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La Chambre de Gabriella Delmonti - Servante

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Matteo Salvanti
Homme de Main - Ca'Grazziano



Inscrit le : 02 Mai 2005
Messages : 390
Statut : Assassiné le 5 février 1744 en soirée au Jardin du Castello.

MessageSujet: Re: La Chambre de Gabriella Delmonti - Servante   Ven 27 Oct - 23:45

[L'Office]

À peine avait-il refermé la porte derrière lui que Matteo assaillait sa victime des plus délicates attentions. Le repoussant jusqu’au lit, il le força gentiment à s’asseoir avec une expression se voulant aussi câline que rassurante. Le sourire que lui avait adressé Cilio, mélange de réprimande et de connivence, l’avait encouragé à poursuivre ses manœuvres. Si, au départ, le blond envisageait véritablement de visiter le Palais Adorasti, son captif adorablement consentant lui faisait quelque peu modifier ses plans. Après tout, pourquoi ne pas joindre l’utile à l’agréable? La nuit était encore jeune, les domestique, affairés à leurs tâches… Il y avait sûrement moyen d’intégrer un interlude plus ludique à sa très sérieuse mission de reconnaissance. Un sourire retroussa ses lèvres pleines. Il y avait toujours moyen d’intégrer des interludes ludiques en toute occasion.

L’homme de main se débarrassa de son pourpoint d’un geste preste avant de venir se camper en face du poète, plaçant ses mains de part et d’autres de ses cuisses, le coinçant ainsi entre le mur et lui-même.

« Monsieur dell’Arbero… puis-je vous appeler Cilio? susurra-t-il, à voix basse. Je savais que vous possédiez une âme d’aventurier n’attendant que d’être exacerbée... »

Ses doigts se glissèrent le long du bras du jeune homme, remontant lentement mais inexorablement jusqu’à sa gorge, où ils se reposèrent un instant, leur toucher se faisant léger, presque fantomatique, destiné à faire frissonner le garçon sous son emprise.

« Vous savez… nous ne sommes pas si différents, vous et moi… »

Il éleva sa main jusqu’à ce visage aux traits d’une finesse incomparable, ses caresses se faisant légèrement plus pressantes, tandis que la seconde s'affairait à délacer sa chemise.

« C’est une question de passion… De cœur, d’esprit, de corps aussi, bien sûr. »

Et ce « bien sûr » était lourd de sous-entendus, tout autant que sa bouche qui s’était approchée de l’oreille de son interlocuteur.

« Nos loyautés sont les mêmes… Que diriez-vous de nous unir? »

Ses lèvres effleurèrent dangereusement celles de Cilio avant de se retirer presque aussitôt, les orbes bleues scrutant leurs jumelles.

« Ne faire qu’un pour le plus grand bénéfice de la Ca’Grazziano? »

Si les intérêts de la Ca’Grazziano étaient les siens… ses intérêts étaient réciproquement ceux de la Ca’Grazziano, n’est-ce pas? Si Matteo obtenait ce qu’il désirait au nom de sa Maison, il ne saurait que mieux la servir par la suite. Il n’y avait donc aucune infamie à employer le nom de son Prince pour persuader le jeune poète du bien-fondé d’une alliance aux avantages mutuels…
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La mia lealtà appartiene a soltanto un padrone. Lasci l'altro timore me e la casa del di'Grazziano.
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Cilio de
Invité




MessageSujet: Re: La Chambre de Gabriella Delmonti - Servante   Sam 11 Nov - 17:02

Cilio avait bel et bien rêvé éveillé. Il ne s’en rendit véritablement compte qu’au contact pressant des mains de Matteo. Le souvenir de Rissa s’était évanoui aussi vite qu’il était arrivé et le jeune poète sentit tous les muscles de son corps se raidir. Le souffle chaud du jeune blond dans son cou, le contact effleuré de ses doigts sur sa peau, la proximité étouffante de tout son être… Et ses paroles qu’il entendait, sans en saisir plus que quelques mots : « passion », « corps », « unir ». La perspective de ces simples mots le fit frissonner. Lui qui côtoyait tant de mots, qui avait appris chaque intonation de voix pour leur conférer l’émotion souhaitée, ceux-ci lui arrachèrent un frisson. Un mélange d’excitation et de répugnance.

