AccueilAccueil  ­FAQFAQ  ­RechercherRechercher  ­S'enregistrerS'enregistrer  ­MembresMembres  ­GroupesGroupes  ­ConnexionConnexion  
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujetPartager | 
 

 Ruelle de l'Ancienne Tuilerie

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2, 3
AuteurMessage
Flavio V
Invité



MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Mar 5 Juin - 16:56

[marché du Rialto]

L'horizon avait viré au pourpre profond. La nuit s'élevait en volutes épaisses le long des bâtisses décrépies, montait du fond de la lagune comme un brouillard poisseux, enveloppait de sa noirceur la misère et la saleté du quartier de la bouche d'Ombre. Ici, loin de l'apparat de la haute société, la populace tentait de survive.
Le jeune sicilien, sans connaître soieries et mets délicats, n'était pas habitué à des conditions si rudes. Pour la première fois, il craignait la faim. Le froid de sa roulotte lui apparaissait dans ses souvenirs comme une douce tiédeur perdue. Dans les ruines de la vielle tuilerie où le vent marin piquant s'engouffrait, il ressentait une solitude de plomb, et la peur qu'un mal plus grand ne le foudroie.

Personne chez les saltimbanques n'était au courant de sa condition et il avait même tu son appartenance à la célèbre troupe de la Lune Gibbeuse. Ici, la renommée avait pâlie au fils des ans avec l'absence de représentation. Son mentor ne se produirait plus jamais dans la Sérénissime. Alors, Flavio était à l'abri de la tentation.
Revenir, s'excuser encore, supplier qu'on le reprenne...
Parfois, quand ses articulations malmenées par l'humidité le lançaient, quand son estomac se tordait d'angoisse et que ses rêves éveillés devenait plus boueux que la vase des canaux, il priait pour que dans un proche avenir, il puisse de nouveau intégrer sa famille. Livia lui manquait. Son rire léger et sa démarche dansante. Quant il voyait la silouhette souple d'Orfeo, immanquablement, l'image de la jeune fille surgissait.

Le sicilien se faufila dans les ruelles sombres. Maintenant, il était connu. Les ombres malingres qui hantaient ces rues en quête de larcin ne s'attaquaient pas aux résidents. Pas si tôt dans la soirée. Plus tard, quand le mauvais alcool aurait échauffé les esprits malades, l'appât du gain et l'amertume d'une vie de scélérat éroderaient les bonnes manières et le pseudo sentiment de solidarité et d'appartenance au même clan.

Il hâta le pas, pressé de s'en retourner entre les vielles pierres pourries du bâtiment investi comme refuge par Orféo et ses comparses ; pressé de se reposer un peu de son après-midi peu fructueuse ; pressé d'être seul avec ses fantômes et ses héros. Et puis, pour éviter le mal, dormir correctement était un impératif. Les autres se moquaient souvent de ses habitudes de marmotte. Ce soir, il se devait d'être en forme. Un petit somme s'imposait donc. Le jeune homme frissonna et ouvrit et ferma plusieurs fois ses mains comme pour chasser un fourmillement persistant. Il obliqua dans la ruelle qui le mènerait à bon port. Plus que quelques minutes, il serait tranquille.
Revenir en haut Aller en bas
Damas
Masque


Nombre de messages: 3
Date d'inscription: 02/08/2005

MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Mar 5 Juin - 21:04

*Ah*

Le masque remua doucement dans son coin d'ombre. Il avait dû se dissimuler au mieux, les gens bien habillés passaient difficilement inaperçus dans cette partie de la ville. D'ailleurs, pouah, il s'en serait bien passé de cette visite des bas-fonds. Nécessité, quand tu nous tiens.

Le spécimen était beau, c'était tout à fait le genre qu'il recherchait, à première vue. Sous le masque, la personne esquissa un sourire satisfait. Il tira un peu sur ses gants pendant que l'homme remontait la rue, réarrangea sa coiffure avec dextérité. Sa main vérifia que sa lame, un glaive court très étrange, droit, fin et mal équilibré, avec une poignée dépourvue de garde, pouvait s'arracher facilement à la petite gangue de tissu cousue dans sa cape, avant de rabattre son vêtement. Cela dissimulait parfaitement l'arme.

