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 Le Caffé Florian

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Muzio Barrozi
Médecin


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MessageSujet: Re: Le Caffé Florian   Mar 24 Mai - 20:07

Le charisme n'était donc pas qu'extérieur... Basileo Orio Valcarenghi paraissait tout à fait agréable, et de bonne compagnie.

Muzio rendit son salut au gentilhomme, et les deux hommes s'assirent face à face autour de la table du médecin. Celui-ci eut un sourire qui n'évoquait en rien la gaieté, mais renforçait l'aspect convivial de sa réponse.


"Vous possédez un excellent sens de l'observation, monsieur Valcarenghi; je ne suis en effet Vénitien que depuis quelques jours... mais non de passage, puisque je remplace le docteur Tréviano. Muzio Barrozi."

Le médecin avala une gorgée de sa boisson et retint de nouveau une grimace. Il inscrivit mentalement dans son esprit: 'la prochaine fois, commander quelque chose avant qu'on ne me le propose'. Son attention se reporta sur son interlocuteur, et il osa une question, bien que ce ne soit guère son genre d'aller au-devant des confidences. Mais la réponse ici ne risquait certainement pas d'heurter la pudeur de Basileo. Du moins s'il menait des activités normales...

"Je suppose donc que vous êtes depuis longtemps attaché à cette ville, pour en reconnaître le visage des habitants... ? Puis-je vous demander ce que vous y faites ?"

En effet, Basileo, malgré tout, ne devait pas être un aristocrate qui se faisait nourrir par sa seule présence. Mais, si Muzio s'était trompé et que son interlocuteur vivait de sa réputation, il l'aurait humilié. Alors... malheur au médecin.
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Basileo
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MessageSujet: Re: Le Caffé Florian   Mar 24 Mai - 22:37

Valcarenghi s'assit de façon à ne pas tourner le dos à la salle. Il posa son café sur la table et offrit une oreille attentive à son interlocuteur. Désormais il connaissait ses activités, un médecin... Basileo n'avait jamais aimé cette profession, et encore moins ceux qui la pratiquaient. Des charlatans pour la plupart, prêt à tout pour vous tirez du sang ou de l'argent. Des esbroufeurs qui croient tout savoir, et qui, d'aprés les rumeurs, pratiqueraient des expériences bien peu catholiques.

Alors qu'il faisait face à un héritier d'Hyppocrate, il revenait à la mémoire de Valcarenghi plusieurs histoires morbides. Certains médecins ouvriraient des corps au couteau ou à la scie afin d'en explorer les moindres recoins. Ecoeurant...

C'était à cause de ce genre d'histoires, mais aussi parce qu'il était de constitution plutôt solide, que Valcarenghi ne fréquentait pas les cabinets de médecin. Bien sûr il préféra s'abstenir de révéler sa vision du monde médical à Barrozi.


"Tréviano... Je l'ai finalement trés peu connu... Nous nous sommes certainement croisés lors de soirées, mais pas plus..."

D'ailleurs, Valcarenghi, malgré ses efforts ne parvenait pas à remettre un visage sur le nom de Tréviano. Mais il n'eut guère le temps de réfléchir, les questions du médecin se faisait de plus en plus précises.


"En fait, je suis né à Venise... Mais j'ai grandit entre Florence, d'où est originaire ma mère, et ici. Et depuis que je dirige l'entreprise familiale je multiplie les voyages à l'étranger.
Nantes, l'Afrique Occidentale et même l'Amérique. Je suis armateur, vous comprenez... Bien belle activité..."

Basileo hocha plusieurs fois la tête, puis se tut. Les yeux dans le vide, il semblait plongé dans une profonde réflexion... Réflexion qui ne dura finalement pas longtemps. Valcarenghi posa un oeil sur la magnifique horloge qui ornait l'un des murs du caffé, puis vida précipitamment sa tasse de café.

"Je suis vraiment confus, mais je dois vous laisser Monsieur. J'espère que nous nous reverrons. Il est vrai que nous n'avons guère eu le temps de palabrer, et j'en suis désolé. Alors, au revoir Monsieur Barrozi."

Valcarenghi se leva, inclina légérement la tête en direction du médecin, puis prit congé. Il devait se préparer pour la fête organisée ce soir par le Prince. Aussi il s'en retournait au palais.

[Ca'Adorasti]
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Muzio Barrozi
Médecin


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MessageSujet: Re: Le Caffé Florian   Mer 25 Mai - 20:00

Muzio n'eut même pas le temps de se lever pour accompagner Basileo. Bouche bée, il bafouilla une vague formule d'adieu, avant de se rasseoir. La conduite du gentilhomme était tout simplement incompréhensible; avait-il réellement un évènement prévu, ou mentait-il ? Peut-être regrettait-il déjà d'avoir dit son activité ?

Le médecin chassa ces pensées de son esprit. D'ailleurs, peut-être reverrait-il Basileo Orio Valcarenghi le soir-même, par un étrange concours de circonstances ? La boisson ne franchissait plus le seuil de ses lèvres. Irrité, Muzio se leva, déposa quelques pièces sur sa table puis marcha à grands pas vers la sortie. Il n'était là que depuis quelques minutes, mais le passage en coup de vent de l'armateur l'empêchait de rester tranquillement à sa place.

Il décida qu'il en avait assez vu de Venise pour le moment, puisqu'il devait de surcroît supporter ce soir une réception. Le chirurgien resserra les pans de son manteau et affronta de nouveau le froid de la rue. Direction, son chez lui. Là il serait tranquille au moins...


[La maison du médecin]
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Muzio Barrozi
Médecin


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MessageSujet: Re: Le Caffé Florian   Dim 29 Mai - 14:32

[Quartier de la Bouche d'Ombre - ruelle de l'Ours]

La main de Muzio poussa, pour la deuxième fois en peu de temps, la porte du caffé Florian. Le médecin s'engouffra dans la chaleur et se dirigea immédiatement vers le comptoir, bien décidé à choisir sa boisson. La leçon avait porté ses fruits... Il commanda un capuccino bien serré et se laissa choir sur une chaise au milieu de la salle. Les yeux fermés, il respirait lentement et profondément l'odeur sucrée résultant du mélange des parfums aristocratiques...

