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Marché du Rialto

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Flavio V
Invité




MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Dim 20 Mai - 18:47

[Jardin du Castello]

Se faufilant sans encombre dans la foule des chalands, Flavio s'arrêta un instant, étourdi. Les jardins du Castello n'étaient pas les seuls à grouiller d'activité, ici aussi, l'approche de la fête excitait les esprits et les coeurs plus prompts à la dépense. Il se repéra aisément entre les étals du marché, sa haute taille avait cet avantage concret de lui offrir une vue dégagée.
Prestement, il se glissa derrière des tréteaux chargés d'étoffes où une rombière s'évertuait à vanter la qualité de ses tissus chatoyants venus des Indes. La femme leva les bras et au ciel et accueillit chaleureusement le jeune homme avant de le rabrouer en rigolant sur sa ponctualité toujours aléatoire. Flavio se retrouva écrasé contre une poitrine généreuse. Il attendit que les effusions cessent, un air blasé le visage.

Enfin, il fut relâché et la commerçante s'en retourna à son négoce, non sans avoir pris à témoin la cliente sur l'inconstance de la jeunesse actuelle. Flavio, une fois l'attention sur sa personne retombée, sortit d'une caisse de bois son matériel de magie entreposé là gracieusement. Il s'installa à l'extrémité de l'éventaire.
Ici, il travaillait principalement à des tours d'adresse avec des foulards prêtés par la patronne. Le jeune homme captait l'attention des passants et immanquablement, des femmes coquettes remarquaient la qualité des soieries qui jaillissaient des manches et des poches grâce aux mains agiles du jeune homme. Il récoltait quelques pièces et les affaires de la marchande s'en trouvaient arrondies.

Une fois les préparatifs achevés, il lissa son justaucorps, se recoiffa en passant rapidement ses longs doigts dans sa chevelure blonde. Il s'étira et s'échauffa les articulations des poignets et se glissa à coté de l'étal, dégageant quelques paniers héla le chaland.


- "Approchez ! Approchez ! Venez découvrir sous vos yeux ébahis mes foulards apprivoisés. En provenance du bout du monde, ils sont magiques. Ils se meuvent, ils courent, ils se faufilent..."

Les boniments changeaient un peu à chaque fois, mais l'essence restait identique, quelques phrases accrocheuses pour appâter les curieux assorties d'une démonstration de ses talents.
Foulards voletant, mouchoirs multicolores s'épanouissant comme un fleur dans la paume blanche d'un main, tissus soyeux apparaissant d'un pli d'une robe, où d'un décolleté coquin d'une fille de peu. Le numéro n'avait rien d'exceptionnel cependant l'aisance de Flavio et la profondeur de sa voix captait l'attention.

L'endroit était stratégique, il regorgeait de clients et de badauds curieux prêts à jeter quelques pièces pour le spectacle. Et puis, la logistique ne posait aucun soucis en raison de l'accord qui le liait à la marchande. Maria était une femme de caractère et dure en affaire. Elle s'était prise d'affection pour ce grand échalas d'apparence si malhabile et pourtant si précis et agile quand il s'adonnait à la magie. Les maigres revenus qu'il gagnait lui permettait juste de survivre. Les soirs de travail comme conteur dans une auberge assuraient quand à eux la certitude d'avoir le ventre plein au moins deux fois par semaine. Le temps où il filait des jours heureux avec la troupe de forain de la Lune Gibbeuse sans se soucier des contingences matérielles lui parût soudain bien lointain.
L'après midi s'étira au rythme des tours d'adresses du jeune sicilien. La tension et l'attente du bal détournait les attentions alors, malgré l'énergie déployée, la recette fut encore plus chiche que celle escomptée. Alors que la lumière décroissait dans le ciel d'hivers, le saltimbanque remballa son matériel, salua la négociante et prit le chemin du bercail.


