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 Extérieur - Le Canal

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Du Bout des Doigts
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MessageSujet: Extérieur - Le Canal   Dim 16 Oct - 19:36

...
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Orfeo Ciriaco
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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Lun 17 Oct - 20:49

[Place St Marc - Caffe Florian]

Le saltimbanque avait marché d'un bon pas au sortir du Florian, traversé la Place St Marc sans un regard vers les passants cette fois. Sa marche activait son esprit et le repas qu'il avait pris, même frugal, lui avait éclairci les idées.
Puisque le gentilhomme voulait entrer au Palais Adorasti, il allait s'y rendre et voir de quoi il retournait. Il demanda plusieurs fois son chemin et sans qu'il s'y attende se trouva soudain face à l'embarcadère du Palais.

Un sifflement d'admiration lui échappa et son regard agrandi parcouru la façade ouvragée. Il n'avait pas imaginé une telle splendeur, bien sûr des maisons riches, des palais il en avait déjà vu. Mais celui-ci semblait spécial par la délicatesse de ses ornements et semblait recéler entre ses murs de fabuleux trésors. Il se sentit parcouru d'un grand frisson en s'imaginant y pénétrer et un sourire rêveur glissa sur ses lèvres.

Il se souvint alors du larçin commis plus tôt dans le caffé et sa main récupéra le petit carton et l'oignon dans son vêtement. La montre était vraiment très belle, ouvragée et tenait bien en main, rassurante du battement de son petit coeur mécanique. Il la vendrait peut-être, ou peut-être pas, tout dépendrait de l'urgence du moment. Il tourna le petit carton entre ses doigts et faillit le laisser tomber dans l'eau du canal quand il lut le nom qui y était inscrit. Il tenait le moyen d'entrer dans la Maison Adorasti. Ce carton en main, il pouvait prétexter n'importe quelle raison d'avoir été demandé par le Prince Elio Lacryma Adorasti en personne.

Un reflet pâle et mouvant attira son regard vers le haut et lui fit relever la tête. Une femme venait d'apparaître à une des fenêtres et s'avançait sur l'étroit balcon. Chevelure savamment arrangée et robe soyeuse, une femme comme il n'en avait que rarement entr'aperçu emmitoufflées de fourrures aux fond des voitures luxueuses qui le repoussaient dans les ornières des chemins en le dépassant à l'allure vive des équipages somptueux.


---

La jeune femme l'avait aperçu et lui faisait signe de s'approcher.
Il n'allait pas laisser passer l'occasion d'un contact quelconque avec un résident du Palais Adorasti.

Toute une flotte de barques et de gondoles plus luxueuses attendaient, amarrées le long de la façade faisant comme un pont flottant. Orfeo sauta dans la première que son poids léger ne fit pas trop se balancer et passa de l'une à l'autre jusqu'à se trouver sous le balcon de la jeune femme. Là, il se tint debout, bien campé sur ses pieds écartés pour maintenir son équilibre malgré le léger tangage et leva son visage souriant
.

"Je vous souhaite le bonjour, belle Dame. Je suis flatté que vous m'accordiez votre attention. Puis-je vous rendre un service que vous n'osez demander au personnel de la Maison ?"

---

Orfeo sourit plus largement. Ainsi, la jeune Dame avait vraiment besoin d'aide. Quelle meilleure occasion aurait-il de s'introduire dans le Palais qu'en cet instant ?
Il assura les sangles de son paquetage en les resserrant de façon à ne pas être gêné
.

"Je vais monter, d'accord ? Reculez à l'intérieur et surveillez que personne n'arrive. Je n'ai pas plus envie que cela d'étre jeté dans le canal."

[Ca'Adorasti - Appartements de la Princesse - Balcon]
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Faille
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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Mer 15 Nov - 22:02

Bleu.
Bleu…
Bleu roi. Doux et intense, contraste agréable avec le blanc neigeux du masque, perdu dans les milles courbes et courbettes du tissu d’un satin chatoyant.
Sourire irréel. Sourire ridiculement figé, épanoui, fiction nullement convaincante de lui-même.
Et ces joues rosies.
Le masque avait un aspect joyeusement lugubre, perché étrangement au dessus de l’eau aux mille reflets, soulignés par la belle lumière du soleil.
L’artifice de tissu, dépourvu de toute humanité, fixait le palais imposant.
Qui en sortirait furtivement ? Un masque peut-être ? Un autre Arlequin matinal s’échappant du palais d’Elio Lacryma Adorasti ?
Drame grotesque de ces enveloppes de tissus, miroir des âmes tortueuses qui s’exhalaient de Venise.
Et cette eau si malsaine qu’il regardait d’un air perdu.
Et puis soudain… cette musique inattendue.
Harmonie improbable de cette voix grave et profonde.
Oui, tout en attendant, le masque chantait.
Etait-ce donc un appel au Destin rieur ?
La chanson était joyeuse, une de ces comptines enfantines si sympathiques et en même temps si cruelles.

Le ruisseau s’écoule,
Le fleuve tumultueux ne s’arrête jamais,
La mer fascine,
L’océan effraie,
Et le canal tue.


La chanson, commencée dans un ton guilleret, était devenue soudainement tragique. Un mot seulement. Ucciiiiiiiiiiiiiiiiiide… le i se répercuta dans l’air mille et mille fois, comme un cri pendant trop longtemps enfoui, cri de libération, tragique, lugubre, intense.
Les mains tendues théâtralement vers le soleil, le masque semblait être sombré dans une folie irréversible. ..
Le pantin avait retrouvé sa forme première.
Le délire.
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Velours
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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Mar 21 Nov - 1:30

Un autre masque était là. Il fouinait dans une cour par derrière, quand la chanson l'avait attiré.

Quand il arriva sur le canal, le masque entamait sa dernière phrase. Pendant un petit temps, il contempla sans bouger le délire monter. L'autre masque, tout bleu, était perché au dessus de l'eau, les bras tendus vers le soleil, criant sans sembler s'arrêter.

Brusquement, le masque de velours sauta comme un enfant qui va s'amuser, et se mit à courir silencieusement vers le masque. En trois bonds il fut sur lui, et profitant de la surprise, le poussa avec une grande force dans l'eau.

Puis sans s'arrêter, il éclata de rire et s'enfuit, disparaissant à l'angle le plus proche. Il n'avait pas du tout l'air d'être fou, lui. Il riait comme un enfant qui a fait un bon tour. Il jubilait, faisant sauter dans ses mains une bourse bleue, bleue comme le costume de Faille qui découvrirait bien assez tôt qu'il lui manquait un petit accessoire à son déguisement...
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Luciano di Lorio
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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Mar 28 Nov - 6:39

[Le Couloir menant à la Grand Salon-Bibliothèque]

Le temps était radieux, une journée parfaite pour attirer la populace hors de ses foyers. Bien que fruste et sans éducation, il était parfois étonnamment utile de connaître les ragots qui couraient chez les roturiers. C’était, et ce serait éternellement, l’aristocratie qui obtiendrait le dernier mot, tel que l’avaient démontré les siècles précédents, mais prêter oreille aux désirs et demandes de la plèbe, quitte à les ignorer par la suite, pouvait se révéler plus instructif qu’on ne l’aurait cru au premier abord. Bien entendu, on ne pouvait s’attendre à ce que des jugements particulièrement raffinés émanent de la bouche de paysans, mais l’ignorance de leurs propos donnait une excellente indication sur l’impression générale qu’un esprit grossier pouvait retenir d’un évènement. Peu importait l’intention réelle derrière la tenue d’une soirée, les apparences prévaudraient toujours sur les desseins.

