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 Le Caffé Florian

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Luciano di Lorio
Ami de la Famille Adorasti - Ca'Adorasti


Nombre de messages: 166
Date d'inscription: 04/07/2005

MessageSujet: Re: Le Caffé Florian   Sam 13 Jan - 7:12

Trônant sur le chaos ambiant, Luciano contemplait le résultat de ses efforts se redresser avec dignité, sa douce figure voilée par sa chevelure en bataille. Le jeu en avait certainement valu la chandelle, ne serait-ce que pour le tapage qu’il provoquerait. Sa dernière action d’éclat dans la Sérénissime remontait au malencontreux décès de son épouse, suite à un terrible mal. Il allait sans dire que, si son retour n’était pas encore connu de tous, la péripétie du Caffe serait bientôt sur les lèvres de tous les habitués des salons mondains. Et, tandis qu’il soutenait ces yeux au feu dévorant, il se prit à constater qu’il ne le regrettait pas le moins du monde. Au contraire, il se réjouissait, d’une part, de sa rencontre avec le jeune inconnu et, de l’autre, du tumulte que ce dernier aurait apporté à son existence.

Patiemment, l’aristocrate attendit qu’on dépose son tribut à ses pieds. Cette rançon se présenta sous la forme de deux mots composant un nom : Raffaele Scaligeri. La saveur de la victoire fut teintée d’un arrière-goût de surprise. Il n’avait pas souvenance d’une famille influente, établie au sud, qui porta un tel nom. S’assurer de la véracité de cette affirmation serait de mise même si, pour l’instant, le noble appréciait son succès à sa juste valeur. Il avait toujours fait preuve d’une prudence, voire une méfiance passionnée pour tout ce qu’on qualifiait de vérité et la lueur de malice qu’il crut apercevoir dans les prunelles de son interlocuteur le laissa pensif. Quel secret de si grande envergure le garçon pouvait-il bien avoir à cacher, s’il s’avérait qu’il avait menti? Quelles pouvaient bien être ses origines pour qu’il soit si important de les dissimuler?

Plissant des yeux comme pour déterminer de la franchise de Raffaele, Luciano ne dévia pas son regard de celui de son cadet, alors qu’il enfonçait un éclat de verre dans sa paume ouverte. Malgré la vive douleur, il sembla même que son expression désinvolte se peigne d’amusement. Dangereux. Ce « jouvenceau » renfermait énormément plus qu’il ne voulait bien l’admettre et le gentilhomme était fort curieux de connaître ces « amusements » qui avaient éloigné sa nouvelle connaissance de sa cité natale. Si ceux-ci s’apparentaient à trancher la chair de ses conquêtes, il n’était pas étonnant qu’il ait été forcé à quitter sa famille pour quelque temps.

« Je vous remercie du fond du cœur, Monsieur Scaligeri, » murmura-t-il, son ton rendant impossible de discerner s'il se référait au bien qu’on lui avait rendu que de l’identité révélée.

D’un geste sec, il retira le morceau de cristal fiché dans sa main, ses lèvres ne formant plus qu’une ligne dure durant un instant. Le laissant choir contre le sol, il l'écrasa de son talon sans aucun regret pour le réduire en fine poudre argentée. Au moins garderait-il un souvenir impérissable, gravé à même sa chair, de cet entretien pour le moins haut en couleurs. C’était bien la moindre des choses après l’humiliation qu’il avait fait subir à son fougueux adversaire et le ruban qu’il lui avait dérobé.

Les sourcils froncés, il remarqua les sillons sanglants qui marquaient le délicieux minois de son protégé. Se saisissant d’un mouchoir de baptiste, il entreprit d’essuyer délicatement toute trace de leur échauffourée de son visage. Un ange fardé de sang n’inspirerait pas confiance à de futures victimes et il lui tardait déjà d’entendre les récits des aventures de son cher favori.

« J’espère que votre chute n’aura occasionné aucune blessure grave, car je serais désolé de vous savoir alité pour le bal populaire de ce soir, qui se tiendra au Jardin du Castello. Un tel évènement aurait été le moment opportun pour vous de faire une entrée plus ou moins officielle dans cette ville…»

Ses mains décrivirent un geste pour désigner l’établissement entier, à l’atmosphère toujours aussi échauffée.