L'atmosphère empruntée du lieu ne lui plaisait que très moyennement en temps normal, sans compter la foule de visages qui l'entourait. Mais à ce moment-là, aucun endroit de la ville n'aurait pu avoir le même effet réconfortant... Les images du quartier de la Bouche d'Ombre repassèrent inexorablement dans sa tête. Un tel état de misère lui donnait envie de hurler; de la bile remonta jusque dans sa gorge. Que la pauvreté existe, Muzio le savait, bien évidemment. Il l'avait même appréhendée assez souvent. Mais que Venise, Venise refoule dans un coin tout ce dénuement...

Non !, il ne pouvait rester inactif. Il agirait dès le lendemain; il ne savait pas comment encore, mais il agirait. Il était au courant, maintenant...

Muzio ouvrit les yeux et, sourcils froncés, vida d'un trait la tasse qui venait de lui être apportée. Son front était encore poisseux de sa sueur, et sa poche de justaucorps déplorait la perte de son habitant quotidien, le fidèle mouchoir blanc. Ah oui, il serait beau pour la réception, le remplaçant de Tréviano...
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Tannucci
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MessageSujet: Re: Le Caffé Florian   Mar 21 Juin - 18:07

[Eglise San Siriano - Parvis]

Tanuccia avait trouvé le trajet très plaisant.Matteo s'était montré des plus distrayants et elle-même avait tenté quelques touches de son humour si particulier.Elle avait écouté l'homme de main fanfaronner durant tout le long, il était vraiment incroyable et Tannuccia avait quelque peu douté de n'être finalement pas plus âgée que lui tant la présence de son innocence et de sa fraîcheur d'enfant était omniprésente.Elles semblaient marquer la mesure après chacune de ses phrases, suivant avidemment ses gestes extravagants qui forçaient les passants à s'écarter sur leur passage. La Princesse n'avait pas beaucoup parlé, mais ses oreilles n'en étaient que plus attentives aux commentaires acerbes de Matteo sur les vénitiens. Elle lui souriait avec indulgence, fronçait les sourcils lorsque quelque chose lui réclamait plus d'attention, voire plissait les yeux ou bien hochait la tête en signe d'approbation. Mais les mots avaient eu quelque peu de mal à trouver la sortie, et le chanté de sa voix rauque n'avait tourbillonné dans l'air avant de se perdre dans les nues, il s'était lamentablement affalé sur le sol.

Elle était troublée, les dernières paroles de matteo l'avait bousculée et avaient failli détruire le fragile édifice qu'elle avait dû reconstruire depuis les fondations.Comme Venise, elles se trouvaient à présent submergées d'eau.Cette eau qu'elle n'avait presque jamais versé.Si seulement il avait pu avoir raison, si seulement ses lèvres avaient eu ce pouvoir mystérieux.Elle l'avait essayé.
Aussi aux paroles de Matteo, la jeune femme avait sourit mimant avoir été flattée par ses propos.Mais elle n'avait rien ajouté et avait embrayé sur un autre sujet, usant de pirouettes habiles.Matteo était aussi volubile que l'air et son attention s'en trouvant aussi facilement déroutée.De plus Tannuccia savait sur quels sujets se lancer pour que la conversation soit animée sans en devenir décadente ou lourde.

La Princesse avait aussi eu le temps de méditer sur la journée qui s'était écoulée et en avait déduit qu'il avait été positif.Quelques petites contrariétés sans importance étaient venues la troubler dans sa quiétude mais elle les avait rapidement chassées d'un revers de main dans l'air, comme si elle chassait un nuisible invisible.
Tannuccia poussa doucement la porte de Caffé Florian, lachant un instant sa robe dont les vagues allèrent choir sur le sol avec grâce dans un adorable bruit de frou-frou.Puis elle entraîna matteo dans un coin de Caffé à sa table favorite.Oh, cela ne faisait guère longtemps qu'elle le fréquentait et pourtant, comme ces vieilles dames acariâtres et casanières elle préférait garder ses habitudes.Aussi avait-elle choisi cette table et non une autre et n'en changeait pas.Ce n'était pas la plus isolée, ce n'était pas celle vers laquelle on se dirigerait en premier, c'était juste une table, une table parfaite.

Tannuccia n'avait aucunement besoin d'aide pour s'asseoir, ni pour que l'on lui tire la chaise en arrière pour qu'elle puisse s'y déposer.Elle tira la chaise vers elle et la balaya comme elle eut craint qu'il n'y eu quoi que ce soit qui eut pu entâcher sa robe, puis s'y assit avec calmement en soupirant d'aide.La marche l'avait usée.Elle plaça ses coudes sur la table, joignit ses deux mains et y aposa son menton tout en scrutant Matteo avec attention, un l"ger sourire affiché sur son visage coquin.


-"Alors Matteo, votre journée a-t-elle été plaisante ? Avez-vous beaucoup eu l'occasion de vous ravir devant la contemplation de Venise ? Cette ville vous a-t-elle séduite ?"

Tannuccia appuya sur le dernier mot en plongeant son regard dans celui de Matteo avant de relever le menton fièrement, sa main gauche déposée sur sa gorge nue.De sa main droite elle faisait claquer ses ongles sur la table comme si elle voulait marquer par ce son, un signe quelconque d'impatience alors qu'elle savait qu'elle avait tout son temps.Elle balaya la salle du regard à la recherche de quelqu'un digne de venir les servir, Matteo et elle, mais elle tomba sur un homme qu'elle ne connaissait que de vue.Il lui avait semblé avoir entendu dire que le brave homme était médecin mais ceci était beaucoup moins sûr, ce dont elle était cependant certaine était que son nom était Muzio Barrozi.Elle regarda Matteo, sourit avant de reposer son regard sur l'homme et lui lança :

-"Monsieur Barrozi vous me semblez bien seul à cette table isolée.Nous feriez-vous l'honneur de vous joindre à nous ?"
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Muzio Barrozi
Médecin


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MessageSujet: Re: Le Caffé Florian   Mar 21 Juin - 20:37

Révolté, le médecin remuait toujours ses idées noires. Le petit minois sale de l'enfant qui était venu le supplier le hantait. En tant que médecin, en tant qu'être humain, Muzio ne pouvait rester spectateur de cette pièce. Et pourtant que pourrait-il faire ? Il avait dépassé le stade des illusions depuis longtemps... Depuis six ans surtout... Pas d'utopie donc, pas de fol espoir de faire changer la société vénitienne d'un sourire béat ou d'un froncement de sourcils. Non, la bataille serait rude, peut-être perdue d'avance, mais il fallait l'entamer.

