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 La Salle à Manger

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Du Bout des Doigts
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MessageSujet: La Salle à Manger   Lun 9 Mai - 1:16

...
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Coriolan
Invité



MessageSujet: Re: La Salle à Manger   Mer 7 Fév - 21:58

[Le Grand Salon]

Coriolano entra, Bianca au bras, dans la Salle à Manger. La pièce était grande, lumineuse, joyeuse. La table était mise avec toute la qualité nécessaire pour la demeure d'un prince, mais il en ressortait une impression chaleureuse et familiale.

La table avait juste la taille qu'il fallait pour accueillir cinq personnes. Coriolano sourit intérieurement. Décidément, Monsieur l'Intendant était quelque de formidable.
En entrant, il glissa la main derrière une tapisserie, tirant un cordon qui lançait en cuisine le signal que le service pouvait commencer.

Coriolano se plaça et invita d'un geste de la main ses convives et amis à s'asseoir.


"Je ne sais pas ce que notre cuisinier à préparé. Il prétend que lorsque l'on a la surprise, on apprécie mieux. Il est toujours difficile de contrarier les artistes..."


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Bianca Grazziano Adorasti
Princesse - Ca'Adorasti
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MessageSujet: Re: La Salle à Manger   Jeu 8 Fév - 1:56

[Bibliothèque via le Grand Salon]

Soulagée de voir que la colère d'Ugo s'était totalement volatilisée, Bianca avait reposé ses mains sur celles de son frère en l'écoutant. Visiblement, elle avait fait fausse route et l'allusion d'Ugo sur Cléopâtre n'avait été qu'une simple image sans arrière-pensée. De toute manière, c'était totalement absurde. Que ferait son époux avec une courtisane ? Bianca avait grincé des dents alors que la réponse s'était imposée d'elle-même.

Ce fut très volontiers que son attention s'était tournée vers des pensées plus agréables alors qu'elle prenait entre ses doigts la lettre de son père. Un sourire s'était dessiné sur ses lèvres à la lecture des quelques mots qui la concernaient. Une légère vague de culpabilité l'avait traversée en lisant la confiance qu'il avait. Etait-elle à la hauteur des espoirs qu'il plaçait en elle? Elle en doutait encore. Il lui faudrait certainement encore du temps pour se faire à tout cela.


"Merci Ugo." avait-elle dit en repliant la lettre du bout des doigts.

Elle s'était relevée à son tour et avait suivi son frère jusqu'au salon où elle avait retrouvé sa suite, sa cousine et une autre dame qu'elle ne connaissait pas.

A leur arrivée, Inès était en grande conversation. Elle savait sa cousine douée pour parler avec grande éloquence devant une assistance, qu'elle soit restreinte ou plus importante, alors qu'elle-même préférait écouter et observer que prendre la parole. Sur ce point, elles ne se ressemblaient pas.

La princesse avait cherché à croiser le regard de Gaetano pour lui offrir un sourire rassurant. Elle se doutait qu'il ne devait pas vraiment se sentir à sa place alors qu'elle était heureuse qu'il l'ait accompagnée.

Elle avait ensuite suivi Ugo jusqu'à la salle à manger, tenant toujours le bras de son frère qui l'y menait. Elle comprit que Raffaele n'était pas au palais et espérait le voir très vite.

La princesse se surprit à regretter l'absence de son époux, non pas pour faire étalage à ses yeux de la beauté de Ca'Grazziano, les deux palais se valaient en prestige, mais même si Elio n'était pas l'époux qu'elle aurait souhaité, être mariée à lui était une fierté. Et puis cela lui aurait également évité la contrariété de le savoir occupé elle ne savait où et avec elle ne savait qui.

Bianca essaya de se raisonner. Elio n'était pas là, elle n'avait pas à supporter son regard, sa froideur et son jugement. Elle était chez son frère et comptait bien profiter de ce moment agréable. A l'invitation de son frère, elle s'assit à la place qu'il lui désigna. Elle sourit légèrement à l'évocation du menu... elle n'avait pas vraiment faim.
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Pourpre
Du Bout des Doigts
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MessageSujet: Re: La Salle à Manger   Jeu 8 Fév - 22:45

Le tour de post pour ce sujet est libre, la conversation doit rouler sans entrave.
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Ines di Grazziano
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MessageSujet: Re: La Salle à Manger   Ven 9 Fév - 23:10

[Le grand Salon]

Inès pénétra dans la salle à manger, suivant docilement le prince et sa sœur après avoir adressé une légère révérence et un grand sourire aux invités restés dans le Salon. Elle balaya distraitement la pièce des yeux, notant la lumière chaleureuse qui mettait en valeur l’aspect accueillant de la salle et une expression amusée se peignit sur son visage.

« Est-ce vous qui avez décidé de l’agencement des pièces Ugo ? Votre Palais est magnifique, il est pourtant plus traditionnel de laisser les femmes en charge de la décoration. N’avez-vous pas eu besoin d’aide pour vous installer dans une si vaste demeure ? »

Elle s’assit à la place qui lui était désignée, prononçant sa remarque d’un ton badin avec un regard interrogateur pour son cousin avant de reporter son attention, un petit instant, sur Bianca.

La jeune femme semblait aller nettement mieux, et ses traits, bien qu’encore un peu altérés, s’étaient partiellement départis de l’angoisse dont ils témoignaient un peu plus tôt. L’entrevue entre la princesse et de son frère semblait avoir permis d’évacuer quelque peu le trop plein de sentiments auxquels la cadette avait été soumise.
La Napolitaine eut une pensée amère pour l’homme responsable de ces tracas… il n’était pourtant pas rare qu’un époux prenne des maîtresses, et puisqu’il s’était installé dans la ville du libertinage, il aurait été étonnant qu’Elio Lacryma Adorasti n’en fasse de même. Après tout, lui non plus n’était pas tenu de s’enticher de la femme qu’on avait choisie pour lui. Cependant, Inès se refusait à ressentir de la sympathie pour celui qui ne percevait même pas la détresse de sa compagne.
Après tout, Bianca avait tout du jeune oiseau frêle et attendrissant, n’est-ce pas ? Ne fallait-il pas être cruel pour ne pas ressentir le besoin pressant, en la voyant, de la secourir aussitôt en enseignant à cet être plein d’innocence les bases pour échapper à ce monde cruel ? Le visage de la princesse était pourtant criant de vérité : c’était d’un preux chevalier aimant et serviable dont elle avait besoin, pas d’un mari !
La cousine di Grazziano retint un soupir de mélancolie. Evidemment, il était possible qu’elle soit légèrement aveuglée par l’image d’angelot sans défense qu’elle avait gardé de sa parente depuis son enfance… Mais était-il envisageable que Bianca ait changé ?
Après un regard rapide à l’objet de ses réflexions, elle décida que la réponse à cette question rhétorique serait, jusqu’à preuve du contraire : Non.

Satisfaite de cette conclusion, elle la relaya dans un coin de son esprit pour revenir à la conversation qu’elle devait se faire un devoir d’animer au mieux.


« Ainsi, nous allons avoir l’honneur de découvrir la surprise du chef ! Je suis impatiente de goûter cela.
Mais… » elle jeta un regard à la chaise qui restait vide autour de la table. « Votre très aimable frère ne devait-il pas nous faire le plaisir de nous gratifier de sa présence ? » S’enquit-elle, plus intriguée qu’inquiète.
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: La Salle à Manger   Sam 10 Fév - 0:24

[Le Grand Salon]

Muzio n'avait pas fini de s'étonner. A peine avait-il eu le temps de s'habituer à l'idée d'un dîner en petit comité, à peine la porte franchie, que son regard se posa sur les cinq places préparées. Cinq, pas une de plus. Cinq, comme le frère, la soeur, la cousine, le frère absent... le médecin. C'était tellement incongru. A la limite un médecin de famille connu et apprécié depuis des années... Mais un homme rencontré la veille ! Mais il avait une mission, il ne devait pas l'oublier. Le regard d'Ines di Grazziano passait, brièvement mais régulièrement, sur sa cousine. Avait-elle, elle aussi, était chargée par le Prince de surveiller les humeurs de Bianca ? Ou son coeur de cousine l'avait-elle simplement avertie d'un changement ?

