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 Embarcadère

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Tannucci
Invité



MessageSujet: Re: Embarcadère   Jeu 19 Jan - 16:55

Tannuccia ne put s'empêcher de rire aux paroles du frivole Matteo.Non pas qu'elle n'aime pas être flattée, bien au contraire, mais sa façon à lui de flagorner était si...cocasse. Il fallait qu'il rayonne au travers des compliments lancés aux autres. Tannuccia aurait presque été prête à parier que Matteo était brun au départ mais que le fait de complimenter les gens l'avait décoloré afin de lui donner cette couleur blonde lumineuse comme le soleil.

Elle écouta l'intégralité de ses paroles. Ô combien il était charmant, il les aurait informé de la réception. Il avait été au courant avant elle ? Cela lui déplaisait malgré tout. Preuve qu'elle était loin de s'être intégrée à Venise. Ce soir serait le moment parfait pour tisser des liens...intéressants.


-"Allons, allons Matteo. Nous nous connaissons désormais, vous n'avez plus besoin de me flatter de la sorte pour que je vous adresse la parole. Vous êtes si charmant que je pense, qu'il n'est nul besoin que je sois là pour que le Caffé Florian ne soit illuminé. D'autre part les personnalités qui s'y trouvaient ne devaient pas être de piètres compagnies. J'ai même cru entr'aperçevoir une lueur de convoitise dans vos prunelles bleues outremer."

La main de la Princesse vint se déposer sur la joue du jeune homme et ses yeux plongèrent dans ceux du jeune homme. Elle lui adressa un sourire enjoleur en respirant son odeur virile et douce.

-"Comme celle-ci... Vous sentez bon Monsieur."

Elle s'éloigna de lui et réfléchit quelques instants avant de se retourner et de lui faire face en souriant.

-"Je ne peux malheureusement pas faire mieux quant à ma beauté." répondit-elle presque timidement avec modestie. " Et en ce qui concerne le Prince je ne l'ai pas vu depuis ce matin. Je fus informée de la réception par le biais d'une soubrette. Pardonnez moi."

Tannuccia chercha du regard Isabella puis elle se rappela que cette dernière était partie aux cuisines lui chercher un infusion. Elle ne l'avait pas salué, quel manque de politesse; Matteo qui lui faisait la cour quelques moments auparavant semblait l'avoir totalement ignorée et oubliée. Juan l'aurait appelé Don Juan comme dans son pays. La Princesse se jura de se montrer plus agréable avec cette petite servante désormais. Cela pouvait toujours servir.
Tannuccia aperçut une silhouette inconnue qui approchait. Elle scruta un instant l'obscurité afin de discerner le visage du jeune homme puis abandonna et regarda Matteo en lui souriant moqueusement.


-" Qu'attendez-vous pour aller vous préparer et raconter votre journée au Prince Monsieur Salvanti ?"
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Matteo Salvanti
Homme de Main - Ca'Grazziano
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Statut : Assassiné le 5 février 1744 en soirée au Jardin du Castello.
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MessageSujet: Re: Embarcadère   Lun 23 Jan - 3:58

Jamais à court de bons mots, Matteo s’empressa de répliquer à son exquise interlocutrice qui lui assurait qu’il n’avait nul besoin de la louer pour attirer son attention.

« Princesse, plus j’apprends à faire votre délicieuse connaissance, plus je me vois dans l’obligation de vous complimenter sur votre esprit et votre grâce. Car, voyez-vous, vous êtes de ces femmes qui, loin d’épuiser tout leur charme aux premières rencontres, sont source d’émerveillement inépuisable. Jamais ne pourrai-je cesser de vous flatter, car jamais votre beauté ne cessera-t-elle de m’éblouir… ce qui ne vous rend que d’autant plus désirable, bien évidemment, chère, ô chère Princesse. »

Il termina sa tirade par une révérence galante. Flatter lui était facile, surtout lorsqu’il s’agissait d’une créature telle que Tannuccia qu’il pouvait couvrir d’éloges en toute sincérité. La main de la jeune femme contre sa joue ainsi que le commentaire qu’elle porta le fit sourire. Tout comme il se plaisait à souligner les charmes d’un autre, il appréciait qu’on reconnaisse également le sien, dont il était parfaitement conscient.

« Je n’attendais à ce que vous me chassiez, Princesse, car je n’arriverais à me soustraire de votre envoûtante présence que par la force. »

Une dernière courbette, puis le blond se dirigeait vers le grand hall. La porte s’ouvrit alors pour révéler… son damoiseau défaillant du Caffé Florian. Écarquillant les yeux, Matteo bloqua instinctivement le passage à sa trouvaille inusitée pour s’exclamer :

« Mais qui voilà! N’est-ce point mon patient du Caffé Florian? »

Le hasard faisait décidément bien les choses! Que de rencontres enrichissantes avait-il pu faire en cette seule journée : le Prince Elio, Monsieur degli Albizzi, la Princesse Tannuccia, Maître Barrozi, la sublime Graziella Rivieri… et maintenant, cet Ange qui lui était tombé dans les bras, quelques heures plus tôt!

« Comment vous portez-vous, jeune homme? Ne craignez-vous pas de prendre froid à sortir ainsi peu couvert? Allons, rentrez, immédiatement, je ne tolérerai pas de vous voir souffrant de nouveau... »

Se rappelant soudainement qu’il devait se rendre auprès du signor degli Albizzi, puis du Prince de tout urgence, l’homme de main dut trancher entre ses devoirs et ses plaisirs. Avec un léger soupir, il dut se résoudre à laisser filer son cher petit malade.

« Pardonnez-moi, mais il me faut déjà vous quitter, annonça-t-il avec regret. mais jamais deux sans trois, n'est-ce pas? Le Seigneur - qu'Il soit loué - a bien voulu croiser nos routes par deux fois. Un troisième rendez-vous est donc de mise! »

Sur ces paroles teintées d'optimisme, il s'en fut dans l'intention de retrouver Iago degli Albizzi.

[Chambre de Iago]

(le tour de post pour ce sujet est : Isabella, Orfeo, Tannuccia )
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Isabella
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MessageSujet: Re: Embarcadère   Ven 27 Jan - 11:45

La tasse brûlante entre les mains, Isabella parcourrait les couloirs du plus vite qu'elle le pouvait, tâchant de ne pas laisser refroidir le précieux breuvage commandé par Tannucia.
Ses doigts gourds et rougis par le froid se réchauffaient au contact de la porcelaine et ne tardèrent pas à la piccoter, jusqu'à ce que la sensation de châleur devienne insupportable.
L'emarcadère était en vue, il n'était plus temps de flancher et la servant pria pour que la princesse ne la fasse pas trop patienter avant de prendre sa tisane.
Voilà qu'elle frahcnissait les portes. Tannucia l'attendait, Matteo était parti courtiser sur d'autres rivages, et un homme qu'elle n'avait pas encore rencontré venait apparament d'arriver.

