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Iago degli Albizzi Gentilhomme - Ca'Grazziano

Nombre de messages: 270 Date d'inscription: 23/05/2005
 | Sujet: Re: Marché du Rialto Mer 25 Mai - 22:21 | |
| Iago avait appris à lire sur le visage de Matteo comme dans un livre ouvert. Ce n'était pas très compliqué, le jeune homme ne cherchait pas vraiment à dissimuler avec lui, sauf en ce qui concernait le Prince, mais cela n'avait absolument aucun effet.
Toujours marchant, il n'avait besoin que de quelques coups d'œil sur le côté pour savoir à quoi il pensait. Et pour l'instant, il avait changé d'avis sur la servante... Il était décidément très jeune... C'était sur ces pensées que Matteo fit un commentaire sur leur âge, et il ne retint pas un ricanement...
Il y avait une chose que Iago reconnaissait à Matteo, et qui l'énervait au plus haut point d'ailleurs, c'était la capacité que celui-ci avait à ne jamais répondre vraiment aux questions qu'on lui posait."C'est la complaisance dans le ridicule qui perdra l'humanité... Je devrais vous donner le blason de l'assez peu regretté Monsieur le Marquis de Beuvron (il ne le méritait pas d'ailleurs)... Une girouette avec pour devise Nec mudo sine mudan "Je ne change que si l'on me change"... mais vous, l'on vous change souvent... sauf en ce qui concerne vos mauvaises habitudes, mais cela n'est que trop courant..." Il s'arrêta brusquement de parler, et d'une main attrapa vivement le bras de Matteo, alors que de l'autre, il montrait une scène qui se déroulait à quelques pas : un homme encore jeune discutait avec une femme qui l'était vraiment."Ah… Vous voyez cette femme comme elle se rengorge ? n'est-elle pas idiote ? et l'homme devant elle ? comme il se pavane ? C'est répugnant. Tu vois sa main ? comme elle fait semblant d'effleurer à chaque fois celle de sa voisine ? Abjecte..." Son ton s'était animé, comme motivé par une véritable répulsion. Il secoua les épaules comme de dégoût et se remit en marche. Il avait lâché le bras de Salvanti et reprit d'un ton plus calme son discours."Ils sont jeunes, très jeunes... Car quoique vous en pensiez, mon bon Matteo, la jeunesse n'est pas une affaire d'année... Vous avez un an de plus que moi, mais vous êtes beaucoup plus jeune que moi étant donné que vous n'avez pas dû réfléchir beaucoup plus d'une demi-heure dans votre vie entière... La jeunesse qui se compte en année et que vous prisez si fort... Elle n'existe pas vraiment étant donnée qu'elle disparaîtra un jour... Il ne faut pas chercher cette jeunesse là, ne comptez pas sur elle…" Ces yeux toujours rivés sur le sol rencontrèrent un objet, que Matteo n'avait sans doute pas vu, et qui le fit sourire de manière légèrement ironique."Car comme dit le poète..." Ils étaient arrivés en bordure du marché. Iago arrêta de nouveau Salvanti et se pencha pour ramasser ce qu'il avait vu. Lorsqu'il se redressa, un sourire cette fois franchement diabolique sur les lèvres, il tenait à la main une rose, mais une rose flétrie, devenue marron à cause du gel, piétinée toute la matinée par les passants, flasque, laide, morte. C'était une parodie macabre de rose qu'il tendit dans une parodie tout aussi grinçante du geste que Matteo avait fait quelques minutes auparavant, prenant garde à ce que les mots français sonnent comme autant de coup de glas... :"Comme à cette fleur, la vieillesse Fera ternir votre beauté..." |
|  | | Matteo Salvanti Homme de Main - Ca'Grazziano

Nombre de messages: 390 Statut: Assassiné le 5 février 1744 en soirée au Jardin du Castello. Date d'inscription: 02/05/2005
 | Sujet: Re: Marché du Rialto Ven 27 Mai - 4:50 | |
| Matteo ne cherchait pas à masquer ses pensées, comme il savait qu’une telle précaution était inutile en compagnie d’Albizzi. Celui-ci arriverait toujours à deviner ce qui se tramait en lui, quoi qu’il fasse. De toute façon, Matteo ne ressentait pas le besoin de se camoufler aux yeux du gentilhomme. Le sentiment qu’il avait pour lui n’était pas de la confiance, mais plutôt qu’il ne se savait pas menacé. Albizzi et lui étaient bien trop différents pour se nuire, leurs champs d’action étaient loin d'être semblables tout comme l’étaient leurs intérêts. Par conséquent, leur relation lui plaisait parfaitement. Il était l’une des rares personnes avec qui le garçon pouvait discuter sans surveiller la moindre de ses paroles.