Pour le moment en tout cas, il n'y avait pas de doute. L'enthousiasme de la veille contrastait singulièrement avec la retenue du jour. Sans tirer de conclusion hâtive, Muzio résolut d'être doublement attentif durant le repas, sans surcharger cependant la Princesse de ses regards.

Ugo di Grazziano paraissait à l'aise dans son rôle d'amphitryon. Sa cousine n'était pas la dernière à lui donner la réplique, et le tout prenait cette atmosphère chaleureuse que devaient avoir les repas de famille. Certains, du moins. Le médecin laissa de côté toute fausse pudeur et s'assit. Lorsqu'Ines évoqua le frère absent, la curiosité de Muzio s'éveilla. La dame de compagnie n'avait pas pu lui répondre, et le flou restait total sur l'âge et la situation du dernier Grazziano. Enfin, dernier... Les surprises n'étaient peut-être pas finies. Il nota en tout cas la clémence familiale: l'enfant explorait la ville sans souci de l'horaire du dîner, voilà que n'auraient pas accepté tous les maîtres de maison. La réponse d'Ugo l'intéressa donc particulièrement. Ne disait-on pas 'bien connaître pour bien soigner', après tout ? Quoiqu'il en soit, c'était ce qu'il disait lui.

Lui qui n'avait jamais faim se sentait un peu d'appétit. En fait, il n'avait pas mangé depuis... la veille, à midi. Il pourrait ainsi faire honneur à la surprise du cuisinier. L'appétit allant de pair avec une bouffée de détermination sociale, Muzio résolut de ne pas offenser ses hôtes d'un mutisme. Certes, il avait le caractère plus enclin à l'écoute, mais le son d'une voix sur quatre pèse. Il s'adressa à Ines.


« Vous parliez de Venise, Madame, et je vous ai laissé entrevoir peut-être une déception... Soyez sûre, dans tous les cas, d'y trouver l'occupation. Il ne se passe guère de jours sans fête, il me semble. Les rues, d'ailleurs, ne parlent aujourd'hui que d'un certain bal qui aura lieu ce soir. Ira-t-on dès le début ? Le couvre-feu aura-t-il été retardé ? »

Il eut un sourire amusé et les phrases suivantes ressemblèrent à une taquinerie respectueuse.

« Venise est bavarde. En cela, peut-être, se compare-t-elle aux femmes... ? »

*A certaines, tout au moins.*
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Coriolan
Invité



MessageSujet: Re: La Salle à Manger   Dim 11 Fév - 15:51

Coriolano avait répondu par un sourire à la remarque de sa cousine. C'était bien elle de tout de suite remarquer les petites choses qui divergeaient de la norme.
Oui Coriolano était pour l'instant à la fois le Maître et la Maîtresse de sa demeure. A vingt-huit ans il n'était toujours pas marié. Pas que cela soit une exception. Les hommes peuvent se marier quand bon leur semble. Mais il était vrai que l'on attendait auprès d'un Prince déjà en charge d'un palais et d'une partie des affaires de son père, une présence féminine.

Ceux qui le tenaient en haute estime disaient qu'il avait raison de prendre son temps dans un sujet aussi délicat que le mariage. Certaines jeunes filles romantiques murmuraient que pour un Prince aussi parfait, il fallait une princesse parfaite, et que malheureusement, cela se faisait rare... Ceux qui aimaient faire courir des rumeurs un peu désobligeantes disaient qu'il avait sans doute déjà un enfant quelque part d'une femme qui le menait par le bout du nez. Ces adversaires les plus désagréables laissaient courir le bruit qu'il ne saurait de toutes les façons pas quoi faire de quelqu'un dans son lit étant donné qu'il lui manquait ce qui était nécessaire pour faire un homme entier.

Coriolano laissait courir et ne faisait rien qui puisse donner raison à aucune de ces parties.

Sa cousine d'ailleurs changeait déjà de sujet pour s'intéresser à Raffaele, et le médecin parlait du bal de ce soir.
Coriolano rit légèrement à la taquinerie de Barrozi et sans le savoir reprit mot pour mot les paroles qui avaient traversé l'esprit de l'homme.


"A certaines, tout au moins ! Car attribuer le bavardage à tout le beau sexe, et à lui uniquement serait sans doute faire preuve d'impartialité...

En ce qui concerne le couvre-feu, il sera sans doute repoussé comme cela se passe généralement en ces occasions."

Il reposa son regard sur sa cousine.

"Quant à Raffaele, vous connaissez son caractère indépendant Cousine... Je crains qu'il n'en fasse qu'à sa tête et que sa tête ne nous trouve bien ennuyeux."

Le petit sourire indulgent et rieur qu'il avait donnait à ces mots une légèreté badine qui convenait bien à un grand frère parlant de son cadet.

"Il est probablement en train d'explorer et en perd la notion du temps."

En disant "explorer", Coriolano pensait à "explorer la ville" et était loin d'imaginer qu'il s'agissait plutôt "d'explorer le corps du meilleur ami du pire ennemi de notre père", et qu'à l'instant où il disait cela Raffaele était en train d'éprouver une convoitise sans borne non pour une babiole quelconque mais pour les lèvres du-dit homme. Mais enfin, le résultat était le même.
Le premier plat arriva à ce moment, une salade de mâche et raiponce, disposée et assaisonnée avec art.


"Mais je vous en prie, il nous rejoindra quand il le voudra. Commençons sans lui !"


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Ines di Grazziano
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MessageSujet: Re: La Salle à Manger   Mar 13 Fév - 0:38

(je poste maintenant car j’ai peur de ne pas pouvoir le faire rapidement et de bloquer le jeu, si ce message nécessite une édition après celle du post d’Ugo, je corrigerais.)

Une étincelle de vive gaieté brilla un instant dans le regard d’Inès alors qu’elle entendait le médecin évoquer un bal populaire, dont elle n’était pas au fait, et qui, semblait-il, mettait toute la ville en émoi.
Un bal en plein air ; une de ces festivités bigarrées ou se pressent à la fois la petite noblesse, la plèbe et la royauté, formant une foule étrange et hétéroclite, sans identité et privée en partie du support rigide de la hiérarchie sociale. D’autant plus, pensa-t-elle, qu’on était à Venise. La cité des doges était réputée, outre pour ses nombreux palais et merveilles artistiques, pour être la ville mère du libertinage.
La Napolitaine ne doutait pas une seconde que ce genre de joyeusetés réserveraient, en plein cœur de la Sérénissime, de nombreuses surprises au visiteur averti.
Maitre Barrozi, quant à lui, semblait beaucoup plus réservé sur le sujet. Sans se douter, peut être, de l’agitation qu’il venait de causer dans l’esprit de la marquise, il rapportait avec humour et une pointe d’ironie les bruits de couloir qui circulaient en ville à propos du déroulement des festivités, peignant par la même un portrait animé de la cité.
Inès ne put retenir son rire à la boutade qui concluait la réponse du médecin. Evidemment, Venise, l’éternelle coquette d’Italie, comment résister à la formidable tentation de constituait cette comparaison facile ? La jeune femme releva le trait d’humour, feignant l’indignation malgré le sourire qui éclairait son visage.


« Oh ! Messieurs ! Que vous êtes injustes avec vos moitiés ! Pensez-vous réellement que la femme est bavarde par simple nature ? » Questionna-t-elle, avant de baisser la voix pour prendre le ton de la confidence. « Je gage, quant à moi, que c’est par nécessité, et qu’il serait bien sot de ne point relever dans notre flot de parole les seuls mots qui importent et ne peuvent être énoncés haut. »

Elle prononça ses dernières paroles en plissant les yeux, prenant le ton sévère d’une conspiratrice, retenant à grand peine le rire qui remontait les commissures de ses lèvres.

Mais déjà, le premier plat était servit, et elle abandonna ses plaisanteries pour reprendre un sourire plus digne, faisant honneur à l’entrée somptueuse que le proposait le cuisinier de la maison.


« Eh bien mon cher cousin, puisque vous êtes assez aimable pour ne pas nous laisser mourir de faim devant ce plat en attendant Monsieur votre frère, je propose que nous ne vous laissions pas, quant à nous, le temps de changer d’idée. » Annonça-t-elle avec bonne humeur alors que les domestiques entamaient le service.