Isabella quitta sa démarche précipitée pour prendre un pas mesuré de circonstance, baissant les yeux comme son rang le lui commandait.

Prenant garde à ne pas renverser une goûte de la tisanne fumante, Isabella salua respectueusement les deux personnes et dit d'une petite voix :


"Pardon de vous déranger monsieur, Ma Dame, voici la tisanne que vous m'avez demandée."

Elle releva les yeux vers Tannucia qui était décidément d'une éclatante beauté et tendit la tasse. Le froid avait fait son office et la brûlure lui semblait moins cuisante. Ou bien étaient-ce ses doigts qui commençaient à perdre de leur sensibilité? Peu importe. L'homme qui se trouvait près de Tannucia devait lui aussi être une personne importante, quoi que son acoutrement lui paraissait plus extravagant que riche. Tous les grands de cette ville avaient-ils tous été à ce point bénis des dieux pour montrer une si grande beauté? Isabella se rappela la bedaine disgracieuse et le visage marqué des rides de la cupidité de son précédent maître et chassa avec dégoût la sensation encore vivace de sa main posée sur sa cuisse à l'époque où il la convoitait, jusqu'à ce qu'elle décide de quitter son service.
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Orfeo Ciriaco
Saltimbanque
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MessageSujet: Re: Embarcadère   Dim 29 Jan - 1:23

Alors qu'il s'avançait et que la lourde porte commençait de se refermer derrière lui, un homme s'approcha qu'il ne reconnut pas et il resta interloqué en entendant ses paroles.
Son patient ?
Il se souvenait du visage du médecin à qui il avait subtilisé sa montre et le petit carton qui l'avait amené devant la Ca'Adorasti, et il était tout à fait différent de celui qu'il avait en face de lui.
Il allait faire part de son étonnement quand le gentilhomme, aprés une pirouette verbale, poussa la porte avant qu'elle ne soit tout à fait refermée et disparut de sa vue.

Il allait essayer de s'eclipser sans être vu de la dame qui se tenait là quand une servante surgit derriere lui, et le salua.
Décidement, le personnel de ce palais était particulièrement distrayant. Outre l'intendante, qui l'avait soupçonné d'il ne savait trop quoi et avait s'était montrée fort curieuse, voici à présent que cette servante lui montrait un respect inhabituel alors que dans toute autre maison il eut été chassé comme un vaurien sitôt sa mission menée à bien.

Le service aussi semblait laisser à désirer. Même la plus ignorante des filles d'auberge n'aurait pas tenu une tasse ainsi au risque de se brûler, ce qui le fit sourire de toutes ses dents avant de filer sans un mot, son incursion dans le monde d'en haut serait bientôt terminée et il n'en était pas vraiment mécontent
.

[Ca'Adorasti]
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Tannucci
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MessageSujet: Re: Embarcadère   Dim 12 Fév - 14:24

Comme tous les passants, qui passent, qu'on regarde et qui finissent par s'éclipser et de notre vue, et de notre mémoire, le petit pantin fantasque et volubile qui venait de sortir de la demeure, passa, et disparut. Il n'avait pas, de son souffle brûlant, fait danser les flocons en adressant à la Princesse ne serait-ce qu'une salutation, et elle n'avait pas tenté de l'arrêter ou de le réprimander pour n'avoir pas salué une personne de sa qualité.
Cela n'avait au fond que peu d'importance car Tannuccia n'avait, au fond, mais alors très au fond, que peu d'importance. Une Princesse romaine dans Venise, le comble de l'inutilité. Ce n'était pas drôle, vraiment pas drôle, et pourtant cela fit rire la Princesse. Qu'il était drôle de se sentir inutile et seule, c'était si exaltant mais ça, personne ne pouvait s'en douter, il n'y avait guère qu'elle pour avoir remarqué cela.

Tannuccia frotta vigoureusement ses mains l'une contre l'autre, fit claquer ses doigts rouges et engourdis avant de se souvenir qu'une paire de gants fourrés n'attendait que ses mains divines. Elle la sortit et l'enfila sentant avec délice la chaleur embraser ses doigts. Ce n'était malheureusement qu'un maigre réconfort.

Elle avait passé une journée morne et d'une platitude à en faire pâlir les planches à pain, si tant est que les planches à pain eûssent pu pâlir. Les quelques rencontres n'avaient réussi qu'à combler à la manière de blancs battus en neige ou tout simplement de neige, le vide de son existence. Ces gens qui virevoltaient, puis qui disparaissaient, ces petites marionnettes, dont les fils s'entrelacaient habilement pour, habilement se défaire à une vitesse absurde. Ce dont avait besoin la Princesse, ce fut de quelque chose de concret, un bloc de glace pour combler ce gouffre glacé, quelque chose de solide, de dur, de compact. Jamais elle ne l'avouerait, jamais elle ne voudrait se l'avouer, ce fut faire preuve de faiblesse. Faire preuve d'humanité aussi...

Elle éclata de rire, chassant une goutte d'eau égarée sur sa joue, la vilaine. Dieu qu'elle était misérable et faible, Dieu qu'elle était jeune aussi. Elle aurait dû être mariée à cet âge-là mais non, elle était seule, seule et odieuse. Elle gloussa encore une fois, en fait ça l'amusait plus qu'autre chose. C'était risible.

Avec soulagement Tannuccia vit arriver la petite servant, sa silhouette sombre se découpant sur la neige comme une tâche sur un blanc manteau d'hermine. Tannuccia s'avança à sa rencontre afin de prendre la tasse. Sa main eut un geste de recul. Elle regarda la tasse, puis la servante pour revenir sur la tasse. Seule aussi, nue, abandonnée. Comme pour lui rappeler ce qu'elle était.


-" Hum...C'est...très inconvenant."

Le ton glacé et le calme de la Princesse n'auguraient rien de bon. Elle laissa un lourd silence s'installer, affichant un petite sourire doucereux.

Et sans prévenir, donna un grand coup à la tasse, qui valsa un instant dans les airs avec quelques flocons, figeant le temps sur trois avant de retomber sur le sol avec éclat, déversant le liquide brûlant comme le ferait un volcan. Un grande flaque s'étendit sur le sol.Puis brisant le silence comme la faïence fracturée sur le sol, la voix de Tannuccia d'abord calme et douce, puis tranchante, presque sauvage résonna :


-"Savez-vous Mademoiselle où vous avez failli ?"

Elle marqua un temps, lourd. La petite servante n'avait pas la parole, Tannuccia lui faisait comprendre que tout ce qu'elle pourrait dire serait retenu contre elle.

