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 Ruelle de l'Ancienne Tuilerie

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Du Bout des Doigts
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MessageSujet: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Mar 26 Avr - 1:30

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Lara del Core
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MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Dim 18 Juin - 15:23

[Appartements de Aria A. di Grazziano]

Lara marchait d’un pas rapide, savourant la joie de redécouvrir Venise… Elle ne savait pourquoi sa marche avait dévié vers le quartier de la Bouche d’Ombre, vers cette ruelle étroite et sombre qui menait à l’Ancienne Tuilerie… peut-être l’attirance envers ces lieux mystérieux, dénués de la magnificence lumineuse des grands palais mais si magiques… Elle respirait l’air pur de la cité, et elle se sentait bien. Elle se sentait finalement chez elle.

Elle réfléchissait à son nouveau rôle… cousine du prince… qui l’eût jamais dit ? C’était vraiment une blague perfide du destin, d’avoir rencontré la vraie Lara ce jour-là à Naples… un destin qu’il était à elle de modifier selon ses projets… elle devrait d’abord tester le terrain, sans prendre trop de risques. Qu’y avait-il de mieux pour cela que la soirée Adorasti ? Oui, maintenant qu’elle avait parcouru les calli de Venise qu’elle aimait le plus, elle pouvait y aller… elle devait y aller.

Le vent était glacial, mais Lara n’y faisait pas attention. Elle avait l’habitude de cette brume, ce froid qui vous rentrait au plus profond des os… le ciel était déjà sombre, presque inquiétant. Un voile de mystère dominait la ville, rendant chaque chose plus ténue et plus fascinante. Lara repensait aux mille et mille fois où elle avait déjà parcouru ces rues, toujours prise par un sentiment si fort qui était presque de l’identification avec cette ville de Venise, sa ville natale, la ville où elle avait combattu pour son avenir, où elle avait été poursuivie par le destin… sa ville. Rien et personne ne comptaient à ses yeux plus que Venise. C’est pour cela qu’elle voulait que tout se règle entre les Adorasti et les Grazziano… Cyniquement mais de façon réaliste, elle n’arrivait pas à concevoir leur alliance. Elle aurait aimé que reviennent les anciennes luttes sans merci, et que le meilleur l’emporte. Venise ne résisterait pas entre les mains des deux familles si avides. Venise devait choisir, Venise devait être méritée.

Ces pensées graves la distrayaient pendant qu’elle marchait tranquillement de son pas si léger, si délicat. Elle avait déjà choisi son camp. Elle allait tout faire pour qu’ils paient. Ils l’avaient détruite… elle le leur ferait payer. Elle s’intima de ne point penser à ces choses dès le premier jour de son retour, de se calmer et de ne pas céder à la colère. Il lui faudrait de la patience pour sa vengeance. Il ne lui fallait pas précipiter les choses. Elle devrait attendre, attendre au milieu de ce tissu d’intrigues et de mystère, attendre dans le brouillard vénitien. Elle le savait, elle en était sûre : justice serait faite.

Elle interrompit brusquement le flux de ses pensées en entendant un pas feutré, derrière elle. Que pouvait donc être ce pas ? Tout le monde devait être à la soirée Adorasti… l’avait-elle imaginé ? Elle se retourna lentement, et ne vit rien. Elle reprit à marcher.


[Reste ici-Attend Alessandro][/i]


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Alessand
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MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Jeu 22 Juin - 5:04

[La chambre d’Alessandro – taverne de l’Ours]

Une barque s’arrêta près des anciennes Tuileries, un homme y sortit d’un pas léger, et après avoir tendu au ‘‘maître de bord’’ quelques pièces, il entreprit de parcourir la ruelle déserte…

Quand il était descendu de sa chambre, Alessandro s’était dit que le soir, malgré le froid et la brume, serait bon pour une promenade dans cette Venise inconnue. Peut-être que le soir lui importait peu, et que en réalité son seul désir était de quitter la taverne, ou découvrir Venise, ou bien trouver la façon d’entrer dans cette fameuse soirée Adorasti, en tout cas, il trouva la soirée apte pour une promenade nocturne.
Il s’était arrêté au seuil de la porte pour prendre son chapeau et sa cape, mais surtout pour demander quel endroit serait beau à voir. Le tavernier lui avait répondu que les anciennes Tuileries étaient curieuses à voir, mais il ne cacha pas sa surprise en apprenant que l’homme voulait sortir par un tel soir, froid et vide. Della Contea n’avait prêté aucune attention aux remarques déplacées de l’homme et était sorti, laissant une rafale de vent entrer et pénétrer les habits des personnes de l’intérieur, comme des petits couteaux venant percer de ses lames froides le corps. Il avait respiré une grande bouffée d’air… cet air qui désormais était le sien, cet air inconnu qui d’hors et déjà il devrait apprendre a connaître dans tous ses points, à aimer dans tous ses instants, à comprendre dans tous ses caprices… l’air de Venise. Il s’était dirigé vers les canaux, et comme par miracle, il trouva justement un homme conduisant sa barque. Tout d’abord l’homme avait refusé de conduire le gentilhomme, il avait réussi à trouver plusieurs excuses ; le froid, l’heure… mais Alessandro ne s’était pas rendu, et avait réussi à le convaincre en lui montrant une sacoche en soie bleue dans laquelle le son de plusieurs pièces résonnait. A présent, il se trouvait là, dans les ruelles de l’Ancienne Tuilerie.

Alessandro regarda le ciel étoilé mais voilé par un rideau, chaque fois plus épais, de brume. Il sourit, il aimait ce ciel, ce silence, ce bruit…


*Bonsoir Venise… Parfaite nuit pour apprendre a se connaître, tu ne crois pas ?*

Plissant les yeux il scruta les alentours… tout semblait désert… tant mieux. Au loin, il vit les Anciennes Tuileries, il commença donc à marcher dans leur direction. Ses pas résonnaient dans le pavé, mais maintenant ses pas étaient fermes et décidés, le moment de trouble, de doute, d’hésitation qui nous envahit quand l’on connaît des nouveaux territoires avait déjà disparu de son esprit… ce n’était plus qu’un souvenir ; il se sentait déjà familiarisé avec Venise, et en même temps, elle lui semblait si mystérieuse… Peut-être était-ce le silence qui lui donnait cette impression ? Ou le simple fait d’être nouveau dans ces pavés ? Un peu des deux…

Soudain un caillou propulsé se fit entendre. L’écho résonna longtemps et Alessandro essaya de voir d’où provenait ce bruit. Ce n’étaient pas ses pas qui l’avaient occasionné… peut-être un chat, un rat, une bête… mais peut-être pas… De toutes façons, il aimait savoir le pourquoi de tout, alors il voulait savoir d’où provenait ce bruit. Il regarda tout autour de lui. Rien. Si ! Une ombre, une forme obscure bougeant, un peu plus loin. Il approcha lentement, à une distance ou il ne pouvait reconnaître que les formes… c’était une femme. Elle lui tournait le dos. Alessandro surpris sourit… alors, il n’était pas seul à traîner la nuit dans les ruelles désertes ? Pas le seul absent a la fête des Adorasti ? Parfait ! La compagnie d’une femme était toujours la bienvenue…
Avec cette discrétion où il était le parfait maître, il approcha sans un bruit vers la Dame qui semblait sur les nerfs… elle aussi avait du l’entendre et devait chercher le provocateur d’un bruit, hélas ! Elle cherchait du mauvais côté.
Maintenant Della Contea était si près de la Dame, qu’en tendant le bras il aurait réussi à l’attraper. Il sourit… elle était très bien faite, cette Dame. Il promena quelques instants son regard sur le corps de la femme. Il suivit ses courbes, seule chose vraiment visible d’elle. La brume s’était fait plus épaisse, et il était difficile de distinguer avec précision, même à cette courte distance. Après l’avoir bien détaillé pendant quelques secondes, Alessandro fit un pas de plus, à présent, la partie la plus large de son visage, c’est-à-dire son nez, n’était plus qu’à dix centimètres de la chevelure de la femme, et un peu décalé vers la droite. Dans un souffle il lui dit.


"Mais que fait une si belle Dame dans une ruelle perdue de Venise a une telle heure de la nuit, pendant que tous s’amusent dans Ca’Adorasti ?"

Il laissa à la Dame le temps de comprendre qu’un homme se trouvait derrière elle depuis déjà quelques instants, puis il continua avant qu’elle puisse répondre

"Mais permettez-moi de me présenter. Alessandro Della Contea pour vous servir."

Avec ces mots il avait prit de sa main gantée de blanc, celle de son interlocutrice et y l’avait effleurée de ses lèvres, prononçant ainsi les derniers mots dans un souffle chaud sur la main de la Dame.
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Lara del Core
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MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Jeu 22 Juin - 14:00

Non, elle ne s'était pas trompée. C'était bien un bruit de pas qu'elle avait entendu. Elle regarda autour d'elle, légèrement inquiète. Rien.

Seulement ce brouillard épais, ce brouillard infini.

Elle accéléra presque instinctivement ses pas, comme si elle sentait la présence de quelqu'un dans les environs. Mais qui pouvait être là à se promener dans cette ruelle sombre alors que la ville entière semblait s'être rendue au palais des Adorasti? Son imagination fervide se mit à imaginer quel genre de personne pourrait être dans les parages.
Un voleur peut-être? Un délinquant qui profitait de ce brouillard pour couvrir son aspect menaçant?