« Ainsi donc, ce soir même, toute Venise va au bal ? Comme cela doit être distrayant, une pareille fête, ne pensez-vous pas ? Je m’amuserais bien, pour ma part, de voir mes valets de pieds danser la gigue avec mes voisines de chambre. » Déclara-t-elle en riant, lançant une œillade à un petit serviteur rougissant qui passait par-là.
« Je dois dire que je prendrais grand plaisir à y faire quelques pas… Mais je connais si peu de gens ici, je n’oserais sortir seule pour la soirée. »

« Pensez vous vous y rendre, Maître Barrozi ? » Questionna-t-elle après un instant de réflexion, posant son regard clair sur le médecin, vivement amusée à l’idée que, peut être, elle parviendrait à aller au bal au bras du praticien réservé.
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Bianca Grazziano Adorasti
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MessageSujet: Re: La Salle à Manger   Sam 17 Fév - 1:23

Autant la princesse s'était assise en silence que sa cousine, à peine entrée dans la pièce, donnait déjà son point de vue et questionnait Ugo sur la décoration. Bianca n'y avait même pas pris trop attention et laissa donc son regard courir sur les tentures et les tableaux.

"Ines a raison, c'est un palais magnifique Ugo." dit-elle en reportant son attention sur la table soigneusement dressée.

Son regard croisa alors celui de sa cousine. Bianca la gratifia d'un sourire tout en se demandant ce qu'elle était en train de penser. Elle savait sa cousine prompte à se mêler de ce qui ne la regardait pas. Et elle se doutait bien que l'absence d'Elio devait titiller sa curiosité. La princesse ne pouvait pas en vouloir à sa cousine car elle savait qu'Ines cherchait son bien-être. Mais Bianca ne pouvait s'empêcher d'être agacée chaque fois que la jeune femme tentait de s'immiscer dans sa vie privée pour y mettre son grain de sel.

L'évocation de l'absence de Raffaele attira aussi bien son attention que celle du médecin. Ugo répondit qu'il devait certainement être en train de visiter la ville, ce qui la fit sourire. Il était jeune et plein d'insouciance encore, qu'il profite, pensait-elle.

Le regard de Bianca se porta de nouveau sur Muzio qui entamait une discussion sur un certain bal donné ce soir même. Il lui semblait effectivement qu'elle avait entendu des bribes de conversations entre servantes enthousiastes, mais ça lui était sorti de l'esprit. Elle supposait que Raffaele ne louperait pas une telle occasion de s'amuser et elle trouvait ça bien. Le voyage avait dû le fatiguer et il était bien qu'il trouve moyen de se détendre.

La conversation tourna ensuite sur une comparaison entre Venise et les femmes, ce qui ne manqua pas de faire rire sa cousine qui ajouta un commentaire. Bianca porta ses doigts à ses lèvres. Depuis de longues minutes déjà, elle ne faisait qu'écouter les conversations sans rien dire et cela la gênait. Elle ne voulait pas que son frère pense qu'elle était mal à l'aise à sa table. Mais Bianca n'avait pas la même facilité que sa cousine pour répondre sur des sujets aussi légers que le bavardage des femmes. En cela justement, elle était un bien mauvais exemple.

Le premier plat fut servi et cela permit au moins de changer de sujet, pour en revenir au bal de la soirée. Conversation bien entendu, relancée par sa cousine qui déjà annonçait qu'elle aimerait s'y rendre, mais pas seule, tout juste avant de demander au médecin s'il comptait y aller. Si avec cela, Maître Barrozi n'y voyait pas une invitation...

Bianca posa les yeux sur son assiette. Il fallait avouer que l'entrée était digne d'un grand chef tant la salade était bien disposée. La princesse regarda son frère et lui sourit.


"Ca a l'air très appétissant. Je vous souhaite bon appétit." dit-elle à l'intention de la tablée. Lentement, elle attrapa sa fourchette du bout des doigts puis lança un regard discrets aux autres personnes afin de voir si elles avaient commencé à manger.

Décidant qu'elle était restée assez muette et que cela pouvait paraître impoli ou gênant, Bianca décida de poursuivre la conversation bien lancée sur le bal. Sa fourchette restant immobile sur le bord de l'assiette, effleurant une feuille de mâche.


"Y a-t-il souvent des bals comme cela à Venise ? Je veux dire... ouverts à tout le monde. Je trouve que ce genre de fêtes rend la ville un peu plus.. chaleureuse." demanda-t-elle, pensant finalement avec des mots plus sobres, ce que pensait sa cousine.

Cela dit, contrairement à Ines, il n'était pas certain que Bianca se sente à l'aise dans ce genre de fête. Quoi que... elle n'avait jamais testé, peut-être qu'elle serait surprise.
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: La Salle à Manger   Sam 17 Fév - 17:15

Muzio accepta la réponse d'Ines comme un point accordé avec grâce. Voilà qu'on allait le croire méprisant des femmes et d'esprit trivial, mais il fallait assumer un semblant de sociabilité. Cependant, la cousine di Grazziano paraissait avoir une nette tendance à dominer les situations, et la façon qu'elle eut de conclure l'épisode Raffaele confirma son impression.

Bientôt, les domestiques apparurent avec le premier plat. Muzio murmura un 'Merci' lorsque l'un d'eux le servit, et admira un instant la composition de son assiette. Il reconnut des feuilles de mâche et de raiponce, communes en la saison mais non moins raffinées. La sauce était parfaite, le tout délicieux. Sans être particulièrement gastronome, le médecin appréciait un repas gourmand de temps en temps, surtout lorsqu'il se sentait, comme à cet instant, un petit semblant de faim.

La conversation fut ramenée sur le bal par la décidément très enjouée Ines di Grazziano. Aussitôt dit, aussitôt pris, la jeune femme semblait bien déterminée à se mêler au peuple. La surprise de Muzio dut transparaître sur son visage. Pour sa part, il ne comprenait guère les distractions de Venise. Les gens s'étaient-ils amusés la veille, lors de la soirée donnée par le Prince Adorasti ? De quelques ragots, sans doute, mais sinon ? Pour se divertir, l'aristocratie en était donc rendue au point de daigner mêler ses brodequins aux souliers du premier venu ? Quant à la question de la-dite cousine...


« M'y rendre ? » Il n'avait pu s'empêcher de rire, un bref instant. « Non, à vrai dire, l'idée ne m'avait pas effleuré l'esprit. » avoua-t-il sans équivoque néanmoins.

Le regard clair d'Ines planté effrontément dans le sien avait fait reculé le médecin en lui-même. Imperceptiblement, mais sûrement, Muzio était de nouveau sur ses gardes. La proposition sous-jacente l'inquiétait.

D'ailleurs, Venise n'avait que faire d'un médecin frivole, n'est-ce pas ? On lui demandait de soigner, il soignait. En se réfugiant dans cette idée, il se fuyait, il le savait. Par-delà un manque naturel d'insouciance, la vérité c'était... C'était ? La vérité, c'était que depuis six ans, l'idée-même d'aller à un bal lui paraissait absurde. Et il n'avait aucune envie de remettre en cause cela.

L'intervention tardive de la Princesse lui permit de ne pas se justifier et il l'en remercia intérieurement.


« Il me semble que c'est assez courant, en effet. Mais peut-être mon impression est-elle faussée; les bruits et les bavardages s'amplifient tellement... Enfin, ce ne sera jamais assez souvent pour les Vénitiens, sans doute. »

Il avait dit cela sans agressivité et avec un sourire, juste pour essayer de retrouver l'enjouement qui lui était passé. Tout en répondant à la Princesse, il l'observait dicrètement. Après avoir décrété que l'entrée semblait appétissante, elle ne l'avait toujours pas commencée, et sa fourchette paressait, chipotait délicatement. L'homme et le médecin froncèrent un sourcil discret, jetèrent un coup d'œil vers Ugo.
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Coriolan
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MessageSujet: Re: La Salle à Manger   Lun 19 Fév - 21:20

Coriolano ne vit pas le regard que lui jetait le médecin, car il regardait lui-même sa sœur, tentant de l’encourager doucement d’un signe de tête. Il avait lui-même mangé avec appétit, tout en écoutant les paroles amusées de sa cousine et du médecin.

"Il me semble que le carnaval dure toute l’année à Venise, fêtes et mascarades doivent être monnaies courantes…
Pour ma part, je suis de l’avis du Monsieur le Docteur. Il me semblerait presque déshonnête d’y aller."