Continuant à suivre Albizzi, Matteo ne put s’empêcher de sourire en pensant que de nouveau, il avait évité la question qu’on lui avait posé. Il le faisait à présent inconsciemment. Beaucoup ne le réalisaient pas, comme il enrobait ses réponses de fleurs, mais certains, dont Albizzi, n’étaient pas dupes à ses enjolivements. D’un côté, le jeune homme l’avait fait pour ne pas s’étendre sur la véritable raison pour laquelle il s’était rendu au marché, soit le Prince Adorasti et ses yeux d’ambre. D’un autre, il aimait seulement taquiner Albizzi, qui ne tournait jamais autour du pot.
Il eut un sourire lorsqu’il entendit le blason que lui attribuait Albizzi.« Monsieur, cette devise me sied fort bien. Je suis effectivement de nature versatile, voire même, volage… mais ne dit-on pas que seuls les fous ne changent pas d’avis? » Matteo fut surpris lorsque Albizzi saisit soudainement son bras pour attirer son attention. Il fut alors témoin d’une scène classique, mais éternellement romantique : un damoiseau faisant la cour à une damoiselle. Il écouta la description qu’en faisait son compagnon avec émerveillement. Il était à chaque fois étonné d’entendre cet homme parler ainsi. Comment pouvait-on proférer de telles insanités et arriver à dormir paisiblement le soir? C’était un mystère. C’était la raison pour laquelle Matteo appréciait Albizzi. Il ne le comprenait tout simplement pas. Il n’arrivait pas à concevoir qu’on puisse voir la nature humaine d’un si mauvais jour.
Allant de pair avec sa jeunesse d’esprit comme de corps, Matteo était un grand naïf. Bien qu’il fasse usage de la tromperie et du mensonge couramment, il n’y voyait jamais rien de mal, tout comme le ferait un enfant qui n’a pas encore déterminé les bonnes actions des mauvaises. Il restait quelqu’un de très optimiste, persistant à voir en la vie de très belles opportunités de satisfaire son hédonisme. En somme, il s’apparentait plutôt à un gamin facétieux qu’à un escroc froid et calculateur.
Aussi positif puisse-t-il être, Matteo ne put s’empêcher de blêmir lorsque Albizzi lui tendit la fleur fanée, le symbole même du démon qui le hantait depuis si longtemps, tapi dans le plus profond de son âme, n’attendant que le bon moment pour frapper. L’espace d’un instant, le garçon s’imagina vieux et terne, gris et faible, attendant une Mort qui tardait à se faire paraître. Envolées les soirées mondaines et les nuits endiablées. Disparus les amants et les amis. Éteintes les lumières de Venise et avec elles, celle de sa vie.
Le vent s'insinua sous son manteau et le fit frissonner. Il avait l'air si vulnérable, si effrayé à ce moment précis. Un agneau jeté au milieu d'une meute de loups affamés.
Puis, peu à peu, il reprit des couleurs et arriva à sourire à Albizzi. Prenant la fleur entre ses mains, il fit rouler la tige entre ses doigts et l'une des épines le piqua. La douleur fut à peine perceptible, mais le sang ne tarda pas à perler sur le bout de son index. Il le rapprocha de ses yeux d'un air fasciné. Le rouge écarlate contrastait d'une manière prenante avec sa peau pâle. D'une voix rêveuse, il fit part à son interlocuteur: « Vous savez, Monsieur, il m'est toujours très dur de penser que chaque minute, que dis-je, seconde, me rapproche de ma fin. Elle est inexorable, comme l'est la vôtre ou celle de ces deux jeunes amoureux. » Il leva ses grands yeux bleus vers Albizzi et poursuivit de cette même voix douce:« Mais je sais également que je ne puis rien y faire, à moins que je me convertisse à l'alchimie et découvre le secret de l'immortalité que tant ont cherché... Je crois que j'essaie seulement de vivre pour ne jamais avoir de regrets. Vaut toujours mieux les remords que les regrets, Monsieur Albizzi. Toujours. J'espère que vous pourrez en dire de même, une fois à votre lit de mort. » |
|  | | Iago degli Albizzi Gentilhomme - Ca'Grazziano

Nombre de messages: 270 Date d'inscription: 23/05/2005
 | Sujet: Re: Marché du Rialto Sam 28 Mai - 16:42 | |
| Iago vit avec agacement le changement d'expression du visage de Matteo. Ce garçon aurait dû être comédien. C'était répugnant. Non pas qu'il doutât de la sincérité du garçon. Non, au contraire, il savait que le garçon lui mentait rarement, et que là, à ce moment, son air perdu était le plus proche de la réalité de ses sentiments.