Elle sursauta quand elle entendit des mots qui provenaient de quelques centimètres derrière elle. Elle reconnut une voix d'homme, mais sûrement pas une voix de voleur ou de meurtrier. Il lui semblait entendre une voix aristocratique, en tout cas pas plébéienne. Elle crispa violemment sa main à ces pensées et répéta les paroles de l'homme dans sa tête.


"Mais que fait une si belle Dame dans une ruelle perdue de Venise a une telle heure de la nuit, pendant que tous s’amusent dans Ca’Adorasti ?"

Elle sourit légèrement. Tiens, ils avaient pensé à la même question. Il ne lui laissa même pas le temps de répondre et se présenta. Alessandro Della Contea...
Elle se le retrouva en face, et, avant même qu'elle n'eût le temps de réagir, il lui saisit galamment la main et y déposa un baiser.
S'il savait qu'elle était juste une usurpatrice... mais non, il avait probablement vu qu'il y avait plus derrière ce masque. Beaucoup plus que l'on ne pouvait imaginer.
Elle se ressaisit et observa l'homme de ses yeux perçants. Il n'était pas beau, mais il y avait quelque chose d'étonnament charismatique dans son aspect et dans ses manières.
Il avait une galanterie que Lara avait rarement vue si spontanée chez les Vénitiens. Elle discernait un physique sportif, sûrement exercé. Elle vit qu'il s'habillait sobrement mais avec des parures coûteuses. Il n'était sûrement pas Vénitien, elle le sentait dans chacun de ses gestes. Il n'avait pas d'accent très profond, à moins qu'il ne veuille le masquer.

Cet homme était un étrange personnage. Le regard de Lara qui savait si bien jauger les gens voyait quelqu'un d'ambigu, à la limite de l'hypocrisie. Peut-être était-ce seulement son illusion, mais il lui semblait que quelque chose clochait chez cet homme.
Après avoir détaillé tout ce qu'elle pouvait discerner dans l'expression d'Alessandro, elle se décida finalement à lui répondre. Sa voix n'était qu'un murmure, enchanteresse, mélancolique comme toujours.


"Je pourrais vous poser la même question, Messire... Je m'appelle Lara. Peu importe mon nom de famille... je suis la cousine du prince Grazziano."

Une telle assurance, un tel calme ressortait de ses paroles, comme si elle eût révélé qu'elle était impératrice ou princesse. Son timbre et ses gestes étaient si aristocratiques, si raffinés...
Elle se rendit compte du ton orgueilleux voire même insolent de ses paroles. Elle se mordit les lèvres d'un geste rageux. Elle se devait de montrer un certain comportement, et ces gestes instinctifs en révélaient beaucoup plus qu'elle ne souhaitait.


*Bon, ma chère, trouve quelque chose d'intelligent à dire, avec la juste dose d'humilté...*

"Pardonnez-moi ma curiosité, Messire... mais il me semble que vous n'êtes point Vénitien, n'est-ce pas? Viendriez-vous peut-être d'arriver?"

Elle ne lui laissa pas le temps d'enchaîner, se rendant compte qu'elle n'avait pas répondu à la première question d'Alessandro.

"Vous m'avez demandé pourquoi je parcours ces rues alors que tout le monde est chez les Adorasti... je suis Vénitienne, Messire. Je viens d'y revenir après un bon moment passé à Naples. J'avais besoin de revoir Venise, de perlustrer pour la millième fois ses coins sombres, mystérieux, si ensorcelants... Mais je crois que je m'étale..."

Elle se tut avec ce qui pouvait sembler du respect pour laisser à Alessandro le temps de répondre à ses questions. L'air était frais, la brume recouvrait tout, c'était la nuit, elle se trouvait dans une ruelle sombre, sordide, avec un inconnu, mais elle n'avait pas peur. Les murs et le ciel de Venise la protégeaient.


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Alessand
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MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Sam 24 Juin - 23:18

Pour la première fois Alessandro eut le temps et le plaisir de voir et étudier la femme qui était devant lui. Elle était belle, vraiment belle, de cette beauté délicate, comme faite de porcelaine, comme l’un des masques que l’on disait si communs en Venise. Dans la nuit noire sa peau blanche faisait contraste et était en harmonie avec la lune qui brillait sur eux, à travers le voile de brume. Ses lèvres étaient pulpeuses et rouges, une goutte de sang dans la neige ; voila la première pensée qui lui vint en tête. Et penser que ce n’était qu’une Dame de compagnie… mais sa démarche, sa sûreté en elle-même, les mots confiants qu’elle avait lancés, tout cela fit sourire Alessandro. La noblesse vient des actes et des pensées, jamais de la naissance… et cette femme était noble, quoiqu’ils en puissent dire, cette femme allait devenir une puissante alliée, ou une dangereuse ennemie…
Il fut ravi que sa première rencontre vénitienne soit aussi… intéressante. Première car le tavernier et sa petite famille ne pouvaient compter comme une rencontre…
Il écouta la dame et la laissa finir, son regard se promenant encore et toujours par son corps et son visage, essayant de découvrir ses pensées a travers le regard, toujours ce sourire superficiel effleurant ses lèvres, tout aussi rouges que ceux de son interlocutrice, mais moins visibles à cause du teint déjà mat de son visage.
Quand elle eut fini, on aurait dit qu’Alessandro eu été tiré de sa rêverie par le silence, mais il ne rêvait pas, malgré son regard perdu dans celui de la Dame, il était bien conscient et le silence qui suivit était fait pour rassembler les informations et faire une réponse digne de celles qu’elle lui avait faite.


« En effet Ma Dame Lara, je ne suis pas vénitien, je suis florentin, mais mon accent vient un peu de partout. »

Il sourit se rappelant nombreuses aventures. Son accent… comment avait-il pu oublier de le cacher ? Bon, puisque la Dame avait si fine oreille, à rien ne servait de cacher.

« Disons que je peux prendre l’accent français aussi… »

Ces mots étaient dit avec, effectivement, un accent français très prononcé. Il sourit essayant de voir un brin de surprise, de goût, d’émotion dans le regard de Lara… un beau nom aussi…

« También puedo hablarle en español…* »
(*Aussi je peux vous parler en espagnol)
Il sourit montrant ses dents blanches en pensant à sa propre vanité… Cela lui arrivait de se vanter de ses capacités, surtout quand cela évoquait un passé qu’il préférait garder secret… non qu’il le regrette, mais plutôt que dans la société qu’il s’était habitué à fréquenter, celui qui connaissait plus du passé de l’autre sortait toujours vainqueur… la passé est une arme dangereuse qu’il fallait mieux ne pas accorder…

« Mais, je sens que sans que vous m’ayez posé la question, vous êtes curieuse de savoir ce que je fais ici… non ?
En tout cas, je vous dois cette information, puisque vous m’avez dit vos raisons…
Comme vous l’avez si bien deviné, je viens d’arriver à Venise, et je préfère faire la connaissance de cette Venise dans laquelle désormais je vis, cette Venise si belle, si mystérieuse, avant de faire la connaissance des hommes qui l’habitent… »

Le vent commençait à se sentir de plus en plus fort, et se faufilait dans les habits. L’immobilité faisait sentir le froid. Alessandro décida de bouger. Il sourit encore une fois, mystérieusement, pensant au courage qu’avait cette femme de ne pas sentir d’hésitation, de ne pas lancer des regards inquiets… après tout, Alessandro était un inconnu, et cette cordialité glaciale avec laquelle il lui parlait n’annonçait jamais des très bons cœurs…

« Il fait froid Ma Dame, et je n’aime pas rester sur place… que diriez vous d’aller jusqu'à l’Ancienne Tuilerie, et après se rendre, si l’on peut, a cette fameuse soirée ? Un peu d’air suivi d’un peu de musique ne nous fera aucun mal… »

Il inclina la tête et fit face au chemin qui menait a l'Ancienne Tuilerie

« Bien sûr, si cous acceptez ma compagnie… »
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Lara del Core
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MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Lun 26 Juin - 17:37

Lara écoutait sans mot dire le florentin faire étalage de ses capacités linguistiques, nullement impressionnée, ou du moins voulait-elle lui faire croire. Florence... comment ne l'avait-elle pas reconnu tout de suite? Cet accent qui était dit comme le plus beau et le plus raffiné d'Italie, cet accent qui avait même envahi Rome...
Elle voyait une immense pédanterie dans les paroles d'Alessandro, qui toutefois lui semblait plus un masque qu'autre chose... elle croyait voir qu'il y avait quelque chose de plus profond, sûrement de plus intelligent, au-delà de cette médiocrité et de ces platitudes...
Mais, après tout, qui était-elle pour prendre le rôle d'un juge sévère? Elle sourit presque pour elle-même, amèrement, pensant qu'elle était devant un personnage qui aurait sûrement été apprecié par la haute société et par les dames également... Mais non, elle ne pouvait rien y faire, il ne lui plaisait pas. Elle l'avait décidé comme ça, sur un coup de tête, il ne lui plaisait pas.

Il semblait presque devoir se justifier de sa présence... ainsi, elle ne s'était pas trompée... il venait d'arriver, de découvrir Venise, pieuvre qui ensorcelait ou maudissait à jamais... elle ne devait pas dévoiler son antipathie irraisonnée et impulsive. Non, Alessandro, visiblement, n'avait pas encore choisi son camp parmi les deux maisons... elle pourrait le manoeuvrer dans la bonne direction, celle de la vengeance, de la suprématie, de...