Quartier de la bouche d'Ombre


Dernière édition par le Mar 5 Juin - 17:56, édité 1 fois
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Iago degli Albizzi
Gentilhomme - Ca'Grazziano



Inscrit le : 23 Mai 2005
Messages : 267

MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Dim 27 Mai - 20:29

[Ca Grazziano - le jardin]

Iago avait bien occupé son après-midi. Bien sûr d’aucun dirait qu’il ne l’avait pas occupée du tout puisqu’il avait passé tout son temps dans un bain d’eau trop chaude d’abord puis de plus en plus froide.
C’est que le jeune degli Albizzi aimait rester dans l’eau à barboter, à faire des bulles de savon et construire des bateaux avec des bouts de bois (les termes qu’employaient Iago était assez différent bien sûr. C’était plutôt méditation, réflexion et teste de flottaison des objets, mais enfin…)

Bref, quand il sortit de cette méditation, il claquait des dents et sa peau était complètement flétrie, mais néanmoins, il était très satisfait. Il pouvait maintenant tout reprendre à zéro. Mentalement, du moins, c’était comme si une nouvelle journée recommençait. La matinée avait été si catastrophique qu’il était fort content de l’avoir envoyée dans les oubliettes de sa mémoire.

C’est ainsi que, l’esprit presque aussi neuf qu’un enfant qui vient de naître (c’est-à-dire, à quelque réflexion pessimiste sur la nature des choses près), Iago avait quitté le palais Grazziano, et qu’il marchait maintenant dans les rues de Venise en sifflotant d’un air dégagé. Il en était au troisième couplet d’une chanson à la mode du temps de sa grand-mère lorsqu’il arriva au marché.
La veille, il y avait trouvé Matteo a genou devant une servante, c’était très drôle. Qu’est-ce que cet endroit merveilleux allait lui réserver aujourd’hui ? Il avançait rapidement à travers la foule, jetant des regards à droite et à gauche, interrompant son fredonnement pour marmonner des paroles incompréhensibles ou laisser échapper un ricanement ironique qui faisait reculer d’un pas toutes les personnes autour de lui.

Et c’est là qu’il vit un mouchoir coloré voler au-dessus de la foule avant de retomber. Comme un morceau de fer attiré par un aimant, Iago se dirigea vers l’endroit.

Il faut savoir que le Sieur degli Albizzi, le critique acide de toute œuvre d’art, le pourfendeur de mièvrerie, avait un faible pour les choses colorées et qui bougent. Un peu comme un chat, si on agitait devant lui un mouchoir, un éventail, même n’importe quoi de coloré, il ne pouvait s’empêchait de le suivre des yeux, hypnotisé, et de penser quelque chose qui ressemblait fort à "joliiiiiii" tout en essayant de l’attraper.
C’était très embarrassant. Heureusement, peu de monde s’amusait à agiter des choses devant son visage.

Mais, enfer et damnation ! quand Iago arriva enfin sur le lieu des mouchoirs volants, l’individu avait disparu. Iago poussa un cri désespéré qui fit qu’une mère entraîna soigneusement son enfant loin de lui. Pour le consoler (et pour qu’il aille un peu plus loin, les types comme lui faisaient fuir la clientèle) la marchande lui offrit un petit bout de tissu coloré.

Traînant des pieds, Iago alla jusqu’au parapet où il se laissa choir. Là il agita le carré de couleur devant ses yeux en se disant que si la vie était comme un mouchoir coloré, tout serait plus agréable tout de même.

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Leandro di Ascani
Vicomte - Ca'Adorasti



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MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Mer 30 Mai - 5:16

[Ca'Adorasti - Chambre d'Elio]

Ah, mais la Sérénissime n’avait rien à envier aux meilleurs kebabs de l’empire ottoman! Mordant goulûment dans la galette farcie de viande rôtie qu’il venait tout juste d’acheter, Leandro entreprit de combler cette panse affamée, qui n’avait point connu satisfaction depuis son arrêt dans une auberge non loin de Parme. Un détour aux cuisines du palais Adorasti lui aurait possiblement offert un repas moins frugal, mais il avait préféré se mêler aux badauds et découvrir par lui-même cette cité que ses ancêtres avaient tant honnie.
Le grand air conjugué aux délices de sa pitance égayaient son humeur, le rendant plus prolixe encore envers ses semblables. Ses déambulations lui apprirent rumeurs et les noms auxquels elles se rattachaient, impressions et ceux qu’elles concernaient avant de le mener jusqu’à un parapet, sur lequel il s’adossa pour terminer son en-cas.
Le murmure de la foule s’intensifiait sur son passage, son allure bigarrée tranchant même parmi la cohue. Étranger ici, métèque ailleurs, c’était à peine s’il dénotait les regards curieux ou hostiles qui convergeaient vers lui aussi inéluctablement qu’une boussole pointerait le nord. À Singapour, on ne s’était pas seulement contenté de dévisager, on était allé jusqu’à palper ses mèches dorées pour en confirmer le prodige. C’était là le sort des apatrides et de tous ceux qui se risquaient à quitter ce qu’on appelait le monde civilisé pour les merveilles de l’inconnu.

