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 Etage Inférieur - Salon

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Du Bout des Doigts
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MessageSujet: Etage Inférieur - Salon   Ven 19 Aoû - 3:58

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Ariela Accorti
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Salon   Sam 10 Fév - 0:26

[Calle Trevisi]

Quelques instants plus tard, le petit groupe avait rejoint la propriété des Accorti. Passé le porche et le hall, Ariela mena les deux hommes dans le salon que Luciano avait déjà fréquenté. La pièce n’avait pas beaucoup changé. Plusieurs divans, bergères et fauteuils se trouvaient là, regroupés autour de petites tables à thé, en cercles intimes ou plus ouverts. Tout le mobilier de la pièce était en papier mâché et laqué, travaillé en tons noir et or, lové de coussins de soierie bordeaux ; c’était une toquade de son père, qui avait fait venir à grand frais cet ensemble d’Angleterre, lorsque Henry Clay avait crée la sensation en ramenant cet art du meuble de voyages en asie. C’était un salon pour le moins unique, car rares étaient les nobles italiens à s’en être dotés, la mode n’ayant pas encore dépassé le sud de la seine. Un meuble à liqueurs imposant, fait de la même matière que les fauteuils, trônait sur le mur est, laissant apercevoir moult bouteilles ventrues. Au fond de la pièce, un objet lui aussi ramené d’Angleterre était ironiquement placé. Il s’agissait d’une petite banquette de quatre coussins en disposés en trèfle à quatre feuilles, séparés au centre du siège par un dossier haut. C’était un siège pour amoureux. Ces pudibonds d’anglais avaient conçu exprès pour leurs salons cet objet stupide, ou les deux amants prenaient place dos à dos, avec chacun leur chaperon assis à l’une des extrémités de la banquette. Cet objet, tout de sacrosainte retenue anglaise, était l’antithèse même de la Sérénissime, et c’était sans aucun doute pour cela même que son père l’avait placée là, comme un rappel de ce qu’ils n’étaient pas. L’histoire était toujours amusante à raconter, car on s’étonnait souvent de ce petit meuble si incommode. Deux grandes baies vitrées complétaient le tableau, ouvrant la vue sur le canal.

Ariela aimait beaucoup cette pièce. Ce salon était devenu son domaine maintenant que ses parents avaient enfin débarrassé le plancher. Elle pouvait enfin être l’hôte appréciée. Tout était beaucoup plus excitant, maintenant qu’elle était libre de faire ce qu’elle voulait.

Giaccomo siégeait sur un fauteuil, dans une attitude royale propre à la race féline. Ses deux pupilles bleues de siamois, embrumées de sommeils se posèrent sur sa maîtresse quelques instants, puis il bailla avant se lover plus avant sur le coussin adoré. Paolo devait être à la cuisine, guettant l’arrivée de la pitance. Pour une fois, il devrait prendre son mal en patience et attendre. Ses deux hôtes étaient plus importants.


« Nous voici rendus. Vous ne devez pas être trop dépaysé, monsieur Di Lorio. Prenez siège tous deux, je vous en prie. Puis je me permettre de vous servir un verre, messieurs ? Après tout, il est l’heure de l’apéritif. Je m’occuperai de vos pauvres mains une fois que je saurais langues contentes. »

Elle se dirigea vers le meuble à liqueurs. Pendant ce temps, elle s’adressa au jeune homme vêtu de rouge, en prenant soin de ne pas évoquer directement la scène dont elle venait d’être témoin. Qu’on n’aille pas croire qu’elle s’intéressait de trop près à leurs frasques. Quelle délicatesse de sa part, tout de même, elle était pleine de tact en vérité, tant qu’elle se charmait elle-même.

« Dites-moi, monsieur Scaligieri, votre visage comme votre nom ne me sont en rien familiers. De quelle belle ville nous venez vous ? »
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Raffaele di Grazziano
Frère du Prince - Ca'Grazziano
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Salon   Dim 11 Fév - 1:09

[Calle Trevisi]

Raffaele entra dans le salon à la suite de la jeune femme. Son regard surpris passa sur le mobilier noir et or pour s'arrêter sur le siège étrange dont il ne connaissait pas l'usage et qui lui apparut comme fort malcommode. Il ne s'était pas attendu à un intérieur aussi exotique et cela le ravissait. Ainsi les vénitiens n'étaient pas tous aussi convenus que ce à quoi il s'attendait et ils pouvaient faire preuve d'une amusante originalité. Que ne lui en avait-on parlé plus tôt ! Il aurait envisagé alors son séjour dans la sérénissime avec moins de déplaisir.

Sa main gantée glissa sur le dossier d'un fauteuil occupé par un magnifique siamois dont les yeux aussi bleus que les siens cillèrent lentement. Le jeune prince sourit, il s'était toujours senti une parenté avec les chats, quelque chose dans la fausse apparence de domestication, quelque chose aussi dans l'indifférence du caractère et sans doute plus que seulement quelque chose dans la cruauté des jeux imposés à leurs proies respectives. Il n'avança pas la main, sachant ne pas imposer un contact qui n'était pas explicitement souhaité.

La comtesse les invita à s'asseoir et il prit place dans un sofa tendu de soie lie de vin tandis qu'elle leur proposait des liqueurs. Le goût de l'alcool lui revint en amertume au fond de la gorge, il avait assez bu pour l'heure mais refuser eut été d'une incorrection flagrante et il accepta avec un sourire gracieux tout en répondant à la question qui lui était posée, ne montrant pas l'étonnement qu'il ressentait à ce que le service soit fait par la dame elle-même et non par quelque valet qui aurait dû se trouver là prêt à exaucer le moindre souhait de sa maîtresse. Mais peut-être que le luxe qu'il voyait affiché n'était qu'une apparence dissimulant habilement un revers de fortune
.

"Je ne suis arrivé à Venise que depuis peu, Madame. Ma famille est établie plus au sud et je m'y ennuyais ce que je supporte assez mal. On m'avait vanté l'hospitalité des vénitiens mais je n'imaginais pas qu'elle fut si chaleureuse. Je vous remercie de cette si agréable découverte."

Il tourna le regard vers Luciano et son oeil pétilla, il croisa les jambes et ôta son gant avec une application feinte.

"Monsieur di Lorio m'a déjà montré une facette fort intéressante de la noblesse vénitienne, il me tarde d'en apprendre plus."

Les iris bleus se posèrent sur les lèvres de Luciano et l'espace d'un instant on ne put rien y lire d'autre qu'une terrible et dévorante faim sans équivoque.
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Luciano di Lorio
Ami de la Famille Adorasti - Ca'Adorasti
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Salon   Dim 11 Fév - 6:25

[Calle Trevisi]

Le salon des Accorti était fidèle au souvenir de Luciano, bien que le calme qui y régnait désormais diffère grandement avec l’effervescence de sa dernière visite. Il put donc porter plus d’attention au décor excentrique, expressément choisi par l’ancien maître de maison. Ce dernier avait toujours été doté d’un goût sûr dans le domaine de l’art tout comme dans celui, tout aussi délicat, de la politique. L’homme s’était pourtant éternellement abstenu d’étendre son influence, par manque d’ambition ou simple couardise, chose que le noble n’avait jamais réussi à s’expliquer. C’était un véritable gâchis que de ne pas user de sa position pour s’élever à un rang supérieur lorsqu’on en détenait les moyens. En serait-il de même pour sa fille? Elle ne semblait pas avoir hérité du caractère effacé de sa génitrice. Ne restait qu’à déterminer si cela était de bonne ou de mauvaise augure…

Prenant siège aux côtés de son cadet, l’aristocrate acquiesça à la remarque de la jeune femme alors qu’il continuait à observer le curieux mobilier, un sourire retroussant ses lèvres à la vue du fameux siège pour amoureux, objet des moqueries de tous les libertins de la ville :

« En effet, Madame, et c’est avec grand plaisir que je retrouve ces lieux qui n’ont rien perdu de leur charme. Je vous présente d'ailleurs mes condoléances. J'ai été peiné de ne pouvoir rendre hommage à vos parents pour la toute dernière fois, mais des affaires importantes me retenaient à Florence. Leur présence sera grandement regrettée dans cette ville, mais force est de constater que vous reprenez leur oeuvre de bienséance et d'hospitalité. »

Venant démentir ses paroles, il releva un sourcil en dénotant que leur hôtesse se chargeait elle-même de corvées réservées à la domesticité. Avait-elle renvoyé servantes et valets à la mort de ses parents afin de faire disparaître leur mémoire de sa demeure? Ou bien était-elle seulement ignorante de certaines règles du protocole strict de la tenue d’une maison? Balayant pour le moment ces détails d’étiquette, son regard se posa sur un félin indolent, se reposant sur un coussin qui contrastait joliment avec sa robe pâle. La comparaison avec son compagnon, tout aussi prompt à mordre et griffer, tout aussi avide de caresses que de liberté, s’imposa à son esprit et il songea un instant à la possibilité de dresser pareil animal. Il lui semblait que se targuer d’en être le maître aurait été une illusion cruelle et que toute forme d’obéissance ne serait jamais qu’un leurre pour confondre le véritable possesseur de la véritable possession.

