AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Le Grand Salon

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4, 5, 6  Suivant
AuteurMessage
Iago degli Albizzi
Gentilhomme - Ca'Grazziano
avatar

Nombre de messages : 270
Date d'inscription : 23/05/2005

MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Ven 9 Fév - 21:01

[La chambre de Danilo]

Iago avait donc tranquillement dévalé les escaliers. Il était arrivé dans le salon peu après Tiberio. Il resta un instant à la porte, se demandant s’il fallait qu’il entre ou qu’il sorte, il n’avait pas très envie de parler pour l’instant. Et là, il y avait deux personnes, un homme et une femme. De quoi refaire l'origine du monde en somme.

L’homme avait un très vague air de quelqu’un de déjà vu quelque part, peut-être, dans sa vie. Cela resta à se très lointain souvenir étant donné que la dernière fois qu’il avait du apercevoir Tiberio, c’était il y a 12 ans, quand lui-même avait 12 ans…

Pas envie de parler, mais en même temps… Pas vraiment le choix.

Il entra donc salua d’un
"Monsieur, Madame..." pour une fois relativement neutre, et il n'y avait que l'ordre peu conventionnel de ses salutations qui pouvaient paraître un peu désagréable.

Peut-être aussi le fait qu'il n'accorda pas un regard de plus aux personnes présentes, mais s’appliqua à tirer un fauteuil afin de le placer juste devant la grande horloge qu’il y avait dans le salon et s’installa dedans.

Encore 4 minutes 32 secondes et il s’en allait.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Livia Pa
Invité



MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Sam 10 Fév - 11:48

[Hall d'Entrée]

Livia avait sagement conduit Tiberio au salon, le précédent de sa haute silhouette. Il avait tenu à prendre lui-même ses valises. Bon, s'il y tenait, après tout... En temps normal, elle aurait demandé à un autre domestique de les porter jusqu'à ses appartement, comme on le faisait en général pour les invités. Mais il était vrai qu'en l'absence des maîtres, elle ne pouvait pas décider de préparer une chambre pour un étranger d'elle-même. Cependant, s'il avait amené des valises, il semblait plus que probable qu'il soit bien décidé à s'installer. Cela faisait beaucoup de monde, en une même journée. Un peu d'animation ? Oui, ce serait sûrement ça. Un peu de changement ne faisait jamais de mal.

Elle s'inclina respecteusement en franchissant les portes de la pièce, avisant la jeune femme dont elle avait, quelques temps plus tôt, préparé la chambre. Ses yeux se portèrent, comme par réflexe, au plafond, cherchant malgré elle la moindre trace de toile d'araignée. Mais non et non, il n'y en avait aucune. Cette mystérieuse personne l'intriguait beaucoup plus que celui qu'elle venait d'introduire.

Elle s'inclina à nouveau à l'arrivée de Iago. Ce qui pouvait bien traverser l'esprit de l'homme en question restait étranger à Livia, elle avait abandonné son étude depuis longtemps. Cela restait comme un échec au milieu des autres personnes de la maison, dont elle s'amusait souvent à comprendre les moindres recoins de pensées de ses congénères... Avec souvent des erreurs dans ses conclusions, mais ça, elle ne le savait pas, et se contentait de se trouver très fine dans l'étude des caractères.

Elle observait la pièce, se demandant si on aurait besoin de ses services ici... Observant chaque cadre, chaque bibelot. Ah, si seulement elle avait été seule, elle aurait épousseté ce vase, là, par exemple. Mais on ne faisait pas le ménage en présence des invités...
Revenir en haut Aller en bas
Gabriella Delmonti
Servante - Ca'Adorasti
avatar

Nombre de messages : 524
Date d'inscription : 22/04/2005

MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Sam 10 Fév - 22:34

[Chambre d'Elio]

Il finira dans le canal. Voilà, ce qu'elle aurait dû dire. Si elle apprenait qui lui avait fait ça, il finirait dans le canal.

Gabriella avait descendu l'étage, avalant les marches avec rapidité, tout en tenant légèrement relevés ses jupons afin de ne pas se prendre les pieds dedans. Ses larmes avaient séché même si ses yeux gardaient une légère rougeur.

Maître Barozzi saura sans doute pourquoi il est demandé d'urgence. Par les paroles du prince, Gabriella avait compris que le médecin était déjà au courant de son état et que c'était probablement lui qui l'avait déjà soigné et fait ce bandage. Ce qu'elle ne comprenait pas, c'était pourquoi il l'avait laissé repartir dans cet état et surtout, pourquoi il ne lui avait rien dit à elle (et accessoirement à la princesse Bianca) alors qu'il était au palais ce matin même ! Il faudrait qu'elle ait une explication avec ce Barozzi !

La mission que venait de lui confier le prince était une des plus importantes qu'elle n'avait jamais eu à gérer car sa santé était en jeu. Arrivée au bas des marches, elle perçut des éclats de voix venant du Grand Salon. Elle s'y avança sans traîner et aperçut en tout premier lieu Livia. Cela tombait bien, c'était à elle qu'elle voulait parler.

Seulement il y avait beaucoup d'autres personnes dans la pièce. Beaucoup trop pour pouvoir lui parler d'une chose si importante. La silhouette de Iago se dessina dans son champ de vision et Gabriella tourna vivement la tête vers lui. L'ami du prince. Elle l'avait complètement oublié !


"Monsieur degli Albizzi, je suis terriblement navrée, mais il n'est pas nécessaire de m'attendre plus longtemps, il y a beaucoup de travail à faire et je ne peux me permettre de laisser ma charge de tâches en plus à une autre servante."

C'était totalement faux. Si elle avait dû partir avec Iago chercher le prince, elle aurait légué ses tâches à quelqu'un d'autre sans remord. La dame en jaune était encore là et un autre homme qu'elle n'avait encore jamais vu était également présent.

Quelque chose dans son regard lui rappela celui du prince Elio malgré la différence de couleur (les yeux ambrés du prince étaient somptueusement sublimes), et après une légère remémoration des hôtes encore attendus, elle en conclut qu'il devait s'agir du cousin du prince. Gabriella s'inclina respectueusement devant lui.


"Monsieur Adorasti, nous vous attendions."

Son regard accrocha les valises posées à côté de lui. Qu'est-ce que ses valises faisaient là ? Ses valises ne devaient pas être là du tout, ce n'était par leur place. Après avoir jeté un coup d'oeil interrogateur à Livia qui semblait dans la lune et ne rien faire d'autre, Gabriella interpella deux valets qui s'approchèrent.

"Montez les valises de monsieur dans sa suite et dites à Sarah et Laura de préparer sa chambre."

Les deux valets s'exécutèrent et Gabriella ajouta.

"Bienvenue Ca'Adorasti, monsieur. Si vous désirez une collation, ou quoi que ce soit, n'hésitez pas."

Après une nouvelle révérence, Gabriella recula et attrapa Livia par le bras pour l'emmener dans le couloir.

[Le Couloir menant au Grand Salon-Bibliothèque]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tiberio Adorasti
Cousin du Prince - Ca'Adorasti
avatar

Nombre de messages : 54
Date d'inscription : 18/01/2007

MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Sam 10 Fév - 23:48

Il n'eut même pas le temps de commencer à injurier la servante, qu'un homme pénétrait dans la pièce. Puis cette jeune femme blonde, dont les habits trahissaient la condition. Et voilà qu'enfin, quelqu'un se charge de ses bagages.
Ca y était, Tiberio était presque revenu à un état nerveux parfaitement normal. Mais une phrase bien définie, le "nous vous attendions" faillit presque le faire replonger dans les abysses de la folie.
Légérement troublé pendant une seconde, le cousin du prince réussit tout de même à arborer son plus grand sourire, sans pouvoir pourtant y insérer une quelconque chaleur. Et sa voix, alors froide comme la glace, par la faute de la crise de nerfs précédente, sans aucun doute, s'éleva :


"Ah bon, vous m'attendiez?"
Bien sur, il voulait continuer cette phrase, mais la force lui manqua. Et tant mieux, puisqu'on lui parlait maintenant de préparer une collation, et qu'il avait en l'occurence fort faim.
Mais voilà, les valets étaient partis, et ne restait plus dans la pièce que cet homme, qui semblait posséder une certaine aisance financière, à en juger par ses vétements.
Souriant toujours, et maintenant presque sincèrement, Tiberio haussa les épaules, bien décidé à attendre le retour de l'un ou l'autre des serviteurs, afin de commander quelque chose à manger.

"Et bien... Monsieur... Degli Abilzzi, c'est cela?
Je vais rester ici et sans aucun doute déjeuner quelque chose, me tiendrez vous compagnie?"
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Pourpre
Du Bout des Doigts
avatar

Nombre de messages : 557
Statut : Admin
Date d'inscription : 11/04/2005

MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Dim 11 Fév - 16:50

Vous oubliez le tour de post pour ce topic.
Il vaut mieux faire rouler la conversation que d'attendre un éventuel post d'Awrigha dont je n'ai pas de nouvelles.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://loch-lurgainn-house.forumactif.com/
Cinzia S
Invité



MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Dim 11 Fév - 18:32

[L'Embarcadère]

Cinzia se sentait beaucoup plus à l'aise ici, à l'intérieur du palais, qu'au-dehors. Le poids au fond de son ventre avait presque disparu, et elle était à présent folle de joie à l'idée de revoir sa chère Bianca. Il faudrait qu'elle lui dise ce qu'elle avait fait après avoir quitté Naples, qui était son époux, comment était-il, quel genre d'homme était-ce... Tout !
Cet endroit était magnifique, il fallait bien l'avouer, et la jeune femme ne savait plus où poser les yeux tant les tentations étaient nombreuses. Et c'était là qu'elle allait vivre, pendant quelques temps au moins... Un vrai rêve.

La petite bonne qui marchait devant elle paraissait aussi excitée qu'elle. Elle trébucha une fois et se redressa, le regard apeuré. Cette nouvelle arrivante allait-elle lui reprocher sa maladresse ?
Non, bien sûr. Cinzia laissa plutôt échapper un éclat de rire léger, et s'attira du même coup un regard réprobateur d'une femme d'un certain âge qui passait par là. Elle adopta donc la mince qui convenait, une moue horriblement neutre et distante.
Un reste d'appréhension lui nouait légèrement l'estomac, ajoutant juste ce qu'il manquait à cette sensation particulière. Respirer.
Un sourire redressait irrésistiblement les coins des lèvres de la jeune femme, qui pourtant essayait de conserver son expression froide. Elle se sentait tellement impatiente ! Impatiente de retrouver Bianca, de rencontrer le Prince son époux, et tous les habitants de ce Palais... !

Enfin, la servante qui la précédait s'arrêta net devant une porte, et se retourna vers elle. Voilà, elle y était.
Devant Cinzia se dressait la porte du Grand Salon, d'où filtraient des voix plus ou moins étouffées. L'horrible sensation dans son ventre se faisait de nouveau sentir, plus agaçante que jamais. Allait-elle enfin arrêter de l'importuner ?! La jeune femme serra les dents, fronça les sourcils, et jeta un coup d'oeil de noyée à la fille qui l'avait conduite jusqu'ici. Celle-ci ne l'intercepta même pas et frappa quelques coups discrets à la porte, l'ouvrit et s'effaça pour laisser passer la Comtesse.
Avec la fâcheuse impression de descendre dans la fosse aux lions, Cinzia se composa un sourire et s'avança dans la pièce, le coeur battant. Il y avait là un deux hommes, l'un, grisâtre, et l'autre, plutôt haut en couleur. Et là, par l'autre porte, elle venait d'apercevoir un jupon qui quittait vivement la pièce, entraînant une servante avec elle.
Il fallait ouvrir la bouche et parler, à présent. Mais pour parler, il fallait se défaire de ce sourire et desserrer les dents. Ce qu'elle fit, non sans mal.
Elle fit une très légère révérence, faisant honneur à sa bonne éducation, puisqu'après tout elle ignorait qui étaient ces deux hommes. Le premier paraissait extraordinairement nerveux, alors que le second semblait parfaitement... Serein ? Sans doute.
Le sourire revint sur ses lèvres fines, et elle s'adressa à eux, renonçant à attendre qu'on daigne lui accorder une parole.


"Messieurs..."

Peut-être était-ce un peu... Sommaire, comme entrée en matière, non ? Elle inclina la tête vers chacun, puis se présenta :

"Je suis Cinzia san Michele, nouvelle arrivante à Venise et fort enthousiaste à l'idée de découvrir la ville."

Le retour du sourire et la petite étincelle au fond de ses prunelles vint appuyer ses propos, étrangement sincères.
Revenir en haut Aller en bas
Iago degli Albizzi
Gentilhomme - Ca'Grazziano
avatar

Nombre de messages : 270
Date d'inscription : 23/05/2005

MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Jeu 15 Fév - 15:02

Iago qui s'était redressé à l'arrivée de Gabriella était ensuite resté parfaitement immobile et silencieux. Avec un air légèrement (c'est-à-dire plutôt complètement) étonné sur le visage.

C'est que la servante avait osé lui donné la plus mauvaise excuse qu'il soit pour fabriquer un mensonge. Qu'elle le gifle, passe encore ! Mais qu'elle lui mente comme ça ? C'est inconcevable. Honteux.

Il s'était passé quelque chose pendant les quelques minutes où elle s'était absentée qui lui avait fait changé d'avis... Peut-être qu'elle s'était rendue compte qu'Elio dormait dans une autre chambre ? Non, il était trop tard pour ça... Elle l'avait retrouvé à moitié assassiné dans sa chambre ? Non. Absurde...
Oh ! Elle avait peut-être trouvé un valet qui était son amant et elle avait envie de passer du bon temps avec lui... possible ça... Mais en même temps, elle aurait peut-être l'air plus rouge et moins pâle.

Ou alors, elle avait trouvé des informations sur Elio et ne voulait pas les lui dire parce qu'elle était jalouse. Ah oui, c'était bien ça. Ou alors, c'était Elio lui-même qui n'avait pas envie de le voir. Moins bien ça.
En tout cas, le résultat était le même, il ne lui restait qu'une seule chose à faire. Bouder.