Le pirate n’était néanmoins visiblement pas affecté par son retour en société et ne semblait pas non plus décidé à adopter l’étiquette en usage chez ses pairs. C’était sans aucune vergogne qu’il lorgnait sur les demoiselles se pavanant devant lui ou renvoyait un sourire désarmant aux œillades les plus sombres. De plus, son festin, bien qu’absolument savoureux, n’en était pas moins salissant et se servir du jupon d’une passante pour essuyer ses doigts tachés ne lui paraissait pas judicieux.
Ses yeux furent alors attirés par la valse d’un mouchoir qui, semblait-il, n’était agité que pour servir à sa cause. En quelques enjambées, il s’était posté devant son bienfaiteur et s’emparait prestement dudit mouchoir, en lançant :


"Pardonnez-moi."

Il entreprit alors de se départir sommairement du graillon couvrant ses mains, n’ayant pas conscience qu’il détruisait, ce faisant, la rêverie enfantine de son pourvoyeur d’étoffes. Un instant plus tard, il lui rendait l’objet d’emprunt dans un état presque neuf.

"Merci bien, mon brave, vous venez de me rendre un fier service."

Tournant les talons pour reprendre sa route, il s’immobilisa, dos à son interlocuteur, pour élever un doigt en l’air, marquant une dernière condition. Il pivota à nouveau pour faire face à son sauveur et s'enquérir:

"Mais dites-moi, tant qu'on y est, vous n’auriez pas de surcroît quelque chose à boire? J'accepte le vin, la bière, le rhum, le gin, le whisky, la vodka, même frelatée, et l'eau, s'il le faut vraiment. Mais de vie, de préférence. Et nul besoin de verre, je ne le dirai jamais assez, je ne suis pas vétilleux de ce genre de détails."
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Iago degli Albizzi
Gentilhomme - Ca'Grazziano



Inscrit le : 23 Mai 2005
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MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Mer 30 Mai - 20:06

Horreur ! Terreur ! Cataclysme et fin du monde ! Le mouchoir avait été enlevé par une main vile et cruelle appartenant à un être dénué de scrupules qui arrivait devant les gens sur la pointe des pieds et sans se faire remarquer ! Trahison !

A vrai dire, l'être à qui appartenait la main vile et cruelle sus-nommée, n'était sans doute pas arrivé sur la pointe des pieds. Et si Iago ne l'avait pas remarqué, c'était sans doute de sa propre faute. C'était du moins la conclusion à laquelle il était arrivé en levant les yeux et en constatant qu'autour d'eux les braves gens étaient dans un émoi non ordinaire à la vue de l’homme à la peau trop mate et à l’air trop libre pour convenir aux esprits simples.

Trop brutalement tiré de sa rêverie, Iago n'avait absolument pas réagit, ni verbalement ni physiquement (même pas au "mon brave"), et s'était contenté de recevoir le mouchoir "presque neuf" dans les mains.

Son cerveau se remit à fonctionner normalement alors qu'il contemplait d'un air méditatif le mouchoir maintenant taché de graisse et empestant la viande rôtie. Une fois de plus, il avait la preuve que les jolis mondes colorés n'étaient fait que pour être détruit par la saleté et la vulgarité.
Il n'en voulait pas du tout à l'homme (à savoir le propriétaire de la main ville et cruelle) car celui-ci s'était comporter avec une spontanéité qui ressemblait fort à celle dont il se faisait le champion.

L'homme en question n'était d'ailleurs pas parti et lui demandait même à boire. Iago regarda l'étrange olibrius devant lui, puis le mouchoir qu'il tenait par un coin entre deux doigts, puis soupira.


"Et bien... disons que je vous aiderai dans votre quête du divin breuvage si vous répondez à cette question."

Là, il remonta un pied sur le parapet, genou à la hauteur de l'épaule pour s'en servir d'accoudoir avant de pointer le mouchoir du doigt.

"Qu'est-ce que ceci ?
Et par ceci, je n'entends pas votre comportement, bien sûr, qui avait le mérite dans ce monde d'hypocrites d'être parfaitement clair et sans ambiguïté. Non. Je veux dire "qu'est-ce que signifie ce mouchoir ?". A votre avis, comme ça, là..."