*Arrête!*
Ce message pérentoire qui venait de la partie rationnelle de son être interrompit ses pensées. Ce n'était pas le moment d'y penser. Non, chaque chose en son temps... Le visage trahissait trop fortement ces émotions, il lui semblait presque que ses pensées étaient des cris, qui retentissaient dans cette ruelle à l'écho retors...
Des cris. Des souvenirs... elle revoyait si clairement ces images qu'elle en avait mal. Elle frissonna de dégoût. Heureusement, le temps était frais, et ce frisson ne devait pas étonner Alessandro, qui sembla se rendre compte de la fraîcheur excessive de la température. Il lui proposa de se rendre à l'Ancienne Tuilerie... il aurait été vraiment mal poli de refuser...


"J'accepte volontiers votre invitation, Messire..."
Elle lui fit un sourire si grand qu'elle s'en sentit presque honteuse. Elle rentrait dans le piège de cette société... elle rentrait dans cette hypocrisie, cette hypocrisie sans fin qui recouvrait Venise presque autant que le brouillard...
Elle s'y trouvait à son aise.

Ainsi il l'emmenait à la soirée Adorasti... bien... il valait mieux qu'elle y aille accompagnée, et après elle trouverait bien le moyen de se débarasser de lui... elle avait bien d'autres projets que de traîner avec ce florentin inconnu...


"Alors, Messire, que pensez-vous de Venise? Vous verrez, l'Ancienne Tuilerie est un endroit bien étrange... c'est un peu le reflet de la façade mystérieuse de Venise... à voir ces murs, on sent les intrigues et les complots, et les secrets qui sont tenus ici depuis des années... mais vous le verrez de vous-même... nous y arrivons."

[Ancienne Tuilerie]
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Alessand
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MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Jeu 29 Juin - 4:11

La dame avec laquelle il avait le “plaisir” de discuter ne semblait pas à son aise. Alessandro l’étudia un peu plus, écouta ses paroles, et ne tarda pas longtemps à se rendre compte qu’il ne parlait pas à une simple dame de compagnie prête à se faire charmer par le premier bonhomme. Il en sourit intérieurement. Cette première connaissance (pouvait-on l’appeler comme ça ?), cette première rencontre a Venise était intéressante, très intéressante… d’autant plus que lui-même avait fait l’effort de sembler homme sans intérêt, et que les regards d’indifférence, voire de dégoût que lui lançait la dame le réjouissaient. Etrange plaisir que de se faire insulter par les regards d’une femme moins bien placée que lui dans la société… mais, Alessandro était étrange, et puis, ses desseins ne s’achevaient pas là, pas a l’Ancienne Tuilerie… il avait déjà des idées, des complots… dès son premier soir…

*Ah ! Vais-je changer un jour ?*

Se demandait-il ironiquement en pensant comment mener la femme par le bout des doigts… des idées… toujours des idées qui entraient dans sa tête, des idées de vengeance alors qu’il n’y avait encore rien à venger, des idées de passion, de moquerie, des idées pour découvrir… Des idées qui le faisaient sourire… et puis, pourquoi s’en empêcher, de sourire ? C’était son premier soir à Venise, il n’y avait pas de mal à rêver… Alors il souriait, des sourires en coin, des sourires imperceptibles, des sourires surtout incompréhensibles pour ceux qui n’étaient pas dans sa tête, pour ceux qui n’avaient pas ses idées, pour ceux qui ne voyaient pas comme lui.

Dame Lara ne montra aucun signe de plaisir en l’entendent se vanter, il crut même voir une lueur de dégoût dans son regard… il apprenait peu a peu comment agir avec elle… et il allait l’apprendre totalement dans pas longtemps s’il elle continuait cette indifférence… indifférence, qui ne lui semblait pas vraiment hypocrite mais bien réelle. Elle accepta son invitation et sourit. Voila, elle venait de se trahir toute seule, elle venait de donner a Alessandro cette clé qui lui manquait pour comprendre la femme devant lui. Un frisson… le froid ? C’est ce qu’il aurait pensait si ce sourire ne l’avait pas suivi… ce sourire de soie, magnifique sourire de soie… Hors, la soie, bien que la plus belle des étoffes était aussi celle qui se cachait moins bien, ou celle qui cachait bien des choses. Et ce sourire cachait des choses… le frisson en était la preuve… il faisait froid, certes, mais pourquoi la Dame aurait frissonné pour la première fois dans la soirée, juste avant de lui adresser le plus charmeur des sourires ?
C’était parfait, elle entrait dans le jeu, et elle y entrait bien… seul les experts auraient pu voir dans ce fameux sourire toute l’ironie, l’indifférence qu’il cachait… hélas ! Contrairement à ce que la Dame pensait sûrement, Alessandro était l’un de ces experts là… Mais il ne changea pas, dans ses gestes rien aurait pu supposer qu’il avait compris… au contraire, il continua à sourire et lui adressa cette fois un magnifique sourire, comme s’il la remerciait de lui avoir fait un si beau don… et en fait, il la remerciait vraiment… il aimait à marcher en terre inconnue, mais toujours en sachant ou poser les pieds…

Il commença à marcher à ses côtés, pensant comment changer doucement de terrain, il avait mal commencé en supposant que la Dame se laisserait charmer par des sourires, maintenant il fallait entrer définitivement dans le jeu, mais pour passer du rôle du jeune homme naïf qu’il venait de jouer à celui de l’homme connaisseur et connaissant qu’il était en quelque sorte, sans que son interlocutrice se rende compte qu’elle venait de lui donner la clé, il faudrait être rempli de pouvoir.
Ses sourires se firent plus rares.


*Dommage, car Dame Lara était sûrement la première à me voir sourire autant de fois dans une soirée… *

Il en rit intérieurement, Venise lui avait donné un air d’enfant… peut-être qu’il était vraiment ravi de se trouver là… en tout cas, ses pensées avaient quitté pour un moment ce mystère pour venir a l’ironie « gaie ».

Elle lui posa une question… elle voulait ouvrir la conversation, et quoique le sujet aie été d’une banalité frappante… certes, le sujet eut été intéressant si deux minutes auparavant il n’avait pas posé dans une de ses phrases les adjectifs « belle » et « mystérieuse » pour qualifier Venise. Mais bon… il fallait bien ouvrir la conversation sur un point dans lequel les deux partis étaient totalement indifférents. Alessandro ne pouvait pas supposer que cette femme s’intéressait à son avis, et pourtant, il était sur que comme lui elle voulait connaître plus de l’autre sans pour autant se dévoiler aussi. Le duel venait de commencer. Un duel bien autrement marrant que celui d’épées, et bien autrement difficile. La première proie vénitienne était une jolie Dame à l’air délicat mais au caractère fort (d’après ce qu’il pouvait lire dans le regard). Voilà qu’allaient venir les questions, les regards, et ça serait d’ici à Ca’Adorasti le « qui dit moins et apprend plus ».
Mais pour pouvoir « jouer » il fallait une conversation plus extérieurement profonde que le « Venise est très jolie, les monuments sont très vieux. Ça me plaît bien. » et Alessandro décida de donner le départ de cette extérieurement profonde conversation.


« Venise ? Venise me semble être une parfaite amante cachée sous ce voile de soie. Si belle qu’elle est irréelle, si belle que toute la quiétude de la nuit, que l’écho de nos pas sur le parquet ne peuvent qu’annoncer le crime… Ses brumes et son silence, son froid et ses eaux semblent le parfait endroit pour faire chanter la… vengeance. »

On prononçant le dernier mot il s’arrêta un moment et regarda la Dame dans les yeux. Avait-il vu juste ? La vengeance était ce qu’elle cherchait ? Ce sourire avait-il laissé couler un peu de vérité ? Ou bien, il avait vu tout faux et devrait, encore une fois recommencer ?
S’il avait vu juste, la façon de prononcer le mot, son regard, tout cela devait attirer l’attention de la Dame qui devrait se voir obligée de quitter un instant ce masque d’indifférence, et alors, comme il la regardait, il devrait voir l’éclair lancé par son regard… à moins que Lara soit plus douée dans le mensonge et l’hypocrisie qu’elle ne le paraissait… comme lui.
Après quelques instants, il reprit son chemin et finit sa phrase dans un murmure mystérieux.
S’il ne s’était pas trompé au sujet de la Dame, cette dernière phrase devrait lui faire de l’effet… et c’était son intention de la faire croire qu’il avait quelque chose à venger… mais, est-ce que c’était vrai ? Lui-même ne le savait pas vraiment…


« C’est pour cela que je l’ai choisie… »

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Lara del Core
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MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Sam 1 Juil - 22:57

(ruelle de l'Ancienne Tuilerie)

Comme une alarme qui l’avertissait d’un danger, il y eut une sorte de déclic dans les pensées de Lara. Elle sentait venir un piège, elle le sentait venir de toutes ses forces. Il lui semblait qu’Alessandro préparait le terrain, qu’il voulait tester ses capacités de réaction, sa manière de feindre avec la plus parfaite indifférence. Non, elle ne s’était pas trompée, cet homme était bien plus que des manières plates et des vantardises quelconques. Elle pouvait presque ressentir l’intelligence de l’homme, dans ses yeux qui lui préparaient un piège.