Le chirurgien sursauta lorsqu'une jeune voix l'interpella. Heureusement que sa tasse était vidée, sinon le costume aurait été taché, et Dieu savait qu'il n'avait pas besoin de cela en plus avant la réception... Muzio se secoua mentalement, écarquilla les yeux, et repéra enfin qui l'avait appelé. Une jeune femme. Une belle jeune femme. Une princesse évidemment. Qui connaissait son nom. 'On se croirait en plein conte de fées', songea-t-il avant de retomber dans la réalité. En tout cas pour le moment, il lui fallait réagir. Muzio fit le ménage dans son cerveau en deux temps trois mouvements, afin de laisser la place aux évènements actuels de s'y dérouler.

Il se leva, laissant sa tasse vide sur sa table, et s'approcha de celle des deux jeunes gens. Parce qu'elle était accompagnée en plus. Le médecin s'inclina légèrement et esquissa un sourire à peine forcé.


"Mademoiselle, c'est avec un grand plaisir que j'accepte votre gracieuse invitation..."

Le médecin prit place. Son corps composait parfaitement la décontraction; seule une lueur noire agitait encore l'abîme de ses yeux. Muzio posa ce regard successivement sur Tannuccia, puis sur Matteo. La légèreté qui semblait les habiter frisait la frivolité; elle provoqua une vague mi-soulagée, mi-révoltée chez le chirurgien qui ne put s'empêcher de faire le rapprochement avec les jeunes du quartier de la Bouche d'Ombre. Cette pensée l'obsédait, il fallait absolument qu'il arrive à s'en défaire le temps de la soirée. Il reporta son attention sur le couple. Amis ? Amants ?

"Mais je ne crois pas avoir eu le plaisir de connaître votre nom, bien que vous sachiez le mien..." commença Muzio en esquissant un sourire poli, mais beaucoup plus franc cette fois-ci.
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Matteo Salvanti
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MessageSujet: Re: Le Caffé Florian   Jeu 23 Juin - 15:39

Bien décidé à effacer de sa mémoire les évènements de la journée, Matteo avait repris son entrain habituel. Se glisser dans la peau du charmant personnage qu’il jouait avec adresse était pour lui un véritable bonheur, après les troublantes rencontres de la journée. Ainsi, c’est la Princesse autant que lui-même qu’il divertit de ses anecdotes ou de ses potins. Lorsqu’ils croisaient un noble ou une courtisane de sa connaissance, le jeune homme s’empressait de raconter à Tannuccia des détails croustillants à leur propos, que ce soit de leurs liaisons, leurs dernières acquisitions d’un luxe scandaleux ou du dernier bal – « un fiasco! » – qu’ils aient organisé. La jeune femme était une interlocutrice attentive, qui savait l’aiguillonner sur des points particuliers ou lui poser des questions qui relançait la conversation vers des horizons nouveaux.

L’étoffe cramoisie d’un pourpoint lui rappela une très bonne histoire à propos d’un duc napolitain – « qui avait engendré au moins une bonne douzaine de bâtards » - qu’il ne manqua pas de narrer à son interlocutrice, le sourire d’une dame évoqua chez lui le souvenir d’une soubrette – « la plus belle créature que Dieu eut mis sur Terre, à l’exception de vous-même, bien sûr, Princesse » - à qui était arrivée la plus folle des entreprises! Chacun de ses bons mots était illustré par un éclat de rire ou par des gestes grandiloquents pour mettre l’emphase sur tel ou tel passage de ses récits. Il se détachait de la foule autour de lui, emporté dans les salons de Pise ou de la lointaine Lombardie. Devant ses yeux dansaient jupons et justaucorps, s’emmêlant dans un tourbillon effréné, qu’il arrivait à décrire avec force d’images et d’enjolivements.

Sans lui laisser le temps de lui ouvrir la porte, Tannuccia était entrée dans le Caffé Florian, laissant la galanterie de Matteo en plan. Il laissa son manteau à un valet et se laissa guider par la jeune femme jusqu’à une table. S’il avait voulu se racheter en lui tirant sa chaise, la Princesse alla de nouveau à l’encontre des convenances en s’asseyant par elle-même. Son indépendance l’impressionnait. La gent féminine se soumettait normalement de bon cœur aux civilités que leur devait le sexe fort, certaines exploitaient même ces démonstrations des bonnes manières à leur avantage. La Princesse Tannuccia n’était n’appartenait à aucune de ces catégories. C’était peut-être ce qui la rendait si désirable : cette farouche fierté à ne pas être comme le commun mortel. Non pas seulement grâce à sa beauté, mais aussi son esprit émancipé.

Une fois que sa compagne se fut assise, Matteo prit siège à son tour. Comme à son habitude, il s’assit sur le bord de sa chaise, prêt à se lever à tout moment pour accueillir un invité ou serrer une main. Cette position convenait parfaitement à l’énergie qui l’habitait. Il aurait été incapable de se caler confortablement contre son dossier, il devait absolument être paré à n’importe quelle éventualité.

Avant qu’il n’ait eu le temps de répondre à sa question, Tannuccia interpella un homme assis seul à sa table. Le regard de Matteo convergea immédiatement dans sa direction, curieux de connaître la personne à qui la Princesse avait condescendu de s’adresser. C’était un homme, dont l’âge était difficile à définir. Il dégageait une grande égalité d'âme, une sérénité qui apaiserait le démon le plus turbulent. Apparemment, il était surpris par l'invitation de Tannuccia. C'était donc que leur connaissance n'allait que dans un sens... Le garçon lui accorda un sourire amène. Il n'était visiblement pas homme à fréquenter assidument les salons. Un homme de sciences, peut-être?

Matteo se leva et lui fit un bref salut. Il se doutait que ce Monsieur Barrozi ne serait pas à l'aise avec une courbette plus élaborée. Valait mieux le mettre en confiance, pour mieux évaluer sa valeur. Il n'en ferait pas un amant, mais d'autres ressources s'offraient sans doute à lui. Ses yeux bleus se plongèrent dans ceux de l'homme en face de lui.


