anodin mais fort corrosif. Cela faisait un moment que cela ne lui était pas arrivé. Peut-être était-ce du à ce vase dans lequel il discernait une rose fanée. Peut-être était-ce dû à cette impatience qu'il ressentait quant à la soirée qui s'annonçait. Une impatience qu'il devait prudemment garder en réserve, car elle serait l'une de ses seules armes lors de son entrée chez son beau-frère. Ou peut-être, tout simplement, lassitude de devoir répondre à Iago par les codes habituels. Toujours est-il que le Prince leva un regard clair au plafond, se passant la main sur le menton :
"Tu sais, j'avoue que l'occasion est tentante. Crois-moi, ma parente peut se révéler divertissante à l'envie. Enfin, je ne tiens pas à réouvrir un sujet sur lequel nous nous somes tant de fois querellés... Mais crois-moi, le jour où tu passeras plus d'une heure en sa compagnie..."
Etrange, comme cette condescendance était en fait conviviale. Jamais Coriolano ne se serait comporté de manière aussi directe et indélicate envers qui que ce soit... Sauf envers Iago, bien entendu. Comme dans un rêve, il sentit ses doigts descendre vers sa gorge et la masser délicatement. Un léger frisson le parcouru.
"Mais après tout, peut-être vais-je tenter le diable et laisser mon temps couler dans les canaux de Venise en restant un peu plus longtemps avec toi... mon vaillant compagnon."
Le jeune homme pivota sur ses talons et fit face à son interlocuteur, affichant un doux sourire.
"Après tout, qui résisterait, dans tout Venise, à tes paroles... Pas un seul... non, pas un seul."
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|  | | Iago degli Albizzi Gentilhomme - Ca'Grazziano

Inscrit le : 23 Mai 2005 Messages : 260
| Sujet: Re: La Bibliothèque Mer 16 Nov - 0:00 | |
| Iago était resté la main sur la poignée de la porte, regardant vaguement la silhouette de Ugo qui lui tournait le dos. Il écoutait ses premières paroles sans vraiment les écouter, pris entre deux sentiments contradictoires. Lorsqu'il faisait attention aux mots, à cette parole élégante et pleine de convention sociale, il était pris de l'envie profonde d'envoyer Ugo hors de la bibliothèque. Mais il y avait quelque chose en plus. Beaucoup plus.
Quelque chose qui n'était pas dans les mots, un sentiment, quelque chose qui émanait de l'attitude d'Ugo et qui disait être chose. Quelque chose qui faisait que Iago avait envie... Il ne savait pas trop de quoi il avait envie d'ailleurs. De repêcher l'oiseau qui se noie. De souffler sur la braise qui s'éteint. De couper les branches qui empêchent au soleil d'atteindre la jeune pousse. Quelque chose d'idiot comme ça.
Mais il y avait eu un frémissement, et la voix avait changé, précipitant Iago dans un nouvel écartèlement d'émotion.
Ugo maniait le sous-entendu avec une efficacité diabolique. N'importe qui d'autre lui aurait dit clairement "Finalement, je pense avoir du plaisir à converser avec toi, donc je vais rester, mais ne crois pas pouvoir compter sur moi pour laisser dans l'ombre le fait que tu aies passé plus de temps avec Elio que tu n'en accordes à n'importe qui d'autre, que dois-je en conclure ?". Là, il aurait haussé les épaules, s'en serait tiré avec brio et éclat. Mais non, Ugo ne faisait pas comme ça. Ugo utilisait le sous-entendu. Les mots n'étaient qu'une petite façade du sens qui se cachait derrière. La signification naissait de ses yeux, de ses gestes, de son sourire, de sa voix. Elle ne s'arrêtait jamais à la surface apparente mais devait être cherchée en profondeur. Et comme ça, il touchait toujours Iago beaucoup plus directement. Peut-être était-ce aussi simplement parce qu'il était Ugo, qui le connaissait si bien, et qu'il connaissait autant.
Peu importait. Le résultat était le même. Les pommettes de Iago avaient pris une teinte rouge, assez peu perceptible, mais réelle, une certaine envie d'assassiner Ugo se faisait sentir, en même temps qu'une vague d'amitié et de joie l'avait pris.
Il se retourna brusquement, emportant la porte dans son geste et la ferma de nouveau à clef. Presque comme s'il s'agissait du même mouvement, Iago arriva sur Ugo et entoura les épaules de celui-ci de son bras droit. Entre l'embrassade et la prise de combat, le geste eut pour effet de faire reculer Ugo jusqu'au fauteuil juste derrière lui, l'accompagnant doucement jusqu'à ce qu'il soit assis.