Vêtu d’un manteau sombre au col de fourrure, Luciano déambulait le long du canal, encore incertain de sa prochaine destination. La place Saint-Marc lui paraissait un excellent point de départ pour débuter une exploration plus approfondie de la ville. Le bruit caractéristique du sot ayant plongé dans les eaux insalubres de la Sérénissime lui fit tourner la tête, un sourire mesquin aux lèvres. Il se rapprocha des abords du canal, son regard parcourant les alentours. Était-ce un passant étourdi qui avait glissé sur la glace qui parsemait le sol? Un passager déséquilibré qui serait tombé hors d’une gondole?
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Faille
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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Mar 28 Nov - 11:57

Les dernières notes tragiques de la chansonnette laissaient encore derrière elles flotter un pâle écho.
Le beau masque au costume d'un bleu étincelant n'entendit pas les bonds légers se rapprocher.

C'était comme dans la comptine... il tombait dans l'eau, inexorablement, dans le canal assassin. Aucun cri ne retentit avant la chute, seulement une main tendue encore vers le soleil, comme dans un dernier appel rempli d'espoir.

Mais si l'on pouvait voir sous le costume du masque, on aurait vu une chose bien étrange...

Des larmes salées coulaient sur le visage masqué, frottant contre le doux tissu.

Il n'eut même pas le temps de voir qui lui avait joué ce mauvais tour. Juste, au loin, un petit angle d'un tissu en velours. C'était sûrement un autre masque, enfantin, théâtral.

Mais pas de temps pour les pensées, l'eau glacée engloutissait déjà le lourd costume. L'hiver et la neige déconseillaient une baignade dans le canal.

Le masque, agitant follement les mains, revint péniblement à la surface, son beau costume désormais trempé. Il avait pris maintenant la couleur de la nuit, le beau bleu roi était devenu celui du ciel d'hiver, lorsque même les étoiles le fuient.

Il s'agrippa péniblement à un petit muret, reprenant son souffle, encore étourdi par sa mésaventure.

Il vit au loin un aristocrate élégant qui l'observait avec un air moqueur. Mais il était bien trop occupé à tenter de sortir de l'eau pour pouvoir faire attention à autre chose.
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Luciano di Lorio
Ami de la Famille Adorasti - Ca'Adorasti
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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Ven 1 Déc - 3:17

Ce qu’on appelait la charité était en vérité un acte accompli pour son bénéfice personnel. Pourquoi venir en aide aux miséreux sinon pour redorer son blason et bien paraître auprès des esprits assez faibles pour être aveuglés par de tels stratagèmes? Pour sa part, Luciano ne s’était que rarement abaissé à des subterfuges du même acabit. On était noble et fortuné de naissance tout comme on venait au monde en tant que mendiant ou va-nu-pieds. Les privilèges octroyés à l’aristocratie lui revenaient de droit. Dieu, la Fortune ou le Destin souriait à certains élus et en punissait d’autres. Changer l’ordre des choses était une aberration. On devait châtier ces gueux qui tentaient de piller les attributs des gens de distinction et leur inculquer l’obéissance et l’humilité. Leur apporter un secours quelconque était une insulte à la Nature qui avait déterminé avec sagesse qui était sur terre pour dominer… ou se soumettre.

Ainsi, loin de prêter main-forte à l’affligeant personnage en train de se hisser pitoyablement hors des eaux fétides, le noble se servit de sa canne d’ébène pour administrer quelques coups sur le crâne de l’individu masqué.


« Eh bien, mon ami, ne restez pas là… Vous risqueriez de prendre froid, » susurra-t-il, le sourire méprisant qu’il arborait démentant toute la sympathie de ses paroles.

Jaugeant le maladroit de toute sa hauteur, il chercha à entrevoir le visage dissimulé par le déguisement trempé. Il lui aurait plu d’admirer la déconfiture sur les traits de son interlocuteur inconnu. Cette coutume vénitienne comportait ses avantages comme ses inconvénients. Il lui faudrait la mettre en pratique à son tour, lorsque lui en prendrait l’envie…
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Faille
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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Dim 3 Déc - 18:21

Les regards changés de mépris que lui adressait l'aristocrate furent la goutte qui fit dépasser le vase.
Le monde était profondément injuste. Le monde l'avait distrait de sa mélancolie profonde et intense, le monde l'avait fait plonger dans le déshonneur.

Les coups résonnaient dans son esprit comme l'aurait fait l'église Saint-Marc en tombant. Un furieux mal de tête vint s'ajouter au fait qu'il était totalement trempé et soumis au froid. Le soleil lui semblait maintenant un être moqueur, lui aussi. Il discernait presque le sourire burlesque qui se moquait de lui.

Les paroles de l'homme, apparamment gentilles, sonnaient désagréablement, ce mélangeant au sourire méchant de l'homme.

Une soudaine envie de révolte s'empara du beau masque, désormais pâle reflet de lui-même, toute magnificence jetée aux orties par cette malencontreuse chute dans le canal.


"Vous me regardez comme vous regardez les pauvres et les gueux, messire... Mais qu'en savez-vous vraiment? Derrière ce masque de tissu peut se cacher n'importe quoi, ne l'oubliez jamais. Un pauvre, un noble... un prince."

Le masque souligna ce dernier mot, théâtralement, avant de s'incliner en une courbette moqueuse et de s'échapper de son pas sautillant vers des endroits moins dangereux.


[Ailleurs]
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Raffaele di Grazziano
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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Dim 17 Déc - 2:26

[Ca'Grazziano - Bibliothèque]

Raffaele avait tourné un moment en rond dans les couloirs du palais Grazziano avant de décider que non, il n'allait pas rester là à piaffer comme un animal en cage. Il était monté dans sa chambre prendre un manteau, rouge sang comme le reste de sa tenue, et enfiler une paire de gants de peau tres fine de même couleur avant de sortir de la demeure.
Une fois à l'extérieur, il s'était rendu compte un peu tard qu'il avait omis de prendre un tricorne et il fronça le nez tandis que ses cheveux indisciplinés, malgré le ruban de soie qui tentait de les retenir, s'envolaient autour de lui.

Ses pas l'avaient conduit au hasard des ruelles et il avait franchi un nombre incalculable de ponts, il douta pouvoir retrouver le chemin du palais mais la bourse bien remplie il n'eut aucune inquiétude, il trouverait une barque.

C'est en marchant ainsi, se laissant guider par le balancement d'un jupon ou la belle tournure d'un homme que l'idée lui vint d'aller voir d'un peu plus près à quoi ressemblait la Ca'Adorasti. Ces Adorasti dont on lui avait tant rebattu les oreilles et dont sa soeur faisait à présent partie l'intriguaient. Non qu'il fut prêt à prendre part au conflit opposant les deux Maisons, mais il voulait voir de quoi il retournait. Voir sans être vu, du moins la toute première fois. Avoir une idée claire de l'endroit. Oh il n'était pas dans ses intentions de pénétrer dans la bâtisse. Ni non plus d'adresser la parole à un quelconque membre de la famille. Non, observer, seulement cela. Un coup d'oeil comme en passant, le regard vif d'un promeneur anonyme.

Il se fit indiquer le chemin, deux fois. Et se perdit dans les méandres de cette maudite ville d'eau, où l'on pouvait glisser et se noyer à chaque pas, avant de déboucher face au palais.
Il resta un instant silencieux à contempler les fines colonnades et les arcs délicieux. Rien à envier au palais de son frère.

Les bras croisés, il fit encore un pas vers le bord du canal, le nez en l'air et s'arrêta au bord d'une large flaque dont l'eau reflétait la splendeur du bâtiment
.

"Pas mal. Pas mal du tout."
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Danilo della Lonza
Gentilhomme - Ca'Adorasti
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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Dim 17 Déc - 16:30

~Mercredi 5 Février 1744 Premier Post du Jour~

[premier post]

La gondole fendait les eaux froides de l'hiver vénitien avec une lenteur presque solennelle. En temps normal, Danilo se serait emporté contre le gondolier, l'aurait sommé de se presser quelque peu. Mais en ce jour, il ne sut pas s'emporter. Le regard flanant, il contemplait les architectures magnifiques des riches maisons vénitiennes. Il se rendait aujourd'hui compte à quel point l'Italie lui avait manqué. Son exil en France avait été des plus charmants, mais revoir le ciel de sa terre natale, entendre de nouveau l'accent de sa douce langue italienne que seul l'opéra de Rouen avait pu lui rappeler pendant ces douze longues années, cela n'avait pas de prix.