« Monsieur, vous me voyez enchanté de faire votre connaissance. »
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Tannucci
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MessageSujet: Re: Le Caffé Florian   Sam 25 Juin - 14:41

Tannuccia vit avec amusement la surprise du médecin lorsque sa voix l'interpella.Il avait sursauté si fort que la Princesse eut presque cru un instant qu'il n'ait une attaque.Quelle ironie pour un médecin.Enfin, elle éxagérait, elle aimait bien créer toutes sortes de scénarios loufoques remplis d'hyperboles.Aujourd'hui elle orchestrait l'attaque subite d'un médecin, hier la noyade d'un pauvre gondolier dont le chapeau - le traître - s'était lâchement enfui vers d'autres horizons et que, ce même gondolier, désespéré par le départ soudain de son couvre-chef, avait décidé de mettre fin à ses jours.La vérité était que le gondolier avait tenté de récupérer son stupide bonnet et qu'il avait basculé dans les eaux ténébreuses et glaciales du Canal.Tannuccia n'avait pas pu assister à la suite, quelle tragédie... Mais elle ne doutait point de la qualité de la fin pour une chute exceptionnelle et bouleversante.Malheureusement, elle n'avait pas trouvé son titre parmi les morts d'hier.Ils étaient peu, et pour preuve, il n'y en avait aucun.

La Princesse regarda l'homme s'avancer avec un intérêt grandissant.Elle se délecta de l'odeur de plantes et de sûreté qui se dégageait de lui.Il semblait légèrement préoccupé ou bien n'était-ce qu'une simple impression dû à l'esprit torturé de Tannuccia.Cette dernière se demandait si elle était si effrayante que cela pour l'avoir surpris, lui, un homme d'âge mûr et de calme apparent.Elle se mira un instant dans les yeux de Matteo en lui souriant presque tendrement et en déduit que non, elle était loin de l'être.L'homme s'inclina et s'assit.Tannuccia se leva afin de faire une révérence courtoise en souriant avec légereté.


-"Et que voilà un grand honneur que de vous accueillir à notre table Monsieur."

Matteo déclara aussi quelques civilités polies.Comme quoi aujourd'hui tous semblaient ravis de se rencontrer, c'était fort cocasse.Hypocrisie ou pas, tous semblaient se vouer un respect partagé, et malgré les petites tensions qui pouvaient régner, voires les désaccord et les haines, chacun savait trouver en l'autre un allié ou adversaire digne ainsi qu'à la hauteur.Tannuccia ne connaissait pas encore Muzio, mais ne doutait pas de déceler chez lui quelques trésors et elle s'evertuerait de toute façon pour en tirer le maximum.

Tannuccia sourit à nouveau en le voyant les réluquer du regard.Elle tourna son regard vers Matteo en replaçant une mèche de ses cheveux derrière son oreille ainsi qu'en lui adressant un sourire complice.Elle savait ce qu'il pensait, ce n'était pas dur de deviner.La même chose que les clients, la même chose que els passants.Qui étaient-ils l'un pour l'autre ?

Elle écouta patiemment la question du médecin, reprenant sa position initiale, adoptée lors de son arrivée au Caffé, les coudes sur la table, les mains jointes et le menton posé sur ses mains entremêlées.


-"Oh ! Pardonnez mon étourderie. Je me permets de vous présenter aussi mon Cher, dit-elle en s'adressant à Matteo.Elle tendit sa main vers l'homme de main, voici Matteo Salvanti, et moi-même, Princesse Tannuccia Di Alessandro."

Elle avait tenu à n'en dire que le strict minimum et à ne pas s'étendre trop.Matteo rajouterait ce qu'il désirait à la présentation faite par la Princesse mais elle ne tenait pas à l'embarrasser aussi étrange que cela paraisse.
Tannuccia interpella un serveur alors qu'il passait à proximité de leur table.Celui-ci s'approcha et, à chacun de ses pas, il paraissait se redresser et prendre des allures faussement aristocratiques.Sans doute pensait-il avoir affaire à de riches personnages qui lui donneraient un excellent pourboir.Les gens étaient si prévisibles.Et lui, si....mauvais comédien.Enfin cela n'avait guère d'importance, ce n'était qu'un masque de plus.


-"Un thé Tilleul-Menthe je vous prie.Que prendez-vous quant à vous ?"

Tannuccia aurait pu etoffer sa phrase, rajouter un "comme d'habitude" après sa commanda, un "mes amis", après sa demande mais non, elle faisait bref et succint.cela ne lui ressemblait guère.Elle était torublée voilà.Mais elle se doutait fort bien qu'un thé ne serait pas le remède miracle qui panserait ses plaies béantes.Cependant il lui apporterait un peu de réconfort, de quoi la faire se concentrer sur sa langue brûlée par la chaleur de la boisson.Surtout, pas sur lui.C'était un procédé utilisé en médecine, détourner l'attention du patient sur un autre point douloureux afin de le soigner à la vraie source de son mal.Elle regarda les deux hommes en souriant, ils pouvaient prendre ce qu'ils désiraient, ce serait elle qui paierait.Encore un pied de nez aux conventions de l'époque.Marre, véritablement marre.Tant de lassitude.Cependant elle leur sourit aimablement, comme toujours.
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: Le Caffé Florian   Lun 27 Juin - 17:25

Il n'avait fallu que quelques secondes à Muzio pour se détendre totalement. La sérénité qui le caractérisait ne l'abandonnait que rarement, et ne lui faussait jamais compagnie bien longtemps. Un avantage dans son métier ou la conséquence de son métier ? Il ne savait plus... Toujours est-il que ce calme apparent, utile à la campagne, devenait un atout majeur à la ville, parmi les tensions régnantes. Le médecin ne s'étonna donc pas outre mesure lorsque la Princesse Di Alessandro prit l'initiative -typiquement masculine- de commander les boissons. Le café serré qu'il venait d'avaler lui avait suffi. Néanmoins, il était hors de question de répondre par la négative à la demande d'une demoiselle. Tant pis, un deuxième elixir lui permettrait de passer la soirée un maximum lucide.

"Un café pour moi, je vous prie. Sans sucre." ajouta-t-il, les méfaits d'un trop-plein de glucose lui étant connus.

En face de lui, le regard tourmenté de Tannuccia ne collait pas avec son sourire éternellement aimable. Quelle plaie que la société, où il faut feindre sans cesse ! Muzio rapprocha sa chaise de la table à laquelle il s'accouda dans un geste naturel. Il s'était de nouveau coulé dans son égalité de caractère. Seul son front légèrement luisant témoignait encore de son excursion précédente; il avait fait taire la lueur agitée de ses prunelles pour laisser place à un brin de curiosité. Tant qu'à être à la même table, autant se connaître un minimum. Les noms confiés par la Princesse n'évoquaient rien pour lui. En revanche, son expérience croyait reconnaître le malaise décelé tout au fond de la jeune femme. Mais bien entendu, il ne pouvait aborder ainsi la discussion...