Mais que l'on puisse vivre avec un air d'insouciance alors que l'on sait être autrement... C'était répugnant. Que l'on puisse vivre de façon si naïve, que l'on refuse de voir la réalité... C'était vraiment répugnant.
Et ce qui était encore plus répugnant, c'était que, Iago le savait très bien, si lui-même n'avait pas été aussi prévenu de la nature humaine, s'il ne connaissait pas chaque perversion de l'âme humaine, il aurait été ému, touché de l'air innocent, doux et triste qu'affichait Matteo...
D'ailleurs... s'il voulait être parfaitement honnête avec lui-même... qu'est-ce qui l'empêchait de renvoyer tout le dégoût qu'il éprouvait au visage du jeune homme ? qu'est-ce qui l'empêchait de le forcer à ouvrire les yeux sur la pourriture de ce qu'il aimait ? si ce n'est justement ces yeux tristes dans ce visage blêmi..."Idiot..." A cet instant, Iago détestait profondément la terre entière, de manière générale et chacun en particulier et particulièrement lui-même. Idiot... il était idiot de ne pas montrer à Matteo qu'il n'était déjà qu'un sac de vers, Matteo était idiot de croire qu'il n'était pas encore un sac de vers, le monde était idiot parce que par principe le monde est idiot."Je suis déjà mort moi." D'un geste rapide et sec il sortit de sa poche un mouchoir et le déchira rageusement. Prenant d'office la main de Matteo d'où coulait une goutte de sang, il entoura le doigt d'une bande du mouchoir et finit par un nœud."Voilà. Le petit Matteo a maintenant une jolie poupée au doigt. Il va pouvoir continuer à penser que la vie vaut la peine d'être vécue..." Iago haussa les épaules. Sourire sardonique et oeil moqueur : il changeait de sujet."Et maintenant, mon jeune ami... Vous allez me dire... Avez-vous vu Ugo ce matin ?" Il avait repris sa marche, entraînant le jeune homme vers le pont du Rialto.[Pont du Rialto]
Dernière édition par le Sam 28 Mai - 21:39, édité 1 fois |
|  | | Matteo Salvanti Homme de Main - Ca'Grazziano

Nombre de messages: 390 Statut: Assassiné le 5 février 1744 en soirée au Jardin du Castello. Date d'inscription: 02/05/2005
 | Sujet: Re: Marché du Rialto Sam 28 Mai - 18:38 | |
| Une vague de compassion submergea Matteo. De compassion mais de pitié, également, de la pitié pour cet homme qui si tôt avait perdu foi en la nature humaine. Si on la dépouillait de ses remparts de hargne et de méchanceté, il y avait quelque chose de tragique dans la figure de Iago degli Albizzi. Si paradoxal était son personnage, ironique comme son sourire, du fait que malgré que sa haine, plutôt que de le placer au banc de la société, lui attire la faveur populaire. Le garçon étouffa vite ses sentiments, car il savait parfaitement que Iago aurait horreur qu’on le prenne en pitié. Qu’on le haïsse, il en rirait probablement, en tirerait fierté. Mais qu’on s’apitoie sur son sort, cela le mettrait en colère. Pourtant, alors qu’il posait ses yeux dans le regard trouble de Iago degli Albizzi, il ne put s’empêcher de vouloir y chercher la source de tant de rancœur envers le monde entier.
Il se laissa docilement faire lorsque Albizzi s’occupa de sa coupure. La scène était incongrue. Attendrissante? Oui, aussi brefs et précis les mouvements puissent-ils être, ils étaient tout de même fait dans un but des plus altruistes. Il éclata de rire lorsque son soigneur eut terminé et eut ponctué son intervention de l’un de ses commentaires moqueurs. « Monsieur, je vous dois sans doute la Vie. Me voilà votre débiteur pour le restant de mes jours! Appelez-moi pour n'importe quel service et j'acourrai, car sans vous, ma mort aurait sans doute été certaine. » Tout en continuant à marcher aux côtés de Iago, Matteo réalisa quel étrange tableau ils devaient former, quelle paire biscornue que ce petit blondinet au pas sautillant accompagné de ce gentilhomme élancé avançant à grandes enjambées. Différents en tout point, leur philosophie comme leur apparence, et pourtant, tous deux étaient unis par quelque chose d’indéfinissable. Pas de l’amitié (Iago s’y opposerait toujours), de la compréhension, alors? Peut-être bien. Bien que Matteo n'arrive à concevoir qu'on puisse voir le monde avec tant de cynisme, il comprenait ce que c'était que la solitude. C'était peut-être la base de leur entente mutuelle.