Iago leva les yeux vers l'étrange olibrius qui se tenait devant lui, avec un air très patient et très sérieux sur le visage.
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Graziella Rivieri
Courtisane



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MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Jeu 31 Mai - 0:17

[Maison de la courtisane]

"Il signifie peut-être qu'il suffit d'un simple coup de vent pour qu'une chose destinée à une fonction précise se trouve utilisée à une toute autre fin." répondit une voix derrière Leandro.

La courtisane contourna Leandro pour se mettre à la hauteur des deux hommes, ne tournant cependant le dos à aucun des deux. Son attention se porta sur Iago dans un premier temps, à qui elle offrit un sourire courtois.


"Mais je n'ai pas votre sens implacable de la logique et de la réflexion, monsieur degli Albizzi. Comment se porte votre main depuis ce matin ?"

D'un geste discret, elle fit signe au valet qui l'accompagnait qu'il pouvait s'en aller. Il portait les achats qu'elle venait de faire chez la modiste du Rialto, entre autres, un chapeau qui s'accorderait parfaitement avec la tenue qu'elle avait choisie pour la soirée. C'était alors qu'elle faisait un tour sur le marché, tout en profitant pour chercher Lea qui commençait à se faire désirer, que Graziella avait reconnu la silhouette si particulière de Iago, occupé à discuter avec un homme qui lui était inconnu mais dont les vêtements ne passaient pas inaperçus.

Le regard de la courtisane abandonna un instant Iago pour se poser sur l'homme avec qui il parlait. Ses yeux s'étirèrent et le coin de sa bouche s'ourla d'un sourire fin.


"Un peu comme ces mouchoirs qui de loin ont l'aspect d'un vulgaire tissu jaunâtre et qui se révèlent, une fois qu'on les regarde de plus près, être confectionnés dans une soie précieuse brodée de fil d'or..." fit-elle remarquer, son sourire grandissant tandis qu'elle ne lâchait pas Leandro des yeux.

"Monsieur ? Il ne me semble pas avoir encore eu l'honneur de vous croiser... je m'en serais souvenu il me semble." ajouta-t-elle.
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Leandro di Ascani
Vicomte - Ca'Adorasti



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MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Jeu 31 Mai - 4:53

Quoi opposer à l’interrogation farfelue de son interlocuteur sinon un franc éclat de rire?
Leandro ne savait si l’intention de ce dernier était bel et bien de le divertir, mais il lui aurait été impossible de conserver son sérieux devant l’expression attentive de son vis-à-vis, qui lui rappelait immanquablement son vieux maître de lettres. Le cher homme, combien de fois s’était-il retrouvé enfermé à double-tour dans la salle d’études, son élève s’étant volatilisé, clé en poche?
Ainsi se comportait l’aventurier envers les théoriciens et autres remueurs d’aphorismes. Non pas qu’il fut totalement dénué d’estime pour ceux qui avaient fait de la réflexion leur profession. Il éprouvait même quelque admiration pour certains libres penseurs, dont les vues épousaient les siennes. Les contemplations profondes d’autres exaltés n’arrivaient cependant qu’à susciter son amusement.
Qu’on le consulte quant à la signification métaphysique du mouchoir dont il s’était servi comme chiffon faisait justement partie de ces méditations trop obscures pour être éclairées par la raison.

Avant qu’il ne puisse émettre sa théorie sur la question, on s’en chargeait à sa place et d’une fort gracieuse façon.
Se tournant à demi pour mieux considérer la nouvelle arrivante, il eut tôt fait d’apprécier les charmes qui lui étaient présentés avec autant d’esprit que de beauté. L’odeur mêlée de sel, de sang et de poudre à canon lui ferait peut-être défaut d’ici la fin de sa retraite. Pour l’instant, du moins, Venise, son pain, ses jeux et ses femmes lui accordaient beaucoup plus qu’il n’aurait espéré.


"Et tout comme ces châles moirés dont s’adornent les plus sublimes déesses d’Orient et dont la valeur n’attire que les plus riches et les plus puissants," fit-il, en réplique au commentaire de la jeune femme.

Il s’inclina bien bas, faisant fi du flot des passants qui n’avaient de cesse de jeter des coups d’œil en direction de leur curieuse assemblée.