« … quoique j’ai la forte impression que vous n’ayez déjà commencé à vous tailler une réputation en ces lieux, Monsieur. Le Florian n’avait connu pareil esclandre depuis fort longtemps et le vôtre sera à se remémorer pour les prochaines années. »

Se redressant de toute sa hauteur, il tira une bourse bien remplie de son justaucorps pour répandre quelques pièces d’argent qui scintillèrent dans la lumière du matin. Ce serait amplement pour payer les dégâts, mais jamais assez pour faire taire les mauvaises langues. Il n’avait de toute façon nullement l’intention de camoufler ces débordements et comptait plutôt tirer profit de tout ce bruit. C’était dans la tourmente qu’on pouvait en apprendre le plus sur soi comme sur ceux qu’on croyait ses pires ennemis et ses plus proches alliés.

« Me permettrez-vous donc de vous raccompagner jusqu’à bon port? Toutes les embarcations de Venise ne sont pas aussi frêles et nues. Certaines, réservées aux plus nantis, sont dotées d’abri qui vous donnerait peut-être l’illusion de ne jamais avoir quitté la terre. »

Un valet hésitant s’avança pour lui tendre son manteau et sa canne, visiblement soulagé que ces deux clients bien turbulents aillent se quereller ailleurs.

[Rive du Grand Canal]
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Raffaele di Grazziano
Frère du Prince - Ca'Grazziano


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Date d'inscription: 12/11/2006

MessageSujet: Re: Le Caffé Florian   Sam 13 Jan - 20:15

A peine une crispation des lèvres, l'aristocrate faisait montre d'une grande maîtrise. Raffaele, qui s'était attendu à un éclat pour son acte cruel, en fut pour ses frais. Il eut une amorce de recul quand l'homme approcha le mouchoir de son visage, puis comprenant se laissa faire. Voilà qu'après avoir provoqué un scandale dont les échos devaient déjà courir la ville, il se laissait débarbouiller comme un petit garçon. Il fronça le nez quand il lui vint à l'esprit qu'il donnait l'image d'un enfant capricieux et que l'homme s'en amusait. Mais Luciano parlait à présent d'un bal qui serait donné le soir même et auquel il semblait plus ou moins le convier. Il balaya d'un geste la question d'éventuelles blessures pour se préoccuper du divertissement annoncé, le regard fixé sur les yeux du gentilhomme.

"Un bal dites-vous ? Populaire... Pourquoi pas s'il se peut que j'y trouve, au milieu des servantes et des petits bourgeois, certain divertissement de qualité."

Le jeune prince se détourna tandis que Luciano lançait quelques pièces sur la table. L'entaille dans sa paume commençait à le faire souffrir et il fit un pas de coté, se tournant vers les dîneurs les plus proches, un couple de négociants dont la femme s'éventait fébrilement. Il s'inclina avec grâce et d'un geste rapide se saisit du verre de grappa qu'on venait de servir au bourgeois. Il sourit à la femme qui blêmit en le regardant verser l'alcool sur sa blessure tandis que le mari balbutiait des protestations outrées.

"Quel affreux scandale, Madame, que ces débordements auxquels vous fûtes contrainte d'assister. Et maintenant voici que l'on vous inflige le spectacle répugnant d'une blessure. Comme je comprends votre indignation ! Mais je vous en prie, ne vous pâmez pas déjà, vous risqueriez de manquer quelque chose et le récit que vous ferez dans les salons serait incomplet, vous privant alors de votre minute de gloire."

Il se redressa et rejoignit Luciano près de la porte. On lui remit son manteau en évitant son regard tandis que l'aristocrate lui proposait de le raccompagner... par voie d'eau. Il eut une petite grimace qui passa inaperçue au moment de quitter l'établissement mais accepta néanmoins avec le sourire.

[Rive du Grand Canal]
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Ariela Accorti
Comtesse


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Date d'inscription: 07/02/2007

MessageSujet: Re: Le Caffé Florian   Ven 25 Mai - 14:19

[La Petite Allée aux Lions de Pierre]

La comtesse, au vu de la réaction de Flavio lorsqu’elle commenta le dessin qu’il avait donné à la jeunette Visconti, se persuada très bien que ses compliments à elle l’avaient touché. Il fallait dire qu’ils étaient bien mieux tournés que ceux de Donatella. Elle ne lui jetait pas la pierre, bien entendu, tous ne pouvaient pas être aussi doués qu’elle l’était. Mais c’était toujours un plaisir que de se sentir supérieure. Lorsque le saltimbanque répondit à leur prise de congé, elle lui adressa un beau sourire qui avait l’intéressante marque de la sincérité, ce qui était assez rare chez elle pour être noté.