"Permettez-moi de me présenter un peu mieux. Je suis médecin, le remplaçant de maître Tréviano. Peut-être le connaissiez-vous... ?"

Tréviano. Première piste trouvée pour entamer la conversation. Ce serait parfait... tant que sa mort ne reviendrait pas sur le tapis, évidemment. La plupart des gens faisait preuve d'une curiosité malsaine à ce sujet; Muzio commençait à savoir éluder la question...
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Matteo Salvanti
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MessageSujet: Re: Le Caffé Florian   Jeu 30 Juin - 21:16

Matteo sentit un léger changement dans l’attitude de Tannuccia. La manière dont elle s’exprima, d’abord, sans l’ostentation dont elle faisait d’habitude preuve. Et puis, cette lueur dans ses yeux démentait son sourire amène. Le garçon s’en inquiéta. Instinctivement, il chercha à croiser son regard, afin de voir ce qui lui causait tourment. La Princesse était trop belle pour avoir des soucis. Il n’aurait pu supporter de voir son front se plisser sous l’effet des tracas.

Levant les yeux vers le garçon, Matteo battit des paupières un instant, le reconnaissant comme celui qui l’avait servi plus tôt dans l’après-midi. Résistant à l’envie de baisser la tête en pensant à sa rencontre précédente au Caffé Florian, il commanda de sa voix chantante:


« Un vin de Chypre, s’il vous plaît. Ce que vous avez de mieux. »

Ceci fait, il revint à ses hôtes avec un sourire rayonnant. Secrètement, Matteo espérait que le serveur lui revienne avec le même vin que le Prince Elio Lacryma Adorasti.

* Ainsi, pensa-t-il encore plus secrètement, peut-être pourrais-je me rapprocher ne serait-ce qu'un infime moment de sa personne *


« Matteo Salvanti, votre humble serviteur, fraîchement arrivé à Venise, tout comme vous semblerait-il, Maître Barrozi, » fit Matteo, pour complémenter la présentation sommaire de Tannuccia et poursuivre sur le sujet de l’ancien médecin.

Matteo avait délibérément omis de parler de son appartenance à la Ca’Grazziano. On n’était jamais trop prudent. Avec ce qui allait se dérouler le soir même, il valait mieux qu’on en sache le moins possible sur sa personne. Il n’accusait pas encore ce Barrozi d’être à la solde des Adorasti, mais savait-on jamais? Sa position lui permettait d’en savoir beaucoup et sa neutralité n’était peut-être qu’apparente.

Comme il n’était à Venise que depuis peu, Matteo n’avait pu faire la connaissance de Maître Tréviano, mais la raison de son départ l’intrigua. Venise avait-elle représenté un trop grand défi pour l’homme de sciences? Les cruautés qu’il y avait rencontrées avaient-elles eu tôt fait de ses nerfs? Lui avait-on demandé de prendre parti pour une Maison ou une autre? Le jeune homme jaugea Barrozi d’un regard pensif. De quel côté pencherait-il, si on devait le convertir? Le médecin pourrait être d’une grande utilité. On ne peut jamais rien cacher à son docteur. Des marques sur un corps pouvaient en révéler long sur l’existence d’un individu. Matteo se promit d’être d’une exquise gentillesse avec Maître Barrozi afin que plus tard, il ne puisse rien lui refuser. Ses yeux se promenèrent sur le pourpoint de son interlocuteur, puis sa culotte. Il lui faudrait savoir sous peu si le docteur avait un faible pour les blonds…
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Tannucci
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MessageSujet: Re: Le Caffé Florian   Ven 8 Juil - 11:45

(excusez moi de mon retard les amis, à l'avenir j'éviterai de vous faire languir de la sorte ^^)

Tannuccia se sentit observée, les regards inquisiteurs qu'on lui lançait étaient dépourvus de discrétion, et elle aurait presque pu les chasser d'un revers de main tant ils semblaient denses.Se pourrait-il que ses deux compagnons eussent remarqué quelque chose "d'etrange" dans son comportement ? Il était possible.Venise était une ville de fins observateurs, qui ne prenait pas garde à ce qui se déroulait autour de lui avait de forte chance....de ne plus pouvoir y prendre garde.De toute façon peu importait, elle était encore une fois le centre des regards alors cela lui convenait et ranimait la flamme qui avait vacillé quelques instants auparavant.Quoiqu'elle fasse, même la plus infime et ridicule chose, elle attirait l'attention, même sans le vouloir.Preuve était qu'elle était faite pour être vue, être choyée, être admirée.Cette bouffée de narcissisme fit rosir ses joues, briller ses yeux ainsi que pétiller son sourire.

Une fois ayant repris totalement contenance et maitrise d'elle, elle lança à Matteo et à Muzio un sourire charmeur pour détromper ce qu'il eussent pu penser.Attendant leur commande avec impatience, Tannuccia se mit à détailler la salle.Le nombre de tables, de chaises, les personnes présentes.Tiens, cette dame là elle la connaissait, elle trompait son époux avec son intendant.
La décoration du lieu était si...pittoresque alors que si élégante.La personne étant à l'origine de cette dernière était vrai génie : faire les gens se sentir à l'aise dans un endroit luxueux tout en leur laissant une impression d'extrême simplicité et de bien-être dû aux tapisseries aux motifs étranges ainsi qu'à la mosaïque aposée sur les murs.

Muzio commandait un café chaud...sans sucre.Un café dénotait parfaitement du caractère qui semblait être cleui du médecin : sûr, doux, racé et pourtant...amer, ses expériences passées probablement.Le fait que le café soit dénué de sucre était purement professionel, le sucre étant fort mauvais pour la santé.Que matteo commande un vin de Chypre de qualité supérieure fit rire tannuccia.Le caractère joyeux, fétard, volubile et expressif du jeune homme se retrouvait dans le vin de Chypre, vin que Tannuccia affectionnait.Oui elle buvait, cela lui arrivait, mais tout le monde savait qu'elle faisait fi des convenances et des commentaires acerbes concernant sa personne.Elle buvait si cela lui plaisait, bien sûr elle ne prenait jamais de "cuite", car elle savait que pour une femme c'étai très laid, mais le fait d'être un peu plus joyeuse n'était pas mauvais.Cela coûterait cher, ce vin n'était pas le nectar dont le prix était le plus bas, mais elle tenait à combler ses invités d'un soir.


-"Excellent choix Monsieur Salvanti."