Amusé par les paroles de Raffaele ainsi que par l’expression affamée qu’il put lire dans ses yeux, sa jambe vint effleurer celles croisées du jeune homme, rappel de ce baiser volé quelques instants plus tôt. S’il n’avait été de la présence de la comtesse, sans doute aurait-il fait preuve d’un appétit égal au sien, mais on les avait déjà surpris en flagrant délit. La raison exigeait la prudence, même si le charmant éphèbe exigeait, au contraire, la déraison.


« Votre curiosité sera satisfaite bien assez tôt si vous persistez à vous montrer un élève aussi assidu, Monsieur. »

Il se détourna, toujours avec quelque regret, pour reporter son attention sur leur hôtesse, jugeant qu’il aurait des plus inconvenants de l’exclure de leur discussion, aussi passionnante puisse-t-elle être qu’à eux deux :

« À ce propos, Madame, j’ai informé Monsieur Scaligeri du bal populaire dont vous avez certainement eu vent. Je vous sais au fait de tous les évènements notables de cette ville, sûrement pourrez-vous compléter de votre savoir les quelques renseignements que j’aie déjà pu lui faire connaître? »
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Ariela Accorti
Comtesse
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Salon   Ven 16 Fév - 14:51

Ariela eut grand plaisir à voir le Scaligeri laisser courir son regard et sa main sur le mobilier quelque peu exotique de la pièce. Même si c’était là l’œuvre de son père, elle se l’était appropriée et considérait que tout compliment, même implicite, lui revenait de droit. Après tout, elle aurait pu démanteler cette pièce et la refaire à sa guise. C’était donc à son bon goût que l’on devait de toujours pouvoir contempler cette salle en état.

Di Lorio eut quelques mots de sympathie à propos de la disparition de Père et Mère. Ariela prit un air légèrement distant et peiné, cherchant à montrer qu’elle souffrait beaucoup de cette perte mais qu’elle avait assez de dignité pour ne pas l’étaler devant d’honorables invités. Se montrer faible et forte à la fois. Cela plaisait souvent. Elle n’était pas certaine que cela ait réellement de l’effet sur les deux hommes présents et ce malgré ses grands talents de comédienne, mais cela valait la peine de tenter. Et de toutes façons, c’était là sa ligne de conduite. Elle n’allait pas en déroger. Elle lui répondit, en servant trois verres à liqueur.


« Ils nous ont quitté si vite, l’un après l’autre… Je vous avouerai que ce ne fut pas une période des plus faciles pour moi. La maison s’en est trouvée tristement désorganisée, et j’ai eu grand mal à garder le domaine à flot. Mais aujourd’hui, je suis à nouveau en mesure d’assurer le maintien de notre esprit familial. La maison des Accorti est restaurée. »

En un sens, ce qu’elle disait était vrai. Sa mère était morte brusquement, et même si elle espérait ce genre d’évènement depuis quelques années, elle n’en avait pas mesuré toute la portée. Cela avait trop précipité les choses, et elle avait dû se débarrasser de son père alors qu’elle n’en avait aucunement l’intention. Elle n’avait pas prévu qu’il réagirait ainsi. Il aurait dû être éploré, chercher le soutien de sa fille et s’y abandonner ne serait-ce qu’un peu, lui donner plus de responsabilités. Au lieu de cela… Bref, il était prêt à contrecarrer tous ses plans de conquête. C’était précipitamment qu’elle avait dû le mettre à mort, en prenant d’énormes risques, comme celui de faire confiance à la cupidité de Treviano. Puis, elle avait dû faire changer le personnel, trop fidèle à ses parents et dont certains éléments pouvaient avoir des soupçons. Réorganiser toute la maisonnée. Cela n’avait pas été une mince affaire, surtout lorsque, bien évidemment, Treviano s’était mis à la faire chanter. Heureusement qu’il avait –malencontreusement- glissé dans le canal, ce porc, elle ne s’en serait sans doute pas relevée. Au final, la mésaventure s’était révélée bénéfique. Elle était rentrée en pleine possession de la maison et du nom des Accorti bien plus tôt que prévu.

Elle remarqua de Luciano relevait un sourcil en la voyant servir elle-même. Elle avait encore oublié que serviabilité ne voulait pas forcément dire agir de soi-même. Elle aurait dû attendre ou faire chercher une servante. La précipitation était une mauvaise chose. Heureusement, le baron ne releva pas la faute plus avant.

L’éphèbe répondit à son interrogation d’une manière vague, se référant à un point cardinal plutôt qu’à une localisation précise. Voilà qui était étrange. L’homme ne semblait pas se livrer aisément. Que risquait-il à nommer une ville ? Peut-être que l’on remarque qu’il n’y existait pas de famille Scaligeri ? Qu’importait. Sa mise était suffisamment claire : il était noble et en cela digne d’intérêt. Les Accorti se targuaient d’être neutres dans les conflits vénitiens, chose qu’Ariela comptait bien conserver en façade, car elle pouvait ainsi nouer des liens avec tous, et donc mieux surveiller et traquer les faiblesses ; de fait, peu lui importait quelle était l’identité réelle de l’homme. Si elle la découvrait un jour, c’était tant mieux. En attendant, il resterait un Scaligeri, et cela ne l’empêcherait pas d’en apprendre sur sa manière d’être.

Affichant un sourire candide, elle répliqua à sa remarque sur l’hospitalité vénitienne.


« Cela est vrai. Il y a beaucoup de chaleur dans l’accueil qu’une dame de la Sérénissime peut réserver à des hôtes de votre qualité. Laissant un léger instant en suspens avant de reprendre : Pour autant, sachez qu’il vous faudra toujours rester vigilant. Venise est la cité des tortueux. Croisez une gentille dévote, elle peut cacher une mante en elle, et dévorer le mâle en quelques instants. »

*Et moi, je suis la veuve noire* Pensa-t-elle avec gourmandise. Belle métaphore animalière. Elle regretta un instant de ne pas avoir un carnet et une plume pour noter son bon mot et sa pensée fine.

« Enfin, je parle de femmes… Il est aussi bien des hommes doués pour jeter leurs rets sur de fraîches proies appétissantes. » Acheva-t-elle en laissant couler un regard légèrement moqueur sur le baron.

Elle porta son verre à ses lèvres. A ce moment, la petite servante rousse répondant au doux patronyme de Chiara arriva toute essoufflée à la grande porte du salon, voulut y pénétrer puis s’immobilisa net en apercevant les deux hommes. Elle se tourna vers Ariela, les joues rougissantes, s’excusa platement pour n’être pas arrivée plus tôt, fit remarquer qu’elle aurait dû faire le service elle-même, puis finit sa tirade en demandant s’il était encore quelque chose qu’elle pouvait faire pour sa maîtresse. L’excuse qui lui avait permis d’inviter décemment deux hommes en train de se lutiner devait tout de même être honorée.


« Oui, ma petite. Ces messieurs sont blessés. Va dans mon cabinet de toilette et cherche y l’alcool, de la gaze, un peu de coton et… Prends aussi la fiole violette. Apporte le tout ici. »

La servante acquiesça, fit une courbette et sortit tout aussi précipitamment qu’elle était venue. Cette petite était un peu trop impulsive au goût d’Ariela, mais elle avait l’avantage d’être très dévouée. La comtesse avait quelques notions de médecine, et cela lui venait de sa mère. Celle-ci n’avait pas supporté longtemps d’avoir affaire à Treviano, et avait supplié son mari de lui ramener d’un voyage en Angleterre quelques plans médicinaux ainsi qu’un manuel de médecine. De fait, toute la petite famille avait des connaissances suffisantes pour traiter des cas bénins ou des blessures légères, comme celles qu’arboraient les mains des deux nobles.

Pendant que la petite bonne disparaissait, elle répondit à Di Lorio, qui lui demandait quelques précisions sur les évènements importants à venir.


« Allons bon, il semblerait qu’il se montre plus de nobles que de valets à ce bal. C’est cocasse, tout de même. Pour ma part, je vous tiendrais tous deux au fait de ma volonté de rouvrir ce salon à une réception plus publique que ce petit entretien, et ce d’ici très peu de temps. J’espère y voir des gens de qualité, de tous bords. Ai-je besoin de préciser que vous y êtes tous deux conviés ? »

Alors qu’elle prononçait ces derniers mots, son regard était tombé sur le jeune homme séduisant dont elle ne savait toujours pas le prénom. Elle l’en couva un bref instant, puis revint sur Luciano avec un temps de retard, avant de se montrer inconvenante. Elle invitait certes les deux, mais c’était Scaligeri avant tout qu’elle souhaitait voir.