Après qu’il fut partit, la baronne sembla hésiter, ne sachant trop si elle devait accepter l’invitation d’Ariela. Son malaise enfantin fit de nouveau jaillir un franc sourire sur les lèvres d’Ariela. Elle se saisit du bras gauche de Donatella et le passa sous le sien avec une énergie douce, mais qui ne laissait pas d’autre alternative que de la suivre, ou de se dégager violemment.


« Allons, allons très chère, vous ne voudriez tout de même pas vexer une comtesse en refusant son invitation parce que certaines personnes vous considèrent encore comme une enfant ? » fit-elle sur un ton de plaisanterie, en jetant un coup d’œil vers le chaperon.

Cette vieille peau la gênait particulièrement. Après tout, Donatella en avait évidemment un grand besoin, puisque contrairement à ce que la comtesse venait d’évoquer, c’était encore bel et bien une enfant. Mais une enfant sans tuteur est beaucoup plus intéressante à travailler qu’une jeune dame doublée d’une prude de bon conseil. Heureusement, Donatella était visiblement gravement atteinte, et cela pourrait sans doute l’amener à se comporter de manière imprévisible. Ce qui faisait que le jeu en valait la chandelle. Cela allait beaucoup divertir Ariela, même si cela ne lui procurerait pas autant de jouissance que d’humilier publiquement un certain monsieur Scaligieri.

Elle entraîna la baronne à sa suite, profitant du trajet pour montrer aimablement à Donatella quelques unes des merveilles d’art que les bosquets du Castello ou les façades des palais vénitiens recelaient. Elle évita de rentrer dans les détails comme elle pouvait avoir l’habitude de le faire avec des gens de goût, consciente que le petit cerveau de sa compagne n’était pas à même d’assimiler grand-chose. Elle dut se retenir pour éviter de prendre un ton condescendant, et continua d’afficher sa figure de femme aimable et ravie de sa compagnie.

Elles arrivèrent bientôt au Caffe Florian.


« Nous voilà rendues, mademoiselle Visconti. Le Florian est un établissement renommé et on y croise tous ceux qui font l’élite de Venise. Et les consommations sont à la hauteur de leur réputation. »

Une fois à l’intérieur, Ariela se dirigea vers une table qui lui tait chère, car on pouvait englober toute la salle et surtout ses consommateurs, et les regarder s’agiter bêtement. Quant Ariela avait grand besoin de se moquer des autres rien que pour elle, c’était là qu’elle venait, elle pouvait se faire des jugements acides sur tous ceux qui passaient là, c’était un de ses petits plaisirs. Elle notait régulièrement les plus belles piques que son esprit inventait dans ces moments là. Elle vouait un culte à ses bons mots, même lorsqu’ils ne sortaient pas de ses lèvres.
Mais cette fois-ci, elle n’avait cure de la salle. Elle offrit la banquette du fond à Donatella et s’assit en façe d’elle, ne laissant pas les images des autres méchants sans esprits présents la troubler. Un beau mur, avec la douce et tendre devant, c’était parfait comme cela.

Lorsque le garçon s’approcha d’elles pour prendre leurs commandes, elle s’adressa à lui d’un ton de commandement naturel.


« Je prendrais un café Royal. Sans sucre et sans crème. Et vous, que buvez-vous, Donatella ? »

*De l’eau à la rose, peut-être ?* Pensa-t-elle. Elle fut d’abord fière de son trait d’esprit, puis se maudit d’avoir oublié son carnet à bons mots.

Lorsque les boissons arrivèrent devant elles, Ariela leva son verre.


« A vos premiers jours à Venise, aux rencontres de hasard, et surtout à vous. Notre beau monde manque par trop de personnes comme vous. »

La comtesse trempa ses lèvres dans la boisson chaude. Elle affectionnait tout particulièrement le café Royal, car il lui ressemblait : de la chaleur douce en accord de tête, n’effaçant en rien la sauvagerie insidieuse de l’alcool en accord de coeur, ni le charme entêtant de l’ivresse promise en accord de fond. Oui, c’était tout elle, dans une tasse. C’était tout naturel qu’elle apprécie cette boisson. Elle désespérait de trouver un jour un parfum qui traduise cet état d’esprit. Elle avait bien pensé à se parfumer au café Royal, mais ce n’était malheureusement pas une utilisation très envisageable.