"Monsieur degli Albizzi, enchanté de faire votre connaissance en des termes si généreux. Puisse ce mouchoir avoir eu pour utilité de me graver dans votre mémoire pour l’éternité, Madame," déclara-t-il, son regard audacieux soutenant le sien. "Mon nom est Leandro di Ascani, vicomte-pirate, pirate-vicomte, dépendant de mon humeur et de la direction des vents. En ce lieu, toutefois, il m’apparaît que bizarrerie exotique siérait mieux à mon rang." Un sourire illumina son visage avant qu’il ne s’enquière : "Puis-je connaître le nom de celle aux pieds de qui tout grand monarque aurait déposé un empire?"
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Iago degli Albizzi
Gentilhomme - Ca'Grazziano



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MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Jeu 31 Mai - 17:27

Ah ! La dame Rivieri faisait son apparition, éblouissante comme toujours, même lorsqu'elle faisait des emplettes. Sa réponse était pleine de bon sens, là encore, comme toujours et ses paroles fines et intelligentes.

Iago l'avait saluée d'un signe de tête et d'un sourire avant de coller sa main blessée à son oreille, faisant mine de l'écouter avant de répondre.


"Elle va beaucoup mieux, elle vous remercie de l'honneur que vous avez de prendre de ses nouvelles..."

Durant l'échange qui suivit entre ses deux interlocuteurs, Iago ne put s'empêcher de penser qu'il y avait quelque chose d'assez semblable entre eux. Quelque chose de sensuel, d'un peu sauvage, de libre. Iago n'aurait pas été Iago, il aurait sans doute été envieux de cette liberté sans souci et sans douleur, alors que lui-même ne connaissait que le tourment des questions sans réponses.
Mais là, il se contentait de les trouver tout à fait sympathique.


"Bien ! Puisque ce mouchoir semble nouer les destinés, il me semble tout à fait juste d'en faire offrande aux divinités des canaux."

Il se retourna et jeta le mouchoir dans le grand canal.

"Accepte ce modeste présent, Ô Dieu glauque de ces eaux fétides et nauséabondes."

Il avait dit cela avec un grand naturel, et se retourna vers Leandro et Graziella comme s'il était tout à fait courant d'offrire des mouchoirs aux "divinités des canaux".

"Bien, ceci fait, cher Monsieur le Vicomte Pirate, permettez-moi de vous présenter la Cléopâtre des temps modernes, ou pour reprendre les termes d'Elio, un des miens amis et ami de la dame également, "celle dont les charmes ne sont plus à vanter, Madame Graziella Rivieri que d'aucuns nomment avec envie LA Rivieri."

J'espère Madame, que cette présentation vous convient..."

Iago était loin de se douter que "être un ami d'Elio", le point commun entre Graziella et lui-même, était une définition qui s'appliquait également à Léandro.
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Graziella Rivieri
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MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Sam 2 Juin - 22:31

Graziella inclina la tête à la réplique de Leandro, lui renvoyant ses paroles en une autre métaphore habile. Elle sourit d'autant plus qu'elle entendait des commentaires en tout genre dans son dos. Dieu qu'elle aimait ça la jalousie de la foule et les regards réprobateurs.

La réponse de Iago sur l'état de sa main la fit rire. Cet homme était décidément singulier. Pas étonnant qu'Elio l'ait pour ami. Cependant, en le voyant jeter le mouchoir dans le canal avec une petite mise en scène, il était clair que ses faits et gestes étaient parfois vraiment étranges. Graziella n'arrivait pas encore à savoir s'il faisait cela pour attirer l'attention sur lui ou s'il était vraiment simple... pourtant on ne pouvait pas dire que ses réflexions, quoique alambiquées, étaient sottes.

La courtisane se retourna de nouveau vers Leandro qui se présentait. Elle inclina de nouveau la tête en souriant. Il était donc vicomte. Elle ne s'était donc pas trompée en évoquant un mouchoir précieux brodé d'or.


"Pirate..? Vraiment ? Me feriez-vous l'honneur de me conter un jour vos aventures ? Il n'y a rien de plus passionnant que l'exotisme..." dit-elle en lui lançant un bref regard dévorant.

Elle fut dispensée de se présenter à son tour car le gentilhomme le fit à sa place, et avec brio. Elle inclina la tête vers Iago pour le remercier et lui sourit.


