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 La Chambre de Danilo

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Danilo della Lonza
Gentilhomme - Ca'Adorasti
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Nombre de messages : 92
Date d'inscription : 16/12/2006

MessageSujet: Re: La Chambre de Danilo   Lun 31 Déc - 0:25

Réconforter, le mot était si bien choisi. Il y avait là l'idée de l'amie proche, de la soeur ou de l'amante, celle qui comprend que les mots ne servent à rien et donne son contact pour sauver l'âme en peine. C'était plus... Mature que consoler. Moins pudique que soutenir. Moins impersonnel qu'aider. Réconforter, oui, c'était bien le mot qu'il voulait entendre. Et il espérait bien que Gabriella en avait la même idée. Espérance qui n'était peut-être pas tout à fait infondée, comme il put s'en rendre compte : la petite servante s'était rapprochée de lui pendant qu'elle parlait.

C'était encore autre chose que de la voir agenouillée à ses pieds. Cette fois, le coeur du musicien s'emballa franchement de la sentir si proche, d'apercevoir plus avant un certain décolleté dans lequel il évita de trop attarder son regard, de suivre la course de ses yeux, vagabondant un instant sur les mains du musicien.

Mais elle ne franchissait pas le peu d'espace qui les séparaient encore. Danilo fit le même mouvement qu'elle, ne sachant trop si elle hésitait ou si elle avait arrêté sa décision. Désormais leurs corps se frôlaient presque, sans se toucher pour autant; le musicien se refusait de prendre réellement l'initiative, et préférait montrer simplement ce qu'il attendait. Le don était tellement plus satisfaisant que la prise délibérée, fut-elle plus ou moins consentie. Ses mains montèrent légèrement vers la taille de la jeune femme, mais il les arrêta juste avant, les doigts à moitié repliés vers la paume. Le mouvement, cependant, était clair, même s'il n'était pas abouti. Etrangement, dans cet instant ou sa tension était au plus haut, ou il risquait le plus de commettre une bévue et de se retrouver avec une main en travers de la face s'il manoeuvrait mal, il retrouvait sa maîtrise, il se trouvait presque calme, n'était son coeur battant une mesure folle. Les yeux rivés à ceux de la servante, Danilo répliqua, en approchant doucement son visage sans l'envahir complètement:


"Le temps ne fait pas mon affaire, j'en ai peur. Il ne fait que faciliter l'oubli. Et je ne veux pas oublier, jamais. Je veux pouvoir arrêter d'y penser à tout instant, sans que les souvenirs s'estompent. Mais cela, mon âme me le refuse, et me le refusera tant que je n'aurais pas une très bonne raison d'écarter une femme qui n'est plus de mes pensées. "

Le claveciniste marqua une très légère pause. Ses doigts s'étaient de nouveau étendus, toujours sans toucher directement Gabriella, et semblaient jouer avec un ruban invisible de sa robe. Perdu dans les profondeurs vertes du regard de la servante, il ne détourna pas un instant les yeux.

"Et cette raison, même si cela semble déraisonnable, même si cela paraît folie aux yeux du monde, je crois l'avoir trouvée, je l'ai trouvée. Hélas, je ne puis rien faire de plus. Il ne s'agit en rien d'une chose que l'on peut acquérir selon son bon vouloir. Même si elle ne s'est pas offerte à moi, elle m'offre déjà un peu de réconfort, car elle m'apporte l'espoir de jours meilleurs. Pour cela seulement, je lui serais déjà reconnaissant..."

Le claveciniste se tut, et resta quelques instants immobile, sans changer la si courte distance qui les séparait toujours. Il l'appelait à demi-mot de ses paroles, il l'appelait de tout son corps. C'était à elle de faire le tiers de pas qui manquait, si elle le désirait.
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Gabriella Delmonti
Servante - Ca'Adorasti
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Nombre de messages : 524
Date d'inscription : 22/04/2005

MessageSujet: Re: La Chambre de Danilo   Mer 2 Jan - 18:31

Danilo s'était lui aussi rapproché, si bien qu'ils étaient de nouveau très proches l'un de l'autre. Trop proche ? Gabriella n'en savait rien. Lorsqu'elle se reculait par convenance, elle se retrouvait de nouveau proche par souci de réconfort et le gentilhomme faisait de même. La proximité d'un homme n'était pas le genre de choses qui la gênait mais elle y faisait attention dans l'unique but de ne pas gêner ou choquer l'homme en question. Mais visiblement Danilo cherchait cette proximité dont il avait apparemment besoin, alors que faire ?

Et ses mains, ce mouvement qu'il avait esquissé ? On aurait dit qu'il avait voulu la prendre par la taille. Avait-elle rêvé ? Non. Il ne la quittait pas des yeux et son visage se rapprochait du sien. Un frisson lui fit hérisser les cheveux sur sa nuque, mais un frisson agréable dont elle eut un peu honte. Pourquoi diable aimait-elle tant les attentions des hommes à son égard ? Probablement n'en avait-elle pas eu assez à son goût depuis son adolescence.

L'esprit légèrement embrumé par cette proximité qui, cette fois-ci semblait la troubler elle, Gabriella fit un effort pour écouter ses paroles et y donner une réponse acceptable.