« Dites moi, chère baronne, je suppose que vous devez avoir des protecteurs sur Venise… Oui, vous en avez, j’en jurerai. Laissez moi deviner… Une femme de votre classe ne peut sans doute pas être invitée à résider chez n’importe qui… Je dirai Adorasti. Ou Grazziano, peut-être. Suis-je dans le vrai ? »

La question était dite de manière anodine. De toutes façons, cela n’avait pas grande importance pour elle, mis à part le fait qu’elle saurait ou trouver Donatella lorsqu’elle aurait besoin d’elle, plus tard. Vu que la petite semblait plutôt sédentaire, elle ne bougerait sûrement pas beaucoup de son palais.


Dernière édition par le Ven 25 Mai - 20:20, édité 1 fois
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Donatella Visconti
Baronne - Ca'Grazziano


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Date d'inscription: 19/02/2007

MessageSujet: Re: Le Caffé Florian   Ven 25 Mai - 18:49

[La Petite Allée aux Lions de Pierre]

Alors que sa gouvernante lui faisait un signe indifférent de la tête pour la laisser décider, Ariela lui fit comprendre à sa manière que pour elle, c'était tout décidé. Saisie par le bras sans violence mais sans concession non plus, il n'en fallut pas plus à Donatella pour capituler et se laisser emmener. Après tout, il n'y avait rien de mal à aller se réchauffer avec une bonne boisson chaude et pour une fois qu'elle éveillait l'intérêt de quelqu'un, même s'il ne s'agissait pas d'un homme, elle n'allait pas s'enfuir.

"Oh non... loin de moi l'idée de vouloir vous vexer, madame.. je.. j'accepte volontiers votre invitation." dit-elle en trottinant aux côtés d'Ariela.

Elle ne releva pas la remarque que la comtesse lui fit sur le fait qu'elle était considérée comme une enfant par certains, mais sa gouvernante oui. Cependant celle-ci resta effacée, se contentant de jeter un coup d'oeil sur la jeune femme.

Docile, Donatella s'extasia sur chaque chose que lui montrait la comtesse durant leur trajet jusqu'à la Place Saint-Marc même si les façades vénitiennes ne l'attiraient pas plus que cela. En revanche, elle observa attentivement le Caffé lorsqu'elles arrivèrent à destination. Elle aimait bien ce genre d'endroits mais cela l'intimidait aussi un peu car il y avait toujours beaucoup de monde.

Elle suivit la comtesse jusqu'à une table et s'assit à la place qu'elle lui désigna. Personnellement, elle aurait préféré tourner le dos à la salle plutôt que d'y faire face, lui évitant ainsi d'être confrontée aux regards des gens, mais Donatella ne souhaitait pas contrarier Ariela.

Lorsque vint le moment des commandes, Donatella chercha une réponse très vite. Elle avait la fâcheuse tendance à être constamment indécise sur tout et lorsqu'on lui donnait le choix sur n'importe quoi que ce soit, cela pouvait durer très longtemps.


"Et bien, je.. heu.. la même chose s'il vous plaît, mais avec du sucre et de la crème pour moi." trancha-t-elle avant de se pencher vers Ariela avec un sourire amusé. "Je n'ai jamais goûté encore un café Royal !"

Si c'était royal, ça devait certainement être bon. Mais ce qu'elle ignorait c'est qu'il y avait de l'alcool dedans. Et bien sûr, Donatella n'aimait pas trop ça et évitait d'en boire autant que possible.

"Oh, merci madame, vos paroles me flattent. Mais je n'ai rien d'extraordinaire vous savez, pour qu'ainsi je manque au beau monde comme vous le dites." dit-elle en levant sa tasse.

Donatella souffla légèrement sur la surface de la boisson et en but une grosse gorgée. Lorsqu'elle prenait une boisson, c'était pour la boire et pas pour y tremper simplement les lèvres. Lorsqu'elle sentit le liquide lui piquer le fond de la gorge, des larmes embuèrent ses yeux et ses joues s'empourprèrent. La jeune fille reposa la tasse et toussa dans sa main.


"C'est.. très bon.. heu.. spécial..." dit-elle en regardant le liquide suspect. "Mais qu'est-ce qu'il y a dedans pour qu'il soit royal ? Ca pique..."