Dernière édition par le Jeu 29 Nov - 1:23, édité 1 fois
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Raffaele di Grazziano
Frère du Prince - Ca'Grazziano
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Salon   Sam 17 Fév - 3:00

Raffaele accorda une attention distraite à la jeune femme qui leur servait des liqueurs, la jambe de l'homme contre la sienne parasitait ses émotions, l'empêchait de se concentrer sur autre chose. Il porta son verre à ses lèvres, goûtant sans boire, craignant le haut-le-coeur. Autant il appréciait le vin et les alcools forts, autant les liqueurs, sirupeuses et traîtresses, lui déplaisaient. Accorti. Le nom lui était inconnu et il ne se souvint pas qu'on l'ait un jour prononcé devant lui. Peut-être une famille sans influence en dehors de Venise.

Le jeune prince sourit aux mises en garde de la comtesse concernant les dangers de la cité. Elle pensait avoir affaire à un jeune innocent, venant sans doute d'une province lointaine, n'ayant jamais approché les lumières qui brûlent les ailes des jolis papillons insouciants. Le regard ironique qu'elle avait coulé vers di Lorio ne lui échappa pas
.

"Venise n'est sans doute pas la seule cité où se retrouvent mauvais plaisants et fâcheux, Madame, il semblerait que ce soit le lot de toutes les villes d'importance. Quant aux dévotes, je les évite autant que faire se peut. Je n'ai ni le goût des tristes mines ni celui des chapelets brandis comme autant de cadenas verrouillant les esprits. Et pour vous répondre tout à fait, il arrive que l'on éprouve un grand plaisir à se laisser prendre dans certains filets, quelque soit le genre ou l'âge du chasseur. Ne vous en déplaise Comtesse."

Il inclina la tête mimique d'excuse visant à faire pardonner les derniers mots et que démentait le regard de glace qu'il planta dans les yeux de la dame. Une servante se présenta, visiblement effrayée ce qui lui laissa à penser que si la jeune femme était aimable avec les gens de sa condition, il ne devait pas en être de même avec ceux qui dépendaient de son bon vouloir.
Une pendulette attira son regard et il haussa un sourcil. Midi était depuis longtemps passé, on devait l'espérer Ca'Grazziano. Il allait décroiser les jambes et tenter de prendre congé mais il fut pris de cours par l'ordre donné à la petite bonne
.

"Je vous remercie de votre prévenance à notre égard, mais en ce qui me concerne, évitez-vous cette peine. Ma blessure est tout à fait insignifiante et ne mérite en aucun cas un tel déploiement de soins."

Mais déjà la servante était repartie et la jeune femme répondait aux questions de l'aristocrate, écartant vivement le sujet du bal pour mettre en avant son intention d'ouvrir sa maison. Pour avoir fréquenté les salons les plus en vue de Naples, le jeune prince savait que la volonté de l'hôtesse ne suffisait pas au succès de l'entreprise. Il fallait attirer les bonnes personnes et leur proposer la plus fine compagnie et par dessus tout leur éviter l'ennui. Il ne répondit pas tout de suite à l'invitation, ce genre de distractions lui apparaissaient souvent comme assommantes et il n'aimait pas se sentir obligé à quoi que ce soit. Mais le regard insistant que la jeune femme posa sur lui le dissuada de refuser franchement. Il ne tenait pas à s'en faire une ennemie. Pas déjà, pas sans y prendre plaisir.

"Votre invitation m'honore, Comtesse."

Un sourire calme étira ses lèvres, il n'avait pas répondu.
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Luciano di Lorio
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Salon   Sam 17 Fév - 8:04

Il n’était ennemi plus insidieux et persistant que l’ennui. Luciano avait réussi à le combattre grâce à la compagnie de son nouveau protégé, mais déjà revenait-il à l’assaut à mesure que se poursuivaient les discours de leur hôtesse. Assurément, Accorti n’avait pas légué ses qualités d’homme du monde à sa progéniture. Cela n’était pas si étonnant, l’aristocrate pouvait très bien se remémorer l’enfant distante et pensive qu’avait été la future comtesse. Un sourire lui monta aux lèvres en songeant qu’il en avait été autrement pour sa perle, sa précieuse Lucrezia, et son caractère flamboyant, digne de celui de son géniteur. Étrange chose que les liens de sang qui, par moment, résultaient en la pire des déceptions ou, au contraire, en la réunion du meilleur des deux parents. Ses propres épousailles s’étaient plutôt soldées par la somme du meilleur du lui-même, la chair de sa chair n’ayant heureusement pas reçu la bêtise de leur mère.

L’ennui se mua cependant bien vite irritation lorsqu’il croisa le regard narquois de leur interlocutrice, accompagné d’un sous-entendu à peine dissimulé. S’il s’était montré indulgent face à la galante du Caffe Florian, apparemment peu au fait des rigueurs de l’étiquette, il n’en était pas de même pour la jeune femme qui avait pu jouir d’une éducation exemplaire. Il n’avait manqué de dénoter le vif intérêt qu’elle portait à son compagnon, mais se serait attendu à plus d’égards de la part de la fille d’un ses pairs. Si le comte avait toujours été de ce monde, sans doute que le noble lui aurait renvoyé sa benjamine en lui conseillant de réviser attentivement ses leçons. Mais, étant désormais l’unique maîtresse de maison, ces considérations devenaient futiles et elle devrait apprendre à ses dépends qu’on commettait une grossière erreur en s’attaquant ainsi à sa réputation, en particulier devant un invité de marque comme le jeune homme à ses côtés.

Avant qu’il n’ait pu rectifier la situation, son cadet se chargeait par lui-même de défendre leur honneur avec l’exquise impertinence dont il avait le secret. Une satisfaction indicible s’insinua en lui et il éprouva presque de la pitié pour cette rivale qui, selon toute apparence, se trouvait écartée de la partie. C’est donc pourquoi sa voix n’exprimât qu’un amusement certes un peu cruel, lorsqu’il prit la parole à son tour :

« Votre obligeance est méritoire, Madame, mais je crois que Monsieur Scaligeri, malgré son jeune âge, est déjà parfaitement apte à juger de la compagnie s’accordant le mieux à ses désirs, son esprit et sa qualité. Nul doute qu’aucune mante ne sera en mesure de le dévorer sans qu’il ne lui ait octroyé cette grâce. »

L’arrivée d’une domestique le priva momentanément du plaisir d’assister à la déconfiture de leur hôtesse. Profitant de la distraction de l’héritière Accorti, il se tourna vers Raffaele pour replacer une mèche indisciplinée, dans un geste par trop intime pour paraître paternel. Il lui faudrait gratifier son favori de présents, signes de son intérêt. Même si celui-ci, à en juger par l'élégance de sa tenue et le raffinement de ses manières, devait déjà pouvoir se procurer tous les biens dont il avait envie, ces marques d’attention étaient toujours appréciées et l’aristocrate pouvait faire preuve de largesse envers ceux qu’il croyait méritants.

Loin d’être offusqué par le regard pressant de la jeune femme posé sur son voisin, il s’en divertit plutôt, lui confirmant l’impression que l’éphèbe susciterait la convoitise et ne laisserait quiconque indifférent à son charme. Suivre ses frasques, voire en être l’initiateur ou l’un des principaux acteurs n’en serait que plus passionnant. Il balaya l’offre qui leur était proposée, une pointe de sarcasme se glissant dans son ton :

« Vous comprendrez sans doute que si un tendre jouvenceau résiste courageusement à la douleur, un homme fait tel que moi ne peut que supporter son mal avec la même bravoure. »

Le déjeuner qu’il n’avait pu déguster lui tiraillait l’estomac et, bien qu’il ait pu assouvir certaines faims grâce au garçon, d’autres demeuraient toujours à combler. Il lui fallait terminer cet entretien, même s’il lui coûtait de se séparer de son délicieux compagnon. Mais certainement y avait-il moyen de lui faire miroiter la perspective d’une rencontre prochaine?