Comment avait-il pu être assez stupide pour se laisser prendre au piège de la séduction ? Quelle naïveté… Le visage de Matteo était si proche du sien qu’il obligeait le poète à loucher pour assister, impuissant, au jeu sensuel qu’avait entamé le jeune homme. Les lèvres qui s’effleurent, le regard hypnotisant, la voix sucrée… Jusqu’à ce que ses dernières paroles parviennent à son esprit. « Ne faire qu’un pour le plus grand bénéfice de la Ca’Grazziano »…? L’absurdité de la proposition éclata si brusquement qu’elle déclencha un premier mouvement de recul. Cilio prit conscience du baratin insensé que débitait le libertin dans le seul but de le prendre dans ses filets. Il invoquait le bénéfice de la Maison du Prince Ugo pour parvenir à l’unique satisfaction des plaisirs de son propre corps…

La colère soudaine de Cilio lui donna la force d’élever, dans un mouvement saccadé, sa propre main jusqu’à celle de l’homme de main – qui ne semblait pas porter pas ce titre pour rien – qui délaçait habilement sa chemise blanche. Les yeux brillants d’une fureur contenue, il repoussa lentement son assaillant.


« Expliquez-moi en quoi la satisfaction de vos désirs charnels pourront servir la Ca’Grazziano ?… » prononça-t-il lentement, « …En quoi risquer de se faire découvrir ainsi dans une chambre des serviteurs Adorasti pourra servir la Ca’Grazziano ?… »

Cilio accusait Matteo, mais c’était avant tout de lui et de sa propre faiblesse dont il avait honte…
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Gabriella Delmonti
Servante - Ca'Adorasti



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MessageSujet: Re: La Chambre de Gabriella Delmonti - Servante   Lun 13 Nov - 23:25

[La Terrasse donnant sur le Grand Canal]

Le sourire que lui avait donné le majordome en partant de la terrasse lui avait était d'un réconfort démesuré face au simple geste. C'était pour elle la certitude qu'elle faisait son travail correctement et qu'elle était appréciée pour ça auprès du bras droit du prince.

Comme il le lui avait demandé, elle avait parlé un ton plus bas pour ne pas lui donner la migraine. Elle ne se rendait pas vraiment compte de son débit de parole ni de sa voix. Mais tout de même, il n'y avait pas idée de se fracasser le crâne à ce point.

Tout en gardant le bras du majordome pour le guider, ils arrivèrent dans le couloir des communs et s'arrêtèrent devant la chambre de Lorenzo qu'elle ouvrit à la volée pour ne pas avoir à lâcher le jeune homme.

Mais tant pis pour la migraine du majordome, Gabriella poussa un cri strident à la vue de deux personnes qui n'auraient pas dû se trouver là. Une main sur sa poitrine, le souffle court et les yeux ronds, elle regarda les deux hommes. Qui étaient-ils ? Que faisaient-ils là ? Etait-ce des voleurs venus fouiller les chambres durant le divertissement ?

Elle raya cette idée d'elle-même. Des voleurs dignes de ce nom seraient montés dans les étages, là où se trouvaient les chambres plus luxueuses. Son regard s'arrêta sur le jeune homme blond debout, celui qu'elle avait vu le matin même au marché du Rialto.


"Vous !"

Gabriella lâcha le majordome et le laissa s'appuyer contre le mur s'il le voulait et s'approcha à grands pas de Matteo. Prenant un coussin au passage elle l'abattit à plusieurs reprise sur l'homme en lui hurlant dessus.

"Vous n'avez pas le droit d'être ici ! C'est une partie privée du palais ! Partez d'ici immédiatement ! Et ne me dites pas que vous vous êtes perdus je ne vous croirai pas !"