Commençant à avoir chaud, la jeune fille s'extirpa de son manteau. Bien entendu, lors de ses gesticulations, son bras tendu renversa une plante posée sur un petit guéridon. Le pot chuta et renversa de la terre mais heureusement ne se brisa pas.

"Oh non, quelle maladroite." s'exclama-t-elle en essayant de ramasser la terre pour la remettre dans le pot. Mais aussitôt un laquais la remplaça en s'excusant, visiblement surpris de son initiative.

Gênée et rouge pivoine, Donatella tendit ses mains sales vers sa gouvernante pour qu'elle les essuie avec son mouchoir. Une fois cela fait, elle répondit à la comtesse qui lui posait une question plutôt flatteuse. Quand elle parla de protecteur, la jeune fille manqua répondre qu'elle avait sa gouvernante mais comprit qu'elle faisait fausse route en entendant la fin de la question.


"Oui c'est ça ! Comment avez-vous deviné ? J'ai été invitée par le prince Grazziano ! Vous savez, mes parents et eux se connaissent, alors c'est normal.." dit-elle, modeste.

"Il est très gentil et très charmant aussi ! Mais il est aussi un peu impressionnant, mais ça c'est normal, il est prince." expliqua-t-elle comme une évidence.
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Ariela Accorti
Comtesse


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Date d'inscription: 07/02/2007

MessageSujet: Re: Le Caffé Florian   Sam 26 Mai - 12:59

Ariela pensa un instant arrêter sa compagne lorsque celle-ci demanda à son tour un Royal. Elle se doutait bien que la jeunette ne savait pas ce qui se cachait derrière cette appelation. Elle était trop sage pour toucher déjà vraiment à l’alcool, fut-il noyé dans du café. Mais son instinct reprit le dessus et elle laissa faire. La réaction de la baronne sur le contenu de son verre pouvait se révéler plaisante.

« Oh, vous savez, ne rien avoir d’extraordinaire est devenu une vertu dans le beau monde, de nos jours. Les gens ne savent plus être simples. Ils ne savent plus dire un mot sans le charger d’arrière-pensées, ne savent plus échanger sans se soupçonner les uns les autres… Ils font de l’esbroufe, se montrent, se pavanent… Et sont totalement vides au fond. Rencontrer quelqu’un qui aspire à un certain naturel est une bénédiction pour moi. »

Ce qui était vrai, dans un certain sens.

La Visconti goûta à son verre. La réaction ne se fit pas attendre. Entamer une boisson spiritueuse -celles du Caffe Florian étaient plutôt corsées, et Ariela appréciait beaucoup leur manière de les préparer- par une grande gorgée, quand on n’en a pas l’expérience… Donatella toussa et pleura, avant de s’emmêler en tentant de commenter le café, ce pour le plus grand plaisir de la comtesse Accorti.


« Du cognac, ma chère, du cognac. Je vous accorderai volontiers que ce genre de boissons n’est pas forcément la plus agréable pour une jeune femme. »

Elle porta son verre à ses lèvres et en but une longue rasade, sentant avec délice la brûlure descendre le long de son œsophage pour lui réchauffer le ventre. La comtesse se retint d’éclater de rire lorsque Donatella, se débattant avec son manteau, fit tomber une plante en pot. C’était vraiment magnifique, inespéré. Ariela commençait à comprendre pourquoi elle avait plu à Demetrio. Deux grands innocents maladroits pouvaient former une belle paire. Son génial instinct infaillible ne l’avait encore une fois pas trompée. Pour cacher le sourire amusé et satisfait que la mésaventure de la baronne lui inspirait, elle replongea dans son verre jusqu’à ce qu’il soit revenu à des proportions aimables et dénuées de moquerie. Elle ne commenta pas le petit accident de Donatella.

Ah, Grazziano, donc. Elle était donc bien liée à l’une des deux maisons vénitiennes d’importance capitale. C’était une bonne chose. Il lui fallait renouer rapidement des contacts dans les deux lignées, et la baronne était un moyen comme un autre de se faire ouvrir régulièrement les portes des Grazziano.


« Je ne connais que peu le prince Ugo, mais il m’a semblé un des meilleurs hommes du monde. »

Elle n’en pensait pas un mot. Ugo était prince, donc il était corrompu par son pouvoir. C’était bien connu, personne n’avait une âme assez belle pour ne pas succomber dans de telles conditions -à part Ariela, bien entendu, puisqu’elle était la pure parmi les loups.

