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| Auteur | Message |
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Pourpre Du Bout des Doigts

Nombre de messages: 379 Statut: Admin Date d'inscription: 11/04/2005
 | Sujet: La Chambre de Danilo Mar 10 Mai - 21:48 | |
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|  | | Gabriella Delmonti Servante - Ca'Adorasti

Nombre de messages: 524 Statut: Modo Date d'inscription: 22/04/2005
 | Sujet: Re: La Chambre de Danilo Jeu 4 Jan - 22:05 | |
| [L'embarcadère] Gabriella poussa la porte de la suite de Della Lonza. La chambre était prête à l'accueillir. Il ne manquait que le feu de cheminée, heureusement le soleil qui baignait la pièce l'avait déjà un peu réchauffée. Le valet déposa la malle près de la porte et repartit.
Quant à Gabriella, elle s'activait près de la cheminée pour allumer un bon feu crépitant."Je suis navrée mais le prince et son épouse ne sont pas là en ce moment. Je leur annoncerai votre arrivée dès leur retour." lui promit-elle en se relevant alors que le feu rougeoyant de la cheminée diffusait une douce chaleur dans la chambre.
Elle se tourna vers l'homme et lui sourit, croisant les mains sur son tablier."En attendant, vous êtes ici chez vous. Souhaitez-vous que je vous apporte votre déjeuner ici ou préférez-vous le prendre dans la salle à manger ? Oh.. vous avez voyagé, peut-être souhaitez-vous prendre un bain ?" |
|  | | Danilo della Lonza Gentilhomme - Ca'Adorasti

Nombre de messages: 92 Date d'inscription: 16/12/2006
 | Sujet: Re: La Chambre de Danilo Jeu 4 Jan - 23:07 | |
| [L'Embarcadère] Danilo entra dans la chambre à sa suite. Déambulant doucement, les mains jointes derrière le dos, il jeta un oeil à l'appartement pendant qu'elle s'activait près de la cheminée. la suite était des plus respectables, tout à fait digne du logis fastueux dont elle faisait partie. Cela n'avait bien évidemment pas la taille de ses appartements de Rouen. Mais puisqu'il était seul ici, cela était même préférable. Il détestait se sentir vivre dans un espace dépeuplé. Une chambre assez vaste et un petit bureau-bibliothèque, une salle de bains, c'était bien assez pour lui.
Elle lui apprit que les maîtres des lieux étaient absent. Il en fut quelque peu contrarié, se sentant prêt à rentrer dans l'arène immédiatement, échauffé par son échange avec Di Lorio. Il répondit cependant, sans laisser paraître la déception dans son ton:"Eh bien, j'attendrai donc. Cela n'est pas des plus graves." Elle lui demanda alors si elle pouvait lui être d'une quelconque utilité. Proposa déjeuner, puis bain, avec le sourire. Danilo resta pensif un instant, puis répliqua doucement, rendant son sourire à la servante. "J'ai quelques demandes, en effet. La première est peut-être étrange pour quelqu'un de ma caste, mais j'ai toujours aimé connaître le nom de ceux qui me servent. J'aimerai en conséquence connaître le vôtre. J'ai une deuxième requête. J'aimerai savoir si quiconque d'autre que moi se trouve actuellement en mesure de déjeuner dans la salle à manger? Si tel est le cas, je prendrai mon repas en bas. Sinon, je le prendrais ici. Mais à vrai dire, j'aimerais ne prendre mon repas qu'après avoir pris un bain. Je vous avouerai que la proposition est tentante. Je suis sur la route depuis trop de temps."
Dernière édition par le Ven 5 Jan - 16:56, édité 1 fois |
|  | | Gabriella Delmonti Servante - Ca'Adorasti

Nombre de messages: 524 Statut: Modo Date d'inscription: 22/04/2005
 | Sujet: Re: La Chambre de Danilo Ven 5 Jan - 13:22 | |
| La chambre avait l'air de convenir au gentilhomme et c'était tant mieux. Elle avait parfois eu à faire à des originaux pour qui l'orientation de la chambre, l'exposition au soleil ou encore la couleur des murs ne leur convenait pas. Il fallait alors chercher une autre suite répondant aux critères farfelus du nouvel hôte et tout repréparer du début pour l'accueillir.
Il avait également l'air de ne pas être trop contrarié par l'absence temporaire des maîtres des lieux. Si tous les hôtes du prince pouvaient être aussi agréables. Elle écouta attentivement sa demande qu'il exposait en souriant. Gabriella fut un peu surprise qu'il lui demande son prénom, ce n'était pas commun. D'habitude, les gens s'en moquaient du moment qu'ils étaient bien servis."Je m'appelle Gabriella Delmonti, monsieur." répondit-elle en effectuant de nouveau une petite courbette, tenant un pan de sa robe anthracite dans la main droite.
Elle réfléchit rapidement à la seconde question. Elle avait ouï des réflexions soulagées de petites bonnes qui avaient vu Luciano sortir un peu plus tôt dans la matinée. La Dame d'honneur de la princesse l'avait sans aucun doute accompagnée chez son frère, quant au secrétaire du prince, elle l'avait vu partir avec le groupe. Deux autres hôtes étaient attendus dans les jours qui venaient mais n'étaient pas encore là."Il reste une dame, arrivée ce matin elle aussi." répondit-elle en venant de prendre conscience qu'il ne restait qu'Awrigha d'Alep au palais.
Elle préféra éviter de lui parler de son apparence et de son caractère particuliers. Il aurait l'occasion de le découvrir par lui-même lors du déjeuner."Je vais faire préparer votre bain tout de suite, monsieur." termina-t-elle avec une dernière courbette avant de sortir de la chambre pour rejoindre les communs.[Cabinet de Toilette via les Communs] |
|  | | Danilo della Lonza Gentilhomme - Ca'Adorasti