Le garçon de café à la pose ridicule, que dis-je, pathétique la regarda intrigué.D'un revers de mains gracieux elle le chassa, elle ne voulait pas qu'il s'attarde à leur table, il avait bien mieux affaire que de les "espionner".Il n'était pas de leur condition.

Matteo se présenta aussi, ajoutant quelques détails.C'était il semblerait, le meilleur choix qu'elle eut fait, le laisser se présenter, car, si elle eut été de bonne humeur, elle l'aurait fait avec...trop d'éloquence, parlant même des Grazziano que Matteo n'avait point évoqué.Elle adressa au jeune homme un regard complice avec lequel elle redessina ses traits fins et agréables à la vue.
Malgré son côté naïf, il savait se montrer prudent.Il le fallait.Et elle ne doutait pas qu'il eut déjà tué de sang-froid pour le compte de son Maître auquel il vouait une admiration et une dévotion sans limites.Ugo était effectivement quelqu'un au charisme puissant, retenant la lumière et les regards, une personne imposante.Peut-être trop.Tannuccia le trouvait intéressant, fort mystérieux et...incroyablement séduisant.

En pensant à cela elle ne put s'empêcher de laissant glisser son regard sur le front luisant du médecin.Une course passée contre la mort d'un patient, ou bien le café avait été trop chaud à son goût ? Lorsqu'il s'adressa à elle, elle descendit son regard lentement, retraçant les ligne de son nez volontaire avant de plonger son délice d'ébène dans les yeux tout aussi sombres du médecin.


*Quel regard passionant...*

Elle écouta avec attention ce que déclara muzio.Où désirait-il en venir ? Trévizno...Treviano...Médecin...Non elle ne l'avait pas connu mais avait écouté les rumeurs.Certains disent qu'il est parti de Venise, d'autres qu'il a été enlevé, d'autres encore qu'il est mort.Tannuccia quant à elle, n'avait guère d'opinion ou si....elle pensiat qu'il était parti de Venise, qu'il avait été enlevé et qu'à ce jour il était mort.À cette simple pensée elle sourit.
Avant qu'elle n'eut pu répondre le garçon de café se présenta à leur table.Il déposa le café brûlant et sans sucre devant Muzio, le vun de Chypre coûteux et exquis devant Matteo et le thé devant Tannuccia, qui, elle non plus n'avait pas demandé de sucre.D'un geste fluide de la main elle empêcha le garçon de parler et lui tendit quelques pièces, amplement de quoi payer les trois boissons ainsi que d'engraisser la "fortune" personnelle du jeune homme qu'elle congédia du même geste de main.Pourquoi avait-elle donné tant ? Était-ce pour montrer qu'elle ne manquait et ne manquerait de rien ou bien par simple étourderie ?


-"Monsieur Tréviano dites vous ? je ne connais de lui que ce que les ragôts ont pu m'apporter ce qui est je dois le dire, bien faible.Parti de Venise ? Disparu ? Enlevé ? Mort ? Hum...que de rumeurs cocasses.Et vous Matteo, le connaissiez vous ? Et vous Muzio ? Saviez-vous quelle était sa renommée ? Pensez-vous qu'il vous sera dur de vous forger une réputation si ce dernier -peut-être mort et enterré- était un médecin fort réputé ?"

Tannuccia adressa un sourire franc au médecin.Elle ne tenait pas à le mettre mal à l'aise, juste à orienter la conversation de telle sorte que ce ne soit plus elle la proie, mais lui.Bien, quel retournement de la situation, elle était déjà plus locace.Elle jeta un coup d'oeil discret à Matteo avant de saisir sa tasse, de souffler pour refroidir le thé, dont l'arome puissant en vint à chatouiller ses narines, avant de la porter à sa bouche dans une moue satisfaite.
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Muzio Barrozi
Médecin


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MessageSujet: Re: Le Caffé Florian   Ven 8 Juil - 16:59

Muzio examinait son interlocutrice tout aussi bien que si elle s'était présentée à son cabinet, exposant son corps à un regard professionnel. On en apprenait tout autant en observant évoluer quelqu'un en société. Un animal dans son milieu naturel, avait-il pensé sans le vouloir. Néanmoins, il était ici un acteur à part entière, et c'était ce qui distinguait cette situation d'un examen médical. Il ne devait pas laisser croire qu'il essayait de comprendre les individus. Et donc il fallait parler, bouger, boire, rire... Vivre. D'ailleurs, son regard se fit volontairement moins insistant, moins doctoral. Il reculait pour ne revenir qu'à la surface de la personne, gardant la profondeur pour un moment plus approprié. Les yeux de la Princesse plongés dans les siens ne provoquèrent aucun malaise chez lui; il les soutint un moment, puis les baissa tranquillement vers la tasse qui venait de lui être approtée. Il y avait longtemps qu'il ne considérait plus l'abaissement de regard comme une défaite: il s'agissait là d'un jeu pour les enfants, pour ceux qui tentent de s'imposer comme ils peuvent, de se prouver qu'ils sont quelqu'un de respectable...

Le médecin porta son café à ses lèvres et, lentement, en but une gorgée, puis une deuxième; celui-là, contrairement au premier qu'il avait avalé, il le savourait. Il ne soufflait jamais dessus, comme si ce geste en enlevait l'essence... Sa main reposa doucement la tasse sur sa soucoupe, tandis que sur sa langue résonnait encore l'amertume du breuvage brûlant. Lorsque Tannuccia paya les boissons, il ne fit aucun geste pour la rembourser; elle avait décidé cela, très bien, elle était assez grande pour prendre ses décisions, aussi biscornues soient-elles. Après tout, régler le thé d'une demoiselle s'avérait figurer dans la galanterie, et la galanterie n'avait rien de démodé aux yeux de Muzio. Mais si elle l'était pour la Princesse, tant pis pour elle. En revanche, se faire appeler par son prénom passa bien plus mal. Personne ne le nommait plus 'Muzio' depuis plusieurs années, et ce n'était pas une jeune effrontée, même tourmentée, qui allait le faire ! Le regard du médecin se fit inconsciemment plus froid. L'interrogatoire qui suivit n'arrangea rien. Le fait que le sujet ait immédiatement viré sur la disparition de Tréviano encore moins...


"Mademoiselle, je regrette de n'avoir aucune croustillante affaire à vous raconter à propos de mon prédécesseur, ne l'ayant jamais connu personnellement. Quant à ma réputation, je vous avouerai qu'elle n'a que très peu d'importance pour moi. Si maître Tréviano était fort réputé, grand bien lui fasse. Un médecin s'attache plus à sauver un homme que sa réputation. Du moins, c'est ainsi que j'envisage mon activité..."