-" Il est impensable qu'Ugo ait choisi pour soubrette, une fille qui commet une faute pareille. Désirez-vous que par votre faute, nous nous brûliions les doigts ? JE me brûle les doigts ? Vous, passe encore, enfin vous auriez pu l'éviter. Ne pensez pas que je me soucie de vous, à vrai dire je m'en fiche, ce que j'ai dit était là simplement pour vous prouver MON bon sens et VOTRE bétise.

Cette tasse est brisée, c'était inévitable. Inéluctable. Bien qu'ayant des gants, surprise par la chaleur de cette dernière, je l'aurais lâchée et elle serait allée s'écraser par terre, comme il y a quelque minutes, lorsque vous l'avez... laissée tomber. Vous voyez bien qu'elle était trop chaude. Elle était hideuse je l'admets enfin, ce n'est pas une raison. À moins que votre but ne soit de toutes les casser en commettant chaque fois une erreur de cette envergure ? Risquant ainsi votre place."

Tannuccia tourna le dos à la servante, à vrai dire elle n'était pas vraiment en colère, elle avait juste besoin de quelque motif afin de cracher son venin. Elle fit volte-face prestement et s'avança vers la servante, plongeant ses yeux dans les siens et attranpant son menton sans douceur.

-" Ou bien vous vouliez que JE me brûle. Punition peut-être ? La soubrette justicière ?

Quoiqu'il en soit... J'ai le choix. Je pourrais aller raconter cet incident au Prince, qui, bon comme il est vous pardonnera, bien que je ne doute pas que vous serez blâmée tout de même. Ou bien je me tais et à ce moment-là, vous me devez quelque chose... Ne mez regardez pas comme ça enfin ! Notre monde est régi de la sorte, je n'en suis qu'un des pantins conditionnés. Enfin ceci c'est un autre sujet et si vous voulez que l'on en parle, vous n'aurez qu'à me rendre visite dans ma suite."

Tannuccia lâcha le menton d'Isabella et recula puis la toisant en souriant elle ajouta avec légèreté :

-"Que voulez-vous faire ?"
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Isabella
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MessageSujet: Re: Embarcadère   Sam 18 Fév - 16:56

Isabella avait compris au moment même où l'homme étrangement vêtu lui avait lancé ce sourire méprisant. Elle avait trouvé cela étrange, en aurait même été choquée, l'espace d'une seconde, et puis, tout naturellement, son cerveau s'était mis en branle pour la remettre en question. Que lui vallait ce regard là?
La tasse bien sûr! La porcelaine avait refroidi rapidement une fois au contact de l'air glacé du dehors, mais elle était encore trs chaude, et Isabella réalisa qu'elle se serait évité bien de la peine en la posant sur un plateau. Pourquoi ne l'avait-elle pas fait d'ailleurs? En tout autre circonstance elle n'aurait jamais présenté un breuvage à une personne de haut rang sans la poser sur un plateau, cela faisait partie du protocole le plus élémentaire... Mais elle avait été si pressée de s'acquiter se tâche, et puis toutes ces pensées déclenchées par l'attitude d'Ugo...


*Oh mon Dieu!*

Le regard que lui jeta Tannucia, sa voix tranchante comme un couperet, coupèrent court à ses réflexions et isabella ouvrit de grands yeux, se gardant de parler, de bouger, et même de respirer.
Elle subissait là un juste couroux, elle le savait, elle était en faute, elle n'avait rien à dire pour se défendre.
Elle observa l'attitude que toute servante sensée se devait d'adopter pendant une réprimande, le visage et les yeux légèrement baissé, la posture humble, les épaules un peu voûtées. Elle l'écouta déblatérer tout un tas de suggestions et de récriminations, d'un oreille un peu distraite cependant. Toujours cette façon tellement égocentrique qu'avaient les nobles de penser que toute erreur était forcément tournée contre leur personne. Ces gens là pensaient que le monde tournait autour de leur nombril. Ils n'avaient pas tort. Dans ces vastes demeures, dans les palais de Venise, tout un tas de gens, de la plus humble soubrette au plus mielleux des courtisans, n'oeuvraient que pour le bien être des nobles comme Tannucia.
Dans ces circonstances, présenter à la princesse une tasse brûlante portée à mains nues était véritablement un crime.
Le ton de la voix de Tannucia semblait décroître, tant en volume qu'en précipitation. Isabella tendit l'oreille et releva légèrement le visage pour écouter la fin de sa diatribe.
Elle resta silencieuse encore quelques secondes, lui laissant le temps de réenfler sa colère si nécessaire, mais il semblait que Tannucia ait fini.

Isabella s'inclina, la mine contrite, sa frèle silhouette agitée d'un léger tremblement, et s'excusa de façon sincère, bien que ses mots et sa posture respectent un protocole de soumission vieux comme le monde.


"Je suis absolument navrée, Ma Dame, j'aurais dû vous apporter votre tisanne sur un plateau, vous auriez pu vous brûler ! Je n'ai pas réfléchi ! Je suis une idiote ! Pardonnez-moi..."

Il était difficile à concevoir pour le commun des mortels qui vivaient dans un confort respectable qu'on puisse ainsi se rabaisser en toute sincérité. Cela justifiait le mépris que l'on vouait le plus souvent aux serviteurs. Des êtres humains ne se trainaient pas plus bas que terre sans protester. S'ils le faisaient, alors ils méritaient qu'on les traitent en esclaves.
Pour les personnes comme Isabella, cela faisait partie d'une éducation enseignée depuis le berceau. Cela ne voulait pas dire qu'elle ne possédait pas d'amour propre. Simplement qu'entre la soubrette et la jeune femme qu'elle était, il y avait un monde... et des secrets très bien cachés.

Elle répondit à la dernière question de Tannucia, les yeux brillants de honte et de peine :


"Je vous en prie, ne dites rien au Prince, Ma Dame... Le châtiment que vous m'infligerez sera juste et mérité, et je suis prête à le recevoir..."

Elle s'inclina alors un peu plus et attendit le verdict de la princesse.
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Tannucci
Invité



MessageSujet: Re: Embarcadère   Dim 19 Mar - 21:28

Tout en la petite servante semblait s’affaisser comme écrasé par le poids de trop de reproches, de trop de choses. Les épaules se voûtaient, les yeux perdaient de leur éclat, le regard descendait caresser le sol, c’était… pitoyable. Pourtant cette posture de soumission était jouissive pour Tannuccia. Ce n’était certes qu’une minuscule victoire ainsi qu’un piètre adversaire mais ce n’était que le départ.