Nombre de messages: 92 Date d'inscription: 16/12/2006
 | Sujet: Re: La Chambre de Danilo Ven 5 Jan - 18:04 | |
| Gabriella. Danilo prit note conscienscieusement dans la partie de son cerveau qu'il attribuait à la mémoire de toutes les femmes non dénuées d'intérêt, c'est à dire un très grand nombre. etrangement, il avait remarqué qu'il perdait plus facilement les traits d'une jolie femme s'il n'avait aucun nom à mettre dessus. Il se rappelait d'abord le nom, et remontait au souvenir à partir de ce dernier. Sans nom, il n'y avait plus qu'une ombre aux contours flous, une impression diffuse plus qu'un souvenir vivace. C'était perte que de ne pouvoir se rappeler d'une femme plaisante, même simplement entr'aperçue au coin d'une rue. Il n'aurait pas questionné ainsi un majordome. il n'avait aucun intérêt pour les mâles.
La jeune femme le laissa quelques minutes pour préparer son bain. Il profita de cet instant pour ouvrir trois boutons du col de sa chemise et ôter le fin gilet de soie noire qu'il portait toujours en public. Puis, il s'assit sur le lit, et jeta un regard par la fenêtre. L'esprit relâché un instant, il se replongea dans son fléau. C'était plus fort que lui, dès qu'un spécimen intéressant passait à proximité, il se devait de passer en revue celles de ses aventures qui lui ressemblaient, que sa mémoire capricieuse lui jetait pelle-mêle. Cet état de fait l'avait amusé pendant bien des années, se plaisant ainsi à être un collectionneur d'images, mais cet état de fait avait changé.
Il se secoua violemment, et se concentra sur ce qu'il voyait par la fenêtre, pour ne plus se concentrer sur son passé. Il regarda les passants défiler quelques instants, puis eut un sursaut de dégoût. Il se détourna de la fenêtre. L'image de Gabriella lui remonta à l'esprit, et il se focalisa dessus. La jeune femme allait remonter sous peu, et comme à chaque fois qu'il se laissait aller, il allait devoir reprendre contenance. Il détestait, encore plus que ses crises stupides, qu'on le surprenne sans son visage public. Il se mit face au miroir qui ornait la commode, y contempla sa face assombrie par la disparition du demi-sourire éternel, enchaîna quelques grimaçes parfaitement laides avant de recomposer son visage comme il l'entendait. Satisfait, il ôta ses chaussures.
Gabriella revint avec quelquess valets chargés de sceaux. il attendit encore un instant, puis la servante vint le prévenir que le bain était prêt. Il entra alors dans le cabinet de toilette.[Cabinet de Toilette] |
|  | | Iago degli Albizzi Gentilhomme - Ca'Grazziano

Nombre de messages: 270 Date d'inscription: 23/05/2005
 | Sujet: Re: La Chambre de Danilo Ven 12 Jan - 1:29 | |
| [Le Cabinet de toilette] Iago recula, poussé par l'énergique (c'est un euphémisme) petite bonne. Il avait l'air sage du joueur d'échec à qui l'on vient de montrer que son dernier coup était une erreur.
Evidemment... Comment avait-il pu penser un instant que la jeune servante, qui lui avait si gentiment rappelé la spontanéité idiote de l'humanité le veille même par une gifle bien appliquée, aurait pu le renseigner sans faire d'histoire ? Erreur ! Terrible erreur !
Maintenant il allait devoir lui répondre, essayer de se faire comprendre, tant de peine pour si peu...
Il s'était arrêté au milieu de la pièce et regardait Gabriella qui essayait de le pousser plus loin."Comment ? "rustre, goujat, grossier, malappris, malotru, mufle" ? Savez-vous qu'à part le premier, vous avez presque réussi à tout dire dans l'ordre alphabétique ? Franchement Mademoiselle, si vous voulez m'injurier, il faudra le faire avec un peu plus d'esprit..." Avec une douceur surprenante sans doute, il tendit les bras, mains posées sur les épaules de Gabriella. Il mettait dans ce geste juste la force qu'il fallait pour la maintenir à distance sans pour autant chercher à lutter."Tout de suite la violence verbale et physique ? Je vous en prie, réfléchissez un tout petit peu... Très franchement, Monsieur dans sa baignoire n'a rien que je ne possède pas, physiquement du moins, et il n'a donc rien à cacher. Je comprends bien que l'on s'enveloppe dans des vêtements, couramment, pour éviter aux gens la vision abjecte de l'amas de chair rosée que nous sommes. Mais lorsqu'un concours de circonstance nous met dans des situations de ce genre, il n'y a rien qui mérite une pareille éruption de votre part. Le plus simple aurait été de me répondre simplement. Monsieur aurait fini tranquillement son bain, vous-même n'auriez pas pris cette teinte rouge brique, et mes oreilles auraient moins souffert. Mais maintenant que nous en sommes là.... Êtes-vous disposée à me répondre où dois-je chercher ailleurs ma source de renseignements ?" |
|  | | Gabriella Delmonti Servante - Ca'Adorasti