"Oh mais c'est une présentation on ne peut plus précise, je vous remercie, monsieur degli Albizzi. A ce propos, pourrais-je vous poser une question ? J'ai compris que vous étiez un bon ami du prince Elio Lacryma Adorasti mais je suis curieuse d'en savoir un peu plus... Comment l'avez-vous connu ?"
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Leandro di Ascani
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MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Dim 10 Juin - 20:42

Les excentricités de ce degli Albizzi laissaient Leandro profondément perplexe. Il aurait probablement envoyé le dévot rejoindre son offrande dans le canal, si cela n’avait été du nom de cet ami commun qui fut évoqué.
Assurément, Elio savait bien s’entourer : un bouffon pour le divertir et une femme à la beauté qui devait piquer bien des convoitises. Devait-il révéler à son tour son lien avec le Prince? S’il devait tenir secrètes les circonstances de leur rencontre, se manifester en tant que fidèle suivant du maître de la Ca’Adorasti n’avait par contre pas été frappé d’interdit.
Qu’avait-il à perdre en proclamant ses allégeances? Strictement rien puisqu’à priori, il se trouvait en terrain amical et que son obédience variait au gré du vent, des tempêtes et du gagnant.


"Je dirais même pirate-servant, Madame, à la disposition de Sa Grâce, le Prince Elio Lacryma Adorasti. Soyez tous deux assurés que les amis de mes amis sont mes amis et que, par la force des choses, nous voici d’ores et déjà en bonne intelligence."

Un sourire éclaira son visage avant qu’il ne s’incline devant celle qu’on lui désignait comme La Rivieri, quémandant une main à frôler de ses lèvres épanouies.

"Madame, votre réputation vous précède et voyage bien au dehors des murs de cette cité, par delà l’Italie et notre Mare Nostrum. Votre nom trouve écho jusqu’aux oreilles d’un vice-amiral que je croisai à Saint-Domingue et dont je tairai le nom par respect pour sa peine. Sachez toutefois que des années après votre première entrevue, il soupirait toujours au souvenir de votre visage. Il n’est de blessure plus vivace que celle portée au cœur."

Il n’était point aisé de déterminer s’il disait vrai, son ton comme son expression se situant à la frontière entre le grave et le pastiche.
C’était sciemment qu’il maquillait la vérité ou confirmait le mensonge avec ce sérieux comique, laissant le soin à son public de tirer leurs propres conclusions de ses improbables récits.


"Puisque les questions en chassé-croisé semblent constituer notre conversation, puis-je m’enquérir de la façon dont vous avez fait la connaissance du Prince?"
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Iago degli Albizzi
Gentilhomme - Ca'Grazziano



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MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Mer 20 Juin - 12:42

Iago s’amusait toujours à voir les regards perplexes des gens qui l’entouraient. Evidemment, la plupart des gens le prenaient simplement pour un fou, mais pour lui, dire avec le même sérieux les phrases de la vie courante et des absurdités, c’était affirmer une fois de plus la vacuité éternelle de la parole humaine.

Il allait sombrer une fois de plus dans ses réflexions sinistres lorsque la courtisane le rattrapa d’une question toute simple « comment l’avez vous connu ? ».

L’expression de son visage vacilla, le sourire ironique disparaissant au profit d’un regard presque embarrassé alors que le souvenir de sa première rencontre d’Elio remontait à la surface de sa mémoire.


« Nous… nous sommes connus enfants. Florence n’est pas une très grande ville. Nous avons pour ainsi dire grandi ensemble. Jusqu’à ce que des… circonstances familiales malheureuses m’obligent à quitter la ville. »

Sans pouvoir s’en empêcher, c’était avec une grande pudeur que Iago s’exprimait sur ce sujet. Mais c’était clairement de l’amertume qui avait percé sous sa dernière phrase.

Il resta ensuite silencieux. Il ne commenta ni l’idiotie du hasard (qui rassemblait sur une place trois êtres étrangers et étranges dont le seul point commun était d’avoir les yeux levés vers une même personne) ni les paroles du pirate (dont les élucubrations n’étaient pas si loin des siennes, remplaçant simplement le dieu du canal par un vice-amiral des Antilles…).

Il se contenta de se tourner vers Graziella, curieux de sa réponse, et se demandant si à son tour elle allait renvoyer la question au pirate-servant dont l’histoire, si elle était racontable, était sans doute un morceau de bravoure.