Tel un oiseau de proie, Tannuccia tournait autour d’Isabella, lentement, l’observant, la reluquant. Elle avait raison, l’autre le reconnaissait, elle n’était qu’une soubrette, elle ne pouvait répliquer, et, pour ne pas perdre sa place, elle serait prête à tout. N’est-ce pas ?
Elle écouta patiemment la petite soubrette s’excuser vainement en se traitant d’idiote. Elle n’aurait pas eu peur de se salir, elle n’aurait pas détesté la violence autant que le pacifisme elle aurait envoyé dansé la jeune fille sur le sol glacé et boueux. Elle soupira et la regarda dédaigneusement. D’un ton glacial, Tannuccia répliqua :


-« Oui vous êtes une idiote. Mais vous êtes une idiote doublée d’une imbécile si, sans même protester, vous avouez devant une personne telle que moi ce que vous êtes. N’avez-vous donc aucun amour propre ? Je vais vous dire, cette attitude est pitoyable, d’une servilité écoeurante. Bien que j’apprécie les gens qui se conduisent comme ça. Après avoir longtemps lutté. Avoir gagné mon respect, mon estime. Il y a bien une chose que je hais en ce monde, une chose à laquelle nous n’avons pas trouvé de mot mais dont les termes qui s’en rapprochent le plus ressemblent à peu près à ça : «le paradoxe» «l'auto dérision involontaire » « l'auto destitution de dignité ». Attention je ne dis pas ne pas aimer les paradoxes mais s’il y a bien des choses que je déteste c’est cette façon qu’ont les gens à accepter bien sagement leur statut, à s’abaisser ainsi perdant ainsi leur dignité d’humain. Je n’aurais ainsi aucune pitié pour vous,bien que pitoyable vous soyez.

Vous ne m’auriez pas supplié avec tant d’assiduité à vous traîner à ms pieds sans aucune considération pour vous j’aurais peut-être pu me montrer plus clémente. Vous m’auriez menacée, vous vous seriez écriée contre mes manières, vous auriez montré que vous aviez du caractère, quelque chose qui déclenche mon admiration à votre égard… Enfin… »

Tannuccia se plongea dans une réflexion qu’elle prolongea de longues minutes, plongeant ainsi la petite soubrette dans une attente qu’elle voulait insoutenable. Parfois, Tannuccia, qui se trouvait de dos, jetait des regards par-dessus son épaule, regardait Isabella des pieds à la tête. Cette servante ne servirait à rien si elle pouvait s’exprimer ainsi. Trop faible, ou fragile, peut-être les deux, sûrement bien trop sensible. Sa timidité et sa discrétion étaient deux atouts précieux, mais elle n’avait pas assez de caractère.

Elle se tourna lentement, marcha vers Isabella, lui saisit délicatement le menton comme elle avait l’habitude de faire, plongea son regard dur dans le sien et déclara d’une voix mielleuse :


« Mon verdict ? Vous n’attendez que ça n’est-ce pas ? Peur que votre maître soit déçu de vous. Peur de perdre votre place. Tout ne dépend que de moi désormais… Vous attendez beaucoup des autres. Beaucoup trop. Vous manquez d’auto gestion Mademoiselle. N’attendez pas que tout vienne des autres. Il me semble vous avoir demandé ce que vous, vous désiriez faire. Je vous ai laissé une alternative. Tâchez de ne point me décevoir. »

Tannuccia sourit, ôta sa main et recula de quelques pas, mit ses mains sur ses hanches et observa Isabella. Maintenant, elle allait pouvoir s’amuser. Enfin, elle espérait.
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Iago degli Albizzi
Gentilhomme - Ca'Grazziano
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MessageSujet: Re: Embarcadère   Lun 20 Mar - 2:15

[le Grand Hall - l'Escalier]

Iago sortit toujours avec beaucoup d'élan du palais sur l'embarcadère. Il avait commenté d'un "Parfait ! Parfait !" la réponse du poète, mais ne s'était pas attardé plus sur la question.
Il était toujours très amusé de voir le jeune homme se raidir dans sa timidité lorsqu'il l'entraînait ainsi.

Arrivé au grand air, il plissa légèrement les yeux pour s'habituer à l'obscurité de la soirée tombante. Sur l'embarcadère, il n'y avait personne. Enfin, la Princesse Tannuccia et une servante. Donc personne.

Iago dépensait très peu de mots sur la personne de la Princesse. Elle faisait partie de ses personnes que la terre serait heureuse de voir disparaître, mais cela était si évident qu'il ne prenait pas la peine de le dire...


"Et bien Princesse, vous ratez votre entrée fulgurante au bras du Prince pour réprimander une petite bonne, vraiment... Vous quittez noblement une bassesse pour en tomber dans une autre..."

Petite parole amicale entre amis... Il avait sauté dans la gondole devant le palais et veillé à ce que Cilio fasse de même. Il allait donner l'ordre de partir lorsqu'il se ravisa et, attrapant la main d'Isabella, il la tira sur le bateau.

"Toi, tu viens avec nous. Ugo est parti en vitesse, il aura peut-être oublié quelque chose, nous aurons besoin d'un intermédiaire... La gondole est pleine, Princesse, prenez la suivante !"

Iago donna le signal de départ et planta sur place la Princesse.
Une autre gondole arrivait peu après, et Iago ne doutait pas que la Princesse risquait de les suivre peu après. C'était ça manière à lui de dire qu'une servante vaut autant qu'une Princesse. Selon une échelle qu'il ne trouvait juste que face à Tannuccia...

Lorsque le moyen de transport eu pris un peu de large, il se tourna vers Isabella et lui dit avec un sourire ironique :


"Je ne sais pas ce que vous avez fait pour la mettre dans cet état, mais je vous en félicite..."

Puis il se détourna et regarda l'eau sous le bateau, semblant se désintéresser complètement des deux autres passagers.

[Embarcadère - Ca Adorasti]
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Isabella
Invité



MessageSujet: Re: Embarcadère   Mer 22 Mar - 20:49

Et les récriminations reprirent, à croire que la princesse avait grand besoin de se défouler ou de passer ses nerfs aujourd'hui, et Isabella était toute désignée pour lui servir de bouc émissaire... Elle encaissa donc les "coups" sans piper. Tannucia avait l'air décidée à la faire sortir de ses gonds, la méprisant de ne pas se défendre et de ne pas avoir de fierté. La petite servante était trop habituée à ce petit jeu pour tomber dans le panneau, elle ne ferait certainement pas le plaisir à Tannucia de rentrer dans son jeu et resta coite, regardant obstinément ses chaussures.
La princesse, non contente de la posséder par son travail et sa soumission, voulait aussi posséder ce qu'elle gardait bien caché au fond d'elle, pour elle et rien que pour elle : ses émotions. Oh oui, elle savait bien que Tannucia jubilerait si elle la voyait tout à coup se mettre en rage, déclarer avec flamme qu'elle ne se laisserait pas traiter comme ça, ou toute autre revendication désuette et dérisoire. Elle saisirait la balle au bond pour retourner tout ce qu'elle dirait contre elle, elle le savait, et intérieurement, elle se félicitait de ne pas lui offrir ce plaisir.
Comme Tannucia attendait une réponse à sa question, ne semblant pas avoir compris ce qu'Isabella avait déjà répondu sur le sujet, elle lui dit simplement, ignorant tout le reste :


"Je vous ai dit que j'aimerais que vous n'en disiez rien au p..."