Nombre de messages: 524 Statut: Modo Date d'inscription: 22/04/2005
 | Sujet: Re: La Chambre de Danilo Dim 14 Jan - 21:01 | |
| [Le Cabinet de toilette] Gabriella avait réussi à faire reculer le gentilhomme jusque dans la chambre de Danilo. De la même manière, les serviteurs qui avaient suivi Iago s'étaient reculés aussi jusqu'à sortir dans le couloir observant discrètement la jeune servante remettre l'homme à sa place, peut-être soulagés de ne pas avoir à le faire eux-mêmes.
Danilo pourrait alors se vêtir à l'abris de tout regard."Plutôt que d'essayer d'analyser les paroles des autres, vous feriez mieux de réfléchir sur vos propres actes, monsieur ! S'il vous plaît d'entrer chez les gens qui prennent leur bain, il me plaît de vous injurier comme je le veux !" Gabriella cligna des yeux et balaya ses propres paroles qui n'avaient rien à voir avec le sujet dont il était question.
L'homme posa alors ses mains sur ses épaules, ce qui l'empêcha de continuer à lui marteler le torse, étant donné qu'il avait des plus longs bras qu'elle. Elle se contenta alors de le fusiller du regard."Réfléchir ? Parce que vous, vous réfléchissez peut-être ? Vous réfléchissez trop à vos paroles et pas assez à ce que vous faites ! Ce n'est pas à vous de décider s'il a des choses à cacher ou non !... Et arrêtez de disserter sur tout et rien vous avez tort un point c'est tout !" conclut-elle en trépignant sur place, ses poings s'agitaient dans le vide.
Paf. Une gifle s'était abattue sur la joue du gentilhomme. La deuxième en un peu plus d'une journée. Comme ça, il n'y aurait pas que ses oreilles qui auront souffert."Maintenant, je suis disposée à répondre." dit-elle, l'air calmée d'avoir vengé Danilo."Maître Barrozi est parti au palais Grazziano et le prince Elio n'est pas ici." répondit-elle simplement. A lui, il était inutile de lui donner tous les détails. |
|  | | Iago degli Albizzi Gentilhomme - Ca'Grazziano

Nombre de messages: 270 Date d'inscription: 23/05/2005
 | Sujet: Re: La Chambre de Danilo Mer 17 Jan - 18:54 | |
| Iago, tenant toujours Gabriella à bout de bras et semblant à peine le remarquer, écoutait avec attention. Parce que Iago savait que la pire des bêtises était de croire que l'on avait toujours raison.
C'était un des risques qui le guettait le plus d'ailleurs, étant donné qu'il avait toujours raison et qu'il pouvait donc avoir tendance à appliquer ce principe trop rapidement. Mais il ne fallait pas. Car il y avait toujours la possibilité qu'un jour, il ait tord. On ne sait jamais.
Quand en plus la personne ne face de lui faisait preuve d'un entêtement et d'une conviction aussi forte que la servante en face de lui, il prenait grand soin à essayer de comprendre. D'ailleurs, elle disait des choses qui étaient en partie juste : "S'il vous plaît d'entrer chez les gens qui prennent leur bain, il me plaît de vous injurier comme je le veux !" C'était tout à fait juste. Sauf que le but d'entrer chez quelqu'un, c'est simplement d'entrer chez quelqu'un, alors que le but d'injurier, c'est de vexer le-dit quelqu'un. Or ce n'était pas avec des injures comme celles-là que... Enfin, ce n'était qu'un conseil d'ami, bien sûr...
"Vous réfléchissez trop" Cela était vrai "à vos paroles et pas assez à ce que vous faites !" Là, c'était plus discutable. Parce qu'on ne réfléchit jamais trop à ce que l'on dit et que ce que l'on fait n'est qu'un prolongement de ce que l'on dit. "Ce n'est pas à vous de décider s'il a des choses à cacher ou non !" Certes, en un sens. Mais ce qu'il y avait d'important était de réaliser que cacher quelque chose était une pratique d'une hypocrisie immonde et que l'homme ne sortirait pas de la fange animale dans laquelle il se repaissait tant qu'il garderait cet amour obscène pour le secret.
Ce qui fait que lorsqu'il partit du principe que "personne n'avait rien à cacher", il réalisait en fait une action d'une générosité si grande et si belle, cela pour l'humanité entière, que finalement personne ne la comprenait. Ce qui était très triste et pourtant très prévisible.
Evidemment, la pensée de Iago avait commencé et s'était finie presque dans le même instant. Ce qui aurait mis du temps, cela aurait été d’exprimer tout cela. Fort heureusement, Iago n’eut même pas à se demander s’il allait ou non tenter l’aventure, étant donné qu’il reçut, d’abord et avant tout, une gifle.
La conversation commençait à prendre un air de déjà-vu assez nauséabond. Iago jeta un regard lassé vers la jeune servante avant d’être de plus en plus étonné. Mais oui, la jeune fille semblait avoir brusquement repris son calme. Une gifle, et paf, elle était de nouveau en possession d’un esprit à peu près rationnel. C’était tout à fait épatant. Il tapota machinalement sa joue injustement meurtrie tout en écoutant distraitement la réponse de Gabriella."C’est vraiment étonnant, vous savez… Cette capacité que vous avez à trouver votre calme dans un geste physique violent. Peut-être que c’est un moindre mal, finalement. Même si je ne peux que vous encourager à tenter d’atteindre le calme de l’esprit autrement que par la violence physique, mais enfin… Vous dites que Maître Barrozi est au palais Grazziano et qu’Elio n’est pas ici ? Bien…" Là, son cerveau se mit à réfléchir tout seul comme il en avait trop souvent l’habitude. Pourquoi Gabriella lui donnait-elle l’endroit où était Barrozi et pas celui ou était Elio ? Si elle voulait l’embêter vraiment, elle ne lui aurait pas dit non plus ou était Barrozi. Elle était idiote ? a priori non… Elle hésitait entre gentillesse et méchanceté ? Là encore, en jugeant d’après le caractère assez direct de ses coups, non… Alors… Un grand sourire amusé se dessina sur son visage."Non… vous ne savez pas où est Elio ?" C’était drôle. Gabriella lui faisait pourtant penser à une personne qui sait absolument toujours où est son maître. Un des valets, toujours à la porte, s’écria, sans doute à bout de nerf "Mais puisque j’essaye de vous le dire depuis le début !". Iago fronça légèrement les sourcils."Oh… Alors vous ne savez pas du tout ? Vous l’avez… perdu ?" Léger hochement de tête des valets sur le pas de la porte."Ah mais ça ne va pas ça, il faut aller le chercher !" Iago commença à se diriger vers la sortie avant de se tourner vers Gabriella."Vous venez ? " Non parce que si les autres n’avaient pas l’air très fin, elle, elle avait l’air dégourdie (et avait la main rapide, c’était un bon signe ça). |
|  | | Danilo della Lonza Gentilhomme - Ca'Adorasti