L'invitation d'Elio Adorasti arrivait à merveille pour le noble florentin. Il le sortait d'une période peu agréable de sa vie, le ramenait vers sa patrie, tout en lui faisant découvrir le nouveau repaire des Adorasti. Il aimait déjà Venise, et ses canaux si typiques et si plaisants. Non, il laissait le gondolier parler, n'écoutant que le son de sa voix, sans chercher à comprendre ce qu'il lui disait. Il le laissait prendre son temps, pour un voyage propre à la flânerie spirituelle.

Puis, le palais se profila à l'horizon, morceau d'architecture des plus subtils, mâtiné d'un rien de prétention supérieure typique de ce type d'habitations. Danilo se prit à admirer l'asymétrie recherchée de la façade, organisant savamment les arcatures de chaque étage du palais autour de motifs décoratifs du meilleur goût.

La Gondole accosta doucement non loin du palais, et l'homme l'aida à décharger son unique malle de voyage. il avait préféré voyager simplement, sans attelage, et avait donc réduit ses possessions à emporter au strict minimum, laissant le reste de sa garde-robe dans sa propriété de Rouen. S'il lui venait l'envie de s'installer réellement à Venise, il pourrait les faire quérir plus tard.

De la main gauche, il saist la poignée de son bagage, et de la droite, il s'empara de sa chère canne. D'un bon pas, il prit la direction de la porte d'entrée du palais, faisant résonner le bout cerclé de métal de sa canne sur le pavé vénitien.
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Luciano di Lorio
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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Lun 18 Déc - 7:18

La tirade du masque réussit à arracher un rire à Luciano, fort diverti par la tournure des évènements. L’inconnu et ses infortunes ne faisaient que redoubler l’effet comique quand, non content de s’humilier publiquement, il cherchait délibérément à s’embourber dans un discours faussement mystificateur. Espérait-il dissimuler sa nature dérisoire derrière ce chiffon trempé? Cet inconscient devait prendre conscience du grotesque de sa situation.

« Prince de la grandiloquence, sans le moindre doute, Monsieur. Il est heureux que le ridicule ne tue pas. Je souhaite pour vous qu’il en soit de même pour votre baignade hivernale… »

Le noble suivit son interlocuteur du regard alors que celui-ci prenait la fuite, à l’évidence honteux après avoir réalisé l’ampleur de sa déconvenue. Il s’apprêtait à héler une gondole dans le but d’être conduit jusqu’à la place Saint-Marc lorsqu’une voix attira son attention. Une lueur d’intérêt s’alluma dans son regard aussitôt qu’il posa les yeux sur le jeune homme, en train d’admirer le Palais Adorasti. Il commençait à désespérer de ne trouver d’individu à sa convenance, ce jouvenceau tout de rouge vêtu venait répondre à ses prières. Plus qu’agréable au regard, visiblement de bonne naissance… Il était l’heure du déjeuner. Peut-être serait-il disposé à lui faire découvrir l’une des enseignes de renom de la Sérénissime?

S’approchant du garçon, l’aristocrate se plongea à son tour dans la contemplation du Palais avant de déclarer :


« Seulement pas mal? Vous portez un jugement bien sévère sur la résidence du Prince Elio Lacryma Adorasti, Monsieur. »

Il se tourna vers avec un sourire amusé.


« Mais peut-être possédez-vous vous-même une demeure en mesure de rivaliser avec celle-ci? »

Il y avait plusieurs moyens de connaître le rang d’un homme. Sa tenue, son maintien, son port de tête étaient souvent des indices révélateurs, bien que certains escrocs fussent passés maîtres dans l’art de l’esbroufe et de l’imitation. C’était cependant en lui faisant prendre la parole qu’on en apprenait le plus sur sa fortune. Quelques détails pouvaient en dire plus long que n’importe quels habits. Une interrogation non-formulée se glissait donc dans la question apparemment innocente qu’avait formulée Luciano.

Avant d’avoir obtenu une réponse de la part du damoiseau écarlate, une embarcation accosta non loin d’eux et à son bord se trouvait un gentilhomme dont le visage ne lui était pas inconnu. Plissant des yeux, il tenta de se rappeler en quelles circonstances il avait la rencontre du voyageur. Ces mains d’artiste, ce regard sombre et sans cesse en mouvement, cette grande taille, dont il était déjà doté enfant…


« Danilo della Lonza. »

Oui, bien sûr, le petit prodige d’Andrea. Il était sage de garder ses amis près de soi et ses ennemis plus près encore. Avec l’enfant sous la tutelle des Adorasti, la famille della Lonza avait été grandement abâtardie. On l’avait exhibé dans les salons pendant quoi… cinq… six ans? Un autre avait fini par prendre sa place. C’était le triste destin de toutes les bêtes de foire. L'important cependant était que le jeune pupille se soit montré utile durant son séjour et, qu'une fois sa présence considérée superflue, il se soit retiré sans renâcler.
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Raffaele di Grazziano
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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Mer 20 Déc - 2:47

L'eau du canal, étincelante sous le soleil de midi, noyait de son reflet changeant la façade élégante du palais. Et Raffaele s'amusait, les yeux mi-clos à imaginer la demeure Adorasti sous les eaux. Il avait entendu ces histoires de villages noyés dont le beffroi sonnait toujours les heures. Comme en écho à sa rêverie, midi sonna à un clocher proche et il sourit. Il serait en retard au déjeuner prévu par son frère. Tant pis... tant mieux... sans importance aucune.

Une voix le sortit de ses pensées et il se retourna. Un homme qu'il n'avait pas vu se tenait là à quelques pas. Un fort bel homme auquel il donna l'âge de son père.
Une moue, un sourire en coin amusé et il fit un geste désinvolte de la main
.

"Il y a de nombreux palais à Venise, Monsieur. Celui-ci est remarquable, mais il m'est arrivé d'en voir d'aussi beaux ici et ailleurs. Quant à m'embarrasser de telles possessions, je laisse ce soin à mes aînés."

Son regard étincela et il inclina la tête sur le côté, jaugeant la silhouette de son interlocuteur sans s'en cacher.

"Je préfère de beaucoup le plaisir aux obligations, voyez-vous."

Dans le mouvement qu'il fit, un souffle de vent dénoua le ruban déjà lâche de son catogan et rabattit sa chevelure qui noya son visage. Le lien de soie noire lui glissa dans les doigts, s'échappa et tourbillonna jusqu'à s'arrêter aux pieds de l'inconnu.
Retenant ses mèches blondes d'une main, Raffaele fit un pas vers l'homme pour récupérer son bien, mais il fut interrompu dans son mouvement par l'arrivée d'un autre personnage en tenue de voyage.

Décidément les abords de la Ca'Adorasti étaient très fréquentés. D'un coup d'oeil, il jugea le personnage comme intéressant, mais de moindre prestance que son interlocuteur. Voyant que les deux hommes se connaissaient, il eut un instant la tentation de s'éclipser, mais il se reprit rapidement.

Il était venu pour voir et de fait, il verrait
.
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Danilo della Lonza
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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Mer 20 Déc - 10:03

Longeant le canal à grands pas non sans laisser encore son regard se perdre en contemplations evanescentes de petits détails interpellant ses yeux aguerris dans les architectures environnantes. Son regard bondissant ne mit cependant que peu de temps à s'accrocher sur un nouvel élément d'intérêt, deux personnages qui venaient d'engager la conversation. A en juger par leur mise et leur prestance, ils devaient sans aucun doute être nobles. L'un d'entre eux était entièrement vêtu d'un rouge puissant et entêtant, et possédait un visage d'une grande beauté. Quant à l'autre, qui s'était retourné pour l'observer...