Le sourire empreint de franchise de Tannuccia lui avait permis de réfréner la tonalité froide qui voulait pointer dans sa voix. En aucun cas il ne se sentait traqué; après ce qu'il avait vu quelques heures auparavant il se sentait la force de lutter à sa manière contre le monde entier s'il le fallait.
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Matteo Salvanti
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MessageSujet: Re: Le Caffé Florian   Ven 8 Juil - 17:56

Matteo observa le nouveau changement dans le comportement de Tannuccia, qui était revenue à son masque habituel. Ses humeurs étaient-elles toujours aussi variables, fluctuant au gré du temps et des circonstances? Sa dernière déconvenue n'avait échappé à l'oeil d'aucun de ses deux interlocuteurs, qui ne lui voulait heureusement aucun mal. Du moins, pas encore. L'homme de main se sentit légèrement inquiet pour elle. Elle savait extrêmement bien cacher son jeu... mais elle demeurait une femme. Les femmes n'obéissaient pas aux mêmes lois que les hommes. Leurs sentiments entraient souvent en ligne de compte, contrairement aux hommes dont l'ambition et la vengeance étaient les principaux motifs d'action.

La conversation fut interrompue lorsque le serveur arriva à leur table. On présenta la bouteille à Matteo, qui acquiesça avec un sourire, puis on lui versa une coupe. Matteo huma le doux arôme qui s'exhalait du vin avec volupté. Il ferma les yeux un instant, se remémorant le souffle du Prince Adorasti contre sa peau. Puis, il prit une gorgée qui se révéla être un délice pour sa bouche de fin gourmet. Sophistiqué, enivrant, mais surtout, une saveur si exquise, si suave qu'on ne pouvait qu'en vouloir encore et encore. Quel excellent choix que ce vin de Chypre. Il convenait parfaitement au captivant Elio Lacryma Adorasti. Le jeune homme passa sa langue sur ses lèvres rosées. Définitivement délectable.

La Princesse paya alors leurs consommations. La galanterie de Matteo lui criait de s'interposer, mais son bon sens lui commandait de ne rien faire. Après tout, ce n'était qu'une autre preuve que la jeune femme ne se soumettait à aucune des conventions de leur époque. Une fois le serveur parti, elle s'attaqua immédiatement à Barrozi. Matteo fut surpris par son franc-parler. Elle ne manquait décidément pas de front et à en juger par la réaction de son interlocuteur, il en avait lui aussi été saisi. Matteo dirigea toute son attention vers l'homme mûr, attendant avec impatience de voir ce qu'il répondrait.

Matteo put alors admirer la manière dont le médecin se débrouilla avec l'épineuse question qui lui avait été lancée. Ainsi donc, cet homme n'était pas l'un de ces assommants scientifiques qui n'avaient que pour seul discours les dernières théories émises par leurs non moins assommantes sociétés. Car, en plus d'être d'un ennui accablant, ces savants semblaient ne mettre leur brillant intellect qu'au service de leurs recherches et rien d'autre. Ils commettaient donc les pires bévues de la vie mondaine en comparant telle jeune noble à une obscure guenon d'un continent éloigné ou en évoquant le faciès similaire du Pape et d'un primate quelconque. Il semblerait que ce ne fut pas le cas de ce Barrozi, qui avait clairement exprimé son refus de s'étendre sur le cas de Tréviano et avait, du même coup, certifié son intégrité. Cet acte admirable, perpétré au vu et au su de nulle autre que l'intrépide Princesse Tannuccia, lui valut tout l'admiration de Matteo. Le garçon lui accorda un sourire amusé et admiratif, et hocha la tête avec entendement, l'air de lui donner son entière approbation.

Souhaitant traduire son enthousiasme en mots, Matteo commenta avec un large sourire:


« Maître Barrozi, je me vois fort enchanté par vos paroles! Voir un homme de votre dévouement envers sa société, voilà une attitude des plus nobles, qui mériterait d'être soulignée à sa juste valeur! Ah, comme ce bas monde serait plus juste et bon s'il n'était peuplé que par des hommes de votre trempe... même si cela signifierait l'extinction de gens de MA trempe! »

Ceci dit, Matteo rejeta la tête vers l'arrière et rit à gorge déployée. Le dernier coup d'éclat de Barrozi l'avait mis d'une fort belle humeur! Quelle originalité! Transgresser ainsi les règles de l'art, refuser d'être tout de miel devant les charmes de la Princesse, c'était un bien bel exploit.
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Tannucci
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MessageSujet: Re: Le Caffé Florian   Mer 17 Aoû - 22:29

Tannuccia leva les yeux au ciel en secouant la tête pour exprimer son mécontentement vis à vis de la réponse donnée par le médecin.Elle avait vu passer dans les yeux du médecin une lueur effarouchée lorsqu'elle avait pris l'iniative de le nommer par son petit prénom mignon.Elle était bien entendu consciente de n'en avoir fait qu'à sa tête, dépassant les limites déposées là devant elle, mais son caractère de jouvencelle gâtée la poussait aux pires extrémités.Elle se permettait toutes sortes de choses et jamais personne ne se permit de la réprimander.L'on put dire qu'en tant que femme intelligente elle eut pu faire preuve de plus de tact et discerner elle-même les limites, mais non, elle avait besoin d'un minimum d'autorité pour compléter sa "merveilleuse" éducation.Mais la façon dont la médecin la regardait, avec froideur et...ce...sentiment de mépris mêlé d'indignation...Ce regard qu'avait son père parfois lorsqu'il la regardait...elle ne le supportait.Ce regard lui donnait envie de faire la capricieuse, de tout envoyer valser sur la table, la théière, la tasse de thé brûlant de ce médecin ridicule, le vin de Chypre de Matteo ainsi que son sourire qui ne lui avait rien fait.En clair, envie d'un caprice.