Coriolano reposa sa fourchette et resta un moment les yeux dans le vague comme pour réfléchir à ce qu’il voulait dire.

"Pietro, le gondolier qui attend toute la journée devant le palais n’est pas invité lors des soirées que l’on donne ici. Et il ne lui viendrait pas à l’idée d’entrer, parce qu’il sait que nous aurions le pouvoir de le mettre dehors si sa présence n’était pas souhaitée.
Alors, se rendre à une fête où l’on n’est pas invité sous prétexte que l’on a le pouvoir de ne pas être chassé… cela est… terriblement injuste, n’est-ce pas ?"

Ces paroles étaient sans doute trop sérieuses pour un simple déjeuner, et Coriolano secoua la tête, faisant voleter ses mèches blondes. Son verre à vin, saisi un peu rapidement, émit un son cristallin auquel se mêla son rire.

"Mais je parle aussi librement parce que je sais, Cousine, que rien de ce que je ne dirai ne vous retiendra de n’en faire qu’à votre tête."

Cela commençait à être connu en ville : Coriolano était entouré de personnalités fantasques auxquelles le jeune prince ne se permettait de mettre aucune entrave. L’accueil de Coriolano ne s’accompagnait d’aucune contrainte.
Il leva son verre un peu plus haut, alors que les serviteurs étaient de nouveau entrés pour débarrasser les assiettes vides et apporter la suite du repas.


"Je bois à votre esprit Cousine… et à vous tous qui me faites le plaisir d’être là aujourd’hui !"

Personne ne semblait l’avoir remarqué, mais une porte avait claqué au premier étage. Il était rare que les portes claques, les serviteurs étant extrêmement précautionneux à ce sujet. Evidemment, il y avait Olympia et son perroquet qui étaient arrivés, et Matteo qu’il avait laissé avec le maître d’arme, et Raffaele et Iago qui peut-être étaient rentrés… Autant de cause susceptible de faire claquer les portes.
L’hommage de Coriolano s’étendait à eux aussi, à tous ceux qui arrivaient autour de lui et allaient rendre ce séjour à Venise beaucoup plus intéressant qu’il ne l’aurait été sinon. Beaucoup plus… intéressant oui.

Les dernières paroles du médecin lui revinrent à l’esprit, et il tourna son visage vers l’homme.


"Vous n’êtes pas vénitien, vous nous plus, c’est bien cela ? Est-ce qu’il y a quelque chose qui vous a attiré à Venise pour vous décider à venir dans cette ville plutôt que dans une autre ?"

La question était posée sur le ton de la conversation la plus simple, d’une curiosité légère qui se satisferait bien d’une réponse évasive. Coriolano ne tenait pas à poser une question qui pourrait mettre mal à l’aise le médecin.


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Bianca Grazziano Adorasti
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MessageSujet: Re: La Salle à Manger   Ven 23 Fév - 17:30

Voyant que tout le monde commençait à manger, la princesse les imita à son tour et goûta la salade qu'elle trouva particulièrement bonne et rafraîchissante. Elle avait, même dans sa manière de manger et d'effleurer la fourchette de ses lèvres, cette délicatesse et ce raffinement sans exagération qui renforçait cette impression de douceur qui émanait de sa personne.

Amusée, elle entendit le médecin décliner l'invitation déguisée d'Ines au bal populaire, ce qui fit naître un sourire sur sa bouche qu'elle entreprit de dissimuler derrière sa serviette. Pourtant il n'était pas difficile de se rendre compte que Maître Barozzi était un homme sage qu'il ne fallait pas brusquer et le regard trop éloquent de sa cousine n'était pas le moyen qui permettait de convaincre ce genre de personnes.

Elle reprit son sérieux mais garda son sourire en regardant Muzio qui répondait à sa question.


"Je pense que vous avez entièrement raison, Maître. Il n'y en aura jamais assez souvent pour distraire toutes ces personnes." dit-elle en tournant le regard vers son frère qui enchérissait.

"Il est vrai que tous ces masques qui circulent un peu partout n'importe quand peuvent donner un air de carnaval permanent à Venise. Cela dit, ce qui est habituel enlève le plaisir d'une fête qui ne durerait qu'un jour."

C'était ce qu'elle pensait réellement. Quoi de mieux que l'excitation que l'on pouvait ressentir à préparer une soirée, un bal ou autre réjouissance ? Bien sûr, les masques que l'ont croisait parfois dans Venise étaient magnifiques, mais si l'ont revêtait un costume aussi souvent qu'une tenue habituelle, le plaisir diminuait jusqu'à disparaître totalement.

"Je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous Ugo, même si je comprend votre opinion. Pietro ne participe pas à vos soirées car il ne se sentirait pas à sa place... Moi-même, je me vois mal participer au bal de ce soir car je sais que je ne m'y sentirai pas à ma place également. Pietro serait-il vraiment chassé s'il décidait d'entrer quand même ? Et.. Ines serait-elle chassée du bal si elle décidait de s'y rendre ? Les classes sociales sont ainsi faites pour que les gens évitent de se mélanger... et bien c'est cela que je ne trouve pas juste."

La princesse porta son verre de vin à ses lèvres mais sembla hésiter à le boire, le gardant sous le nez quelques secondes avant d'y tremper seulement ses lèvres.

"Et pour conclure, laissez-moi vous dire que je suis persuadée que notre frère Raffaele se fera une joie d'aller s'y détendre sans même se poser autant de questions que nous en ce moment." conclut-elle souriant au rire de son frère.

Après avoir donné son opinion sur le sujet, la princesse redevint silencieuse mais semblait plus détendue qu'au début du repas, ayant réussi à mettre ses soucis de côté. Elle écouta son frère poser une question au médecin tandis que les serviteurs débarrassaient les assiettes.
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: La Salle à Manger   Dim 25 Fév - 16:43

Le Prince et sa sœur ayant rallié sa cause, le médecin retrouva son naturel. Les deux jeunes gens contrastaient avec l'aristocratie que Muzio avait commencé à appréhender. Comme... oui, comme un peu d'altruisme princier. Mais Ugo semblait s'être fait une raison du système social, tandis que Bianca conservait une douce révolte et un idéalisme plus propres, sans doute, à son caractère qu'à son jeune âge.

Le médecin laissa ses hôtes - Bianca n'était-elle pas plus Grazziano qu'Adorasti ? - traiter du sort des différentes classes, tandis que son incursion de la veille, au quartier de la Bouche d'Ombre, lui revenait en mémoire. Il préféra ne pas s'exprimer sur le sujet pour le moment. Le problème dissimulé de la misère vénitienne l'avait profondément ébranlé, et il comptait bien engager la lutte. Mais il se méfiait de ses premières réactions, il fallait qu'il prépare le terrain auparavant. Il ne voulait pas gâcher les occasions qu'il créerait de rallier les Princes au combat.

A son tour, Muzio porta son verre à sa bouche et but une gorgée de vin, les yeux oscillant avec attention sur les différents convives. La Princesse mangeait et parlait spontanément. Le médecin en fut rassuré. L'image qu'il se faisait de Raffaele di Grazziano évoluait aussi progressivement; le gamin enjoué avait laissé place au jeune homme provocateur et inconvenant, pourtant couvé d'un double regard bienveillant et aimant de la part de ses aînés. Ines di Grazziano ne pouvait-elle pas trouver en ce cousin le cavalier de soirée qu'elle semblait chercher ?

Le Prince réorienta la conversation. Muzio hocha la tête et confirma:


« Non, en effet, je suis ici depuis... deux semaines, à peu près. Venise m'a toujours attiré. Vous savez, pour nous les campagnards solidement ancrés dans les terres, une ville sur l'eau est un mystère ! »

Ses yeux riaient.

« Pour quelqu'un qui ne voyage pas, une part de son pays reste à l'état de conte... Et peut-être n'est-ce pas toujours un mal ! »

Il avait souri, mais précisa:

« Venise ne m'a vraiment déçu, cependant. La lagune, le canal, les ponts, l'atmosphère... Elle est fidèle à sa légende. »

Il avait voulu ajouter quelque chose, mais remplaça ses paroles avortées par un sourire de conclusion. La cousine avait déjà eu droit au déversement de son acrimonie.
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Coriolan
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MessageSujet: Re: La Salle à Manger   Mer 28 Fév - 22:52

Coriolano regardait Bianca avec admiration. A vrai dire, il pensait comme elle, mais elle, elle le disait. C'était cela le courage et la force de Bianca...

Souriant, Coriolano entama le plat suivant. Par un coup du hasard, la viande était accompagnée de petit pot contenant une crème d'asperge. Sans doute moins authentique que celle de Gabriella, mais extrêmement raffinée.

La dernière remarque du médecin lui fit reposer sa cuillère et un air légèrement étonné se peignit sur son visage.


"Savez-vous ? depuis que je suis arrivé je ne suis pour ainsi dire pas sorti de ce palais. Je commence à me faire une idée bien étrange de cette ville, partagé entre les récits exaltés de Monsieur Salvanti et les remarques mordantes de mon ami degli Albizzi..."

A vrai dire, ces deux visions étaient complétées par les rapports objectifs et politiques qu'il recevait, prenant ainsi la ville dans un vaste filet de relations, de fonctions et d'influences. Mais cela, personne à cette table n'avait besoin de le savoir.

Coriolano haussa légèrement les épaules.


"Mais après tout, peut-être est-ce dans la combinaison de ses deux visions que la ville est la mieux peinte. Or des façades et misères en coulisses. J'imagine que votre fonction doit vous amener à voir ce genre de choses, Maître Barrozi."

Un sourire plein d'humour joua un instant sur ses lèvres en se souvenant des expéditions de Iago.

"Il parait néanmoins que les prisons sont bien plus humaines ici qu'ailleurs... C'est tout à l'honneur des notables de la ville.
Il y a une sorte de devoir, n'est-ce pas, quand on en a la possibilité, d'essayer de rendre le monde autour de soi plus agréable pour les plus démunis.

Les masques qui donnent cet air de fête dont vous parliez, ma sœur, doivent aussi permettre une certaine égalité mais... Il parait que cela cause bien des ennuis à la garde.
L'anonymat leur donne, à ce qu'on m'a dit, une impunité qui tourne la tête et ne révèle pas la face la plus glorieuse de l'être humain."


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Ines di Grazziano
Cousine du Prince - Ca'Grazziano
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MessageSujet: Re: La Salle à Manger   Sam 3 Mar - 1:08

Inès était un peu déçue, et la petite moue affichée sur son visage ne cherchait pas à le cacher
Evidemment, il aurait été étonnant de la part d’un homme comme le praticien de fréquenter les bals populaires et d’accepter la proposition sous-jacente faite par la jeune femme sans y mettre un minimum de réticence. C’était d’ailleurs la réserve du médecin qui rendait l’idée de la fête amusante, la perspective de se tenir au bras d’un maître Barrozi gêné au beau milieu des libertins vénitiens paraissait étrangement distrayante à la Napolitaine.
Malheureusement, il lui faudrait apparemment procéder avec plus de douceur si elle ne voulait pas voir l’affable thérapeute se transformer en un farouche homme-huître.
Muzio ne semblait pas prêt à lui passer ce petit caprice ; qu’à cela ne tienne, elle s’amuserait à le convaincre plus tard. Il ne serait pas dit que la marquise di Grazziano abandonnait la partie si facilement.


« Vraiment ? Nous n’aurons pas le plaisir de nous voir ce soir alors ? Vous m’en voyez navrée. » Soupira-t-elle.
« Il me faudra trouver quelqu’un de confiance pour m’accompagner, je ne puis m’y rendre seule, et encore moins séquestrer ma dame de compagnie à mes cotés alors qu’elle devrait profiter de la fête. »

Mais déjà la conversation s’envolait, passant des fêtes de Venise à la vie du médecin, sans oublier les injustices des classes sociales. Inès observa avec amusement sa cousine, qui sembla, pendant quelques instants, avoir prit sa place d’oratrice principale pour débattre avec fougue sur les inégalités de la société et ses castes. Le sujet rappela à la marquise l’histoire d’une servante autrefois au service de son père… une femme qui avait, elle, refusé de quitter sa place, même pour une vie meilleure. Une sorte d’étrange soulagement s’empara d’elle alors qu’elle songeait que Bianca n’était pas encore de celles qui se résignaient à subir les injustices sans même se sentir révoltée. Son discours était plein de justesse et la Napolitaine leva son verre avec un sourire.

« Je suis de votre avis, très chère cousine, et si votre frère nous le permet, j’aimerais, quant à moi, rendre un hommage à votre pondération et à la chance que nous avons tous d’être ici, attablés dans une des plus belles villes du monde où, parfois, on parvient à oublier que Pietro ne mangera pas à cette table ce soir. »

Le second plat finit par arriver, semblant fait exprès pour raviver l’appétit des convives. Inès entama avec curiosité le reste du déjeuner, suivant la conversation, une fois n’est pas coutume, en silence.
Elle pensa qu’il n’était pas étonnant que maître Barrozi soit un nouveau venu à Venise…. Dans quelques temps, peut être, n’aurait-il déjà plus rien de l’honnête et valeureux médecin qu’ils avaient à leur table… Si la Sérénissime avait bien les vertus de perversion qu’on lui prêtait.
Elle leva son verre à ses lèvres, camouflant au mieux sa moue contrariée.
Le praticien dit quelques mots de Venise, mais la jeune femme fut un peu déçue de ne pas y retrouver la verve dont il avait fait preuve dans le grand salon. Manifestement, l’homme-huître, en plus d’être prudent, savait apprendre de ces expériences, et sa dernière escapade en haute mer ne lui avait pas beaucoup plu… Ou peut être avait-il peur de déplaire à ses hôtes ?
Les paroles de son cousin la surprirent et elle reposa avec force se coupe sur la table, feignant l’indignation en observant tour à tour Ugo et le médecin.


« Enfin, messieurs ! J’ose à peine y croire ! Je vous entends me sermonner à propos du bal populaire de ce soir, et qu’ouï-je ? Que cela fait à peine quinze jours que vous êtes ici, où encore que vous n’avez rien vu de la ville. Mais je suis profondément choquée, » fit-elle sur un ton accusateur, retenant à grand peine son rire « c’est criminel, enfin, de ne pas profiter des joies de la ville alors que vous n’en connaissez rien !
Aaah… je ne comprendrais jamais les hommes, comment pouvez-vous refuser de venir ce soir ? Comment résister à l’attrait de Venise ? Vous ne connaîtrez jamais aussi bien une ville, mon cher Ugo, qu’en vous mêlant à ceux qui la font vivre. »
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Raffaele di Grazziano
Frère du Prince - Ca'Grazziano
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MessageSujet: Re: La Salle à Manger   Sam 3 Mar - 8:22

[Calle Trevisi]

Raffaele avait parcouru la distance séparant la Calle Trevisi du Palais en quelques minutes, un seul regard en arrière lui avait confirmé qu'il n'était pas suivi et ce fut donc d'une humeur joyeuse qu'il regagna le bercail.
Il lança son manteau et ses gants à un valet qui lui apprit que "Monseigneur recevait à déjeuner et que le repas était commencé depuis assez longtemps". Un coup d'oeil dans un haut miroir au cadre doré le fit grimacer, si son visage ne portait pas trace de sa récente rencontre, il n'en allait pas de même de sa chevelure en bataille, de ses vêtements en désordre et surtout de sa gorge qui portait la marque maintenant bien identifiable d'une morsure qu'il caressa du bout des doigts avec un sourire réveur. La bienséance aurait voulu qu'il se change et fasse un brin de toilette avant de se rendre à la salle à manger où, selon toute vraisemblance, on ne l'attendait plus.
Mais la bienséance était loin d'être une des préoccupations du jeune prince et ce fut donc en l'état qu'il ouvrit la porte derrière laquelle se tenait le déjeuner. Il repoussa un serviteur qui se précipitait pour l'annoncer d'un "laissez !" agacé et s'avança vers la table d'un pas désinvolte.

Son regard fit le tour des convives, rien qui le surprenne ou l'amuse. Son frère égal à lui-même, Bianca qui ne changeait pas, toujours transparente et angélique, Ines à qui il avait déjà servi ce qu'il pensait un peu plus tôt et... Ah celui-ci, qui se tenait assis à coté de la cousine, lui était inconnu sur lequel son regard se fit plus aigüe. Il contourna la table en souriant et se penchant vers la volaille rotie qui venait d'être amenée, subtilisa un morceau de blanc du bout des doigts.
Un instant, sa manchette de dentelle blanche tachée de sang et de vin jura contre la nappe immaculée et sa voix s'éleva amusée, sans presque d'acidité
.

"Je vous salue Monsieur mon Frère. Ce déjeuner tombe à pic, je meurs de faim. Ma chère Bianca, je suis bien ravi de vous revoir, vous semblez forcie. Le mariage tend à vous réussir, bientôt vous ressemblerez à ces matrones qui tiennent leur maison à merveille."

Il se laissa tomber sur la chaise qui lui était réservée et allongea les jambes loin devant lui sous la table, prenant une position alanguie des plus incorrectes. Son regard glissa sur Ines dont il avait surpris les derniers mots.

"Allons Cousine, vous embarassez tout le monde à vouloir entrainer ce pauvre homme dans vos libertinages. Laissez respirer vos prises, donnez du mou à la ligne et vous... tirerez plus tard. Quand à vous, Monsieur, bien que je n'ai pas l'honneur de vous connaître, vous avez mon admiration incrédule à lutter ainsi, bravement et avec toute la pudibonderie du monde, contre les plaisirs inutiles et impies que l'on vous vante."

Il mordit dans la chair blanche et chaude avant de la laisser tomber dans son assiette et porta à ses lèvres la coupe de vin qu'on venait de lui servir. Allons, il était au spectacle et si ce qui s'offrait là n'était pas aussi passionnant que la scène qu'il venait de quitter, il n'allait pour autant pas en perdre une miette.
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: La Salle à Manger   Sam 3 Mar - 13:38

Salvanti, Degli Albizzi. Etait-il possible que les deux hommes rencontrés la veille, aussi différents l'un de l'autre que pouvaient l'être deux hommes, fussent des intimes du Prince di Grazziano ? Il imaginait... Oui, il imaginait aisément les 'récits exaltés' de Matteo. Tout aussi bien les 'remarques mordantes' de Iago. Il en était certain maintenant, ça ne pouvait être qu'eux. Ami d'Ugo pour l'un, à son service pour l'autre. Venise lui faisait l'effet d'une vaste toile d'araignée, où les fils étaient étroitement reliés et où se prenaient quelques proies, gesticulant dans un effort vain pour se libérer. Muzio entama la viande. Il fallait qu'il arrête les comparaisons.

Le Prince évoqua les masques, et le médecin se souvint comme il s'était raidi, la veille, en passant non loin de l'étrange personnage de la fontaine. 'Il paraît'... 'A ce qu'on m'a dit'... L'hôte charmant et le frère inquiet restaient un personnage politique, Muzio ne devait pas l'oublier.

Il fut tiré de sa réflexion par un mouvement brusque à ses côtés. La cousine s'était réveillée après un répit suspect. Et elle n'avait rien perdu de ses indignations théâtrales. Il les accueillit avec un sourire poli, un peu lassé à l'avance de lui répondre. Il n'y avait aucune cause sérieuse à défendre, et de toute façon Ines di Grazziano saurait retourner toute réponse à son avantage; c'était donc inutile de la formuler.

C'est alors que le benjamin des Grazziano fit son apparition. Le regard curieux de Muzio le fixa jusqu'à ce qu'il vînt s'asseoir. Raffaele semblait revenir d'une bagarre dans laquelle il avait triomphé. Le désordre de son apparence, la négligence qu'il affectait, le regard provocateur qui balayait les convives... L'image du garçonnet espiègle était définitivement enterrée. Ce jeune homme vulgaire et outrecuidant était-il réellement le frère des deux autres ?

Les yeux du médecin glissèrent sur le rebras taché de la manche, remontèrent dans le cou. Se rétablirent brusquement dans ceux de Raffaele. Il n'appréciait guère le ton condescendant du blondin effronté.


« Je vous remercie de vous soucier ainsi de ma vertu, Monsieur. Néanmoins vous me permettrez de préciser les choses... Je ne lutte nullement par pudibonderie, ni n'entends être la prise de Madame votre cousine. »

Le ton restait poli, mais sans trace d'amabilité. Les insolences vénitiennes commençaient à l'exaspérer.

« Muzio Barrozi, médecin. »
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Bianca Grazziano Adorasti
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MessageSujet: Re: La Salle à Manger   Sam 3 Mar - 19:06

Alors que les serviteurs apportaient la suite du repas, Bianca écouta avec une attention modérée la réponse du médecin à son frère, lui expliquant ce qu'il aimait de Venise.

La princesse regarda distraitement la crème d'asperges, ce qui la plongea dans une rêverie discrète. Elle revoyait Elio goûter celle que Gabriella avait préparée et l'inciter à manger avant de se préparer pour le divertissement musical. Après cela, elle avait parlé avec Romana.. et puis... et puis la soirée s'était déroulée sans qu'elle ne voit le temps passer, jusqu'à ce qu'elle se réveille dans sa chambre avec de vagues échos de violons résonnant dans la tête.

Bianca soupira et la voix de son frère qui parlait à son tour des masques la ramena sur Terre.


"Hm ? Oh heu oui. Vraiment ?" demanda-t-elle pour tenter de se remettre dans la conversation.

La princesse sourit à sa cousine qui voulait rendre hommage à son caractère. Voilà qui changeait. Elle était plutôt habituée de sa part à un comportement inverse.


"Vous voyez, Ines, malgré nos caractères différents, il arrive que nous tombions d'accord." dit-elle en fixant sa cousine avec un léger sourire.

Laissant Ines s'insurger contre le comportement des hommes à leur table, la princesse se servit délicatement un morceau de volaille, décidant de ne pas toucher à la crème d'asperge qui décidément, ne la tentait guère aujourd'hui. Elle s'apprêtait à planter sa fourchette dans la chair blanche quand une agitation près de la porte lui fit tourner la tête.

Des cheveux pâles, des yeux clairs comme de l'eau...


*Raffaele*

Sur le coup, Bianca fit un mouvement pour se lever, un sourire radieux illuminant son visage de revoir son petit frère. Il avait un peu changé en un an, il avait grandi, peut-être mûri. L'adolescent avait laissé place au jeune homme.

Les sourcils de la princesse se froncèrent légèrement en voyant la mise légèrement négligée de son frère, mais elle ne perdit pas pour autant son sourire, trop heureuse de le revoir après tant de temps.


"Raffaele je suis également heureuse de vous revoir, cela faisait trop longtemps que nous ne nous étions.. pas vus..."

La fin de sa phrase mourut sur ses lèvres à l'instant ou Raffaele finissait sa phrase. Forcie ? Matrone ? Le temps qu'elle réalise ces paroles, Raffaele s'était déjà assis à table... même si "assis" n'était pas le mot qui convenait vraiment le mieux...

Consternée, la princesse reposa sa fourchette, laissant intact le morceau de chapon qu'elle s'était servi. La raison pouvait être aussi bien qu'elle voulait éviter de finir par ressembler à une grosse matronne, que parce que son appétit s'était brutalement envolé.

Les mots aux forts sous-entendus qu'il prononça à Ines, la firent bondir.


"Raffaele ! Restez correct je vous prie !" s'exclama-t-elle d'un air plus horrifié que fâché.

Son regard clair se posa successivement sur la chevelure défaite, la dentelle tâchée de vin, la morsure au cou et la blessure à la main qu'elle remarqua quand il reposa son verre. Peut-être son frère avait-il été agressé et que cela expliquait son comportement déraisonnable.


"Raffaele..." reprit-elle d'une voix plus douce mais légèrement perdue.

"Vous me semblez blessé..." poursuivit-elle en désignant sa main d'un geste.

"Avez-vous reçu de mauvais traitements en visitant la ville ?"

Cette fois-ci son ton était inquiet.
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Sole Cro
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MessageSujet: Re: La Salle à Manger   Dim 4 Mar - 11:46

[ Les Jardins - L'Allée centrale ]

Mêlée au ballet des serviteurs qui continuaient d'apporter de nouveaux mets servis dans une vaisselle aussi luxueuse qu'étincelante, Sole entra dans la salle à manger et se dirigea aussi discrètement que possible vers le prince Ugo.

Se courbant légèrement, aussi bien pour le saluer que pour que sa bouche atteigne son oreille, elle chuchota quelques mots.


" Pardon de déranger Monseigneur, mais je viens le prévenir que madame la marquise di Lucore, son invitée, vient d'arriver, et se trouve satisfaite de son installation. Elle doit être à l'instant même en grande conversation avec le seigneur Iago, dans les jardins de Monseigneur. "

Elle se redressa, mains croisées derrière le dos, attendant respectueusement au cas où son maître aurait eu des ordres à lui donner, et là seulement elle autorisa son regard à se poser successivement sur les différents hôtes présents à table.

D'abord la princesse et l'inconnu qui l'accompagnait déjà quand elle était allée au salon leur proposer une collation, puis la marquise di Grazziano, aussi vive qu'à l'accoutumée, et enfin un jeune homme tout de rouge vêtu que Sole voyait pour la première fois et qui semblait faire fi de l'attitude guindée que tous les autres adoptaient.

Intriguée, elle se demandait déjà qui pouvait bien être cet original quand elle entendit la princesse Bianca le réprimander d'un air épouvanté qu'elle ne s'expliquait pas.

Raffaele? C'était là le petit frère qu'on avait attendu?


* Drôle de bonhomme *, pensa simplement Sole en se perdant dans la contemplation silencieuse du repas servi à table, dont le délicieux fumet s'en exhalant commençait à titiller son estomac vide depuis l'aurore.

Ses pensées revinrent cependant à l'inconnu qui était arrivé avec la soeur du prince Ugo.
Qui était-il? Pour être entrée dans la salle à manger bien après la sommaire mais raide présentation que maître Barrozi avait faite au cadet des Grazziano, elle n'en savait rien.
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Coriolan
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MessageSujet: Re: La Salle à Manger   Dim 4 Mar - 22:49

Raffaele. Dieux que son frère avait le don pour faire des entrées théâtrales…
Si Coriolano ne s’était pas pris la tête dans les mains avant de se frapper le front contre la table, c’était uniquement parce qu’il était un Prince, et qu’un prince ne se laisse pas aller à ce genre de débordement.

Il s’était contenté de le suivre du regard, la forme écarlate tournant autour de la table comme un chat autour de son assiette de lait. D’ailleurs il se saisissait d’une aile de poulet comme un chat et s’affalait sur sa chaise avec une nonchalance digne du félin qu’il semblait vouloir imiter.

Un chat avec pattes de velours et griffes. Il avait à peine prononcé quelques mots, mais déjà toute l’attention s’était reportée sur lui, et l’atmosphère d’amicale était devenue venimeuse. Bizarrement, les gamineries de Raffaele étaient toujours prises au sérieux. Coriolano n’y voyait pas une vrai attaque, mais le fait d’un enfant qui s’amuse à agiter un mouchoir rouge comme son habit devant les yeux d’un taureau. Selon lui il suffisait de ne pas être un taureau et de laisser le mouchoir s’agiter. Il n’arrivait pas à y voir autre chose.

Coriolano allait prendre la parole lorsque la voix de Sole lui parvint très clairement. Trop clairement presque. Là encore, Coriolano n’aurait pas tenu son rang de Prince depuis sa naissance, il aurait sans doute crié, sauté de sa chaise et hurlé que ça ne va pas, non de se mettre à murmurer comme ça à l’oreille des gens sans les prévenir, non ? Mais heureusement, il savait maintenant se contrôler et s’est tout juste s’il eut un battement de paupière un peu rapide. Sole était quand même diablement discret quand il le voulait…

Avant de répondre à Sole, presque comme s’il n’avait rien dit, Coriolano prit le temps d’intervenir dans la conversation qui risquait de prendre une tournure moins agréable si on la laissait faire.


"Et bien et bien… Je ne pense pas qu’il y ait besoin de se préoccuper trop de l’état de notre petit frère, chère Bianca… Si..."

S'il y avait eu un grave danger, Raffaele serait sans doute revenu en se plaignant fortement au palais. C'était du moins ainsi que Coriolano imaginait son petit frère. Mais il n'acheva pas sa phrase. Elle pouvait être blessante devant des inconnus.
Il avait commencé par poser une main apaisante sur celle de sa sœur et se tourna maintenant légèrement vers son frère, avec le sourire mi-ironique mi-blasé qu’il lui réservait presque exclusivement.


"Si j’en juge par la vivacité de vos propos ainsi que par la ravissante marque qui décore votre cou, l’état relativement déplorable de votre accoutrement ne vient pas d’une déconvenue essuyée dans la rue mais d’une rencontre d’un caractère plus agréable sans doute ?
Il me semble que jamais vous ne vous parez avec fougue d’une désinvolture piquante d’étudiant de province autant qu’après une rencontre que certain qualifierait de galante…"

Maintenant, les circonstances précisent qui avaient fait que Raffaele se trouve avec une main blessée, Coriolano préférait ne pas les connaître. Il risquait de l’apprendre bien trop tôt par une suite de récriminations qui seraient déposées au palais…

L’idée de demander à Muzio Barrozi de jeter un œil professionnel sur la main de son frère lui avait un instant traversé l’esprit. Mais il répugnait à utiliser ainsi un de ses invités. Et il faisait assez confiance dans l’honnêteté du praticien pour savoir que si son regard exercé remarquait une quelconque gravité dans la blessure, il proposerait lui-même ses services.


"Vous avez parfaitement reconnu le personnage, Monsieur Barrozi, mon frère, Raffaele di Grazziano, que j’espère, vous n’aurez pas à rafistoler trop souvent…"

Maintenant que les présentations étaient réassurées, Coriolano se souvint que Sole était toujours derrière lui, droit comme un piquet, à attendre et sans doute à mourir de faim devant la nourriture étalée. Il lui fit signe d'aprocher d'un bref geste de la main, et lorsque le jeune homme fut de nouveau à sa hauteur, il lui murmura à son tour à l’oreille.

"Merci bien Sole, j’ai déjà vu la Marquise ce matin… j’aurais deux mots à te dire sur ce genre d’interruption tout à l’heure, reste dans les parages, mais tu peux aller manger en attendant…"

Le message fut accompagné d’un léger sourire afin que le pauvre serviteur ne croit pas qu’une remontrance sévère l’attende et que son appétit en soit coupé.


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Monsieur l'Intendant
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MessageSujet: Re: La Salle à Manger   Mar 6 Mar - 15:39

Deux coups rapides frappés à la porte, l'habituelle signature de l'Intendant. Quelques secondes s'écoulèrent, politesse élémentaire, avant que l'homme n'entre et ne s'incline.

"Monseigneur, une dame se présente à l'instant pour réclamer Maître Barrozi au chevet d'un parent souffrant. Il semble que l'affaire soit urgente."

S'inclinant à nouveau, il recula vers la porte mais son regard insistant était posé sur le médecin. L'homme ne s'autorisait en général aucune réflexion sur le mode de vie de ses maîtres, mais en cet instant il pensait qu'un déjeuner quelqu'il soit ne valait pas les souffrances dues à la maladie et que l'urgence était évidente.

Il sortit à reculons pour attendre le praticien et le conduire à l'embarcadère
.
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: La Salle à Manger   Mar 6 Mar - 21:56

A l'évidence, la sœur était plus à cheval sur la morale que le frère. Mmh... Que les frères. Alors que Bianca avait été longtemps sans revoir son cadet et aurait donc dû être plus compréhensive, elle avait été la seule à réagir spontanément pour lui faire remontrance. Ugo semblait au contraire s'amuser de l'incorrection de son frère et en cela Muzio trouvait avec lui un terrain de divergence. Un adolescent provocateur est un adolescent qui attend une réponse à ses provocations. Et la sévérité est parfois une réponse autrement plus bénéfique que l'affabilité, même que l'ironie. Bien sûr, Ugo attendait peut-être un comité plus réduit, un tête-à-tête, mais il serait un peu tard... Du moins, c'était l'avis du médecin.

Médecin qui inclina tout de même poliment la tête lorsque le Prince se chargea de conclure les présentations avec le talent de diplomate qu'on ne pouvait pas lui renier. Muzio avait à son tour remarqué la main blessée de Raffaele. Il aurait confirmé son hypothèse de bagarre si Ugo ne l'avait pas un peu éclairé de ses lumières mondaines. Le Prince soulignait avec désinvolture une rencontre... galante ? L'honneur de son cadet, ou l'honneur de sa famille, n'avait donc pas à souffrir de ce genre de propos ? Muzio était en terre inconnue, cela était clair.