Iago se frappa mentalement la tête. Cela n'allait pas du tout. Il avait mal dormi, il avait passé sa journée à courir dans tous les sens après du vent, son esprit s'étiolait dans les brumes de néants et de menaces... Il était temps de se reprendre. Pour cela il fallait trouver un endroit calme. Avec personne dedans.

Il tourna la tête vers Tiberio lorsque celui-ci s'adressa à lui, puis vers la femme qui venait d'entrer, et décida de fuir le plus vite possible. Il répondit presque sans s'en rendre compte à la femme.


"Et bien, tâchez de ne jamais mettre les pieds dans la ville, vous réussirez peut-être à garder votre enthousiasme intact..."

Il se leva d'un bond et s'inclina devant Tiberio.

"Je ne suis pas contraint de refuser votre offre, mais je le fais quand même, parce que je n'ai pas envie de rester ici. Bien, voilà..."

Iago passa rapidement une main sur son visage qui était en train de ressembler à celui d'un vagabond, haussa les épaules, signe qu'il n'avait rien à rajouter, et sortit.
Que les gens étaient bizarres, compliqués, et fatigants...


[Ca'Grazziano - le jardin]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Danilo della Lonza
Gentilhomme - Ca'Adorasti
avatar

Nombre de messages : 92
Date d'inscription : 16/12/2006

MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Jeu 15 Fév - 23:10

[La Chambre de Danilo Della Lonza]

Après son attaque délibérée sur un pauvre miroir qui n’avait eu comme seule faute que le malheur de lui renvoyer une image honnie, Danilo se sentait rasséréné. La violence destructrice s’était montrée salvatrice. Après avoir ouvert la porte de sa chambre, il sortit dans le couloir de l’étage privé, entendant la fin d’une cavalcade de quelque servante mourrant dans l’escalier. Suivant les pas de l’inconnue - d’après le frapper léger des pieds sur le sol, il ne pouvait s’agir que d’une délicate représentante de la gent féminine, ou à défaut, d’un éphèbe particulièrement maniéré-, il descendit l’escalier avec une certaine nonchalance, jouant avec sa canne sans jamais la faire claquer au sol. Il voulait approcher le salon discrètement, de manière à prendre la mesure des personnes qui l’occuperaient certainement.

Il ne se trompait pas. Il y avait bien là quelques personnes. Il resta tout d’abord dissimulé dans l’encadrement de la porte, pour éviter de se révéler trop tôt. Il eut le temps de voir disparaître la nuque charmante de Gabriella entraînant à sa suite un torrent de cheveux brun roux dans lequel il aurait bien enfoui son visage. Vision trop rapide, il n’en garderait qu’une idée fugitive. Quel dommage.

Mais il oublia bien vite la servante. Le sieur Delgi Albizzi se dressait là, faisant face à un homme. Un homme dont le visage lui rappelait furieusement quelque chose. Mais qui ? Il n’avait pas de mémoire pour les traits des mâles. Les dames requéraient bien plus d’attention. Comme celle qui venait d’entrer, par exemple. Il se détourna immédiatement de l’inconnu pour se concentrer sur ce nouveau papillon à ajouter à sa collection sensorielle.

Son esprit eut un blanc. Il se vida de toute pensée pendant quelques instants. Il eut l’impression que son cœur remontait dans sa gorge –ou descendait dans ses talons, à moins que ce ne soit son estomac, ou… Bref, c’était un ange. Taille mince, silhouette élégante, décolleté passionnant, mais surtout chevelure brune bouclant tendrement sur les épaules et figure de reine. De ce genre de visage qu’on ne saurait décrire avec des mots, leur perfection ne trouvant aucun sens sur le papier. Une nymphe, une naïade, un ange…

Lorsque son esprit eut fini de surchauffer et de lui faire débiter mentalement des idioties romantiques éculées, il fit rapidement le point mentalement sur la nouvelle venue. Elle était belle. Le genre de femme qui pouvait lui faire perdre la tête en un regard si elles le souhaitaient. Elle était donc forcément dangereuse. Restait à espérer qu’elle ne soit pas courtisane ou qu’elle ne se montre pas à la hauteur de sa céleste figure. Ou peut-être… Allons bon, voilà qu’il recommençait. Il se concentra plus avant sur la contemplation, d’une manière presque clinique cette fois. Sa chevelure était d’un brun sombre et puissant, et coulait en un flot bouclé sur ses épaules. C’était bon. Son visage, par contre… Ovale, fin, très légèrement creusé sous la pommette, serti de deux intenses billes sombres et expressives… c’était encore l’un de ces visages, ceux qui trouvaient trop d’écho dans sa mémoire. Une grande blonde grassouillette, voilà vers quoi il devrait s’orienter. Mais apparemment il ne se referait pas. Il pouvait tout changer, mais pas ses goûts en matière de femmes.


*Sainte merde, je n’en sortirai jamais…*

Il reprit conscience de la situation lorsque Iago répondit à chacun de ses deux interlocuteurs. Comme il semblait être son habitude, il fut parfaitement inconvenant. Et si Danilo pouvait fort bien lui pardonner d’être irrespectueux avec l’insignifiant représentant de la virilité humaine, qu’il se montre aussi peu galant avec une fière porteuse de jupons était impardonnable. Il pénétra dans le salon non s’en s’être peint une expression mondaine sur le visage pour la forme, mais ne fut pas assez prompt. Delgi Albizzi s’était éclipsé avec une célérité impressionnante. Finalement, c’était mieux ainsi. Se tournant vers les deux nouvelles têtes, mais reportant surtout son attention sur la jeune et succulente dame, il déclara doucement :

« Ma Dame, monsieur… Veuillez excuser le désagrément que l’illustre sieur Delgi Albizzi a pu vous cause de par son inconvenance, mais j’ai bien peur qu’il ne soit pas homme mondain. Permettez moi de vous être plus agréable que lui et de vous proposer ma compagnie. J’avais moi aussi à l’esprit de déjeuner sous peu. »

Sur ces derniers mots, il tourna son visage vers l’homme et lui adressa un petit signe de tête respectueux. Il voulut se tourner de nouveau vers la belle dame, mais soudain, le jour se fit dans son esprit. Il braqua de nouveau son regard vers l’individu, fouilla les traits autant que sa mémoire, y trouva la confirmation de son illumination, et s’exclama sans ambages, oubliant quelque peu la bienséance mais prenant instinctivement le soin de prononcer son blasphème en français, en espérant que personne dans la pièce ne soit très au fait des usages de cette belle langue :

« Seigneur Dieu ! Tiberio Adorasti ! Puis, reprenant en italien : Je suis honoré de vous revoir, monsieur. »

C’était peu véridique, mais pas tout à fait faux non plus. Le Tiberio de ses souvenirs était un être qui attirait sur lui les pires réputations, et sans doute en méritait-il la grande majorité. C’était certes un individu méprisable, mais avec le recul, Danilo trouvait qu’il avait été l’un des personnages les plus intéressants de sa vie florentine. Un individu qui n’acceptait pas le moule du parfait courtisan. Qui était en froid avec sa famille. Qu’on cherchait à écarter, et qui s’accrochait envers et contre tout pour rester. Il aurait donc réussi à rester à proximité des Adorasti tout ce temps ? C’était étonnant, et Danilo eut un regain d’intérêt pour l’homme dont il se foutait royalement quelques instants auparavant.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Gabriella Delmonti
Servante - Ca'Adorasti
avatar

Nombre de messages : 524
Date d'inscription : 22/04/2005

MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Sam 17 Fév - 16:05

[Le Couloir menant au Grand Salon-Bibliothèque via Les Communs]

Gabriella avait regardé Livia partir vers sa chambre avec soulagement. La jeune femme n'avait pas protesté et lui avait fait confiance en agissant immédiatement. Elle allait repartir à l'étage voir comment se portait le prince quand les voix venant du salon l'avait ramenée à ses tâches.

L'ami du prince venait de partir et une voix féminine qu'elle ne connaissait pas s'était présentée. Cinzia san Michele, une nouvelle hôte attendue. Gabriella était stressée par la situation. Le prince souffrant à l'étage, des hôtes dont il fallait s'occuper, de nouveaux venus, l'arrivée du médecin à surveiller...

Elle était partie vers les cuisines au pas de course. La première chose qu'elle avait demandée était qu'on lui prépare une tisane d'écorce de saule. Une autre servante un peu trop curieuse lui avait demandé qui était souffrant.


"Moi !" avait-elle rétorqué tout en préparant un plateau de nourriture pour trois personnes.

Elle se doutait bien que Danilo allait rejoindre sous peu le salon pour prendre la collation qu'il avait demandé. Après s'être renseignée sur l'état des chambres des nouveaux arrivants, Gabriella repartit plateau en mains en direction du salon.

Revenue dans le salon, elle ne s'était pas trompée, le gentilhomme avait rejoint le cousin du prince et la jeune femme. Gabriella disposa sur une table basse à disposition des hôtes, des viandes froides, un consommé, des pâtisseries et du vin, ainsi que trois couverts.

La servante s'inclina devant la comtesse.


"Madame San Michele, bienvenue Ca'Adorasti. Des servantes s'occupent de préparer votre suite. Vous pouvez vous restaurer si vous le souhaitez."

Puis elle se retourna vers le cousin de prince.

"Monsieur Adorasti, votre chambre est prête. Un domestique vous y conduira dès que vous le souhaiterez."

Après une nouvelle courbette, elle recula et demanda aux trois personnes.

"Avez-vous besoin de quelque chose d'autre ?"

La servante attendit la réponse de chacune des trois perosnnes avant de se retirer.

[Chambre du prince Elio]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tiberio Adorasti
Cousin du Prince - Ca'Adorasti
avatar

Nombre de messages : 54
Date d'inscription : 18/01/2007

MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Ven 23 Fév - 0:25

Gorge sèche, estomac vide, deux vieux amis que Tiberio avait bien connu pendant ses trop nombreuses fuites. Mais si autrefois ils étaient tolérables, car créés par un contexte si terrible qu'il les rendait insignifiants, aujourd'hui, ils ne seraient pas supportés bien longtemps. Tiberio priait pour que les premières cérémonies d'introduction cessent, ou que, au moins, elles puissent se passer autour d'un repas.
Mais apparemment, par malheur, cela ne serait pas le cas. Car à peine était parti Mr Malpoli (quel était son nom déjà? Quelque chose Abilizzi, ou peut être Albizzili? Tant pis, il s'en souviendrait une autre fois. Mais la chose qui était sure, c'est que cet homme, peu importait son nom, s'était montré bien discourtois. Tiberio n'aimait pas ça) qu'une demoiselle pénétrait dans la pièce. Fort agréable à l'oeil en vérité, quoiqu'un peu jeune. Enfin, de toute manière, le cousin du prince avait déjà gouté à des femmes plus jeunes que ça (mais aussi et surtout à des femmes moins bien faites, pour être honnête), et cette noblionne, à peine arrivée, attirait déjà sa convoitise.

Tout sourire, il entrouvrit la bouche pour commencer les présentations, entamer une discussion, et tout ce genre d'autres choses, mais voilà, il n'eut pas le temps d'articuler quoi que se soit. A nouveau, on l'interrompait, à nouveau, on déboulait dans cette pièce qui, si les choses continuaient à ce rythme, finirait par être complétement bondée d'ici trois ou quatre minutes. Soupirant intérieurement, le cousin se retourna et étudia le nouvel arrivant.
Pendant quelques instants, il ne put décrocher son regard de cette silhouette, qui lui évoquait décidemment quelque chose, sans qu'il puisse remettre le doigt dessus.
Et puis, alors qu'il venait de se décider à reporter son attention sur la jeune femme, l'homme lui adressa la parole, et soudain, il se souvint. C'était lui, ce musicien. Il tourna sa tête à nouveau, et lui adressa un grand sourire, ainsi qu'une révérence singée.


"Enchanté moi aussi. Vous êtes le Musicien, n'est ce pas? Lonza, c'est cela?"
Bien sur que c'était cela. C'était même "Danilo della Lonza". Il le savait parfaitement, malgré sa piteuse mémoire des noms. Il le savait, car cet homme, il l'avait longtemps cotoyé, longtemps observé. Car il appréciait son jeu, son art. Il y a de cela des années, à Florence, Tiberio adorait venir l'écouter, lui qui faisait résonner son clavecin d'une manière si virtuose. Il l'avait même adulé en secret, bien longtemps.
D'ailleurs, alors qu'il fuyait les diners et les réceptions comme la peste, Tiberio était toujours présent à ces représentations, et, tandis qu'il était normalement toujours entouré de serviteurs, et de quelques idiots qui aimaient sa manière de les maltraiter, on le voyait là bas toujours seul, silencieux comme si on lui avait scié la langue.

"Cela faisait bien longtemps. Bien longtemps."
Treize ans, à quelques mois près. Il le savait, mais il aurait été de mauvais gout de le déclarer. Tout cela remontait à bien longtemps, et déjà à l'époque il n'avait osé faire part de son admiration, il serait encore plus déplacé d'en faire part aujourd'hui.
Et pourtant, cela faisait des années qu'il n'avait pas entendu un morceau de clavecin. Il lui faudrait oser demander, un jour ou l'autre, qu'on lui en joue un.

"J'ai bien l'impression que nous sommes deux à avoir décidé de revenir au sein du cocon Adorasti, hum? Si doux et agréable, n'est il pas? Et même, avec un peu de chance, on y trouvera moins de fiente qu'il y a quelques années.
Qui sait? Lorsque j'ai quitté mon jeune cousin, il n'était encore qu'un enfant, mais il avait déjà assez d'intelligence pour départager le bon du mauvais.
Je suis sur, je prie, pour qu'il ait fait le ménage, et pour que les parasites soient réstés à Florence avec le reste de la famille."
Bien sur, en disant cela, il souriait. Pourtant, le ton était fort sérieux. Allez savoir, ironisait il? Peut être.
Il se retourna une nouvelle fois, pour voir arriver la servante. Et elle amenait à manger, et qui plus est, à boire. Il lui adressa une brève courbette, avant de la flatter, certes, grossièrement :


"Ah, ma chère, vous êtes ma princesse. Mon estomac vous applaudit."