Elle regarda sa montre, sortie avec grâce d’un repli de son vêtement, et constata avec une légère surprise que l’heure tournait plus qu’il ne semblait. Elle se laissait emporter par son occupation du moment. Il fallait dire que Donatella était assez fascinante.


« Oh ! J’ai bien peur de n’avoir plus que quelques minutes à vous accorder, quel dommage… Mais dites-moi, vous n’êtes pas venue à Venise pour vous marier ? Excusez-moi, c’est une question des plus impolies, mais ces derniers temps, les mariages arrangés semblent être à la mode, et cela me peinerait de vous savoir ici pour prendre un époux que vous ne connaîtriez ni d’Eve ni d’Adam. Tenez, rien que chez les Grazziano, la pauvre princesse Bianca ne semble pas bien heureuse en ménage… C’est un bien triste sort, je trouve, que de se marier à l’aveuglette parce que nos parents en ont décidé ainsi. Excusez-moi encore si cette interrogation vous dérange, mais c’est la présence de votre chaperon qui me fait penser cela. Et je suis une incorrigible curieuse… »

Elle fit un petit sourire un peu embarrassé, profitant d’une gorgée de boisson alcoolisée pour se faire monter le rouge au joues.
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Donatella Visconti
Baronne - Ca'Grazziano


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MessageSujet: Re: Le Caffé Florian   Lun 28 Mai - 21:19

"Du.. du cognac... C'est.. oh mais non.. au contraire... c'est agréable.. pour se réchauffer." dit-elle en essayant de paraître convaincante.

La jeune fille leva les yeux vers Ariela qui buvait sa tasse sans ciller. Elle était une grande dame, et si elle-même ne buvait pas sa tasse, elle passerait pour une petite fille. Il fallait donc se forcer mais c'était à retenir : ne plus jamais prendre de café royal.

Donatella regarda son verre comme s'il allait lui sauter au nez pour le lui mordre. Elle inspira profondément, bloqua sa respiration et but d'un trait le reste de la tasse. Le bon côté, c'est qu'elle sentit nettement moins la brûlure de l'alcool dans sa gorge. Le côté moins bien, c'est que cette manoeuvre lui avait donné le hoquet. Elle tenta malgré tout de répondre à la comtesse.


"Alors vous.. hh... vous pensez qu'il vaut mieux rester.. hh... naturel plutôt que de tenter de.. hh... de se mettre en valeur en pavanant ? Si tout le m.. hh... pff tout le monde était comme vous... j'aurais déjà.. hh... trouvé un mari..." dit-elle tandis que sa gouvernante lui tapotait le dos.

Donatella sentit l'effet du cognac lui réchauffer les joues et un léger sourire s'accrocha à ses lèvres sans qu'il semble vouloir s'effacer. Elle hocha un peu la tête quand Ariela fit comprendre que l'heure avançait. Elle devait elle aussi aller se préparer pour le bal du soir et essayer de convaincre sa gouvernante qu'elle ne voulait pas que son corset soit trop serré.


"Oh ? Mais les mariages arrangés ne sont pas une mode madame... c'est l'usage qui le veut pour les dames de la noblesse. Je.. je pensais que vous le saviez..." dit-elle sans penser que cette remarque pertinente pourrait terriblement vexer la comtesse.

"Je suis venue à Venise pour me marier mais.. enfin non.. plutôt pour trouver un mari... c'est légèrement différent.."

En fait, elle aurait préféré qu'on lui en donne un d'office, ça aurait été moins compliqué.

"La princesse Bianca devrait être heureuse de sa situation !" dit-elle avec un peu plus de véhémence qu'elle ne l'aurait souhaité. Le cognac la rendait visiblement un petit peu moins timide et plus sûre de ses opinions.

"Excusez-moi.. je veux dire.. qu'elle n'a pas trop à ce plaindre je crois... Tiens, je n'ai plus le hoquet !" fit-elle remarquer, l'air ravie.

"Et mon chapon... heu.. mon chaperon, enfin ma gouvernante, m'aide... elle m'aide pour ça, et aussi pour tout le reste." dit-elle en offrant un grand sourire gai à sa gouvernante qui pensa alors qu'il était grand temps de rentrer se rafraîchir.
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Ariela Accorti
Comtesse


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MessageSujet: Re: Le Caffé Florian   Mar 29 Mai - 9:38

La comtesse fut soudain très dépitée de ne pas être un chat, tant elle avait envie de ronronner. Elle aurait bien voulu qu’un dessinateur soit là pour saisir l’expression merveilleuse que prenait le visage de sa compagne lorsque celle-ci but la tasse d’un trait. Ariela sirota plus lentement son café, dégustant avec plus d’attention maintenant qu’elle était arrivée à ses fins. Le hoquet était la cerise sur le gâteau.