Puis jaillit comme un diable de papier de sa boîte dans la ruelle, juste sous le nez du saltimbanque qui avançait sur lui, jusque là sans le voir.

Il singea une révérence, se pliant à moitié pour ne pas révéler le renflement de son épée, et baissa la tête en signe de respect.


"Ah, monsieur quelle bonne rencontre! Un homme au regard aussi bon que le vôtre aidera sans doute une personne dans le besoin, n'est-ce pas? Oh, je vous rassure, je ne veux pas d'argent, j'en ai, bien plus que je n'en ai besoin. J'aimerai bien m'en débarasser d'ailleurs. Au profit de quelqu'un qui saurait me sortir de ma... grande détresse..."

Il avait pris un ton miséreux et cajoleur. La personne sous le masque regrettait de ne pouvoir agir sur les lèvres de ce dernier. Il manquait quelques émotions fasciales à sa bouffonade. Là étaient les affres de l'anonymat.

"Mais, je ne me suis pas présenté, j'en suis si confus. Je suis un certain Damas, pour vous servir."

Ce qui le fit rire doucement.

*Uh uh. Quelle bonne boutade.*

Il reprit son sérieux, se fit mielleux, tapotant ses doigts gantés les uns contre les autres

"Soyons honnêtes tout de suite. Aideriez-vous un certain Damas si celui-ci vous offrait une somme conséquente? Vous pourriez vivre ailleurs que dans ces tristes taudis grâce à moi..."
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Flavio V
Invité



MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Mar 17 Juil - 22:29

Encore quelques mètres et la maison serait là, juste derrière le dernier tournant, juste à portée de vue. L'ombre du mur se désolidarisa soudain de l'océan sombre qui noyait la pierre. Il fut là, surgit des ténèbres. Le coeur du sicilien trébucha sous l'effroi de la chatoyante vision dans la lumière mourante du jour. Figé sous la surprise, le corps du jeune homme se tétanisa, et il s'adossa à la paroi érodée, ses yeux bleu écarquillés, une fixité étrange dans le regard presque éteint.
Certains éléments du quotidien étaient nocifs, extrêmement nocifs même, pour sa santé fragile. Ce soir, la fatigue n'aidait pas et l'apparition d'une personne masquée, jailli comme un beau diable de sa boite de pandore eut un effet immédiat sur l'organisme éprouvé de Flavio.
Sa carnation à l'accoutume pale vira au blanc cadavérique. Le sang, marée descendante, se retira des pommettes livides. Le rythme cardiaque s'emballa. La réalité eut un soubresaut. Un soubresaut infime, quelques secondes, une minute tout au plus. Assez cependant pour que le discours de l'inconnu se perde dans les méandres du temps et vienne alimenter l'immense cimetière des instants irrémédiablement perdus, le champs stériles des mémoires mortes qui gisaient dans les tréfonds de l'âme du saltimbanque.

La faveur de la nuit cacha l'état bizarre de l'adolescent. Dans le brouillard, un seul mot chargé de symbole et de promesses d'évasion se fraya un chemin dans sa conscience en surcharge. Damas. Damas, un nom teinté de soleil et au goût d'épices sucrées, acéré et inusable comme la pointe de ses lames d'acier, un nom piquant comme les flèches des mosquées, un nom porteur de rêveries multicolores et virevoltantes qui s'accrochent aux minarets de dentelles ouvragées, un nom qui capte les reflets mordorés de tissus aux motifs complexe. Un nom exotique et magique chantant comme l'appelle du muezzin. Un nom tout droit sorti d'un conte.


*** *** ***

Noé croupit dans sa geôle. Son épaule lui lance depuis trop longtemps et le sommeil fuit sous les assauts répétés de la douleur. Pas d'issues. Par l'étroite lucarne barrée de métal rouillé, la lumière de la nuit se teinte d'ocre et d'orangé. Il sait alors que le jour point. Bientôt le bourreau viendra pour lui trancher la main. Alors il perdra tout. Son habileté au maniement des armes, et surtout cette dextérité sans pareil pour réparer et fabriquer des mécanismes complexes – qui de temps en temps sert à crocheter les serrures quand il n'est pas dépouillé de son nécessaire – sera irrémédiablement devenu un souvenir douloureux. S'il perd sa main, son seul talent, alors sa vie n'aura plus de sens. A quoi bon un esprit brillant un corps amputé. A quoi bon une créativité géniale si elle reste prisonnière sans pouvoir se concrétiser.
L'homme aux traits creusés par l'épuisement qui le vieillissent prématurément n'a qu'une vingtaine d'années. Il se recroqueville. Une masse blonde jadis luxuriante lui dissimule le visage. Toute son attitude traduit la peine et la résignation qui étreignent son âme.