*Di Lorio, vieille carne! Je ne suis pas certain d'être heureux de le revoir...*

Bifurquant légèrement, Danilo se dirigea vers les deux causeurs; après tout, c'était peut-être une chance de croiser Luciano avant quiconque d'autre. Il ne pensait connaître personne d'autre qu'Elio au palais, et savoir qu'il s'y trouvait une autre personne dont il avait quelque peu la mesure le réjouissait. Alors qu'il s'approchait, le noble l'interpella par son nom.
Le bougre avait bonne mémoire. Mais rien de ce qui touchait de près ou de loin à Andrea ne lui échappait, à vrai dire. Il se para de son plus beau ton de surprise joyeuse pour répondre.

"Luciano Di Lorio, quelle bonne surprise! Je vous aurai cru à Florence plutôt qu'aux côtés du prince Elio. mais enfin, bien de l'eau à coulé dans les canaux depuis notre dernière rencontre..."

Il rejeta un instant son attention sur l'homme qui, décoiffé par un coup de vent, venait de perdre un ruban, échoué tristement aux pieds de Luciano. Sans aucun doute quelqu'un de Ca'Adorasti. Et s'il l'avait déjà vu à Florence avant son départ, l'individu ne devait pas avoir plus de quoi? Cinq, six années tout au plus. Danilo aurait été bien en peine de reconnaître un enfant de cet âge sous les traits d'un jeune homme plein de prestance. Autant chercher tout de suite à savoir de qui il s'agissait.

"Me présenteriez vous votre compagnon? J'avoue ne pas avoir souvenir d'un tel visage."
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Luciano di Lorio
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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Dim 24 Déc - 23:09

Saluant l’esprit de son cadet par un sourire approbateur, Luciano se prêta au jeu de bonne grâce. Un partenaire tel que le jeune homme ne pouvait que susciter son enthousiasme. Quelque chose dans son regard, sa posture lui rappelait les garçons qu’Andrea et lui avaient pu être avant que le temps ne les rattrape et ne les force à délaisser leur existence à l’insouciance sérieuse propre à la jeunesse.

« Tous les devoirs ne sont pas contraignants. Je considère le plaisir comme une obligation sans laquelle la vie serait sans doute d’un ennui mortel. »

Son regard se perdit dans la contemplation de son interlocuteur aux charmants traits masqués par une masse de cheveux blonds qui, pareils aux serpents ornant la tête de Méduse, semblaient avoir pris vie et battaient l’air de leur queue dorée. S’inclinant pour se saisir du ruban sombre à ses pieds, l’aristocrate observa sa prise avec intérêt. L’envie de ne rendre sa possession au garçon qu’en échange d’une rançon lui traversa l’esprit. Il fit cependant preuve de générosité et le lui remit en mains propres, le fantôme d’un sourire flottant sur ses lèvres minces. Il pourrait très bien soutirer un tribut différent – et bien plus alléchant – de l’inconnu plus tard.

L’arrivée de della Lonza détourna le noble de ces considérations, son habituel rictus complaisant se peignant sur sa figure. Il put toiser le virtuose attitré d’Andrea avec plus d’aisance, dénotant les changements que les ans lui avaient apportés. L’enfant malingre et dégingandé qu’il avait été s’était transformé en un homme à l’allure tout à fait présentable, qui avait su conserver des airs juvéniles. La Providence se montrait parfois clémente avec ceux qui, à défaut d’une bonne naissance, étaient dotés de quelque talent qui vaille la peine d’être exploité, que ce soit la beauté, la force, la raison ou un don en un domaine quelconque. Il semblait qu’après tout, Danilo della Lonza ait bénéficié du concours de la Nature.

« Je n’aurais pu laisser notre jeune Prince faire son entrée à Venise sans mon support et mes conseils. Vous savez tout comme moi combien sa prospérité et son bien-être me tiennent à cœur. »

Son sourire faussement aimable s’élargit alors que, sans cesser de jauger le nouveau venu, il s’enquit d’une voix doucereuse :

« J’ai cru comprendre que vous étiez exilé en France, Monsieur della Lonza? Il est dommage que vous ne soyez demeuré à nos côtés… Vous auriez été enchanté par les récitals du jeune Ettore. Je suis persuadé que vous ne l’avez point oublié. »

L’interrogation du pianiste lui permit de reporter son attention sur son compagnon à la tenue flamboyante. Tout aussi intéressé à découvrir son identité, il répondit à la question du musicien d’un ton agréable, étonnamment dénué de fiel :

« Comme de raison, Monsieur, puisque je viens à peine de faire sa connaissance et qu’un visage tel que le sien serait difficile à oublier. »

Luciano était avare de compliments. Il n’en prodiguait qu’à ceux qui le méritaient réellement ou ceux qu’ils souhaitaient rallier à sa cause. Dans la présente situation, sa flatterie visait à atteindre ces deux desseins. Même un homme de sa condition ne pouvait se permettre de lutter seul, sans chercher à nouer d’alliance. Son jeune interlocuteur possédait visiblement un grand potentiel qu’il lui tardait de mettre à l’épreuve, mais pour cela, il lui faudrait gagner en premier lieu son amitié.
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Raffaele di Grazziano
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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Ven 29 Déc - 1:07

Ainsi il avait suffit de quelques minutes pour que le jeune prince ait sous les yeux deux gentilhommes de la Maison Adorasti. Et, si l'on en jugeait par l'échange auquel il venait d'assister, non des moindres.
La moue suffisante affichée par Luciano di Lorio, puisque tel était son nom, à la vue du gentilhomme n'avait pas échappé à Raffaele et les piques lancées, bien qu'il n'en saisit pas le sens, avaient pour but de viser au coeur. Il baissa la tête pour dissimuler un sourire en coin. Par chance, la soie de sa chevelure masquait totalement son expression.
Il releva le nez en entendant l'homme d'âge mûr faire référence à son rôle de conseil auprès du prince Adorasti. Il acheva son mouvement et saisit le ruban que lui tendait Luciano, conscient des regards qui le dévisageaient.

Raffaele eut un sourire, s'amusant de rouler le ruban entre ses doigts gantés de rouge, le petit crissement qu'en faisait la soie contre la peau veloutée le ravissait. Contenter la curiosité des deux hommes ou non.
Non.

Faisant disparaître le ruban à l'intérieur de la manchette de son gant, il inclina la tête les yeux brillants
.

"Mon nom... Croyez-vous cela utile à savoir ?" Il fit quelques pas au bord du canal suivant la ligne des pavés d'un pas graçieux. "Aisé à retenir ou agréable à entendre ? A tout avoir sans effort on perd le goût de ce que l'on reçoit. C'est une phrase que mon père aimait à me répêter et le matin et le midi et le soir. Je vous l'offre donc à mon tour, faites en bon usage messieurs. Et pour mon nom, nous verrons si vous êtes suffisamment intéressés pour tenter de le découvrir."

Il s'inclina et son regard ne quitta pas les yeux de Luciano sur lesquels il s'était fixé à la fin de sa tirade.

"A vous revoir."

Une volte, qui fit voler son manteau, et bientôt on entendit plus que les talons de ses bottes sonnant sur les pavés tandis que sa silhouette écarlate s'éloignait le long du canal.

[Le Caffé Florian]
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Danilo della Lonza
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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Ven 29 Déc - 10:26

Danilo s'autorisa une grimace mentale lorsque Luciano évoqua son attachement au prince Elio. Il n'avait pas souvenir que le jeune garçon que le prince était alors et Luciano aient entretenu des rapports des plus chalereux par le passé. Cependant, il se garda de juger plus avant, de peur de sauter trop vite aux conclusions, comme il avait la mauvaise habitude de le faire. Douze ans pouvaient changer un homme. Et si ce n'était pas Luciano, qui n'avait visiblement pas perdu ses manières raffinées et son art de la pique acide, Elio pouvait avoir changé du tout au tout en douze ans d'absence. Lui-même n'avait commençé à sortir de l'enfance, il s'en rendait compte maintenant, que lorsqu'il s'était exilé. Là seulement, âgé de vingt ans, il avait quelque peu mûri. En douze ans, tant de choses peuvent arriver. Tant de malheurs, aussi.