S’adressant d’abord à la comtesse, Luciano lui livra un second avertissement sous la forme de la plus grande des courtoisies :

« Si la maison des Accorti est bel et bien restaurée, je me ferai une joie de retrouver l’atmosphère accueillante que j’y ai connue autrefois. »

En revenant à son interrogation première, il s'enquit des intentions de la dame à propos de l'évènement tenu au Jardin du Castello:

« Ferez-vous donc partie des nobles qui se mêleront aux valets lors du bal de ce soir, Madame? C'est un amusement qui, aussi cocasse puisse-t-il paraître, n'est pas à dédaigner comme tous ceux qu'offre la Sérénissime. Sans conteste ne faites-vous pas partie de ces gentilles dévotes, enchaînées à leur vertu? »

Il reporta son attention sur le véritable objet de ses pensées, un sourire entendu sur ses lèvres fines.

« Et vous, Monsieur, prendrez-vous part aux festivités de ce soir? Ce serait un honneur que d'agir en tant que guide et de vous y conduire, si tel est votre souhait. »
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Ariela Accorti
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Salon   Jeu 22 Fév - 15:39

La réplique de Scaligeri était finement tournée, mais cela n’empêcha pas la comtesse de la prendre mal. Surtout qu’il osait -le monstre- lui adresser un regard d’une dureté immense au lieu de rester mielleux comme la bienséance l’exigeait. Son ton et sa gestuelle étaient certes celles de quelqu’un qui se défend à contrecœur, mais il fallait être aveugle et insensible pour ne pas comprendre ce regard. Il était vraiment intolérable qu’elle soit traitée de la sorte, elle, l’élite des humains ! Elle classa définitivement le jeune homme carmin dans la catégorie des êtres détestables et méritant qu’elle les punisse. Ce qui permettait d’ailleurs d’écarter l’insulte faite à son auguste personne -un mauvais dans son genre ne pouvait atteindre la blanche colombe qu’elle était. Il subirait son courroux, dès qu’elle saurait comment le frapper en plein cœur et se délecter de sa victoire.

Ne laissant pas paraître cette décision brutale et définitive, la comtesse répondit de manière polie –car maintenant qu’elle le prenait pour cible, elle se devait de se montrer aimable et digne de confiance. Elle soutint son regard tout au long de sa minuscule tirade, affrontant calmement le feu glacial qui brûlait dans les yeux du jeune homme -mais elle ajouta mentalement cet affront sur la liste des choses qu’elle lui ferait payer-, lui adressant un petit sourire d’excuse discret, sans pour autant se montrer vaincue et contrite.


« Croyez-vous donc qu’il me déplaise ? Je ne faisais que m’assurer que vous preniez votre décision sciemment, loin de moi l’idée de vouloir vous arracher à des jeux qui ont votre intérêt. »

Di Lorio renchérit sur son cadet, d’un ton amusé. On se moquait d’elle. C’était intolérable. Après tout, ils n’avaient qu’à faire comme tous les gens déplaisants, ils se devaient de respecter leur condition, de se montrer stupides et de se laisser diriger. Le Créateur était bien stupide d’avoir doté les méchants et les déplaisants d’une intelligence fine. Cela rendait sa tâche justicière dure et ingrate. Blesser un di Lorio était difficile, Ariela le savait trop bien, et elle attendait un faux pas, un moment propice pour fondre sur le baron. Mais celui-là était capable de s’exposer scandaleusement sans que cela l’affecte aucunement. Trouver une faiblesse dans cette carapace d’insensibilité sans risquer de se perdre soi-même relèverait du défi. Mais elle découvrait en ce jour une première faiblesse, l’attrait pour les jeux libertins et dangereux. Cela pourrait se révéler une arme, même si elle ne savait encore comment l’atteindre avec cela. Sa première idée avait été de lui ravir son gibier, mais cela n’était plus du tout dans ses intentions. Mais il ne perdait rien pour attendre.

L’un après l’autre, ils déclinèrent les soins qu’elle souhaitait leur prodiguer. Décidément, ces deux-là ne faisaient rien pour l’aider. Elle n’aurait même pas l’occasion de les regarder souffrir. Dire qu’elle attendait une telle occasion depuis si longtemps. La seule victime de sa fiole violette avait été un des serviteurs de son père, qui avait eu la fine idée de se blesser le dos de la main avec un couteau de cuisine. Le produit en question n’avait aucune utilité curative reconnue, mais contenait le meilleur de toutes les plantes de la serre qu’abritait son jardin en matière d’irritation douloureuse. Lorsqu’elle s’en était servie pour… Soigner le pauvre cuisinier, le teint de celui-ci avait passé par de nombreuses nuances de vert et de rouge avant de finir sur un blanc de linge. Faire perdre contenance à Luciano ou même à son favori, ne serait-ce qu’un instant et d’une manière en apparence serviable et honnête, surtout après qu’ils se soient montrés si peu commodes, la comtesse n’attendait que cela. Eh bien, tant pis, elle s’en passerait. C’était dommage, tout de même. Avoir laissé passer une occasion de se réjouir de la souffrance d’autrui allait la mettre de mauvaise humeur pour un bon moment. Gardant le sourire, elle s’étonna doucement :


« A votre aise. Si vous ne craignez pas les affres de l’infection et que vous préférez afficher de magnifiques stigmates de lutte, je ne saurais vous l’imposer. Méfiez-vous, cependant, ces blessures sont plus profondes qu’il n’y paraît. Mon père vous aurait conseillé de vous défier des conséquences si vous laissiez la chose empirer. Permettez moi de faire de même. »

L’invocation du nom du père n’était pas un choix fortuit. Après que le jeune homme eut évité d’accepter ou de refuser ouvertement l’invitation, di Lorio revint à la charge, sa courtoisie ne dissimulant aucunement la menace qu’il faisait peser sur la comtesse si elle ne se montrait pas à la hauteur de son illustre parenté. Se montrer délibérément sous l’égide du dernier seigneur Accorti était un bon moyen de signifier sans avoir à se justifier par une phrase de réponse qu’elle n’était pas prêtre à laisser l’héritage familial tomber dans l’oubli d’un canal vénitien. Et de fait, elle aurait été bien folle de se séparer d’une telle façade. Elle répondit aux deux, s’arrangeant ainsi pour ne pas répondre directement à Luciano ni montrer trop d’insistance envers Scaligeri -tout vient à point à qui sait attendre, disait le proverbe.

« Ma porte vous sera ouverte à tous deux, qu’il vous plaise de vous y présenter seuls, ensemble ou pas du tout. Puis, répliquant à Luciano : Certes non, comme le disait si plaisamment monsieur Scaligeri, je n’ai moi-même que peu d’accointances envers tristes mines et chapelets… »

Elle manqua d’ajouter garants de vertu, mais si ses propres libertinages pouvaient faire l’objet de quelque rumeur vénitienne, elle n’avait pas d’intérêt à les évoquer elle-même. Continuant d’un ton évasif :

« Cependant, je ne sais encore si je m’y rendrais. A l’envie, je m’y montrerai peut-être… »

Batifoler avec des valets n’avait pas d’intérêt à ses yeux. C’était une race faible qui n’avait pour seul intérêt que celui d’entretenir les nobles pendant que ceux-ci s’entredéchiraient. Elle préférait de loin la compagnie de ses semblables, fussent-ils des êtres abjects. Il n’y avait pas de victoire à faire souffrir un valet, il suffisait d’être odieuse et d’abuser de son pouvoir. Cela non plus ne l’intéressait pas, car comme dit le proverbe, à vaincre sans péril on triomphe sans gloire. Mais cependant, quelques détails la poussaient à se rendre malgré tout au bal, d’abord l’abondante présence de nobles qui semblait s’annoncer, mais aussi l’espoir de s’y trouver un saltimbanque mignon pour contenter un appétit autre que celui de la souffrance. Ceux là l’intéressaient plus que d’autres gens du peuple. Ils étaient libres, souvent artistes, et un peu de misère rebelle grisait facilement la comtesse.

Le troisième élément qui pouvait la faire changer d’avis, Luciano se chargea de le mettre en lumière sans s’en rendre compte. Elle aussi souhaitait ardemment savoir si Scaligeri se rendrait au bal. Car si c’était le cas, elle pourrait espionner sa victime future dans un environnement hors du commun, et ainsi, mieux le comprendre. Peut-être profiter de son ivresse pour lui jouer un mauvais tour…

Elle jeta un regard distrait à la pendule. Y découvrit l’heure -il était midi passé-, se rappela que Scaligeri y avait jeté un œil quelques instants plus tôt. Il était peut-être attendu. Di Lorio sans doute aussi. On mangeait toujours quelque part, lorsqu’on était un noble de Venise, et ce n’était sans doute pas une rencontre de hasard comme la leur qui pourrait les détourner de leurs obligations. C’était tant mieux. Les deux hommes devenaient dangereux, et elle ne se sentait pas encore en pleine possession de ses moyens. L’art de la discussion était d’un exercice difficile, et qui demandait un entraînement constant -entraînement qu’elle avait négligé pendant qu’elle tentait de reprendre les rênes du domaine. Il était temps de limiter les dégâts et de les inviter à sortir, pour laisser son esprit tirer les édifiantes leçons que l’échange pouvait lui apporter. Elle reprit la parole, gardant son ton d’hôtesse prévenante :


« Messieurs, j’ai peur d’abuser de votre temps. Il est midi passé, et je ne voudrais pas vous détourner trop longtemps de vos obligations, que j’imagine nombreuses. Si je vous retarde, n’hésitez pas à prendre votre envol. Nous nous reverrons sous peu, de toutes manières. »
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Raffaele di Grazziano
Frère du Prince - Ca'Grazziano
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Salon   Sam 24 Fév - 4:45

La comtesse avait renoncé facilement à leur dispenser les soins médicaux dont elle leur avait parlé plus tôt, mais elle n'avait pas oublié de les mettre en garde contre les conséquences de leur refus. Raffaele inclina donc la tête avec une mimique polie.