Sa manie de s'embarquer dans des navires en détresse causera sa perte ! Cependant, là, il ne pouvait qu'intervenir. La jeune femme aux paupières lourdes de khôl et au cils de velours avait été enlevée sous ses yeux. Ses lèvres craquelées par la déshydratation lâchent un soupir de regret.
Des bruits sourds, des cris puis des hurlements le tirent de ses tristes songes. Le fracas d'un combat. Enguerrand !
Il l'a retrouvé. Le géant nordique à la crinière de feu et au coeur de flamme, son fidèle ami, compasse de galère et d'autres navires aventuriers, vient à sa rescousse. Noé bondit. Malgré la fatigue, il ne faillira pas. Il se saisit de ses chaînes et s'installe en embuscade près de la porte de sa cellule prêt à jaillir dès que le gardien rentrera. Un cliquetis et la brute se tient face à lui. Bizarre, il porte un justaucorps coloré et un masque vénitien.
*** *** ***

Flavio cligna des yeux plusieurs fois pour chasser la vision rémanente. Le quidam face à lui se prénommait Damas, un pseudonyme exotique en accord avec sa tenue. Ce n'était pas la première fois que le jeune homme croisait au hasard des ruelles de la Sérénissime de tels personnages. Orféo lui avait expliqué la coutume et il l'avait écouté sagement, se gardant bien de commenter cet étrange mode de vie proche de l'anonymat de certains artistes de théâtres ou des forains. Bien sûr, il connaissait déjà cette pratique en détail, Livia lui avait tout raconté. Il préférait taire son savoir sur la cité.
Les masques dissimulaient leur porteur qu'il soit aristocrate ou simple vagabond. Les masques étaient un moyen simple et efficace de mélanger ceux qui n'appartenaient pas au même monde. Cependant les vêtements trahissaient toujours la fortune de leur propriétaire car on ne voyait jamais de pauvres ères parés d'atours fastueux. Un masque ouvragé, luxueux et de riches habits ne laissaient guère de doute sur l'appartenance sociale. Et Flavio avait une conscience aiguë des ravages que ces conversations engendraient...

Depuis son arrivée, quelques mois auparavant, il avait évité avec soin ces individus avec presque autant de succès qu'il fuyait les nobles gens. Quelle journée funeste. Après deux dames de la haute société, voilà qu'il tombé nez à nez avec un masque. Un frisson glacée lui parcouru l'échine. Sa fatigue et le froid hivernal n'en étaient nullement responsables. Le coupable du malaise, un vrai moulin à paroles, débitait des sornettes sur un ton trop mielleux pour être honnête.
Flavio n'était pas innocent. Sa tendance aux rêveries éveillées et son caractère faussement indolent induisait souvent ses interlocuteurs en erreur. Il était poli, niais parfois, il fallait le reconnaître. Cependant, à l'abri des regards, son esprit analysait la situation avec une lucidité déconcertante. Son sens de l'observation lui avait sauvé la mise plus d'une fois, quand il daignait l'utiliser et qu'il ne se perdait pas dans une fantasmagorie ou, plus triste, que sa santé défaillante ne lui jouait pas un mauvais tour.
Ce soir, la fatigue additionnée à un mal plus pervers lui empêchait de comprenne la situation et ses risques. Sur sa langue, il sentit le goût désagréable de la peur.