Légèrement décoiffée, elle cessa d'agiter le coussin quand elle remarqua le pourpoint qui gisait par terre. Elle tourna alors les yeux vers l'autre homme, celui qui était assis. Sa chemise était à moitié délacée et il était d'ailleurs fort charmant comme cela. Elle cligna des yeux plusieurs fois, laissant un silence très étonnant après les hurlements. Puis un rouage sembla se mettre en marche dans son cerveau. Deux hommes entraient dans une chambre, mais pas pour voler. Il y avait un pourpoint par terre et une chemise délacée...

"OH !"

Gabriella lâcha le coussin et se plaqua les mains sur ses yeux, une belle couleur écarlate montant sur ses joues jusqu'à ses oreilles. Elle s'accroupit et ramassa le pourpoint qu'elle enfonça dans la poitrine de Matteo puis, toujours les yeux à demi-fermés pour ne pas croiser leurs regards, elle poussa Matteo vers la sortie.

"DEHORS !" hurla-t-elle à l'intention de Matteo.

"Et vous aussi !" ajouta-t-elle moins fort à l'intention de Cilio.
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Gabriella Delmonti, Servante Ca'Adorasti
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Matteo Salvanti
Homme de Main - Ca'Grazziano



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MessageSujet: Re: La Chambre de Gabriella Delmonti - Servante   Mer 15 Nov - 2:36

En séducteur accompli, Matteo était parfaitement conscient que sa tendre victime lui opposerait toujours un refus, plus ou moins marqué selon l’individu, avant de se donner à lui. Il en était venu à attendre cette étape du parcours avec impatience, puisqu’il la savait d’avance savoureuse. Toutes ses jolies proies se laissaient d’abord charmer pour ensuite le repousser, en feignant d’être réellement intéressées à préserver leur vertu ou à se priver des plaisirs qu’elles pourraient connaître dans ses bras. Bien sûr, au plus profond d’elles-mêmes, elles connaissaient leurs aspirations véritables et s’abandonnaient tôt ou tard au blond, trop heureux de se plier aux désirs de ces dames et de ces messieurs. Pour une illustration moins flatteuse, on aurait pu comparer leur comportement à celui d’un poisson qui, une fois ferré, faisait quelques soubresauts pour la forme, pour signifier qu’il n’était pas tout à fait d’accord avec sa capture. Le pêcheur – ou pécheur, dans le cas présent – devait ainsi le convaincre de demeurer à bord du bateau. Une fois sa prise bien docile, ne lui restait qu’à la dévorer.

C’est donc pourquoi Matteo ne fut pas inquiété outre mesure par la colère apparente de Cilio. Le pauvre garçon tentait de masquer sa propre ardeur, mais fort heureusement, l’homme de main n’était pas dupe de ces petites gamineries sans conséquences. Le sens littéral de ces paroles n’était pas à prendre en compte. Il fallait en comprendre le message sous-jacent, qui consistait à « Je vous désire, Monsieur Salvanti, poursuivez, je vous prie ». Ce différend, qui n’en était pas vraiment un, serait réglé promptement pour que ses explorations puissent gagner plus de profondeur…

Un horrible vagissement l’empêcha cependant de persuader le jeune poète des avantages indéniables de leur union. Avant qu’il n’ait pu émettre de réponse cohérente, le jeune homme était attaqué par une servante enragée, armée d’un coussin. Les assauts n’étaient pas particulièrement violents et s’en prendre à une femme était des plus inélégants, l’homme de main fit preuve d’indulgence, la laissant se libérer de sa fureur. Les femmes étaient ainsi faites. Étant le sexe faible, on devait tolérer leurs excès, rachetés par leur beauté.

La charge prit fin, permettant au blond de remettre un peu d’ordre dans sa tenue. La soirée était terminée, pour le moment du moins. Ne restait qu’à effectuer une sortie digne du Sauveur des Libertins, afin de sauver la mise. C’était une question d’honneur! Il ne pouvait tout de même pas quitter le Palais Adorasti en donnant l’impression d’avoir été chassé comme un vulgaire cambrioleur!


« Mademoiselle, ce fut un plaisir. Mon compagnon et moi-même avons fort apprécié l’hospitalité de la Ca’Adorasti, mais il nous faut à présent prendre notre congé. Nous ne voudrions pas surtout abuser de votre amabilité plus longtemps, » susurra-t-il en s’inclinant bien bas devant la jeune femme d’abord, puis l’homme soutenu par le mur.