Hochant la tête pour signifier son acquiescement, Matteo confirma :« Oui, le Prince était dans sa bibliothèque, comme à son habitude. Bien qu’il ne soit pas de mon rang de critiquer son comportement, je me permets de penser qu’il serait grand temps qu'il sorte un peu. Le grand air lui ferait du bien, lui redonnerait quelques couleurs. Lui qui passait autrefois tant d'heures à l'extérieur, le voilà confiné dans le Palais, à régler quelques problèmes de bureaucratie... » Sa main passa dans sa chevelure dorée, en bataille.« Enfin… peut-être trouve-t-il dans les livres une évasion que Venise ne peut lui procurer. » Il fronça les sourcils. Le Prince et son bien-être était sa première préoccupation. Il savait que son maître s'acquittait des tâches qui lui incombaient avec aisance, mais il s'inquiétait parfois du fait qu'il ne puisse moins prendre le temps de savourer la vie. [Pont du Rialto] |
|  | | Dante Lo Invité
 | Sujet: Chez le tailleur Golponi Lun 24 Oct - 23:29 | |
| [Maison du conseiller astrologue] Dante Lonza avait croisé quelques connaissances qui n'avaient pas fait attention à lui. Mieux valait se faire discret pour le moment. Il s'engagea sous les arcades.
Chez Galponi, les apprentis du tailleur rangeaient la boutique pour la fermeture. Le vieux faisait ses comptes dans un coin.« Bonsoir Giuseppe... » Galponi leva la tête, l'air renfrogné. A cette heure la clientèle n'était plus vraiment la bienvenue. En reconnaissant Lonza, le vieux avait failli en perdre ses lorgnons. Le tailleur contourna son pupitre pour s'approcher de lui et s'assurer qu'il ne rêvait pas. Le gros bonhomme prit Lonza dans ses bras comme s'il retrouvait un cher neveu.« Je sais qu'il est tard Giuseppe, mais j'ai besoin d'un costume. » Galponi recula d'un pas pour regarder son habit de voyage sale et froissé. Lonza ne sortait que très rarement sans perruque et en voyant son allure, le marchand ne put que convenir de l'urgence.
Malmenant ses apprentis, le vieux Giuseppe supervisa les retouches d'une pièce de choix destinée, à l'origine, à Monseigneur Cagliari. Il tenait, malgré la précipitation, à proposer à son vieil ami ce qu'il avait de plus beau.
En attendant que les petites mains de Galponi mettent la touche finale au magnifique costume noir brodé de fil d'argent, le tailleur avait offert le bain et la toilette à son estimé client. Ainsi, lorsqu'il quitta les lieux une heure plus tard, Lonza était propre, parfumé, et paré des plus belles étoffes. [ Ca' Adorasti ] |
|  | | P.Giacinto I. Chiaramonti Père Jésuite

Nombre de messages: 73 Date d'inscription: 22/04/2005
 | Sujet: Re: Marché du Rialto Mer 11 Jan - 0:34 | |
| [Eglise San Siriano] Le soir du mardi 4 février.Giacinto conduisait tranquillement Francesco à travers les ruelles de Venise. Il ne les connaissait pas depuis longtemps mais avait la chance d'avoir un bon sens de l'orientation."Ignazio, c'est le nom que l'on m'a donné quand je suis entré dans la Compagnie de Jésus. Pour avoir toujours présent à l'esprit le dévouement de notre fondateur." Un tournant à gauche après une légère hésitation..."Mon prénom de baptême est Giacinto. C'est moins... religieux." Petit sourire en coin avant de tourner à droite et de déboucher sur la place du marché."Le marché du Rialto, si vous traversez le pont, par-là, vous rejoindrez Saint-Marc. Et le Palais du Doge." Il s'était arrêté et regardait la ville qui commençait à se replier sur elle-même pour le soir. Elle feignait d'aller se coucher alors que tout recommencerait de plus belle dès que la nuit serait tombée."Je ne suis pas sûr que Venise soit la meilleure ville pour trouver du repos... Mais... Peut-être, après avoir connu la trépidante vie de la cour de Florence, une ville trop calme vous aurait angoissé encore plus." Par expérience, Giacinto savait que quand quelqu'un disait que sa vie avait changé, il y avait peu de chance que le changement ait été positif, d'autant plus lorsque la personne en question semblait mûre et comme revenue de loin. Mais Giacinto n'insista pas plus, ne posa pas d'autres questions. Il détestait le faire et préférait laisser les autres parler comme ils le voulaient. C'était cela aussi son rôle de prêtre. Confession des pêchers ou des choses trop lourdes à porter quand on est seul. |