Elle déposa sa tasse de thé brûlant sur la table, joignit ses mains et y déposa son menton, puis, serra ses mains jusqu'à ce que les jointures en deviennent blanches, tout en détendant son visage dans un sourire épanoui.Comment osait-il lui tenir tête, de quel droit ? Elle inspira deux ou trois fois puis se calma, réfléchit quelques instants aux belles paroles du médecin, analysant la situation.Il était calme, extrêmement calme, pas le moins ud monde intimidé ou charmé par sa personne.parfait.Tannuccia adopta volontairement une attitude digne et calme, un visage empreint de maturité et de sagesse, cette même expression qu'avait son père lorsqu'il lisait.Oui...intéressantes paroles que celles du médecin, encore un humaniste, un optimiste croyant en l'Homme.En pensant à elle ainsi qu'à son caractère retors, elle ne put s'empêcher de se dire que s'il croyait en l'Homme, il était perdu.Tannuccia sentit un sourire poindre ainsi qu'une fossette se dessiner sur sa joue gauche.Elle resta figée dans cette expression durant le temps que Matteo parla.Elle ne put s'empecher de constater qu'elle était las de ces belles paroles débitées comme si l'on parlait de la pluie ou du beau temps.Il était temps pour elle de se retirer, tant pis si elle donnait l'impression de fuir, elle n'en avait que faire, elle est si lasse.

Elle regarda sans voir Matteo rire à gorge déployée, d'apparemment fort bonne humeur.Elle ne savait pas exactement ce qui pouvait le faire tant rire, mais elle devinait que cela avait un rapport avec la discussion qu'avaient eue Tannuccia et Maitre Barrozi.Quant à elle, elle était de fort méchante humeur et l'idée de rentrer à la demeure de Ugo Di Grazziano l'omnubilait.Là-bas, elle pourrait casser un vase si l'envie lui en prenait, sans craindre d'etre sévèrement réprimandée par on ne sait quel père.Quoique voilà bien deux printemps qu'elle n'avait point subi son courroux.
Tannuccia tourna son regard d'onyx vers le médecin et applaudit doucement tout en souriant, affichant une mine admirative.PLus elle y repensait, plus ce qu'avait dit Muzio lui plaisait.Elle l'aimait bien finalement.


"Que voilà de belles paroles Maitre Barrozi.Sensées, intéressantes, désintéressées.Voilà ce qui manque à notre société, des humanistes oeuvrant pour le bien de celle-ci sans rien en attendre en retour.Ni argent, ni gloire, juste la fierté de savoir que l'on a bien fait.Je m'incline devant tant de droiture Monsieur.Je doute arriver un jour à votre grandeur d'âme.Il me semble vous avoir offusqué tout à l'heure en prononcant votre prénom.Pardonner mon manque de délicatesse à votre égard, Maitre Barrozi, je ne suis qu'une effrontée capricieuse.Sur ce je vous souhaite à vous, tournant la tête vers Matteo, une excellente fin d'après-midi à moins que vous ne osuhaitiez, matteo, m'accompagner ?"

Tannuccia lança à Matteo un regard inquisiteur curieuse de savoir ce que celui-ci allait en penser.Elle doutait qu'il ne se joigne à elle, lui préférant la compagnie de Maitre Barrozi, espérant ainsi par ses belles paroles et ses charmes, parvenir à entrainer le placide médecin dans ses filets.Elle fit signe à un serveur de s'approcher afin de tirer sa chaise vers l'arrière, le remarcia tout en se levant avec dignité et grâce.Elle ne put s'empêcher de soupirer de lassitude, jeta un coup à sa tasse de thé encore à moitié pleine ou vide, peu importait, elle n'en voulait plus, la faim lui manquait et son idiot de frère allait se marier.La rage lui tordit le ventre.Pourquoi lui réussirait-il ?! La rage laissa place à la jalousie et la rancoeur puis à la tristesse.La Princesse se retint discrètement au bord de la table attendant la réponse de Matteo, masquant son chagrin derrière un joli sourire épanoui.
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: Le Caffé Florian   Dim 21 Aoû - 16:19

Le rire de Matteo puis la réaction de Tannuccia avait de quoi laisser le campagnard qu'était Muzio perplexe. Repoussant à plus tard l'examen du comportement de Salvanti qui paraissait s'amuser beaucoup, le chirurgien fixa son attention sur Tannuccia; le personnage complexe qu'elle semblait être lui échappait par certains aspects. Elle se voulait forte, révoltée, indifférente et passionnée à la fois - mais le médecin ressentait nettement la vulnérabilité qui se cachait sous ces abords libertins. Malgré une certaine irritation due à l'applaudissement et aux paroles de la princesse, Muzio réalisa qu'il ne pouvait être fâché ou vexé face à la jeune femme qu'il jaugeait ainsi. C'est pourquoi le léger froncement de sourcils qu'il avait laissé échapper s'atténua bien vite, sans toutefois céder la place à un sourire, tant pis pour la politesse. Seul l'adoucissement de l'éclat noir de ses yeux trahissaient sa placidité, à la limite -mais limite non franchie- de la sympathie. Le médecin se leva lorsque Tannuccia en fit autant, et s'inclina galamment devant elle. En se relevant, il comprit qu'il ne s'était pas trompé en soupçonnant la princesse de cacher son état d'esprit: la lueur qui brillait actuellement dans ses yeux démentait fortement son sourire épanoui.

"Permettez, madame, qu'un "esprit humaniste" vous rassure -si tant est que cela vous inquiète-: la "grandeur d'âme" n'est jamais acquise, mais tout individu peut travailler à l'acquérir. Certains penseurs ont même vu là le but de toute existence..."

Muzio aurait sans doute pu continuer sur ce sujet pendant plusieurs minutes, mais on ne manquerait pas de lui reprocher alors son sermon. Aussi préféra-t-il prononcer ces paroles d'une manière presque anodine, avant d'enchaîner sur le départ inattendu de la princesse. La contrariété due à la conversation n'était assurément pas seule en cause... Qui aurait dit que la ténébreuse princesse souffrait émotionnellement parlant ?

"Vous me voyez navré de la fin prématurée de notre rencontre, madame. J'espère vivement qu'une occasion de continuer cette discussion nous sera offerte prochainement... en dehors d'une consultation bien évidemment. Toutefois je puis vous assurer que mes services sont à votre disposition."

De nouveau une inclinaison polie de la tête, puis un regard interrogateur en direction cette fois-ci du jeune homme qu'il n'avait pas eu le temps de cerner encore. Peut-être l'aurait-il si celui-ci décidait de ne pas accompagner Tannuccia ? Le coin droit de la bouche de Muzio se releva imperceptiblement: la compagnie de la ravissante princesse était sans nul doute beaucoup plus passionnante pour un garçon tel que Salvanti que celle d'un chirurgien poussiéreux...
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Le Caffé Florian

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