Le cousin du prince fit quelques pas en direction du plateau, et entreprit de se servir. Il retira ses gants, se saisit d'un verre, et commença à y verser du vin, avant de placer dans son assiette quelques morceaux de viande. Alors que la salive commençait à envahir sa bouche, il demanda, tenant toujours la carafe en main.
"Qui dois je servir? Mademoiselle San Michele, vous venez d'arriver, vous aussi. Je suppose que vous devez être aussi affamée que je le suis.
Et puis, je n'ai pas encore eu le loisir de me présenter dignement. Partagerez vous ma table? Cela me donnera une chance de remédier à ce scandale. Vous ne pouvez le refuser sans me faire passer pour un rustre. Personne ici ne veut cela, hum?"
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Cinzia S
Invité



MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Dim 25 Fév - 1:45

Un coup de vent, un coup d'éclat, une tornade peut-être ? L'homme serein semblait à présent passablement ennuyé. A l'enthousiasme de Cinzia, il répondit par une réplique désabusée et désagréable. "Tâchez de ne jamais mettre les pieds dans la ville"... Etait-elle donc naïve à ce point ? Ce grossier personnage ne suffirait pas à gâcher son entrée dans la Ville des Masques, oh que non, pas question ! Elle détestait ce bonhomme d'entrée de jeu. Peut-être, dans un autre contexte, aurait-elle pu l'admirer, et peut-être que cela viendrait. Mais pour le moment, il lui était profondément antipathique. Son souhait le plus cher de l'instant était que ce... Cet inconnu, ce... Comment s'appelait-il, au fait ? Aucune importance ! Donc, elle voulait qu'il débarasse le plancher au plus vite. Quelques secondes plus tard, fort heureusement, son souhait était exaucé et il tournait les talons sur une réplique toute aussi impertinente. "Je n'ai pas envie de rester ici"... Bon débarras !
C'était tout ce que lançaient, entre autres éclairs meutriers, les yeux sombres de la belle en direction de la porte qui venait de se refermer, en un petit bruit sec et insolent. Bah !
Sur cette exclamation muette, qui résonna pourtant comme son changement d'humeur - et de regard, elle se retourna vers les autres occupants de la pièce, qui, par bonheur, avaient l'air autrement plus agréables.

L'homme nerveux lui jetait des regards intéressés, et semblait soudain beaucoup plus prompte à la parole. Cependant, la jeune femme ne pouvait s'empêcher de le considérer avec la désagréable impression qu'un brouillard grisâtre l'entourait. Risible, n'est-ce pas ?
Quant au troisième homme, lui venait d'arriver, et, lui aussi, l'avait détaillée sans retenue dès son entrée dans la pièce. Fort heureusement, il sembla bientôt reprendre ses esprits, car quoi de plus gênant - et de plus flatteur - pour notre Cinzia que de constater qu'on portait un regard appréciateur (un peu trop, peut-être ?) sur sa silhouette, fort peu dissimulé qui plus est !
Ce dernier homme ne tarda pas à parler, s'excusant de la conduite indigne de ce... Comment disait-il ? Degli Albizzi. Aucune importance. Inconvenance... Pas un homme mondain, ah, cela paraissait évident ! Et bien, elle espérait que ce nouveau venu rattraperait le fuyard, et se montrerait autrement plus agréable, comme il disait. Bah !
Soudain, lâchant la jeune femme du regard, il se tourna vers l'autre homme et dit quelque chose en français, semblait-il, où elle discerna un nom : Adorasti. Adorasti ?!
Donc, ce dénommé Adorasti, puisqu'il en était ainsi, sembla reconnaître le gentilhomme, alors qu'une servante aux cheveux blonds apportait à manger et demandait si l'on avait besoin de quoi que ce soit d'autre.
Le grisâtre répondit exactement ce que pensait la Comtesse, à quelques détails près. Elle adressa un sourire tout aussi reconnaissant à Gabriella et se retourna vers l'Adorasti, qui venait de lui parler d'une voix onctueuse. Elle lui répondit, avec toujours ce même sourire joyeux aux lèvres :


"Et bien, Monsieur Adorasti, effectivement, je viens d'arriver et je dois avouer que mon estomac me tiraille, c'est pourquoi je me ferai un plaisir d'accepter votre invitation."

Lorsqu'il le lui indiqua, la jeune femme s'assit élégamment, lissant sa robe d'une main fine et sûre. Ceci fait, elle releva les yeux vers son interlocuteur, prête à l'écouter raconter tout ce qu'il voulait du moment qu'il ne la retenait pas trop longtemps, juste après avoir jeté un regard vers Lonza, comme l'autre homme s'appelait apparemment. Allons, elle mourait d'envie de voir Bianca...
...Et puis, cette bouffée d'angoisse la reprenait, légère, insinueuse, au creux de l'estomac, nouant son ventre. Aujourd'hui encore, elle ferait honneur à son appétit d'oiseau...
Revenir en haut Aller en bas
Danilo della Lonza
Gentilhomme - Ca'Adorasti
avatar

Nombre de messages : 92
Date d'inscription : 16/12/2006

MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Dim 25 Fév - 18:50

« Votre mémoire me flatte, monsieur. » Répliqua aimablement Danilo à l’homme qui se tenait devant lui. Il écouta Tiberio avec attention lorsque celui-ci continua de parler, un sourire étrange peint sur les lèvres, en contradiction avec son ton d’un sérieux inébranlable.

Revenir au cocon ? Le musicien fut légèrement déçu. Il pensait encore que Tiberio arrivait de Florence, ou quelque chose dans la même optique. Qu’il avait résisté contre vents et marées, et s’était accroché à sa famille comme il savait si bien le faire. Mais après tout, le cousin d’Elio avait déjà lutté plus longtemps que lui, plongé dans ce milieu depuis sa prime enfance et resté encore après lui. Danilo n’avait, pour sa part, affronté que deux années de réelle adversité. Il ne pouvait pas lui jeter la pierre. Cette pensée ne l’empêcha cependant pas de pester contre le sort d’une pensée. Il aurait été bien pratique de rencontrer quelqu’un qui fut au fait de toutes les histoires des Adorasti, et qui ne soit pas attaché aux intérêts de la famille comme l’était Luciano Di Lorio.

En entendant la suite, Della Lonza eut un petit sourire discret. Ainsi donc, Tiberio n’avait pas beaucoup changé, du moins en apparence. Il était toujours aussi suffisant, ne se gênant pas pour afficher son mépris des autres au premier venu. Il était toujours supérieur, se sentant bien au dessus de ladite fiente. Le musicien fut surpris, cependant, d’entendre le mot on. Prononcé sans ironie qui plus est. C’était paradoxal. S’il y avait eu des parasites au palais d’Andrea, lui-même en faisait partie, cherchant gloire et femmes grâce à l’aura de son mécène. Et lorsque ses intérêts s’étaient sentis menacés, il avait fait n’importe quoi. Heureusement, les tenants et aboutissants de l’affaire n’étaient pas arrivés aux oreilles de trop de nobles, et c’était tant mieux. Qu’il fut englobé par ce on semblait-il sincère était réellement étrange. Il décida de s’en réjouir et de voir en cela que Tiberio l’estimait quelque peu. Un allié possible ?

Il répliqua, prenant par précaution un ton quelque peu badin, pour pouvoir se réfugier sous le couvert de la boutade en cas de danger :


« Je ne saurais vous renseigner très avant, mes pas m’ont amené à la Sérénissime il y a une bonne heure seulement. Ma seule certitude est que le baron Di Lorio, fidèle à lui-même, veille aux intérêts du seigneur Andrea comme le trochilus sur la gueule du crocodile, en cette belle ville de Venise. »

Répondre aux parasites par le nom de Di Lorio pouvait se comprendre selon deux sens, soit qu’il les écartait avec attention, soit au contraire qu’il en était un superbe spécimen. L’interprétation était laissée libre à son interlocuteur, histoire de ne pas risquer de se mouiller trop avant.

Gabriella réapparut, amenant avec elle ce fameux déjeuner que l’estomac de Danilo commençait à réclamer avec insistance. Lorsqu’elle demanda s’ils avaient encore besoin de quelque chose, il la détrompa aimablement, avant de rejoindre Tiberio Adorasti, qui s’était précipité vers la table. Cinzia -c’était à ce qu’il avait entendu des bribes de son court échange avec Iago le nom de la charmante jeune femme au boucles si affolantes- accepta l’invitation de l’homme, ne relevant apparemment pas l’étrange formule qu’il avait eu, en disant qu’un refus serait synonyme d’une déclaration de muflerie.

Danilo se servit lui-même comme à son habitude, puisqu’il n’avait pas eu l’occasion de proposer de faire le service pour le simple plaisir d’être galant. Puis, pour converser quelque peu, il prit la parole, sans avoir encore entamé son repas :


« Quelle ironie, tout de même. Nous sommes trois invités à venir présenter nos honneurs au couple princier, et nous parvenons malgré tout à arriver au palais de concert, au moment ou ni le prince Elio Adorasti ni son épouse ne sont présents pour nous recevoir. Le maître de maison semble même s’être si bien évaporé que certains se montrent prêts à toutes les incivilités pour le retrouver.
Je crois que la grande Sérénissime mérite grandement sa réputation. En ne sortant pas de ma suite, j’ai déjà réussi à toucher un mystère, ou plutôt, celui-ci m’a sauté à la gorge sous les traits de monsieur Delgi Albizzi. Une ville pleine de surprises, semble-t-il… »

*Et j’en apporte mon lot* Pensa-t-il avec une joie grise.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tiberio Adorasti
Cousin du Prince - Ca'Adorasti
avatar

Nombre de messages : 54
Date d'inscription : 18/01/2007

MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Dim 25 Fév - 23:54

Pendant quelques secondes, le sourire du Cousin se fit plus crispé, plus tendu, tandis qu'il reflechissait justement aux déclarations du musicien sur l'absence des propriétaires. Tout en s'installant lui aussi à la table, choisissant bien entendu la place du bout, celle du "chef de table", forcément, son esprit voguait, paranoïant à souhaits.
Le Prince et son épouse avaient ils été prévenus de son arrivée? Etait ce possible? "Cela expliquerait leur absence", pensa t-il, serrant son poing par reflexe. Oui, c'était possible. ll avait fait une escale à Florence après tout. Quelqu'un aurait aisément pu faire passer le message. Mais non. Mais non! Admettons, admettons que quelqu'un ait fait passer le message, comment Elio aurait il pu deviner le jour de l'arrivée? Ha ha! C'était impossible! Impossible!
Non, de toute évidence, Tiberio s'était encore fait du mouron pour rien.

Reprenant finalement ses couleurs et ses esprits, le Cousin décida de reprendre sa conversation où il l'avait laissée. Bon sang il ne pouvait pas se permettre de partir dans de tels délires en présence de personnes qu'il serait amener à cotoyer à nouveau. Il le savait pourtant.
Il lui fallait rester vigilant, constamment. Rapport aux actions des autres bien sur, mais aussi rapport à sa tendance personnelle à trop imaginer, à mal interpréter. Ah... C'était si épuisant. Si épuisant...

Pour se distraire, fuir un peu ses pensées ridicules, il entreprit de découper la viande qu'il s'était servi. D'un vague geste de la main, il chassa les paroles de son collègue musicien, déclarant avec dégout :

"Ah, pitié mon cher... Voulez vous vraiment me gater l'appétit? Pitié, vraiment. Si vous tenez à parler de Di Lorio, faites le à un moment où cela ne pourra pas ruiner ma journée. Si vous veniez à me trouver malade, au seuil de la mort et à la limite de perdre la raison, dans une phase de ma vie si terrible que même l'Enfer paraitrait à coté un Eden, alors là, et là seulement, nous pourrons discuter d'un tel personnage."
A ce moment précis, alors qu'il avait déclamé cette phrase avec un sérieux édifiant, Tiberio eclata de rire. Il n'avait pu se retenir plus longtemps. Mais oui, mais c'était cela, de parler de Di Lorio en sa présence.
Ha, quel humour, quel humour. Il en avait les larmes aux yeux. Non, il le reconnaissait, ce n'était pas simplement à cause de ce qu'il venait de dire, mais surtout parce qu'il s'imaginait la réaction du Baron en question s'il avait été présent.
Mais, bravement, Tiberio réussit à reprendre son souffle, malgré de grandes difficultés, et à calmer son rire.


"Ah, enfin, mangeons tout de même, et chassons ces sombres pensées, avant qu'elles ne nous minent le moral. Ha ha. Oui mangeons. Allons, mangez donc vous aussi Mademoiselle, mangez."
Plein d'entrain désormais, fier de sa pique à l'encontre de ce Di Lorio invisible qu'il s'imaginait voir rougir en face de lui, Tiberio commença à enfourner la nourriture dans sa bouche, machant longuement avant de les envoyer dans son gosier par la grande voie. Entre deux bouchées, il réussissait tout de même l'exploit de continuer à parler, sans pour autant jamais le faire en ayant la bouche pleine, attention, et sans un postillon, bien entendu.
"Vous avez raison mon cher, vous avez raison. Cet homme, cet Abilzzili, ou peu importe..."
Bien sur, il feignait. Certes, il avait une mauvaise mémoire des noms, habituellement, vis à vis de la populace, et de ceux qui montraient peu d'interet. Mais, par opposition, il savait toujours trouver une place au fond de sa caboche pour se souvenir de ses ennemis.
Oui, "ennemi". Pour le coup, le terme était peut être exagéré. Il l'était d'ailleurs. Il était plus juste de dire "rustre" cette fois ci. Enfin, l'important était que Tiberio n'oublierait pas ce Degli Albizzi, ni son visage, ni sa manière si particulière de manquer de respect à quelqu'un qui lui était pourtant manifestement supérieur.