"Je ne doute pas un instant de votre attachement au sang et à la chair d'Andrea, très cher. Je suis heureux de vous découvrir fidèle à vous même." Répliqua-t-il sur un ton doucereux, en affichant un petit sourire de convenance non dénudé de toute traçe d'ironie.

La pique acide que Luciano lui adressa ne lui fit ni chaud ni froid. Il avait depuis longtemps dépassé la rancune stupide qui l'avait dressé contre Ettore. L'épisode restait vivace dans son ersprit, mais d'autres préoccupations en avaient voilé la puissance évocatrice, et il ne s'animait plus comme avant. Ce fut presque avec sincérité qu'il répondit à Luciano:


"Certes non, il est certains talents qu'on ne peut oublier. Rouen ne possède pas de flûtistes de sa trempe, j'en ai bien peur. J'y ai cependant trouvé quelques autres musiciens grandement doués. Je ne regrette aucunement mon geste. Peut-être lui rendrais-je visite un jour si je me décide à retourner à Florence, un de ses jours. Mais dites-moi, est-il toujours aussi célèbre? Ou en douze ans, s'est-il fait quelque peu occulter par un nouveau génie des notes?"

La question n'était pas anodine. Si Ettore avait lui-même subi le sort qu'il lui avait infligé, ce qui était très probable car les salons changeaient de coqueluche avec une aisance blessante, alors il pourrait se considérer comme définitivement vengé. Il pourrait oublier les dernières traçes de rancune qui l'habitaient encore.

Le jeune noble tout vêtu de rouge partit dans une grande tirade, leur expliquant savamment qu'il refusait de se nommer ainsi pour une première rencontre de hasard. Danilo se fendit d'un petit sourire discret. Cet homme là lui plaisait, avec ses attitudes de noble quelque peu fantasque. Il ne s'agissait donc pas d'un Adorasti, comme l'avait d'abord supposé le pianiste. Qu'importait. S'il avait l'occasion de revoir cet homme, sans doute le ferait-il. Mais ans doute pas avnt d'en avoir appris un peu plus sur lui. Il le regarda s'éloigner, les yeux un peu rêveurs, avant de reporter son attention sur Luciano.


"Dites, moi, Luciano... Auriez vous l'obligeance de dire quelques mots sur la princesse Bianca? Je n'en ai eu qu'un très bref aperçu par les dires d'Elio, et je doute franchement qu'il soit objectif à son égard. Quel genre de femme est-ce?"
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Luciano di Lorio
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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Mar 2 Jan - 23:38

Les allusions de della Lonza évoquèrent à l’esprit de Luciano la discussion surprise entre le Prince Adorasti et son ami d’enfance. Il semblait que dans le cas du pianiste, les années aient pu « faire à l’affaire », à moins que rien n’ait vraiment changé et qu’une certaine vivacité ait toujours été présente en lui. Remplacer le garçon par un substitut plus docile avait été un geste judicieux, à en juger par le sourire ironique qu’affichait le musicien. Porter un serpent en son giron n’était sûr que si on arrivait à lui retirer ses crocs et son venin. Danilo della Lonza paraissait s’être muni de ces deux instruments durant ses années d’exil. Il faudrait veiller à ce que son poison ne soit pas dirigé envers son ancien mécène, sans quoi il serait impératif de le museler pour de bon. L’aristocrate ne tolérerait pas qu’on souille l’honneur du sang et de la chair à laquelle il s’était tant dévoué…

Bon prince, le noble accorda grâce – pour l’instant – à celui qui avait autrefois été le pupille des Adorasti, plutôt intéressé à connaître le nom de l’inconnu. Il se prit à songer à la vision de cette peau pâle ou de cette bouche fendue dans un sourire narquois teintées d’une délicieuse couleur écarlate, venant se marier agréablement à sa tenue vermillon. Avant qu’il n’ait pu élaborer la façon qu’il emploierait pour obtenir un tel résultat, le jeune homme prenait son congé d’une façon des plus originales, arrachant un nouveau sourire à son aîné.

Luciano suivit la silhouette carmin du regard jusqu’à ce qu’elle se soit perdue au détour d’un canal. Il aurait aisément pu découvrir l’identité de son mystérieux interlocuteur grâce à ses informateurs qui ne lui avaient que rarement fait défaut. Cependant, comme celui-ci l’avait souligné, il en aurait perdu le plaisir de la chasse, puis celui, décuplé, de la capture. Il se réservait la distraction de récolter de la bouche même du garçon son nom, et bien plus encore. Il saurait très bien prendre goût à recevoir, voire peut-être même à donner, puisqu’il ne doutait aucunement que l’effort en vaudrait la peine.

En attendant ce moment qui ne manquerait certainement pas d’agrément, l’aristocrate devait se charger de Danilo della Lonza et répondre aux interrogations laissées en suspens par le départ de leur troisième comparse.


« Le jeune Ettore, Dieu ait son âme, n’a malheureusement pu jouir très longtemps de sa notoriété. Il a été emporté par de terribles humeurs quelques années après votre départ, » l’informa-t-il, d’un ton presque attristé.

Il tut le fait que les « terribles humeurs » ayant provoqué la mort du flûtiste avaient coïncidé d’heureuse façon avec des rumeurs quant à ses agissements douteux. Il aurait, selon les racontars, fait preuve d’une trop grande gourmandise et en serait même venu à mordre la main qui l’avait nourri. Son décès prématuré avait donc pu lui épargner la disgrâce comme contenter certaines instances réclamant qu’il soit châtié tel qu’il se devait.

* Et tel qu’il s’était dû… * pensa le noble, en toisant son interlocuteur, décidément différent du souvenir qu’il en avait gardé.


« Quant à la Princesse… Femme, elle ne tardera pas de l’être, une fois qu’elle aura été initiée aux usages de ce monde. Son innocence est… comment dire? »

Ses yeux brillèrent d’une lueur tout sauf bienveillante.


« … rafraîchissante. Elle vous plaira sans doute, Monsieur della Lonza, tout comme elle plaît à tous les membres toute la maisonnée. Certains, en particulier, » ajouta-t-il, d’un air entendu.
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Danilo della Lonza
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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Mer 3 Jan - 1:21

Danilo manqua de laisser transparaître ses émotions alors que Di Lorio lui annonçait la triste fin d'Ettore. Emotions nombreuses et contradictoires, qui s'agitèrent en lui un court instant. Un peu de tristesse, de cette peine qu'ont les artistes pour la disparition d'un talent. Un peu de joie cruelle, de savoir que son rival avait payé ce qu'il lui avait fait. Un peu de honte, à ressentir un tel sentiment. Un peu d'indifférence, lui à qui ce personnage n'importait plus vraiment.

Si quoi que ce fut transparut sur son visage, il ne s'en rendit aucunement compte. Mais peut-être ses yeux l'avaient-t-il quelque peu trahi, comme il lui arrivait trop souvent. Ce petit tumulte intérieur fut bref, car Danilo avait appris à se contrôler durant son exil. Il n'en était plus à haïr au vu et au su de tous, il savait intérioriser au mieux ses sentiments, se les cacher, même à lui-même, les enterrer sous une couche d'insensibilité que les six derniers mois, tout particulièrement, avaient contribué à forger.


"Oh, quelle tristesse , fit-il d'un ton presque similaire à celui de Luciano, à la fois dégagé et empreint d'une once de compassion plus ou moins feinte. Je lui aurai donc survécu... Le sort joue parfois des tours bien pendables. Enfin, passons."