- Monsieur, murmura-t-il d'une voix basse à l'élocution impeccable, je crains que vous ne vous mépreniez sur mes activités. Malgré ma modeste apparence et ma présence dans ce quartier je ne suis guère familier avec les actes de brigandages pas plus qu'avec les arnaques subtiles. Je ne suis qu'un saltimbanque, un amuseur des foules sans ambition ni délicatesse.
Il ponctua sa tirade d'un petit sourire poli qui n'alluma pas la clarté de ses yeux. Flavio croyait aux dragons et aux fées, mais quand on lui promettait la lune en échange d'un menu service, il savait que l'astre silencieux resterait accroché à sa voûte tandis que que son cadavre pourrirait dans une mare, juste sous son reflet argenté et flottant. Il avait d'ailleurs une sainte horreur de l'eau.


Dernière édition par le Ven 20 Juil - 12:39, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Damas
Masque


Nombre de messages: 3
Date d'inscription: 02/08/2005

MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Jeu 19 Juil - 10:28

Mais? Mais? Faire peur? Oui, bon, il était sorti un peu brusquement, mais il n'était pas un malandrin de bas-quartiers. Oh, et puis finalement c'était assez amusant, d'inspirer la peur. Damas contempla ses doigts gantés en les mettant doucement en mouvement, fit quelques volutes avec sa main et attendit que l'homme ait repris ses esprits. Après tout, il n'était pas là pour le brusquer trop. Enfin, pour le moment bien sûr.

Il parla. Ha, c'était mieux. Ce n'était pas forcément passé, évidemment, mais il faisait un gros effort pour paraître serein. Oui, bien, parfait. Mais voilà, la proposition était rejetée. Pas étonnant, après tout, enfin, cela restait vexant. Ne pouvait-on pas faire confiance à quelqu'un de blanc vêtu? Ha ha ha. Allons, allons, ce n'était pas le moment de se servir à soi-même des boutades sans cervelle. Il y avait un jeune homme à convaincre, que diable.


"Bien sûr, bien sûr, je ne doute pas de votre intégrité. d'ailleurs, je n'aurais que faire d'un pauvre malandrin. savez-vous, ce genre d'hoimme est capable d'égorger son commanditaire pour toucher l'argent sans effectuer la tâche. Il n'y a plus de respect de l'ordre des choses pour ces brutes là, c'est bien triste.

Mais je ne vous demande pas grand chose, vous savez. Un peu d'escalade, c'est tout. Ces facades vénitiennes sont si ouvragées, si surchargées de fioritures inutiles que je ne doute pas qu'une personne un tant soit peu moins pataude que ma pauvre personne puisse atteindre un balcon sans risquer de se rompre le cou. Et s'il venait à chuter, le canal le recevrait sûrement avec grand plaisir, pour lui éviter une mort atroce. Non, non, il n'y a rien là d'extraordinaire.

Vous parlez d'ambition. Mais est-ce de l'ambition que vouloir sortir un peu de la misère? Avoir un toit qui ne fuit pas, un lit simple plutôt qu'une paillasse pleine de puces? Être assez propre et correctement habillé pour pouvoir séduire une femme qui ne soit pas une triste miséreuse? Non, non, ce n'est pas de l'ambition, chère âme. C'est du bon sens. L'ambition serait de vouloir une vie de palais, de séduire une grande bourgeoise, que sais-je, s'habiller de brocart, de fils d'or et de soie moirée. Soyons honnêtes, si quelqu'un vous proposait cela pour un tel service, vous auriez bien raison de le planter là, ce ne serait qu'un pauvre mythomane. Je n'offre pas cela, mais j'offre de quoi vivre un peu mieux. Cela n'est-il pas raisonnable, pensez-vous?

J'ai une bourse rebondie avec moi. Qui pourrait refuser un tel coup de pouce au destin, lorsqu'il vit comme vous vivez?"

Damas aurait voulu que son masque puisse sourire. Du moins, agrandir le sourire figé qui s'y peignait. Il aurait voulu que ses yeux puissent caresser. Peu importait, la voix était douce et ronflante, chaude et invitante. Cela suffisait. Il posa une main sur son coeur. Se rapprochant de la garde de son arme. S'il devait changer d'arguments, il fallait qu'il soit prêt à barrer la route au saltimbanque.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Flavio V
Invité



MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Jeu 19 Juil - 17:22

Le quidam masqué visiblement ne comprit pas le refus du jeune homme pas plus qu'il ne saisit son immuabilité. Rien ne convaincrait un gosse des rues habitué à la roublardise et à l'immoralité de ses semblables à rendre un service à un inconnu surtout pour une récompense promise avec trop d'ostentation. Jamais il ne mettrait sa vie en danger pour de l'argent, pour une illusoire amélioration de sa condition. Jamais. Alors, il s'apprêta à écouter poliment les arguments de l'importun tout en mettant assez de distance. La fuite était toujours la meilleurs défense. Surtout dans son état.
D'abords, le certain Damas, maugréa sur la dérive des moeurs et de la morale des malfrats, ce qui au passage, indiquait qu'il avait une certaine expérience avec cette frange peu recommandable de la population. Flavio aurait été bien incapable, en raison de sa jeunesse, mais surtout de sa méconnaissance de ce milieu, de deviser sur l'abandon des valeurs et le non respect de la hiérarchie chez les scélérats. Dans d'autres circonstances, l'affaire lui aurait paru cocasse, il nota quand même l'information qu'il pourrait utiliser dans l'un de ses contes.

Puis, le masque lui exposa vaguement ce qu'il attendait de son jocrisse. La seule mention du mot escalade raviva un des souvenirs les plus désagréables de l'enfance de Flavio. Non seulement il s'était blessé mais en plus il s'était ridiculisé devant toute la troupe et surtout, surtout, devant Livia. Encore un qui confondait saltimbanque et acrobate. Tous n'étaient pas dotés des atouts des félins pour se contorsionner avec souplesse et effectuer sauts et pirouettes... Il suffisait de regarder le grand corps malingre de l'adolescent pour réaliser que les activités physiques n'appartenaient pas à son quotidien.
Après une promesse d'ascension, voilà qu'il arguait celle d'un bain ! En cas de chute d'une face, aussi certaine que la malhonnêteté de Damas, il connaîtrait les joies de la noyade dans les eaux lourdes et vaseuses de la lagune. La perspective de l'escalade lui parût presque joyeuse en comparaison à la frayeur sans pareil que l'eau suscitait chez Flavio.
Quel fou ! Bien sûr, l'individu ne savait pas les turpitudes du passé du jeune homme si la fragilité de sa santé, mais par un malheureux hasard le choix de ses arguments eut pour conséquence d'annihiler la plus microscopique hésitation, la plus infime envie dans le coeur du jeune homme. Même sous la menace, il ne participerait pas à cette aventure qui le conduirait au mieux à une mort certaine, au pire à une crise grave dont il ne se remettrait jamais.

Flavio tenta de l'interrompe, de lui indiquer qu'il perdait son temps. Le flot de paroles n'eut aucun arrêt, pas même de ralentissement, balayant de son courant torrentiel la politesse du sicilien. Ce polichinelle le fatiguait et s'autorisait un jugement peu reluisant sur son statut. Croyait-il que la misère détruisait toute vertu, toute droiture ? Croyait-il que pour quelques pièce il achèterait l'âme libre d'un bateleur ?
Peut-être qu'il trouverait un enfant affamé prêt à la vendre pour un repas chaud. Dans ce monde, les plus grands pêcheurs étaient souvent non ceux qui souillaient esprit mais ceux qui conduisaient les innocents sur les voies tortueuses du vices. Argent, luxe ! Les choses matérielles n'égaleraient jamais dans leurs somptueuses beautés l'originalité de l'imagination, la justesse d'une esquisse, l'émotion d'une note, la souplesse d'une danseuse. La tentation de la chair ! Cette vulgarité dans la bouche d'un personnage qui méprisait l'indigence l'agaça. La farce n'avait que trop duré. Flavio voulait rentrer.

Quand Damas lui avoua avec une condescendance ridicule que sa bourse était pleine, l'énervement fit place à de l'incrédulité. Un type se baladant dans ce coin là avec une petite fortune était un crétin doublé d'un inconscient. Et les inconscients pouvaient être dangereux. Le geste de la main n'échappa pas au regard bleu. La fuite. Une solution peu glorieuse qu'il favorisait toujours. Et puis, il connaissait le terrain.