".. est un excentrique. Mais à mon avis, son comportement est une bien piteuse manière d'attirer l'attention. J'espère que le reste de la cour aura trouvé de meilleurs moyens pour se faire remarquer."
Oui, car il était toujours fort amusant de voir comment les cafards tentaient d'attirer l'attention des puissants. Certains se montraient particuliérement vifs et fins, d'autres simplement divertissants, et certains, juste malins. Mais ce Degli Albizzi, lui, c'était montré pathétique. Enfin, à l'avis de Tiberio en tout cas (mais cet avis n'en valait il pas un autre, voire même mieux que ça?). Mais en fait, peut être que ce jeu minable de prétention vulgaire plaisait à son cousin. C'était envisageable après tout. Tiberio lui même avait eu un valet dans ce genre là, qui avait pris, à force de leçons, l'habitude de se permettre bien des libertés avec des gens supérieurs à sa condition. Car, il fallait l'avouer, il fut longtemps drole de voir quelques bourgeois ou noblionnes frémir, outré(e)s par le comportement singulier d'un tel serviteur.
Mais voilà, ledit valet avait fini dehors, une fois que notre brave Tibère s'était trouvé lassé. Et Degli Albizzi finirait sans aucun doute pareil, il en était convaincu, car les plus excentriques, les plus orgueilleux, manquent toujours de renouveller leur spectacle, et sont donc les plus lassants. Et ainsi, ils sont le type de courtisans qui sont éjectés le plus vite. Cela marchait toujours comme ça.


"Ha, mais voilà encore un sujet qui va gater mes humeurs, et je ne veux point finir chez le médecin sitot arrivé ici.
Non, pourquoi ne parlerions nous pas plutot de sujets plus conformes à un repas, hum? Des sujets qui nous éviteront de nous enflammer, de nous emporter, et qui nous permettront une digestion saine, hum?
Allons, j'ai surtout là (Il posa un doigt sur sa tempe) une question qui hurle, qui demande à trouver une réponse bien vite. Oui. Lors de ma brève escale à Florence, lors de laquelle on m'a redirigé ici, j'ai appris que mon cousin c'était marié à une Grazziano."
Il gloussa pendant une fraction de seconde, comme si la nouvelle était fort amusante.
"Il me faut une confirmation mes amis, c'est là vital. J'arrive à peine à y croire, en vérité."
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Danilo della Lonza
Gentilhomme - Ca'Adorasti
avatar

Nombre de messages : 92
Date d'inscription : 16/12/2006

MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Mer 7 Mar - 19:34

Danilo fut tenté de lever un sourcil étonné lorsque Tiberio, après une tirade on ne peut plus claire, éclata de rire, apparemment très content de lui-même. Le gentilhomme décida finalement de ne pas refroidir les ardeurs de son compagnon, n’ayant aucune envie de s’en faire un ennemi dans l’immédiat. A vrai dire, l’individu était assez particulier pour être une donné favorable dans l’équation qui prenait peu à peu forme dans son esprit. Il n’avait qu’un attachement relatif à sa famille, entrerait clairement en conflit avec Di Lorio et sans doute d’autres, était visiblement là pour son intérêt propre. Et n’était pas prêt à se laisser marcher sur les pieds. Autant de données qui en faisaient un outil potentiel et un homme de paille pratique, s’il trouvait le moyen de le diriger à sa guise. Ce qui n’était pas à négliger.

Il ne répondit donc pas à la pique et à son rire idiot autrement que par un visage neutre, mais n’en pensa pas moins. Décidément, les hommes de cour étaient spécialistes pour faire de bons mots sur les absents. Si Di Lorio avait été présent, il se serait ri d’une insulte si gratuite. L’homme d’Andrea faisait partie des rares personnes qui ne crachaient jamais à tord et à travers, mais dont chaque insulte, prenant base sur des tares bien réelles de ses opposants, touchait en plein cœur. S’il avait été présent, la réplique aurait coulé sur lui et il aurait trouvé une méchanceté bien pire pour enfoncer son interlocuteur, et Dieu savait tout ce que le passé de Tiberio contenait de perles pour un persifleur de son acabit.

Le cousin du prince reprit la parole, adressant un jugement personnel sur Iago. Danilo répliqua, conservant le ton léger qu’il avait utilisé pour parler de Di Lorio quelques instants auparavant :


« Je ne rejoins pas tout à fait votre avis. Je ne pense pas que notre ami cherche à attirer l’attention sur lui. Je pense qu’il ne trouve aucun intérêt à savoir comment on le juge, et qu’il se contrefout royalement de ce que l’on peut penser de lui. Il ne recherche pas l’attention, mais la provoque par son incorrection. A mon avis, il n’est pas seulement excentrique. Il est aussi fou. Ou bouffon, si vous préférez. S’il est encore parmi nous, je suppose qu’il doit amuser quelqu’un. »

Tiberio reprit son petit discours. Danilo trouvait qu’il était bien peu posé pour un personnage de cour, mais cela n’était pas déplaisant. A vrai dire, quoi qu’il soit lui-même capable de parler raffiné en société, il n’avait que peu d’intérêt pour les conversations guindées, auxquelles il ne participait généralement que lorsqu’il avait un but à atteindre. Et ici, à Venise, il participerait à tout ce qu’il faudrait pour atteindre son but. Il préférait nettement une conversation plus légère, voire simplement brisant ces damnés codes de bonne conduite courtisane. C’était l’une des choses qui lui avaient plu chez Mathilde, ce refus de convenances lourdes qui l’avaient poussée à lui faire des avances de manière bien peu conventionnelle. En plus de son charmant minois et de son indéniable talent, bien entendu.

Alors que Tiberio continuait sur sa lancée, une ombre triste voila quelques instants les yeux du gentilhomme. Que n’aurait-il pas donné pour changer le destin ? Il aurait tout sacrifié, même sa virilité, même son talent et son piano, son succès, sa beauté, sa vie, pour que les choses se passent autrement. Mais hélas, rien n’y avait fait. C’était trop tard, et se rappeler les instants heureux ne faisait qu’aviver des plaies qui semblaient n’avoir aucune envie de se refermer.

Ce fut avec une voix un peu étranglée qu’il répondit à Tiberio, en tentant de contrôler son émotion stupide et de chasser l’image de Mathilde de ses pensées.


« Je peux vous confirmer cette information, mais guère vous en apprendre plus. Le prince Elio, avec qui j’ai échangé quelques lettres, ne m’a pas semblé avoir l’envie d’aborder le sujet d’une manière concrète. Ou du moins, je peux vous apprendre que ce mariage est une union arrangée, mais vous l’aviez certainement déduit vous-même. J’avoue ne pas comprendre le pourquoi d’une telle union. Je suppose qu’elle doit être une marque de paix entre les familles, mais leur retour à Venise laisse présumer du contraire. Allez savoir… »

Il Grimaça légèrement à ces mots, secoua la main comme pour écarter un sujet déplaisant, puis détourna le cours de la conversation, assez peu désireux de s’engager trop avant dans un sujet d’ou seules de stériles spéculations verraient le jour.

« Mais dites-moi, si vous le voulez bien… Vous m’avez dit avoir vous-même quitté le seigneur Andrea. Quelles nobles contrées avez-vous donc visité pendant ces quelques années ou j’ai quelque peu coupé les ponts avec les Adorasti ? »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Cinzia S
Invité



MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Dim 11 Mar - 1:10

Cinzia mangeait du bout des lèvres, écoutant avec attention les deux hommes qui parlaient d'un certain baron Di Lorio. Celui-là, elle n'en avait jamais entendu parler, ni par Bianca, ni auparavant. Elle n'émit donc aucun commentaire quand l'Adorasti lança une pique à l'absent, et en parut particulièrement fier. La jeune femme réprima un sourire amusé et tenta un regard vers son autre compagnon, qui ne semblait donner aucune réponse à ces remarques.
Elle rabaissa les yeux sur son repas et avala en silence quelques minuscules bouchées, et laissa s'échapper la suite de la conversation, un peu absente. Venise était donc réellement la fosse aux lions contre laquelle on l'avait mise en garde ! A peine un soupir, léger, et un geste nerveux des mains.
Quand Della Lonza prononça le mot bouffon, définissant ainsi l'impression de la Comtesse à l'égard de ce Degli Albizzi, elle releva pourtant les yeux et abandonna le cours rapide de ses pensées pour finalement rejoindre la conversation.
Observant son voisin, Cinzia crut lire, un instant, un certain trouble dans ses yeux.
"...J'arrive à peine à y croire, en vérité."
Ah ! Le mariage entre une Grazziano, sa chère Bianca, et le Prince Adorasti. Si cela pouvait arranger les choses...
Elle allait répondre, quand quelques coups discrets furent frappés à la porte. Un grincement, des pas. Une petite servante, terriblement gênée d'interrompre les hôtes du couple princier, se tenait là, les yeux fixés sur la jeune femme.
"Hum... Veuillez m'excuser, je regrette de..."
Elle semblait réellement paniquée. Cinzia, plus surprise qu'agacée, l'interrogea du regard. L'enfant prit cela pour une invitation à poursuivre et s'enhardit :
"Vous êtes Cinzia san Michele ?"
Une courbette. Et une lettre qu'elle tendit à bout de bras, toujours pliée en deux. Cinzia jeta un regard à ses compagnons de table, et, après un vague "Excusez-moi..." , se leva et prit délicatement la lettre. Elle l'ouvrit et la déchiffra en quelques secondes.

Le changement dans sa physionomie fut saisissant. Elle qui parvenait plus ou moins à cacher ses sentiments les plus importants, cette fois, elle devint pâle comme un linge. Ses doigts tremblaient.
Elle releva les yeux vers la servante, semblant ne pas croire ce qu'elle venait de lire. La petite créature semblait essouflée et apeurée. Une nouvelle, encore ?!


"Vous serez gentille de transmettre toutes mes excuses à la princesse Bianca. Dites-lui que... Et bien, qu'un évènement imprévu me pousse à quitter Venise et que je regrette de ne pouvoir la rencontrer. Je lui écrirai."

Cinzia se retourna vivement et, quand son regard tomba sur les deux hommes, ses yeux s'élargirent. Elle les avait presque oubliés. Elle fit quelques pas vers eux, et lança d'une voix défaite :

"Excusez-moi, je... Je dois vous quitter. Une affaire urgente... Ravie d'avoir fait votre connaissance..."

Sur ces propos décousus, la jeune femme brune saisit ses quelques effets et, sous le regard encore confus de la domestique, quitta la pièce d'un pas pressé et quelque peu chancelant.
Elle allait quitter Venise, avant même d'avoir pu voir la ville. En un sens, elle le regrettait, mais...


[Nulle part - Dernier Post]
Revenir en haut Aller en bas
Tiberio Adorasti
Cousin du Prince - Ca'Adorasti
avatar

Nombre de messages : 54
Date d'inscription : 18/01/2007

MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Dim 11 Mar - 23:09

Tiberio, la bouche toujours entrouverte, déjà prêt à lancer un nouveau torrent de paroles, ne put cependant laisser libre cours à son envie. Pourquoi? Parce que, comme toujours, un pouilleux venait manquer de respect. Qui plus est, cette servante qui venait les interrompre n'avait même pas la politesse d'être belle. Par conséquent, elle était une pure et totale perte de temps. Par conséquent, se montrer courtois et/ou poli n'avait aucun intéret, pour le coup. Lachant un rire méprisant, situé quelque part entre le "hin hin hin" et le grincement sinistre, Tiberio observa la servante.
Etait ce pour autant la peine d'en rajouter? Hésitation. Dure hésitation. Il aurait été si simple de faire chavirer cette servante dans une gêne bien plus profonde. Une gêne terrible, qui, elle même, aurait entrainé une frustration sans limite, puisque la pauvre servante n'aurait pas eu le droit de répondre. Longue vie aux codes sociaux. Et ce spectacle, bien entendu, aurait été fort amusant. Tiberio se souvint, encore une fois, que cela faisait bien trop longtemps qu'il n'avait pu se faire plaisir de la sorte. Cela faisait aussi bien longtemps qu'il n'avait frappé quelqu'un. Dieu, ce que ça pouvait lui manquer...

Mais voilà, à son coté se tenait une demoiselle, qui, peut être (certainement?) n'aurait pas apprécié la scène. Et puis, ce Della Lonza s'avérait bien moins sympathique qu'il l'avait pensé. Pourquoi? Mais Seigneur, il n'avait pas ri! Bon Dieu, qui pouvait rester de marbre face à une telle réplique? Qui? Mais personne! Personne!
Tiberio en était convaincu en tout cas, jusqu'à cette difficile confrontation avec la réalité. Quelle déception...
Bref. Ce Della Lonza se révélait moins sympathique qu'il l'avait pensé, et, forcément, il ne pouvait donc se permettre ce genre de manège devant lui, pour l'instant. Frustration, et, à nouveau, déception. Au final, il s'en tirait presqu'aussi mal que cette foutue servante. Qu'elle aille donc mourir celle là, Seigneur! Pourquoi prenait elle son temps comme ça? Depuis quand livrait on le courrier à des personnes arrivées depuis trois minutes à peine?
Raaah, il y avait tant à dire, tant à dire sur le comportement de cette pécore...