Nombre de messages: 92 Date d'inscription: 16/12/2006
 | Sujet: Re: La Chambre de Danilo Ven 19 Jan - 21:41 | |
| [Cabinet de toilette] Danilo s'était habillé à la hâte, mais sans se presser assez pour négliger son apparence. Il ne tenait franchement pas à avoir l'air débraillé, même s'il venait d'être vu simplement vêtu d'une serviette de bain. Il prit la peine de se passer les deux mains dans les cheveux, ses dix doigts en guise de peigne improvisé. Ils étaient peut-être trempés, mais s'ils commençaient seulement à sécher sans qu'il se préoccupe ne serait-ce qu'un peu de leur ordonnancement, il en ressortirait une tignasse pleine de noeuds et incoiffable de la journée.
Alors qu'il s'occupait à reprendre une apparence physique convenable dans le cabinet, il entendit l'échange pour le moins singulier entre la servante justement excédée et l'intrus. Il eut pour le reflet qui s'offrait à ses yeux dans le miroir de la salle d'eau un petit sourire amusé lorsqu'il entendit la gifle s'abattre. Décidément, cette affaire commençait sérieusement à l'amuser. Un gentilhomme des plus directs et irrespectueux et une servante elle aussi très prompte à rentrer dans le vif du sujet -il fut assez content de son bon mot- faisaient de bien belles rencontres pour son arrivée. Plus intéressantes qu'un Di Lorio, même s'il ne devait pas oublier de craindre ce dernier.
Il se demanda qui pouvait bien être ce Barozzi après lequel courait l'homme. Sans doute quelqu'un d'important. Mais il fut détourné de ses considérations par les réflexions de l'importun sur le fait que Gabriella n'avait connaissance de l'endroit ou se trouvait son maître. Il fit pratiquement le même raisonnement que ce dernier alors qu'il se dirigeait enfin vers la porte qui le séparait de la chambre, et en arriva aux mêmes conclusions. Ainis, Elio n'était pas là, et probablement, cela n'était pas normal, sans quoi les gens des communs le sauraient sans aucun doute. Il était des plus rares que même une décision prise entre nobles ne fasse pas l'objet de discussions de cuisine... Cela était étrange. Il faudrait qu'il tente d'en apprendre plus. Après tout, Elio l'intéressait fortement.
L'homme était sur le point de repartir lorsque Danilo entra dans sa chambre. Il s'agitait, prêt à emmener Gabriella à sa suite. Celle-ci s'était apparemment calmée depuis que la gifle retentissante avait été administrée. Ce qui n'était pas vrai pour celui qui l'avait reçue. Prenant un ton parfaitement neutre, Della Lonza apostropha l'individu, tout en récupérant sa canne appuyée contre le pied du lit. "Allons, allons, cher monsieur, ne soyez donc pas si pressé. L'homme qui n'a aucun scrupule à entrer dans un cabinet de toilette occupé me fera-t-il l'honneur de se nommer? Des individus de votre espèce sont assez rares pour susciter quelque peu mon intérêt, je vous l'avouerai franchement." Alors qu'il prononçait ses mots, il s'était d'un pas souple et posé, mais rapide cependant, dirigé vers la porte qui donnait sur le couloir de l'étage privé. Celle-ci était restée grande ouverte depuis l'arrivée tonitruante du gentillhomme. Du bout de sa canne, il referma le battant, laissant délibérément l'embout argenté de cette dernière planer à proximité de la clenche, prête à s'abattre sur une main trop aventureuse."A vrai dire, voyez vous, j'aimerai sincèrement que vous me répondiez... Ne serait-ce que pour compense la petite impolitesse dont vous avez fait preuve à mon égard..." |
|  | | Gabriella Delmonti Servante - Ca'Adorasti