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Graziella Rivieri
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MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Mer 27 Juin - 20:25

C'est avec une certaine retenue que la courtisane écouta la réponse de Iago. Cela l'intéressait, bien évidemment, mais elle n'aurait rien éprouvé de plus que de l'indifférence s'il avait décidé de ne rien lui dire. C'est pourquoi en le voyant répondre avec autant de simplicité et semblait-il d'honnêteté, il lui sembla que par sa question, elle avait touché un point sensible ou un souvenir douloureux de l'enfance du gentilhomme. Elle se contenta donc d'acquiescer en souriant sans rien ajouter.

Graziella eut un sourire surpris quand elle apprit que Leandro était, lui aussi, un proche du prince Elio.


"Finalement, est-ce vraiment une surprise...? J'ai toujours dit que les amis du prince Elio étaient tous.. dignes d'intérêt." dit-elle d'un air amusé, laissant glisser son regard successivement sur les deux hommes.

Elle tendit gracieusement sa main au vicomte alors qu'il s'inclinait. Un bref instant, la courtisane soutint en souriant le regard d'une bourgeoise qui commérait à son sujet avec sa voisine, juste dans le dos de Leandro.

Ses yeux bleu clair se posèrent de nouveau sur le visage halé lorsqu'il fut redressé et ses lèvres s'étirèrent lentement à ses compliments. Puis ce fut un rire franc qu'elle laissa filtrer entre les doigts de sa main gantée quand il lui conta les peines de coeur d'un vice-amiral. Peu importait si ce qu'il disait était vrai, faux ou simplement exagéré. Si ce n'était pas un vice-amiral, elle savait pertinemment que certains de ses courtisans ne l'avaient pas oubliée même après de nombreuses années... un en particulier.


"Comment je connais le Prince Elio ? Vous savez.. quand on rencontre des vice-amiraux qui voyagent par-delà l'Italie.. il serait bien malchanceux de ne point rencontrer le Maître d'au moins l'une des deux illustres familles de la Sérénissime."

Elle restait vague, façon pour elle de dire que certains détails lui appartenaient et qu'il était inutile d'insister pour en savoir d'avantage.

"Quant à vous... ne me dites rien sur la façon dont vous avez rencontré le prince Elio... je préfère vous imaginer tous deux sur un navire majestueux, battant fièrement les mers, toutes voiles déployées." dit-elle, regardant théâtralement le ciel d'un air amusé, une main sur son coeur.
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Leandro di Ascani
Vicomte - Ca'Adorasti



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MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Dim 1 Juil - 6:56

Ses deux interlocuteurs semblant peu enclins à s’étendre sur la nature de leur relation et les circonstances de leur rencontre avec Elio, Leandro ne se sentit nullement obligé à se montrer plus volubile quant à la nature de sa relation et aux circonstances de sa rencontre avec le Prince.

"Vous n’avez pas tort en faisant mention d’un navire majestueux, Madame, puisqu’Elio et moi-même avons fait connaissance en haute mer. À défaut de vous narrer le récit complet de nos folles équipées, je me contenterai d’évoquer à votre esprit de fabuleux trésors, des contrées encore inexplorées et d’épiques combats contre des ennemis sans pitié, afin de vous dépeindre ce qui constituait le quotidien du Prince, à bord de mon navire."

Ses dires auraient indéniablement fait sourciller le second héros de ses aventures, mais il aurait été faux d’affirmer qu’ils étaient complètement inexacts. Tout n’était, au demeurant, qu’une histoire d’interprétation des faits.
Un trésor, le corsaire en avait bien découvert un au terme de son voyage. Des combats s’étaient bel et bien déroulés. Quant aux contrées inexplorées, l’illustre hoir des Adorasti avait sans aucun doute fait la visite d’endroits inconnus de lui pendant leur périple.

Une nouvelle question allait franchir ses lèvres quand un mouvement attira ses yeux, jusqu’alors plongés dans ceux de son interlocutrice, et il put surprendre un homme essayant de chaparder le contenu des paquets que portait un valet inattentif.
D’un mouvement leste, le navigateur dégaina le fleuret à sa taille et barra la route du larron pour appuyer la lame contre un poignet découvert.

"Sais-tu qu’en terre musulmane, il aurait été de mon devoir de te couper la main gauche et, puisque tu n’en es certainement pas à ton premier délit, également la droite?"