|  | | Francesc Invité
 | Sujet: Re: Marché du Rialto Sam 14 Jan - 20:22 | |
| [Eglise San Siriano] Francesco suivait le jeune prêtre dans les rues de la Cité qu'il semblait assez bien connaître. Il admirait en silence les maisons et leur architecture si particulière. Ici, tout semblait si différent de la Toscane... La nuit tombait et le fond de l'air était gelé. Le Maître d'armes se tourna ves le Jésuite."Non, Venise n'est sans doute pas la meilleure ville pour se reposer. Mais le repos est si difficile à trouver pour un vieux soldat... Voilà bien des années que je n'ai pas connu une nuit tranquille... A vrai dire je suis venu ici pour enseigner mon art et pour me rapprocher de ma belle famille que j'ai trop longtemps négligée. Florence a bien changé ces dernières années, les princes de Médicis n'y règnent plus en maîtres, et rien ne m'y retient plus depuis la mort de mon épouse..." Le Vicomte détourna les yeux, comme pour cacher l'expression de son visage."Cette ville est vraiment superbe... Vous dites que le Palais Adorasti est encore loin? " |
|  | | P.Giacinto I. Chiaramonti Père Jésuite

Nombre de messages: 73 Date d'inscription: 22/04/2005
 | Sujet: Re: Marché du Rialto Mar 17 Jan - 21:40 | |
| Le jeune prêtre avait écouté les paroles du maître d'armes avec calme et attention. C'était donc la mort d'un être cher qui donnait cet air légèrement mélancolique et détaché du monde à l'homme. Il n'insista pas. L'homme n'était pas du genre à avoir envie d'être plaint. Et il n'allait pas commencer à dire "mon frère, vous savez que si quelque chose vous pèse sur la conscience, même si vous n'avez rien à vous reprocher, vous pouvez vous confier à moi..." Il se contenta de remarquer qu'il ne portait plus le deuil et que cela devait faire longtemps que sa femme était morte. C'était étrange qu'il soit toujours si... marqué.
Giacinto reprit sa marche à travers le marché."Le palais est juste de l'autre côté du canal, nous allons prendre le traguetto..." Il marchait toujours d'un pas régulier veillant à ne pas être à la traîne de son compagnon, à ne pas le distancer non plus."Vous avez raison, Venise est une belle ville, et pourtant... Quand vous la regardez avec attention, vous verrez qu'elle est en train de s'endormir... Un peu comme Florence a perdu l'éclat qu'elle avait il y a quelques siècles... L'Autriche qui possède maintenant Florence ne fait pas preuve d'un grand pacifisme envers Venise. Enfin, il ne sert à rien de regretter la grandeur passée." Ils avaient traversé le Grand canal est se trouvait sur l'autre rive. De nouveau sur la terre, Giacinto ajouta, en partie pour Francesco, en partie pour lui-même"Il faut savoir laisser en paix les fantômes." Puis, montrant un magnifique palais d'un geste de la main :"Nous y sommes. Voilà le palais de votre cousin." [Palais Adorasti - Embarcadère] |
|  | | Francesc Invité
 | Sujet: Re: Marché du Rialto Sam 21 Jan - 15:36 | |
| Le Vicomte suivait le prêtre d'un pas rapide. Il aurait aimé pouvoir se confier, se débarasser de tous ces démons du passé qui hantaient ses nuits, mais il ne pouvait pas. Sa pudeur le retenait, même s'il était heureux d'avoir un interlocuteur qui l'écoute... Il chassa ses idées noires. Ses yeux se promenaient sur les belles façades de la ville."Oui Florence a perdu son éclat... ", se contenta-il d'acquiescer, l'air songeur. Tout ce qu'il avait connu enfant s'était effondré d'un coup, comme balayé par le vent... Ils arrivèrent enfin sur l'autre rive. Le Maître d'armes sourit à la remarque du prêtre. Il semblait moins préoccupé à présent. Le palais était superbe.* La famille Adorasti semble, elle, avoir survécu au temps * Francesco rectifia sa tenue et brossa rapidement ses habits couverts de poussière. Il portait encore ses éperons et sa tenue de voyage, mais il était impatient de revoir Elio depuis son arrivée à Venise. Il tenta quand même de se donner une allure présentable, puis se retourna vers le prêtre." Eh bien, allons-y, mon père " dit-il simplement d'une voix qu'il voulait la plus insouciante possible. Joignant le geste à la parole, il avança d'un pas assuré vers le palais.[Palais Adorasti - Embarcadère] |