Evidemment, boire d’un trait une tasse, quand on n’est pas habitué à l’alcool, et qu’on n’a apparemment pas une constitution phénoménale, cela montait rapidement à la tête. Rouge au joues et petit sourire stupide d’ivresse légère, un beau portrait, assurément.

« Je le savais, bien évidemment. C’était une façon de parler. » Répliqua-t-elle d’un ton conciliant à la remarque de la baronne.

Elle écouta avec attention Donatella expliquer qu’elle venait à Venise découvrir l’homme de sa vie puis partir dans une étonnante élocution su le sort de la princesse Bianca. En voilà une que l’alcool faisait parler. A tord et à travers, d’ailleurs. Pour une femme arrivée seulement depuis quelques jours, préjuger de la situation de la sœur du prince Grazziano… En réponse, elle susurra :

« Hélas, mon petit, je crois que vous vous faites beaucoup d’illusions sur nos tendres amis les hommes. Bianca n’a je crois pas eu la chance d’être mariée à quelqu’un de la trempe de son frère. Le prince Elio n’est à mon avis pas aussi bon homme que votre connaissance, du moins n’est-il aucunement galant avec son épouse. Je ne crois pas que la princesse soit heureuse avec lui, loin de là. Tenez, il s’intéresse tellement à elle qu’il n’a semble-t-il pas su la mettre enceinte… »

Elle fit une pause quelque peu théâtrale, replongeant ses lèvres dans le liquide adoré, avant de reprendre, sur un ton de mélancolie prononcée, comme si elle était plongée dans de sombres souvenirs qui lui déchiraient le cœur :

« L’homme est souvent volage, dépensier, inconséquent, ivrogne, stupide, méchant, j’en ai moi-même fait l’amère expérience. »

*Mais m’avoir déçue t’a coûté très cher, n’est-ce pas, monsieur Caprara ?* Pensa-t-elle avec un plaisir presque orgasmique en caressant discrètement le long de sa cuisse sa dague fétiche, dissimulée dans son vêtement, et qui ne la quittait plus jamais. Elle évita bien sûr de préciser à Donatella ce qu’elle pensait des femmes, le portait n’étant pas des plus reluisants non plus. Volages, dépensières, idiotes, bavardes, méchantes…

« Mais vous avez peut-être de la chance… Votre naturel n’attirera sans doute pas les plus mauvais, qui préfèrent les femmes surfaites. Si un homme vous approche un jour prochain, vous pourrez sans doute décemment espérer que ce soit un homme de bien. »

*Ce sera avant tout un imbécile.*

Après avoir achevé ces mots sur un ton chargé d’une légère nuance de tristesse personnelle, la comtesse finit sa boisson et fit une nouvelle pose théâtrale. Puis, elle releva les yeux, et riva intensément son regard dans celui de la baronne, laissant un sourire renaître sur ses lèvres. Elle n’arriverait pas à se débarrasser du chaperon. Tant pis, elle ferait sans.

« Oui, je crois que vous méritez qu’on s’intéresse à vous. »

Elle s’était levée, et rapprochée de Donatella. Sans prévenir, sa main gauche fusa sous la chevelure de la jeune fille et se plaqua sur la peau chaude de sa nuque, en une étreinte douce mais pleine d’assurance. Elle se baissa et posa ses lèvres sur celles de la baronne, tandis que sa main droite venait caresser doucement ses cheveux sur l’arrière de son crâne. Elle ne resta pas longtemps ainsi, le temps d’un baiser fugitif, mais suffisamment prolongé pour goûter à la géométrie pulpeuse de la baronne -après tout, une belle paire de lèvres restait une belle paire de lèvres, même si leur porteuse était une petite gourde de la trempe de Donatella.

Elle se sépara rapidement de la Visconti, laissant sa main gauche glisser le long de sa joue, index tendu, pour venir s’appliquer à son tour sur la bouche de la baronne.

« Peut-être nous croiserons nous au bal de ce soir, mademoiselle Visconti. »

Elle ne regarda pas la jeune femme dans les yeux, s’arrangea pour rougir un peu, et s’en fut avec vivacité, sans attendre quelque réponse que ce soit. Elle ne put s’empêcher au passage de jeter un coup d’œil rieur au chaperon.