Un piège. Il semblait s’être vite adapté aux coutumes vénitiennes ! Ces sourires en coin, qui paraissaient à la fois si hypocrites et si spontanés, à qui les destinait-il ? A lui-même, sûrement. Il devait avoir compris que sa technique première d’abordage n’avait pas de succès, et ses sourires se firent plus rares, plus mesquins. Le piège… quand allait-il venir ?
Elle écouta les premiers mots de sa tirade lyrique, puis comprit où il voulait arriver.

Il lui sembla que sa réaction avait été parfaite. Elle ne s’était aucunement crispée en entendant ce mot… vengeance… qui résonnait toujours dans sa tête. Non, elle était restée parfaitement calme, détendue, un très léger sourire sur le visage. Cependant, il était vraiment intelligent. Il avait percé sans problème ses idées les plus secrètes, ses ambitions les plus hautes. Oui, cet homme semblait visiblement un adversaire dangereux. Elle entendit sa dernière phrase, et là, elle ne put contenir un regard d’une intense curiosité. Vengeance… vengeance cherchait-il lui aussi ? Elle devait maintenant lui répondre, sans se trahir…

Elle le fit d’un ton détaché, presque moqueur.


« Vraiment, Messire ? Vous cherchez la vengeance… sachez que c’est une chose dangereuse, comme il est dangereux de le révéler. Les routes sont glissantes, à Venise. Il faut se mettre à l’abri de tout soupçon quand on cherche la vengeance, Messire. Ne pas le crier sur tous les toits… »

Mais voulait-il vraiment la vengeance ? Il lui semblait que cette dernière phrase était elle aussi un piège, plus subtil et plus intelligent aussi. Lui mentait-il ? Etait-ce encore une feinte ? L’impression qu’elle ressentait était qu’il voulait lui faire un piège, mais qu’il s’était piégé lui-même. Elle vit un étrange regard… peut-être était-ce la vérité après tout ? Tout cela la confondait. Il lui semblait de jouer à une partie d’échecs, où chaque mouvement, chaque stratégie, tout était réfléchi.

Elle se rendit compte qu’elle avait tenu le comportement précis qu’elle voulait éviter. Elle avait fait une erreur… une grande erreur. Elle s’était trop dévoilée, il aurait été beaucoup plus simple de jouer le rôle de la dame de compagnie un peu superficielle, nullement subtile. Mais aurait-ce été aussi amusant ? Elle ne le croyait pas. Elle aimait pouvoir parler à cet homme comme à un être égal, et non pas comme à un rôle social supérieur. Elle aimait pouvoir jouer avec les mots, les regards… comme si son masque la couvrait.
C’était un dialogue très vénitien qu’elle avait trouvé à son retour… une sorte d’avant-goût de ces mois qu’elle devrait vivre en tant que pion sur l'échiquier, à l’ombre des Grazziano.

Elle changea une nouvelle fois de tactique. Elle décida de se montrer franche, pour une fois, ou du moins le sembler. Ou peut-être était-ce sa curiosité qui prenait le dessus.


« Messire… vous venez d’arriver, mais vous savez ce qui se passe dans le palais Adorasti. Seriez-vous un ami de cette famille ? »

Elle avait dévié la conversation vers un terrain plus dangereux mais où elle pourrait avoir plus de succès… elle était partie à l’offensive.
En attendant la réponse d’Alessandro, elle marchait tranquillement à ses côtés, à distance respectable. L’ombre imposante de l’Ancienne Tuilerie semblait recouvrir même l’air aux alentours d’une lourdeur incroyable.
Elle ne vit pas la pierre devant ses pieds. Elle trébucha, et elle commit l’erreur sans doute la plus grave de toute la soirée.
Elle s’appuya instinctivement au bras d’Alessandro pour ne pas perdre l’équilibre. Elle le retira tout de suite comme s’il la brûlait, mais il était trop tard pour limiter les dégâts.

Elle lui avait révélé sans le vouloir sa plus grande faiblesse, la seule peut-être. Cet immense besoin d’aide qui se cachait derrière la dureté apparente de son cœur. Elle rougit fortement, honteuse de la faute qu’elle avait commise. Elle s’éloigna un peu plus d’Alessandro, avec une réaction infantile qui prenait le dessus après ce qui s’était passé. Ce fut en ce moment qu’ils arrivèrent devant l’Ancienne Tuilerie.

Lara effleura la pierre antique du monument, de nouveau en un geste instinctif, comme pour retrouver l’équilibre physique mais pas seulement. Au lieu de cela, ce fut une onde violente de souvenirs qui la submergea.

Elle avait six ans. C’était la première fois qu’elle s’aventurait dans cette ruelle, la main dans celle de sa mère.

*Arrête, s’il te plaît ! *

Lara s’admonestait mentalement, comme en duel envers ces souvenirs lancinants. Elle ne voulait pas revoir cette scène… elle ne voulait pas. Mais désormais la machine inexorable de la mémoire s’était mise en marche. Elle continua à revoir le passé, comme si elle était assise dans un siège de La Fenice.

Elles marchaient lentement. Il y avait du brouillard, et Lara se rappela de la peur qu’elle ressentait en touchant ce bâtiment imposant, qui lui semblait hanté par des esprits noirs, par les sentiments les plus sombres qui parcouraient Venise. Du sang, des crimes, des secrets, telles étaient les images confuses qui se présentaient à la jeune fille de six ans qu’elle était alors.


« Mamma, andiamo via. »

Cet endroit est méchant. Elle s’en rappela distinctement… c’était ce qu’elle avait pensé il y avait tant d’années… Lara revint à la réalité, le visage hagard regardant encore l’imposant bâtiment, détournant les yeux du visage d’Alessandro. Elle était parcourue d’une si grande émotion après avoir revu ces souvenirs qu’elle croyait oubliés. Elle se sentait faible. Elle sentait qu’elle avait perdu la partie. Elle réagit à nouveau de façon infantile. Elle proclama presque sa défaite.

* Echec et mat *

« Je… je ne me sens pas très bien. Je m’excuse d’avoir gâché votre promenade avec mes mots et mes gestes… je vais rentrer à la maison (* Mamma, andiamo via *), j’espère que vous vous plairez à la soirée Adorasti. Bonne nuit… »

Elle s’en alla ainsi, à l’improviste, légère et irréelle comme un spectre. Elle ne lui laissa même pas le temps de répondre. Elle s’enfuit comme une enfant, prise par des sentiments contrastants qu’elle ne reconnaissait même pas… elle devait aller à Cà Grazziano, reprendre le contrôle d’elle-même, et puis après elle voulait, elle devait aller à cette soirée. Ce n’était pas un imprévu qui l’empêcherait d’effectuer ses projets…


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Alessand
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MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Jeu 13 Juil - 4:24

La Dame avait prit un ton trop dégagé en parlant de vengeance, assez en tout cas pour qu’Alessandro doute et se pose la question, et s’il s’était trompé ?
Il répugnait à cette idée, ainsi il préféra garder le silence.
Lara changeât de sujet, elle changeait de terrain, elle n’avait décidément pas aimé celui dans lequel l’avait poussé Alessandro… finalement, ses pensées n’était-elles pas si équivoques que cela… Elle lui demanda s’il était ami de la famille Adorasti, il savait que dans cette Venise être ami d’une des familles c’était se faire ennemi de la moitié de la ville, il préféra garder sa neutralité, sachant que la Dame était de la maison Grazziano…


“Oh ! Non, je ne suis point un ami du Prince Elio… je doute qu’il connaisse même mon existence… mais vous savez, les choses s’apprennent, et sans avoir était invité a cette soirée, je ne pense pas la manquer, maintenant que je sais qu’elle a lieu… “

Il avait continué a marcher, laissant le silence se poser, quand soudain il vit la Dame trébucher. Pendant un court instant il se demanda si tendre le bras, et quand finalement il s’apprêtait à le faire, la Dame avait déjà posée et retirée sa main. Il la regarda, un éclair malicieux traversa son regard. Il la laissa prendre ses distances et maintint le silence jusqu'à ceux qu’ils soient arrivés devant les murs du monument.
Alessandro explora du regard l’endroit, la nuit était déjà noire, et la pierre obscure… il ouvrit la bouche pour rompre le silence, mais se tournant vers Lara il remarqua qu’elle n’était plus là, avec lui. Elle sembalit concentrée sur le monument, le regard vide... a ses grimace l’on pouvait comprendre qu’un combat se déroulait en elle. Qu’aurait-il donné pour savoir ce que pensait, ou voyait la Dame ? Il aurait payer ce spectacle bien cher…il resta muet, l’observant longuement en espérant découvrir quelque chose…mais rien ne se fit… la « transe » s’arrêta, et la Dame trouva une excuse pour s’en aller… dommage… mais il venait de gagner… quelle manque de tact que se dévoiler ainsi, que de se laisser voir ainsi a un inconnu… surtout a lui.
Il la vit partir, et quand sa fantasmagorique silhouette se fondit avec les brumes, il murmura.


“Arrivederci, signora”

[Ca'Adorasti - L'Embarcadère]
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Lara del Core
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MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Dim 27 Aoû - 19:54

Des pas rapides, cadencés. Des pieds délicatement chaussés dans des chaussures très simples, l’un devant l’autre, marchaient d’un pas décidé dans cette Venise nocturne.
Le voile d’oubli était profond sur les maisons endormies, spectral sur les orgueilleux palais des Doges. Les canaux brillaient de reflets mystiques, et le silence de la Sérénissime semblait presque dense.