Prenant appui sur les accoudoirs, Iago resta penché sur Ugo pour dire d'une voix grave :
"Prince, tu ne peux plus laisser couler ton temps dans les canaux de Venise, car les eaux troubles de la lagune sont déjà dans ton cœur."
Voix sérieuse. Trop grave, trop sérieuse. Difficile de savoir si, en parodiant un roman à la mode, Iago cherchait simplement à s'amuser ou à dire une part de vérité.
D'ailleurs, à peine avait-il dit cela qu'il recula soudainement, comme s'il se rejetait dans l'autre fauteuil. Là, il allongea ses jambes et souriant avec son ironie habituelle.
"Maintenant nous pouvons passer aux choses sérieuses. Le grand méchant mari de ta pauvre petite sœur est, comme tu l'as déjà deviné, quelqu'un que je connais bien. Le seul ami que j'ai et qui n'est pas toi. C'est une personne qui m'est très cher, et dont je ne t'ai sans doute jamais parlé pour ne pas faire mentir le vieux proverbe "On ne parle que des choses qui fâchent." C'est quelqu'un de remarquable, dont je ne peux pas dire grand chose qui ne soit pas du ressort de l'éloge amphigourique, genre que je me refuse à pratiquer..."
Légèrement affalé sur le fauteuil, un coude appuyé sur le dossier, la main posée sur la tête, Iago se mit à jouer avec ses cheveux. Il avait l'air songeur.
"Je me demande... Ta sœur t'a invité à la soirée ce soir, n'est-ce pas ? Donc tu le verras. Je me demande comment..."
Il s'arrêta et fronça légèrement les sourcils avant de sourire avec dérision. Sa main se décida à ébouriffer franchement ses cheveux.
"Enfin, tu sais aussi bien que moi ce que je veux dire. Cela sera amusant. Et idiot aussi, très idiot. Parce que "à l'état de nature" si une telle chose existe, vous ne vous seriez sans doute pas trop mal entendu. Après tout, vous me supportez à peu près tous les deux, ce qui vous rend très différents du reste du monde. Mais vous n'allez rencontrer que vos rôles sociaux. Donc vous risquez très fortement de ne pas vous apprécier du tout... Mais enfin, puisque vous avez décidé de les jouer..."
Iago eut un geste d'impuissance désinvolte. Il fallait sans doute avoir son esprit étrange pour ne pas se sentir gêné par une situation pareille. Que les deux seules personnes au monde qui soient ses "amis" deviennent les pires ennemis ne lui semblait absolument pas dénué de sens, ni entraîner la moindre gêne.
Iago se redressa sur son siège et eut un geste de la main comme pour balayer le sujet. Et il posa sans aucune transition la question qu'il voulait poser à Ugo depuis quelques temps, (parce que pour lui, elle était importante et qu'il lui accordait un vrai sens) mais que le flot de ses pensées et de la conversation n'avait pas encore permis...
"Dis-moi, comment vas-tu ?" _________________ Honest Iago... |
|  | | Coriolan Invité
| Sujet: Re: La Bibliothèque Sam 19 Nov - 22:22 | |
| Coriolano resta le front baissé vers le sol durant le petit discours de son ami. C'était tout Iago. Une suite d'information simple et précise rehaussée par son éloquence sans pareille. Le jeune homme se rendait-il compte du trésor qu'il avait dans les mains, ou plutôt dans la voix ? Probablement. Peu à peu, sans que personne ne s'en rende compte, il s'était frayé un chemin dans la société vénitienne, avait ses entrées à peu près partout et, surtout, pouvait dire ce que peu à part lui pouvaient dire. Pourtant, il y avait toujours ce côté trouble chez Iago. Cette impression que toute cette éloquence n'était pas le masque blanc de la véritable noblesse. Elle faisait partie de son être, comme cette main sur laquelle Coriolano avait insensiblement fixé son regard. Pour quiconque se retrouvait en possession d'un fragment de la confiance de Iago, celui-ci apparaissait comme la personne la plus directe qui soit. Pour quiconque... Le prince releva la tête, amenant les mains à hauteur de son visage.
"Décidé ? Iago, si, comme tu viens de me le dire, tu navigues entre nos deux maisons depuis l'arrivée de ma famille à Venise, je suppose que tu t'es rendu compte que nous n'en sommes pas là, loin s'en faut. Le choix n'a pas droit de cité dans cette charmante farce."
Les mains se posèrent devant les yeux de Coriolano, formant une parodie de masque.
"Je ne connais pas celui que je nommerai mon rival pour continuer à bien jouer mon rôle. Tu ne te sens pas de taille à en parler et, tu dois t'en douter, ma soeur n'est pas la personne la mieux placée pour discuter de ses secrets d'alcôve avec moi. Bref, j'ignore totalement face à qui je vais véritablement me trouver. Dans ce cas, non seulement je n'ai pas le choix, mais il convient également que je m'attende à me trouver face au dirigeant d'une lignée haïe par mes pairs, rien de plus. Faute de quoi, le rideau tomberait, faute d'intrigue. Ceci dit ne t'inquiète pas. Cette soirée n'aura rien d'une tragédie ou même d'un drame. Je m'y emploie à l'heure même. De toutes mes forces... Et pour répondre à ta question, je vais... plutôt bien pour le moment. Je m'emploie à retisser des liens brisés lors du déracinement de ma maison. Une tâche qui risque fort de me tenir occupé les jours qui viennent... Et je compte sur ton aide pour dénouer les fils que j'aurais par inadvertance trop serrés... Je me permettrai maintenant de te retourner la question : comment trouves-tu Venise, mon ami ?"
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|  | | Laurena Invité
| Sujet: Re: La Bibliothèque Dim 20 Nov - 15:08 | |
| Laurena avait parcouru les quelques mètres qui séparaient l'entrée du petit salon et celle de la bibliothèque sans s'en apercevoir, et avait sursauté en découvrant qu'elle se trouvait en face de la porte de la bibliothèque. Curieusement, celle-ci ne lui avait jamais paru aussi grande - ou alors, c'était elle qui avait subitement perdu la moitié de sa taille. Elle resta plantée devant la porte en l'observant, prise d'un intérêt soudain pour le bois dont elle était faite, puis se demanda si le bruit de ses coups se ferait entendre de l'autre côté. S'il ne parvenait pas à rentrer à l'intérieur de la pièce, l'intendante se retrouverait bien embarrassée : le messager l'ennuierait encore en disant de se presser, et elle aurait du mal à lui faire admettre que les sons ne passaient pas...
Sans s'en rendre vraiment compte, elle frappa trois coups bien plus forts qu'elle ne l'aurait voulu, dont la force dépassait largement celle qu'on met traditionnellement dans ses coups lorsqu'on toque à une porte, quelle qu'elle soit. Gênée, elle rougit et resta bêtement devant la porte à se demander si le Prince se fâcherait. Au bout d'une dizaine de secondes, elle se rappela subitement qu'elle avait quelque chose à annoncer, et s'éclaircit la voix avant de prononcer, sur un ton qu'elle voulait le plus neutre possible :
"Pardonnez-moi mon Prince, mais il y a ici un messager qui se dit porteur d'un message très important, et il m'a demandé de vous remettre ce médaillon, censé vous révéler l'identité de l'expéditeur du message..."
*Ce médaillon ? Il ne me voit même pas, comment pourrait-il savoir de quel médaillon je parle ? Ma pauvre...* |
|  | | Iago degli Albizzi Gentilhomme - Ca'Grazziano

Inscrit le : 23 Mai 2005 Messages : 260
| Sujet: Re: La Bibliothèque Mar 22 Nov - 2:34 | |
| Iago se mit à sourire en entendant Ugo parler de choix et de décision. Finalement, il y avait quelques demi-heures, il avait eut la même conversation avec Elio… Il se gifla mentalement (plutôt il ne se gifla pas, cela, il le laissait aux autres, mais disons qu'il se rappela à l'ordre brusquement) : cela suffisait avec les comparaisons. Elles ne menaient à rien.
Il balaya tout cela de son esprit et répondit simplement à Ugo.
"Grazziano ! tu sais bien que le Sancho Pansa de ta "Quichottude", à savoir moi-même, manque terriblement du bon sens de l'original. Je ne sais raisonner que dans l'absolu et bien souvent par l'absurde. Or tu seras d'accord que dans l'absolu, rien n'empêche, même un Roi, de tout abandonner et de partir en ermite dans la forêt, ou s'il n'a aucune affinité avec les esprits sylvestres, où bon lui semble. Maintenant… Je sais bien que ce n'est pas tout à fait… réaliste… Et si d'un point de vue parfaitement intellectuel je trouve dommage que tu t'astreignes à cette parade sociale, tu sais aussi que je comprends et que si tu as besoin de moi (ce qui semble peu vraisemblable étant donné que je suis relativement inutile, enfin, cela, c'est à toi de voir) je serais là."