Il se concentra plus avant sur la réponse de Luciano à sa deuxième question. Il ne l'avait pas posé uniquement pour connaître un peu mieux Bianca. A vrai dire, ce que Di Lorio pouvait en dire l'intéressait presque plus que le contenu réel de ses paroles. Il voulait voir si l'homme avait un tant soit peu changé durant son absence. L'air malveillant que prit Di Lorio en prononçant le mot rafraichissante lui assura que ce n'était aucunement le cas. Le Luciano qu'il avait devant les yeux était toujours aussi vénéneux qu'il s'y attendait. Sa présence devait être un cadeau empoisonné pour le prince Elio. A moins qu'il ait réussi à gagner totalement la confiance de Di Lorio, ce que seul Andrea avait pu faire jusque là. Ce dont Danilo doutait grandement. Père et fils étaient par trop dissemblables.

Allons bon, voilà qu'il sautait de nouveau aux conclusions à toute hâte. Remettant à plus tard son jugement, il s'intéressa de plus près aux dires de Luciano sur la compagne forcée du prince Elio.

*Innocente? Etrange qu'une fille de grande famille puisse encore développer ce trait de caractère là, de nos jours*

En plein milieu hostile, elle devrait changer au plus vite si elle voulait survivre. Ou simplement ne pas se retrouver complètement dominée par les aristocrates qui l'entouraient, Elio en premier, et les dangers potentiels que représentaient des hommes de la trempe de Luciano en second.
Danilo leva un sourcil mi-étonné, mi-curieux, à l'évocation de la capacité de séduction de la princesse. Il trouvait étrange que Luciano lui révèle, même sans donner de noms, qu'un membre de la maisonnée, voire plusieurs, aient des vues sur Bianca. Sans doute le vieux loup montrait-il encore là une intention de porter préjudice à quelqu'un. Danilo eut un petit sursaut mental qui correspondait à un haussement d'épaules. il aurait tout le temps de découvrir ce que pouvait bien tramer l'aristocrate dans l'entourage d'Elio. Il eut juste une nouvelle confirmation que le loup gardait ses dents intactes et aiguisées, et que son âme lui dictait toujours de les user sur autrui.
Bianca était donc belle. Evidemment. Il aurait préféré un laideron, mais les contes de fées, même soumis aux intrigues tordues de la noblesse vénitienne, ne laissent pas de place aux mochetés pour des places de luxe. Il lui faudrait veiller à ne pas s'amouracher. Mais il ne se sentait plus capable de tomber amoureux ces derniers temps. Bonne chose, pensa-t-il amèrement.


"Je ne crois pas que vous ayez totalement raison. Si j'ai suffisamment bien interpreté les rumeurs réçentes, il me semblerait que notre bon prince ne soit pas particulièrement sous le charme de son épouse... Je me trompe?"

A nouveau, la question n'avait pas pour réel but d'obtenir une réponse que Danilo croyait déjà connaître. Faire parler Luciano le rassurait quelque peu. Lui dérouillait quelque peu l'esprit, mis à mal par la relative solitude de ces derniers mois. Son isolement de la noblesse de Rouen lui faisait craindre d'avoir perdu quelque peu ses capacités de jugement sur les manières d'agir et de parler de ses contemporains. Retrouver ses marques en s'exerçant sur un être dont il connaissait quelque peu le fonctionnement ne pouvait pas lui faire grand mal.
Suite à cette interrogation, il posa une nouvelle question, se tournant cette fois-ci vers les Grazziano. Faire un petit tour du patrimoine local.


"Dites-moi, la famille de la princesse s'accomode-t-elle de cet état de fait? Pour ma part, j'ai bien vu quelle à été la réaction de mes parents lorsqu'Andrea m'a accordé sa protection. Laisser un membre de sa famille à une famille ennemie ne provoque généralement que fiel et envies de représailles. J'en ai fait l'expérience, et ce plus d'une fois. Est-ce que les Grazziano feraient exception à cette règle?"


Dernière édition par le Mer 3 Jan - 9:57, édité 1 fois
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Luciano di Lorio
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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Mer 3 Jan - 4:55

Danilo della Lonza avait acquis quelque expérience loin de la tutelle de la Ca’Adorasti. Mais sans doute les Français étaient-ils soumis à une étiquette différente de celle de Venise, puisqu’ il ne cessait d’accumuler les erreurs élémentaires. Son regard, d’abord, bien qu’il n’ait été qu’un éclair fugace, avait par trop exprimé les émotions qui l’agitaient. Il lui faudrait apprendre – possiblement à ses dépends – à mieux camoufler son trouble, car si la bonne société étrangère l’avait épargné, tous ne feraient pas de quartier dans la Ville des Eaux. Ce faux pas avait au moins permis à Luciano de mesurer les heurts que faisaient toujours résonner le passé chez l’ancien protégé d’Andrea. À défaut d’en connaître plus sur l’exil volontaire du pianiste, il pourrait se référer à leur séjour commun au palais Adorasti, qui semblait encore trouver écho auprès de lui.

La seconde entorse, la plus notable et la plus douteuse, aux règles d’usage consistait en la liberté de façons du musicien envers Elio, une liberté frôlant la camaraderie, la pratique, l’intimité. Celle-ci le laissait songeur, tout autant que les circonstances dans lesquelles on avait informé un simple croque-notes des détails de la vie conjugale d’un Prince, lié à son épouse que depuis un an. Bien sûr, les racontars allaient toujours bon train, mais parcouraient-ils monts et vallées pour parvenir jusqu’aux oreilles d’un homme demeuré à Rouen? Il y avait là anguille sous roche et le noble comptait bien percer le mystère qui entourait les propos de della Lonza, retournant ainsi à leur destinataire les questions qui lui étaient posées.

S’il avait été prêt à dispenser quelque lumière pour éclairer la lanterne du jeune homme, Luciano désirait désormais en apprendre plus lui-même avant de faire preuve de générosité et prodiguer de nouvelles parcelles de son savoir. Le petit prodige d’autrefois ne bénéficiait plus du support d’un puissant et influent mécène. Livré à lui-même et à force de commettre trop d’imprudences, il risquait de connaître une fatalité pareille à celle d’Ettore. Son office était de divertir, non pas de se mêler des affaires réservées à la noblesse. Il devait être rappelé de qui lui avait tendu la main, qui l’avait élevé à un rang qu’il n’aurait pu atteindre par lui-même et qui avait le pouvoir de le renvoyer parmi ses semblables.

« Elio? répéta-t-il, un sourcil arqué en signe de scepticisme. Vous voilà bien familier avec le Prince de la Ca’Adorasti, Monsieur della Lonza. Peut-être devrais-je moi aussi prêter oreille aux ragots. J’apprendrais ainsi comment êtes-vous monté dans les faveurs du Prince, bien difficile en ce qui concerne sa compagnie. Possédez-vous déjà la chance de figurer dans sa garde rapprochée, un honneur que même la Princesse n’a pu encore partager? »

Au tour du pianiste de faire les frais du sarcasme de l’envoyé d’Andrea, qui n’avait pas pardonné ses impudences à peine dissimulées par un sourire courtois. Appuyant sur les termes les plus appropriés, son regard avait scruté le visage de son interlocuteur, en quête de la moindre confirmation pour venir appuyer ses insinuations.

« Ennemie? Allons bon, mon cher, comme vous vous montrez ingrat envers la famille qui vous a accueilli à bras ouverts. La Ca’Adorasti n’a jamais souhaité qu’à vous pourvoir des moyens nécessaires pour que s’épanouisse votre talent, » déclara-t-il, d’une voix paternelle.

Quel gentilhomme digne de ce nom aurait évoqué avec tant de légèreté les tourments de son enfance? Qui plus est, devant Luciano de la part de qui il recevrait plus de dérision que de compassion?