Un éclat d’acier luit dans son regard encore chaleureux un instant plus tôt, sa poigne se raffermissant sur sa rapière.
Prenant conscience de l’émoi qu’avait suscité la vue de son arme, tirée hors de son fourreau, il décida de renoncer aux lois coraniques ou à la discipline instaurée sur son vaisseau.

"Mais nous sommes à Venise, c’est pourquoi je te laisse t’enfuir en te déconseillant de marauder à nouveau les achats d’une dame de qualité alors qu’elle est en conversation avec un gentilhomme de mauvaise éducation."

Le happe-bourse eut tôt fait de s’esquiver sous le regard mauvais des passants, incertains de celui qu’il leur fallait dévisager avec le plus de méfiance. S’inclinant devant la Rivieri, le pirate raccrocha son épée à sa taille tel que l’aurait fait un chevalier-servant devant sa châtelaine.

"Madame, permettez-moi de vous raccompagner jusqu’à votre demeure. Les tire-laines me paraissent nombreux en ces lieux et les risques qu’on ne vous dérobe quelque bien de valeur le sont tout autant."
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On peut toujours faire quelque chose de ce qu'on a fait de nous.
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Iago degli Albizzi
Gentilhomme - Ca'Grazziano



Inscrit le : 23 Mai 2005
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MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Lun 9 Juil - 13:42

Décidément, le corsaire était amusant. Il semblait avoir une facilité surprenante à partir dans de grands récits épiques. Mais peut-être y avait-il moins d’exagération dans ses dires que Iago ne l’imaginait. Du moins, on pouvait se poser la question à voir la rapidité avec laquelle il sortait son fleuret…

Il y avait quelque chose de délicieusement ironique à voir un corsaire arrêter un tire-laine. Iago retint son commentaire sur le thème de « tel est pris qui croyait prendre » et les poissons qui se mangent la queue, d’une part parce qu’il doutait que cela soit très compréhensible, et parce que son regard venait d’être attiré par un valet portant la livrée des Grazziano, qui visiblement voulait lui parler mais n’osait pas s’approcher trop.

La nuit commençait à tomber, et Léandro proposait à Graziella de la raccompagner. Quelle galanterie… Iago s’inclina légèrement.


"Cher Leandro, ce fût un plaisir de te rencontrer. Chère Madame, je vous laisse à votre chevalier servant. Il paraît qu’il y a une fête au Castello ce soir, peut-être que je vous y apercevrai…"

Dernière courbette ironique, et Iago s’éloigna de quelques pas pour retrouver le valet Grazziano et le message qui l’attendait.

Après avoir pris connaissance du message, il décida de marcher un peu dans les rues afin de réfléchir à la nouvelle.


[Le Jardin du Castello - L'allée Centrale]
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Graziella Rivieri
Courtisane



Inscrit le : 03 Sep 2005
Messages : 113

MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Mar 17 Juil - 21:04

"De fabuleux trésors ? Voilà qui est intéressant... et.. des combats épiques.. et bien, je suis heureuse d'apprendre que le prince Elio, et vous même... , avez survécu à cela sans dommage, c'eut été regrettable..." dit-elle d'un faux air détaché, son regard glissant distraitement sur le visage de Leandro jusqu'à ses lèvres.

Subitement le regard de Leandro fut attiré par autre chose et la courtisane le vit bondir de côté et sortir son épée contre ce qui semblait être un petit voleur. Attentive, elle observa la scène tout en tapotant son menton du bout de ses doigts, amusée par les cris que poussaient les dames qui s'écartaient très loin de l'agitation.

Alors qu'il revenait vers elle, Graziella lui sourit.


"Un pirate justicier au service de Sa Grâce et des dames.. que demander de mieux... ? J'accepte votre offre avec plaisir monsieur di Ascani." dit-elle en inclinant la tête quand il lui proposa de la raccompagner chez elle.

*Par ce geste, vous ressemblez plus au prince Elio que vous ne l'imaginez...* pensa-t-elle en souriant, se remémorant une scène presque identique.

Graziella se tourna vers Iago pour le saluer à son tour.


"Peut-être oui.." ajouta-t-elle à sa remarque. "Au revoir monsieur degli Albizzi."

Puis se retournant vers son chevalier servant, la courtisane prit le chemin de sa maison en sa compagnie.

[Calle Galante]
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Marché du Rialto

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