Nombre de messages: 524 Statut: Modo Date d'inscription: 22/04/2005
 | Sujet: Re: La Chambre de Danilo Dim 28 Jan - 21:58 | |
| Gabriella pinça les lèvres en regardant Iago se masser la joue. Qu'il soit fâché, peiné ou lassé l'indifférait totalement puisque désormais elle était calmée.
Et voilà qu'il repartait sur des élucubrations concernant son geste et son caractère. N'ayant plus envie de rentrer dans la polémique, elle se contenta de soupirer avec insistance.
Cela porta peut-être ses fruits, ou peut-être était-ce une simple coïncidence, mais Iago repartit enfin sur le sujet principal. Parler avec cet homme se révélait épuisant nerveusement et physiquement à cause de la facilité avec laquelle il s'éparpillait et s'épanchait sur des sujets inutiles, ainsi que sa capacité à l'énerver.
Elle hocha la tête à ses affirmations lorsqu'il récapitula ce qu'elle lui avait dit quelques secondes plus tôt. En revanche, la question qui suivit aussitôt la cloua sur place. Bon, il fallait admettre que cet homme était parfaitement odieux mais très intelligent."Je n'ai pas dit ça... !" se défendit-elle."Même si c'est vrai..." continua-t-elle plus bas. Elle ne tenait pas spécialement à ce que Danilo s'alarme et que la rumeur qui, pour l'instant était restée entre domestiques, ne s'ébruite parmi les hôtes.
Elle avoua à Iago car elle commençait sérieusement à s'inquiéter et toutes ses tentatives durant la matinées pour essayer de faire quelque chose pour le retrouver s'étaient soldées par des échecs. Elle était tout de même en face l'ami du prince. Lui pourrait très certainement faire quelque chose."On ne l'a pas "perdu", on ne sait juste pas où il est.. il ne nous a pas prévenus de sa sortie..." expliqua-t-elle.
Elle ouvrit de grands yeux quand il s'exclama qu'il fallait partir le chercher. Ca alors, il aurait fallu que ce soit lui qui propose ça de son propre chef, lui qu'elle avait giflé déjà par deux fois en peu de temps voulait s'allier à elle pour retrouver Elio. La vie réservait de bien étranges surprises.
C'est à ce moment là que Danilo revint dans la pièce en tenue nettement plus présentable. Gabriella se recula pour le laisser discuter avec Iago, même si désormais, elle voulait s'en aller très vite et enfin chercher son prince. Malheureusement le gentilhomme ne semblait pas vouloir laisser partir Iago aussi vite. |
|  | | Iago degli Albizzi Gentilhomme - Ca'Grazziano

Nombre de messages: 270 Date d'inscription: 23/05/2005
 | Sujet: Re: La Chambre de Danilo Lun 29 Jan - 13:34 | |
| La porte avait été refermée. Brusquement refermée. Orgueilleusement refermée. Sans s’en rendre compte, Iago avait reculé d’un pas, les yeux toujours fixés sur le battant maintenant clos, avec dans les oreilles le bruit de la porte qui claque. Les paroles faussement désinvoltes du gentilhomme semblaient à peine un bruit de fond inutile.
Comment pouvait-on être assez cruel pour empêcher quelqu’un d’aller là où il veut ? pour l’enfermer là où il ne veut pas rester ? Pendant un bref instant, le visage de Iago avait dû être dangereusement jeune et perdu.
Mais l’instant d’après, lorsqu’il releva les yeux vers le visage (bizarrement presque familier) de l’homme qui lui barrait la route, il avait retrouvé son sourire agressif d’ironie."Êtes-vous sûr que vous ne préférez pas de l’argent ? Cela conviendrait mieux au rôle de garde frontière que vous interprétez avec toute l’arrogance nécessaire à ce genre de personnage… Il n’y a pas d’honneur à porter un nom, pas plus qu’il n’y en a à savoir ceux des autres. Mais enfin, chacun s’attache aux pacotilles qu’il veut, et battit à partir de ces bases vaines un système de valeur ridicule comme bon lui semble…" Ce qu’avait répondu Gabriella le confortait dans l’idée qu’il n’avait, pour une fois, pas envie de perdre de temps. Le plus simple était de répondre rapidement."Bref… L’individu est Iago degli Albizzi, le genre est humain et l’espèce : pensante. Il s’agit, comme vous l’avez fait remarquer d’une espèce très rare, si rare d’ailleurs que je pense souvent en être le dernier survivant. A vrai dire, j’attends toujours la contre-preuve de cette théorie. Maintenant…" La canne était restée, menaçante, au-dessus de la poignée, mais Iago s’en fichait. Il tendit la main et l’attrapa pour ouvrire la porte. |
|  | | Danilo della Lonza Gentilhomme - Ca'Adorasti