"Et bien, une chose est sure, cet homme ne m'amuse pas, moi. Je le trouve même fort détestable. Je veux dire... Ce genre de manquement de respect n'est certainement pas tolérable, et il doit se situer bien haut dans l'estime des puissants de Venise pour pouvoir se permettre de tels écarts."
Et puis soudain, le cousin du prince se rappela de quelque chose. Ah? Oui? Ah oui. Il n'était certainement pas le dernier sur la liste des manqueurs de respect. Il s'en souvenait maintenant.
Oh, mais, du coup, cela soulevait un dilemme philosophique fort intéressant. Pourquoi condamnait il un comportement qu'il appliquait lui même sans arrêt? Pourtant, pas la peine de convoquer les grands penseurs, les rats de bibliothèques et les professeurs, parce que la réponse pouvait être trouvée bien vite : "On n'applique pas à Tiberio Adorasti et aux gens de son rang social et/ou intellectuel(même si, pour le moment, le brave cousin n'avait jamais penser trouver quelqu'un pouvant l'égaler dans la seconde catégorie) les mêmes règles qu'au reste du monde." Evident. D'une évidence qui crevait d'ailleurs les yeux.
En parlant d'évidence, il semblait actuellement assez clair que la pauvre Cinzia venait d'apprendre une mauvaise nouvelle. Pensez vous pour autant que Tiberio s'en rendrait compte? Et bien peu importe, parce qu'en pratique, il ne s'en était pas aperçu, et continuait donc à causer, tandis que sa voisine devenait plus pale que... Elle devenait en tout cas très pale, c'était certain.
Et alors que la Mademoiselle blémissait à vue d'oeil, c'est un Tiberio bouillonant qui entreprit de se prononcer sur l'infame mariage Grazziano-Adorasti.


"Par tous les saints du Paradis, c'est là une chose à laquelle je ne comprend rien. Lors de mon escale à Florence, c'est à peine si l'on ne me chassait pas à coups de maillet à chaque fois que j'abordais le sujet. Enfin, comprenons nous, ils voulaient de toute façon me chasser à coups de maillet, mais lorsque je parlais de ce mariage, on les sentait encore plus préssés, si vous voulez.
Non, mais par contre, personne ne m'a rien précisé. Même ma mère est restée fort silencieuse, ce qui ne lui ressemble pourtant pas du tout. Vous avez en tout cas raison sur un point, tout cela semble bien trouble."
Il gloussa légérement, et baissa le ton, et, amusé, continua :
"Mais il y a à mon avis là une multitude futures scènes cocasses qui se profilent. Vous auriez vu ce défilé de têtes d'enterrement. C'est une grande épreuve de volonté que de rester sérieux en face d'une vingtaine de courtisants, là bas à Florence, alors qu'on leur parle de ce mariage. Tout de suite les débats s'enflamment, entre ceux qui aiment cette perspective de pseudo-alliance et tous les haineux qui considèrent cela comme une trahison.
Oh, croyez moi, à chaque fois, chaque fois, il n'aura pas fallu plus d'une demie minute pour que les injures commencent à fuser."
Et Tiberio aurait volontiers continué pendant des heures. Il se serait en particulier fait un plaisir de raconter la scène du banquet de "bienvenue" qu'on lui avait accordé, mais voilà, on l'interrompait, encore et toujours. Mais cette fois ci, l'interruption venait de la belle Cinzia. Qui aurait pu lui en vouloir, à elle, avec son physique si agréable?
Pas Tiberio en tout cas. Du coup, il resta silencieux, tandis que la jeune femme s'excusait de leur fausser compagnie.

"Ah! Mais ne partez pas!"
Eut il temps de lacher, servant à la femme son plus beau sourire.
"Seigneur, maintenant qu'elle est partie, je dois avouer que mon appétit a pris un coup dur. Tragique, vraiment."

Et, comme c'était tout de même là un mensonge, Tiberio continua à savourer la nourriture qu'on lui avait servie, gratifiant la servante d'un bref geste de la main, l'air faché."
"Par contre, vous, vous pouvez partir. Oui, vous pouvez. Allez!"
Il marmonna quelques mots (des injures, en vérité), avant de répondre à la question finale de son ultime interlocuteur, faisant tous les efforts du monde pour oublier le départ précipité de cette jeune femme si attirante, que Tiberio aurait bien volontiers... Il l'aurait fait bien volontiers, oh Seigneur, ça oui. Il aurait même fait plus que ça. Et peut être plus encore.
Mais voilà, occasion gachée, malheur, haine, pleurs, colère et rage, et désespoir. Haussant les épaules, l'air de dire au final "et bien tant pis, nous ferons sans", le cousin reprit.

"Et bien, j'ai quitté nos terres en l'an de grâce 1732, en vérité. Et j'ai vogué, vogué, vogué jusqu'à l'autre bout du monde mon cher. Jusqu'aux Amériques pour être précis, ha ha ha!
Ha... Et quel endroit. Quel endroit. Terre de contrastes, je dirais. Parce qu'on y trouve à la fois la pire des racailles et la plus distinguée des bourgeoisies. Malheureusement, surtout la pire des racailles. Et puis, c'est... Enfin... C'est très spécial voyez vous? On peut y devenir prince en une semaine, et perdre toute sa fortune le lendemain. Assez intéressant. J'ai de tout de même réussi à tenir 11 années avant de devoir me replier. Croyez moi, c'est là bas un score épatant."
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Luciano di Lorio
Ami de la Famille Adorasti - Ca'Adorasti
avatar

Nombre de messages : 168
Date d'inscription : 05/07/2005

MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Lun 19 Mar - 5:33

[La Chambre d’Elio]

À mesure que ses pas le rapprochaient du Grand Salon, Luciano pouvait percevoir avec plus d’acuité la voix de Tiberio Adorasti et les propos obscènes qu’il tenait à son auditoire. Assurément, leurs retrouvailles se dérouleraient dans l’allégresse mutuelle, puisque l’affection qu’il vouait à cet homme lui avait toujours été rendue de façon réciproque. Un échange d’amabilités serait la bienvenue après les évènements de la journée. Soigner sa main entaillée pourrait toujours attendre, il était plus important d’accueillir chaleureusement un vieil ennemi. D’autant plus que, malgré tous ses défauts, le cousin du Prince possédait certaines vues relativement intéressantes sur des sujets de sa préoccupation, si on accordait une quelconque valeur aux paroles d’un individu aussi grossier.

Arrivé devant le salon alors qu’une dame en sortait, il recula d’un pas pour lui céder le passage, notant la pâleur de ses traits, avant de s’introduire à son tour, la faisant aussitôt disparaître de sa mémoire comme la quantité négligeable qu’elle devait représenter.

« La pire des racailles, Monsieur Adorasti? Je ne suis pas étonné que vous y ayez prospéré. Sans doute avez-vous pu trouver votre place parmi les sauvages de l’Amérique plus qu’au sein de votre propre famille. »

S’adressant au musicien, il s’inclina poliment pour ensuite affirmer :

« Heureux de vous retrouver en si charmante compagnie, Monsieur della Lonza. »

Sur ces salutations cordiales, il remarqua le plateau déposé à l’intention des invités et s’en approcha pour se servir d’un peu de volaille et satisfaire la faim qui le tenaillait depuis le Florian. Conscient d'avoir été le premier à déclarer les hostilités, il alla s'installer confortablement dans un fauteuil dans l'attente de la rispote qui ne saurait tarder, son regard se posant sur chacun des deux hommes avec un amusement qu'il ne chercha pas à dissimuler.

« Eh bien, Messieurs, un peu plus et nous pourrions nous croire de retour à Florence, il y a de cela quelques années, n’est-ce pas? » s'enquit-il, presque plaisamment, un sourcil haussé.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Danilo della Lonza
Gentilhomme - Ca'Adorasti
avatar

Nombre de messages : 92
Date d'inscription : 16/12/2006

MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Lun 19 Mar - 15:38

Alors que Tiberio continuait de déblatérer au sujet du sieur Iago, l’intervention d’une bonne chargée d’un billet détourna quelques instants l’attention de Danilo. Cinzia semblait particulièrement troublée par le mot qu’on lui adressait, et le gentilhomme fronça un sourcil. Le teint blanc que Cinzia arborait dorénavant lui allait à ravir, mais s’il était le fait d’un mouvement d’âme attristé, Della Lonza ne pouvait que s’en désoler. Et plus encore de ne pas savoir de quoi il retournait. Consoler le beau sexe était une activité hautement plaisante.

Tiberio continuait à parler, en pleine diatribe contre le mariage du prince, et surtout contre les nobles auxquels il avait été confronté. Peu à peu, le sourire revint au gentilhomme. La gouaille non retenue du cousin Adorasti avait quelque chose de réjouissant lorsqu’il n’attaquait pas bassement, comme il l’avait fait pour Di Lorio. Cette histoire de maillet amusa beaucoup le musicien, qui finit même par éclater d’un rire franc lorsque Tberio décrivit les emportements des nobles florentins façe à ce sujet difficile. Il imaginait sans peine la scène et, comme son interlocuteur le disait, cela devait être des plus cocasses. Il n’avait pas beaucoup plus de respect pour ces gens que Tiberio, même s’il était moins apte à le crier sur tous les toits.


« Ah ! Monsieur, si vous saviez comme je peux regretter de ne pas avoir été là pour contempler pareil spectacle. Ce genre de symphonie cacophonique est une délectation à qui sait en rire. Si de telles effusions venaient à se reproduire, je compte bien être présent pour admirer telle pagaille. »

La dame au billet intervint soudain, brisant de nouveau l’amusement que le musicien trouvait peu à peu dans cette conversation. Cinzia partait, après quelques mots maladroits adressés en guise d’excuse. Tiberio évoqua une faim coupée, avant de se replonger plus avant dans son repas. Danilo, lui, perdit réellement l’appétit. De telles rencontres, si brèves étaient toujours frustrantes au plus haut point. Sa collection mémorielle ne pouvait être complète, n’ayant pu contenter beaucoup plus que ses yeux. Il jura intérieurement, puis décida d’oublier au plus vite la jeune femme qui ne semblait pas prête de croiser à nouveau son chemin, et s’intéressa plus avant aux propos du cousin du prince.

Avant qu’il ait pu répondre quoi que ce soit à ses pensées sur l’Amérique, Luciano Di Lorio refit son apparition. Della Lonza reporta son regard sur lui alors qu’il lançait une pique à Tiberio. L’aristocrate semblait de mise quelque peu chahutée, comme s’il avait froissé sa toilette à la lutte. Et sa main portait des stigmates intéressants. Quoi qu’ait fait le baron depuis qu’il l’avait quitté, cela n’avait pas dû être de tout repos. L’aristocrate se servit sans faire grand cas de bienséance alors Danilo répondait civilement à sa salutation, puis il s’en alla s’asseoir dans un fauteuil. Danilo était impatient de savoir ce que l’échange entre Tiberio et Luciano pourrait bien donner, et c’était avec une certaine délectation qu’il attendait les éclats du premier.

Luciano évoqua alors la ville natale du musicien.


« Figurez-vous que l’ambiance des belles années à Florence me manquait singulièrement, fit-il en mentant éhontément sans que cela transparaisse dans sa voix. Cet état de fait n’est pas pour me déplaire. Mais je ne doute pas un instant que la Sérénissime donne un goût tout particulier à notre petite société. Votre chère ville natale, monsieur Di Lorio, est plus retorse et dangereuse que la noble Florence. Il semble d’ailleurs qu’elle aime le sang ; et je ne m’étonne guère qu’elle ait répandu le vôtre aujourd’hui, tant on m’en a vanté les travers. »

En disant cela, il ne pensait pas réellement à une possible aventure lubrique. A vrai dire, il n’avait aucunement déterminé ce qui avait pu blesser ainsi le noble, même si le peu de cas que ce dernier faisait de son exposition lui laissait à penser que cette affaire ne devait pas être d’une importance suprême. Il était tout de même quelque peu curieux de savoir ce qui était arrivé à l’homme, et c’était pourquoi il s’était exprimé ainsi.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tiberio Adorasti
Cousin du Prince - Ca'Adorasti
avatar

Nombre de messages : 54
Date d'inscription : 18/01/2007

MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Lun 19 Mar - 17:29

Oh non. Oh non, mais non! Mais pas lui! Mais Seigneur, sur les dizaines de personnes que Tiberio aurait pu croiser dans ce Salon, pourquoi avait il fallu qu'il croise précisément Di Lorio? Rah non! Et s'il y avait bien une chose pire encore que croiser quelqu'un de son espèce, c'était de le croiser au cours d'un repas. Et ledit repas étant en l'occurence le premier dégusté à Venise, mais également le premier depuis de longues et nombreuses heures, le gachis ne fut que plus grand.
Un sourire glacial et crispé apparut sur le visage du cousin du Prince, tandis qu'il observait le nouveau venu. Nouveau venu qui ne se contentait pas d'être seulement désagréable à l'oeil, ou même désagréable tout court, mais se permettait en plus d'être grossier.
Tiens, quelle est cette douce musique qui se fait soudain entendre? Hum... Instrument étrange en tout cas. Aucun autre n'émet le même son, on le reconnaitrait entre mille. Et ce rythme... Oui, aucun doute, il s'agit bien là de la 3ème Symphonie en grincements de dents mineurs. C'est bien cela.


"Tiens tiens... Alors comme ça les portes de l'Enfer se sont finalement ouvertes et les lutins de Satan ont finalement décidés de venir fouler notre sol, c'est cela?"
Et... Aaah! AAaaah non, pitié non, pas ça! Le voilà qui s'installait à leurs cotés. Non, cette fois ci, adieu à l'appétit. Paix à son âme, pauvre bête, térassé par l'horrible Luciano.
Tiberio laissa retomber sa fourchette et observa son nouvel interlocuteur s'installer à leur table. Et il se permettait de parler de la famille Adorasti? Lui, lui qui l'avait corrompue jusqu'à la moelle, et l'avait pourrie, tout cela en commun accord avec le Seigneur Andrea, bien entendu. Certains se plaisaient à dire qu'Andrea n'était qu'un valet de Luciano, et d'autres l'inverse. Ces gens là ne détestaient donc que l'un d'entre eux à la fois. Tiberio ne s'embarassait pas de tels détails bien sur. Deux suspects et de grands doutes sur le vrai responsable? Parfait! Donc deux coupables. Mais il ne pouvait cependant s'empecher de haïr Di Lorio plus qu'il n'haïssait son oncle. Question de "respect" des liens du sang, surement. Ou non, ce n'était pas ça. C'était plutot que Di Lorio se permettait les mêmes excentricités et les mêmes prétentions qu'Andrea, alors que, si cela pouvait se comprendre du Seigneur Adorasti, c'était bien plus difficile à avaler de la part de ce vieux pédéraste de bas niveau.
Tiberio observa le fessier s'abaisser, et aplatir le siège sur lequel il se reposait. Impuissant, le brave Tibère ne put que reprendre son calme, se saisir de son verre de vin et en gouter quelques goulées, avant de répliquer.