Elle fut interrompue par l'arrivée d'un homme qui marchait à grande enjambées vers l'embarcadère. Il interpella Tannucia d'une manière si inattendue pour Isabella qu'elle écarquilla les yeux de surprise et resta bouche bée... Elle savait qu'elle aurait dû rester parfaitement neutre en pareille circonstance. Tannucia en serait peut être humilée et chercherait à se venger sur elle, c'était sûr! Tant pis, elle n'avait pu retenir cet air stupéfait qui s'était peint sur son visage et ce léger sourire incrédule.

A peine eut-elle le temps de digérer les paroles qu'elle entendait prononcer par Iago à l'encontre de la princesse qu'il la saisissait au vol pour l'emmener dans la gondole, signifiant au passage à Tannucia qu'il n'y avait pas de place pour elle... Isabella devînt rouge écarlate en entendant cet affront et aurait bien voullu disparaître dans les eaux paisibles qui les emportaient déjà... cela signifiait ni plus ni moins qu'elle venait de prendre la place de Tannucia, du moins dans l'embarcation.
Elle ne put s'empêcher de regarder sa silhouette gracieuse, qui diminuait au fur et à mesure de l'avancée de la gondole, se demandant de quelle manière elle allait payer ça...

Son attention fut détournée par Iago qui la félicitait pour avoir mis en rogne la princesse... Isabella rougit à nouveau violemment et laissa échapper un discret sourire, avant de répondre, un air d'excuse sur le visage :


"J'ai oublié de poser son infusion dans un plateau... elle aurait pu se brûler..."

Elle n'ajouta pas qu'elle même s'était bien abîmé les doigts par la même occasion, mais son regard se porta dessus par réflexes. Ils étaient rouges, un peu tremblants. Elle se sentit bête d'avoir donné cette explication au gentilhomme qui n'avait fait cette remarque que pour exprimer son inimitié à la princesse, les détails aussi insignifiants qu'elle venait de lui donner ne l'intéressaient probablement pas.

[pareil]
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Cilio de
Invité



MessageSujet: Re: Embarcadère   Lun 27 Mar - 23:13

[le Grand Hall - l'Escalier]

Cilio jeta un regard contrit à la princesse lorsque le galant Iago la planta sur place, la condamnant à attendre dans le froid le passage de la prochaine gondole. Il n'aimait pas s'attirer les foudres de la belle Romaine, mais encore moins celles du signor Degli Albizzi. A vrai dire, Cilio n'aimait s'attirer les foudres de personne.

Son attitude rêveuse prit rapidement le dessus sur ces petites contraintes du quotidien, et le jeune poète se laissa bercer par les eaux de Venise, admirant la beauté nocturne de la ville et profitant du calme et du silence qui régnait entre les passagers. Il était des silences pesant; celui-ci était au contraire apaisant.

[Embarcadère - Ca'Adorasti]
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Aria Aqu
Invité



MessageSujet: Re: Embarcadère   Sam 15 Avr - 17:15

[Petit Salon d'Aria]

Elle était à nouveau seule. L'embarcadère était désert, et glacial, mais Aria ne put s'empêcher de lui trouver une certaine beauté.. comme tout ce qui touchait à la Sérénissime. Le valet s'était retiré sur son ordre, après avoir fait quérir un gondolier. La princesse aimait cela, la solitude éphèmère, le silence confus, ces instants infimes ou l'on peut respirer sous le masque, avant de reprendre son rôle. Elle en profitait pour admirer enfin Venise, son regard se posant sur chaque détail que pouvait éclairer la Nocturne.

Bientôt elle poserait enfin le menu pied sur une gondole, se laissant glisser le long des canaux. A ce mot, d'infimes rêves romantiques éclorent derrière ses yeux, bien vite jugulés et enchaînés par des raisonnements pratiques. Il était hors de question de tâcher sa tenue, et encore moins de perdre l'équilibre...
Alors tout en espérant que son pied soit marin, la gondole assez large, les canaux peu remuant, et le gondolier silencieux et respectable, - Il était hors de question qu'il se mette à vocaliser, celui là - Aria remit le fil de ses pensées sur le droit chemin.
Certes, elle était invitée, mais pourquoi dès ce soir ? Et pourquoi diantre les Grazziano et les Adorasti se rencontraient-ils ? Etait-ce une volonté de Bianca ? Une stratégie quelconque du Prince Ennemi ?
Etrange nid de serpents, dans lequel elle allait devoir mettre le pied. Décidemment, ce dernier allait avoir de lourdes responsabilités ce soir. Et il était exclus qu'il lui fasse défaut.

Quoiqu'il en soit, Aria devrait faire preuve de prudence et de tact, ne sachant ni le contexte, ni le pourquoi de son invitation.

Sa plus grande inquiétude concernait avant tout ses cousins. Elle n'avait pas revu Bianca depuis son propre mariage, soit six longues années, et Ugo depuis huit. La vie en elle même pouvait changer tant de choses... Si elle était à peu près certaine de les reconnaitre, elle hésitait savamment sur l'attitude à adopter. L'affection était un registre qu'elle maitrisait fort mal, et ...


"J'vous embringue sur ma périssoire, ma Splendeur ?"

"....."

"Euh.. j'veux dire, Vot' Splendeur.. j'vous d'mande pardon pour l'retard, j'tais chez la grosse Bettina qui m'faisait des égards et..."

"..............."

"Glurps... Vous... vous direz rien au Prince, hein ?.. Vous.. vous savez, quand n'est-y vieux grigou comme moué, marié d'puis tant d'siècles avec une harpie d'matrone, c'est juste que... aheum..et c'est-y ou qu'j'vous dépose, vot' Altesse ?"

"...." Soupir. Faites juste qu'il se taise. Et pouvoir en placer une.

"Au palais Adorasti. Je-vous-prie."

Bien détacher les mots, pour éviter de lui dire autre chose. Regarder le canal pour ne pas sentir son haleine pesante, remplie d'alcools et de débauche. Lui toucher la main. Pire encore, poser la sienne dessus, pour y prendre appui et venir dans la Gondole. Et plus que tout, sourire à l'indélicat, pour éviter de l'étrangler.
La remarquable, et très honorable Princesse, puisa donc plus que largement dans son fonds de compréhension, d'amour de l'humanité et de mansuétude, afin de venir enjamber délicatement le bastinguage. Le regretta juste après quand l'insolent en profita pour la soutenir d'une main rugueuse sur sa hanche, et en vint enfin à se dire que la traversée serait sans doute la plus éprouvante de son existence.
Oh oui, faites juste qu'il se taise.