"Vous n'oublierez pas.. mais.. la douleur elle.. elle s'estompera..."

Danilo ne la lâchait pas des yeux et Gabriella se sentit comme happée par son regard, incapable à son tour de dévier le regard. Mais lorsqu'il se remit à parler, lorsque son véritable sentiment transpira à travers ses paroles, lorsqu'il l'appela sans le faire, qu'il parla d'elle sans prononcer son nom, qu'il parla si clairement par mots détournés, la faible distance qu'il y avait entre eux sembla avalée en un instant sans son véritable consentement et pourtant sous son initiative. Quelques centimètres tout au plus, sa tête s'était avancée vers celle du gentilhomme qui put sentir ses lèvres se poser sur les siennes.

Gabriella ferma les yeux tandis qu'un *moi ?* étonné résonnait dans son esprit. Elle goûta un instant l'allégresse d'être désirée par un homme mais la vision de Danilo penché sur une tombe lui fit froncer les sourcils sans cesser le baiser.

Puis vint l'image d'une noble tête angélique et Gabriella recula la tête, à peine, juste pour rompre le contact de ses lèvres mais tout en gardant les yeux fermés.

Ce n'est que quand le magnifique visage du prince Elio, fâché ou peiné, elle ne sut le dire, lui apparut qu'elle se recula tout à fait d'un mouvement vif en poussant une exclamation de stupeur, les yeux grands ouverts, presque horrifiée de son geste. Qu'avait-elle fait ? Embrasser un hôte du prince.. dans son palais... alors que Danilo était en deuil.. et qu'elle même était attendue...


"Je... pas dû.. désolée.. je... je..."

Gabriella recula précipitamment et manqua perdre l'équilibre en se prenant les pieds dans le tapis. Elle se rattrapa au montant du lit et prononça plus clairement.

"Je n'ai que trop abusé de votre temps, je vous prie d'excuser mon audace déplacée.. je.. je dois y aller.."

Puis elle s'enfuit dans le couloir à grandes enjambées.

[Le Castello]
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Danilo della Lonza
Gentilhomme - Ca'Adorasti
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Date d'inscription : 16/12/2006

MessageSujet: Re: La Chambre de Danilo   Mar 8 Jan - 21:04

Comment pouvait-on décrire un de ces moments de grâce qui sauvaient l'existence de l'ennui et de la peine? Oh, en cherchant bien, c'était tout à fait possible; dire la texture des lèvres, leur goût, la manière de frôler les siennes, dire le temps que le contact béni avait duré, parler du frisson de plaisir qui l'avait parcouru. Mais comment oser seulement transcrire en mots un moment ou la raison disparaissait au profit de tous les autres sens ? Danilo n'était pas poète, ou si peu. Un beau sonnet tourné avec finesse aurait pu éterniser l'instant fugace sur papier. Le claveciniste ne chercherait pas à l'exprimer autrement qu'en un mot: divin. Quoi de plus beau qu'un baiser arraché aux dures lois de la raison ?

Le tableau n'aurait pas été parfait sans le recul précipité de Gabriella, après qu'elle se soit réellement rendue compte de ce qu'il l'avait poussée à faire. Si elle lui avait cédé en tout à cet instant là, il aurait été terriblement déçu. Il estimait assez le caractère de Gabriella pour prendre un vrai plaisir à l'amener progressivement à lui. Le baiser était un signe d'espoir des plus clairs, mais il ne voulait pas dire que le jeu était clos pour autant. Cela en faisait toute la saveur...

Il eut envie de rire en voyant la servante se prendre les pieds dans le tapis, non pour se moquer, mais par plaisir de l'avoir troublée. Sa fuite précipitée ne lui laissa pas le temps de placer un mot. Il profita des échos de sa fuite pour se murmurer à lui-même :


"Oh non, vous avez tort. L'audace était on ne peut mieux placée."

Il s'étonnait toujours de la facilité avec laquelle son humeur tournait lorsqu'il était l'objet d'une faveur féminine. Comment disait-on, en latin, déjà? Tabula Rasa. Expression assez laide, mais très appropriée. L'euphorie ne durerait pas, il le savait pertinemment. Il ne mettrait pas longtemps à se pourrir l'existence avec des questionnements vains et sans fin sur les implications diverses de la faveur en question, et quelques remords quand au peu de cas qu'il faisait du deuil de son adorée se chargeraient d'alourdir son humeur. Mais plus tard. Pour le moment, la peine était oubliée, et Mathilde était écartée.

Le musicien s'adressa un grand sourire dans le miroir. La pensée de son rendez-vous avec la comtesse Gurrieri venait de remonter à la surface. Une autre femme en tête à tête, à quelques minutes d'intervalle, charmant présage. Oh, il n'y avait chez la comtesse rien qui l'incitât aux débordements dont il avait pu faire preuve avec Gabriella. Celle-ci l'occupait trop pour qu'il put penser à Brunilde autrement que comme une amie. Mais la comtesse pouvait se vanter d'être devenue une amie des plus estimables pour le musicien. La retrouver était toujours un plaisir.

Il mit un peu d'ordre dans sa mise, et ne tarda plus. Il était déjà en retard. D'un pas plein d'entrain, il sortit de sa chambre et rejoignit le rez-de chaussée.


[Le petit salon de musique]
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