Nombre de messages: 92 Date d'inscription: 16/12/2006
 | Sujet: Re: La Chambre de Danilo Lun 29 Jan - 17:34 | |
| Le phénomène eut une réaction quelque peu inattendue pour Danilo. Il eut l'air, l'espace d'un instant, d'un animal sauvage fraîchement mis en cage. Il fit un pas en arrière, révélant clairement que le geste l'avait blessé. Une belle perte de contrôle de soi, en somme. Mais s'il ne suivait pas les règles des autres nobles vénitiens, il n'en connaissait peut-être pas non plus les défenses. Comment un tel personnage pouvait-t-il survivre en se comportant ainsi en plein coeur des intrigues vénitiennes?
Danilo eut immédiatement la réponse à son interrogation. Le bougre répliqua avec verve, un petit discours plein de détours mais sans aucune concession qui était fait pour blesser. L'individu maniait bien les mots, à défaut de les manier de manière posée. Son impulsivité devait même être pour lui un atout précieux dans les discussions, car il savait visiblement en jouer.
Mieux encore, il n'avait pas tout à fait tord. L'allusion financière n'eut aucun effet sur le gentilhomme, mais le petit discours sur les valeurs ridicules n'était pas sans trouver écho dans son coeur. Il avait lui-même gâché des pans entiers de sa vie pour avoir misé sur les mauvaises valeurs. Et pas seulement lors de l'épisode lamentable d'Ettore. Il avait voulu fuir son passé, reconstruire son existence en France. A nouveau, il avait basé son existence sur des valeurs fragiles. Et à nouveau, tout s'était effondré. Dépendre d'une valeur, c'était mourir, ne serait-ce qu'à moitié. Danilo, lui, se sentait déjà mort. Venise était son baroud d'honneur, sa dernière tentative de se reconstruire sans refaire une fois de plus les mêmes erreurs.
A vrai dire, le commentaire de Iago n'avait que peu de rapports avec la question posée. La seule valeur que le gentilhomme y lisait, c'était celle de l'information. Plus il en saurait, plus ses chances de survie étaient élevées. Ca n'en faisait pas la base d'un fragile équilibre de vie. Mais le commentaire était juste, et il manqua de le faire retomber une fois de plus dans ses souvenirs maudits. Pour éviter de revoir une fois de plus défiler ces damnés neuf jours qui avaient transformé Rouen en enfer étouffant, il se força à répondre au gentilhomme en ne s'intéressant qu'à la première partie de sa critique."Si j'étais garde frontière, plutôt que de vous retenir, je vous aurai diligemment porté mon pied au postérieur pour vous faire quitter mes appartements. Quant à mon arrogance, elle n'est que fille de la vôtre, que vous couvez semble-t-il avec grand amour..." Finalement, le gentilhomme importun daigna se nommer. Asez aisément d'ailleurs, si l'on comparait à l'éphèbe carmin qu'il avait croisé peu avant. Les recherches qu'il menait semblaient être d'une grande importance pour lui, se révéler ainsi pour se débarasser de Danilo était preuve d'empressement. Iago Delgi Albizzi. Danilo ficha l'homme dans la partie de son cerveau qu'il réservait aux hommes, notant au passage une forte tendance à la prétention irréfléchie. Car si cet homme avait de l'instinct, il était bien moins pensant qu'un Di Lorio. Et de fait, sans aucun doute moins dangereux. D'un mouvement rapide, la canne frôla dangereusement la main aventureuse, mais l'épargna. Elle vint se caler sous la poignée, empêchant momentanément Iago de la pousser. "Allons, monsieur Delgi Albizzi, savez vous qu'il est d'usage d'attendre que le maître des lieux ait donné son congé à l'invité avant de fuir ainsi? Même si vous n'avez pas été invité, il est vrai. Mais puisque vous avez contenté ma curiosité, je n'ai plus de raisons de vous retenir. Je vous donne donc congé." Sur ses mots, Della Lonza désengagea sa canne de la clenche, et se retourna vers la fenêtre. Il lâcha une dernière phrase, sans regarder son interlocuteurs, joignant ses deux mains dans son dos, la canne en équilibre précaire mais maîtrisé entre deux doigts. "Au plaisir de vous revoir, monsieur Delgi Albizzi. Vous êtes un homme... Intéressant, dirons nous." |
|  | | Gabriella Delmonti Servante - Ca'Adorasti