Faisant signe à Cilio de le suivre, il rajusta soigneusement le pourpoint qu’on lui avait galamment remis.


« Transmettez mes hommages au Prince et à la Princesse. Je serai enchanté de le retrouver à nouveau au Caffé Florian et faites-lui aussi part de la grande qualité de ses lits, que j’ai pu tester en personne, au vif plaisir de mon ami. »

Un clin d'oeil malicieux à l'intention du poète puis, Matteo s’engageait dans le couloir la tête haute et le pas résolu, se drapant dans les derniers pans de sa majesté un peu écorchée.


[Ca'Grazziano - Chambre de Matteo Salvanti]
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Cilio de
Invité




MessageSujet: Re: La Chambre de Gabriella Delmonti - Servante   Mer 15 Nov - 17:46

L’expression du blond libertin d’avait en rien changé malgré les propos clairement explicites de Cilio, ce qui eut pour effet d’accentuer encore son irritation. Il s’apprêtait à se lever pour quitter la pièce sans plus se soucier de Matteo. Il pouvait bien aller prendre la première servante venue s’il avait vraiment besoin d’épancher ses désirs ; ce serait d’autant plus excitant de risquer de faire renvoyer cette pauvre jeune fille. Tiens, d’ailleurs celle qui se trouvait sur le seuil de la porte serait parfaite, elle… Elle…

Elle hurlerait sans doute trop fort et n’aurait aucune excuse à être découverte puis renvoyée. Mais cela, Cilio n’eut pas le temps de le penser. Il regarda, abasourdi, la jeune servante lutter à coups de coussin contre les deux intrus, ou plus précisément contre Salvanti – qu’elle semblait par ailleurs connaître, mais quel jeune et jolie personne dans cette ville ne connaissait pas le libertin ? - . Son visage rougi par la fureur finit par se tourner vers le jeune poète, rencontrant deux yeux bleu sombre écarquillés par la surprise dont l’étincelle de colère n’avait pas encore disparu. C’est lorsque le regard de la jeune fille se posa sur son pourpoint au sol, puis sur sa chemise délacée que Cilio comprit toute l’horreur de la situation.

Un pourpre saisissant enflamma son visage et ses yeux se baissèrent instantanément. On l’eût retrouvé dans cette même chambre, nu et en pleine action qu’il n’eût pas été plus honteux. Demain, le Prince serait au courant, et après un sermon tranchant sous les regards réprobateurs et outrés des résidants à la Ca’Grazziano, pendant lequel Cilio pourrait entendre de cette voix habituellement si empreinte de bonté les mots durs et humiliants annonçant son renvoi du palais, il sortirait sous son regard déçu, défait, anéanti, sans plus aucun abri ni plus aucune attache, considéré par tous comme un être vil et répugnant, ayant causé le déshonneur de la famille di’Grazziano, et ce par sa faute, par son unique et seule faute…

Il n’émergea de ses sombres pensées que lorsque la voix perçante de la jeune servante l’invita, plutôt gentiment constata-t-il, à quitter les lieux sur-le-champ. Désemparé, il obéit, n’osant pas même lever les yeux vers elle. Pourtant, il devait s’excuser, il devait dire quelque chose, n’importe quoi…Cilio remarqua soudain l’homme appuyé contre le mur, qui essayait avec plus ou moins de succès de se maintenir debout. Devancé par son obligeance naturelle, il se vit lui offrir un soutien courtois et l’aider à marcher jusqu’à son lit il le fit asseoir. Reprenant brusquement conscience du regard probablement désabusé de la jeune servante sur lui, Cilio se redressa d’un bond et balubutia, les yeux rivés sur ses pieds :


« Pa…Pardonnez-moi. »

Constatant qu’il avait fait assez de dégâts ainsi, il se dirigea à grands pas en direction de la sortie du Palais, les yeux toujours baissés sous le poids de la honte.

[Ca'Grazziano]
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