"Nous saurons trouver un médecin si nos blessures prenaient une tournure déplaisante, soyez-en assurée. Mais à dire vrai, en ce qui me concerne, j'aime à penser aux circonstances délicieuses plutôt qu'aux conséquences néfastes."

Sans la quitter des yeux, il ouvrit la main et porta sa paume blessée à ses lèvres pour y goûter le sang du bout de la langue et son sourire s'épanouit, crocs étincelants, sans qu'aucune trace d'amabilité ne vienne réchauffer la glace de ses yeux.

"Quant à la douleur, elle est un plaisir dont nous ne saurions nous passer, qui pose des jalons dans notre mémoire. Même si beaucoup se refusent à le reconnaître."

Comme la comtesse les libérait, le jeune prince décroisa les jambes, faisant criser la peau de ses bottes l'une contre l'autre et se mit debout d'un mouvement souple, non sans avoir appuyé sa cuisse un peu plus longtemps que nécessaire contre celle de l'aristocrate assis près de lui.
Il s'inclina gracieusement devant la jeune femme
.

"Je vous remercie de votre aimable invitation. Nous nous croiserons peut-être ce soir, ce bal m'apparaît une excellente opportunité de rencontrer ces vénitiens dont on me parle et qui m'intriguent."

Il se tourna vers l'aristocrate et son oeil pétilla.

"Je serais tout à fait honoré de vous avoir pour guide, Monsieur di Lorio, je compte sur vous pour m'initier à ce que cette cité recèle de divertissements ainsi que vous me l'avez aimablement proposé un peu plus tôt."

Quelques pas le menèrent au seuil du salon et son regard posé sur l'homme montrait clairement qu'il l'attendait pour prendre congé.

[Ailleurs - J'éditerai]
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Luciano di Lorio
Ami de la Famille Adorasti - Ca'Adorasti
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Salon   Sam 24 Fév - 21:29

Sous les tirs croisés de ses invités, la comtesse fut forcée de battre en retraite après une offensive de courte durée. Sans doute qu’à lui seul, Luciano aurait été très capable de repousser les pitoyables attaques de leur hôtesse, tout autant que son compagnon à la langue acérée. À eux deux cependant, l’issue de la joute devenait inéluctable pour leur adversaire, aussi familier puisse-t-il être aux jeux de l’esprit. Il était encore trop tôt pour conclure un accord, car il conservait toujours quelques suspicions quant à l’identité du garçon, mais il voyait déjà se profiler entre eux une (més)entente des plus profitables. S’il ne pouvait pour l’instant prédire si une telle alliance servirait aux desseins de la Ca’Adorasti et ses devoirs envers son patriarche, il se doutait que bientôt, toute la cité se retrouverait entraînée par le conflit opposant les deux Maisons rivales. Dans quel camp se rangerait alors son cadet? Ses yeux gris s’attardèrent sur ce visage aux traits délicats. Peu importait, en vérité. Jamais n’avait-il laissé ses obligations entraver ses désirs et il avait plutôt appris à les concilier, parfois à fort prix, afin que prévale son plaisir sur tout ce qui aurait pu leur nuire.

En réplique au sermon de l’héritière Accorti, le jeune homme se livra à une mise en scène délicieusement obscène, faisant un naître un sourire appréciateur sur les lèvres de son aîné. L’attrait qu’exerçait sur lui la douleur faisait partie de ces goûts, réprouvés par l’Église et la morale, auxquels il s’adonnait avec passion. Les conventions avaient eu tôt fait de le lasser et, après ses premiers débuts dans le royaume infini du libertinage, il s’était rapidement tourné vers des divertissements plus relevés. Que son protégé paraisse partager son engouement pour ce genre d’amusements lui plaisait au plus haut point. Il serait heureux de lui démontrer le savoir-faire qu’il avait acquis dans ce domaine, ainsi que de mesurer pleinement l’ampleur des connaissances du jouvenceau. Son rôle de précepteur lui paraissait bien futile avec un élève déjà éveillé à tout loisir digne d’intérêt. Sa tâche serait plutôt de lui fournir les occasions nécessaires pour manifester son talent.

Rappelé de l’heure qu’il était par leur interlocutrice, le noble lança un regard dans la direction de l’éphèbe écarlate pour lui signifier que le temps était venu de faire leurs adieux. Celui-ci était toutefois déjà disposé à partir et s’était relevé, leurs corps se frôlant d’une manière beaucoup trop prononcée pour ne pas paraître délibérée. Se redressant à son tour, il salua la comtesse d’une inclination polie du buste.

« Madame, ce fut un honneur que d’être à nouveau reçu dans cette demeure, restée chère à mon souvenir. Votre père serait assurément fier que son salon demeure l'un des plus courus de Venise. Ma charge auprès du Prince Elio me rappelle malheureusement à la Ca’Adorasti, mais j’aurai grand plaisir à vous rencontrer au bal populaire, si vous décidiez de vous mêler aux valets, aux mantes et aux tortueux. »

Il avait obtenu une réponse affirmative à son invitation pour le bal de ce soir, plus rien ne le retenait donc dans cette maison. Il la quitterait pour la même raison qu’il y était entré et cette raison se tenait au pas de la porte, prêt à retrouver l’air frais de la Calle Trevisi.

[Calle Trevisi]
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Ariela Accorti
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Salon   Ven 2 Mar - 16:01

Scaligieri se permit une nouvelle obscénité, venant lécher le sang qui maculait encore sa plaie, discourant sur le plaisir de souffrir. Il parvint sans problèmes à choquer Ariela encore un peu plus, mais pas de la manière dont il le recherchait. Elle-même vouait une sorte de culte à la souffrance. Du moins la souffrance d’autrui. Elle pouvait cependant comprendre aisément que l’on aime souffrir. Ce qui la brusqua, c’était l’aveu sans pudeur de ce travers, mais plus encore le fait que cela lui soit adressé a elle. Elle dont le plus grand plaisir était de blesser l’âme autant que le corps. Il était intolérable qu’une de ses possibles victimes puisse retirer une certaine forme de plaisir de l’une des punitions qu’elle pourrait lui infliger. Elle allait devoir redoubler d’inventivité. Déjà, oublier la souffrance physique. Le jouvenceau devant être blessé à l’âme ; de cela, on ne retirait que bien peu de plaisir.

*La douleur jalonne la mémoire… Voilà une sublime vérité. Un jour, j’espère rester dans votre esprit à jamais, monsieur Scaligieri.*

La comtesse raccompagna les deux libertins jusqu’à sa porte, sans se presser le moins du monde, restant une aimable hôtesse jusqu’à ce que le battant soit refermé. Elle battait peut-être en retraite, mais ce n’était pas une raison pour se montrer faible au point de paniquer. Lorsque la porte fut close, elle entendit les pas de sa servante, descendant les escaliers, chargée d’un plateau sur lequel reposaient les différents ustensiles qu’elle avait réclamé, désormais inutiles. Passer ses nerfs sur quelqu’un. Vite.

« Chiara, remonte cela d’où tu l’as pris, je n’en ai plus l’utilité. Ces messieurs ne pensent pas avoir besoin de soins. »

Le ton était impérieux et désagréable, sifflant et cassant, toute trace d’amabilité ayant déserté la comtesse. La petite bonne sursauta, consciente que sa maîtresse était en colère et qu’elle l’avais prise pour cible. Elle tenta de se faire servile et discrète, pour ne pas donner d’armes pour se faire battre, mais Ariela n’avait pas besoin d’excuses pour se défouler sur qui que ce soit. Pour une fois, elle ferait exception à sa règle, qui était de ne pas s’en prendre aux proies faciles. Pour se dégager de sa frustration. Alors que la servante faisait une petite courbette e tentait de remonter à l’étage à toute vitesse, Ariela l’arrêta d’une injonction sèche.