[Embarcadère - Ca'Adorasti]
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Annavera de Luca
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MessageSujet: Re: Embarcadère   Lun 16 Oct - 12:45

[ Premier Post ]

Doucement, la gondole glissa le long du canal, seulement éclairée par la lune. L’astre luisant se dissimulait de tant à autre derrière de gros nuages sombres, rendant inquiétante l’atmosphère de cette nuit d'encre. Rien ne venait perturber la tranquillité des canaux… où seulement le bruit discret de la perche dans l’eau troublait l’obscurité. L’observateur avisé, pouvait deviner une forme noire assise au milieu de la gondole. L’on aurait pu penser qu’il s’agissait là d’une statue, tant son immobilité était parfaite. Mais un souffle translucide s’échappait de ses lèvres et trahissait la vie qui animait cet étrange personnage. Lentement, la gondole se faufila dans une ouverture encadrée d’arcanes en pierre.

Avec application le gondolier fit accoster la lourde barque près du ponton. Puis il s’empressa de poser pied à terre afin de tendre son bras à la silhouette noire. Une main gantée s’empara de la poigne de l’homme. Prestement, elle descendit de la gondole prenant garde à ne pas trébucher sur le dallage gelé. Un sourire satisfait étira ses traits quand elle observa l’embarcadère.



« Madame en a fini avec moi ? » s’inquiéta soudainement le gondolier. « C’est qu’on m’attend par chez moi. »

« Je crains devoir vous retenir encore un moment. Voyez-vous, aucun domestique n’est là pour m’accueillir. Vous allez devoir vous charger seul de mes affaires. »


Un soupir de mécontentement s’envola. Il fut bien vite remplacé par un air très intéressé quand la dame lui indiqua qu’elle doublait le prix. Largesse qui fut remerciée mille fois par le batelier. Hochant la tête d’un air de suprême indifférence, la jeune femme souleva le large capuchon de sa mante (censer parer la fraîcheur de la nuit hivernale) qui dévoila un chapeau « continental » en forme de triangle, recouvert d’un velours noir auquel une aigrette de la même teinte y était rattachée. Faisant quelques pas, elle observa le batelier manquer de tomber sous le poids d’un grand coffre. Amusée, elle se retourna vers la porte qui menait au Palais. Sortant ses mains gantées d’un petit manchon noir, elle toqua à l’aide du grand heurtoir en cuivre.

Pendant un temps, elle cru que personne n’avait entendu le bruit. Mais bientôt une agitation lui parvint de derrière la porte, ressemblant à une cavalcade. La porte s’ouvrit sur un homme dans la force de l’âge. Le chandelier qu’il tenait à la main dessinait des arabesques fantomatiques sur son visage. La brise cinglante s’engouffra dans l’ouverture et fit vaciller les flammes des bougies.



« Madame ? » demanda-t-il d’une voix grêleuse.

« Annavera de Luca » répliqua-t-elle.

« Madame, le Prince nous avait prévenu de votre venue dans un délai de trois mois. Votre chambre est chauffée. »

« Bien. » s’étonna quand même la dame. « Vous êtes ? »

« L’intendant des Grazziano, Madame. Si Madame veut bien me suivre, les domestiques se chargeront de ses malles. »


Deux jeunes serviteurs embués de sommeil qui se tenaient derrière l’intendant, se précipitèrent vers le gondolier. L’un d’eux failli s’étaler de tout son long sur le parterre givré sous les yeux rieurs et hautains de la visiteuse. Pendant qu’ils se saisissaient de ses affaires, Annavera se rapprocha du gondolier. Desserrant sa bourse en cuir, elle plongea sa main et en retira trois pièces d’argent.


« Merci m’dame ! Souvenez-vous que si vous avez besoin d’un gondolier, allez faire quérir Luigi. Je viendrai ! »


Le regard de l’homme brillait. Il n’oublierai ni la dame, ni sa générosité. Bien qu’il se refusa à l’avouer, elle lui avait fait peur. Terriblement peur. Quand elle l’avait scruté sur l’embarcadère de l’autre côté du Grand Canal, il avait failli refuser. N’apercevant au début que ses yeux à travers le large capuchon, il avait ensuite était subjugué par son charme. La promesse d’une paye sonante et trébuchante avait eu raison de ses récitances. Ce qui ne l’empêcha pas d’avoir peur et frisson glacé, pas uniquement dû à la froideur de la nuit, lui parcourir le dos. Cette femme dégageait quelque chose de dangereux.

Annavera avait compris au premier coup d’œil les inquiétudes de l’homme. Jouant de sa terreur, elle avait ainsi pu passer la traversée du canal au calme, à seulement écouter le clapotis de l’eau. Droite et immobile, elle avait prit un malin plaisir à rendre le gondolier encore plus gêné qu’il ne l’était…


D’un geste, Annavera montra qu’elle avait comprit et le congédia. Quand la barque commença à s’éloigner de l’embarcadère, elle se retourna vers l’intendant. Les deux jeunes valets avaient disparut avec ses affaires. Pressée de retrouver la chaleur et de quitter ce froid mordant qu’elle côtoyait depuis plusieurs jours de voyage en diligence, elle passa devant l'intentant qui s’effaça. Décidément, les nuits vénitiennes étaient glaciales à cette époque de l’année.



[Le couloir desservant les appartements privés]
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Loris di
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MessageSujet: Re: Embarcadère   Ven 24 Nov - 22:14

[La Place Saint Marc - Sud]

Une gondole vint cogner contre l’embarcadère de la Ca’Grazziano. Assis à l’arrière de celle-ci, Loris di Bordighera se leva d’un bond, faisant légèrement tanguer l’embarcation par la même occasion, et sauta allègrement sur la pierre ferme. Le bois d’un bateau n’était pas assez sûr pour lui. Cela ne lui posait aucun problème mais il préférait de loin le plancher des vaches.

« Excusez-moi, messire… »

Le gondolier affichait un air ennuyé. Cela lui déplaisait de rappeler ses clients à l’ordre mais il n’était pas question que ce gentilhomme-là le quitte sans lui régler son compte. Comment voudriez-vous vivre si vous offriez des trajets gratuits au premier zigoto se présentant ? Non, cela n’allait pas.

Le maître d’armes se retourna aussitôt et esquissa son sourire le plus charmeur tout en tendant le montant convenu au pauvre gondolier.


« Non… Non… C’est à moi de m’excuser. »

Il rit tout en montrant l’eau autour de lui.

« De toute façon, ce n’est pas comme si je pouvais aller bien loin. »

Un air soucieux s’afficha sur son visage.