L'aristocrate fit tourner le pommeau de sa canne entre ses doigts gantés.
Ne lui restait qu’à écarter la toute dernière question de della Lonza pour ne lui offrir aucune échappée. Il espérait fortement retirer de ses manœuvres quelque renseignement utile. Pousser le pianiste à de meilleures dispositions serait sans doute fastidieux et il n'avait aucun temps à perdre à ces futilités.

« Je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de m’entretenir longuement avec aucun des membres de la Ca’Grazziano, mais puisque vous vous trouvez en si bons termes avec le Prince, vous aurez sans doute l’opportunité d’en apprendre plus de sa propre bouche… À moins que vous ne tentiez vous-même d’obtenir réponse à vos interrogations? »

Un sourire retroussa ses lèvres fines alors que le souvenir d’yeux vifs et malicieux lui revenait en mémoire, lui faisant momentanément regretter de n'avoir conservé un certain ruban.

« N’avez-vous pas écouté les paroles fort sages de notre jeune ami? À tout avoir sans effort, on perd le goût de ce que l’on reçoit, Monsieur della Lonza. »
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Danilo della Lonza
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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Mer 3 Jan - 10:35

De la première réplique que lui servit Di Lorio, il ne put rien retirer, à part la certitude d'avoir fait une erreur dans la manière de poser ses mots. Décidément, s'écarter du monde pendant quelques mois suffisait à perdre une partie de ses moyens, et Luciano Di Lorio était un adversaire de haute lutte dans le grand jeu du dialogue de nobles. L'homme lui renvoyait non pas une réponse, mais une accusation en bonne et due forme, bourrée de ces sarcasmes violents dont Di Lorio raffolait. Non sans s'être administré quelques claques mentales pour se punir de sa maladresse, Danilo répliqua, parfaitement maître de lui-même. Il garda le même ton qu'auparavant, assez léger et plein d'assurance, ne laissant pas voir qu'il était passé sur la défensive.

"De ragots, je pourrais vous en servir un. A vrai dire, qui mieux que l'intéressé pourrait se montrer informé de ses propres faits et gestes? Je vous conterai donc l'histoire d'un petit noble italien habitant en France, qui se sent un jour le mal du pays, mais n'a pas l'envie de revoir Florence dans un premier temps. Que-fit-il alors? Il reprit contact avec la seule personne d'estime qu'il connaissait hors cette ville, personne qui n'était autre que le Prince Elio Lacryma Adorasti. Nous avons échangé quelques lettres, puis j'ai été invité à venir séjourner quelque temps ici. Je ne saurais vous dire si j'ai gagné l'estime de notre prince plus que je ne l'avais auparavant, car il ne s'en est aucunement ouvert à moi. Et c'aurait été faute de sa part que de le faire. Je ne le crois pas aussi maladroit."

A la seconde réplique, prononçée d'un ton de protecteur qui fait doucement la leçon à un enfant difficile, Danilo ressentit une petite poussée d'adrénaline, sensation accompagnée d'une joie diffuse. La France n'existait plus. Douze ans d'existence s'effaçaient alors qu'il foulait de nouveau le sol italien. Un oubli bienfaisant. Il pouvait reprendre sa vie là où il l'avait laissé, sans plus s'occuper des souvenirs que Rouen ne se lassait pas de lui faire remonter à la mémoire, et qui lui faisaient bien plus mal que certaines insinuations qu'un Di Lorio pouvait bien faire sur son passé et sa relation chaotique avec Ettore. Il répliqua, avec de nouveau cette espèce de légèreté de ton, non feinte cette fois.

"Voyons, monsieur Di Lorio, je sais parfaitement ce que je dois à Andrea Adorasti. Dit-il en appuyant sans en avoir l’air sur le nom de son ancien protecteur, sortant de la généralité ou Luciano avait voulu le plonger et excluant de cette idée de servitude toute autre personne, et tout particulièrement l’homme qui se tenait devant lui. Si je me suis montré acide dans mon phrasé, mon manque de considération se portait sur ma propre famille, et non sur la Ca’Adorasti. "

Cette deuxième phrase était parfaitement sincère, une fois n’était pas coutume. Danilo avait cultivé son dégoût pour ceux de son sang tout au long de son intégration aux sphères d’influence d’Andrea, et douze ans à l’étranger n’avaient pas changé cet état de fait. C’était d’ailleurs l’une des quelques raisons qui l’avaient décidé à venir à Venise plutôt que de revenir sur les lieux de son passé.
Vint la dernière réplique de Luciano. Danilo ne chercha pas à insister. Il savait qu’il n’obtiendrait plus grand-chose de lui, du moins dans un premier temps. Celui-ci cherchait désormais à écarter ses interrogations. Insister n’avait plus aucun sens, sinon celui de se faire mieux soupçonner. Ce que Danilo ne souhaitait aucunement. Il se contenta donc de répondre, laissant la fin de sa phrase en suspens :


" Oui, ce jeune homme a bien raison. Le plaisir de la chasse… "

Sur quoi, il enchaîna immédiatement, sans laisser Luciano Di Lorio répondre à cette dernière phrase:

"Dites-moi, le prince ou sa compagne sont-il présents au palais? Je suis arrivé plus tôt que prévu, ils n'ont sans doute pas ouï mon arrivée, mais j'aimerai leur présenter mes hommages avant de m'installer d'aucune façon..."
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Luciano di Lorio
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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Mer 3 Jan - 19:17

Si Danilo della Lonza faisait toujours preuve de gaucherie à l’attaque, il savait au moins parer et esquiver. Sans doute qu’après avoir croisé le fer avec des opposants passés maîtres dans l’art du verbe, il serait en mesure de faire mouche. Pour l’instant, toutefois, il demeurait sur la défensive et, apparemment par peur de s’essouffler, souhaitait mettre leur terme à leur petit affrontement, alors qu’ils n’en étaient qu’au préambule. Malgré le fait qu’il n’ait pu obtenir de réponse satisfaisante de son interlocuteur, la discussion avait été des plus instructives pour Luciano et lui laissait matière à réfléchir quant à la suite des évènements.

Le musicien avait-il cherché à étaler ses connaissances pour se gausser de sa propre importance ou était-il véritablement dans les bonnes grâces d’Elio? Ce retour inattendu pouvait-il vraiment être expliqué par un vulgaire « mal du pays »? Et si c’était le Prince Adorasti lui-même qui l’avait fait mander pour des raisons obscures? Si tel était le cas, quel autre quidam peu influent bénéficiait de la confiance de l’héritier d’Andrea? Étaient-ils légions à être au fait des déboires matrimoniaux du couple princier?

Andrea avait été avisé de le dépêcher dans la Sérénissime pour veiller aux intérêts de sa famille. Visiblement, on pouvait douter de la gouverne de son fils et de la direction qu’il faisait prendre à sa Maison. Porter foi en de roturiers qui n’attendaient que le moment opportun pour détrousser la noblesse et la dépouiller des attributs qui lui revenaient de naissance, tels des charognards empestant les deniers gagnés de mauvaise façon? Et ce, sans consulter ses prédécesseurs, faisant ainsi fi des liens de sang et d’honneur? Elio, déjà incapable de produire une progéniture mâle, était-il donc si sot ? Les démentis du jeune pianiste n’arrivaient pas à le convaincre du contraire, il lui faudrait s’informer par lui-même, et au plus vite, des relations qu’avait nouées le Prince depuis son arrivée à Venise et dans les mois antérieurs. Il n’y avait aucune minute à perdre dans une discussion stérile qui ne le mènerait qu’à plus d’interrogations.

Della Lonza avait choisi de se taire et de refuser de concourir, qu’il aille donc quérir refuge auprès d’Elio. Il serait amusant de constater combien de temps leur bonne entente pourrait se prolonger. L’aristocrate ne connaissait que trop bien les caprices du fils de son ami, pour avoir dû intervenir par le passé. Il doutait que cette nouvelle toquade puisse perdurer bien longtemps, certainement au grand dam de l’ancien virtuose. Ses lèvres s’étirèrent dans un sourire narquois, à la pensée que peut-être serait-ce encore le Prince qui pâtirait le plus de toute cette aventure…

« Je suis fort aise de constater que votre propre loyauté envers la Ca’Adorasti n’a pas décru, Monsieur della Lonza, et celui qui fut votre bienfaiteur serait heureux de vous savoir à présent à la disposition de son fils, » affirma Luciano, sa voix laissant poindre l’ombre d’un avertissement.