Seuls des pas vinrent le déranger. Les calli étaient désertes, mais une femme frêle les parcourait, emmitouflée dans son étole blanchâtre. Au milieu de ce brouillard, on aurait pu la prendre pour un fantôme irréel, tant son teint était blanc et ses mouvements magnétiques. Mais le fantôme, derrière ce masque blanc et sans vie, cachait un tonnerre d’émotions.

Lara était encore dépitée d’avoir capitulé face à son adversaire. Elle n’était pas encore parvenue à trouver cette froideur qui fait gagner les affrontements, ce détachement cynique des impulsions, des sentiments. Elle avait encore était ébranlée par les images de ce passé qui semblait plus vivant que jamais, ces souvenirs qui donnaient un sens si dramatique à sa vie. Mais que pouvait-elle faire, étant donné que le destin lui avait offert ce futur depuis sa naissance ? Que pouvait-elle faire si à chaque fois qu’elle s’approchait seulement un peu du Rialto, elle revoyait pour la millième fois cette chevelure blonde et cette main gantée s’engouffrer dans les flots, dans l’eau grise et cruelle du canal ?
Elle ne pouvait se dissocier de son passé. Dans tout ce qu’elle faisait, il était toujours là, en attente de se manifester. Dans ce retour à Venise, après tout ce temps passé à Naples, elle revoyait les même fantômes qu’avant. Sa vie lui semblait parfois si inutile, si lointaine de ce qu’elle avait désiré, qu’un découragement profond l’accablait.

Tout en marchant pour rejoindre le palais, elle se réconfortait en repensant aux tragédies grecques qu’elle aimait tant, ces volumes enchanteurs piochés dans la petite bibliothèque de famille. Elle se devait d’être digne de ces héroïnes… la vengeance n’était plus un désir, la vengeance était devenue un besoin de vie.

Aurait-elle après tout le courage d’aller à la soirée Adorasti ? Après cette rencontre nocturne, après ces pensées noires et solitaires, aurait-elle le courage de réciter la comédie hypocrite qu’elle s’était imposée ? Aurait-elle le courage d’affronter tous ces gens, tous ces nobles, qui l’avaient déjà fait tant souffrir, là, tous ensemble ? Au milieu de la discorde la plus voilée, de la moquerie et de la fiction ?

Hélas, une occasion comme celle-là ne se présenterait pas de sitôt… Devait-elle procéder graduellement, pas après pas, ou bien commencer par cette soirée si intéressante ?
Et d’ailleurs, comment s’habillerait-elle ? Devait-elle mettre les magnifiques robes que lui avait faites son père, ces robes aux broderies exquises, aux couleurs étudiées une à une pour mettre en valeur sa beauté… ou bien une parure plus modeste pour s'insinuer en tant que discrète comparse, et non sorte de princesse ensorceleuse.
A ces pensées plus frivoles Lara s’était finalement un peu détendue, ses yeux d’un bleu si infini retrouvant un semblant de sérénité, abandonnant cet éclat intense de passion, de vie, qui les rendaient parfois orageux.

Voyant finalement un gondolier solitaire ramer doucement sur les eaux grises, Lara le héla et se fit emmener jusqu’à l’embarcadère de Cà Grazziano, ou mieux, à la maison… sa maison.
Elle rit d’un rire si sinistre à cette pensée que le gondolier se retourna, apeuré. Il n’osa prononcer un mot en croisant le regard brillant de la jeune femme.
Lara n’y prêta pas attention, perdue comme elle était dans ses pensées.
Quand elle arriva finalement à l’embarcadère, cette nuit vénitienne lui semblait encore plus surréelle, mystique et étouffante comme seule la Sérénissime pouvait en offrir.
Après avoir souri avec ce qui semblait une lointaine apparence de gentillesse, elle s’engouffra dans le palais, pensant que peut-être, ou même, sûrement, la soirée Adorasti était déjà finie.
Ses pas résonnaient dans l’immense palais vide.

[Suite de Lara Del Core]


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Elio Lacryma Adorasti
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MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Dim 15 Oct - 22:40

[Ca'Adorasti - Appartements du Prince - Chambre]

Elio était sorti du palais comme une ombre silencieuse.
Il usait chaque nuit de ce passage dérobé connu de lui seul qui, de ses appartements, le menait par un étroit couloir et un escalier abrupt à une autre porte dissimulée dans l'ombre d'un ornement de pierre sur la façade ouest du batiment.
De là, le visage baissé dissimulé par l'ombre de son tricorne, il avait gagné d'un bon pas les ruelles plus sombres que seule la lune éclairait.

Les quelques rares vénitiens qu'il avait croisés n'avaient vu en lui qu'un homme pressé qui rentrait chez lui en hâte.
Le pommeau de son épée dissimulé par sa main gantée ne disait rien de son rang et il avait comme chaque soir pris garde de courber un peu le dos pour que sa haute taille n'attire pas l'oeil.

Une fois le grand canal laissé loin derrière lui , il se redressa et sa démarche reprit l'allure altière qui lui était habituelle, le talon de ses bottes sonnant sur les pavés disjoints.
Les promeneurs ne venaient jamais dans le quartier de la Bouche d'Ombre à la nuit tombée.
Et si l'on s'y trouvait à cette heure avancée c'était alors pour une raison précise.
Elio n'échappait pas à la règle.
Son regard d'or étincelant fouillait les recoins de la ruelle.
Il savait exactement ce qu'il cherchait.
Et ici mieux qu'ailleurs, il savait qu'il le trouverait.
Rien ne le rebutait dans la misère que ses yeux découvraient.
La puanteur même des lieux ne le touchait pas.
Cela lui était, pour l'heure, indifférent.

Plusieurs fois, il repoussa du bras un mendiant ou une femme dépoitraillée qui voyaient en lui un revenu possible.
Ses yeux ne cillaient pas quand du bout de sa botte, il devait écarter le corps puant d'un ivrogne affaissé dans ses propres déjections
.
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Coutil
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MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Lun 16 Oct - 1:17

Et soudain, au milieu d'une ruelle immonde, sur une barrique sale, éclairé par la bancheur lunaire, se présenta un masque.

Un masque superbe, un masque immaculé, un corps de femme avec une robe d'un bleu aussi profond que la nuit, un visage aussi blanc que la lune, des plumes rouges comme le sang.

Une richesse déplacée dans la misère de l'endroit, comme une pomme d'or dans les écuries d'Augias.

Le masque tourna la tête brusquement à l'arrivée d'Elio et l'interpela.


"Vous cherchez quelque chose, mon prince ?"

"Mon Prince..." Savait-elle qui il etait, ou appellait-elle ainsi tous les passants ?
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Elio Lacryma Adorasti
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MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Lun 16 Oct - 1:36

Le prince eut un sursaut à peine perceptible.
Son regard d'or glacé se planta, brutal dans les yeux du masque.
Une fille à soldats tres certainement, qui interpellait les hommes dans l'espoir de quelques pièces rapidement gagnées.
Le costume cependant semblait d'excellente facture et Elio se demanda un instant comment une prostituée pouvait s'offrir un luxe pareil.
Il courait par la ville un bruit qui lui revint en mémoire.
Certaines dames de haute lignée, avides de sensations fortes, s'offraient des soirées épicées dans les bas-fonds de la cité.
Sa bouche se plissa d'un mépris qu'il ne chercha pas à dissimuler
.

"Je ne cherche rien que vous puissiez m'offrir."

Il n'était pas venu piétiner dans cette fange pour faire assaut de politesse ou de galanterie.
Et cette femme, gourgandine dissimulée sous un masque de comédie ne lui était qu'un obstacle insignifiant à écarter d'un geste.

Il frôla de sa cape la barrique sur laquelle la femme était assise et le fourreau de son épée resonna contre le bois.
Il enjamba un tas d'ordures et d'un pas ferme s'éloigna dans la ruelle.
Il faudrait nettoyer Venise de ses immondices.
Quels qu'ils soient.
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Coutil
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MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Lun 16 Oct - 1:56

Le masque n'avait pas bougé d'un millimètre sous le regard d'Elio. Qui sait ce qu'exprimait le visage caché ? De l'amusement sans doute, car un rire accueillit les paroles d'Elio.

Le Prince passa et s'éloigna. Si son oreille était attentive, il pouvait entendre le froissement du tissu, les deux pieds qui tombent sur le sol, puis le mouvement d'air d'une cape qui entoure une personne.
Puis des bruits de pas rapides mais réguliers résonnèrent dans l'étroite ruelle. Venaient-ils de la droite ? Venaient-ils de la gauche ? Impossible de le dire, les sons se répondaient en échos entre les parois sales du passage.

Mais soudain, deux pas devant Elio, faisant voler une barrière en lambeau de bois vermoulu, en bondissant d'un étroit passage comme un diable de sa boite, jaillit le masque.

Droit comme la justice, dans une cape de velours bleu comme sa robe, le visage vide était tourné vers le prince Adorasti.


"En êtes-vous sûr, mon Prince ?"