"Oh vous savez, le contraste n'a pas été si fort que cela. Ma famille est parfois si mal entourée..."

Ponctuant cette courte phrase d'un haussement d'épaules, le cousin eut la bienséance de laisser la parole au musicien. Mais il fallait avouer qu'il s'en fallut de peu. Alors qu'il y avait seulement une demie minute, Tiberio considérait cet homme comme un compagnon de tablée interessant et un musicien de grand talent, il était en quelques secondes seulement devenu un intrus, placé au beau milieu d'une bataille qui commençait à faire rage. Et qui, par conséquent, risquait d'être touché par une (ou plusieurs) balle(s) perdue(s). Mais pour l'instant, le cousin avait le controle de ses nerfs.
Ce qui lui permettait donc de laisser parler l'intrus. Pas trop longtemps tout de même, certes, mais c'était toujours ça. Il se doutait déjà que, dans trois ou quatre minutes, il se laisserait emporter, et le musicien ne pourrait plus qu'observer en silence, ou prendre parti. Et il se disait déjà que d'ici une dizaine de minutes grand maximum, il enverrait surement son poing valdinguer par dessus la table, et discuter amicalement avec le nez du Baron. Histoire de. Ca s'appelle exaucer un vieux rêve d'enfant. C'est féérique et beau. Poétique et lyrique. Ca se respecte, même si, en l'occurence, cela risquait d'entrainer quelques complications diplomatiques avec le jeune prince Elio.
Déjà. Dès le premier jour. Et bien tant pis. Tant pis. Que choisir? Etre humilié par Di Lorio et rester à Venise, ou lui coller un bon coup de poing dans les dents et se facher avec son cousin? Option 2. Forcément. Ne serait ce que pour savourer la scène.

Ah? Ah oui, le musicien avait fini de parler. Le sujet? Florence, ah oui. Et bien, parlons en, de Florence.

"Ha oui, vraiment. "Comme au bon vieux temps" comme on dit, n'est ce pas? C'est vrai, ça n'a finalement pas beaucoup changé. On m'avait pourtant prévenu,mais je constate maintenant visuellement qu'on peut y faire des rencontres tout aussi déplaisantes. Quoique lorsqu'on parle de vous, vous vous doutez bien que le qualificatif "déplaisant" est bien pire qu'un euphémisme.
Je ne sais même pas pourquoi je perd mon le temps à vous le dire d'ailleurs, puisqu'on doit bien vous rabattre les oreilles avec ça. Et connaissant aussi votre mauvais gout manifeste, vous devriez même vous en sentir flatté, ai je tort?"

Tiberio releva son verre, et s'appréta à y replonger ses lèvres. Mais en fait non. C'était là laisser du temps à son adversaire pour répondre, et il considérait n'avoir pas encore dit tout ce qu'il avait à dire. Enfin... Evidemment qu'il n'avait pas dit tout ce qu'il avait à dire. Il pourrait écrire mille livres sur le pourquoi du comment de la haine qu'il portait à Di Lorio. C'était juste que, pour le coup, il n'avait pas terminé sa petite tirade. Rien de plus, rien de moins.
"Non, évidemment, je n'ai pas tort. Enfin bon...
Je vais tacher d'oublier à quel point il est... comment dire...? Oh, après tout, je crois que vous avez compris l'idée. Je ne trouve pas d'adjectif suffisament fort pour vous qualifier. Amusant non?"
Pas tellement en vérité, parce que c'était vrai.
"Bref. Je vais tacher d'oublier à quel point c'est un.. déplaisir... de vous avoir à cette table, et je vais même tenter de discuter avec vous. A moins que vous ne vouliez quitter les lieux?
Hum.. Si vous n'avez pas cette politesse, pourriez vous dans ce cas nous éclairer sur le mariage Adorasti-Grazziano?"
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Luciano di Lorio
Ami de la Famille Adorasti - Ca'Adorasti
avatar

Nombre de messages : 168
Date d'inscription : 05/07/2005

MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Jeu 22 Mar - 6:26

Si séduire était un plaisir dont Luciano n'aurait su se priver, déplaire l'était tout autant. Ne susciter qu'une morne tiédeur chez ses interlocuteurs ne lui paraissait digne d'intérêt. Il préférait de loin que se déchaînent les passions à son encontre, même si celles-ci étaient meurtrières. Et, à cet instant précis, il était amplement servi par la réaction de Tiberio Adorasti à son arrivée. Sa vieille Némésis n'avait apparemment rien perdu de sa verve, ni de son animosité envers lui durant son séjour aux Amériques. Les origines exactes de leur inimité se perdaient dans la nuit des temps, il aurait été surprenant qu'un simple aller-retour dans une contrée peuplée de barbares suffise à l'atténuer.

« Mal entourée, Monsieur Adorasti? On m'a pourtant laissé entendre que votre famille a cherché à s'entourer d'amis fidèles et de conseillers avisés pour pallier aux éléments dénaturés qui la rongeaient de l'intérieur. »

Un sourire étira lentement ses lèvres alors qu'il déposait négligemment son assiette contre une console, offrant l'allure d'un aristocrate se prêtant à un jeu avec le détachement seyant à son rang.

« Tous les hommes de science avec qui j'ai pu converser s'entendent sur un même point: pour prévenir un membre gangréné d'étendre son mal sur le corps entier, il faut absolument le sectionner. C'est une mesure contraignante, mais nécessaire. Toute chaîne comporte son maillon faible, n'est-ce pas? »

De son côté, della Lonza poursuivait la conversation en faisant preuve d'une civilité divertissante, compte tenu du fiel qui s'apprêtait à être échangé. Quel camp rejoindrait-il? Adopterait-il une neutralité polie pour ne s'attirer les foudres d'aucun des belligérants? L'aristocrate doutait que le soutien du musicien puisse représenter un atout, mais dans l'éventualité où ce dernier choisirait le neveu d'Andrea, il veillerait à lui faire regretter de s'être rangé avec les perdants.

« Eh bien, Monsieur, je suis fort aise de l'entendre et sans doute que votre ancien bienfaiteur le serait tout autant. Je crois avoir le souvenir que vos dernières années sous le toit des Adorasti furent des plus mouvementées… mais jeunesse se perd, je présume, et vous voici à présent de retour auprès de ceux qui formèrent votre foyer, » commenta-t-il, non sans ironie.

Il avait été loin d'être dupe des courtoisies de salon du claveciniste et ce foyer qu'il évoquait était d'égale mesure à l'ambiance des belles années qu'avait mentionnées son interlocuteur avec une effarante hypocrisie.


« Florence était tout aussi retorse et dangereuse, peut-être ne lui avez-vous seulement pas offert l'occasion de vous le démontrer. J'y aurai versé autant, sinon plus de sang qu'en cette cité. Et quant à cette bagatelle… »

Désignant sa main blessée, il la déplia avec précaution pour examiner la coupure qui l'entaillait. Peut-être y aurait-il moyen de consulter Maître Barrozi avant qu'il ne quitte le palais…Relevant un regard amusé sur le visage de della Lonza, il énonça d'un ton suave :

« La chasse est un jeu qui comporte ses risques, comme vous le savez sans doute, Monsieur. J'ai eu l'infini plaisir de m'adonner à ce sport avec une proie hautement raffinée, la biche de Cérynie n'aurait pu être plus insaisissable et le lion de Némée plus féroce adversaire. Toutefois, je considère avoir quelque gain au cours de cette bataille. Je n'ai rien eu sans effort et n'ai donc point perdu le goût de ce que j'ai pu recevoir. »

Alors que Tiberio Adorasti vantait ses éloges, Luciano se prit à songer de nouveau au jeune Raffaele. Que n'aurait-il pas donné pour que son protégé se trouve dans le salon, à ses côtés. Le confronter à un opposant tel que le cousin du Prince aurait été, à coup sûr, fort intéressant. Il lui fallait cependant apprécier ce divertissement seul pour le moment, mais certainement aurait-il le loisir de le lui faire partager un jour. Il attendit que son interlocuteur ait tout à fait achevé de cracher son venin pour prendre la parole à son tour :


« On vous a dit impie, hérétique, débauché, inverti, corrompu, vicieux... »

Il marqua une pause, laissant le soin à son auditoire de compléter la liste interminable des adjectifs pour décrire l'être grandement respectable et estimé qu'était le neveu d'Andrea. Puis, c'est avec toute la froideur dont il était capable qu'il articula :

« Pour ma part, toutefois, je ne vous ai jamais vu que tel que vous l'êtes réellement: une vulgaire nuisance. »

Détaillant son interlocuteur avec le dédain vaguement surpris de celui qui à peine à croire de la misère qu'on étale sous ses yeux, il poursuivit :

« Sincèrement, Monsieur, j'aurais aimé pouvoir vous affubler d'au moins un qualificatif qui vous aurait distingué du parasite primaire. À défaut de rendre votre compagnie tolérable, cela l'aurait agrémentée de quelque particularité pittoresque, plutôt que cette banalité qui caractérise le petit malfrat sans conséquence. Malheureusement, cela m'a toujours été et cela me demeure impossible, puisque je constate combien vous vous êtes préservé dans une complaisante médiocrité. »

Il ne se tut que quelques instants pour enchaîner aussitôt sur la question qui lui avait été posée, considérant qu'il avait réglé celle de cette piètre excuse d'Adorasti et que s'attarder sur le sujet aurait été pure perte de temps :

« En ce qui a trait aux épousailles de notre Prince… tout dépend de la personne à qui vous vous adressez. Je suppose que nos jeunes mariés pourraient nous témoigner de la félicité de leur amour, qui tarde toutefois à se manifester sous la forme d'un héritier. Pour ma part, et pour celle d'Andrea, les vœux qui accompagnaient cette alliance n'ont pas encore été pleinement réalisés et il serait bon d'y remédier. »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Danilo della Lonza
Gentilhomme - Ca'Adorasti
avatar

Nombre de messages : 92
Date d'inscription : 16/12/2006

MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Dim 25 Mar - 19:26

Evidemment, les deux hommes n’avaient pas tardé à se montrer tout le respect qu’ils avaient l’un pour l’autre. Comment aurait-il pu en être autrement ? Mettre deux prétentieux forts en tête, l’un doté d’une certaine intelligence raffinée et méchante, l’autre d’une idiotie patente et d’un manque d’honneur et de décence remarquable ne pouvait que mener à un affrontement éclatant. Danilo ne parvint pas à déterminer dans l’immédiat s’il devait s’amuser des éclats des deux hommes ou au contraire les fuir au plus vite, avant qu’ils tentent de le prendre a parti. Dans un état d’esprit des plus indécis, il décida cependant d’observer la joute quelques temps, se réservant une possible échappée en cas de réchauffement trop intense de l’atmosphère déjà chargée.

Les deux nobles s’affrontèrent sur la notion de respectabilité, chacun accusant bien évidemment l’autre d’être la plaie des Adorasti. Ce qu’ils étaient tous les deux, d’une certaine manière.

A la remarque de Della Lonza, Di Lorio répondit en l’attaquant sur ses dernières années florentines. Danilo en fut quelque peu attristé. Il aurait pensé que le noble allait trouver un nouveau moyen de tenter de le désarçonner, d’une manière ou d’une autre, même s’il ne s’agissait ici que d’une pique sans grande conséquence -puisque son véritable interlocuteur était le cousin du prince. L’art de blesser du baron descendit légèrement dans l’estime du musicien, que la remarque n’effleura qu’à peine.


« Jeunesse ne se perd pas, monsieur Di Lorio, Sagesse se gagne, répliqua-t-il en conservant son ton affable tout au long de sa tirade. Et j’espère avoir fait au moins un premier pas en cette direction. Ce n’était pas Florence qui avait troublé la paix de mon séjour chez les Adorasti, mais bien ma propre stupidité. J’ai eu la grande idée de tenter de changer quelques choses en moi, ce qui n’est semble-t-il pas le cas de notre cher Tiberio. Je le découvre toujours aussi prompt à croiser le fer et la langue, et vous de même, ces quelques années ne semblent pas avoir beaucoup modifié votre caractère si… Particulier. Si votre constance à tous deux est un bien, je crois que seul l’avenir voudra bien me le dire. »

Di Lorio évoqua ensuite la blessure qui intéressait quelque peu le musicien. Le vocabulaire de ce dernier fit immédiatement remonter en lui l’image du jeune homme en rouge qu’il avait croisé le matin même, et qui avait employé de tels termes. De fait, il n’était pas mystère de découvrir de qui l’aristocrate parlait.

« Vous me voyez ravi que votre chasse vous ai infligé de tels stigmates s’il doivent être pour vous symbole de fierté. »dit-il avec un sourire franc.

Il était très satisfait de cette réponse, qui comblait en quelques mots une première lacune : le caractère du jeune homme en rouge pouvait être discerné au travers des paroles et de la blessure du baron, et Danilo voyait s’y profiler un homme dangereux, d’une trempe sans doute proche de celle de Di Lorio, sans quoi il doutait que ce dernier ait cherché à jouer avec lui comme il devait l’avoir fait. Cette simple constatation était déjà un grand pas.