|  | | Orfeo Ciriaco Saltimbanque

Nombre de messages: 81 Date d'inscription: 02/09/2005
 | Sujet: Re: Marché du Rialto Dim 17 Déc - 20:52 | |
| [Bouche d'Ombre - Ancienne Tuilerie] Le marché du Rialto. Orfeo prit une longue inspiration. Tout ce qu'il aimait se trouvait concentré sur cette place. Les étals regorgeant de toutes sortes de marchandises offertes à la convoitise des passants, les cris des colporteurs, les odeurs puissantes de nourriture et la foule qui s'agglutinait au moindre soupçon de spectacle.
Il avisa un cordonnier qui se tenait sous un porche, des clous plein la bouche et un soulier en réparation posé sur le billot de bois devant lui. Sous l'oeil méfiant de l'artisan il prit une des chaussures de cuir exposées et la tourna entre ses mains pour en examiner la finition. "Combien pour une paire comme ça ? Elles t'iraient celles-ci Lena ?" Il tendit le soulier à la jeune fille et se laissa distraire par un vendeur de soupe ambulant qu'il se promit de retrouver dans la foule, alléché par le fumet du potage. |
|  | | Lena Ren Invité
 | Sujet: Re: Marché du Rialto Mar 19 Déc - 21:41 | |
| [Bouche D'Ombre- Ancienne Tuilerie] Si au départ Lena avait semblé mettre peu d'entrain à aller jusqu'au Rialto, les moindre soupçons purent être écartés lorsque les deux saltimbanques arrivèrent au marché du Rialto. La jeune sauvageonne semblait alors être plus motivée à faire un achat et à passer un peu de bon temps, semblant plus dynamique et ayant un petit sourire qu'elle affichait franchement au coin de ses lèvres. Elle adorait le marché du Rialto, cela se sentait. Le regard brillant, elle regardait en silence les divers étalages, les marchands, les gens qui venaient acheter quelque chose, marchandant parfois. Et la jeune fille se disait alors que cela sentait bon, qu'elle respirait la vie. Et, pour une fois, elle se rendait sur la place du marché ni pour voler, ni pour gagner sa vie, mais pour acheter quelque chose, en toute honnêteté.
Au bout de quelques minutes de marche Orfeo l'ammena vers l'étalage d'un cordonnier, tandis que ce dernier réparait un soulier. Lena aurait normalement mal réagit lorsqu'elle vit avec quel regard l'homme les toisait tous les deux, mais elle était alors de trop bonne humeur pour s'attarder sur ce qui lui paraissait alors n'être qu'un simple détail. Elle observa ensuite Orfeo examiner l'une des chaussures de l'étalage, attendant calmement son verdict, puis prit la chaussure dans ses mains, regardant à son tour si la taille convenait. Une ou deux minutes plus tard, elle releva la tête, regardant à son tour, les yeux brillants, le vendeur de soupe, avant de revenir à la réalité et de sortir Orfeo de sa rêverie."Elles conviennent parfaitement." |
|  | | Orfeo Ciriaco Saltimbanque

Nombre de messages: 81 Date d'inscription: 02/09/2005
 | Sujet: Re: Marché du Rialto Mer 20 Déc - 15:47 | |
| Impatient de régler les urgences pour pouvoir profiter de l'abondance du marché, Orfeo posa quelques pièces de bronze sur le billot de bois. Le cordonnier se hâta de les compter et les empocha avec un grognement. Il estimait sans doute sa marchandise trop belle pour les deux saltimbanques. Sans y prêter attention, Orfeo se détourna. "Elles sont à toi, Lena. Trouvons un manteau à présent." Laissant la jeune fille enfiler ses nouvelles chaussures, il avança entre les étals, répondant par un sourire ou une pirouette aux bousculades des passants chargés.