Cette fois-ci, le "mon prince" était lancé avec défi.
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Elio Lacryma Adorasti
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MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Lun 16 Oct - 2:29

Un rire moqueur, des bruits de pas se répercutant d'un coté à l'autre de la ruelle, sensation de danger bien connu.
L'écho rendait impossible l'évaluation de distance ou de nombre.
Peut-être une seule personne, peut-être un groupe.

Soudain comme un diable, le masque fut à nouveau devant lui, jetant à bas dans son mouvement une pauvre palissade de bois écroulée.
Et ses paroles, loin d'être aussi innocentes que les mots pouvaient le laisser croire, le ton surtout sur lequel les derniers mots furent lancés, recélaient la menace attendue.

Elio envoya d'un geste ample sa cape par dessus son épaule et dégaina son épée.
Dans le même geste, il tira une longue dague espagnole qu'il portait à l'interieur de sa botte et s'arrêta net, ne pas se jeter dans la gueule du loup en progressant dans cette ruelle sombre au pavé glissant.
La femme n'était vraisemblablement pas seule. Etait-elle vraiment femme, d'ailleurs ? Rien n'était plus trompeur qu'un costume et la cape qui couvrait la robe ne revelait rien du genre de l'inconnue.

Il se tenait pret, ainsi que le Maître d'Armes des Adorasti le lui avait enseigné, les deux armes se croisant sans se toucher, la pointe de son épée effleurant le pavé luisant devant lui, posture de défense enseignée par l'Ecole espagnole qui n'induisait aucune menace.
Il fit un pas en avant, dominant la silhouette bleue de sa haute taille et s'arreta encore, laissant entre elle et lui une distance respectable.
Sa voix basse et calme
.

"Veuillez me laisser le passage et cesser ce jeu, Madame ou qui que vous soyez. Mon humeur n'est point au badinage."
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Coutil
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MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Lun 16 Oct - 12:53

Coutil était resté toujours immobile, seul le vent faisait trembler les plumes de son chapeau.
Le masque s'inclina, comme cassé, et un petit son réprobateur s'échappa des lèvres de papier.


"Et bien... L'épée est tirée, déjà... Seriez-vous un descendant de Don Quichotte, mon prince, pour dégainer dès qu'une femme vous parle ?"

Le mot "femme" avait sonné étrangement, ni un aveu, ni un déni, simplement l'amusement de savoir que l'homme en face ne pouvait savoir.
Une main gantée de blanc sortit de la cape, sans arme, pour resserrer la cape contre le corps. Puis l'autre main, gantée et sans arme elle aussi, sortit, et se plaça sous la lame de l'épée, presque à la garde.
Le masque reprit la parole tout en levant peu à peu la main, exerçant sur la lame une pression surprenante de la part de la mince silhouette, les forçant à se relever. Un sillon rouge se forma sur le gant blanc alors que Coutil relevait le métal jusqu'à son cou.


"Si c'est un jeu, un badinage, pourquoi dégainer ? Si ce n'est pas un jeu, pourquoi ne pas me tuer ?"

Le masque rit de nouveau, regardant on se sait trop quoi, peut-être sa main, peut-être Elio.

"Peut-être est-ce parce que vous savez que j'ai quelque chose à vous donner, mon Prince ?"
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Elio Lacryma Adorasti
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MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Mar 17 Oct - 0:19

La lame glissa contre la gorge qui s'offrait et les yeux d'Elio se plissèrent.
Il eut un mouvement du poignet, infime, qui porta la pointe de son épée sous le menton de la femme, là où le masque touchait la peau.
Une legere pression et le masque se souleva à peine. Pas assez pour que le visage soit dévoilé mais assez pour que l'intention en soit évidente
.

"Votre jeu n'amuse que vous, et je n'ai pas pour habitude de converser, de nuit dans ce genre d'endroit avec un inconnu qui se dissimule sous le masque. Si vous avez quelque chose à me dire qui puisse présenter un quelconque intérêt, comme vous semblez le croire, faitez-le au grand jour, sans comédie."

La lame se retira et d'un seul pas, leste et revelant une grande habitude de ce genre de situation, le prince contourna la femme et se plaça sur le coté, de façon à ce que le chemin lui soit ouvert.
Sa lourde cape claqua et les boucles de ses cheveux s'agitèrent dans le courant d'air qui s'engouffrait dans le labyrinthe des ruelles.
La pointe d'acier revint se placer sous la gorge de la femme et se retira aussitôt
.

"Pour ce qui est du reste.. Ne me tentez pas."

Puis, d'un mouvement rapide, il dégagea son épée et son regard fouilla la ruelle.
Elle était seule, aucun homme de main ne se trouvait dans l'ombre, la situation était grotesque et au fond de lui, il eut un rire amer "tu deviens fou !"
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MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Mar 17 Oct - 1:40

La respiration sous le masque s'était faite haletante lorsque la lame une nouvelle fois était venue contre son cou. Peur ou plaisir ? Le visage impassible ne laisse rien savoir...

Coutil porta à ses lèvres mortes son doigt blessé. Un bout de langue rose parut, comme la langue d'un serpent, pour lécher doucement le bout du doigt à travers le tissu.

Elle fit un pas, et Elio dût sentir un regard peser sur sa nuque, comme si elle cherchait à lire dans ses pensées.


"Vous regardez. Vous cherchez toujours. Vous ne faîtes pas confiance à une jeune fille, inconnue peut-être, connue peut-être aussi, seule dans cette ruelle ? Peut-être avez-vous plus peur que vous ne le pensez, à vous inventer des pièges partout..."

Elle était toujours derrière lui, en retrait, mais sa voix s'était faite plus humaine, plus fragile.

"Je me demande si ce que je vais vous donner est ce que vous chercher..."

Elle ne faisait toujours aucun geste pour donner quoi que ce soit. Peut-être parlait-elle seulement pour ennuyer l'homme. Pour le retenir. Pour rien du tout.

"Vous vous méfiez toujours ? Vous avez raison..."

Le masque éclata de rire et disparut. A droite ? A gauche ? Elio avait le dos tourné... Le rire reprit par l'écho étrange de la ruelle semblait devoir continuer à l'infini.

Puis au milieu des derniers éclats, Elio put entendre une petite musique, une petite comptine pour enfant, bien connue.
Mais les paroles n'étaient plus les mêmes, plus du tout...


"Ecoutez la comptine de Coutil au Couteau,
Le conte qui raconte le compte des coups
Du couteau de Coutil, la Coutil au Couteau,
De tous les coups qui coupent et découpent les cous…"

La voix, presque enfantine, martelait avec une joie cruelle les allitérations sèches.

A peine les derniers mots étaient-ils prononcés et répétés par l'écho que, se dirigeant vers Elio avec une grande vitesse et une grande précision, une lame vola.

Sifflante et vibrante dans l'air. Avec pour but, le coeur.
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Elio Lacryma Adorasti
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MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Mar 17 Oct - 2:16

Elle avait parlé et il n'avait rien écouté, distrait par son envie obsédante de continuer sa route et de la laisser de coté.
Ce fut son absence qui, étrangement, le ramena à elle.
Disparue soudain, il entendait encore sa voix résonner.
La menace n'était plus implicite et la comptine qui se répercuta contre les murs lui fit froid dans le dos.

C'est alors qu'il se détournait qu'un vif éclat de métal alluma son oeil.
Un mouvement ample du bras, un pan de sa cape s'envola et la lame qui cherchait son coeur se planta dans son coté, il lâcha sa dague.
Le bruit métallique de la lame sur la pierre des pavés lui emplit la tête et un voile sombre dansa un instant devant ses yeux.
Jeté contre le mur par la violence soudaine de la douleur, il arracha le poignard de son flanc et se tint là, appuyé de tout son corps contre la paroi humide.
La respiration lui manquait et sa botte glissa, le talon crissa sur la pierre.
Ne pas tomber.
Au prix d'un effort qui fit trembler sa bouche, il se redressa, une goutte de sueur perlant à son front pale.
La main pressée sur la blessure, contenir le sang qui déjà imbibait le pourpoint de velours.
Le regard empli de brume, il chercha la silhouette bleue mais elle semblait avoir tout à fait quitté la scène cette fois.
Sa main se crispa sur la garde de l'épée.
Ne pas rester immobile dans cette ruelle. Ne pas devenir la proie des miséreux qui sans aucun doute allaient vite se rendre compte de sa faiblesse.
Impossible pourtant de se tenir tout à fait droit, ni de quitter l'appui du mur
.
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MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Mar 17 Oct - 3:17

Pendant un instant, tout fut suspendu. Plus un son, plus un bruit dans la ruelle. Pas la moindre âme vivante.

Puis réapparut, au milieu de la brume du soir, la silhouette dans sa cape bleue. Lointaine. Elle regarda, droite et silencieuse, Elio qui cherchait à rester debout.

Puis lentement, elle souleva son masque. Mais aucun visage ne fut révélé. Derrière le masque, un autre masque. Un masque de mort cette fois.

Elle resta immobile à fixer le prince comme on regarde un animal blessé qu'il faut achever. Et elle avança, doucement, avec tranquillité et nonchalance. Elle ne s'arrêta que lorsqu'elle fut devant l'homme. Un coup rapide et sec fit chuter l'épée inutile. Avec une grande rapidité, deux doigts pesèrent sur la plaie sanglante et tracèrent un trait rouge sur le cou d'Elio.


"Premier coup de couteau, ou 'cou coupé du Prince'..."