Les deux autres s’affublèrent de toutes sortes de charmants patronymes. L’esprit du musicien s’évada quelques instants, et la douleur de sa main se rappela à lui. Il y jeta un œil distrait, pour voir avec un froncement de sourcil que quelques traînées de sang traçaient sous son gant avant de plonger dans sa manche. Apparemment, le saignement n’était pas encore totalement tari, même s’il n’avait rien d’une cataracte. Cela l’ennuyait, surtout qu’avec un peu d’attention, les traces pouvaient facilement se voir, et qu’il ne tenait pas à les afficher comme Di Lorio. Les siennes n’avaient rien d’un trophée…

Le mariage était revenu au centre de la conversation, et le petit discours de Di Lorio raviva quelque peu l’intérêt du musicien. Il répondit, une trace d’ironie revenant dans son discours :


« Ah, voici donc. L’intérêt d’Andrea semble bien en danger, s’il a pris la peine de donner à son fils le soutien judicieux de son séide le plus zélé. Mais je ne doute pas un instant qu’avec vous dans la place, la Ca’Adorasti vénitienne puisse décevoir mon ancien mécène.
Sur ce, messieurs, vous voudrez bien m’excuser. Je ne voudrais pas interférer plus avant dans une affaire qui semble si bien engagée entre vous. Evitez tout de même de trop chahuter, je doute que notre très cher prince Elio vous soit redevable d’abîmer son mobilier. »

Il tira doucement sur son gant, pour rapprocher le bord de ce dernier de sa manche, se leva et saisit sa canne, avant de sourire aimablement aux deux hommes et de saluer. Puis, il s’en fut. Sa première idée était de retourner à sa chambre, examiner sa plaie et faire disparaître les miettes du miroir sous l’armoire en attendant qu’une servante vienne débarrasser. Il eut un rire intérieur lorsqu’il repensa à sa dernière recommandation. Dire que lui avait déjà brisé quelque chose dans le palais d’Elio… Bah, de toutes façons, il n’était pas là pour le bien de ce dernier, même s’il valait mieux qu’il se montre affable avec lui lorsqu’il le croiserait enfin. S’il se décidait à sortir de son trou, ou qu’il soit terré.

[Le Couloir desservant les Appartements Privés]


Dernière édition par le Sam 31 Mar - 9:00, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tiberio Adorasti
Cousin du Prince - Ca'Adorasti
avatar

Nombre de messages : 54
Date d'inscription : 18/01/2007

MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Sam 31 Mar - 2:52

"Et bien, fort bien. Fort bien. Au revoir Monsieur della Lonza, au plaisir de vous revoir."
Ou pas. Peu importait en vérité. Della Lonza n'était plus qu'un vague souvenir, disparu et enterré. Luciano di Lorio éclipsait tout. Luciano di Lorio prenait tout l'espace. Luciano di Lorio mobilisait et nécessitait toute l'attention de Tiberio. Tiberio ne pouvait pas se laisser distraire. Et surtout pas par quelqu'un du genre de ce musicien, qui s'était montré bien prompt à faire savoir son opinion quant au comportement du brave Tibère.
C'était vrai. Tiberio n'avait pas changé. Enfin. Presque vrai. Un peu. Il avait un peu changé. Mais dans les grandes lignes, il était toujours le même. Dans les grandes lignes, il était toujours aussi obtu et orgueilleux, toujours prêt à se faire remarquer et à tenter d'écraser autrui. C'était surement là les seuls points communs qu'il partageait avec di Lorio. "Ils sont ennemis, mais au fond, pas si différents" dirait peut être l'amateur de phrases-clichés. "Ils sont aussi pourris l'un que l'autre" dirait peut être le vil diffamateur. D'autres iraient plus loin. D'autres feraient semblant de se montrer plus fins dans leurs jugements. Peu importait de toute façon.
Et puis, ça n'a rien à voir avec notre sujet, au final.

Notre sujet, au lieu d'être "l'opinion d'untel et untel sur Tiberio Adorasti et/ou sur Luciano di Lorio", devrait être "que c'est il passé après le départ du musicien". Et bien pas grand chose.
Parce que voyez vous, della Lonza n'avait peut être pas pris position ni vraiment participé au partage festif d'insultes, mais il avait au moins l'avantage de faire office de public. Et quel désarroi pour celui qui recherche la gloire que de se retrouver à l'aube d'une bataille épique en sachant que personne ne pourra la conter. Maaais quel désarroi, olalah. Catastrophique.
D'ou le silence qui suivit le départ du musicien. Il venait du désarroi, vous l'aurez compris. On put entendre les pas de della Lonza résonner de concert avec ceux des quelques serviteurs qui trainaient encore dans le coin, avant que, enfin, le cousin du prince ne se décide à se relancer.

Tibère avait tourné la tête, et observé le départ du troisième homme. Mais à un moment donné, il fut bien obligé de retourner son visage en direction de son ennemi. Obligé.
Et c'est là qu'il s'efforça de donner ce qu'il avait de meilleur en lui. Pas niveau répartie, non. Il avait déjà fait bien mieux. D'ailleurs la performance qu'il livra était classique. Un coup classique et simple, mais toujours appréciable et efficace. Non, ce qu'il avait de meilleur niveau "regard méprisant et froid". Autant dire "un vrai beau regard méprisant et froid bien réussi". Des années d'entrainement pour en arriver là. Des années d'utilisation intensive et de perfectionnement. Tout ça pour toi di Lorio, finalement. Tout ça pour que, aujourd'hui, tu sois témoin de ce qu'on fait de mieux en matière de regard méprisant et froid. Bien sur, dans quelques mois, années, Tiberio améliorera encore sa technique, et se fera plus glacial encore. Mais pour le coup, c'est de l'anticipation. On y est pas encore. Le cousin du prince se contenta de ce qu'il savait faire dans ce registre ce jour là, à savoir le Mercredi 5 Février 1744.
Bref. Il jeta un regard froid et méprisant, bref, avant de lacher, simplement, tout en replongeant son attention dans sa nourriture, comme si son interlocuteur avait disparu, ou n'était qu'une servante sans importance.


"Bien. Et bien... Il semblerait que vous ayez finalement fait fuir mon seul compagnon de tablée. C'est fort dommage. Enfin, vous avez réussi votre oeuvre : ruiner mon humeur pour la journée.
Toutes mes félicitations, cher valet d'Andrea. Maintenant, auriez vous la décence d'aller faire un petit tour dans une autre pièce, pour ennuyer quelqu'un d'autre? Allez, faites moi donc ce plaisir, pour une fois. Hum?"
Il releva les yeux, et refixa son attention sur le Baron, conservant un sérieux sans faille, laissant penser qu'il y avait peut être un fond de sincérité dans ce discours touchant.
"Vous pourriez même aller trainer votre carcasse dans un autre batiment, pas vrai? Ou... Même..."
Et voilà... Tout de suite... Le ton monte, la machoire tremble, et toute forme de controle nerveux disparait. Tout de suite. Vraiment. Roh. Honteux.

"Même... Imaginons... Vous pourriez même quitter cette ville, pas vrai? Dire adieu à Venise, n'est ce pas? Aller, par exemple, dans une ville ou un pays ou jamais, jamais, nous ne pourrions nous croiser, pas vrai?"
Tiberio saisit son assiette. Tiberio se leva. Tiberio jeta son assiette au visage du Baron Luciano di Lorio. Tiberio hurla :
"Hors d'ici, pédéraste puant! Hors d'ici! Retournez donc voir mon oncle, et rampez donc dans sa couche, comme vous aimez tant le faire! Allez y donc!"

Oh, il avait vraiment dit ça? Ah oui. Il avait pourtant prévu de dire autre chose. Tant pis. C'était sorti. Il aurait pu faire mieux. Il aurait pu éviter de jeter son assiette, aussi. Il s'en rendait compte. Tant pis. Tant qu'il y était, il saisit son verre. Fermement. Prêt à l'exploser sur un crane bien défini.
Et il commençait aussi à se dire que, bientot, des serviteurs allaient arriver. Et qu'ils seraient ennuyeux. Ha... Malheur malheur. C'est tout de même incroyable! Impossible pour deux gentilhommes de régler un différend de manière civilisée.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Luciano di Lorio
Ami de la Famille Adorasti - Ca'Adorasti
avatar

Nombre de messages : 168
Date d'inscription : 05/07/2005

MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Sam 31 Mar - 21:48

C'est avec un salut poli que le « séide zélé au caractère si particulier » accueillit le départ de della Lonza. Que le musicien s'esquive avant que ne débute le véritable affrontement ne suscita que son indifférence. Sa lâcheté, malhabilement déguisée sous des abords de neutralité, n'était pas plus pardonnable que de pactiser avec l'ennemi. Le discours presque moralisateur qu'il leur avait tenu, le même qu'on aurait offert à deux enfants chamailleurs, était une autre des preuves confirmant sa couardise. Seuls les pleutres se permettaient de sermonner, puis de fuir sans demander leur reste. Si le claveciniste avait reculé devant les légères escarmouches échangées par formalité, Luciano se ferait un plaisir de lui démontrer ce qu'était une réelle offensive.

Une fois seulement qu'il en aurait terminé avec Tiberio Adorasti. Tiberio Adorasti qui arborait, à l'instant même, une mimique partagée entre une hauteur incongrue et un semblant de flegme sur lequel aurait craché n'importe quel stoïcien digne de ce nom. L'aristocrate, pour sa part, fut déchiré entre le dédain de circonstances et l'envie quasi-irrépressible de se gausser des tentatives honorables, mais somme toute pitoyables de son adversaire de paraître supérieur. La scène lui évoqua une fable de Lafontaine, où une grenouille essayait d'égaler la taille d'un bœuf et finissait par en éclater littéralement.

D'ailleurs, la déflagration ne tarda pas à se produire. Si le neveu d'Andrea débuta d'une manière correcte, arrivant à reproduire une réplique décente de détachement, il perdit bien vite pied. De sa physionomie à sa voix vacillante, tout annonçait l'explosion imminente. Le baron devait s'avouer curieux de connaître la suite des déconvenues de son compagnon, c'est pourquoi il resta assis jusqu'au point culminant du spectacle présenté devant lui. Ses yeux suivirent l'assiette de porcelaine, Tiberio Adorasti qui se redressait, puis le tracé que décrivit la dite assiette.

Dans toute son existence, Luciano avait reçu un nombre incalculable de gifles, de griffures et de morsures, une quantité respectable de coups de poing, plusieurs crachats de dépit, quelques estafilades relativement profondes, deux balles bien senties… mais rarement lui avait-on envoyé un plat à la figure. La pratique, surprenante au premier abord, n'en était pas moins grotesque. Il y aurait eu plusieurs moyens différents d'y riposter. Se relever à son tour et provoquer le cousin d'Elio en duel en faisait partie. Le noble était toutefois doté de capacités de raisonnement, ce qui faisait visiblement défaut à son interlocuteur par trop fougueux.

La perspective d'un duel ne déplaisait pas à son orgueil et, s'il eût possédé vingt, voire dix ans de sagesse en moins, il aurait indubitablement cherché à venger son honneur. Il n'était cependant pas à la Sérénissime pour son propre compte, mettre ses jours en péril alors qu'il était investi d'une mission de la part d'Andrea lui paraissait inconcevable. Ce pour quoi il avait lutté Calle Trevisi avait valu de déroger aux règles de la convenance et il n'aurait agi autrement que par la force. Prendre sa revanche sur son cher ennemi n'exigeait pas nécessairement qu'on verse le sang. La mort était parfois même préférable à certaines représailles fort douloureuses.

Et c'est donc avec cette assurance fort justifiée, qu'il entreprit de nettoyer soigneusement les dégâts qu'on avait infligés à sa mise. Il ne se pressa nullement, s'appliquant à sa tâche, patiemment, calmement, méthodiquement, tout comme il ne se presserait nullement s'appliquerait à la tâche de faire payer Tiberio Adorasti, patiemment, calmement et méthodiquement. Enfin, lorsque les éclaboussures les plus superficielles furent disparues et que l'assiette fautive ait rejoint la sienne sur la console, il daigna lever les yeux vers l'autre homme, un sourire ironique aux lèvres.


« Eh bien, Monsieur Adorasti, je dénote que votre exil aux Amériques a eu raison du peu de manières que vous ayez déjà possédées. Voilà donc comment vous avez survécu à votre cohabitation avec des sauvages? En lançant les reliefs de votre repas à vos interlocuteurs? Impressionnant, vraiment. Je n'en attendais pas moins de vous, en vérité. Ou plutôt, pas plus de vous. »

D'une chiquenaude désintéressée, il débarrassa sa culotte d'un résidu de volaille qui alla s'écraser contre le pourpoint de son vis-à-vis. Sa voix se fit presque paternelle, presque emplie d'une bonhomie que son regard gris démentait avec franchise:

« Force est de constater que les usages acceptés parmi les barbares ne sont pas en cours de retour dans le monde civilisé. Je vous pardonne pour cette fois, puisque sans doute avez-vous oublié la conduite que doit respecter un gentilhomme en bonne société. Vos débordements sont bien touchants, bien primitifs, trop de proximité avec la Nature, je présume. Je crains malheureusement que tous ne fassent pas preuve de la même magnanimité que moi et que mon indulgence envers vous vienne éventuellement à s'étioler, si vous persistez à vous montrer aussi déraisonnable. »

Se mettant sur pieds, il fit face à son opposant, affichant toute la superbe que lui conféraient sa haute taille, sa solide carrure, mais surtout ce rang et cette position qu'ils savaient légitimes. De son ton, à présent glacial, il prodigua des avertissements qui auraient tôt fait de se transformer en réelles menaces, si les frontières de l'acceptable se trouvaient à nouveau outrepassées :

« Vous me demandez fort aimablement de quitter cette ville, alors que de vous et de moi, je suis celui à détenir un motif valable d'y demeurer, celui à ne pas représenter une charge inutile pour la Ca'Adorasti, celui qui aura su au fil du temps se prouver digne de la confiance de votre oncle. Bien sûr, cela vous importe peu puisque vous avez déjà fait connaître l'attachement que vous portez à votre famille… mais, gardez seulement en tête, la prochaine que vous proférerez autant d'insanités, que votre nom ne saura vous protéger éternellement et que vous ne pourrez toujours vivre aux crochets des vôtres, qui n'hésiteront pas à amputer le membre gangréné si celui-ci risque d'infecter le corps entier. Je vous souhaite que cette tâche ne me soit pas confiée, parce que je n'aurai pas oublié l'affront que vous avez commis envers moi, mais aussi envers Andrea. Ne vous avisez pas d'en faire la cible de vos perfidies. C'est une chose que je n'admets ni n'absous. »

Ses doigts se refermèrent autour de la main de son adversaire, resserrée autour d'un verre dans une menace à peine dissimulée. À exercer une pression plus forte, l'arme improvisée se serait brisée en éclats coupants, qui auraient – quel malheur! – meurtri le neveu d'Andrea.