« Vous direz aussi au cuisinier que je ne mangerai pas ce midi. »

Cela, c’était sa propre punition. Elle n’avait pas joué assez finement avec les deux hommes, et c’était eux qui s’étaient joués d’elle. Elle avait décidé de se tourmenter par la faim -celle des premières heures de ventre creux était éprouvante, cela lui ferait le plus grand bien.

« Et vous profiterez de l’après-midi pour épousseter derrière les meubles du salon, et des chambres de l’étage. La crasse se dépose autour, cela salit les murs, si on ne fait rien régulièrement, cela en devient atroce. »

La corvée infligée était réellement horrible. Tout d’abord, elle n’avait pas grand sens. Et de plus, déplacer certains des buffets et autres penderies étaient si imposants qu’il fallait appeler des gueux en renfort pour les déplacer. La pauvre petite allait devoir mobiliser toute la maisonnée pour un époussetage sans intérêt. Cela lui attirerait de plus les foudres dans autres serviteurs, pensa-t-elle -il ne venait pas un instant à l’esprit de la comtesse que ce serait elle que l’on maudirait, et non sa victime. Dans d’autres circonstances, elle serait restée au domaine pour se délecter de la vue de Chiara peinant à la tâche, mais elle avait besoin de s’aérer, de marcher encore pour évacuer toute trace de frustratio. Savoir la bonne chargée d’une tâche ingrate suffirait à contenter son esprit. Et elle pourrait toujours revenir avant qu’elle ait fini, pour contempler l’épuisement qui pourrait sans aucun doute se lire sur son visage une ou deux heures après le début des travaux. Et si elle ne donnait pas assez de cœur à la tâche, elle pourrait même la frapper. Oui, si la petite se rebellait, cela serait pour le mieux. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait frappé personne. Cela lui manquait.

Elle voulut prendre quelques instants le chemin des communs, car elle se devait de nourrir son animal favori avant de partir, lorsque Chiara osa -quelle impudence- élever un murmure de protestation.


« Mais madame, le mobilier est trop lourd pour moi… »

La comtesse eut un sourire méchant.

« Qu’importe, faites tout votre possible. Dans le pire des cas, vous finirez écrasée sous une penderie, et rassurez vous, cela ne sera pas une grande perte pour le domaine, je m’en remettrai. »

Puis, elle disparut dans les communs sans chercher à connaître l’effet de sa pique. L’avoir lancée lui suffisait. Imaginer une face déconfite avait parfois autant de charme que la contempler réellement. Et, après tout, ce n’était qu’une servante. Un divertissement passager, en somme. Rien qui méritait une attention particulière. Contente d’elle-même, elle s’en alla préparer la pâtée de son cher Paolo.

[La Petite Allée aux Lions de Pierre via les Communs]
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Salon   Sam 12 Jan - 17:42

[Ca'Adorasti - L'Etage privé - Appartements de la Princesse - La Chambre de Bianca]

L’heure de sa leçon d’escrime était dépassée depuis bien longtemps et Muzio aurait pu s’en trouver très déçu si l’événement en cause n’avait pas été aussi… merveilleux. Une naissance en soi, c’était une bouffée d’espoir ; une naissance miraculée, c’était une source de félicité. Aussi ce fut un médecin particulièrement épanoui qui déambula dans Venise avant de rejoindre son logis. Là, il s’enquit des visiteurs – aucun mis à part le serviteur Adorasti qui l’avait cherché -, et se changea. Le docteur en effet était invité. Quelques jours auparavant, il avait reçu la visite d’une soubrette qui lui avait porté un billet: la comtesse Accorti désirait vivement recevoir le médecin le jeudi suivant. Muzio s’était étonné, puis réjoui en songeant que peut-être la dame s’intéressait aux sciences.

En chemin, il repensa néanmoins aux bruits qui courait sur celle qui l’avait convié. Son apparente philanthropie aurait couvert des actes tout à fait douteux… Mais enfin, tant de rumeurs s’avéraient infondées ! Celles sur la grossesse de la princesse Bianca, par exemple; on la disait nigaude de n’avoir pas su détecter ce qui lui arrivait. Muzio avait vivement démenti la chose quand cela lui était arrivé aux oreilles, lui-même se trouvant devant un mystère scientifique, mais sans succès apparemment puisque les bruits ne semblaient pas éteints. Il fallait espérer que l’arrivée d’Athénaïs, les soins de son père pour assurer son renom et ceux de sa mère pour afficher sa force personnelle sauraient faire taire les mauvaises langues.

Le léger choc de la gondole contre le ponton le fit revenir au fil principal de ses pensées, en l’occurrence la comtesse Accorti. Après s’être présenté à la servante qui venait lui ouvrir, Muzio la suivit sous un porche puis dans l’entrée, avant d’être introduit au salon. L’attente de son hôte lui rappela quelques heures auparavant, chez l’astrologue. C’était fou ce qu’il devenait mondain.

Là aussi, l’intérieur était original. Et, comme les lieux chez Salvatore Chiavelli lui paraissaient un peu révélateurs de leur propriétaire, Muzio ne négligea pas une observation curieuse – mais non indiscrète – de la pièce. Les nombreux sièges et leur disposition supposaient que la comtesse tenait salon, et de nouveau le médecin songea que peut-être elle envisageait de le convier à découvrir ou faire découvrir des curiosités scientifiques dont les aristocrates étaient friands. Le mobilier cependant lui parut étrange, et il n’aurait su le caractériser. S’approchant d’une large fenêtre qui offrait une vue de premier choix sur le canal, Muzio allait laisser son regard errer sur la rue lorsque un léger bruit le fit se retourner. Sur le fauteuil le plus proche, un chat le toisait. D’ordinaire le médecin était bon ami avec les animaux – dans son village il n’était pas rare non plus qu’il les soignât – mais celui-là avait quelque chose de profondément antipathique, et la première pensée de Muzio en le voyant fut qu’il détestait cette bête.
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Ariela Accorti
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Salon   Ven 18 Jan - 15:00

[La maison d'Ariela Accorti - La Chambre d'Ariela]

La comtesse ne fit pas attendre le médecin bien longtemps, bien qu'elle eût choisi de jouer quelque peu à la dame et se laisser désirer quelques minutes. Seulement, elle n'avait pas l'envie de pousser trop ce petit jeu; elle était trop impatiente d'entamer la conversation pour pouvoir faire durer l'attente.

Ariela pénétra donc dans le salon. Giacomo était encore et toujours étalé en travers du coussin de son fauteuil de prédilection -il y en avait suffisamment pour n'avoir jamais besoin de le déloger sauf lorsque l'on tenait salon, et la comtesse veillait personnellement à occuper ce siège en ces occasions pour éviter qu'un postérieur inadéquat ne perturbe les habitudes de son siamois. Il contemplait le médecin d'un air blasé, et le médecin le toisait en retour. Le médecin... Il n'y avait pas à dire, d'un seul coup d'oeil, on pouvait deviner que le remplacant de Treviano valait cent fois mieux que lui. Oh, bien sûr, Ariela ne cherchait aucune bonté dans ses traits, mais il était évident qu'il était moins répugnant. Ce qui n'était guère difficile, somme toute. L'homme était sans charme particulier, mais il ne heurtait aucunement le regard. Elle s'approcha et le salua avec amabilité, un sourire de bienvenue sincère sur le visage -après tout, il n'avait pas encore dit quoi que ce soit, il ne méritait pas encore d'être considéré comme un méchant. Elle aurait le temps de le mépriser plus tard.


"Maître Barozzi... Je suis heureuse de pouvoir vous recevoir ici. Vous excuserez ma curiosité, mais j'avais une certaine envie de rencontrer le successeur de notre cher et regretté Treviano. Je voulais savoir si le nouveau médecin était moins immonde et véreux que son prédécesseur. Oh, j'espère juste que vous n'étiez pas parents, ou amis... Hélas, si c'est le cas, je crains de ne savoir revenir sur les mots que j'accorde à l'homme en question. Il n'en est pas de plus appropriés à mes yeux. Mais vous ne semblez pas taillé dans le même matériau, et je ne peux que m'en réjouir."

D'un geste, elle invita le médecin à rejoindre un fauteuil, avant de se couler elle-même dans la bergère qui lui faisait face.

"Asseyez-vous, je vous en prie. Vous prendrez bien quelque chose?"

La comtesse jeta un coup d'oeil vers Chiara, qui était entrée à la suite de sa maîtresse et attendait discrètement près de la porte qu'on en appelle à ses services ou qu'Ariela la congédie. Si le médecin décidait d'accepter un verre, elle pourrait lui confier une tâche qu'elle serait sans doute à peu près à même de remplir sans tout faire de travers; sinon, elle n'avait qu'à disparaître, aller frotter un meuble qui n'en avait pas besoin quelque part, par exemple.