A peine le masque avait-il dit cela de sa voix sans timbre, qu'il fit un brusque demi-tour, et subitement silencieux, disparut sans un bruit dans la brume qui montait.
Coutil laissait derrière elle la scène pour rejoindre les coulisses.

Bleu, la nuit, comme sa cape.
Blanche, la lune, comme son masque.
Rouge, le sang, comme les plumes de son chapeau.
Noir, la silhouette du prince, comme son âme.
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Elio Lacryma Adorasti
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MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Mar 17 Oct - 14:54

Le prince eut un sursaut de dégoût quand le second masque apparut à la faible lueur de la lune, plus hideux encore que le premier.
Rien ne le répugnait autant que cette coutume vénitienne. Les masques, jeu d'amour parfois, jeu de mort souvent, jeu de fourbes toujours, lui faisaient horreur.

Et cette chose masquée qui s'approchait de lui, qui lui faisait lâcher son épée et qui le connaissait.
Ses paroles ne laissaient pas place au doute, elle savait qui il était et agissait en toute conscience.
Il se plaqua contre le mur humide d'un refus de tout son corps quand elle lui imposa le contact répugnant de ses doigts ensanglantés.
Il ne ferma pas les yeux, la tête un peu renversée en arrière appuyée à la paroi, il fixa les trous sans regard du masque horrible.
Allait-il trouver la mort ici, dans cette ruelle infâme comme le dernier des chiens ?
Non !
Sa volonté le poussa en avant et il se tendit pour la repousser.
Mais déjà elle avait tourné les talons, le laissant seul.
D'un geste rageur qui lui arracha une inaudible plainte de douleur il tenta d'effacer de son gant la trace sanglante laissée sur sa gorge, ne faisant que l'étaler mieux.

Son épée gisait sur le pavé, et sa dague était quelque part dans le ruisseau.
Il se laissa glisser sur un genou pour récupérer l'arme sur laquelle il s'appuya pour se redresser.
Impossible de la ranger dans son fourreau, le mouvement ample lui était trop douloureux.
Il chercha la lame courte des yeux sans la trouver dans l'obscurité.
Elle portait ses armes, panthère couronnée, gravées sur la garde, la laisser ici témoignerait de son passage, ce n'était pas une bonne chose.
Un juron lui échappa, il ne la retrouverait pas et bientôt il aurait perdu trop de sang, il risquait de tomber en faiblesse.
Se résignant à l'abandonner, il se redressa tout à fait.
Il fallait quitter les lieux.
Respirer lentement, presser sur la blessure d'une main et se tenir le plus droit possible en passant devant les prostituées et les mendiants à l'affût.
Ayant été repoussés sans ménagement à l'aller, ils ne vinrent pas l'assaillir au retour et il put gagner ainsi une plus large voie.
Il fallait trouver une barque, se faire ramener au palais et..
Non !
Pas au palais, il faudrait expliquer ne serait-ce qu'un minimum la provenance d'une telle blessure, compromettre sa quête.
Il s'appuya à nouveau contre un muret, courbé et haletant.
Le nom lui vint à l'esprit comme une évidence.

Il tomba plus qu'il ne descendit dans la barque, repoussant la main tendue de son propriétaire qui haussa les épaules et cracha dans l'eau, il en avait vu d'autres.
Une pièce d'argent apparut dans la paume gantée de cuir et murmurant le nom de la Calle, il en promit une seconde d'une voix rendue sourde par la douleur
.

[Calle Galante - Ponton de la Courtisane]
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Demetrio Catanei
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MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Lun 23 Avr - 0:59

[Le Marché du Rialto]

Père avait décrété qu’il était indigne de venir en aide aux miséreux et c’était donc avec une pointe de culpabilité et un soupçon de satisfaction que Demetrio contrevenait à la volonté patriarcale. Ces petits gestes en apparence anodins étaient tous des pas en direction d’une émancipation aussi douloureuse qu’essentielle. Il ne reprochait rien à Mère ou Père qui n’avaient agi que « pour son bien ». Même si leurs meilleures intentions ne s’étaient pas avérées les meilleurs choix pour leur enfant, c’était plutôt lui-même qui était à blâmer de ne pas avoir cherché à se dépêtrer de la stricte éducation parentale plus tôt.

La démarche pour ce faire n’était pas aisé, il l’avait découvert à ses dépends au cours des années précédentes. Pour avoir connu les affres de l’excès, il préférait désormais agir à sa mesure, soit avec une lenteur qui lui paraissait plus sage que la frénésie de l’outrance qu’il avait connu à Milan. Il recevait donc, chaque mois, la généreuse rente que lui accordait Père, sans qui il serait indubitablement réduit au statut de musicien sans-le-sou. Le succès dans son domaine n’était pas toujours, voire que rarement une question de talent et les prestations dans les salons dépendaient souvent selon des relations de l’un ou des charmes de l’autre. Il était d’ailleurs évident que le violoniste ne se serait jamais vu offrir une chaise dans l’orchestre de la ville, s’il n’avait été de l’influence de Père. Bon nombre de ses collègues comparaient leur vocation à celle de ces mignons qu’on rencontrait dans les cafés et ce, avec autant d’amertume que de vérité.

Pour ceux à qui la Fortune souriait, la situation était somme toute supportable. Ce n’était malheureusement pas le cas pour tous, dont le vieux Tessarini, qui habitait maintenant le Quartier de la Bouche d’Ombre. Si, officiellement, l’homme avait perdu l’usage de ses doigts dans un regrettable accident, tous savaient qu’il en était autrement et que des créanciers impatients avaient voulu lui extorquer un argent qu’il ne possédait pas. Sa carrière ruinée, renvoyé de la maison où il logeait et criblé de dettes, Demetrio avait retrouvé ce musicien qu’il estimait tant lorsque celui-ci lui avait quémandé quelques pièces au détour d’une ruelle.

Depuis bientôt trois ans, il rendait régulièrement visite à son ancien maître pour lui tenir compagnie comme pour lui offrir quelque subside, prélevée à même la pension que lui pourvoyait Père. Qu’aurait pensé ce dernier en apprenant qu’une partie infime de son immense fortune était versée entre les mains d’un nécessiteux? Sans doute bien du mépris…

Pressant le pas au passage d’ivrognes braillards et filles de joie tapageuses, il chercha des yeux la pauvre masure qui abritait Tessarini. Quelle idée que d’oublier là-bas la moitié des partitions qu’il lui faudrait pour le concert du lendemain! Un bruit attira son attention et il se retourna pour en déterminer la provenance. Dans ce quartier, même en plein après-midi, tout paraissait sordide, du visage hagard d'un enfant à la devanture d'une taverne mal famée. S'engonçant plus profondément dans son manteau, il attendit un instant avant de s'éloigner, son andante intérieur s'atténuant pour laisser place à un silence tendu.
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Tiberio Adorasti
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MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Jeu 26 Avr - 23:37

Ha? Ha? Ha oui... Pas mal celle là, hé hé hé hé! Oh! Oh... Ola... Mieux celle là... Ah ouais. Pas mal mieux même. Hé hé hé hu hu hu...
Elle était même mieux que ça. Comment avait elle pu se débrouiller pour finir putain au fin fond d'un coupe gorge comme celui ci? Elle avait des atouts suffisamment prononcés pour être maitresse de tel ou tel noble. Comment avait elle fait? Elle devait surement être idiote. Peut être tellement qu'elle ne se rendait pas compte de la qualité de son physique? Ou alors était elle l'une de ses femmes qui se laissent si facilement rabaisser. Qu'on peut finir par convaincre de tout et n'importe quoi. A qui on pourrait faire croire qu'elles n'ont pas de jambes alors qu'elles se tiennent debout. Peut être. Cela pourrait être amusant. Les idiots de ce genre.. sont amusants. On les façonne pour toutes sortes de jeux. Et c'est là leur avantage. Ils offrent un plaisir infini, puisqu'on décide de leur personnalité. Ils sont "renouvelables", en fait.
Enfin, au final, Tiberio commença à se dire qu'il se mettait à vraiment en croiser de partout. Des idiots. Partout. Maaaaais alors, mais des idioooots en plus. Mais oh la la. Pas des demis. C'en était même blessant. Physiquement. Yavait de quoi se prendre un mal de tête avec des choses pareilles. De telles stupidités. Par exemple, cette femme, pour y revenir, elle devait forcément le vouloir pour être restée ainsi cloitrée dans sa situation terrible. Affligeant.
C'aurait pu être triste si ce n'avait été pitoyable.

Et puis, franchement, on était en droit de penser que... Ah?
Non. Celle la n'était décidemment pas réussie. Mal finie. On sentait que le travail n'avait été fait qu'à moitié.


"Hé. Ho. Hein? C'est bon. Tu peux aussi tourner ta tête, ça va aller."
Foutue catin. Même pas capable d'être belle, et elle se permettait de dévisager un noble avec tant d'insistance? Ou avaient donc pu passer les bonnes manières? Décidemment, on vivait là une époque troublée, où toutes les valeurs saines et vitales commençaient à foutre le camp. C'était d'ailleurs terrible, un problème de société global et honteux, qui allait finir par renverser le monde sur ses bases, Tiberio en était sur. Le manque de respect dont pouvaient faire preuve les pauvres... Incroyable. 50 ans auparavant, personne ne se serait permis quelque chose dans ce gout là. A l'époque, le respect, ils savaient ce que c'était. C'était d'ailleurs quand même mieux. Parce que maintenant, ça devenait n'importe quoi.
Ces abrutis finiraient peut être même par vouloir prendre le pouvoir, et s'organiser entre eux, sans rois et sans nobles. Ha ha ha ha ha. Ha elle était bonne celle là aussi. Enfin. C'aurait été quand même bien plus drole si certains excentriques ne prenaient cette idée au sérieux.
Vraiment, les manières et les valeurs, tout ça, oui, commençait à disparaitre.