Iago, qui de toutes les façons ne savait pas tenir en place, s'éjecta de nouveau de son siège pour atterrir à genoux près du fauteuil d'Ugo. Là, il attrapa les mains d'Ugo, toujours posées sur son visage et les fit redescendre doucement.
"Tu peux compter sur moi, même si, en ce qui concerne la capacité de desserrer les fils, s'il s'agit de diplomatie, je suis extrêmement peu doué (et malheureusement, j'en suis fier), et je ne fais qu'accentuer les tensions…"
Il avait déjà relâché les mains d'Ugo et releva la tête à la question.
"Venise ? C'est la ville la plus infecte que je n'ai jamais vue. Parfaitement hypocrite et répugnante. J'ai vu beaucoup de choses, mais là… de telles façades avec rien derrière, des dorures qui cachent la pourriture, une prétendue richesse alors que plus rien ne se passe, une fausse créativité partout alors que l'on ne fait qu'utiliser les artifices usés des génies passés… Tout le monde fait semblant de vivre alors que tout le monde est déjà mort. J'aime beaucoup. Non, sincèrement, j'aime beaucoup. Accord parfait pour une fois entre la ville et les hommes.
On dit que Venise étant construite sur des pieux de bois, elle a tendance à descendre dans l'eau. J'espère qu'elle sera bientôt engloutie. Ça me donnerait ainsi l'espérance qu'un jour l'humanité subisse le même sort.
Iago était maintenant vraiment assis sur le sol, un coude sur l'accoudoir d'Ugo pour pouvoir discuter plus confortablement.
"En attendant cet heureux événement, on y rencontre les spécimens les plus amusant de l'humanité. Tiens, ce matin, j'ai rencontré…"
Iago avait cru un instant avoir la possibilité de raconter enfin ce qu'il essayait de dire depuis ce matin et qu'il n'avait toujours pas réussi à prendre le temps de dire. Malheureusement, il devait y avoir une sorte de malédiction, car c'est pile à ce moment que trois coups fort sonores retentirent à la porte.
Iago leva les yeux au ciel avec un geste de lassitude qui voulait dire quelque chose comme "et voilà où nous mène le devoir, plus de moment de tranquilité". Mais il se tut pour permettre à Ugo de bien entendre le message. Ce qui lui permit d'entendre lui aussi tout le discours et donc de se tourner de nouveau vers Ugo avec un sourire ironique aux lèvres.
"Un médaillon censé révélé l'identité de l'expéditeur du message ? Ugo… J'espère que ce n'est pas toi qui as pensé à un expédient aussi romanesque et banal pour reconnaître les gens… Un médaillon ? J'espère que c'est au moins un héritage de famille non prévu à cet effet qu'une âme en détresse t'envoie dans un mouvement de panique et sans prendre le temps de réfléchir ou de faire preuve d'imagination…"
En disant cela en riant, Iago s'était relevé, et se dirigeait vers la fenêtre. Avec une intrusion pareille, Ugo allait être obligé de faire quelque chose, même si cela ne prenait que le temps de renvoyer tout le monde. Donc la jeune femme et le porteur du message allaient sans doute entrer, et Iago, s'il avait un plaisir sans borne à ennuyer tout le monde, ne cherchait pas spécialement à embarrasser Ugo. Ce qui faisait qu'en présence d'Ugo, et en public, il se tenait généralement aux bornes de la convenance. Et il savait que être assis par terre accoudé au fauteuil de son interlocuteur n'en faisait pas partie... Idiotie des conventions... _________________ Honest Iago... |
|  | | Coriolan Invité
| Sujet: Re: La Bibliothèque Ven 25 Nov - 22:49 | |
| Le sourire qui apparut sur le visage de Coriolano était, cette fois-ci, tout à fait franc. Menaçant son ami du doigt, il avança de deux pas vers lui :
"Mon cher Iago, il faut que tu cesses de juger les autres à l'aune de ton égoïsme ! Et crois-moi, je ne me lance pas dans un quelconque serment, je te supplie juste de ne pas m'exposer à la tentation ! Tu sais que je ne peux y résister bien longtemps. Tu le sais même mieux que personne... Et, je t'en prie, cesse de discréditer cette parade sociale, comme tu l'appelles, dans laquelle tu trouvers sûrement des morceaux de choix à prélever. Tu n'es pas un charognard mais un oiseau de proie, ami cher. Il te faut des situations de ce genre pour te sentir vivre, du moins ai-je cru m'en rendre compte. Quant à mon beau-frère... Au moins sais-tu déjà que je ne le sous-estimerais pas. Pourquoi le ferais-je, d'ailleurs. Pour que mon père ait lancé Bianca sur sa route... Il doit s'agir de quelqu'un de particulièrement redoutable."
Le fil des pensées du prince se déroulait librement et clairement, comme lorsqu'à chaque fois que Iago se trouvait en sa présence. Cet homme avait la grande qualité de ne rien oublier et de ne pas s'offusquer de beaucoup... Aussi Coriolano n'éprouvait-il aucun scrupule à lui parler de la sorte. Il fut légèrement saisi lorsque la voix de son intendante résonna à travers la porte fermée. Un médaillon ? Répondant à la boutade de Iago par une grimace discrète, il alla tourner la clé dans la serrure et entrouvrit le panneau. Son visage se trouvait à quelques centimètres de celui de la jeune femme. Sans la moindre gêne, il s'adressa à elle d'une voix posée :
"Merci beaucoup. Auriez-vous l'obligeance de me remettre l'objet je vous prie ?"
Il se garda bien d'afficher la surprise à l'égard d'un procédé qui, Iago avait vu juste, ne lui ressemblait vraiment pas. A quoi cela rimait-il ?
Dernière édition par le Lun 20 Aoû - 0:31, édité 1 fois |
|  | | Laurena Invité
| Sujet: Re: La Bibliothèque Sam 26 Nov - 13:45 | |
| L'intendante écarquilla les yeux lorsqu'elle se retrouva nez à nez - à prendre ici au sens le plus littéral possible - avec le Prince. C'était véritablement un individu curieux, se dit-elle. En y réfléchissant, elle ne voyait pas une seule autre personne (hormis cet Iago, qui pouvait être capable de n'importe quoi, pensait-elle) qui serait susceptible de s'adresser de cette manière à son domestique.
A ce détail près, tout s'était bien passé. Le Prince n'était pas le moins du monde énervé et il semblait n'avoir même pas remarqué la bêtise que Laurena avait faite en cognant la porte si fort, puis en restant immobile devant elle, sans rien faire.
D'ailleurs, ça devait faire approximativement six secondes que le Prince lui avait demandé de lui remettre le médaillon, qu'ils étaient dans une position douteuse, et qu'au lieu de le lui donner, Laurena restait immobile, perdue dans ses pensées.
Elle vacilla et manqua de tomber en arrière, se rattrapant au dernier moment. Elle voulut s'excuser, mais les mots ne sortirent pas de sa bouche. Enfin, reprenant ses esprits, elle lui tendit le médaillon qu'elle avait gardé dans sa main droite.
"Le voici, mon Prince. Le messager n'a rien voulu me dire à propos du message ou de son expéditeur, il doit donc s'agir d'une chose importante. Si vous vouliez bien le recevoir..." |
|  | | Orfeo Ciriaco Saltimbanque

Inscrit le : 02 Sep 2005 Messages : 81
| Sujet: Re: La Bibliothèque Sam 26 Nov - 20:55 | |
| [Petit Salon]
Orfeo qui s'était tenu un peu sur le côté durant les premiers mots de l'intendante, fit un pas en avant. Il avait bien assez piétiné comme cela et n'envisageait pas de patienter plus longtemps. Cependant le sourire éclatant qui faisait briller ses yeux ne laissait deviner aucune trace de lassitude ou d'impatience.
"Il ne fait nulle doute que vous me recevrez Monseigneur. La personne qui m'envoie se languit de votre réponse, et mon message est rapide à délivrer."
Son regard vif vint se planter dans le regard clair du Prince. Sa main déjà se posait sur le vantail, et il avançait encore empêchant qu'on le repousse. Son attitude pourtant, qui aurait pu paraître présomptueuse, était rendue grâcieuse par le sourire charmeur qu'il affichait. Habitué à se glisser partout sans qu'on le remarque, il avait acquis la faculté de se faufiler dans la moindre brêche et, lentement mais sûrement sa jambe repoussant les jupons, il faisait en sorte que l'intendante recule, lui laissant la place. _________________ "J'ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d'or d'étoile à étoile, et je danse." A.R. |
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