"Dites-moi, maître... Vous n'êtes pas vénitien, je ne crois pas vous avoir jamais rencontré avant ce jour. Comment en êtes-vous venu à pratiquer au coeur de la Sérénissime ? En dehors de la fin de Treviano, bien sûr."

Toujours la même méthode. Faire parler un peu l'autre avant d'aborder les vrais sujets, simplement pour prendre, ne serait-ce qu'un peu, la mesure du personnage.
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Salon   Dim 20 Jan - 22:01

Muzio dissimula sa déception. Ainsi la comtesse ne voulait que comparer la répugnance que lui inspiraient l'ancien et le nouveau médecin. Charmant.

« Non rassurez-vous Madame, je ne connaissais pas personnellement mon prédécesseur. Ceci dit il ne devait pas être d'un matériau très original; entre nous, je n'ai jamais vu un homme fait autrement que de chair et de sang. Reste l'utilisation qui en est faite, je vous l'accorde volontiers. » sourit-il.

Remerciant d'un signe de tête pour l'invitation qui lui était faite, Muzio s'assit. Inconsciemment ou non, il avait opté pour un siège qui lui permettait de garder un oeil sur le chat.
Lorsque la comtesse lui proposa une collation, le médecin se rendit compte qu'il n'avait rien bu depuis fort longtemps - avant la naissance de la princesse Athénaïs pour tout dire, ce qui semblait remonter à une éternité - et se découvrit assoiffé.


« Avec plaisir. »

Il esquissa un geste aimable qui laissait son hôtesse libre de choisir pour lui, espérant secrètement qu'elle servirait quelque chose de désaltérant plutôt que sucré.
Puis, appuyant un bras sur l'accoudoir, il écouta venir les mondanités curieuses qui précédaient toute discussion.


« En effet, je suis à Venise depuis deux mois seulement. Je pratiquais à la campagne, plus à l'ouest. Mais j'ai eu envie de changer d'air, enfin, disons... de décor, car je doute que l'air puisse être meilleur que là d'où je viens. » Il sourit de l'impression qu'il avait eue fugitivement, celle de l'enfant expatrié. « Et pourquoi venir à Venise, me demandez-vous ? L'eau, je crois ! Enfant j'étais fasciné par l'idée d'une ville construite sur l'eau. »

Il se remmémora son immersion involontaire dans cette eau de la lagune, entraîné par Danilo della Lonza, et réprima une moue de dégoût.

« Ainsi lorsqu'un confrère m'a appris le décès d'Emiliano Treviano, j'ai saisi l'occasion. » conclut-il simplement.

Il changea de position et observa un peu mieux la comtesse. Belle, oui sans doute, posée, gracieuse. Mais quelque chose de... de... de froid. Comme le chat. Après un coup d'oeil au dit félin, Muzio reprit d'un ton aimable:


« Mais je vous ennuie avec cela. Sans doute m'avez-vous fait venir pour quelque chose en particulier... ? »

Car l'idée de n'être qu'un spécimen à comparer à Treviano lui avait soudain paru aussi improbable que déplaisante.
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Ariela Accorti
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Salon   Sam 26 Jan - 15:28

La comtesse sourit à la réplique du médecin. Dommage qu'il n'ait pas connu du tout Treviano, cependant. Cela allait compliquer les choses, il saurait sans doute bien moins de choses qu'elle pouvait l'espérer. Au moins n'était-il pas lié à lui d'une manière qui aurait banni de son esprit l'idée de lui soutirer quelques réponses à ses interrogations.

"De chair et de sang... Sans doute. Peut-être était-il ainsi fait. Mais alors, nous nous devons approcher la vérité: il était mal proportionné. Treviano puait le sang, si vous voulez bien me passer cette métaphore un rien facile. Trop de sang en lui, peut-être sur lui, pour faire un bon médecin. Il lavait peut-être ses ustensiles, mais jamais sa conscience."

La comtesse se tourna franchement vers sa servante en voyant le signe du médecin, et lui donna ses instructions d'une manière ferme et aimable, ton qu'elle utilisait toujours quand elle n'était pas seule avec elle. Chiara aimait bien quand elle invitait. Cela la reposait un peu des directives habituelles.

"Chiara, vous voudrez bien nous servir un thé ? De ceux que Père ramenait de Londres je vous prie."

La comtesse ne se doutait évidemment pas que le médecin avait déjà touché à cette boisson dans la même journée. Le thé qui fut servi était un thé noir anglais assez fort -Ariela aimait les choses fortes- et très parfumé. Elle avait elle-même pour habitude de ne pas le sucrer, mais le faisait tout de même toujours accompagner d'une coupelle de sucre, pour ne pas incommoder trop les invités. Il y avait parfois des femmes qui ne supportaient pas l'amertume. Des hommes aussi, de temps à autres. Quelle pitié.

"Vous avez tout à fait raison, je vous ai fait venir pour une raison bien précise. Je m'en vais vous conter une histoire de famille. Figurez-vous que ma mère n'aimait pas Treviano, ce en quoi je suppose que je ne vous apprend pas grand chose. je n'ai pas souvenir qu'une femme l'ait apprécié comme pratiquant. Enfin...

Mon père a fait de nombreux voyages en Angleterre, c'était en quelque sorte sa seconde patrie. Ils ont là-bas quelques botanistes de renom, et le comte en fréquentait quelques uns. Madame ma mère lui a donc un jour demandé de lui ramener des plants médicinaux après avoir pris conseil auprès d'eux. Elle voulait pouvoir se soigner elle-même pour les affections mineures, et limiter ainsi ses... contacts avec Maître Treviano."

Ariela fit une petite pause pour tremper ses lèvres dans son thé. Elle avait volontairement achoppé sur le mot contact. Elle n'avait pas la certitude que Treviano ait fait chanter sa mère pour profiter d'elle, mais il devait bien avoir mis cette pratique en oeuvre quelque part à Venise, connaissant l'animal. Evoquer une telle possibilité à demi-mot ne relevait pas de la véritable prise de risque, et jouer un peu sur des malheurs même fictifs ne faisait jamais de mal.

"Il se trouve donc que mon jardin possède une belle section de plantes médicinales. Et si ma mère m'a appris à les faire entretenir, elle s'est gardée de m'en révéler tous les usages, à part les plus évidents. je suppose qu'elle comptait m'y éduquer un peu plus tard, mais malheureusement, le destin ne lui en a pas laissé le temps.

J'avoue que cela me frustre un peu d'avoir une belle collection sans savoir qu'en faire, sans que personne en fasse vraiment usage. Je comptais vous la montrer, peut-être recueillir vos conseils ou même... je sais qu'il y a là quelques raretés qu'on trouve peu sur le sol italien. Si vous aviez besoin de l'une d'entre elles, ce serait un plaisir que de vous en fournir un peu. Qu'en dites vous, maître?"

Bon, évidemment, elle mentait un peu. Sa mère avait très bien fait les choses. Elle lui avait à peu près tout appris, et particulièrement les usages à ne pas faire desdits plants. Sa mère craignait qu'elle fasse un jour une erreur à cause de la méconnaissance des dangers de certaines plantes. Grâce à elle, elle savait à peu près tout ce qu'il y avait à savoir dans l'art de nuire à la santé d'autrui. Le médecin n'était pas obligé de le savoir. Après tout, elle pouvait bien ne pas être au fait des possibles poisons qui poussaient dans son jardin, entre deux plants médicinaux. Sa mère était morte si brusquement, elle pouvait bien avoir été fauchée par la maladie avant de lui avoir tout dit. Et puis, elle-même pouvait n'avoir pas été au courant que le comte avait ramené d'Angleterre de quoi s'occuper de ses ennemis le cas échéant.

Non, non, décidément, elle ne savait rien, et c'était bien mieux comme ça. Il n'était évidemment pas question qu'elle détruise ces plants. Le médecin les verrait sans aucun doute, il s'en étonnerait, mais elle n'avait pas d'autre idée pour se l'attacher un tant soit peu que le jardin de sa mère. A moins de s'empoisonner toute seule pour qu'il vienne à son chevet régulièrement. Mais la comtesse n'avait goût que pour les souffrances des autres.


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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Salon   Dim 27 Jan - 22:25

Diantre, la réputation de feu son confrère n'allait pas en s'améliorant après sa mort... La comtesse avait-elle eu à souffrir de la conscience chargée de Treviano ? Une sourde angoisse ressurgit, qu'il avait éprouvée pour la première fois un mois plus tôt au Castello. Cherchait-on à savoir si les informations étaient passées de son prédécesseur à lui ? Le menacerait-on pour cela ?