« Et maintenant, vous allez immédiatement poser ce verre, Monsieur Adorasti, articula-t-il froidement, comme un père s'adresserait à son fils qui, jouant trop près d'une flamme, risquerait de s'y brûler. Je crois que vous vous êtes déjà assez humilié pour aujourd'hui. Pas la peine de vous vautrer plus longtemps dans la bassesse. »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tiberio Adorasti
Cousin du Prince - Ca'Adorasti
avatar

Nombre de messages : 54
Date d'inscription : 18/01/2007

MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Ven 6 Avr - 2:31

Le poing crispé, serré autour du pied du bien beau verre en cristal, Tiberio serrait les dents, à la limite de se les déchausser. Les tremblements étaient passés. Son état de nerf était stabilisé, mais pas bien éloigné du seuil critique. Seuil qu'il avait bien sur dépassé lors du lançage d'assiette, et seuil dont il ne devrait plus se rapprocher désormais. Car, il le savait, pour bien se battre, il faut se battre concentré. C'est une entreprise hardue! Il faut y mettre toute son âme et toute son énergie! Et lorsqu'on laisse les nerfs prendre les rennes, on tape dans le vide, voire même dans les murs, on se fait mal, et on finit avec les yeux pochés et le nez cassé. Non. S'il devait se battre, il devait le faire bien, bon Dieu! Et il devait faire même mieux que ça, vu l'adversaire. Parce que là, Seigneur, Seigneur, il ne s'agissait pas seulement de cogner, mais de faire un carnage. Voilà ce qu'il fallait. Aucun droit à l'erreur. Il fallait que le sang coule, recouvre les murs, que les arcades sourcilières s'ouvrent comme la Mer Rouge, et que les os se brisent comme je ne sais quoi.
Le cousin, tendu, donc, écouta les paroles du vieil homme qui lui faisait face, mais avec difficulté. Et oui. En vérité, Mr di Lorio ne parlait pas assez fort. Comprenez bien que le pauvre Tibère avait droit à une symphonie de battements de coeur effrénés lui résonnant dans les tempes, et que quand on entend ce genre de musique, il devient vite difficile de se concentrer sur un quelconque discours. Mais, tout de même, il avait réussit à saisir les quelques lignes directrices. L'idée générale du discours.

Et c'est encore à cause de ses nerfs que, lorsqu'il répliqua,ce fut en sifflant entre ses dents sérrées, telle une boule de nerf prête à craquer.


"Vous parlez de ma famille, mais quoi que vous puissiez dire, par mon sang j'y ai ma place, et c'est ainsi, c'est un fait qui ne changera pas. J'y ai ma place, contrairement à vous. Par ma naissance et mon nom, j'ai acquis le droit de me pavaner dans nos salons, de débattre avec nos amis et de cracher sur nos ennemis. Par ma naissance et mon nom, j'ai acquis le droit de me comporter comme je l'entend, en toutes occasions, et je n'ai rien eu à faire pour mériter ces droits.
Contrairement à vous.
Et vous pouvez toujours rêver, vous imaginer qu'un jour, on me chassera définitivement. Mais vous le savez, au fond de vous, que cela tient du domaine du rêve. Mon père reste mon père, et mon oncle reste mon oncle. Aucun d'entre eux ne peut me supporter, mais aucun ne peut non plus se permettre de me haïr. C'est cela, le luxe de s'appeler Adorasti."
Et le cousin du Prince rapprocha son visage de celui de son cher et tendre ami, lui murmurant maintenant ses paroles en étant séparé de lui par à peine quelques centimètres, dégustant l'haleine de son ennemi à grande inspirations, et laissant le Baron faire de même.
Baissant encore le ton, il reprit, sans s'être vraiment interrompu.


"Vous, pour pouvoir vous permettre ne serait ce que la moitié de ce que j'ai le droit de faire, vous avez du vous mettre à genoux devant mon oncle, et lui proposer je ne sais quelle hérésie sexuelle. Vous connaissez ma réputation, et vous avez même la chance et l'honneur de me connaitre en personne, ce qui vous permet donc surement de déméler les mensonges des vérités, par conséquent, vous êtes sans aucun doute le mieux placé pour savoir qui est le pire d'entre nous deux.
Vous savez tout ce qu'on dit de moi, ces ragots de couloir que les jeunes servantes en chaleur s'amusent à raconter à voix basse, en priant pour que je croise leur chemin et leur offre une entrée dans la légende."
Et là, il changea la position de son visage, glissant lentement jusqu'à l'oreille du Baron, et lui sussurant quelques mots à son oreille.
"Mais moi, on dira ce qu'on voudra, jamais je n'ai eu à m'abaisser à quoi que se soit. J'ai toujours gardé la tête haute, assumé mes actes et exaucé mes souhaits. Vous, vous savez ce que vous avez été obligé de faire, n'est ce pas? Pour vous payer une place bancale parmi nous. Pourtant, votre fessier s'en souvient."

Souriant maintenant à pleines dents, ayant réussi à décharger toute sa haine dans cette tirade, Tiberio recula son visage, et contempla celui du Baron, lachant au même instant le verre, et se détachant d'un coup sec de la poigne ennemie. Par la même occasion, il laissa malencontreusement chuter le verre, qui se brisa en tout un tas de petits morceaux, qui virevoltèrent de droite et de gauche.
Il conclut, sur un ton des plus normaux cette fois ci, reprenant une apparence de calme avec la rapidité propre aux grands impulsifs.

"Vous êtes un cafard, un cafard, et, pour reprendre un qualificatif que j'ai entendu à votre sujet et qui vous allait décidément fort bien, vous êtes un parasite. Et pire encore que cela, vous êtes surtout prêt à perdre toute dignité pour tenter de vous faire une place... Une place je ne sais ou d'ailleurs. Dans notre société? Ou peut être dans le coeur d'Andrea?
Ha ha ha ha! Mon Dieu, di... Ha ha ha ha!"

Tibère fut ensuite pris d'une crise d'un rire méprisant, mais surtout nerveux, qu'il ne put réprimer. Par conséquent, les quelques phrases suivantes furent totalement incompréhensibles. Et tout en riant, il jetait un regard noir, remplit de haine, au Baron, tout en s'assurant, en jetant de temps à autres des coups de d'oeil de droite et de gauche, que les serviteurs étaient là, et qu'ils avaient entendu.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Luciano di Lorio
Ami de la Famille Adorasti - Ca'Adorasti
avatar

Nombre de messages : 168
Date d'inscription : 05/07/2005

MessageSujet: Re: Le Grand Salon   Dim 15 Avr - 18:25

Luciano di Lorio était un homme de certitudes. Malgré les intrigues auxquelles il s’était mêlé, l’ombre qui couvrait sciemment certains pans de son existence et les doutes qu’il se plaisait à semer dans l’esprit d’autrui, certaines vérités lui apparaissaient comme immuables et indiscutables. Il savait par exemple que son rang, sa fortune et ses privilèges lui revenaient de bon droit. Il savait aussi qu’il était né pour dominer et que la Mort lui était préférable au déshonneur ou au déclin. Il avait toujours su que son rôle était de s’élever et d’écarter tout ce qui se dresserait en travers de sa route, puisque les hommes, tout comme l’étaient un arbre ou une pierre, pouvaient être balayés sans aucune arrière-pensée. Il savait qu’il disposait de tous les moyens pour réaliser ce dont il désirait, et qu’il possédait de surcroît l’intelligence pour les employer à bon escient. Mais par-dessus tout, il savait Andrea et Andrea le savait en retour. Ils se savaient l’un et l’autre plus qu’ils ne se savaient eux-mêmes, au point que la distance et l’éloignement étaient reléguées au rang de contraintes futiles.

Fort de ces évidences invariables à ses yeux, il n’était pas aisé de l’ébranler. Particulièrement puisqu’il était intimement convaincu que seul l’homme qui le connaissait plus que quiconque était en mesure de l’atteindre. C’est donc pourquoi l’aristocrate ne ressentit qu’une vague irritation à l’approche de ce corps trop près du sien et de ce fiel qu’on déversait à même son oreille. La vulgarité en n’importe quelle bouche n’était jamais plaisante à entendre, encore moins lorsqu’elle s’écoulait de celle de son interlocuteur. Et que cet homme se permette de les juger, Andrea et lui ; et que cet être lamentable se croit supérieur à lui ; et que ce sous-Adorasti ose remettre en cause sa place au sein de sa famille lui paraissait aussi grotesque qu’inadmissible.


« Vingt-neuf ans, trois mois et seize jours, Monsieur, énonça-t-il lentement et clairement, sans se soucier que d’autres que son vis-à-vis ne l’entende. C'est très exactement le temps qui s'est écoulé depuis la première fois où je me suis livré à ce que vous qualifiez fort adroitement d'hérésie sexuelle avec votre oncle. Je peux vous assurer que lui comme moi en gardons un souvenir impérissable, en effet, et si vous ne m'étiez pas aussi désagréable, je vous souhaiterais de connaître pareille volupté une seule fois dans toute votre misérable existence. »

Un sourire retroussa lentement ses lèvres tandis qu’il toisait le neveu d’Andrea de bas en haut avec un dédain qu’il ne voulut pas dissimuler.

« Malheureusement, nos luxes diffèrent, je le vois bien. Soyez le pire, je vous accorde ce titre sans regret puisque je prends et n'ai toujours pris que le meilleur. Il m'a déjà plu, par le passé, alors que j'étais encore un jouvenceau curieux, un homme en devenir, d'attirer quelque servante jusqu'à ma chambre. Il m'est rapidement apparu que partager la couche d'un Prince était grandement supérieur à ces menus plaisirs dont se repaît le menu fretin. Si cette légende éphémère d'ogre dévoreur de petites gens vous satisfait, grand bien vous fasse, mais vous comprendrez sans doute que j’aspire à de plus grandes instances. »

Du bout de sa canne, le noble traça négligemment des figures dans les éclats de verre répandus sur le sol, que des domestiques s’empressaient déjà de nettoyer autour de lui, offrant l’image de celui qui cherche à se désennuyer et qui ne se sent que peu concerné par une conversation… ce qui était bel et bien le cas. Un exercice de routine, voilà ce que représentait pour lui ces chaleureuses retrouvailles. Il n'était pas devenu ce qu'il était désormais, à quarante-cinq ans, en ne recevant que fleurs et compliments. C'était par ces joutes quotidiennes qu'il s'était construit et par elles qu'il continuerait à affiner son esprit et aiguiser sa répartie.

« J'aurais espéré que vous auriez été investi d'ambitions à la mesure de cette naissance que vous faites valoir avec tant d'emphase. Mon impression à votre égard se confirme seulement : ce sang qui est le vôtre est ce que vous possédez de plus noble et de plus haut. Pour quelle raison – ou quelle folie – vous a-t-on désigné pour porter ce nom, je ne saurais l'expliquer. Peut-être tout simplement pour rappeler que rien en ce monde ne peut être pur et que quelque tare irréparable devra toujours galvauder ce qui s'approchait de la perfection… »

Il ponctua cette phrase d’un nouveau de ces sourires narquois dont il avait le secret, avant d’esquisser un pas vers l’arrière pour permettre à une servante d’amasser les brisures à ses pieds. Ne lui accordant pas la moindre attention, sa voix se fit ni émue ni vibrante lorsqu’il articula froidement :


« En vingt-neuf ans, trois mois et seize jours, ni Andrea ni moi ne nous sommes cachés que ce qui nous unit s'élève au-dessus de tout autre lien, qu’il fusse de sang. Cela, toutefois, vous n'êtes certainement pas à même de le comprendre. Pas aujourd'hui, du moins, et je doute que vous ne le puissiez jamais. »

Se penchant pour tendre une main secourable à la jeune fille, il la présenta à son interlocuteur non sans ironie, la poussant vers lui avec une douce fermeté, alors que son souffle effleurait la nuque de sa captive, découverte par ses cheveux noués dans un chignon :

« Prêtez oreille aux ragots de couloir, si cela peut flatter votre orgueil déjà immodéré et vous conforter à mon propos, Monsieur. Il vaut mieux pour vous comme pour vos admirateurs que vous ne sachiez rien de mes actes ou de mes souhaits véritables, que vous vous targuez si impudemment de connaître. Votre légende risquerait d'en pâtir, mes loisirs, d'en être gênés et je ne désirerais surtout pas vous ravir le seul gibier à votre portée. »

Son regard gris se porta à sa montre-gousset et il put constater qu’il était l’heure pour lui de prendre son congé de son charmant convive. Toute bonne chose avait une fin et il lui fallait accueillir Lucrezia tel qu’il se devait.

« Il me faut à regret mettre un terme à notre entretien, puisque mes devoirs paternels m’appellent. »

Une fois devant la porte, il prit la peine de se retourner pour adresser ces dernières paroles à son cher ennemi :

« Il aurait été sage que vous prêtiez attention à mon avertissement, Monsieur Adorasti. Que vous croyiez votre oncle capable de vendre sa confiance en échange de plaisirs charnels est une insulte que je ne pardonne pas. »

[Suite de Lucrezia di Lorio - Le Petit Salon]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Le Grand Salon   

Revenir en haut Aller en bas
 
Le Grand Salon
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 5 sur 6Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4, 5, 6  Suivant
 Sujets similaires
-
» [RP ouvert] Le Grand Salon
» [RP GUERNESEY ] 1650-02 et 03 puis octobre - Palais Grand salon
» Le Grand Salon « Orchestra » (attenant au Casino)
» Le Grand Salon
» Méréwyïn Alaryïn [Grand prêtre d'Arcamenel] {réservé Ambre}

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
VENISE :: ENTRE NOUS :: CA' ADORASTI :: L'Etage Inférieur :: Le Grand Salon-Bibliothèque-
Sauter vers: