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 La Chambre de Danilo

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Du Bout des Doigts
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MessageSujet: La Chambre de Danilo   Mar 10 Mai - 23:48

...
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Gabriella Delmonti
Servante - Ca'Adorasti
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MessageSujet: Re: La Chambre de Danilo   Ven 5 Jan - 0:05

[L'embarcadère]

Gabriella poussa la porte de la suite de Della Lonza. La chambre était prête à l'accueillir. Il ne manquait que le feu de cheminée, heureusement le soleil qui baignait la pièce l'avait déjà un peu réchauffée. Le valet déposa la malle près de la porte et repartit.

Quant à Gabriella, elle s'activait près de la cheminée pour allumer un bon feu crépitant.


"Je suis navrée mais le prince et son épouse ne sont pas là en ce moment. Je leur annoncerai votre arrivée dès leur retour." lui promit-elle en se relevant alors que le feu rougeoyant de la cheminée diffusait une douce chaleur dans la chambre.

Elle se tourna vers l'homme et lui sourit, croisant les mains sur son tablier.


"En attendant, vous êtes ici chez vous. Souhaitez-vous que je vous apporte votre déjeuner ici ou préférez-vous le prendre dans la salle à manger ? Oh.. vous avez voyagé, peut-être souhaitez-vous prendre un bain ?"
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Danilo della Lonza
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MessageSujet: Re: La Chambre de Danilo   Ven 5 Jan - 1:07

[L'Embarcadère]

Danilo entra dans la chambre à sa suite. Déambulant doucement, les mains jointes derrière le dos, il jeta un oeil à l'appartement pendant qu'elle s'activait près de la cheminée. la suite était des plus respectables, tout à fait digne du logis fastueux dont elle faisait partie. Cela n'avait bien évidemment pas la taille de ses appartements de Rouen. Mais puisqu'il était seul ici, cela était même préférable. Il détestait se sentir vivre dans un espace dépeuplé. Une chambre assez vaste et un petit bureau-bibliothèque, une salle de bains, c'était bien assez pour lui.

Elle lui apprit que les maîtres des lieux étaient absent. Il en fut quelque peu contrarié, se sentant prêt à rentrer dans l'arène immédiatement, échauffé par son échange avec Di Lorio. Il répondit cependant, sans laisser paraître la déception dans son ton:


"Eh bien, j'attendrai donc. Cela n'est pas des plus graves."

Elle lui demanda alors si elle pouvait lui être d'une quelconque utilité. Proposa déjeuner, puis bain, avec le sourire. Danilo resta pensif un instant, puis répliqua doucement, rendant son sourire à la servante.

"J'ai quelques demandes, en effet. La première est peut-être étrange pour quelqu'un de ma caste, mais j'ai toujours aimé connaître le nom de ceux qui me servent. J'aimerai en conséquence connaître le vôtre.
J'ai une deuxième requête. J'aimerai savoir si quiconque d'autre que moi se trouve actuellement en mesure de déjeuner dans la salle à manger? Si tel est le cas, je prendrai mon repas en bas. Sinon, je le prendrais ici.
Mais à vrai dire, j'aimerais ne prendre mon repas qu'après avoir pris un bain. Je vous avouerai que la proposition est tentante. Je suis sur la route depuis trop de temps."


Dernière édition par le Ven 5 Jan - 18:56, édité 1 fois
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Gabriella Delmonti
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MessageSujet: Re: La Chambre de Danilo   Ven 5 Jan - 15:22

La chambre avait l'air de convenir au gentilhomme et c'était tant mieux. Elle avait parfois eu à faire à des originaux pour qui l'orientation de la chambre, l'exposition au soleil ou encore la couleur des murs ne leur convenait pas. Il fallait alors chercher une autre suite répondant aux critères farfelus du nouvel hôte et tout repréparer du début pour l'accueillir.

Il avait également l'air de ne pas être trop contrarié par l'absence temporaire des maîtres des lieux. Si tous les hôtes du prince pouvaient être aussi agréables. Elle écouta attentivement sa demande qu'il exposait en souriant. Gabriella fut un peu surprise qu'il lui demande son prénom, ce n'était pas commun. D'habitude, les gens s'en moquaient du moment qu'ils étaient bien servis.


"Je m'appelle Gabriella Delmonti, monsieur." répondit-elle en effectuant de nouveau une petite courbette, tenant un pan de sa robe anthracite dans la main droite.

Elle réfléchit rapidement à la seconde question. Elle avait ouï des réflexions soulagées de petites bonnes qui avaient vu Luciano sortir un peu plus tôt dans la matinée. La Dame d'honneur de la princesse l'avait sans aucun doute accompagnée chez son frère, quant au secrétaire du prince, elle l'avait vu partir avec le groupe. Deux autres hôtes étaient attendus dans les jours qui venaient mais n'étaient pas encore là.


"Il reste une dame, arrivée ce matin elle aussi." répondit-elle en venant de prendre conscience qu'il ne restait qu'Awrigha d'Alep au palais.

Elle préféra éviter de lui parler de son apparence et de son caractère particuliers. Il aurait l'occasion de le découvrir par lui-même lors du déjeuner.


"Je vais faire préparer votre bain tout de suite, monsieur." termina-t-elle avec une dernière courbette avant de sortir de la chambre pour rejoindre les communs.

[Cabinet de Toilette via les Communs]
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Danilo della Lonza
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MessageSujet: Re: La Chambre de Danilo   Ven 5 Jan - 20:04

Gabriella. Danilo prit note conscienscieusement dans la partie de son cerveau qu'il attribuait à la mémoire de toutes les femmes non dénuées d'intérêt, c'est à dire un très grand nombre. etrangement, il avait remarqué qu'il perdait plus facilement les traits d'une jolie femme s'il n'avait aucun nom à mettre dessus. Il se rappelait d'abord le nom, et remontait au souvenir à partir de ce dernier. Sans nom, il n'y avait plus qu'une ombre aux contours flous, une impression diffuse plus qu'un souvenir vivace. C'était perte que de ne pouvoir se rappeler d'une femme plaisante, même simplement entr'aperçue au coin d'une rue. Il n'aurait pas questionné ainsi un majordome. il n'avait aucun intérêt pour les mâles.

La jeune femme le laissa quelques minutes pour préparer son bain. Il profita de cet instant pour ouvrir trois boutons du col de sa chemise et ôter le fin gilet de soie noire qu'il portait toujours en public. Puis, il s'assit sur le lit, et jeta un regard par la fenêtre.
L'esprit relâché un instant, il se replongea dans son fléau. C'était plus fort que lui, dès qu'un spécimen intéressant passait à proximité, il se devait de passer en revue celles de ses aventures qui lui ressemblaient, que sa mémoire capricieuse lui jetait pelle-mêle. Cet état de fait l'avait amusé pendant bien des années, se plaisant ainsi à être un collectionneur d'images, mais cet état de fait avait changé.

Il se secoua violemment, et se concentra sur ce qu'il voyait par la fenêtre, pour ne plus se concentrer sur son passé. Il regarda les passants défiler quelques instants, puis eut un sursaut de dégoût. Il se détourna de la fenêtre. L'image de Gabriella lui remonta à l'esprit, et il se focalisa dessus. La jeune femme allait remonter sous peu, et comme à chaque fois qu'il se laissait aller, il allait devoir reprendre contenance. Il détestait, encore plus que ses crises stupides, qu'on le surprenne sans son visage public. Il se mit face au miroir qui ornait la commode, y contempla sa face assombrie par la disparition du demi-sourire éternel, enchaîna quelques grimaçes parfaitement laides avant de recomposer son visage comme il l'entendait. Satisfait, il ôta ses chaussures.

Gabriella revint avec quelquess valets chargés de sceaux. il attendit encore un instant, puis la servante vint le prévenir que le bain était prêt. Il entra alors dans le cabinet de toilette.


[Cabinet de Toilette]
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Iago degli Albizzi
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MessageSujet: Re: La Chambre de Danilo   Ven 12 Jan - 3:29

[Le Cabinet de toilette]

Iago recula, poussé par l'énergique (c'est un euphémisme) petite bonne. Il avait l'air sage du joueur d'échec à qui l'on vient de montrer que son dernier coup était une erreur.

Evidemment... Comment avait-il pu penser un instant que la jeune servante, qui lui avait si gentiment rappelé la spontanéité idiote de l'humanité le veille même par une gifle bien appliquée, aurait pu le renseigner sans faire d'histoire ? Erreur ! Terrible erreur !

Maintenant il allait devoir lui répondre, essayer de se faire comprendre, tant de peine pour si peu...

Il s'était arrêté au milieu de la pièce et regardait Gabriella qui essayait de le pousser plus loin.


"Comment ? "rustre, goujat, grossier, malappris, malotru, mufle" ? Savez-vous qu'à part le premier, vous avez presque réussi à tout dire dans l'ordre alphabétique ? Franchement Mademoiselle, si vous voulez m'injurier, il faudra le faire avec un peu plus d'esprit..."

Avec une douceur surprenante sans doute, il tendit les bras, mains posées sur les épaules de Gabriella. Il mettait dans ce geste juste la force qu'il fallait pour la maintenir à distance sans pour autant chercher à lutter.

"Tout de suite la violence verbale et physique ? Je vous en prie, réfléchissez un tout petit peu...
Très franchement, Monsieur dans sa baignoire n'a rien que je ne possède pas, physiquement du moins, et il n'a donc rien à cacher. Je comprends bien que l'on s'enveloppe dans des vêtements, couramment, pour éviter aux gens la vision abjecte de l'amas de chair rosée que nous sommes.
Mais lorsqu'un concours de circonstance nous met dans des situations de ce genre, il n'y a rien qui mérite une pareille éruption de votre part.

Le plus simple aurait été de me répondre simplement. Monsieur aurait fini tranquillement son bain, vous-même n'auriez pas pris cette teinte rouge brique, et mes oreilles auraient moins souffert. Mais maintenant que nous en sommes là.... Êtes-vous disposée à me répondre où dois-je chercher ailleurs ma source de renseignements ?"
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Gabriella Delmonti
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MessageSujet: Re: La Chambre de Danilo   Dim 14 Jan - 23:01

[Le Cabinet de toilette]

Gabriella avait réussi à faire reculer le gentilhomme jusque dans la chambre de Danilo. De la même manière, les serviteurs qui avaient suivi Iago s'étaient reculés aussi jusqu'à sortir dans le couloir observant discrètement la jeune servante remettre l'homme à sa place, peut-être soulagés de ne pas avoir à le faire eux-mêmes.

Danilo pourrait alors se vêtir à l'abris de tout regard.


"Plutôt que d'essayer d'analyser les paroles des autres, vous feriez mieux de réfléchir sur vos propres actes, monsieur ! S'il vous plaît d'entrer chez les gens qui prennent leur bain, il me plaît de vous injurier comme je le veux !"

Gabriella cligna des yeux et balaya ses propres paroles qui n'avaient rien à voir avec le sujet dont il était question.

L'homme posa alors ses mains sur ses épaules, ce qui l'empêcha de continuer à lui marteler le torse, étant donné qu'il avait des plus longs bras qu'elle. Elle se contenta alors de le fusiller du regard.


"Réfléchir ? Parce que vous, vous réfléchissez peut-être ? Vous réfléchissez trop à vos paroles et pas assez à ce que vous faites ! Ce n'est pas à vous de décider s'il a des choses à cacher ou non !... Et arrêtez de disserter sur tout et rien vous avez tort un point c'est tout !" conclut-elle en trépignant sur place, ses poings s'agitaient dans le vide.

Paf. Une gifle s'était abattue sur la joue du gentilhomme. La deuxième en un peu plus d'une journée. Comme ça, il n'y aurait pas que ses oreilles qui auront souffert.


"Maintenant, je suis disposée à répondre." dit-elle, l'air calmée d'avoir vengé Danilo.

"Maître Barrozi est parti au palais Grazziano et le prince Elio n'est pas ici." répondit-elle simplement. A lui, il était inutile de lui donner tous les détails.
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Iago degli Albizzi
Gentilhomme - Ca'Grazziano
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MessageSujet: Re: La Chambre de Danilo   Mer 17 Jan - 20:54

Iago, tenant toujours Gabriella à bout de bras et semblant à peine le remarquer, écoutait avec attention. Parce que Iago savait que la pire des bêtises était de croire que l'on avait toujours raison.

C'était un des risques qui le guettait le plus d'ailleurs, étant donné qu'il avait toujours raison et qu'il pouvait donc avoir tendance à appliquer ce principe trop rapidement. Mais il ne fallait pas. Car il y avait toujours la possibilité qu'un jour, il ait tord. On ne sait jamais.

Quand en plus la personne ne face de lui faisait preuve d'un entêtement et d'une conviction aussi forte que la servante en face de lui, il prenait grand soin à essayer de comprendre. D'ailleurs, elle disait des choses qui étaient en partie juste :
"S'il vous plaît d'entrer chez les gens qui prennent leur bain, il me plaît de vous injurier comme je le veux !" C'était tout à fait juste. Sauf que le but d'entrer chez quelqu'un, c'est simplement d'entrer chez quelqu'un, alors que le but d'injurier, c'est de vexer le-dit quelqu'un. Or ce n'était pas avec des injures comme celles-là que... Enfin, ce n'était qu'un conseil d'ami, bien sûr...

"Vous réfléchissez trop" Cela était vrai "à vos paroles et pas assez à ce que vous faites !" Là, c'était plus discutable. Parce qu'on ne réfléchit jamais trop à ce que l'on dit et que ce que l'on fait n'est qu'un prolongement de ce que l'on dit.
"Ce n'est pas à vous de décider s'il a des choses à cacher ou non !" Certes, en un sens. Mais ce qu'il y avait d'important était de réaliser que cacher quelque chose était une pratique d'une hypocrisie immonde et que l'homme ne sortirait pas de la fange animale dans laquelle il se repaissait tant qu'il garderait cet amour obscène pour le secret.

Ce qui fait que lorsqu'il partit du principe que "personne n'avait rien à cacher", il réalisait en fait une action d'une générosité si grande et si belle, cela pour l'humanité entière, que finalement personne ne la comprenait.
Ce qui était très triste et pourtant très prévisible.

Evidemment, la pensée de Iago avait commencé et s'était finie presque dans le même instant. Ce qui aurait mis du temps, cela aurait été d’exprimer tout cela.
Fort heureusement, Iago n’eut même pas à se demander s’il allait ou non tenter l’aventure, étant donné qu’il reçut, d’abord et avant tout, une gifle.

La conversation commençait à prendre un air de déjà-vu assez nauséabond. Iago jeta un regard lassé vers la jeune servante avant d’être de plus en plus étonné. Mais oui, la jeune fille semblait avoir brusquement repris son calme. Une gifle, et paf, elle était de nouveau en possession d’un esprit à peu près rationnel.
C’était tout à fait épatant.
Il tapota machinalement sa joue injustement meurtrie tout en écoutant distraitement la réponse de Gabriella.


"C’est vraiment étonnant, vous savez… Cette capacité que vous avez à trouver votre calme dans un geste physique violent. Peut-être que c’est un moindre mal, finalement. Même si je ne peux que vous encourager à tenter d’atteindre le calme de l’esprit autrement que par la violence physique, mais enfin…

Vous dites que Maître Barrozi est au palais Grazziano et qu’Elio n’est pas ici ? Bien…"

Là, son cerveau se mit à réfléchir tout seul comme il en avait trop souvent l’habitude. Pourquoi Gabriella lui donnait-elle l’endroit où était Barrozi et pas celui ou était Elio ? Si elle voulait l’embêter vraiment, elle ne lui aurait pas dit non plus ou était Barrozi. Elle était idiote ? a priori non… Elle hésitait entre gentillesse et méchanceté ? Là encore, en jugeant d’après le caractère assez direct de ses coups, non… Alors…
Un grand sourire amusé se dessina sur son visage.


"Non… vous ne savez pas où est Elio ?"

C’était drôle. Gabriella lui faisait pourtant penser à une personne qui sait absolument toujours où est son maître. Un des valets, toujours à la porte, s’écria, sans doute à bout de nerf "Mais puisque j’essaye de vous le dire depuis le début !". Iago fronça légèrement les sourcils.

"Oh… Alors vous ne savez pas du tout ? Vous l’avez… perdu ?"

Léger hochement de tête des valets sur le pas de la porte.

"Ah mais ça ne va pas ça, il faut aller le chercher !"

Iago commença à se diriger vers la sortie avant de se tourner vers Gabriella.

"Vous venez ? "

Non parce que si les autres n’avaient pas l’air très fin, elle, elle avait l’air dégourdie (et avait la main rapide, c’était un bon signe ça).
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Danilo della Lonza
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MessageSujet: Re: La Chambre de Danilo   Ven 19 Jan - 23:41

[Cabinet de toilette]

Danilo s'était habillé à la hâte, mais sans se presser assez pour négliger son apparence. Il ne tenait franchement pas à avoir l'air débraillé, même s'il venait d'être vu simplement vêtu d'une serviette de bain. Il prit la peine de se passer les deux mains dans les cheveux, ses dix doigts en guise de peigne improvisé. Ils étaient peut-être trempés, mais s'ils commençaient seulement à sécher sans qu'il se préoccupe ne serait-ce qu'un peu de leur ordonnancement, il en ressortirait une tignasse pleine de noeuds et incoiffable de la journée.

Alors qu'il s'occupait à reprendre une apparence physique convenable dans le cabinet, il entendit l'échange pour le moins singulier entre la servante justement excédée et l'intrus. Il eut pour le reflet qui s'offrait à ses yeux dans le miroir de la salle d'eau un petit sourire amusé lorsqu'il entendit la gifle s'abattre. Décidément, cette affaire commençait sérieusement à l'amuser. Un gentilhomme des plus directs et irrespectueux et une servante elle aussi très prompte à rentrer dans le vif du sujet -il fut assez content de son bon mot- faisaient de bien belles rencontres pour son arrivée. Plus intéressantes qu'un Di Lorio, même s'il ne devait pas oublier de craindre ce dernier.

Il se demanda qui pouvait bien être ce Barozzi après lequel courait l'homme. Sans doute quelqu'un d'important. Mais il fut détourné de ses considérations par les réflexions de l'importun sur le fait que Gabriella n'avait connaissance de l'endroit ou se trouvait son maître. Il fit pratiquement le même raisonnement que ce dernier alors qu'il se dirigeait enfin vers la porte qui le séparait de la chambre, et en arriva aux mêmes conclusions. Ainis, Elio n'était pas là, et probablement, cela n'était pas normal, sans quoi les gens des communs le sauraient sans aucun doute. Il était des plus rares que même une décision prise entre nobles ne fasse pas l'objet de discussions de cuisine... Cela était étrange. Il faudrait qu'il tente d'en apprendre plus. Après tout, Elio l'intéressait fortement.

L'homme était sur le point de repartir lorsque Danilo entra dans sa chambre. Il s'agitait, prêt à emmener Gabriella à sa suite. Celle-ci s'était apparemment calmée depuis que la gifle retentissante avait été administrée. Ce qui n'était pas vrai pour celui qui l'avait reçue. Prenant un ton parfaitement neutre, Della Lonza apostropha l'individu, tout en récupérant sa canne appuyée contre le pied du lit.


"Allons, allons, cher monsieur, ne soyez donc pas si pressé. L'homme qui n'a aucun scrupule à entrer dans un cabinet de toilette occupé me fera-t-il l'honneur de se nommer? Des individus de votre espèce sont assez rares pour susciter quelque peu mon intérêt, je vous l'avouerai franchement."

Alors qu'il prononçait ses mots, il s'était d'un pas souple et posé, mais rapide cependant, dirigé vers la porte qui donnait sur le couloir de l'étage privé. Celle-ci était restée grande ouverte depuis l'arrivée tonitruante du gentillhomme. Du bout de sa canne, il referma le battant, laissant délibérément l'embout argenté de cette dernière planer à proximité de la clenche, prête à s'abattre sur une main trop aventureuse.

"A vrai dire, voyez vous, j'aimerai sincèrement que vous me répondiez... Ne serait-ce que pour compense la petite impolitesse dont vous avez fait preuve à mon égard..."
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Gabriella Delmonti
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MessageSujet: Re: La Chambre de Danilo   Dim 28 Jan - 23:58

Gabriella pinça les lèvres en regardant Iago se masser la joue. Qu'il soit fâché, peiné ou lassé l'indifférait totalement puisque désormais elle était calmée.

Et voilà qu'il repartait sur des élucubrations concernant son geste et son caractère. N'ayant plus envie de rentrer dans la polémique, elle se contenta de soupirer avec insistance.

Cela porta peut-être ses fruits, ou peut-être était-ce une simple coïncidence, mais Iago repartit enfin sur le sujet principal. Parler avec cet homme se révélait épuisant nerveusement et physiquement à cause de la facilité avec laquelle il s'éparpillait et s'épanchait sur des sujets inutiles, ainsi que sa capacité à l'énerver.

Elle hocha la tête à ses affirmations lorsqu'il récapitula ce qu'elle lui avait dit quelques secondes plus tôt. En revanche, la question qui suivit aussitôt la cloua sur place. Bon, il fallait admettre que cet homme était parfaitement odieux mais très intelligent.


"Je n'ai pas dit ça... !" se défendit-elle.

"Même si c'est vrai..." continua-t-elle plus bas. Elle ne tenait pas spécialement à ce que Danilo s'alarme et que la rumeur qui, pour l'instant était restée entre domestiques, ne s'ébruite parmi les hôtes.

Elle avoua à Iago car elle commençait sérieusement à s'inquiéter et toutes ses tentatives durant la matinées pour essayer de faire quelque chose pour le retrouver s'étaient soldées par des échecs. Elle était tout de même en face l'ami du prince. Lui pourrait très certainement faire quelque chose.


"On ne l'a pas "perdu", on ne sait juste pas où il est.. il ne nous a pas prévenus de sa sortie..." expliqua-t-elle.

Elle ouvrit de grands yeux quand il s'exclama qu'il fallait partir le chercher. Ca alors, il aurait fallu que ce soit lui qui propose ça de son propre chef, lui qu'elle avait giflé déjà par deux fois en peu de temps voulait s'allier à elle pour retrouver Elio. La vie réservait de bien étranges surprises.

C'est à ce moment là que Danilo revint dans la pièce en tenue nettement plus présentable. Gabriella se recula pour le laisser discuter avec Iago, même si désormais, elle voulait s'en aller très vite et enfin chercher son prince. Malheureusement le gentilhomme ne semblait pas vouloir laisser partir Iago aussi vite.
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Iago degli Albizzi
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MessageSujet: Re: La Chambre de Danilo   Lun 29 Jan - 15:34

La porte avait été refermée. Brusquement refermée. Orgueilleusement refermée. Sans s’en rendre compte, Iago avait reculé d’un pas, les yeux toujours fixés sur le battant maintenant clos, avec dans les oreilles le bruit de la porte qui claque. Les paroles faussement désinvoltes du gentilhomme semblaient à peine un bruit de fond inutile.

Comment pouvait-on être assez cruel pour empêcher quelqu’un d’aller là où il veut ? pour l’enfermer là où il ne veut pas rester ? Pendant un bref instant, le visage de Iago avait dû être dangereusement jeune et perdu.

Mais l’instant d’après, lorsqu’il releva les yeux vers le visage (bizarrement presque familier) de l’homme qui lui barrait la route, il avait retrouvé son sourire agressif d’ironie.


"Êtes-vous sûr que vous ne préférez pas de l’argent ? Cela conviendrait mieux au rôle de garde frontière que vous interprétez avec toute l’arrogance nécessaire à ce genre de personnage…
Il n’y a pas d’honneur à porter un nom, pas plus qu’il n’y en a à savoir ceux des autres. Mais enfin, chacun s’attache aux pacotilles qu’il veut, et battit à partir de ces bases vaines un système de valeur ridicule comme bon lui semble…"

Ce qu’avait répondu Gabriella le confortait dans l’idée qu’il n’avait, pour une fois, pas envie de perdre de temps. Le plus simple était de répondre rapidement.

"Bref… L’individu est Iago degli Albizzi, le genre est humain et l’espèce : pensante. Il s’agit, comme vous l’avez fait remarquer d’une espèce très rare, si rare d’ailleurs que je pense souvent en être le dernier survivant. A vrai dire, j’attends toujours la contre-preuve de cette théorie.
Maintenant…"

La canne était restée, menaçante, au-dessus de la poignée, mais Iago s’en fichait. Il tendit la main et l’attrapa pour ouvrire la porte.
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Danilo della Lonza
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MessageSujet: Re: La Chambre de Danilo   Lun 29 Jan - 19:34

Le phénomène eut une réaction quelque peu inattendue pour Danilo. Il eut l'air, l'espace d'un instant, d'un animal sauvage fraîchement mis en cage. Il fit un pas en arrière, révélant clairement que le geste l'avait blessé. Une belle perte de contrôle de soi, en somme. Mais s'il ne suivait pas les règles des autres nobles vénitiens, il n'en connaissait peut-être pas non plus les défenses. Comment un tel personnage pouvait-t-il survivre en se comportant ainsi en plein coeur des intrigues vénitiennes?

Danilo eut immédiatement la réponse à son interrogation. Le bougre répliqua avec verve, un petit discours plein de détours mais sans aucune concession qui était fait pour blesser. L'individu maniait bien les mots, à défaut de les manier de manière posée. Son impulsivité devait même être pour lui un atout précieux dans les discussions, car il savait visiblement en jouer.

Mieux encore, il n'avait pas tout à fait tord. L'allusion financière n'eut aucun effet sur le gentilhomme, mais le petit discours sur les valeurs ridicules n'était pas sans trouver écho dans son coeur. Il avait lui-même gâché des pans entiers de sa vie pour avoir misé sur les mauvaises valeurs. Et pas seulement lors de l'épisode lamentable d'Ettore. Il avait voulu fuir son passé, reconstruire son existence en France. A nouveau, il avait basé son existence sur des valeurs fragiles. Et à nouveau, tout s'était effondré. Dépendre d'une valeur, c'était mourir, ne serait-ce qu'à moitié. Danilo, lui, se sentait déjà mort. Venise était son baroud d'honneur, sa dernière tentative de se reconstruire sans refaire une fois de plus les mêmes erreurs.

A vrai dire, le commentaire de Iago n'avait que peu de rapports avec la question posée. La seule valeur que le gentilhomme y lisait, c'était celle de l'information. Plus il en saurait, plus ses chances de survie étaient élevées. Ca n'en faisait pas la base d'un fragile équilibre de vie. Mais le commentaire était juste, et il manqua de le faire retomber une fois de plus dans ses souvenirs maudits. Pour éviter de revoir une fois de plus défiler ces damnés neuf jours qui avaient transformé Rouen en enfer étouffant, il se força à répondre au gentilhomme en ne s'intéressant qu'à la première partie de sa critique.


"Si j'étais garde frontière, plutôt que de vous retenir, je vous aurai diligemment porté mon pied au postérieur pour vous faire quitter mes appartements. Quant à mon arrogance, elle n'est que fille de la vôtre, que vous couvez semble-t-il avec grand amour..."

Finalement, le gentilhomme importun daigna se nommer. Asez aisément d'ailleurs, si l'on comparait à l'éphèbe carmin qu'il avait croisé peu avant. Les recherches qu'il menait semblaient être d'une grande importance pour lui, se révéler ainsi pour se débarasser de Danilo était preuve d'empressement. Iago Delgi Albizzi. Danilo ficha l'homme dans la partie de son cerveau qu'il réservait aux hommes, notant au passage une forte tendance à la prétention irréfléchie. Car si cet homme avait de l'instinct, il était bien moins pensant qu'un Di Lorio. Et de fait, sans aucun doute moins dangereux.
D'un mouvement rapide, la canne frôla dangereusement la main aventureuse, mais l'épargna. Elle vint se caler sous la poignée, empêchant momentanément Iago de la pousser.


"Allons, monsieur Delgi Albizzi, savez vous qu'il est d'usage d'attendre que le maître des lieux ait donné son congé à l'invité avant de fuir ainsi? Même si vous n'avez pas été invité, il est vrai. Mais puisque vous avez contenté ma curiosité, je n'ai plus de raisons de vous retenir. Je vous donne donc congé."

Sur ses mots, Della Lonza désengagea sa canne de la clenche, et se retourna vers la fenêtre. Il lâcha une dernière phrase, sans regarder son interlocuteurs, joignant ses deux mains dans son dos, la canne en équilibre précaire mais maîtrisé entre deux doigts.

"Au plaisir de vous revoir, monsieur Delgi Albizzi. Vous êtes un homme... Intéressant, dirons nous."
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Gabriella Delmonti
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MessageSujet: Re: La Chambre de Danilo   Lun 5 Fév - 22:11

La conversation, comme il fallait s'y attendre, devenait totalement inintéressante aux yeux de Gabriella, alliant tirades de Iago, répliques de Danilo... piques déguisées derrière des formules pompeuses de courtoisie... Elle savait que c'était un jeu qui, si on savait quand il commençait, personne ne savait jamais quand il allait prendre fin.

Quoi qu'il en soit, injustement enfermée avec les deux hommes, la servante perdait son temps. Qu'elle soit à la recherche du prince Elio ou à ses tâches habituelles serait normal, mais debout à écouter cette conversation, c'était une perte de temps inutile.

Voyant Iago s'avancer vers la poignée de la porte, Gabriella s'avança également d'un pas, pensant qu'elle pourrait enfin s'en aller. Mais de nouveau Danilo l'empêcha de sortir.

Elle n'écouta pas la suite de la conversation car quelque chose avait attiré son attention ailleurs. Un bruit anodin comme il y en avait souvent dans les palais, pas très fort non plus pour y porter une attention particulière, un bruit ni trop proche ni trop lointain, mais qui venait d'une direction particulière. Gabriella, le regard fixé sur la tapisserie, était concentrée, l'oreille tendue. Elle connaissait le palais par coeur et savait localiser la provenance des bruits facilement malgré l'écho qui se propageait dans les nombreux couloirs.

Le visage de Gabriella s'assombrit, comme lorsqu'elle était exaspérée mais essayait de le cacher pour faire bonne figure. Les lèvres pincées, elle remarqua alors juste à ce moment là que Danilo avait délivré l'accès à la porte et en profita pour annoncer.


"Excusez-moi, je dois vous laisser. Je pense que beaucoup de nos servantes seront absentes à cause du bal de ce soir au Jardin du Castello. Il y a donc encore beaucoup de travail à faire avant ce soir."

Gabriella se tourna vers Iago.

"Si vous voulez bien m'attendre en bas, je vous rejoins le plus vite possible."

Elle ouvrit la porte et disparut au petit trot dans les couloirs.

[Appartements du Prince]
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Iago degli Albizzi
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MessageSujet: Re: La Chambre de Danilo   Jeu 8 Fév - 1:49

Iago n’avait pas vraiment écouté ce que racontait Danilo. Le gentilhomme se demandait comme Iago faisait pour survivre dans Venise : en fait c’était très simple. Iago se fichait complètement de ce qu’on lui disait. La plupart des insultes qu’on lui lançait étaient immédiatement démontées dans sa tête. Mais généralement il ne prenait pas la peine de le dire à haute voix, c’était un travail bien trop vain.

En plus, il était perturbé. Lorsque l’homme l’avait une deuxième fois stoppé de sa canne, il avait été de nouveau pris de l’envie terrible de se jeter sur lui pour l’écarter, de le frapper, de le faire disparaître, d’ouvrire la porte et de courir à l’extérieur. Ou bien de sauter par la fenêtre. Ou bien d’aller se rouler en boule dans un coin de la pièce.

Et cela était très perturbant. Car cela était violent, irréfléchi. C’était l’opposé de toute sa façon de penser. C’était instinctif et Iago détestait l’instinct. Il fallait qu’il y réfléchisse. Il fallait qu’il y pense, qu’il prenne le problème dans tous les sens jusqu’à ce qu’il soit tellement enrobé de pensées et de réflexions qu’il soit complètement assimilé.

Ce ne serait sans doute pas une partie de plaisir s’il en jugeait par la vague de soulagement qu’il éprouvait à voir la canne se retirer de la poignée.

Le reste, il l’entendit, mais ne comprit pas très bien. Quelle manie avec cet homme de toujours tout ramener aux usages… C’était pour le moins fatigant et surtout complètement inutile. Et puis, il n’imaginait tout de même pas que si Iago avait envie de partir il puisse faire grand chose pour le retenir, de même que si Iago n’avait pas envie de partir, il ne pourrait pas faire beaucoup plus pour le mettre à la porte…

Il regarda Gabriella partir faire la leçon à on ne savait trop quelle bonne imprudente, et l’autre homme prendre une pause digne de Van Dyck devant la fenêtre.

Il essaya de se retenir (pour quelle absurde raison, il n’en savait rien lui-même) mais ne réussit pas (finalement cela voulait bien dire qu’il n’y avait pas de raison pour se retenir), et subitement, explosa de rire.
Non vraiment, tout cela était trop ridicule…


"Ah non, vraiment... tu me fais rire, toi..."

Entre deux éclats de rire, il se demanda s’il ne devait pas des explications à l’homme, avant de se rappeler qu’il ne devait rien à personne, et qu’il avait un Elio perdu dans la nature à retrouver. Il ferma la porte derrière lui.
Dieu seul savait où il était allé se fourrer, lui…
Il n’y avait qu’à espérer qu’il ne se soit pas embarqué sur un bateau et qu’il ne soit pas déjà à l’autre bout du monde. Ou pire encore qu’il soit juste à côté, sans que personne ne le sache, par exemple, coincé dans une cave, comme la fois où…

Hum…
Là, il était bon que Iago ait déjà fermé la porte de la chambre de Danilo depuis longtemps, et qu’il soit en train de descendre des escaliers déserts. Sinon il aurait eu du mal à expliquer la légère rougeur qui s’étalait sur ses joues. Heureusement, quand il arriva en bas, il était de nouveau le Iago habituel.

Maintenant qu’il commençait presque à se repérer dans le palais d’Elio, il se dirigea directement vers le grand salon où il était le plus probable que Gabriella vienne le chercher. Il lui donnait cinq minutes. Après, il partait tout seul.


[Grand Salon]
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Danilo della Lonza
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MessageSujet: Re: La Chambre de Danilo   Ven 9 Fév - 16:40

Un bruit quelconque avait fait tourner la tête de Gabriella. Lorsque Danilo libéra la porte, la servante s’éclipsa promptement, évoquant la probable désertion des servantes de la Ca’Adorasti. Un bal populaire devait selon elle se tenir le soir même aux jardins du Castello. Le gentilhomme rangea cette information dans un coin de son crâne, trop occupé par Iago pour y faire réellement attention. Celui-ci, une fois la porte libre, sembla inexplicablement soulagé. Danilo ne se savait pas effrayant, et il doutait fort de pouvoir impressionner par un simple jeu de canne un individu de la trempe de Delgi Albizzi. C’était sans doute autre chose. Peut-être celui-ci reconnaissait-il le travail de l’argent, marque de l’ébéniste qui lui avait confectionné l’objet, et de fait, en avait peur ? C’était peu probable. Que la réputation du sieur Anselme Fortin ait dépassé la frontière italienne l’étonnerait fort. A moins que Iago aie beaucoup voyagé. Ce n’était sans doute pas cela.

Il en eut la confirmation immédiatement. Le rustre explosa de rire, faisant parfaitement comprendre au gentilhomme à quel point il le respectait déjà. Ce n’était pas de Danilo, ni de sa chère canne qu’il avait eu peur. L’enfermement ? Sans doute. C’était bon à savoir. Iago Delgi Albizzi perdait ses moyens s’il se sentait cloîtré. Un nom, un caractère, une peur. C’était plus que bien pour un premier contact.

Iago continua de se tordre de rire quelques instants, jugeant d’ailleurs nécessaire de préciser à Danilo qu’il était bien l’objet de son hilarité. Le gentilhomme sourit tout seul à la fenêtre. Pour un peu, lui aussi aurait ri de lui. De tout ce qu’il avait été, avant de rencontrer Mathilde. De tout ce qu’il tentait de redevenir, pour l’oublier.

Cette fois, cela y était. Sa contingence se morcelait complètement. Depuis quelques temps, il cherchait à ne plus évoquer son souvenir, mais c’était peine perdue. La fatigue de l’éreintant voyage lui avait pourtant brouillé l’esprit, et pendant quelques jours, il avait cru son démon en fuite. Et comme toujours, le souvenir revenait, vivace et puissant. Pourquoi était-ce donc si compliqué de reprendre son rôle là ou il l’avait laissé, de tracer un trait sur ce qui était à jamais révolu ? Lui qui avait toujours été un homme obnubilé par le futur, ne voulant jamais se contenter de l’instant présent ni se perdre dans les mièvres souvenirs du passé, pourquoi fallait-t-il que les choses soient différentes cette fois là ? Il avait oublié Ettore, l’avait complètement sorti de son esprit en quelques semaines, de même que tous les Adorasti, que l’Italie, même. Sa vie française, il l’avait vécue comme telle, comme s’il avait toujours logé à Rouen. Pourquoi Mathilde ne voulait-elle pas disparaître comme Ettore ?

Il se contempla quelques instants dans la glace qui ornait son armoire, une fois Iago parti. Il eut soudain l’envie de cogner la vitre, pour abîmer son reflet, cette image trop vivante qu’il ne pouvait croire là, devant ses yeux, pour sentir la douleur du verre entrant dans sa chair, purger les douleurs du cœur par la souffrance physique. Il se retint quelques instants, puis, voyant un début de larmes couler dans le reflet, il n’y tint plus, et balança avec toute la rage dont il était capable son poing droit contracté dans le visage immonde qui se montrait à lui. Le verre se fissura, lardant le reflet de fissures bienfaisantes, abîmant les jointures de la main. Portant son poing à sa bouche, Danilo goûta son sang en regardant ce qui restait du reflet fissuré. La vitre n’avait pas explosé, collée au meuble. Il se frappa une deuxième fois, faisant cette fois voler plusieurs éclats de verre à travers la pièce. Il se retint de hurler de douleur, lorsque sa peau se fendit profondément sur le dos de la main et sur diverses phalanges.

Il retira consciencieusement les éclats qui étaient restés logés dans les plaies, contempla avec satisfaction le meuble qui ne lui présentait plus aucune image de lui-même, passa au cabinet de toilette pour rincer ses blessures, évitant de regarder son reflet qu’une autre surface traîtresse cherchait à lui imposer comme une moquerie provocante. Il se fouetta le visage à grande eau pour en enlever toute trace d’expression sinistre, se saisit de ses gants et les passa pour dissimuler l’état de sa main droite. Puis, saisissant sa canne, il décida de replonger dans le monde. Cela le distrairait au moins un peu. Il avait encore le temps d’oublier.


[Le grand Salon]
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Danilo della Lonza
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MessageSujet: Re: La Chambre de Danilo   Sam 17 Nov - 13:24

[Premier post du Jeudi 5 Mars 1744]

Comme à son habitude, le claveciniste s'était réveillé tôt. Il y avait une époque ou il avait apprécié ses capacités à dormir peu. Une époque ou profiter de la vie le plus possible semblait indispensable à son bonheur. Aujourd'hui, il maudissait ces éveils prématurés. il aurait préféré dormir jusqu'à midi, ne pas sauter du lit aux aurores, heure ou la seule occupation valable était de se promener dans le froid matinal pour chasser les mauvaises pensées. Et aujourd'hui, il n'avait aucune envie de se promener. Il était un peu malade, d'ailleurs, pas grand chose, sans doute un simple rhume, mieux valait qu'il s'expose le moins possible. Lorsqu'il était fortement enrhumé, son palais gonflait et piquait, sensation des plus désagréables qui l'empêchait de trouver le sommeil. Autant sacrifier la promenade du matin si cela pouvait éviter de se retrouver avec deux ou trois heures d'existence en plus par jour pendant quelque temps.

La première heure, il l'avait passée couché dans son lit, à regarder le plafond. Les pensées virevoltaient sous son crâne, et il s'ingéniait à n'en capturer aucune, trop conscient qu'aucune d'elle ne valait le tourment qu'elles infligaient. Il avait passé la seconde heure à la fenêtre, pour se refaire un visage, toujours sans penser à grand chose. Quoique, les visages de Gabriella et de Mathilde avaient eu la fameuse idée de le visiter de concert. Il les avait écartés, assez peu enclin à se torturer de ces deux dames là. Il était descendu, avait parlé à quelques personnes, déjeuné avec celles-ci, puis était remonté de suite dans sa chambre. Il avait rendez-vous un peu plus tard avec la comtesse Gurrieri pour un petit concert entre eux deux. C'était bien la seule perspective encourageante de la journée. Oh et puis non, la soirée à la Fenice serait un bon divertissement, aussi. En attendant... Danilo subissait les affres de l'attente désoeuvrée ou les pensées importunes se chargent de vous ennuyer.

Il était de nouveau à sa fenêtre, et il se questionnait, comme il l'avait fait tant de fois depuis le premier jour de son arrivée. Sur sa conduite. Sur ce qu'il faisait de Gabriella. Il avait besoin d'elle pour une chose qu'il ne lui avouerait jamais, et qui était en contradiction avec les sentiments qu'il éprouvait pour elle. Pourtant, il ne pouvait renoncer à aucun des deux, ni... L'utilité qu'il lui trouvait, ni la passion qui sourdait en lui. Et il s'en voulait de ce état de fait, trop conscient que cultiver une telle situation allait contre ses propres principes. Se servir d'une femme lui avait toujours répugné. Depuis la mort de Mathilde, avoir des sentiments pour une autre femme le répugnait. Mélanger amour et manipulation le répugnait. Tout, au coeur de cette situation, le répugnait. Et il se répugnait de la maintenir malgré tout.

Bien évidemment, il n'était plus en public. Il pouvait laisser son visage se relâcher. Son vieux côté sombre remontait là la surface, troublait le calme de ses traits comme le courant de fond ride la surface d'un étang stagnant en apparence. Il était presque drôle, mais surtout assez pathétique, de se rendre compte que son esprit avait repris le même fonctionnement que lors de ses derniers jours à Florence. Encore la honte de soi, les apparences conservées à grand peine, et la chute lorsque la solitude revenait. La fréquentation des Adorasti n'avaient décidément pas un effet des plus bénéfiques sur son moral, même si les causes de ses troubles actuels venaient de son séjour en France.

Il en était là de ses réflexions, les deux bras appuyés sur l'appui de fenêtre, le dos un peu voûté, les paupières lourdes et le regard noir perdu dans la contemplation morne du paysage extérieur qu'il commençait à connaître sur le bout des doigts, les lèvres plissées en une moue d'abattement peu seyante, lorsqu'il se fit du bruit près de la porte de sa suite. Il n'y prit pas garde tout d'abord, plongé comme il était dans ses pensées viciées.
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Gabriella Delmonti
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MessageSujet: Re: La Chambre de Danilo   Sam 17 Nov - 15:21

[Premier post du Jeudi 5 Mars 1744]

Un pan de son tablier dans une main, une cruche d'eau dans l'autre, Gabriella tourna sur elle-même dans le couloir des appartements privés, mimant une danse très romantique. Le sourire aux lèvres, elle virevolta une nouvelle fois et ferma la porte des appartements vides d'où elle venait.

Il faudrait qu'elle retourne voir ce conseiller astrologue. Tout se passait tellement bien, il ne pouvait que la conseiller pour que tout cela continue à évoluer dans ce sens.


*Ah ces cheveux, ce visage, qu'est-ce qu'il est beau...*

Une goutte d'eau vint éclabousser sa joue et Gabriella reprit la cruche à deux mains pour ne pas renverser son contenu. Elle fronça les sourcils comme pour se réprimander elle-même, parlant à sa conscience.

*Mais non, bien sûr que je suis toujours fidèle au prince Elio, quelle question !*

Ses paupières clignèrent et ses yeux verts se posèrent sur un tableau sans le voir. Quand allait-elle le revoir ? Ces rendez-vous donnés discrètement, il la courtisait et elle ne pouvait y résister même si le prince Elio occupait toujours en majorité son esprit. Qui était-il ? Un noble très certainement, cela se voyait immédiatement. Un baron ? Un comte ? Peut-être plus encore. C'était si excitant.

Un nouveau tour sur elle-même, léger, presque sur la pointe des pieds, et elle se retrouva devant la porte de Danilo. Elle frappa et entra pour se rendre directement à la salle de toilette du gentilhomme et remplir la cruche d'eau de porcelaine d'eau fraîche.

Revenant dans la chambre, elle vit Danilo appuyé contre la fenêtre.


"Avez-vous besoin de quelque chose en particulier monsieur della Lonza ?" demanda-t-elle en souriant. Elle était toujours d'autant plus serviable quand elle était de bonne humeur. Sauf envers Di Lorio peut-être, mais lui était un cas spécial. Le seul fait de le croiser ternissait sa bonne humeur.

C'est alors qu'elle remarqua le visage de Danilo où se peignait une expression qu'elle n'avait jusqu'alors jamais vue. S'inquiétant quelque peu, Gabriella s'approcha d'un pas.


"Tout va bien monsieur della Lonza ?" demanda-t-elle en tendant le cou afin de savoir s'il était malade.
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Danilo della Lonza
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MessageSujet: Re: La Chambre de Danilo   Dim 18 Nov - 0:11

Damnées rêveries! Maintenant qu'il était trop tard, il se rendait compte que les bruits avant-coureurs d'une arrivée avaient eu lieu. Qu'il aurait très bien pu les saisir au vol, se détourner, se cacher un instant dans l'ombre de la pièce plutôt que de laisser la lumière du jour éclairer ses traits, le temps de redevenir le Danilo que tous connaissaient. Cela ne prenait jamais longtemps, c'était un travail sur soi qu'il avait appris à mener avec célérité.

Tant pis. Le mal était fait. Gabriella avait vu ce qui passait sur son visage, et s'en inquiétait. Il aurait dû se rappeler que, plus que tout autre, la servante était à même d'apparaître n'importe quand, sans s'annoncer vraiment. Du moins, sans attendre l'approbation de l'hôte.

Danilo se raidit, un regard un peu fou passa rapidement sur Gabriella. L'attitude de bête traquée était assez caractéristique du claveciniste dans ses moments de faiblesse, et c'était bien l'impression qu'il donnait, à ce moment précis. Cette fois, il n'avait pas repris son masque de sociabilité dans l'instant, trop atterré de s'être fait surprendre. La réponse fut précipitée, confuse, et surtout, affreusement peu convaincante.


"Je... Heu... Non non, besoin de rien. Je... Tout va bien. Oui. Je crois, oui. Je..."

Au vu du désastre, le musicien arrêta de chercher ses mots, conscient qu'il allait s'enfoncer encore. Il tourna le dos à Gabriella d'un mouvement brusque, prit une forte inspiration, ses mains se crispant nerveusement le long de ses flancs. Il resta ainsi quelques instants, le temps de reprendre ses esprits.

Il était en train de se ressaisir lorsqu'une nouvelle pensée l'affola. Le matin même, il avait sorti de la poche intérieure de son gilet une lettre qu'il gardait toujours contre son coeur. Une ancienne correspondance qu'il gardait de Mathilde, sa lettre favorite, qu'il avait lu et relu tant de fois que le feuillet tombait presque en morceaux. Il l'avait encore parcourue le jour même, sachant parfaitement que cela lui faisait du mal. Pour rien au monde, il aurait laissé quelqu'un jeter le moindre coup d'oeil sur son contenu. Gabriella moins que personne. Il ne lui avait rien dit de sa femme et ne se sentait pas l'envie de le faire. A vrai dire, sa ressemblance avec Mathilde motivant toujours grandement son inclination pour elle, lui parler de sa dame ne pouvait certainement que le désservir. Du moins le pensait-il.

Il tourna brusquement la tête vers le lit, y vit le papier, comprit que son mouvement était sans doute plus révélateur que la présence elle-même, revint en position, fit deux pas vers le lit, se retourna à moitié vers la servante, laissa échapper un "heeeeeu" pathétique avant de s'asseoir, ou plutôt s'affaler sur le coin du matelas. Il prit la décision de ne pas tenter de fourrer le papier discrètement sous un oreiller, comme le disait son premier élan. Il se saisit simplement de la lettre, la replia, ses mains tremblant légèrement, puis la remit à son emplacement, à l'intérieur de son veston. Evidemment, elle était vue maintenant, mais c'était mieux que de donner l'impression que l'objet était assez important et honteux pour l'amener à perdre la tête.


"Veuillez m'excuser. Je... N'ai pas l'habitude de..."

Il eut un mouvement d'humeur, sa main remontant nerveusement vers son visage pendant qu'il donnait de la tête en avant. Cette fois, c'était mieux. Il répliqua enfin de manière cohérente, sur un ton se voulant doux et rassurant, mais non épuré d'un certain tremblement inopportun.

"Ne vous inquiétez pas pour moi, voulez vous? Je ne crois pas avoir besoin de quoi que ce soit en ce moment. Ou un thé, peut-être, oui..."

Il se releva, et en deux enjambées, fut de nouveau posté à la fenêtre, l'air presque serein, les mains derrière le dos, simplement trahi par le tapotement nerveux de ses doigts sur l'étoffe de ses manches. Il n'avait pas regardé une fois la servante dans le fond des yeux. Trop risqué.
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Gabriella Delmonti
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MessageSujet: Re: La Chambre de Danilo   Dim 18 Nov - 15:46

Les douces images de son noble courtisan s'effilochèrent dans son esprit quand elle croisa le regard perdu de Danilo. C'était même plus qu'un regard perdu, il avait été fugitif mais intense. Gabriella n'avait jamais rien vu de pareil sur le visage du gentilhomme. La réponse bredouillée n'arrangea en rien le tableau. Que se passait-il donc pour qu'il soit dans cet état ?

Il lui tournait le dos désormais. Peut-être pleurait-il et qu'il ne voulait pas qu'elle le remarque.


"Êtes-vous sûr... ? Vous n'avez pas l'air..." insista-t-elle doucement.

Celui-ci se tourna de nouveau mais pour regarder avec hâte vers son chevet. Gabriella suivit son regard et vit une simple feuille de papier dont il se saisit précipitamment pour la ranger dans sa veste.

Voilà qu'il bredouillait de nouveau. Gabriella commença réellement à s'inquiéter. Lui qui d'habitude était si sûr de lui, apaisant même, le voir ainsi résonnait comme une alarme.


"Mais.. ne..ne vous excusez pas monsieur.. Je suis désolée, je ne voulais pas vous déranger si vous ne vous sentiez pas bien..."

Cela aurait été quelqu'un d'autre, elle aurait rebroussé chemin et l'aurait laissé tranquille. Mais Danilo et elle s'étaient un peu rapprochés depuis le bal du Castello et elle voulait l'aider comme lui l'aidait parfois quand elle en avait besoin.

"Cette lettre... Avez-vous reçu de mauvaises nouvelles ?" demanda-t-elle pour tenter de comprendre ce qui avait pu le mettre dans un tel état.

"Vous êtes bouleversé, je le vois bien, et nerveux. Je vais vous apporter votre thé... mais je peux vous aider si vous le voulez bien. Vous-même m'avez écoutée quand j'avais besoin de parler, il serait tout à fait normal que j'en fasse de même."
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Danilo della Lonza
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MessageSujet: Re: La Chambre de Danilo   Mar 20 Nov - 16:14

Elle ne fuyait pas, elle s'intéressait. Oh, comme il aurait préféré une dérobade, un abandon momentané. Préféré? Non, peut-être pas. Enfin, plus ou moins... Si elle était partie, il aurait été heureux d'éviter de lui parler de certains sujets fâcheux pour lui. Mais cela aurait été signe qu'il comptait finalement peu pour elle. Maintenant qu'elle restait, il sentait qu'il avait de l'importance à ses yeux, et qu'il était devant un aveu qu'il n'avait aucune envie de faire. A vrai dire, les deux situations étaient pleines d'autant de peine que de joie. Alors, autant faire avec celle qui se présentait. Même s'il aurait été préférable qu'elle n'entrât pas du tout.

Mais que faire ? Continuer dans son entêtement à ne rien vouloir dire, repousser le mouvement de compassion qu'elle avait pour lui ? Il avait peur que cela la blesse, qu'elle considère qu'il n'avait pas assez confiance en elle pour s'ouvrir. Après tout, cela ne se faisait pas de recevoir des confidences sans en rendre lorsque l'occasion se présentait. C'était sans doute trop caractérisant de son comportement envers elle, ce comportement teinté d'un intérêt peu sentimental malgré la passion certaine qu'elle évoquait en lui.
Et pourtant, s'ouvrir, pour dire quoi ? La vérité ? Et si cela se révélait plus blessant encore ? Lui parler de Mathilde, c'était sans doute faire du mal, à elle comme à lui. Lui dire que c'était l'ambiguité de ses sentiments à son égard qui le tourmentaient ? Il était certain de finir avec une main en travers du visage si elle ne visait pas l'entrejambe. Et, sans doute, d'être définitivement perdu, l'information remonterait très certainement jusqu'à Elio, et...

Se tourner partout et ne voir que de tristes issues, voilà quel était son digne sort du moment. Il resta un moment sans répondre, laissant les pensées tournoyer en masse sous son crâne, une migraine menaçante commençant à se profiler à l'horizon. Sans s'en rendre compte ni savoir comment il était passé de la fenêtre à ce nouvel état, il se retrouva vautré dans un fauteuil la tête entre les mains, les coudes sur les genoux. Chose qui n'arrangea évidemment pas son cas de conscience, puisqu'il était de plus en plus évident qu'il avait besoin d'aide.

D'une manière, si. Cela arrangeait les choses, contre son gré, certes. Mais la décision devenait de plus en plus évidente: il devait parler. De quoi... Bah, de quelque chose, n'importe quoi, pas un mensonge, non, pas la vraie cause complète non plus, non. Mais s'ouvrir, enfin, donner l'impression, au moins, il ne pouvait plus reculer, n'est-ce pas ? Non, il ne pouvait plus. Ou alors prétexter une trop grande gêne ? Non, il savait qu'il était lâche, pas la peine de se donner un nouvel exemple de cette faiblesse. Affronter le problème, voilà. Elle était là, il était là, il avait des problèmes, elle était prête à l'aider, c'était la logique même, n'est-ce pas ? Oui, bien sûr, oui. Parler. haha. Parler. Bon... Allez, courage. Alleeeez.


"Nouvelles... Non, il n'y a pas de mauvaises nouvelles, enfin, rien de nouveau... Je crois que... J'ai juste le mal du pays, vous savez ? La France est devenue ma véritable patrie, d'une certaine manière. Maintenant que je suis ici, j'ai l'impression que j'y ai laissé une grande partie de moi... La moitié, sans doute. Oui, la moitié de moi, ma moitié, l'expression est... Appropriée, si on veut. Mais je sais que je n'y retournerai pas, c'est trop tard, oui. Je sais que je n'y retournerai pas et je n'en sens que mieux ce que j'ai perdu. Et je ne sais pas si ce que... Si cet... Si Venise en vaut la peine. Enfin, si elle comblera le vide, et... Comme Rouen avait comblé le vide de Florence, savez-vous? Et je ne crois pas... Que cela arrivera. Je... Venise sent pour moi comme son canal le plus infect, à l'heure qu'il est. Et je sais que je ne la quitterai pas non plus. Et j'ai l'impression que l'odeur s'accorche à mes vêtements et me suis partout. C'est stupide, n'est-ce pas ? Oui, c'est stupide, je suppose que c'est stupide. N'est-ce pas ?"

Voilà. Il avait menti sur le fond de son trouble par omission, en parlant des causes de surface. Elles étaient bien réelles, mais rien des mouvements souterrains qui les animaient n'avait encore sérieusement franchi ses lèvres. C'était une victoire en soi. Le musicien tendit sa main droite devant lui, et vit qu'elle était prise de frissons incontrôlables et particulièrement visibles. Il avait souvent évalué le trouble qui l'habitait aux effets qu'il avait sur ses paumes et sur ses doigts. Il semblait en ce jour évident que le mal était grand. Il contracta les doigts, s'enfonçant les ongles dans la partie tendre de la paume, sans se faire saigner pour autant. Il bredouilla encore :

"Je raconte des inepties..."
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Gabriella Delmonti
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MessageSujet: Re: La Chambre de Danilo   Jeu 22 Nov - 14:27

Danilo ne répondit pas tout de suite. Gabriella lui laissa le temps sans insister mais resta là à attendre que ses pensées se remettent en ordre. Elle le regarda s'asseoir dans un fauteuil et se prendre la tête entre les mains comme le font les personnes désespérées.

Gabriella s'approcha de lui puis après un petit temps d'hésitation décida de se mettre à genoux à ses pieds, les fesses posées sur ses talons, afin qu'il n'ait pas à relever la tête pour la regarder.

Il commença à parler, se soulager, lui expliquer son mal du mieux qu'il pouvait. Gabriella ne dit rien et attendit qu'il ait terminé, l'écoutant attentivement pour essayer de le comprendre.


"Mais non voyons, ce ne sont pas des inepties, je comprend ce que vous ressentez un peu. Moi c'est Rome qui me manque. Cependant je ne dirais pas que j'y ai laissé la moitié de moi, juste des souvenirs, bons et moins bons."

La jeune servante chercha le regard de Danilo sur son visage à moitié dissimulé par ses mains.

"Peut-être avez-vous laissé une femme que vous aimez là bas ? Généralement c'est le cas des gens qui disent qu'ils ont laissé la moitié d'eux même." dit-elle en hochant la tête.

"Et cette lettre et la sienne, n'est-ce pas ? Ce n'est pas le pays qui vous manque, c'est elle, je peux le comprendre." ajouta-t-elle en lui souriant.

"Par contre vous avez tort en vous persuadant que vous n'y retournerez pas. Ce ne sera peut-être pas tout de suite, mais rien ne vous empêchera dans les années à venir d'y retourner et de la retrouver."

Gabriella tentait de rassurer Danilo en avançant à tâtons dans le noir car elle ne connaissait pas le fond de l'histoire.

"Venise est une ville étrange. Elle peut être aussi infecte que sublime." répondit-elle. "Il y a des jours ou je la déteste, d'autres où je m'y sens bien." expliqua-t-elle en haussant les épaules.
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Danilo della Lonza
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MessageSujet: Re: La Chambre de Danilo   Lun 26 Nov - 1:01

Mais ? Mais qu'avaient les gens à comprendre les métaphores, enfin ? On se faisait un bon mot pour soi et voilà que l'autre en face trouvait on ne peut plus logiquement ce qui traînait au fond de sa pensée. C'était... Oh, et puis après tout, s'il avait parlé de sa moitié, c'était peut-être inconsciemment parce qu'il avait envie de savoir si Gabriella comprendrait. Il avait beau dire, il avait peut-être sérieusement envie de parler d'elle. Bon. Evasivement, alors.

Gabriella était frustrante tout de même. Est-ce qu'il voulait qu'on apaise sa peine, après tout ? Il est plus facile de subir que d'oser, affronter un destin prévisible, fut-il néfaste, que de faire face à l'inconnu. Si au moins elle avait montré l'envie de l'embrasser sur le champ en guise de consolation, il aurait su ou il allait. Faire des aveux était pénible, cela diminuait la prise qu'il avait sur la suite des évènements. C'était, en quelque sorte, se jeter dans l'inconnu, et peut-être qu'il était non pas plus sage, mais moins pénible de rester dans la tristesse du moment sans rien faire pour lutter contre. Au moins le tourment restait prévisible et connu.

Ah, mais non. S'il recommençait à penser ainsi, il allait retomber dans les travers qui lui avaient pourri les deux dernières années vénitiennes. Il avait vu Ettore prendre possession des salons, et à vrai dire, une fois qu'il s'était senti sur le point de perdre la faveur du monde, il s'était laissé couler. Il avait préféré être misérable et haïr son camarade plutôt que de lutter pour rester une personne intéressante aux yeux de tous. Evidemment, deux ans d'oubli et de haîne l'avaient amené à perdre le contrôle de lui. Il ne lui faudrait pas longtemps pour se pervertir sans aucune aide extérieure s'il se laissait encore aller. Il devait se battre sérieusement, c'était pourquoi il était là, après tout. Risquer malgré la peur de l'inconnu.

Encore quelques secondes sans répondre. La voix était altérée, mais les phrases commençaient à avoir un semblant de maîtrise. C'était déjà cela.


"Détrompez vous. Je ne laisse rien d'autre que des souvenirs, moi aussi. Et des souvenirs bien trop heureux pour moi. Je n'y retournerai pas, les ombres d'un passé plein d'une joie révolue n'ont rien d'attirant. Rien là bas n'aura la beauté d'une ruine effondrée avec un hasard d'une heureuse esthétique. Non, non, je n'y retournerai jamais, ou pour mourir, peut-être, lorsque j'aurai les cheveux blanchis et la goutte au genou..."

A la voir assise sur ses talons, juste devant lui, si près, l'idée d'un mouvement naturel lui vint. Ou plutôt, éclata dans son esprit comme une évidence incontestable. Elle était faite pour l'étreinte de ses bras, cela ne faisait en cet instant pas le moindre doute. S'il s'était écouté, il serait tombé à genoux aussi, l'aurait sans doute enlacée avec une fougue certaine, aurait perdu sa tête au creux de cette nuque qui l'affolait tant, le nez contre la peau, une main perdue dans la chevelure de Gabriella. Hélas, il lui restait un peu de raison, une raison qui lui hurlait que la spontanéité de ce mouvement ne serait pas forcément la bienvenue. Il ne put cependant le contenir totalement. Les mains de Gabriella se retrouvèrent vivement emprisonnées dans les paumes un peu moites du claveciniste. Les deux pouces de Danilo se mirent à caresser doucement les ravissantes mains de la servante, et ses autres doigts trouvèrent l'articulation du poignet et s'y posèrent, comme autant de navires perdus dans la tempête et découvrant par miracle une crique à l'abri des vents. Cela, et le grain de folie chargé de passion brillant dans le regard qui se planta au fond des prunelles de Gabriella pour n'en plus sortir, fut tout ce que le claveciniste ne parvint pas à retenir. Il reprit la parole un peu précipitamment, comme pour éviter des reproches sur son geste.

"Venise est laide de coeur mais elle a le mérite d'avoir encore le clinquant du neuf. C'est pour cela que je suis ici, et pour le prince Elio... Voilà bien tout ce qui m'attache en ces lieux. Et... Du moins, voilà ce qui m'y a appelé... Pour ce qui me retient, je disais... Oui, le clinquant, Elio et... Et puis vous. Je n'attendais pas cela de la Sérenissime mais... Peut-être que cela est à même de me donner la force de supporter ces beaux lieux plein de gens sordides..."

Il ne sut trop que faire avec ces paroles dont il perdait de nouveau la maîtrise. Jusqu'à Elio, ses paroles étaient réfléchies. L'intérêt qu'il portait au prince était réel, même si Gabriella n'aurait pas apprécié d'en connaître les tenants. Mais l'aveu voilé et désordonné qu'il venait de faire lui fit peur à lui-même.

"Je... Désolé, je... Il m'arrive de manquer de délicatesse quand..."

Il ne lui vint pas à l'idée de retirer ses mains pour autant. Son regard s'était rabaissé, plus par peur de montrer trop de choses que par peur de gêner. Bon dieu, ces épaules étaient véritablement affolantes. Quelle idée d'en avoir de si belles, aussi...
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Gabriella Delmonti
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MessageSujet: Re: La Chambre de Danilo   Jeu 29 Nov - 1:28

Danilo fut encore une fois un petit peu long à répondre mais Gabriella sentait bien qu'il ne s'agissait pas là d'un laps de temps servant à chercher une "bonne" réponse mais bien d'un temps qu'il s'accordait pour se reprendre et mettre au clair ses idées. Du moins, c'était ce qu'elle pensait.

Il lui assura alors qu'il ne laissait derrière lui que des souvenirs et non pas une femme comme elle l'avait cru. Pourtant cela lui avait semblé logique sur l'instant. Qu'avait-il donc vécu pour que des souvenirs le bouleversent à ce point ? Des souvenirs heureux par dessus le marché. Et cette lettre, de quoi s'agissait-il ? Pourquoi l'avoir rangé si vite dans son pourpoint si elle n'était pas la cause de son tourment ? Gabriella était persuadée qu'elle avait pourtant un rapport avec son état.


*Souvenir heureux.. joie révolue...* réfléchissa-t-elle aux paroles du gentilhomme.

Ne démordant pas qu'il y avait peut-être une femme sous cette histoire, Gabriella essaya d'assembler les morceaux pour en faire quelque chose de cohérent. S'il s'agissait bien d'une femme et qu'il s'agissait d'un souvenir heureux révolu, il se pouvait bien que cette femme soit décédée. Cela expliquait qu'il ne voulait pas retourner là bas car cela serait trop douloureux. Mais cette femme pouvait aussi bien être une amante que sa mère, elle ne pouvait pas savoir. Et la lettre serait une des siennes qu'il aimait relire. Elle-même avait souvent gardé les lettres de son frère pour pouvoir les relire, même si lui n'était pas décédé.

Cependant, Gabriella ne dit rien car elle ne voulait pas le blesser ni avancer des hypothèses hasardeuses alors qu'il souhaitait visiblement éviter ou contourner le sujet.


"Je comprend mieux votre opinion. Enfin.. je peux la comprendre." dit-elle en le regardant doucement.

"Et puis, je ne vais pas me plaindre si vous décidez de rester jusqu'à ce que vous ayez les cheveux blanchis et la goutte au nez. Vous êtes un hôte très agréable." dit-elle en lui souriant pour tenter de l'amuser avec un peu d'humour. Cela dit, c'était la vérité. Danilo faisait partie des personnes qu'elle prenait plaisir à servir.

Danilo aurait été son frère, ou un ami de sa condition, elle l'aurait volontiers pris dans ses bras pour le consoler avec la douceur qu'elle savait déployer. Hélas, della Lonza était un invité du prince et l'idée même de l'étreindre était inconcevable.

Cependant, cette proximité repoussée en esprit se fit brusquement une place concrète et bien réelle. Le gentilhomme venait d'attraper ses mains en la regardant dans les yeux. Surprise du mouvement, le regard de Gabriella s'abaissa vers ses mains comme pour réaliser le geste. L'inconvenance même de cette attitude ne la choquait pas du moment que cela lui permettait de s'apaiser mais cela ne l'empêcha pas d'être gênée. Elle n'osa pas retirer immédiatement ses mains pour ne pas le vexer ou le faire replonger dans la tristesse mais la jeune servante ne put empêcher de grosses rougeurs de s'installer sur son visage quand les pouces de Danilo vinrent caresser sa peau, non loin de ses poignets.

Gabriella ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais aucun son ne franchit ses lèvres et Danilo la devança. Gabriella releva lentement le regard vers lui, l'air confuse. De nouveau le rouge lui monta aux joues et Gabriella bredouilla légèrement.


"Moi.. Le prestige de la ville.. le prince Elio.. oui.. oui je peux le comprendre, mais moi.. je ne suis qu'une servante. Oh je sais nous en avons déjà parlé... je suis très touchée que vous m'appréciez à ce point, vraiment..."

Elle ne prononça pas le "mais" qui aurait du se placer à la fin de sa phrase mais retira très lentement ses mains, les dégageant avec une douceur extrême pour qu'aucune gêne ou remord ne vienne le toucher lui. Elle laissa même quelques secondes ses mains sur celle de l'homme le temps de venir les lui reposer sur ses genoux.

"Ne vous excusez pas. Vous vous confiez et cela vous fait du bien." le rassura-t-elle en se relevant.

"Je vais vous chercher votre thé, maintenant." dit-elle en s'inclinant brièvement pour disparaître dans le couloir. Elle revint quelques minutes après avec un plateau qu'elle posa sur une table non loin du fauteuil dans lequel Danilo s'était assis.

"Avez-vous besoin d'autre chose ?"
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Danilo della Lonza
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MessageSujet: Re: La Chambre de Danilo   Dim 9 Déc - 0:19

Danilo resta silencieux pendant que Gabriella lui répondait, ne trouvant pas de réplique à faire aux attentions de Gabriella. En fait, elle lui coupait quelque peu l'herbe sous le pied. Il aurait voulu la remercier pour l'avoir laissé le confier, et elle ne lui en laissait pas l'occasion. Il était aussi ennuyé qu'elle ait retiré ses mains. Le contact du corps d'une femme dont il était un tant soit peu épris était comme une drogue pour lui. D'ailleurs, il n'aurait pas dû la toucher, là, maintenant. Il risquait de précipiter tout, de vouloir obtenir ce contact encore et encore, jusqu'à en devenir sérieusement gênant. Oh, il se connaissait bien. Mais ce n'était pas parce qu'il était conscient de ses défauts qu'il savait lutter contre. Quand on n'a pas de volonté...

Ah, voilà, il avait dû lui faire peur. Elle s'enfuyait pour le thé. Il s'attendit presque à ne pas la voir revenir, et se surprit à s'effrayer d'une telle possibilité. Il se releva, et, encore une fois, retourna à sa fenêtre. Mais cette fois, il s'y adossa, plutôt que d'y perdre son regard. Ses yeux se fixèrent sur la battant de la porte, attendant le retour de Gabriella. Il s'occupa du souvenir de ses mains, le ressassant sans cesse pour mieux l'imprimer dans sa mémoire. Travailler de telles impressions à chaud était le meilleur moyen de savoir parcourir la peau d'une demoiselle rien qu'en pensées. Et c'était bien la seule chose qui pouvait compenser le manque. Le souvenir... Décidément, les femmes le faisaient vivre dans le passé. Toujours, il en venait à regretter l'instant précédent, celui ou l'entente était plus parfaite, les illusions plus fortes. Déjà il se considérait comme perdant, comme déchu aux yeux de la jeune femme. Il avait déjà l'impression d'avoir commis l'irréparable.

Elle revint, heureusement, et il en fut aimablement soulagé. Cela put sans doute se lire sur son visage, d'ailleurs. Lorsqu'elle lui demanda s'il avait besoin d'autre chose, il ne répondit pas directement à la question. Il se jeta simplement à l'eau, sans plus réfléchir aux conséquences de ses dires, décidé à combattre son habitude de toujours tout garder en dedans. Il parla très vite, sans prendre de respiration, pour éviter de perdre pied. Ses quelques mots étaient sans finesse, jetés comme ils venaient.


"Elle s'appelait Mathilde, avait des yeux pleins de merveilles, une chevelure d'ange, des mains magnifiques et un esprit divin. La maladie l'a emportée il y a un peu plus d'un an."

Oui, plus d'un an, c'était bien. Après tout, six mois de deuil, et courir déjà après le jupon d'une servante, voilà qui était assez peu recevable, n'est-ce-pas ? Lui-même n'en n'était pas fier. Oui, plus d'un an, c'était bien. On pouvait songer à refaire sa vie passé ce cap. Six mois, c'était trop peu, bien trop peu. C'était salir la mémoire de sa belle que de se laisser happer aussi vite par une femme, aussi charmante fut-elle. Mais il était ainsi fait.

"Je suppose que je n'ai besoin de rien d'autre. Rien qui soit raisonnable. J'ai... J'aie envie d'appeler à l'aide mais je ne sais même pas comment on pourrait m'aider. Ou plutôt je le sais trop bien, je sais que ça n'est pas... Envisageable? Et j'ai peur de tout le reste, même des bons sentiments, je crois. J'ai peur de la pitié. De la commisération, de la condescendance, de... Je sais que je suis sourd à la pitié et j'ai peur d'être ingrat, d'être borné... J'ai peur de mal interpréter et de blesser ceux qui voudraient me tendre la main... Non, je n'ai besoin de rien de raisonnable."

Ah ah. La bonne idée. Tout sortait dorénavant, pêle-mêle. Il réfléchissait tout haut, presque plus pour lui-même que pour Gabriella. Et en même temps... Il ne pouvait s'empêcher d'espérer qu'elle comprenne ce dont il avait fondamentalement besoin, en cet instant là. Qu'elle discerne dans son charabia de vérités mal fagottées ce qu'il voulait réellement, profondément. Il avait besoin d'un contact charnel. Pas une main dans la sienne, pas seulement. Non, une étreinte vraie, sans mots, un jeu de corps, peut-être pas l'acte d'amour, pas encore, pas trop vite, mais quelque chose de fusionnel, d'érotique, d'enivrant. Il avait besoin d'un corps de femme contre le sien, il avait besoin d'affoler ses sens, pour les distraire.

Si seulement elle pouvait comprendre cela, et oublier toute prudence pour venir se loger dans ses bras, oui, cela lui ferait du bien.
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Gabriella Delmonti
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MessageSujet: Re: La Chambre de Danilo   Dim 9 Déc - 2:40

Le sourire aimable qu'affichait Gabriella au moment où elle lui demandait s'il avait besoin de quelque chose, s'effaça lentement alors que le gentilhomme lui dévoilait avec une soudaineté désarmante la raison de son désarroi.

La jeune servante, ouvrit la bouche, l'arrondit comme pour dire un "oh" mais ne prononça rien et se contenta de froncer les sourcils dans un premier temps avant de finalement dire doucement.


"Je suis désolé..."

Bien maigre phrase de condoléances mais il l'avait prise au dépourvu. La tristesse qui émanait de Danilo l'empêcha de ressentir un quelconque sentiment de victoire car il était maintenant évident qu'elle avait relativement bien deviné la situation malgré les détours qu'avaient pris la conversation.

Elle voulut lui dire quelques mots de plus, pour le réconforter, lui dire qu'elle comprenait pourquoi il ne souhaitait pas retourner en France. Peut-être même lui dire qu'elle savait ce que l'on ressentait lorsqu'on perdait un être cher. Mais Danilo enchaîna sans lui laisser le temps de dire quoi que ce soit. Gabriella eut du mal à suivre les paroles un peu décousues du gentilhomme mais tenta d'y répondre du mieux qu'elle put.


"Non, effectivement, personne ne pourra vous aider.. vous réconforter oui, mais vous aider... Le deuil est quelque chose de très personnel.. Vous avez besoin de temps monsieur Della Lonza. Prenez le temps qu'il vous faudra et vous verrez que ce dont vous avez peur maintenant n'aura plus d'importance dans l'avenir." expliqua-t-elle en le regardant fixement.

"Et.. vous n'êtes pas ingrat... ni borné, je puis vous l'assurer." ajouta-t-elle avec un sourire.

Sans s'en rendre compte elle s'était rapprochée de lui pour lui parler comme en confidence. Ses yeux verts se posèrent sur ses mains. Devait-elle le réconforter encore comme il semblait en avoir eu besoin précédemment ? Gabriella se ravisa et reposa son regard dans le sien. Non, non il avait dit clairement qu'il avait peur de la pitié et de la compassion. Elle devait garder ses distances tout en étant présente.


"Vous avez juste besoin... de temps." répéta-t-elle en le regardant.
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