« Je préférerais toutefois que vous m’attendiez-là en attendant que quelqu’un m’ouvre. Après tout, je n’ai pas envie de rester planté là, au bord de l’eau, tel un bouffon. J’aurais raté ma vocation. »

Di Bordighera s'approcha de la porte, sa démarche assurée faisant oublier le léger boitillement qui l’affectait. Arrivée devant l’entrée principale, il cogna. Trois coups sûrs. Sans rien laisser paraître, il priait avec ferveur pour qu’un quelconque valet lui ouvre et le laisse entrer dans le palais.
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Monsieur l'Intendant
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MessageSujet: Re: Embarcadère   Sam 25 Nov - 21:44

Quelques secondes passèrent avant qu'un pas se fasse entendre derrière les lourdes portes. Puis un des battents s'ouvrit légèrement et apparut la silhouette sombre de l'Intendant.

Il toisa de la tête au pied le nouvel arrivant. Figure inconnue. Mauvais signe.
Gants de cuir, bottes de cuir montantes, allure désinvolte, baudrier rouge et épée dans un fourreau un peu usé. Avec une figure trop sensuelle et animale pour être honnête... Très mauvais signe.

Mais on ne sait jamais exactement à qui on a affaire, et l'Intendant était resté parfaitement impassible, ni aimable ni désagréable, parfaitement neutre.
Il n'était qu'un intendant, une de ces personnes que l'on oublie dès qu'on ne les a plus sous les yeux. Sans doute n'était-ce pas le cas de la personne en face de lui.


"Que pouvons-nous pour vous, Monsieur ?"
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Loris di
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MessageSujet: Re: Embarcadère   Lun 27 Nov - 22:49

Dieu devait être là, quelque part à le regarder, à l’encourager à faire de Venise sa nouvelle résidence puisque la porte s’ouvrit très peu de temps après qu’il l’eut cognée. Et si Dieu était là, personne d’autre ne se mettrait en travers de son chemin. Ou alors, rien qu’un peu, afin d’éprouver sa pugnacité. Di Bordighera n’avait aucunement l’intention de rebrousser chemin. A Venise il était, à Venise il resterait.

Ce fut pourquoi il rehaussa cette figure sensuelle et animale d’un sourire légèrement hautain devant le bonhomme qui lui ouvrit. Le genre de sourire qui n’était pas spécialement condescendant mais qui montrait que vous étiez déjà passé par là… Par le seuil d’entrée d’une maison patricienne.


« Je suis Loris di Bordighera, maître d’armes, récemment arrivé de Florence. Le Prince di Grazziano pourrait-il me recevoir ? »

Ou n’importe qui d’autre de sa maison, rajouta-t-il, in petto.

Di Bordighera n’était pas inconscient. S’il croyait en sa bonne fortune, s’il savait que son nom était connu – de cela même la plus absurde des modesties le lui ferait reconnaître –, il n’en restait pas moins que sa renommée s’était faîte à Florence et Venise était une de ces villes à s’enorgueillir de ses propres trésors et à rejeter dédaigneusement ceux d’autres contrées.

Durant ces quelques instants de réflexion, Di Bordighera était resté pareil à lui-même. Le maintien droit, comme tout autre épéiste l’avait apprit dès ses débuts, un visage affable, il espérait être assez avenant pour que l’intendant ne lui claque pas la porte au nez. Si celle-ci se fermait, il se trouverait dans l’obligation de chercher auprès d’autres fortunés. Et si là encore rien n’était concluant, il allait devoir passer sa nuit à la taverne de l’ours. Et ce n’était franchement pas ce qu’il espérait.
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Monsieur l'Intendant
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MessageSujet: Re: Embarcadère   Lun 27 Nov - 23:42

L'intendant était resté impassible. Il connaissait le nom, comme il connaissait à peu près tout ce qui se passait sur la planète. Et il était vrai qu'un maître d'arme pouvait toujours être utile dans une ville comme Venise...

Il ouvrit un peu plus la porte et s'effaça pour laisser l'homme passer.


"Si vous voulez bien vous donner la peine d’entrer..."

[Le Hall]
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Loris di
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MessageSujet: Re: Embarcadère   Mer 29 Nov - 23:13

Le pouce du maître d’armes dessina rapidement une croix sur le restant des doigts de sa main gauche. Encore une fois, il adressa ses remerciements à l’instance divine qui les surplombait tous. Dieu – ou la chance – était de son côté pour son débarquement à Venise. Avant d’entrer dans le palais di Bordighera fit volte-face et indiqua au gondolier que ce dernier pouvait partir, qu’il n’avait plus besoin de lui.

Un léger sourire – de contentement cette fois – ornait ses lèvres minces tandis qu’il pénétrait dans l’immense demeure.


[le Hall]
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Bianca Grazziano Adorasti
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MessageSujet: Re: Embarcadère   Ven 29 Déc - 21:55

[Ca'Adorasti - Bibliothèque]

La princesse, accompagnée de sa dame d'honneur, du médecin et du secrétaire particulier de son mari avait pris place dans une grande barque très bien aménagée, équipée d'un abris pour les jours d'hiver froid ou pluvieux.

Elle était assise à côté de Romana et les deux hommes leur faisaient face. Bianca n'avait pas dit un mot durant la demi-heure qu'avait duré le trajet. Elle s'était contentée de regarder d'un air absent la chaude fourrure disposée sur les genoux des quatre passagers, en alternance avec les petites vaguelettes que créait la barque sur la surface du canal.

Elle ne savait pas comment allait réagir son frère à l'absence d'Elio ni comment la journée allait se dérouler mais elle préférait ne pas y penser. C'est la main tendue du batelier devant elle qui la fit sortir de ses pensées. Elle leva alors les yeux et constata qu'ils étaient arrivés à l'embarcadère du palais Grazziano. Elle ne s'en était pas rendue compte tout de suite.

Bianca repoussa la fourrure et s'aida de la main de l'homme pour poser le pied à terre, serrant les pans de son manteau contre elle.
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Romana L
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MessageSujet: Re: Embarcadère   Sam 30 Déc - 20:05

[Ca Adorasti - Bibliothèque]

Romana suivit Bianca sur le ponton de la Ca Grazziano. Elle la connaissait pour l'avoir regardée bien des fois en descendant le grand canal pour aller jusqu'à la place Saint Marc. Sa façade ornée, ses murs aux incrustations de pierres polychromes, la dentelle de marbre de ses balcons, son architecture élégante, elle les connaissait pas coeur pour les avoir observés avec attention, gravant chaque détail dans sa mémoire. Elle avait tout son temps, grâce au rythme lent de la gondole.

Mais cette fois, elle allait en découvrir l'intérieur, et c'était autre chose. Sans qu'elle puisse se l'expliquer, Romana en ressentait une légère excitation, mêlée à de l'appréhension.

Remontant le bas de sa robe pour lui éviter le contact du ponton souillé, Romana suivit sa maîtresse dans la demeure.
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: Embarcadère   Sam 30 Déc - 22:30

[Ca'Adorasti - Bibliothèque]

Le Prince Ugo avait souligné l'étrangeté de la gaieté de sa soeur la veille et, si Muzio en croyait l'image de Bianca qui lui était offerte pendant le trajet, il ne pouvait que le comprendre. La jeune femme n'avait pas décroché un mot et gardait les yeux baissés. L'air frais balayant les joues du médecin, il s'en sentit, lui, parfaitement revigoré et même un peu plus joyeux.