Le fumet d'un vendeur de boudins chauds le tira par le nez un peu plus loin, relayé aussitôt par la vue des croutes dorées d'un étal de patés à la viande. Orfeo en resta bouche bée. Il plissa les yeux, s'imaginant mordre dans la pâte croustillante et sentant presque les saveurs épicées de la farce lui emplir la bouche. Encore un peu plus loin, se tenait un marchand d'oublies qui offrait à la gourmandise des badauds ses patisseries chaudes et sucrées de miel. Les yeux brillants, le garçon fit tourner une pièce de bronze entre ses doigts à l'abri de son vêtement. Il hésitait à dépenser quelques sous pour une telle futilité, non par avarice mais parce à manquer toujours on finit par ne plus se sentir le droit de profiter. Il se tourna dans la direction de Lena avec les yeux de l'enfant qu'il était encore, cherchant sans le savoir son approbation. Mais il avait avancé trop loin parmi la foule sans s'en rendre compte et ne put l'appercevoir.
Ce qu'il apperçut cependant trés bien fut une bourse tentatrice à la ceinture d'un bourgeois. Ses doigts se tendirent, comment laisser passer une occasion pareille, jusqu'à en effleurer le cuir. Un sursaut et il lacha l'affaire, parmi les passants à quelques pas, un homme d'armes scrutait la foule à la recherche de tire-laine dans son genre. Le saltimbanque recula et balaya les passants du regard espérant y trouver Lena nouvellement chaussée.
Dernière édition par Elio Lacryma Adorasti le Mer 20 Déc - 15:57, édité 1 fois |
|  | | Lena Ren Invité
 | Sujet: Re: Marché du Rialto Mar 26 Déc - 21:37 | |
| Une fois que son compagnon eut payé, Lena s'empressa d'enfiler ses nouvelles chaussures, un petit sourire aux lèvres, satisfaite. En effet ses nouveaux souliers tiendraient longtemps à présent, et il s'écoulerait probablement des mois sans que Lena n'ait besoin d'y apporter des retouches. Une fois qu'elle eut terminé d'enfiler les chaussures, la jeune fille se redressa d'un bond, de bonne humeur et même enjouée. Et ce fut de ce même ton qu'elle déclara:"Je crois revivre, mer..." Elle ne finit pas sa phrase, se rendant compte que celui à qui étaient adressés ces quelques mots n'était visiblement plus là. Lorsque Lena demanda au cordonnier s'il avait vu par où était parti son compagnon, elle n'obtint comme réponse qu'un regard mauvais, qui lui disait qu'il vallait mieux pour elle qu'elle songe à déguerpir. Ce fut un tantinet renfrognée qu'elle reprit donc sa route, avec sa seule intuition pour l'aider à retrouver Orfeo. Elle se dirigea donc vers les étals de nourriture, ce qui avait l'air d'attirer le garçon quelques instants plus tôt. La jeune fille se serait volontiers arrêtée pour prendre le temps d'apprécier les odeurs exquises des différents aliments étalés et pouvoir mieux les regarder, mais on se bousculait devant les étalages et la sauvageonne ne pouvait pas vraiment prétendre à avoir sa place dans les premiers rangs. De toute façon elle avait autre chose à faire. Orfeo l'attendait sûrement et elle ne voulait pas le faire patienter à cause du simple fait qu'elle rêvassait devant une quelconque viande qu'elle ne pourrait de toute façon pas se procurer.