Muzio garda le silence et sa contenance, en partie grâce au thé qui arrivait à point. Le deuxième déjà de l'après-midi, et étrangement le médecin se rappela soudain le dicton du maréchal-ferrant de son village: "Hier décoction, aujourd'hui extrême-onction, demain putréfaction !". En retenant un éclat de rire, Muzio s'étouffa avec sa gorgée de thé et risqua la quinte de toux tandis que la comtesse se lançait dans son "histoire de famille". Les mots "botanistes" et "plants médicinaux" retinrent néanmoins son attention et il réussit presque à ne plus penser au dangereux chatouillement qui agaçait sa gorge.


« Des plantes médicinales ? » répéta-t-il, enthousiaste. « Vous me prenez par les sentiments, Madame... J'éprouve un vif intérêt pour la botanique, et je serais tout aussi heureux que flatté de pouvoir admirer votre collection végétale. »

Quant à la perspective d'avoir à disposition des spécimens rares, inutile de dire que Muzio en était enchanté. Il finit son thé avec l'espoir de calmer définitivement à la fois sa soif et ce menaçant picotement, et reposa sa tasse. La boisson était forte et amère, âpre et peu sucrée, masculine. Alors que celle qu'il avait bue chez l'astrologue lui évoquait un goût plutôt féminin. Curieux.

« J'apprécie votre thé, il est très... »

*Viril ?*

« Goûteux. »

Ô merveilleux esprit de conversation. Au moins le thé avait-il eu l'effet escompté, et Muzio se sentait mieux. Il reprit sur le sujet qui l'intéressait.

« Savez-vous que, outre l'agrément que me procure votre invitation à explorer votre jardin, vous faites bien de désirer mieux connaître vos plantes. Car si l'on tire les meilleures vertus de la nature, le végétal inconnu peut aussi mener aux pires maux. »
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Ariela Accorti
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Salon   Dim 10 Fév - 18:05

La comtesse perçut le petit accident que le médecin avait eu avec le thé. Etait-ce ce qu'elle disait de Treviano qui le mettait dans cet état ? Avait-il mal perçu ce qu'elle voulait dire ? Il craignait peut-être qu'elle lui reproche des choses qui relevaient des... Compétences de son prédécesseur. Ou peut-être qu'il savait tout des activités de Treviano et qu'il n'appréciait pas qu'elle même en sache autant... Non, c'était trop étrange; après tout, les travers de Treviano étaient de notoriété publique, et n'importe qui pouvait dire de telles choses rien qu'en commérant. Ou alors, peut-être qu'il s'amusait de la manière de présenter les choses. On s'étranglait parfois en voulant rire et boire en même temps. Auquel cas il manquait un peu d'éducation.

Quoi qu'il en soit, elle avait visé juste. Ses plantes avaient, en plus de leurs vertus naturelles, un fort pouvoir sociabilisant. Du moins sur les médecins. Maître Barozzi devenait soudain un peu plus agréable que quelques instants auparavant; il se détendait visiblement. Tant mieux. Le presser n'aurait servi à rien.

Il se prit à la féliciter de vouloir mieux connaître ses plantes, évoquant les effets néfastes qu'elles pouvaient avoir. Sa mère s'était beaucoup appliquée à lui enseigner cela. Ariela était trop jeune à l'époque pour s'y intéresser sérieusement, mais lorsqu'Andrea Caprara était sorti de sa vie, elle avait soudain pris un vif intérêt dans les leçons de la comtesse Accorti. Bien sûr, officiellement, pour des raisons purement altruistes. Officieusement, pour mieux maîtriser ces côtés moins directement profitables pour la santé des patients.


"Vous avez parfaitement raison, Maître. C'est à vrai dire la raison pour laquelle je n'ai pas risqué autre chose que ce que m'a mère a pu m'enseigner; ni même augmenter un peu les doses. J'ai conscience que la médecine est une science ou l'approximation ne pardonne guère. Je n'ai pas envie de jouer à l'apprentie sorcière."

Peut-être même pourrait-il lui apprendre un ou deux tours pendables en lui expliquant les dangers de ses plants. Elle n'était pas certaine de tout savoir. Après tout, comme elle l'avait dit, et c'était la vérité vraie, sa mère était morte brusquement, sans avoir tout à fait achever de la former à la botanique. Le seul petit arrangement était qu'elle en savait évidemment bien plus qu'elle ne voulait bien l'avouer.

"Terminez votre tasse, je vous mènerai au jardin une fois que vous l'aurez achevée. Oh, en attendant, il me semble qu'une de mes connaissances loge chez vous. J'ai entendu dire que monsieur Catanei vivait désormais Calle Bardini..."

Oui, décidémment, ce médecin était pleinement intéressant. Elle avait eu bien raison de l'inviter. On n'écartait pas de son chemin un homme qui touchait ainsi à nos propres préoccupations.
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Salon   Jeu 14 Fév - 13:48

Comble de la cuistrerie, Muzio avait fini son thé avant la recommandation de son hôtesse. Il récupéra néanmoins la tasse qu'il avait reposée et considéra qu'il y avait bien encore quelques gouttes à gagner. Il les économisa soigneusement.

La comtesse évoqua Demetrio. Alors que le médecin en était à se demander comment il fallait entendre l'expression "une de mes connaissances", il prit conscience que la parole était à lui.


« Absolument, j'ai le plaisir d'accueillir monsieur Catanei. C'est un privilège que j'ai de consulter en musique. » confia-t-il avec un sourire.

Il s'humecta les lèvres avec le peu de thé restant.


« Monsieur Catanei est un artiste de grande qualité et un homme très attachant. Je n'aurais pu trouver meilleure compagnie. »

Evidemment, Muzio n'ignorait pas les bruits qui ternissaient la réputation de son locataire. Un mois auparavant, après la soirée du Castello, le médecin avait tenu à exprimer son mécontentement à Demetrio et celui-ci s'était repenti de sa conduite. Les deux hommes, sans être devenus très proches, avaient posé les bases d'une relation cordiale, et Muzio s'était effectivement pris d'attachement pour le jeune homme. Cependant les rumeurs allaient bon train concernant l'influence de Tiberio Adorasti sur le violoniste, et s'il s'avérait qu'elles ne reposaient pas que sur la fameuse soirée du 5 février, Muzio devrait réserver un nouvel entretien à son locataire.

Le médecin vida définitivement sa tasse et la reposa sur sa soucoupe. Ah les rumeurs... Si l'on devait toutes les croire, il conversait à ce moment-même avec la plus perverse des dames de Venise.


« Me trouverez-vous tout à fait inconvenant si je vous avouais mon impatience à découvrir votre jardin ? » demanda-t-il finalement en s'excusant d'un sourire.

[La Maison d'Ariela Accorti - Jardin]


Dernière édition par Muzio Barrozi le Sam 15 Mar - 17:20, édité 1 fois
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Ariela Accorti
Comtesse
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Salon   Jeu 13 Mar - 1:28

Ariela eu un petit rire clair, un peu espiègle, pas vraiment moqueur. Il était mignon, ce petit médecin. Mignon, mais pas dénué d'un peu de cervelle, contrairement à une certaine Donatella. Il lui plaisait bien, après tout, il était assez frais lui aussi. Et puis, il appréciait Demetrio. Il lui manquait quelque chose, peut-être d'être artiste lui-même, pour être réellement passionant, mais il amusait tout de même la comtesse.

"Je vous trouverai plus passionné qu'inconvenant, Maître Barrozi. C'est un mal bien moindre, et je vous accorde toute mon indulgence. Si vous voulez bien me suivre, je vais vous montrer cela de suite. Je doute que vous soyez déçu, feu mon père n'avait pas fait les choses à moitié."

Ariela eut un regard attendri pour Giacomo, alors que le félin s'étirait, dérangé par le lever de la comtesse et de son hôte. La bête entreprit avec un sérieux sans faille la toilette de son postérieur, une patte arrière plantée dans les airs. Les chats avaient des ridicules étonnants, en ceci qu'ils s'y attelaient avec force application, avec la dignité d'un roi. Le rituel de l'arrière train était un évènement sacré dans la vie des chats, une communion qui ne souffrait aucune perturbation.

Sentant le regard amusé de la comtesse planer sur lui, l'animal releva un instant la tête de sa tâche. Giacomo posa sur Ariela un regard chargé de mols reproches, avant de replonger sous sa patte sans plus se préoccuper de la présence de deux être humains dans les environs de sa toilette intime.

La comtesse rit intérieurement de cette petite scène si féline; puis abandonna là son animal. Elle s'engagea dans le couloir et rejoignit la porte du jardin, Muzio sur les talons.


[La Maison d'Ariela Accorti - Jardin]
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