Et VLAN!
Qu'est ce que je disais?! Vous l'aviez vu, cet ahuri de 5 mètres de haut? Non? Et bien Tiberio non plus. Et maintenant, il lui était rentré dedans. Les manières, par tous les saints, les manières! Vous voyez bien qu'elles ont foutu le camp! Que je mentais pas! La preuve! Là, juste là!

"Seigneur Dieu, vous pouvez pas regarder devant vous, imbécile heureux?"
Imbécile heureux? Hum... A y repenser, l'expression était particuliérement bien choisie. Regard fuyant, peu d'aisance à se mouvoir, timidité si visible que ça en devenait crispant, bras de... de macaque... Brrrr...
Mais en même temps, l'impression de l'avoir déjà croisé, ledit imbécile heureux. Plissant les yeux, levant la tête, défigurant son interlocuteur sans cérémonie aucune, se mettant même à claquer des doigts pour s'aider dans sa concentration, Tiberio réflechissait. Au fin fond de sa mémoire, il lui semblait revoir à peu près le même visage. Plus jeune. Cela devait remonter à vieux. Oui, plutot vieux. Quelque chose avant son exil.

"Attendez... Attendez donc, vous..."
Lacha le bon Tibère, continuant à claquer des doigts.
"Votre visage... Attendez. Je vais me souvenir..."
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Demetrio Catanei
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MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Ven 27 Avr - 1:01

Pour une seconde fois en une même journée, le scénario du Rialto se répétait. À la différence que les acteurs avaient changé et que la collision s’était produite, non point avec une jeune femme mais bien un homme ; que le décor vivant et animé du marché avait été troqué pour les ruelles insalubres de la Bouche d’Ombre ; que la trame-sonore en était à un adagio bien douloureux plutôt qu’un vivace enlevant, tant et si bien qu’au final, il n’y avait que l’impact de deux corps étrangers pour relier ces deux évènements sans aucun lien tangible.

De nouveau, Demetrio dut baisser les yeux pour être confronté à un visage scrutateur. C’est ainsi qu’advint une chose tout à fait inattendue.

L’étrangeté se présentait sous plusieurs formes, chacune d’entre elle parfaitement unique et distincte l’une de l’autre, mais au bout du compte, les étrangers, les impies, les libres-penseurs, les lunatiques, les extravagants, les promeneurs, les saints, les gens heureux et ceux qu’on appelait artistes se retrouvaient tous dans la grande famille des marginaux. Et pour cela, pour ce sentiment d’appartenance risible envers tous les indésirables, les parias et les exclus de ce monde, Demetrio sourit.

Parce que l’homme devant lui était l’un de ses frères éloignés, membre de la parenté universelle des bizarres. Non seulement ce fait était-il visible à l’œil nu, mais de surcroît était-il confirmé par cette intime conviction d’avoir déjà rencontré cet homme. Comme de fait, son interlocuteur le rejoignait dans la pensée qu’ils n’étaient pas inconnus l’un à l’autre, marquant le tempo de ses réflexions par des claquements de doigts auxquels se rallia le violoniste avec enthousiasme :


« Je vous connais. »

Clac.


« D’il y a très longtemps. »

Clac.


« Mais je vous connais. »

Clac.


« Vous étiez à Florence. »

Clac.

« Non? »

Clac.

« Avec le Prince Andrea. »

Clac.


« Oh, mais je m’excuse. Quel idiot. Je ne me suis pas présenté. Ou bien re-présenté, parce que, comme vous le savez, nous nous connaissons. »

Clac. Clac. Clac. Clac. Clac.

« Mon nom est Demetrio Catanei. Violoniste. Je… J’ai joué à la Ca’Adorasti. Il y a très longtemps. Au moins dix ans. »

Il s’interrompit un instant pour reprendre son souffle et laisser affluer ses souvenirs.

« Et vous êtes… »

L’odeur persistante du talc, conjuguée à celle du cuir, du musc et autre chose qu’il est incapable d’identifier, une main lourde qui se pose contre son épaule et alors il relève la tête, mais rive bien vite son regard gris dans la direction qu’on lui indique, et il peut deviner, deviner ce sourire dans cette voix et il frissonne imperceptiblement et se compte chanceux, si chanceux d’avoir droit à une confidence et hoche vivement la tête pour acquiescer aux propos qu’on lui glisse à l’oreille et se promet de s’en souvenir toujours, toujours pour ne jamais, jamais décevoir Père.

« Tiberio… »

‘Parasite’.


« Adorasti, » conclut-il avec le soupir satisfait de l’élève ayant récité sa leçon à la perfection devant un maître exigeant.
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Tiberio Adorasti
Cousin du Prince - Ca'Adorasti
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MessageSujet: Re: Ruelle de l'Ancienne Tuilerie   Ven 27 Avr - 1:58

Tiberio serra les dents, et se crispa légérement. C'était... désagréable... d'être ainsi singé. Et c'était aussi terriblement désagréable d'avoir en face de soi un homme en train de claquer des doigts. C'était, finalement, profondément impoli. Et dérangeant.
Mais, pour des raisons de logique, Tiberio allait faire l'effort de ne pas le noter à voix haute. Oui, il venait de le faire, claquer des doigts, ce qui l'empéchait présentement de se montrer désobligeant envers son interlocuteur sans condamner son propre comportement. Douleur, douleur, ô Douleur cruelle. Si dur, si dur de devoir ainsi se retenir.

Tellement dur d'ailleurs, que Tiberio réussit pas à le faire. Il eut un geste bref de la main, invitant son interlocuteur à arrêter ça.

"Ha... Arrêtez ça..."
Non mais oh. C'était vrai, à la fin. C'était véritablement insupportable.
Demetrio, Demetrio Catanei? Le nom sonnait connu à son oreille. Il sentait qu'il l'avait connu. Ou peut être pas tant que ça. Mais qu'il y avait quelque chose. Qu'il y avait eu une histoire avec ce bonhomme là. Mais la mémoire, on sait ce que c'est. Une fois ça marche, une fois ça marche pas, c'est comme ça. Et en l'occurence, ça marchait pas. Tout cela baignait un peu dans le flou, même si Tibère avait ce souvenir sur le bout de la cervelle, et qu'il savait que, très bientot, il réussirait à remettre la main sur cette affaire.


"Tiberio Adorasti, oui c'est moi."
Pendant une seconde, il pensa à ajouter "pour vous servir". Bon Dieu, qu'est ce qui lui avait pris? C'était absolument ridicule. Heureusement, il ne l'avait pas dit.
C'était tout de même inquiétant, et signe d'un certain relachement. Il lui faudrait se raffermir, sans quoi il finirait comme l'une de ces loques mielleuses et hypocrites qu'on appelle "aimables".

"Et vous, Demetrio Catanei vous dites? Violoniste, hein? Et vous avez joué chez nous? Sans doute, peut être oui.."
Le cousin du prince passa une main sur son menton, qu'il frotta doucement, tandis qu'il tentait desespérement de fouiller au fond de ses méninges pour retrouver pourquoi ce musicien était plus important que la ribambelle d'autres qu'il avait vu défiler.
Et pendant ce temps, autour d'eux, tout un tas d'ivrognes et de malfrats défilaient. Certes, on voyait aussi passer un bourgeois ou deux de temps en temps, mais, étant donné que ces derniers n'avaient rien d'inquiétant, Tibère préféra porter son attention sur les premiers. Qui, oui, décidemment, se faisaient trop nombreux.
Il pouvait presque entendre ces assassins aiguiser leurs couteaux. Quelle idée aussi, que de venir dans un tel quartier, seul, et avec un tel accoutrement. Tiberio allait mourir, poignardé, éventré, égorgé ou coupé en deux, et c'était sa faute. Il n'avait pas réfléchi en venant ici. Il aurait du. Cela avait sonné son glas. Il pouvait déjà presque sentir le souffle de la Mort sur sa nuque, et en avait la chair de poule. Il devait partir d'ici. Oh Seigneur Dieu, et bien vite.


"Et... Hum... Hein? Vous allez par... Par où?
Dites moi, Monsieur Catanei, vous jouez toujours? Toujours pour nous j'entend? A la Ca'Adorasti?"
Allé, allé bon sang, réponds oui! Réponds oui bon sang!
S'il le faisait, Tiberio était sauvé. Il pourrait lui dire "Et bien c'est très bien! Venez donc jouer un morceau, je viens d'arriver, et le voyage a été long, voilà longtemps que je n'ai pas entendu un bon musicien". Ou toute autre phrase pseudo-flatteuse du même genre, qui forcerait son interlocuteur non seulement à l'accompagner, mais en plus, à le ramener exactement devant la Ca'Adorasti.
Ca'Adorasti que Tiberio ne quitterait plus de sitot, il en était sur. Il regrettait cette promenade. Les gouttes de sueur qui commençaient à perler sur son front, humidifier les paumes de ses mains et couler le long de son échine le prouvaient.
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