Il reconnaissait de bonne grâce la façon dont on avait soigneusement évité les pièges qu’il avait tendus, mais n’en cessait pas moins de penser qu’un pion demeurait un pion au service d’une pièce maîtresse et ne comptait pas taire cette opinion.


En réponse à la question de son cadet, le noble jeta un coup d’œil à sa montre-gousset, finement ciselée, cadeau d’un gentilhomme suisse de sa connaissance. Ses yeux gris se relevèrent sur le Palais Adorasti se dressant non loin d’eux avant qu’ils ne reviennent se poser sur le visage du musicien.

« À l’heure qu’il est, le Prince et la Princesse doivent être à table pour le déjeuner. Vous pourrez sûrement les y rejoindre… »

C’était des adieux ou plutôt, un congédiement courtois délivré sur un ton presque prévenant.

« Venise foisonne de distractions et de divertissements, assez pour perdre un homme. J’ose croire que vous ne vous laisserez égarer par aucun de ces plaisirs, fusse-t-il celui de la chasse. Les conséquences en seraient malheureuses pour vous, mais aussi pour la Ca’Adorasti qui se retrouverait sans doute lésée par la perte d’un gentilhomme de votre talent, Monsieur della Lonza. »

Sur ces paroles non dénuées de menace, il s'inclina pour ensuite s'éloigner d'un pas rapide. Peut-être, par chance, croiserait-il à nouveau le jeune homme au nom toujours inconnu?

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Danilo della Lonza
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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Jeu 4 Jan - 0:06

Danilo s'amusa à reconnaître la forme de phrasé qu'il avait utilisé auparavant pour rallier le noble aux yeux gris sur son attachement au sang des Adorasti dans le discours de ce dernier. L'échange s'était ouvert et se fermerait donc sur le même ton. C'était bien ainsi. Le ton de Di Lorio s'était empreint d'une nuance d'avertissement que Danilo put aisément percevoir, mais il ne s'en formalisa aucunement. Il se doutait bien qu'il n'arrivait pas en territoire acquis et un simple ton non dénué de menaces était somme toute de mise dans bien des cas. Il s'en tirait à très bon compte.

Di Lorio lui indiqua vaguement que les maîtres de maison devaient être en repas, apparemment sans en avoir la moindre certitude. L'expression était simple et informative, courtoise même, et fit lever un sourcil de Danilo. Le vieux loup ne l'avait pas réellement habitué à tant de douceur envers un... Inférieur, puisqu'il devait encore le considérer ainsi, sa naissance n'étant pas de la valeur du sang Adorasti.

Danilo fut presque soulagé par la dernière tirade de Luciano. Il y reprenait les menaces voilées qu'il affectionnait tant, la mise en garde contre d'hypothétiques dangers et de discrètes insinuations sur les risques qu'amèneraient sur lui un comportement que ce dernier ne jugerait pas respectable. Cela ressemblait déjà plus à l'homme qu'il connaissait. Dans son fort intérieur, il ignora superbement la remarque, mais répondit civilement à la breve courbette que Luciano fit pour clore définitivement l'entrevue.


"Je vous souhaite une bonne journée, monsieur Di Lorio. Nous nous reverrons sous peu. Au plaisir de parler de nouveau avec vous."

Il ne bougea tout d'abord pas, laissant son regard errer vaguement dans la direction de la silhouette de Luciano, diminuant peu à peu de taille à mesure que le bruit de ses pas décroissait. Lorsque celui-ci disparut de son champ de vision, Danilo se secoua doucement. L'entrevue avait été instructive même s'il ne l'avait pas tout à fait menée comme il l'entendait. Il retrouvait avec plaisir les joies de la joute verbale.
Il passa un doigt distrait sur la séparation entre l'argent du pommeau et l'ébène de sa canne. Puis, décida de remuer. Il reprit sa malle légère, et du même bon pas qui l'avait amené là, s'en fut jusqu'à la porte du palais.


[L'embarcadère]
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Tiberio Adorasti
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MessageSujet: Re: Extérieur - Le Canal   Jeu 18 Jan - 2:37

Une silhouette toute habillée de gris et de beige marchait sur les bords du canal, en direction de la demeure des Adorasti. Dans chacune de ses mains, il portait une valise, et une autre était bloquée sous son aisselle. Toute sa richesse tenait dans ses valises. Quelques sous, quelques vétements, et rien de plus. Avec un pincement au coeur, Tiberio reconnut qu'il avait vécu de bien meilleurs jours.
Ces valises... c'était lourd, et c'était du travail de serviteur, de larbin, du travail pour petites gens. Il le savait. Mais il avait voulu se déplacer par ses propres moyens, pour savourer sa toute nouvelle victoire. Oui. Il était arrivé. Il était arrivé dans sa nouvelle cité. Celle où séjournait maintenant son cousin, qui serait le plus beau des passeports, le plus solide des boucliers et le plus fourni des trésors. Joie! Car tout celà annonçait la fin des misères et des privations, et le retour à la belle vie qu'il avait autrefois menée. Certes, maintenant elle se ferait en mauvaise compagnie, tant pis, c'était toujours mieux qu'être seul et dans le besoin.
Fini les menaces. Fini les dangers. Fini les fous et leurs poignards aiguisés. Il allait pouvoir maintenant se reposer. Dormir en fermant les deux yeux. Lacher le manche de sa dague pendant ses promenades. Promenades qu'il pourrait même faire désormais de nuit, ce qu'il n'avait pu s'autoriser depuis une éternité. Manger sans faire gouter ses plats. Quoique... Non. Il continuerait à faire gouter ses plats.

*Ressaisis toi Tiberio, ressaisis toi. Tu te laisses aller. Ils sont toujours là. Et de toute manière, tu troques des hyènes contre des vautours, et ce n'est pas un excellent marché. Continue à te méfier. Eux aussi sont mauvais. Eux aussi en ont après toi. Ils ont toujours été mauvais envers toi, t'en souviens tu?
Bien sur que tu t'en souviens. Alors ne sois pas idiot, et continue à prendre tes précautions, au moins le temps de juger tous ces dangers potentiels. Ils n'ont surement pas changé. Ils sont sans doute... comme avant. Sournois et mesquins, prêt à te frapper dans le coeur ou dans le dos à la moindre des occasions. Et toi tu voudrais baisser ta garde?
Cher ami, cela tient du domaine du rêve!*

Il se ressaisit. Le pauvre, il avait failli se laisser avoir. Bien sur que non il ne devait pas oublier où il allait. C'était moins dangereux qu'auparavant, mais ça l'était tout de même encore. Il n'aurait plus d'ennemis, mais toujours pas d'alliés.
Faire attention, voilà ce qu'il devait encore et toujours faire. Le repos viendrait plus tard. Bientot, peut être. Quand il aura réussi à berner ces idiots du même sang.
Il effaça le sourire béat qu'il avait sur son visage depuis le début de sa marche, et observa les alentours avec un oeil plus avisé. Hum... Une ou deux personnes, peut être des serviteurs. En apparence en tout cas. Il allait lui falloir prendre ses marques rapidement ici, pour comprendre qui fréquentait qui, et donc, par extension, qui était dangereux et qui ne l'était pas. Il se sentit soudain mal à l'aise sur ce canal trop fréquenté à son gout, et accélera le pas, s'approchant de la porte en trottinant.

Premier objectif : retrouver son auguste cousin. Il n'était pas le moins vil de tous, mais il était celui avec qui il faudrait parler.


[Le Hall]
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