Lorsque la barque s'arrêta et que les deux femmes furent descendues, Muzio se leva à son tour et les suivit sur le ponton, accompagné par Gaetano qui avait été son voisin de traversée. Il admira bien un peu l'édifice, mais son attention était distraite par la perspective de croiser bientôt le regard du Prince Ugo. Après celui dépouillé d'Elio dans la nuit, réduit à la dépendance du blessé, que reflèterait celui de l'ange blond ? Le médecin resserra la prise sur sa trousse, redevenu égal à lui-même.
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Giaccomo
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MessageSujet: Re: Embarcadère   Mer 3 Jan - 21:02

[Quartier de la Bouche D'Ombre]

"Allons bon."

Quittant l'embarcation d'un saut, il se trouva à quai et paya le batelier qui l'avait mené. Enfin à terre, il contempla la demeure Grazziano d'un oeil calculateur. On lui avait dit de cette famille qu'ils étaient des gens de politique, une puissante famille de Venise autrefois, puis de Naples, de retour à Venise dans ses terres ancestrales... Et fermement opposée aux Adorasti. Voilà pour eux.
Il rajusta sa queue de cheval et son baudrier. Il n'avait pu demander si les rues éteient sûres. A vrai dire, il s'en moquait un peu. Dans ces terres, il était en sécurité, plus relative certes que celles de Silésie. Mais toute sécurité est prompte à prendre.


"Voila donc la demeure Grazziano..." fit il de son fort accent allemand.

Il sourit. Encore fallait il en trouver quelque serviteur, qui lui permettrait d'entrer... Il s'avanca vers les grilles, sa cape noire volant dans le vent froid, en jouant avec sa très discrète croix d'or au col . Les quelques personnes sur l'embarcadère avaient l'air de nobles gens, le dernier, qui tenait une malette, était assurément un homme d'éducation. Il regardait, comme lui, l'édifice. Il serait certainement à même de l'aider, c'est pourquoi il s'approcha.


"Monsieur ? Excusez moi ..."

Se tenant raide comme un piquet, Giaccomo portait une cape noire au dessus de vêtements simples, et jouait avec sa croix d'or au col. Le jeune homme blond, épée au côté, detaillait le medecin d'un regard froid mais poli.

"Vous devez être un familier des Grazziano... Je cherche à rencontrer les gens de ce lieu pour offrir mes services. Pouvez vous m'indiquer ?"

Il avait un fort accent allemand, et hésitait à chacun de ses mots pour trouver la formulation adéquate...
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Monsieur l'Intendant
Intendant - Ca'Grazziano
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MessageSujet: Re: Embarcadère   Jeu 4 Jan - 0:25

Les visiteurs n'avaient pas attendu longtemps. Le judas s'était doucement ouvert, avant de se refermer brusquement.
"C'est Madame la Princesse qui est arrivée !"
L'exclamation du jeune portier était joyeuse. Tout le monde aimait celle que beaucoup encore appelaient "Mademoiselle Bianca", parce qu'ils l'avaient servie à Naples.

Peu après la porte s'ouvrit et la silhouette sobre de l'Intendant s'était inclinée devant Bianca.


"C'est une joie pour nous de vous revoir si vite, Princesse... Si vous voulez bien vous donner la peine d'entrer..."

[Le Hall]
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Bianca Grazziano Adorasti
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MessageSujet: Re: Embarcadère   Jeu 4 Jan - 2:24

Bianca avait attendu que toute sa suite soit sortie de la barque pour avancer vers les grandes portes du palais. Elle actionna elle-même le heurtoir, certainement pressée de se mettre au chaud et de voir son frère.

Un autre homme qu'elle ne connaissait pas était présent et demandait un renseignement au médecin. Bianca n'y fit pas plus attention et attendit que la porte s'ouvre, ce qui ne tarda pas.

La voix joyeuse et connue de l'intendant et la sensation d'être enfin chez elle la fit sourire. La princesse hocha la tête à l'intention de l'homme et entra sans tarder dans le hall.


[Le Hall]
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: Embarcadère   Ven 5 Jan - 1:15

Muzio se retourna avec surprise vers l'inconnu qui l'avait interpellé. Pourquoi lui plutôt qu'un autre, cela restait un mystère. Il avait donc l'air d'un familier des Grazziano, première nouvelle. Un peu perplexe devant les paroles, le regard insistant et l'accent du nouveau venu, le médecin finit par répondre poliment:

« Je suis navré de ne pouvoir vous renseigner, Monsieur. Contrairement aux apparences... », il marqua un petit temps d'arrêt indiquant son incrédulité, « Je ne suis pas un familier de la famille di Grazziano. »

Il observa l'homme un instant, tentant de deviner quel genre de services il venait proposer. Il avait noté l'épée au côté et la croix au cou, mais ses déductions furent interrompues par l'ouverture de la porte. Muzio adressa un sourire aimable à l'étranger et désigna l'homme qui accueillait la Princesse:

« Mais voilà un homme qui saura vous informer. Il est, sans nul doute, plus familier des désirs de Monsieur le Prince que moi. »

Inclinaison brève du buste, et Muzio pénétra dans la demeure à la suite de la Princesse et de sa Dame de compagnie.

[Le Grand Salon]
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Gaetano
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MessageSujet: Re: Embarcadère   Sam 6 Jan - 3:44

[Ca'Adorasti]

Depuis son retour de la quête au Prince introuvable, Gaetano s'était montré étrangement taciturne. Ce n'était pas parce qu'il était embarrassé d’être revenu les mains vides, ce n’était même pas parce qu’il était d’humeur morose. Non. Aurait-il eu le cœur chantant et l’esprit empli de pensées légères et de bouffonneries qu’il n’aurait rien dit de plus.

Pourquoi ? La réponse était simple. Une princesse, sa dame de compagnie et un médecin. Trois personnes qui auraient pu former un trio cohérent si la première s’était trouvé au fond d’un lit ou souffrant d’un quelconque autre mal. Dans cette situation, c’était simplement bizarre et y ajouter le secrétaire de l’époux de la Princesse n’arrangeait pas l’équation.

Cela manquait de sens. Il avait ruminé cela quand la barque glissait sur les canaux de Venise, lui verdissant un peu le temps au passage. Il ruminait encore cela alors qu’il se tenait sur le seuil de la Ca’Grazziano. Il ruminerait encore cela plus loin, alors qu’il s’avançait dans l’ombre de la Princesse Bianca.

Que venait-il donc faire ici ?


[Le grand salon]
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MessageSujet: Re: Embarcadère   

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