Nombre de messages: 524 Statut: Modo Date d'inscription: 22/04/2005
 | Sujet: Re: La Chambre de Danilo Lun 5 Fév - 20:11 | |
| La conversation, comme il fallait s'y attendre, devenait totalement inintéressante aux yeux de Gabriella, alliant tirades de Iago, répliques de Danilo... piques déguisées derrière des formules pompeuses de courtoisie... Elle savait que c'était un jeu qui, si on savait quand il commençait, personne ne savait jamais quand il allait prendre fin.
Quoi qu'il en soit, injustement enfermée avec les deux hommes, la servante perdait son temps. Qu'elle soit à la recherche du prince Elio ou à ses tâches habituelles serait normal, mais debout à écouter cette conversation, c'était une perte de temps inutile.
Voyant Iago s'avancer vers la poignée de la porte, Gabriella s'avança également d'un pas, pensant qu'elle pourrait enfin s'en aller. Mais de nouveau Danilo l'empêcha de sortir.
Elle n'écouta pas la suite de la conversation car quelque chose avait attiré son attention ailleurs. Un bruit anodin comme il y en avait souvent dans les palais, pas très fort non plus pour y porter une attention particulière, un bruit ni trop proche ni trop lointain, mais qui venait d'une direction particulière. Gabriella, le regard fixé sur la tapisserie, était concentrée, l'oreille tendue. Elle connaissait le palais par coeur et savait localiser la provenance des bruits facilement malgré l'écho qui se propageait dans les nombreux couloirs.
Le visage de Gabriella s'assombrit, comme lorsqu'elle était exaspérée mais essayait de le cacher pour faire bonne figure. Les lèvres pincées, elle remarqua alors juste à ce moment là que Danilo avait délivré l'accès à la porte et en profita pour annoncer."Excusez-moi, je dois vous laisser. Je pense que beaucoup de nos servantes seront absentes à cause du bal de ce soir au Jardin du Castello. Il y a donc encore beaucoup de travail à faire avant ce soir." Gabriella se tourna vers Iago."Si vous voulez bien m'attendre en bas, je vous rejoins le plus vite possible." Elle ouvrit la porte et disparut au petit trot dans les couloirs.[Appartements du Prince] |
|  | | Iago degli Albizzi Gentilhomme - Ca'Grazziano

Nombre de messages: 270 Date d'inscription: 23/05/2005
 | Sujet: Re: La Chambre de Danilo Mer 7 Fév - 23:49 | |
| Iago n’avait pas vraiment écouté ce que racontait Danilo. Le gentilhomme se demandait comme Iago faisait pour survivre dans Venise : en fait c’était très simple. Iago se fichait complètement de ce qu’on lui disait. La plupart des insultes qu’on lui lançait étaient immédiatement démontées dans sa tête. Mais généralement il ne prenait pas la peine de le dire à haute voix, c’était un travail bien trop vain.
En plus, il était perturbé. Lorsque l’homme l’avait une deuxième fois stoppé de sa canne, il avait été de nouveau pris de l’envie terrible de se jeter sur lui pour l’écarter, de le frapper, de le faire disparaître, d’ouvrire la porte et de courir à l’extérieur. Ou bien de sauter par la fenêtre. Ou bien d’aller se rouler en boule dans un coin de la pièce.
Et cela était très perturbant. Car cela était violent, irréfléchi. C’était l’opposé de toute sa façon de penser. C’était instinctif et Iago détestait l’instinct. Il fallait qu’il y réfléchisse. Il fallait qu’il y pense, qu’il prenne le problème dans tous les sens jusqu’à ce qu’il soit tellement enrobé de pensées et de réflexions qu’il soit complètement assimilé.
Ce ne serait sans doute pas une partie de plaisir s’il en jugeait par la vague de soulagement qu’il éprouvait à voir la canne se retirer de la poignée.
Le reste, il l’entendit, mais ne comprit pas très bien. Quelle manie avec cet homme de toujours tout ramener aux usages… C’était pour le moins fatigant et surtout complètement inutile. Et puis, il n’imaginait tout de même pas que si Iago avait envie de partir il puisse faire grand chose pour le retenir, de même que si Iago n’avait pas envie de partir, il ne pourrait pas faire beaucoup plus pour le mettre à la porte…
Il regarda Gabriella partir faire la leçon à on ne savait trop quelle bonne imprudente, et l’autre homme prendre une pause digne de Van Dyck devant la fenêtre.
Il essaya de se retenir (pour quelle absurde raison, il n’en savait rien lui-même) mais ne réussit pas (finalement cela voulait bien dire qu’il n’y avait pas de raison pour se retenir), et subitement, explosa de rire. Non vraiment, tout cela était trop ridicule…"Ah non, vraiment... tu me fais rire, toi..." Entre deux éclats de rire, il se demanda s’il ne devait pas des explications à l’homme, avant de se rappeler qu’il ne devait rien à personne, et qu’il avait un Elio perdu dans la nature à retrouver. Il ferma la porte derrière lui. Dieu seul savait où il était allé se fourrer, lui… Il n’y avait qu’à espérer qu’il ne se soit pas embarqué sur un bateau et qu’il ne soit pas déjà à l’autre bout du monde. Ou pire encore qu’il soit juste à côté, sans que personne ne le sache, par exemple, coincé dans une cave, comme la fois où…
Hum… Là, il était bon que Iago ait déjà fermé la porte de la chambre de Danilo depuis longtemps, et qu’il soit en train de descendre des escaliers déserts. Sinon il aurait eu du mal à expliquer la légère rougeur qui s’étalait sur ses joues. Heureusement, quand il arriva en bas, il était de nouveau le Iago habituel.
Maintenant qu’il commençait presque à se repérer dans le palais d’Elio, il se dirigea directement vers le grand salon où il était le plus probable que Gabriella vienne le chercher. Il lui donnait cinq minutes. Après, il partait tout seul.[Grand Salon] |
|  | | Danilo della Lonza Gentilhomme - Ca'Adorasti