*Allez ma petite, maintenant, débrouille toi avec ça.*

Elle sortit du Florian sans chercher à voir si quelqu’un avait vu son geste. Elle n’en avait cure. De toutes façons, des rumeurs circulaient déjà sur elle. La simple idée de l’état de confusion dans lequel elle avait sans doute placé la baronne illuminait la journée. Elle repartit chez elle d’un pas vif, un grand sourire -parfaitement sincère cette fois- peint sur le visage, pour se préparer pour le bal. Elle ne savait pas exactement ce que ferait Donatella suite à cela, et cet état de fait l’excitait beaucoup. La suite des évènements allait être follement amusante.


[Calle Trevisi-La Maison d'Ariela Accorti-La Chambre d'Ariela]
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Donatella Visconti
Baronne - Ca'Grazziano


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Date d'inscription: 19/02/2007

MessageSujet: Re: Le Caffé Florian   Ven 8 Juin - 20:33

Comme Ariela se mit à susurrer, Donatella se pencha légèrement sur la table pour entendre ses paroles concernant la princesse Bianca. Sa bouche s'arrondit en un "o" d'étonnement.

"Hoo, la princesse est donc si malheureuse ? Connaissez-vous le prince Elio Adorasti pour ainsi m'assurer cela ? Mais.. s'il n'ont pas d'enfants.. c'est grave, ils n'auront pas d'héritiers, ça ne se fait pas..." dit-elle, légèrement contrariée que ses idéalisations princières ne se vérifient pas.

Donatella s'enfonça de nouveau sur son siège, dos contre le dossier. Elle soupira à la révélation suivante de la comtesse.


"Si les hommes sont vraiment tels que vous me les décrivez.. je ne suis pas prête d'être mariée..." ajouta-t-elle l'air dépité. Et elle ne voulait pas décevoir ses parents.

"Oh vous croyez ? Bien alors je vais suivre votre conseil et rester moi-même en espérant que mon.. comment avez-vous dit ? ... naturel intéressera un homme gentil et attentionné." conclut-elle, l'air un peu moins déprimé.

"C'est gentil. Vous savez, peu de gens ont votre opinion." répondit-elle poliment à son compliment.

Alors qu'elle levait de nouveau son nez de sa tasse vide, elle vit soudain la comtesse qui s'était levée, s'approcher d'elle. D'un mouvement instinctif, Donatella se pencha un peu en arrière, écrasant légèrement sa gouvernante. La jeune baronne ouvrit des yeux ronds immenses en sentant la main de la jeune femme glisser sous ses cheveux et se poser sur sa nuque.


"Qué..." Ebauche de "Qu'est-ce que j'ai ? J'ai une tache sur la figure ?" ou encore de "Qu'est-ce que vous faites ?". Sûrement un mélange des deux phrases qui n'eurent pas le temps de franchir ses lèvres car la baronne venait d'en prendre possession sans qu'elle ne puisse rien faire pour l'éviter.

Quand Ariela se recula, Donatella avait toujours les yeux écarquillés de stupéfaction. Elle ne répondit même pas à la dernière phrase de la jeune femme tellement elle était statufiée. Ce n'est que quand la comtesse eut disparu de son champ de vision que la jeune fille sembla reprendre vie. Cependant, ses yeux étaient toujours aussi grands qu'auparavant et son visage entier avait pris une couleur cramoisie. Elle bredouilla à sa gouvernante qui avait froncé les sourcils, les yeux rivés vers la porte du caffé.


"Mais.. qu'est-ce qu'elle a... pourquoi elle a... ?"

Puis Donatella sembla se remettre totalement et ses yeux reprirent une taille normale. Elle imita sa gouvernante et regarda la porte du caffé d'un air de reproche comme si Ariela était toujours là.

"Oh je comprend mieux maintenant pourquoi madame s'intéressait tant à moi. Seulement, je ne pensais pas que je l'intéressais de cette façon là. Qu'elle n'essaye plus de s'approcher de moi celle-là." affirma-t-elle d'un ton sec, approuvée d'un hochement de tête de sa gouvernante.

Celle-ci se leva et tendit son manteau à Donatella qui l'enfila prestement tout en lançant un regard noir à homme d'un certain âge qui la regardait d'un air amusé.


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Le Caffé Florian

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