L'élément perturbateur vint non pas de ce petit valet mais de l'homme nettement plus mûr qui les avait accueillis. On le demandait. Il lui sembla que son cerveau faisait un petit bond pour se remettre en place. Terre connue.

Muzio reposa sa serviette à côté de son assiette à demi pleine encore et se tourna spontanément vers Ugo. Il eut pour lui un sourire navré.


« Je suis décidément un convive bien peu recommandable... Mais je vous remercie pour ce souper. »

Il repoussa doucement sa chaise et se leva. Il s'inclina devant Bianca et Ines...

« Mesdames... »

... Se redressa, posa les yeux brièvement sur Raffaele, puis salua les deux frères, particulièrement son hôte.

« Veuillez m'excuser. »

Il rejoignit l'intendant, passa récupérer sa trousse dans le salon, puis le suivit jusqu'à l'embarcadère où l'attendait sa messagère.

[Le Grand Hall - Les Escaliers]


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Coriolan
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MessageSujet: Re: La Salle à Manger   Mar 6 Mar - 22:25

Quand l'intendant était entré, Coriolano avait ressentit une légère crispation. Que Sole ne soit pas encore parfaitement familier des usages, passe. Mais que Monsieur l'Intendant, si parfait, interrompe ainsi le dîner...

Lorsque la raison en fut énoncée, Coriolano eut un étrange mouvement de compassion pour cet homme qui ne pouvait même pas prendre un repas sans être dérangé, et qui pourtant ne semblait pas s'en plaindre.
Afin de l'assurer complètement de sa sympathie, et parce qu'il avait deux mots à lui dire avant qu'il ne s'en aille, Coriolano se leva en même temps que le médecin.


"Je vous raccompagne, Monsieur."

C'était peut-être un bien grand honneur pour un médecin, mais c'était un moindre geste par rapport au respect que Coriolano entendait témoigner à l'homme.

[Je te suis]


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Ines di Grazziano
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MessageSujet: Re: La Salle à Manger   Mer 14 Mar - 20:32

Inès avait eu à peine le temps de finir sa phrase qu’une apparition toute de rouge vêtue fit irruption dans la salle à manger. La jeune femme aurait juré pouvoir reconnaître cette démarche entre mille, et elle leva sur son cousin un regard irrité avant même qu’il n’ouvre la bouche. Raffaele ne semblait pas avoir jugé bon de gratifier l’assemblé d’un semblant de politesse ; sa mise était négligée, ses cheveux défaits, et, si on en croyait la marque à son cou et la blessure qu’il portait à la main, ses premières rencontres vénitiennes n’avaient pas été des plus innocentes.

La marquise laissa échapper un léger soupir résigné en le voyant s’asseoir (ou plutôt se laisser tomber) sur la chaise vide qui l’attendait depuis le début du repas. A première vue, on aurait pu croire que son entré peu protocolaire était la cause d’une urgence, qui pousserait le cadet des Grazziano à devoir s’entretenir au plus vite avec son frère. Cette explication aurait eu le double avantage de rendre la présence du jeune éphèbe plus éphémère et d’éveiller la curiosité de la cousine.
Mais les premiers mots de Raffaele balayèrent tout espoir et Inès observa la réaction des autres convives avec amertume, remarquant au passage l’évolution stupéfiante de la mine de Bianca au fur et à mesure des retrouvailles.

La Napolitaine releva les yeux vers le trouble fait alors qu’il s’adressait à elle pour lui donner des conseil… de pêche ? La marquise esquissa un sourire. Décidemment, maître Barrozi aurait eu le droit à toutes les comparaisons d’ordre subaquatique. Elle songea néanmoins que l’image de l’huître était plus judicieuse : le praticien était une espèce nouvelle de mollusque lamelliforme enfermé à double de tour dans sa coquille.


« Ne soyez pas trop sévère Bianca, ce n’est rien. » Articula-t-elle, prise de cour par la vive réaction de sa cousine. « Je devrais remercier votre frère pour ses conseils en matière pêche, je ne doute pas que ce soit un sport qu’il pratique très souvent. Mais, de vous à moi Raffaele, je me permettrait de vous faire remarquer que maître Barrozi ici présent n’a rien d’un congre, ne vous en déplaise. »

La conversation aurait eu quelques risques de s’envenimer sans la présence apaisante du maître de maison. Mais Ugo semblait incapable de se départir de son flegme (chose qu’il faudrait peut être vérifier à l’avenir d’ailleurs) et c’est avec une bienveillance toute fraternelle qu’il accueillit le nouveau venu, sans s’offusquer le moins du monde de ses propos ou de sa tenue.

L’entrée de l’intendant, venu quérir le médecin mit fin à ces présentations et retrouvailles à peine moins chaleureuses que la moyenne. Inès regarda le praticien se lever, un peu déçue.
Maître Barrozi était un convive agréable et, à cet instant, il était devenu surtout une personne de plus à la table capable de contrebalancer le manque de civisme du cadet des Grazziano. Autant dire que la marquise crut frôler la crise cardiaque quand le maître de maison se leva à son tour pour le raccompagner. L’ambiance du déjeuner risquait de se dégrader légèrement.
Elle garda cependant pour elle le regard implorant qu’elle aurait voulu lancer à Ugo gratifia Muzio d’un sourire presque entièrement sincère.


« Ce fut un plaisir Monsieur, j’espère que nous aurons l’occasion de nous rencontrer de nouveau, peut être sans que le devoir ne vous rappelle à lui. »
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Raffaele di Grazziano
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MessageSujet: Re: La Salle à Manger   Ven 16 Mar - 1:50

En fait de spectacle, Raffaele en avait connu de plus savoureux. Le jeu des acteurs était médiocre et la pièce sans intérêt. Il apparaissait que le texte même en était tellement inepte que les comédiens quittaient la scène avant la fin de l'acte.
Le jeune prince se laissa aller contre le dossier de sa chaise, le verre à la main et croisa les jambes, appuyant son genou contre le bord de la table. Il eut un geste désinvolte envers Bianca et but une gorgée. Au moins le vin était fameux, ce qui relevait un peu le niveau du déjeuner
.

"Je sais, je sais, Bianca. Mes manières ne vous plaisent pas, elles vous plairont de moins en moins et je n'en ai cure. Pensez-vous que je doive suivre l'exemple que me donne mon ainé en quittant la table ainsi qu'il vient de le faire ? Oooh mais oui, bien sûr, lui est tout à fait dans son bon droit puisqu'il est chez lui. Il peut manquer à la plus élémentaire des politesses puisque personne ici n'oserait lui reprocher ses façons. N'est-ce pas, Cousine ? Vous même, qui vous laissez aller à tenter de séduire un hôte du prince à sa table, ne voyez-vous pas où le bât blesse quand vous tentez, fort maladroitement je me dois de vous le dire, de me reprocher mes mots ?"

Une autre gorgée de vin et il reposa le verre puis tamponna ses lèvres avec une serviette brodée.

"Dieu que vous êtes ennuyeuses. L'esprit de Venise, que j'ai eu le bonheur de croiser au Caffé Florian, semble ne pas être de mise ici. J'espère au moins que votre époux, qui a l'avantage de ne pas faire partie de cette famille atteinte d'apathie, a été mieux pourvu que vous ne l'êtes."

Soudain il se redressa et se caressant le menton d'un air songeur, posa un regard ironique sur Ines.

"Mais j'y pense, Cousine, peut-être souffrez-vous d'une sorte de maladie honteuse qui ne fait jour qu'en ma présence en vous donnant l'air et l'esprit d'un Sèvres alors que le reste du temps vous êtes une jeune femme vive et pleine d'initiative ?"

Puis, se tournant vers Bianca avec un sourire très doux.

"Quant à vous, ma chère soeur, il est tout à fait inutile que je vous pose une telle question, n'est-ce pas ? Nous savons tous que votre mollesse, au seuil de la somnolence, est naturelle. Et pour répondre à Ugo, bien qu'il nous ait quitté, les rencontres galantes sont le meilleur que l'on puisse espèrer et s'il s'en passe ou les évite, j'en suis fort contrit pour lui."
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