Alors qu'elle continuait à se faufiler dans la foule, elle entendit une femme qui se plaignait de s'être fait chaparder sa bourse. Même si elle en doutait, Lena espérait que l'auteur ne soit pas Orfeo, car même si le jeune homme était doué en la matière, il y avait toujours des risques. Lena vit bientôt un homme armé arriver et écouter la plainte de la femme, puis se mettre à scruter chaque passant à la recherche d'un éventuel suspect. Ni une ni deux, la jeune fille, avec une grande agilité, partit à l'opposé, n'étant pas décidée à fournir d'explications pour convaincre qui que ce soit de son innocence. C'est alors qu'elle vit Orfeo, en recul semblant la chercher. Elle alla donc vers lui, d'un pas rapide."C'est pas trop tôt... On ferait mieux de rester discrets, une femme vient de se faire voler sa bourse à quelques mètres de là..." |
|  | | Orfeo Ciriaco Saltimbanque

Nombre de messages: 81 Date d'inscription: 02/09/2005
 | Sujet: Re: Marché du Rialto Sam 30 Déc - 17:48 | |
| Il la vit se faufiler entre les badauds et arriver à sa hauteur, le front inquiet. "Ce marché est très mal fréquenté, cela grouille d'hommes d'armes en effet." Il l'entraîna sur le coté où se tenait le marché aux herbes et aux épices. L'odorat en alerte, il avançait les yeux mi-clos, une expression de béatitude sur le visage. Tous ces parfums mêlés, connus ou inconnus, certains qu'il reconnaissait du premier coup comme le clou de girofle salutaire pour les haleines avancées, d'autres comme le safran qu'il ne connaissait pas et dont la couleur ensoleillée le ravit, tous l'enivraient. "J'aime tout autant me tenir ici qu'au milieu des rôtisseries. Tu respires et tu t'envoles si loin. Nous irons en Orient, Lena. Un jour nous irons." Il rit comme un enfant en déversant ses rêves en cascades, soleil et soieries, parfums et palais, tout se mêlait pour former le plus parfait des voyages.
Ce faisant, il la tirait par la main toujours plus loin jusqu'à s'arrêter net devant la charrette d'une marchande de fripes. La grosse femme aux cheveux décolorés pour paraître blonde, maquillée grossièrement et parfumée de tous les relents dont les égouts ne voulaient plus se faisait appeler Marquise et tenait des discours vantant ses entrées dans les palais de la cité à qui voulait l'entendre. Elle achetait pour rien les vêtements que les gens dédaignaient et les revendait dans la rue pour un prix largement supérieur. Orfeo qui la connaissait eut la tentation de faire un détour pour éviter son laïus mais il n'en fit rien. Pour la connaître justement, il savait qu'au fond de sa charrette, bien au fond, se trouvaient les plus belles pièces et qu'à bien y regarder ils pourraient sans aucun doute y trouver un manteau de lainage de très bonne qualité pour Lena. Il savait aussi que la femme était plus mauvaise qu'une teigne et âpre au gain. Pour cette affaire là, il resterait à proximité de sa compagne, mais pour qu'elle apprenne, il lui laisserait mener la transaction. "Allez Lena, Madame la Marquise a dans son carrosse tout ce qu'il faut de merveilles !" Lança-t-il avec un simulacre de révérence adressé à la vieille femme qui l'accueillit avec un sourire édenté de sa bouche écarlate. |
|  | | Lea Cadr Invité
 | Sujet: Re: Marché du Rialto Dim 7 Jan - 15:38 | |
| [Calle Galante - L'office] Lea savourait cette nouvelle journée, qui semblait effacer tout ce qui s'était passé hier et dans la nuit. Le soleil avait fait son apparition, et, son panier passé à son bras, elle se sentait bien. Et la foule, joyeuse, des Venisiens qui venaient au Marché du Rialto ne faisait qu'accentuer sa bonne humeur. Les marchands, les colpoteurs, les petits vendeurs, tous paraissaient gais et heureux.
La servante ressortit le papier que lui avait donné la Courtisane, tout froissé entre ses doigts : Broyer gingembre et piment rouge. Laisser infuser dans un linge et appliquer en compresses chaudes. Renouveler après 20 minutes. La tisane d'écorce de saule a également des vertus analgésiques. Elle avait à peine conscience que la survie du Prince dépendait de ces produits ; pourtant, elle décida de ne pas traîner, malgré la forte envie de flaner sans but - elle n'en avait certainement pas le temps - et se dirigea vers un étalage où se trouvait des herbes et autres piments qu'elle cherchait.
Le marchand, un homme d'une quarantaine d'année, d'allure débonnaire, vint quasiment lui souffler dans la figure son haleine :"Hé, la demoiselle, elle veut quoi comme marchandise ?" Lea recula. Un rustre, un de ces imbéciles qui avaient un seul but dans la vie : vendre leur marchandise.
Elle cacha son dégoût, et montra simplement du doigt le gingembre et les piments rouges qu'il lui fallait pour réaliser la compresse. Le vendeur, percevant malgré tout la gêne de sa cliente, se calma et lui demanda simplement de combien elle en avait besoin. La jeune fille répondit qu'il lui en faudrait beaucoup, sans plus préciser. Le marchand bougonna pour la forme, mais lui remplit généreusement son panier. Elle remercia, paya rapidement, et, sans un regard pour le marché et la foule colorée, elle repartit à la Calle Galante.[Calle Galante] |
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