Nombre de messages: 92 Date d'inscription: 16/12/2006
 | Sujet: Re: La Chambre de Danilo Ven 9 Fév - 14:40 | |
| Un bruit quelconque avait fait tourner la tête de Gabriella. Lorsque Danilo libéra la porte, la servante s’éclipsa promptement, évoquant la probable désertion des servantes de la Ca’Adorasti. Un bal populaire devait selon elle se tenir le soir même aux jardins du Castello. Le gentilhomme rangea cette information dans un coin de son crâne, trop occupé par Iago pour y faire réellement attention. Celui-ci, une fois la porte libre, sembla inexplicablement soulagé. Danilo ne se savait pas effrayant, et il doutait fort de pouvoir impressionner par un simple jeu de canne un individu de la trempe de Delgi Albizzi. C’était sans doute autre chose. Peut-être celui-ci reconnaissait-il le travail de l’argent, marque de l’ébéniste qui lui avait confectionné l’objet, et de fait, en avait peur ? C’était peu probable. Que la réputation du sieur Anselme Fortin ait dépassé la frontière italienne l’étonnerait fort. A moins que Iago aie beaucoup voyagé. Ce n’était sans doute pas cela.
Il en eut la confirmation immédiatement. Le rustre explosa de rire, faisant parfaitement comprendre au gentilhomme à quel point il le respectait déjà. Ce n’était pas de Danilo, ni de sa chère canne qu’il avait eu peur. L’enfermement ? Sans doute. C’était bon à savoir. Iago Delgi Albizzi perdait ses moyens s’il se sentait cloîtré. Un nom, un caractère, une peur. C’était plus que bien pour un premier contact.
Iago continua de se tordre de rire quelques instants, jugeant d’ailleurs nécessaire de préciser à Danilo qu’il était bien l’objet de son hilarité. Le gentilhomme sourit tout seul à la fenêtre. Pour un peu, lui aussi aurait ri de lui. De tout ce qu’il avait été, avant de rencontrer Mathilde. De tout ce qu’il tentait de redevenir, pour l’oublier.
Cette fois, cela y était. Sa contingence se morcelait complètement. Depuis quelques temps, il cherchait à ne plus évoquer son souvenir, mais c’était peine perdue. La fatigue de l’éreintant voyage lui avait pourtant brouillé l’esprit, et pendant quelques jours, il avait cru son démon en fuite. Et comme toujours, le souvenir revenait, vivace et puissant. Pourquoi était-ce donc si compliqué de reprendre son rôle là ou il l’avait laissé, de tracer un trait sur ce qui était à jamais révolu ? Lui qui avait toujours été un homme obnubilé par le futur, ne voulant jamais se contenter de l’instant présent ni se perdre dans les mièvres souvenirs du passé, pourquoi fallait-t-il que les choses soient différentes cette fois là ? Il avait oublié Ettore, l’avait complètement sorti de son esprit en quelques semaines, de même que tous les Adorasti, que l’Italie, même. Sa vie française, il l’avait vécue comme telle, comme s’il avait toujours logé à Rouen. Pourquoi Mathilde ne voulait-elle pas disparaître comme Ettore ?
Il se contempla quelques instants dans la glace qui ornait son armoire, une fois Iago parti. Il eut soudain l’envie de cogner la vitre, pour abîmer son reflet, cette image trop vivante qu’il ne pouvait croire là, devant ses yeux, pour sentir la douleur du verre entrant dans sa chair, purger les douleurs du cœur par la souffrance physique. Il se retint quelques instants, puis, voyant un début de larmes couler dans le reflet, il n’y tint plus, et balança avec toute la rage dont il était capable son poing droit contracté dans le visage immonde qui se montrait à lui. Le verre se fissura, lardant le reflet de fissures bienfaisantes, abîmant les jointures de la main. Portant son poing à sa bouche, Danilo goûta son sang en regardant ce qui restait du reflet fissuré. La vitre n’avait pas explosé, collée au meuble. Il se frappa une deuxième fois, faisant cette fois voler plusieurs éclats de verre à travers la pièce. Il se retint de hurler de douleur, lorsque sa peau se fendit profondément sur le dos de la main et sur diverses phalanges.
Il retira consciencieusement les éclats qui étaient restés logés dans les plaies, contempla avec satisfaction le meuble qui ne lui présentait plus aucune image de lui-même, passa au cabinet de toilette pour rincer ses blessures, évitant de regarder son reflet qu’une autre surface traîtresse cherchait à lui imposer comme une moquerie provocante. Il se fouetta le visage à grande eau pour en enlever toute trace d’expression sinistre, se saisit de ses gants et les passa pour dissimuler l’état de sa main droite. Puis, saisissant sa canne, il décida de replonger dans le monde. Cela le distrairait au moins un peu. Il avait encore le temps d’oublier. [Le grand Salon] |
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