- Monsieur, répondit l'adolescent toujours d'une voix basse et calme, avec une pointe de fermeté réaffirmée, je réitère mon refus. Je suis magicien pas acrobate encore moins singe ou poisson. Grimper et nager ne sont pas dans mes compétences. Je suis dans l'incapacité d'accéder à votre requête, quelque soit la récompense promise. Je ne doute pas que vous trouverez un autre miséreux pour vous aider avec votre affaire lucrative.
Il s'inclina légèrement pour marquer la fin de l'entretient et son désir de prendre congé. Son désir de prendre ses jambes à son cou était aussi bien présent...
Revenir en haut Aller en bas
Damas
Masque


Nombre de messages: 3
Date d'inscription: 02/08/2005

MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Ven 20 Juil - 20:56

Allons bon. C'était dommage, tout de même. Il aurait préféré tomber sur la bonne personne. Poisse, bisque, flûte. Bien. Ce n'était pas encore fini.

Sa main jaillit, dédaignant finalement l'épée qui dormait dans sa cape car il pourrait toujours la dégainer de la main gauche si besoin était, de toutes façons vu le peu d'équilibre de la chose il n'aurait pas plus de mal à l'utiliser de sa main non directrice. Trancher suffirait sans doute si le besoin s'en faisait sentir. Il posa sa paume sur l'avant bras du saltimbanque avec vivacité, serrant fermement pour dissuader le jeune homme de prendre la poudre d'escampette. La voix devenait dure, un peu saccadée.


"Magicien? Vous ne sauriez pas léviter par hasard? Quel dommage. Vous ne doutez pas que je puisse trouver quelqu'un, certes, je vous l'accorde. D'ailleurs, puisque vous ne semblez bon à rien pour moi, vous pourriez peut-être m'aiguiller dans ma recherche. Ce serait bien un comble que vous n'ayez aucune connaissance un tant soit peu habilitée aux tâches un tant soit peu physiques. N'est-il pas?"

Il aurait voulu accentuer sa poigne sur le bras du jeune homme, mais préféra tout de même éviter de se faire trop menaçant.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Flavio V
Invité



MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Lun 30 Juil - 14:45

Flavio serra les dents. Le type avait prévu sa fuite et voilà qu'il le choppait d'une poigne ferme et le braver de son arme ! La panique céda la place à une autre émotion plus sournoise. Les lèvres charnues se courbèrent en une moue agacée, vaguement théâtrale, qu'il avait souvent vu déformer les traits charmants de Livia. Il appliquerait à la lettre les préceptes de son mentor. La fuite est la meilleurs défense, si on t'en empêche, alors...
- Monsieur, à mon accent, vous devriez vous douter que je ne suis pas du coin. Et, non, je ne vous vendrais pas mes compagnons d'infortunes ! Débrouillez vous sans moi pour recruter votre grimpeur !

Orféo s'était montré relativement sympathique, il n'avait pas posé de questions à Flavio sur son passé et surtout, avait ignoré ses soucis de santé, ses chutes intempestives, ses petites absences. Alors, il lui resterait fidèle. Dans d'autres circonstances, si la proposition du quidam avait été moins outrageusement dangereuse -sans compter la pitoyable menace – il en aurait touché un mot à son chef, toujours à la recherche de petit boulot juteux. Là, il passerait pour un idiot, ou pire, un traître...

Plutôt que de tenter de se dégager de l'étreinte, le jeune homme fit un pas en direction de son assaillant, ignorant la lame, venant tout contre l'individu, presque au contact du métal tranchant. La manoeuvre était déroutante et sa haute taille était un avantage. Il n'hésita pas une seconde et assena un cou de genoux précis et rapide dans l'entre-jambes de l'enquiquineur. Puis il détala plus vite qu'un lapin...
S'il n'avait été masqué, il aurait visé les yeux. Guiseppe lui disait toujours qu'avec sa constitution, il se ferait ratatiner dans une bagarre. Donc, s'il ne pouvait se sauver, il devait frapper le premier, avec efficacité, sans soucis d'honneur ou de prestance. Ces considérations étaient pour les nobles mais par pour les saltimbanques et surtout pas pour quelqu'un marqué par le ciel comme Flavio.


[Tuilerie - Séchoir]
Revenir en haut Aller en bas
 

Ruelle de l'Ancienne Tuilerie

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 3 sur 3Aller à la page : Précédent  1, 2, 3

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
VENISE :: LA CITE :: Quartier de la Bouche d'Ombre-
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet