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 La Fontaine

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Du Bout des Doigts
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Nombre de messages : 557
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MessageSujet: La Fontaine   Dim 20 Nov - 1:40

...
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Cachemire
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Dim 8 Oct - 23:16

Un pied de satin, avant le matin, glissa sur le pavé. Une ombre s’élança, inventait une danse, jouait avec la rosée. Derrière le sourire figé d’un masque de porcelaine, bouillonnait une âme hors d’haleine en quête de liberté.
Et elle s’amusait ici, bravait le ridicule, oubliait les lois de son monde. Car le jour n’était pas là, et elle n’etait qu’illusion ; se fondant dans le décor de pierre, discutant avec le silence, capturant les rayons de lune dans les plis de sa toilette.
D’un saut leste, plein de grâce, elle s’approcha de la fontaine pour faire signe au personnage mouvant que reflètait l’eau limpide ; c’etait elle : Cachemire, pantin hors du temps, saltimbanque, perpétuellement à la recherche de nouveaux comptes.
Son doigt s’égara au-dessus du miroir éphémère, retraçant les courbes de son visage, l’ovale de sa figure, les fentes de ses yeux, la courbe de ses lèvres…
Mais voilà, maladroitement, le gant ivoire frôla la paroi liquide, et tout bascula. Tout n’etait plus qu’onde, vague, tourbillon, les images auparavant si nettes devenaient insaisissables, la lumière devenait reflet, l’obscurité devenait brume, le ciel ressemblait à la mer…
Voici son monde.
Identique au votre, de loin. Conforme, normal, rassurant, il vous ressemblait, il vous parlait… jusqu’à ce que vous le touchiez, et que tout changa.
Mais déjà, à la surface du bassin, l’illusion reprenait ses droits : les plis disparaissaient, le tumulte se calmait, le décor parfait de Venise se remettait en place, et il ne restait rien, rien de cet univers indécis si présent tout à l’heure… rien que le masque.

Le personnage se pencha, à gauche… puis à droite … Il remit un ruban, arranga une plume, lissa son habit… Il s’ennuyait.
Tout à l’heure tout était parfait, il n’y avait pas de problème, elle s’amusait bien seule… Mais là, maintenant, elle avait décidé qu’elle s’ennuyait, et rien n'allait plus… Il fallait que quelqu’un arrive, elle avait pris rendez-vous avec le hasard, mais il etait en retard, ce grand maladroit, et s’il ne venait pas, elle devrait trouver quelqu’un à embêter à sa place.
Boudeuse, la silhouette se retourna et s’assit sur le bord du bassin, les coudes sur les genoux, le menton dans les mains.
Il viendrait sûrement le hasard, il avait encore le temps… mais sa victime, elle, celle qui tiendrait son rôle pour quelques petites heures, n’etait pas à l’heure, et c’etait agaçant. Qui serait le joueur cette fois ?
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Coriolan
Invité



MessageSujet: Re: La Fontaine   Dim 22 Oct - 17:31

[Le Jardin du Castello - l'allée principale]

Deux nouveaux acteurs entrèrent dans l'arène. Le Prince di Grazziano, et le médecin, Docteur Barozzi.

Difficile pour le Prince de savoir ce que pensait le médecin du masque. Pour lui-même, il savait qu'il préférerait éviter d'entrer en contact avec un personnage qui cachait son identité. Les gens bien souvent profitaient de leur anonymat pour faire ce qu'ils n'oseraient jamais faire en leur nom.

Sciemment, il choisit de passer du côté de la fontaine qui mettait le plus de distance entre lui et le masque pensif.
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Lun 23 Oct - 18:36

[Le Jardin du Castello - L'Allée Centrale]

A la réflexion de son compagnon, Muzio haussa les sourcils avec surprise et scruta un peu mieux la silhouette accroupie. Le visage était masqué, en effet.
Ugo détestait l'hypocrisie des masques. C'était dit.

Quant à lui, Muzio ne savait trop qu'en penser. Un peu plus tôt dans la soirée, il avait eu la même réaction que le Prince, non sans nuancer un tantinet plus son jugement. Il se souvenait notamment avoir apprécié l'esthétique des masques... Mais Ugo l'entraînait à grands pas de l'autre côté de la fontaine, et Muzio le suivit sans regret.
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Cachemire
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Lun 30 Oct - 15:03

Combien de temps avaient coûté à notre masque au teint d’ivoire l’attente d’un promeneur du soir et l’étude de l’obscurité ?
Nulle puissance ne l’eût pu dire, en dehors de Cachemire, si le décompte des secondes, sans fuite ni course à la ronde, n’avait point été pour son âme qu’une source d’ennui infâme.

Quoi qu’il en fût, les étoiles brillaient encore quand les nouveaux protagonistes, firent leur entrée en piste. Ils n’étaient que rumeur, d’abord, tout juste un murmure inaudible qui chassa en un instant toute vie de la nuit pour lui rendre son habit noir et glacial. Puis peu à peu, les bruits de pas, les frôlements du tissu se distinguèrent nettement du bourdonnement inintelligible des voix.
Il y aurait deux personnes… Deux hommes d’après leurs timbres graves, deux joueurs pour défier la silhouette androgyne aux parures féminines qui patientait, imperturbable.
Il fallut encore quelques grains dans le grand sablier du temps pour que le duo se dessine, au sortir d’une allée débouchant sur la droite de notre personnage.
Le premier équipier, primant par sa blondeur, contraste chatoyant au cœur d’ombres nocturnes, semblait, par sa toilette et son port plein d’honneur, être une grande figure de la Sérénissime. Il ne s’arrêta point pour saluer le masque, porté par la méfiance propre aux êtres sensés, et entraîna, par l’assurance de sa démarche, son compagnon plus humble au regard posé.

Le silence de Venise, rythmé par la cadence des pas sur le pavé, retomba lourdement autour de la fontaine ; il y eut un instant de flottement léger, bientôt rompu de force par une clameur soudaine.
L’entrée d’un corps humain dans un écran liquide, le bruit de mille gouttes qui volent sur la terre, des éclats de vaguelettes contre un rebord en pierre, le frottement de voiles que l’eau glacée imbibe.
D’un mouvement prompt et leste, le pantin de cachemire avait sauté d’un bond dans le large bassin, immergé jusqu’aux genoux, avec un léger rire, il rattrapa le prince et son ami médecin, sorti de la fontaine avec une révérence et leur tendit la main, comme on propose une danse.
La cloche de la ville sonna le couvre-feu, appuyant de son timbre ce mouvement gracieux et de la silhouette aux jambes dégoulinantes s’éleva une voix grave et hypnotisante.


« Il est l’heure pour les gens honnêtes de gagner leurs demeures chaleureuses ; les ivrognes, traîtres et meurtriers n’ont leur place que dans une cellule ombreuse. Je me permets de me questionner quant à la couche qui vous échoie le mieux : une chambre propre et bien chauffée ou un tapis sale et miteux ? »
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Coriolan
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Mer 1 Nov - 0:56

Coriolano fronça légèrement les sourcils. Le masque était réellement incorrect. D'abord piétiner dans l'eau, en manquant de l'éclabousser, puis ces phrases grammaticalement incompréhensibles... Si quelque chose échoie, cela est sans qualité. Voulait-il dire plutôt "convient ?".

Impossible de savoir. Aucun intérêt à le savoir, d'ailleurs. La sympathie naturelle qu'éprouvait le jeune prince pour les êtres humains disparaissait devant ceux qui refusaient de montrer leur humanité. Sans visage, les êtres lui paraissaient des machines. Il n'avait qu'une envie, arracher la porcelaine et forcer la machine à se révéler. Mais il savait, il ne le sentait pas, mais il le savait, rationnellement, qu'il y avait une vraie personne derrière. Pour cette personne derrière le masque, il se devait d'être correct.

Il eut un petit sourire, et un geste de la main.


"Vraiment, je ne pense pas que cela vous intéresse. Ni que cela vous concerne... Mais puisque nous en sommes à nous mêler de ce qui ne nous regarde pas, je me permettrais de vous conseiller de rentrer rapidement chez vous, vous êtes mouillé, et la nuit est froide.
Maintenant, si vous voulez bien nous excuser..."

Il porta brièvement la main à son chapeau, et contourna le masque, déterminé à reprendre son chemin.


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Muzio Barrozi
Médecin
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Ven 3 Nov - 16:31

Muzio avait réellement sursauté lorsque l'individu masqué avait sauté dans l'eau. Le médecin s'était retourné en un réflexe; la... personne n'était mouillée que jusqu'aux genoux. Et dire qu'il avait songé à une noyade. Il fallait qu'il arrête de voir des dangers partout.

Cependant, l'individu se présenta devant eux avec une certaine grâce au moment précis où le couvre-feu retentit. Ce couvre-feu auquel il avait bien fallu s'habituer depuis peu... Même si Muzio, en tant que médecin, pouvait en toute légalité s'y soustraire. Il s'était présenté le premier jour à la Garde, afin que l'on le laissât circuler à toute heure. Les urgences... Bref.

Lorsque la cloche se tut, le silence fut aussitôt rempli par la voix grave qui s'éleva derrière le masque. Il fallait l'avouer, Muzio ne comprenait pas très bien pourquoi cette personne les avait abordés si ce n'était pour leur rappeler bien inutilement le couvre-feu. Ah, et pour se ravir d'une petite impertinence, également... En rimes ?

En toute courtoisie, Ugo évacua le problème en indiquant au masque d'aller se coucher et, puisque l'heure ne semblait pas être encore à la gravité, Muzio ajouta, magnanime:


« Quelqu'un qui ne craint pas de se mouiller par ces températures fera très certainement une bonne nuit, que ce soit dans un lit propre ou sur une paillasse crasseuse. Si ce n'était pas le cas, je vous conseille vivement l'infusion de fleur de tilleul... »
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Cachemire
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Mer 8 Nov - 0:41

Cachemire écoutait, s’amusant discrètement à tracer de son pied encore détrempé, de grands arcs de cercle sur les dalles de pierre. Le liquide glacé, capturant la lumière, renvoyait à la lune son éclat argenté et créait sur le sol des motifs changeants.
Il releva la tête vers ses deux visiteurs quand l’homme aux cheveux d’or, avançant leur départ, s’élança d’un bon pas, répondant au joueur, sans que la fresque à terre n’ait droit à un regard.
Le masque le suivit de ses yeux sans lueur, s’adressant à son dos d’une voix amusée.


« Vous nous quittez déjà ?
Et pourtant, ce me semble,
Je n’ai pas de réponse !
Ne vous paraît-il pas,
Que tout homme doit savoir
Si la dame injustice remplit bien ses devoirs,
Et si elle donne à tous le même coup de semonce
Nous privant tous ensemble
De ses gracieux égards ? »

La question lui sembla condamnée à ne pas avoir de réplique, et sans même en attendre, l’étrange personnage décrivit une volte, pour se retrouver face au second inconnu auquel il dédia un grand éclat de rire.

« Vous êtes homme d’honneur ! Et moi que le sommeil fuit tout comme je fuis ses rêves, j’espère que tout à l’heure cette infusion de fruits nous offrira la trêve. »

Il marqua un silence, effaça la distance entre lui et le corps de son vis-à-vis, et dit.

« Et si votre ample savoir-faire vous permet de soigner les nerfs ; faites-en profiter votre ami, il me semble que le calme n’est point dans son esprit. »

La silhouette drapée s’écarta d’un saut prompt et scruta à nouveau le prince aux cheveux blonds.

« Tentons de régler ça… »

Semblant ne pas connaître l’immobilité, Cachemire bondit sur le mur du bassin et allongea le cou pour mieux tendre l’oreille ; en dehors de la marche de ses compagnons, le bruit de deux pas lourds et cadencés s’élevait de derrière un bosquet. Il porta une main sous son visage blanc et émit un long sifflement. Quelques instants après deux soldats de la garde apparurent de l’autre coté de la fontaine.

« Voici le chat ! » Annonça le masque avant de rejoindre à la course le prince et le médecin pour les entraîner par le bras, courant à bonne allure.

« Et maintenant galopons : Nous sommes les souris ! Et nous pouvons prier que la chance nous sourit ! »
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Coriolan
Invité



MessageSujet: Re: La Fontaine   Mer 8 Nov - 15:57

Mais le masque se heurta à un roc. Il saisit peut-être le bras de Coriolano, mais Coriolano ne bougea pas. Il se dégagea rapidement, maintenant réellement agacé. Toute son éducation de Prince, de futur homme à la tête de la famille di Grazziano, refusait catégoriquement de se laisser traiter de façon si cavalière, de voir quelqu'un décider pour lui.

"Seul ceux dont la conscience est trouble fuient la garde, Monsieur ou Madame le Masque. Et je ne suis pas du nombre de ces individus."

A ce moment là, les deux membres de la garde arrivèrent à leur hauteur. Ils avaient un peu accéléré le pas, en voyant l'agitation causée par le masque.
L'un d’eux, celui qui était le chef sans doute commença par un "hé ! qu'est-ce qui se passe ici !" avant que le second ne lui donne un léger coup de coude et ne désigne l'épée d'apparat qui pendait au côté de Coriolano. Comme toutes les armes de cette catégorie, elle portait très visible le blason des Grazziano, la salamandre d'or sur fond de sable.
On devait discuter beaucoup de l'arrivée des deux familles à Venise, car le garde eut l'air de la reconnaître immédiatement, et changea de ton, d'autoritaire, il devint conciliant.

"Pardon Monseigneur. Ce masque n' vous cause pas trop des ennuis ? C'est une plaie ces déguisements-là... Faudrait les interdire. Moi je vous dis, tous les malheurs de Venise, ça vient d'eux. Débauchés... Si M'seigneur voit le Doge un jour, M'seigneur peut lui en toucher deux mots. D'la part de la Garde, même que.
Enfin, je ne voudrais pas ennuyeux vot' Seigneurie, hein, mais là, mon collègue et moi, on fait le couvre-feu, alors faut rentrer chez soi. Si ça fait rien à vot' Seigneurie. C'est la règle ici. Rapport aux débordements parfois. Enfin, pas de l'eau, hein, des gens.
Mais M'seigneur était sans doute en train de rentrer, hein... C't-un peu dangereux pour quelqu'un comme M'seigneur. De s'promener à cette heure j'veux dire. Moi, à ma femme, je ne l'autorise pas à sortir à cette heure. Remarquez, z'êtes pas ma femme, hein... Mais quand même. L'est tout dans le bas vot' palais, non ? C'est sûr not' chemin.
On va raccompagner vot'Seigneurie chez elle, si ça va pour vot'Seigneurie aussi, bien sûr..."

Coriolano, qui avait tenté à plusieurs reprise de placer quelques mots dans le flot de parole du garde plein de bonne volonté, se trouva brusquement libre de parler, et ne put dire que "Ce sera avec un grand plaisir..."
Pour éviter que le garde de reparte dans un long discours, il se tourna immédiatement vers Muzio, que la garde avait complètement ignoré, avec un sourire.


"Cher ami, je crois me souvenir que la calle Bardini est toute proche. Vous voyez, je suis entre de bonnes mains, ne détournez pas plus votre chemin pour moi... Je vous verrai demain."

Là, le garde, qui avait fait un pas sur le côté par politesse mais qui avait clairement tendu l'oreille pour tout entendre, ajouta, à l'adresse de Muzio et pointant un doigt un peu menaçant vers le masque : "Et au lit tout le monde. Si on vous rattrape, c'est au trou !"
Coriolano adressa un petit signe de la main au médecin et s'éloigna avec la garde. La garde qui était loin d'être silencieuse et on les entendit, plus qu'on ne les vit, disparaître.


[La Ca' Grazziano]


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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Mer 8 Nov - 19:43

Le Masque avait une éducation certaine. La première impression de Muzio s'était vérifiée: l'individu s'exprimait en rimes, plus ou moins bonnes mais enfin, c'était recherché. Le médecin, occupé à analyser le langage et la gestuelle de notre intrus, se vit soudain entraîné au pas de course... pour échapper à la garde. Ahuri, il se laissa traîner sur quelques pieds avant de se dégager comme l'avait fait Ugo.

Pendant que l'un des gardes n'en finissait plus de palabrer, Muzio avait rejoint le Prince. Ainsi, lorsque celui-ci lui assura qu'il rentrerait en bonne compagnie, le médecin répondit au sourire princier et ajouta seulement un petit:


« Bonsoir... »

avant de s'apprêter à rejoindre la Calle Bardini. Il n'avait pas l'intention de passer la nuit "au trou"...

Se retournant, il se retrouva face au Masque qui devait être déçu d'avoir manqué sa poursuite. Il lui adressa un signe poli qui pouvait paraître un peu désuet, et le salua à son tour:


« Hé bien... Bonsoir. »

Puis Muzio, décidé à ne plus se laisser retarder, se dirigea d'un pas rapide vers la rue. Un élément lui revint toutefois en mémoire et il se retourna pour rappeler au Masque, un brin amusé:


« Pour votre trêve... Fleurs de tilleul, et non pas fruits ! »

Sur ce, il s'éloigna à grands pas.

[Calle Bardini]
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Luciano di Lorio
Ami de la Famille Adorasti - Ca'Adorasti
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Jeu 23 Aoû - 5:14

[Calle Trevisi]

Jamais auparavant Luciano n’avait permis que le jeu se prolonge ainsi. En partie parce qu’il était usé à obtenir ce qu’il désirait sans effort et parce qu’il lui déplaisait de s’attarder sur une affaire pouvant être conclue rapidement, mais aussi parce que certains n’avaient été que trop pressés de s’offrir à lui. Avec d’autres encore, les plus prudes ou les plus méfiants, des jours, voire des semaines s’étaient écoulées avant qu’il ne puisse goûter à ce qui lui avait été promis, puis obstinément refusé ou qu’il ne se voit tout bonnement obligé de forcer ses tributaires à lui rendre leur vertu. Peut-être que jamais auparavant il n’avait permis que le jeu se prolonge ainsi, parce que jamais auparavant on avait mis sa patience à l’épreuve par ce savant mélange d’invites et de rebuffades, d’opposition et de séduction.

Par le passé, on avait tenté de l’attirer par la bravade, les provocations ou la grossièreté pure et simple, ce qui avait souvent valu aux impudents une rossée exemplaire. Cette fois, cependant, l’orgueil du baron, loin d’être piqué par la résistance de son cadet, se grisait plutôt de ce défi nouveau, aucune de ses proies ne s’étant jamais élevée contre lui avec tant de finesse et de raffinement. Il pouvait se montrer d’une patience infinie lorsqu’il considérait qu’on méritait son temps et sa volonté. Il attendrait donc, comme il attendait toujours Andrea, et récolterait son dû, tôt ou tard, car il obtenait toujours ce qu’il désirait.

Ce fut muni de ces résolutions inébranlables, qui faisaient de lui le modèle de l’aristocrate supérieur et condescendant, qu’il fit son entrée aux jardins du Castello. Le spectacle déplorable de la populace grouillante, bruyante et proprement répugnante lui fit plisser le nez de dédain et il lui apparut urgent d’établir une distance honnête entre sa personne et l’objet de son dégoût. Trouvant refuge auprès d’une fontaine désertée par les ivrognes, il se détourna de la vision sordide d’un bourgeois lubrique dansant aux côtés d’une petite bonne éméchée, pour poser les yeux sur sa propre figure, reflétée par l’onde sombre.

« Je suis chaque fois étonné comme écœuré de constater combien la bêtise et la vulgarité atteignent des sommets chez la lie du peuple... »

Ses yeux glissèrent sur le visage de son compagnon, admirant la pureté des traits, la vivacité du regard, pour ensuite se reporter sur l’animation de la foule. Deux mégères les fixaient avec cette méchanceté propre à l’abrutissement, médisant sans doute au sujet de leur hypothétique liaison.

« Fort heureusement, il y a encore moyen de trouver une compagnie de qualité en ce monde. »

Il s'était penché à son oreille pour compléter sa pensée, ne pouvant s'empêcher de mordre la chair tendre d'un lobe un instant fugace, avant de se redresser, un éclat de contentement dans ses prunelles grises. Il ne suffisait parfois que de peu pour lui redonner le sourire.
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Raffaele di Grazziano
Frère du Prince - Ca'Grazziano
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Jeu 30 Aoû - 21:49

[Calle Trevisi]

Ainsi voici de quoi il s'agissait.
Une moue froissa le nez du jeune prince tandis que son regard se posait sur les fétards.
Comment un oeil éduqué pouvait-il supporter de voir filles de peu et hommes de peine se frotter panse contre panse dans un simulacre de danse ? Et la musique ! Si l'on pouvait encore appeler musique ces scies insoutenables prisées du peuple. Un regard vers le gentilhomme lui apprit que lui non plus n'appréciait pas l'étalage de vulgarité qu'ils avaient sous les yeux. C'était dommage d'ailleurs, le jardin était plutôt agréable et la fontaine, vers laquelle ils se dirigeaient, plaisante. N'eut été la fréquentation du lieu, il aurait sans doute aimé se trouver là.

N'eut été non plus une silhouette qui venait de refaire son apparition, tricorne ombrant le visage connu et attitude désinvolte cherchant inutilement à se fondre dans la foule. Sermanti encore. Il serra les dents. Allait-on le faire surveiller ainsi à chaque pas qu'il ferait hors du palais ? La colère montait peu à peu, qui faisait reculer le plaisir qu'il éprouvait à la compagnie du Baron, et cela, il était loin de vouloir l'accepter.

Mais di Lorio faisait part de son mécontement et cela le fit sourire
.

"La vulgarité n'est pas l'apanage du peuple, regardez ceux-ci sur la droite là bas. Les trouvez-vous plus admirables parce qu'ils portent beau ?"

D'un mouvement du menton, il indiquait un groupe de plusieurs hommes et femmes richement vétus, dont certains, sans doute pris de boisson, commençaient à jouer des poings.

"Je crains que la naissance n'ait malheureusement rien à voir dans..."

Mais l'homme s'était arraché à la contemplation de son propre reflet et ne lui laissant pas terminer sa phrase s'était penché vers lui pour le gratifier d'une légère morsure. Avec un rire de surprise, Raffaele recula et porta la main à son oreille
.

"Voyons Baron, vous voulez donc ameuter toutes les commères de Venise ? Cessez de sourire, ceci n'est pas drôle !"

Feignant d'être fâché, il croisa les bras et tourna le dos à son compagnon. Son regard revint sur le groupe vers lequel de nombreux regards commençaient à se tourner et il se figea. Cette femme, n'était-ce pas la petite baronne qu'il avait croisé plus tôt dans les couloirs du palais ? D'un mouvement un peu trop rapide, il fit à nouveau face au gentilhomme, qu'elle ne le voit pas. Qu'elle ne vienne pas à lui. Soudain il maudit son goût pour l'écarlate.
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Mila Scarlatti
Maître d'Armes - Ca'Grazziano
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Lun 3 Sep - 21:35

Une coupe en main, Mila observait les silhouettes qui s’agitaient autour d’elle. Certaines retenaient son regard, d’autres l’intriguaient, comme ces deux hommes qui semblaient se livrer à des jeux que la morale réprouvait. Un indicible sourire effleura ses lèvres alors que sa curiosité s’émoustillait. A peine quelques pas les séparaient, mais la musique et les cris couvraient totalement les échanges qu’ils se livraient. Aussi s’approcha t elle, lentement, discrètement. Par jeu, pour rien.

Ses sourcils se froncèrent en même temps que la coupe s’éloigna de ses lèvres. Le visage du plus jeune des deux hommes ne lui était pas inconnu. Son regard glissa sur lui, de la tête aux pieds. Oui…Elle se souvenait. Elle l’avait croisé…La roseraie…Elle s’était crue seule, mais avait du s’excuser de s’immiscer ainsi dans les songeries du jeune homme qui occupait déjà les lieux. Elle ne s’était pas présentée et était repartie aussitôt. Il appartenait certainement à la Ca’Grazziano, et dans ce cas, autant ne pas repousser davantage les présentations…

Elle posa la coupe sur l’une des nombreuses tables dressées où se mêlaient vins, et victuailles, puis s’avança encore jusqu’à atteindre les deux hommes.


« Pardonnez mon intrusion dans vos bavardages, mais…Je vous croise pour la seconde fois monsieur. La première, vous étiez songeur aussi m’étais je éclipsée sans me présenter. Mais vous me semblez suffisamment éveillé aujourd’hui… »

Son regard se détourna un instant pour se poser sur l’autre personnage puis revint, profond, intense sur son interlocuteur. De nouveau, les mots se prononcèrent lentement de sa voix légèrement éraillée et si troublante :

« Permettez que je répare cet oubli…Mila Scarlatti, enchantée de vous rencontrer… »

Elle inclina légèrement la tête sans toutefois quitter des yeux son interlocuteur qui put y deviner un certain amusement…


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Leandro di Ascani
Vicomte - Ca'Adorasti
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Mar 4 Sep - 1:06

[La Maison de la Courtisane - Ponton]

Après avoir été témoin des étranges rituels des esclaves antillais ou aux célébrations flamboyantes en l’honneur de l’an nouveau aux Indes, un bal populaire dans la cité des libertins n’était guère en mesure de choquer Leandro, habitué à côtoyer l’excès comme la turpitude. Il évoluait donc avec aisance à travers ce cortège de disciples de Bacchus et de filles légères, de membres de l’aristocratie comme du vulgum pecus.
Si, d’ordinaire, il se serait mêlé à la masse sans même y penser, il jugea que par égard pour sa compagne, il était préférable de se tenir à l’écart des festoyeurs par trop expansifs. Il trouva en une fontaine le lieu de retraite idéal pour leur permettre d’assister aux réjouissances sans en subir les désagréments.
Deux hommes se tenaient déjà près de leur havre de paix et le pirate crut reconnaître la figure du plus âgé d’entre eux, le reportant à l’époque damnée où, entraîné dans les salons de la haute aristocratie génoise, il était introduit à toutes les relations de son père. La raison exacte pour laquelle il avait encore souvenance du gentilhomme lui échappait pour le moment, elle lui reviendrait possiblement en mémoire s’ils engageaient la conversation.

Se tournant vers sa dame, il présenta les saturnales devant eux d’un geste ample de la main, un sourire goguenard sur ses lèvres pleines.

"De crainte que l’odeur fétide émanant de ces gueux ne vous déplaise, j’ai cru bon de vous conduire jusqu’en cet asile, loin de la folie du monde. J’ose espérer que vous ne me tiendrez pas rigueur de ces légitimes scrupules concernant votre bien-être, car rien ne m’importe plus que de vous satisfaire vos volontés."

Par désir de se lier avec ce noble, dont le visage ne lui était pas étranger, il s’adressa à eux alors qu’une jeune femme, visiblement animée des mêmes intentions, se rapprochait du groupe disparate qu’ils formaient.

"Et ces messieurs ont-ils été également indisposés par la soudaine proximité de cette plèbe surabondante, habituellement proscrite en leur illustre présence?"

L’ironie de ses propos, au vu de sa propre mise, se refléta dans son regard clair, qui jaugea tour à tour l’homme mûr, son jeune compagnon et la nouvelle venue.
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Graziella Rivieri
Courtisane
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Mer 5 Sep - 12:56

[La Maison de la Courtisane - Ponton]

Assurément le Bal populaire n'avait aucun point commun avec le divertissement donné par la Maison Adorasti la veille. Mais Graziella n'aurait su dire lequel des deux elle préférait. L'un comme l'autre assemblait du beau monde et dans l'un comme dans l'autre elle y trouvait ses avantages.

Marchant sans hâte sous les lampions accrochés ça et là, Graziella se laissa conduire jusqu'à la Fontaine, endroit stratégique qu'elle approuva d'un sourire, parfait pour voir et être vu mais sans risque d'être bousculé par des danseurs un peu trop joyeux.

La courtisane se tourna vers Leandro quand il expliqua son choix et elle hocha la tête en souriant. Ses formulations alambiquées l'amusaient mais cela lui plaisait beaucoup.


"Vous ne pouviez pas trouver meilleur endroit monsieur di Ascani. Vous êtes un vrai chevalier servant." répondit-elle, son regard se tournant vers les deux hommes déjà présents.

"Baron, c'est toujours un plaisir de vous voir." fit-elle en hochant la tête vers Luciano.

Déployant son éventail, elle camoufla son sourire tandis que son regard glissait attentivement sur la silhouette bien connue de Di Lorio avant de se détacher ostensiblement pour se poser vers la plus fine silhouette vêtue de rouge.

Celui-ci lui était inconnu mais la courtisane savait repérer d'avance les hommes qu'elle était à peu près sûre de revoir. Et la fierté et l'impertinence qu'elle décelait dans le regard si clair du jeune homme la ravissaient. Graziella se tourna de nouveau vers Di Lorio et referma son éventail.


"Me feriez-vous l'honneur de me présenter vos compagnons, baron ?" demanda-t-elle sans cacher son intérêt pour Raffaele mais incluant la jeune femme qui était aussi présente près de la fontaine et qu'elle avait saluée poliment d'un hochement de tête.
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Luciano di Lorio
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Lun 10 Sep - 3:45

À la réplique de son cadet, Luciano tourna la tête vers le petit attroupement qu’on lui désignait, plissant des yeux en reconnaissant les individus qui le formaient. Si la présence de Tiberio Adorasti dans une bagarre d’ivrognes ne l’étonnait nullement, il fut à la fois curieux et amusé en réalisant qui était sa victime… et fronça des sourcils lorsqu’il prit conscience de l’identité de son acolyte, à la silhouette élancée, aisément repérable même au milieu d’une foule. Une expression indéfinissable se peignit sur ses traits sévères, alors qu’il se penchait sur la conduite à adopter. Après quelques secondes de délibération intérieur, il opta pour l’indifférence, jugeant que l’affaire ne méritait pas qu’il néglige, ne serait-ce que momentanément, sa présente compagnie.

« Les moyens de l’homme de bonne naissance sont toujours décuplés. Il est ainsi capable du pire… comme du meilleur, » décréta-t-il en reportant son regard gris sur son protégé.

Ses lèvres, qui s’étaient pincées devant cette scène déplorable, retrouvèrent le sourire à la réaction du garçon, faussement indigné par l’attention qui lui avait été accordée. On pardonna son affront plus rapidement qu’il ne s’y serait attendu et il crut y déceler une invite inopinée, se rapprochant pour la saisir avant qu’elle ne s’évanouisse.


« Qu’avez-vous le plus à craindre, Monsieur Scaligeri? Les ragots, vos désirs ou les miens? »

Avant d’avoir pu obtenir une réponse, une femme se présenta à eux, ou plutôt à Raffaele, une distraction que semblait affectionner la gent féminine de la cité, de pair avec la dispense d’allusions à peine voilées. Son rictus comme son ton se teintèrent de dérision quand il laissa très plaisamment tomber, s’adressant uniquement à son favori :

« Les commères sont plus promptes à répondre à l’appel du libertinage que je ne l’aurais imaginé…»

Mais alors qu’il songeait se convertir à la misogynie pour l'éternité, la Rivieri fit son apparition, aux côtés d’un homme à la mise dépenaillée et à la figure familière. Le visage de l’aristocrate s’éclaira d’une joie pas tout à fait dépourvue de malveillance, le nom du haillonneux se présentant à son esprit. Une inclination courtoise et sa bouche effleurait, peut-être plus longtemps que les convenances ne le permettaient, cette main élégante dont il avait toujours loué la douceur. En raison de sa position, il lui incomba une fois de plus de s’acquitter des présentations :

« Monsieur Scaligeri… Madame Scarlatti, ajouta-t-il, non sans un certain délai, c’est avec le plus grand honneur que je vous présente Madame Graziella Rivieri, indéniablement l’une, si ce n’est la figure la plus appréciée de cette ville, ainsi que le Vicomte di Ascani… ou si vous préférez, l’ancien Vicomte Leandro di Ascani, certaines circonstances l’ayant dépouillé du titre qui lui avait été échu. »

Posséder des yeux et des oreilles à travers tout le pays comportait des avantages évidents, lorsqu’il s’agissait d’introduire quiconque et ainsi, déterminer la première impression qu’il ou elle graverait dans l’esprit d’autrui. C’était un luxe qui, bien sûr, n’était accordé qu’à celui qui savait se tenir au courant des péripéties de ses semblables, succès autant que tragédies, scandales comme intrigues, tout pouvait se révéler utile si on réussissait à s’en servir à bon escient.

« Monsieur di Ascani compte en effet parmi ces braves, partis à l’aventure dans des contrées dont on ne fait mention sur aucune carte du monde connu. »

Mesurant pleinement l’intéressé, qu’il considérait ni plus ni moins comme un renégat de la noblesse, il s’enquit :

« Devrons-nous égorger le veau gras en votre honneur, Vicomte? Quelle est donc la raison qui ait pu ramener le fils prodigue parmi nous? »
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Mila Scarlatti
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Lun 17 Sep - 12:13

Commère…Libertinage… A peine deux mots prononcés, et déjà deux camouflets. D’un regard éloquent Mila salua la performance, alors qu’un imperceptible sourire caressait ses lèvres.

« Et vous monsieur, que craignez vous ? Que par ma bouche les rumeurs se propagent ou que par mon regard l’objet de votre convoitise soit distrait ? »

Ses traits restèrent sereins et le ton sur lequel roulèrent ses mots, pondéré. A l’offense, elle avait appris à opposer calme, et sobriété.

Puis, elle ne pouvait en vouloir à ce séducteur qu’elle avait interrompu en pleine chasse. Elle venait de s’interférer dans ses plaisirs, et rares étaient ceux qui savaient maîtriser leurs nerfs en pareilles circonstances.


« Soyez rassuré, nos…goûts….diffèrent et les médisances ne me divertissent pas. »

Elle se tourna ensuite vers les deux nouveaux arrivants, s’attardant d’abord sur celui qui lui était présenté comme étant le vicomte di Ascani. Le verbe assez élégant et persifleur pour être noble se heurtant à l’habit assez défraîchi pour être aventurier, ou va nus pieds. Inattendu.
Puis, elle rendit son salut à Graziella Rivieri qui avait du apprendre à séduire dès le berceau. Mila se fit songeuse un bref instant. Certaines séduisent par légèreté, d’autres par nécessité…

Lorsque le nom « Scaligéri » fut annoncé, elle haussa un sourcil perplexe… Il devait y avoir erreur. Nul doute que celui ci était apparenté au Prince di Grazziano. Quelque chose dans les traits, le regard, la prestance. Elle ne savait pas trop…Mais quelque chose ! Sans oublier qu’elle l’avait croisé dans la roseraie des Grazziano.
Son regard croisa celui de ce Scaligéri et s’y arrêta, scrutateur, comme s’il cherchait à percer ses secrets…
Cependant, elle jugea plus sage de retenir sa curiosité et se tut. Si mensonge il y avait, elle ne trahirait pas. En devenant maître d’armes de cette famille elle avait en quelque sorte engagé son honneur. Le seul qu’elle ne bafouait jamais…Ou presque…

L’attention de Mila s’égarait dans ses pensées, quand un détail l’interpella. Un détail, qui pour elle balayait tous les autres. Aussi examina t elle d’un œil concerné les armes attachées à la ceinture de l’aventurier. Le pistolet y côtoyait l’épée avec audace. Sacrilège…
Un moue boudeuse contraria ses traits une fraction de seconde.


« Aucune langue ne saurait être plus loquace qu’une lame adroitement maîtrisée. »

Elle arracha enfin son regard à l’épée et le releva sur le Vicomte.

« Me permettrez vous, monsieur di Ascani, d’être un jour témoin de vos talents ? »

Aucune ambiguïté ne transpirait de ces quelques paroles, aucun jeu destiné à séduire. Seule sa passion pour l’escrime faisait parler Mila à cet instant.
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Raffaele di Grazziano
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Mar 25 Sep - 23:48

Il s'était laissé distraire, son esprit s'était évadé et cela lui arrivait de plus en plus souvent. Il savait exactement à quoi cela était dû, il s'en moquait. Tant pis pour les minutes envolées et les regards qu'il ne rendait pas, tant pis pour les sourires évanouis et les caresses oubliées. Son regard s'éclaircit, il reprenait place dans la réalité et ses paupières cillèrent à peine de constater qu'ils n'étaient plus seuls. Il avait saisi quelques mots qui resonnaient dans son esprit et auxquels il s'accrocha.
Cette femme brune le connaissait, il n'en avait aucun souvenir, il s'inclina à peine notant dans le regard bleu insistant la surprise que causait son nom d'emprunt. Il lui fut gré de son silence, même s'il commençait à craindre que sa fable ne soit dévoilée plus rapidement qu'il ne l'aurait souhaité. Se redressant, il lui sourit, elle était belle, sa voix chaude un peu cassée lui plaisait. Mais déjà les présentations s'achevaient, le baron connaissait tout Venise. Cela était commode, lui ne connaissait personne.

Etrangement, cependant, l'envie ne lui venait pas de se méler à la discussion. Les salutations l'ennuyaient toujours, que ce soit à Venise ou ailleurs, cela au moins était une constante qui ne faiblissait pas.
Il sourit pourtant, et sa voix eut ce timbre charmant qui s'accordait si bien à l'image qu'il donnait de prime abord
.

"Venise est bien généreuse pour le visiteur que je suis de m'offrir de si délicieuses rencontres pour mes premiers pas sur son sol."

Son regard doux glissa sur le visage de la jeune femme qu'on lui présentait, s'attardant un instant sur les lèvres carmines. Appréciation sans insistance. Entre la femme brune et la rousse, il aurait volontiers trouvé sa place mais ce fut tout autre chose qui hérissa les fins cheveux de sa nuque. Le timbre moqueur d'une voix grave, un visage arborant une cicatrice témoignant d'un caractère combatif ; l'intérêt du jeune prince semblait sur le point de s'éveiller. Un sourire se dessinait déjà sur ses lèvres quand une silhouette qu'il pensait disparue réapparut dans son champ de vision. Servanti encore, qui ondoyait entre les fétards, Servanti dont le regard ne le quittait pas sous l'ombre du tricorne.
Il eut un mouvement d'agacement, comme pour chasser un insecte imaginaire et sa machoire se crispa. N'était-il pas suffisant qu'il croise sans cesse le regard de personnes connues, sans qu'en plus il soit la cible d'une surveillance assidue ? Il fallait régler cela
.

Il s'inclina briévement devant ses vis à vis.

"Je vous prie de m'excuser, je vois là-bas quelqu'un qu'il me faut absolument saluer. Les devoirs, n'est-ce pas..."

Se tournant vers le Baron, il sourit.

"Ne quittez pas les lieux sans moi, Monsieur di Lorio, vous me peineriez".

[L'Allée Centrale]
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Leandro di Ascani
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Jeu 4 Oct - 4:34

Sitôt arrivé et déjà vilipendé!
Leandro ne fut que vaguement surpris de l’accueil qu’on lui réservât, l’hospitalité de la Ca’Adorasti l’ayant disposé à de pareilles amabilités. La soirée s’annonçait clémente si tous les noblaillons ayant daigné paraître au bal abattaient leurs foudres sur sa tête. Fort heureusement, le pirate avait affronté de plus terribles intempéries et ne sourcillait plus devant les traitements de faveur qu’on lui accordait si généreusement.


"Je vous remercie infiniment pour cette présentation pour le moins complète, Baron, c’est plus que je n’en aurais révélé moi-même et je vous suis gré de vous être octroyé le droit de le faire en mon nom."

Sa voix jusqu’à sa révérence avaient été empreintes de sarcasme, mais nulle trace de colère ne jetait d’ombre sur ses paroles. Tant s’en faut, c’était un amusement réel qui allumait ses yeux d’un feu vivace.


"La raison exacte pour laquelle je suis de retour à Venis est bien entendu votre si prévenante personne. Ce sont la délicatesse de votre caractère et votre courtoisie exquise qui avaient, par le passé, laissé une trace indélébile dans mon esprit. Je constate avec bonheur que votre âme bonne et charitable ne s’est en rien amenuisée avec les ans et je souhaite ardemment que vous assuriez sa pérennité jusqu’à un âge plus avancé encore."

La pointe avait été légère comme inoffensive, il ne l’avait pas décoché par volonté de blesser mais simplement pour démontrer qu’il lui était possible de parer comme riposter.
Alerte, l’aventurier suivit l’échange entre les différents protagonistes, presque tenté de ravir à di Lorio son rôle de meneur de jeu. Il ne se sentait toutefois pas d’humeur à combattre ainsi armé, le verbe en cette ville lui paraissait traître à manier et il préférait attendre de s’y exercer avec adresse avant de s’engager dans un duel avec un adversaire aussi rompu à ce sport.

Le regard insistant accompagné d’une tendre moue et d’un commentaire éloquent surent conquérir le navigateur, grand admirateur de ces femmes dont la beauté n’avait d’égal que le courage.


"Ce sera avec plaisir, Madame Scarlatti, j’apprécie l’audace de ceux qui dérogent aux lois établies et s’instruisent dans des arts injustement réservés à un genre qui n’en a souvent que faire."

Sitôt arrivé et déjà envolé!
À peine l’ébauche d’un sourire avait été échangé que le jeune Scaligeri disparaissait, un ange était passé et Leandro fit le vœu de le rattraper pour terminer une esquisse aussi prometteuse.


"Sans doute votre beauté l’aura-t-elle fait fuir, ma dame," offrit-il avec un sourire désarmant à sa compagne.
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Salvatore Chiavelli
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Lun 8 Oct - 16:08

[Jardin du Castello - La Roseraie]

La fontaine était entourée de plusieurs personnes qui parlaient plus ou moins fort, faisant de grands gestes pour raconter, ou des sourires discrets pour écouter. Chacun y allait de son avis sur telle et telle personne. Il va sans dire que les ragots allaient bon train. Enveloppé dans son ample veste de velours noir, la tête surmontée d'un tricorne assorti, Salvatore arborait un air mystérieux, comme si des soucis graves le gênaient. Il venait de faire son entrée en scène, même si son jeu n'avait pas encore réellement commencé. Peu de personnes le remarquèrent, d'ailleurs, mais il voulait que tout soit maîtrisé et que nul ne puisse douter de ce qu'il avait à dire.

Il s'arrêta tout contre la fontaine, à laquelle il s'adossa, proche de personne, mais en même temps de tous. L'air soucieux qu'il avait adopté ne le quittait pas... Il remis en place son gilet gris de perse et entreprit de faire un tour de la fontaine d'une démarche cadencée, jetant des regards à son propre reflet dans l'eau. Il attira ainsi plus de regards sur lui, sur l'attitude étrange qu'il avait... Ses yeux bleus passaient de temps à autre furtivement sur les convives qui l'observaient curieusement. Soudain, comme si le moment propice était arrivé, il s'arrêta net, le visage marqué de stupeur. Son teint, étrangement, parut plus pâle, tout d'un coup, comme si le sang avait quitté ses traits... Il se tourna vivement dos à la fontaine, regardant la foule qu'il allait apostropher avec ses grand yeux bleus qui semblaient emplis de peur.


« Horreur que je viens de voir! Écoutez cela mes bonnes gens ce qu'a à vous dire le Comte de Camastra, qui lit dans les astres! »

Il avait presque crié, ce qui n'aurait pas manqué de faire sursauter les quelques personnes qui ne faisaient pas encore attention à lui. Sans plus attendre, certain d'avoir captivé les regards de son auditoire, il poursuivit un peu plus bas, d'une voix grave et inquiétante qui sonnait comme le glas terrible d'une annonce morbide...

« Malédiction, cette fête est maudite, la mort règne en ce lieu! Je l'ai vu dans le ciel, je l'ai vu dans l'eau, le voile glacial de la grande éternelle recouvre cette soirée! Ne la sentez-vous pas vous frôler, flotter parmi vous? Ouvrez les yeux, bonnes gens de Venise! »

Il tourna la tête à gauche, puis à droite, avant de faire un grand pas vers les personnes qui le regardaient, écartant théâtralement les bras.

« Rendez-vous compte de cette nuit des assassins, elle a déjà commencé, je le sens, je le perçois... le meurtre est de sortie, ce soir, observez-vous et voyez en vous victime ou coupable... »

Il ferma les yeux, semblant se perdre dans une sorte de transe délirante. La transpiration avait repris à perler sur son front, sur ses tempes. Ses doigts tremblaient volontairement pour faire passer la peur, la surprise, la concentration extrême qu'il mimait à présent. Il répéta plus doucement, comme dans un souffle...

« Ça a déjà commencé... Tout proche... »

Son visage eut soudain comme une illumination, un sursaut de vie soudain, et ses yeux s'allumèrent à nouveau, s'ouvrant grand en un regard qui ne visait rien, qui se perdait dans le néant. L'intensité de ses yeux bleus n'en faisaient que rajouter à l'ambiance qu'il avait créée de toute pièce.

« La roseraie! C'est là que tout a commencé! Une voix me l'a soufflée, la mort y règne! »

Il attendit alors, l'air choqué, toujours appuyé sur la fontaine...
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Graziella Rivieri
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Lun 8 Oct - 21:37

Le menton haut et le regard rieur, Graziella observait les lèvres du baron effleurer le dos de sa main. Celles-ci s'éternisaient plus que nécessaire et cela lui plaisait, elle ne fit rien pour la retirer avant qu'il ne se soit pleinement rassasié de son contact. La courtisane avait rencontré le baron di Lorio pratiquement dès son arrivée à Venise et leurs entrevues furent assez fréquentes et chaque fois... divertissantes. Elle se demandait d'ailleurs quand elle aurait le plaisir de le revoir chez elle.

La jeune femme inclina de nouveau la tête aux personnes qu'on lui présentait, riant intérieurement des mots sarcastiques à peine voilés de courtoisie qu'échangeaient Luciano et Leandro. Il était rare que la courtisane prenne position dans une telle situation, les gens étaient bien capables de se défendre eux-mêmes et cela lui permettait de ne déplaire à aucun des deux partis. Et puis son attention était plus tournée vers la silhouette rouge toujours perdue dans ses pensées et qui s'appelait donc Scaligeri. C'était un nom à retenir, les belles figures étaient toujours intéressantes pour peu que leur intelligence n'ait d'égale que leur apparence.

Cependant, le regard perplexe de la jeune dame lors des présentations n'échappa pas à son regard observateur. Connaissait-elle ce jeune homme et qu'avait dit le baron pour la faire réagir ainsi, même discrètement ? Graziella préféra ne pas tirer de conclusion pour l'instant. Déjà le protégé de di Lorio s'en allait et Graziella le salua d'un sourire, le suivant brièvement du regard. Quel dommage... Léandro sembla lire sa déception dans son regard et lui glissa une phrase de réconfort.


"Elle fait fuir beaucoup de monde, mais en attire encore plus, alors peu importe..." répondit-elle d'un ton léger en souriant. Da phrase n'avait rien de vaniteux car le ton était amusé et après tout, il ne s'agissait là que de la vérité.

Un homme se mit alors à interpeller à voix haute la foule de manière dramatique. La courtisane se tourna dans sa direction et le regarda, comme beaucoup de personnes se trouvant non loin de la fontaine. Intéressée, elle écouta l'annonce qu'il fit sans manquer de constater la façon théâtrale qu'il adoptait pour s'exprimer. Cela fonctionnait bien car toutes les attentions étaient tournées vers lui, frissonnant de l'aura de menace qu'il laissait planer dans ses dires.

Ce qu'il prétendait était assez.. excitant (cela était-il le mot qui convenait quand on annonçait que la mort rôdait ?) et donnait un peu de piquant à cette soirée qui jusqu'à présent ne lui avait donné que quelques présentations. Sans quitter son regard de Salvatore, Graziella fit une moue faussement contrariée et s'adressa aux deux hommes qui se trouvaient près d'elle.


"Me protégerez-vous si nous venions à croiser ces assassins ?"

Ramener l'attention à soi quand elle était prise ailleurs, sans insistance cependant au risque d'obtenir le contraire de ce qui était désiré. Le spectacle était attrayant, le contenu du discours inquiétant, l'attitude du harangueur grandiloquente. Fallait-il prendre pour argent comptant ses visions ? L'alcool coulait à flot à ce bal et un tel comportement n'avait rien de spécialement anormal même pour une personne n'ayant aucun talent de visionnaire.

De toute manière, cela se saurait très vite car déjà plusieurs personnes courageuses se dirigeaient vers la roseraie pour vérifier ou être témoin de cette annonce.
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Luciano di Lorio
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Lun 15 Oct - 5:22

(Ne m’en veuillez pas, vous savez que je fais exprès.)


La commère montrait ses griffes, Luciano en fut amusé. L’importune se défendait avec plus de finesse que la galante du Florian et ce fut pourquoi il préféra l’épargner, malgré l’impudence de ses suppositions.

« Ne vous flattez pas tant, Madame, la fatuité sied si mal à votre sexe lorsqu’elle ne s’appuie que sur d’obscures présomptions. Je n’ai que faire des ragots et n’ai pas pour habitude de craindre mes proies. »

Bien les paroles avaient été empreintes de la tendresse naturelle du baron, le ton employé avait été étonnamment suave, le qualificatif, presque une invite, s’il n’eut été de son protégé à ses côtés. Le regard que ceux-ci se renvoyèrent n’échappa à son attention, mais la jeune femme garda le silence, ne révélant rien qui put confirmer les soupçons de l’aristocrate. On ne lui permit cependant pas de se pencher plus longuement sur la cause de l’étonnement de son interlocutrice, puisque di Ascani revenait à la charge, à son tour. À l’acide, on opposa une ironie dénuée de toute hargne, possiblement par lâcheté ou, plus probablement, par désir de profiter des réjouissances sans s’engager dans une joute à l’issue incertaine. La réplique avait été agréablement tournée et, une fois n’est pas coutume, il se rangea de l’avis du pirate. La compagnie réunie autour de la fontaine s’avérait moins déplaisante qu’il ne l’avait d’abord appréhendé, en comparaison avec la populace grouillante à tout le moins, et lui-même se laissait gagner par une certaine aise. Alors qu’un rustaud tel que Tiberio Adorasti se devait d’être remis à sa place, l’aventurier ne méritait pas qu’on déploie autant d’efforts à le dépouiller de son insolence, somme toute divertissante.


« Je suis flatté que ma seule présence ait pu vous ramener à bon port, Monsieur di Ascani, et soyez assuré que je n’avais, moi non plus, rien oublié de votre déférence et de l’élégance sans pareille de vos manières. Mais dites-moi, qui est l’hôte charitable vous ayant accueilli sous son toit, si vous ne vous êtes point résolu à dormir sur quelque parvis, à la façon des grands vagabonds? »

Ce fut alors que Raffaele se déroba à lui, déjà. Il ne songea pas à le retenir, ni lui exiger de comptes, sachant qu’ils se retrouveraient invariablement avant que le bal ne prenne fin. Les paroles qui lui furent lancées vinrent conforter cette pensée que, quoi qu’il arrive et aussi lentement qu’il le serait nécessaire, peu importe où les mènerait le vol, ils se rejoindraient inévitablement.

« Loin de moi l’idée de vous peiner, Monsieur Scaligeri. Bien au contraire… » eut-il le temps de murmurer à cette silhouette écarlate, déjà tournée vers l’ailleurs.

Il s’apprêtait à reprendre la discussion là où elle s’était interrompue lorsqu’un énergumène commença à les haranguer avec grandiloquence. Le noble, bien qu’il ne le déclarât pas ouvertement, ne portait pas réellement foi en le Seigneur Tout-Puissant et considérait avec beaucoup de scepticisme toutes les prétendues sciences et superstitions de ses contemporains. S’il n’excluait pas l’existence d’un être qui lui fut supérieur, il préférait attendre de rencontrer son Créateur en personne avant de se préoccuper d’obéir à Ses lois. Pourtant, tout pragmatique qu’il fût, il ne put s’empêcher d’éprouver une pointe d’appréhension à l’évocation de la Mort qui régnerait en ces lieux, non pas parce qu’il craignait pour sa propre vie, mais bien pour son protégé. Sans qu’il ne l’ait formulé consciemment, il s’était senti investi de la sécurité et du bien-être du garçon et de tels augures, aussi ridicules puissent-ils être, ne pouvaient que soulever son inquiétude.


« Nous vous protégerons, Madame, soyez-en assurée, s’il apparaît que le présumé Comte de Camastra dit vrai… Et pourquoi ne pas nous rendre nous-mêmes à la roseraie qu’il nous désigne avec tant d’éloquence, afin de prouver ce sombre présage? »

Déjà, il avait tourné les talons, invitant tacitement ses interlocuteurs à le suivre. Prophétie de pacotille ou pas, il lui fallait s'assurer que son favori n'avait souffert d'aucun heurt.

[La Roseraie]


(Ceux qui suivent Luciano n'ont pas à respecter le tour de post.)
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Mila Scarlatti
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Lun 15 Oct - 22:10

« Connaissez vous donc si mal les femmes, monsieur Di Lorio ? Arrogance et flatteries sont les deux seules valeurs qu’elles chérissent au delà de tout…Aussi, ne m’en veuillez pas de succomber aux faiblesses qui sont nôtres. »

Un sourire amusé frissonna sur les lèvres de Mila dont la voix se fit plus basse et plus chaude, toujours lente. Evidemment, elle ne pensait pas un traître mot de ce qu’elle venait d’affirmer au baron. Elle dédaignait les arrogants, et n’opposait qu’indifférence aux flatteries. Quant aux faibles…Est il vraiment nécessaire de préciser qu’elle les abhorrait ? Par contre, jouer avec Di Lorio la distrayait. Il incarnait tout ce dont elle se méfiait, mais étrangement, son puissant charisme et sa langue subtilement aiguisée la conquirent. Tout cela, Di Lorio pouvait le percevoir dans le regard aussi intense que profond que Mila lui destina.

Elle offrit ensuite un hochement de tête à Scaligeri :

« Me voilà ravie de constater que quelques âmes ont été éduquées parmi celles que le hasard a placé sur mon chemin. »

Petit regard en biais, acéré, mais aussi rieur et complice, à l’attention du Baron. Petite provocation. Pourquoi s’en priver puisque qu’il avait le répondant nécessaire pour s’insurger contre les « attaques » du maître d’armes.

« Les lois sont faites pour être taquinées monsieur Di Ascani, et je n’apprécie pas que l’on me glisse une quelconque étiquette autour du cou. Fusse t elle tenue par vos mains… »

Provocation d’un autre genre, vouées à éloigner le galant en plein exercice de son art : la séduction.

Alors que Mila disséquait chaque mot prononcé, chaque regard échangé, de nouveau Scaligeri la plongea dans le plus absolu désarroi. Elle ne fit rien pour retenir le fuyard bien qu’elle fût tentée de se coller à ses basques. Départ trop précipité qui souleva bien des interrogations. Avait elle vu juste ? Avait il réellement triché sur son identité et comprenant qu’il était sur le point d’être découvert avait fui ? Ou, répondait il vraiment à l’appel du devoir ?

Mila mordilla sa lèvre, le regard encore accroché à la silhouette écarlate qui s’éloignait quand les vociférations théâtrales de l’énergumène rôdant près de la fontaine l’extirpèrent de ses pensées. Ses traits se durcirent. Le bleu perçant de son iris devint sombre, ténébreux. La mise en scène était trop affectée pour être honnête. Mila soupira, déjà lassée par tant de comédie. Superstition ! Elle qui ne croyait en rien, écouta froidement les annonces pompeuses, contenant son exaspération. Elle aurait volontiers infligé une leçon à ce gêneur incrusté dans leurs papotages comme un cheveu malencontreusement tombé dans la soupe.
La réaction de Grazziela Rivieri, qui jouait les petites choses effarouchée acheva de la consterner.

Elle acquiesça cependant à l’invitation du baron se laissant guider jusqu’à la roseraie.


[La roseraie]
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Salvatore Chiavelli
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Lun 22 Oct - 14:20

Les réactions des personnes présentes formaient un panel de diversité impressionnant. On eut dit que chacun réagissait d'une manière différentes, bien qu'on pouvait en déduire certains groupements: certains croyaient dur comme fer aux dires de Salvatore, et se tournaient déjà vers la Roseraie pour aller contempler la prophétie macabre dont il avait été question. D'autres, totalement incrédules, paraissaient se moquer du conseiller-astrologue en prenant un air hautain et détâché sur la situation, n'hésitant à aucun moment à sourire joyeusement pour bien le montrer. Ceux-là se refusaient presque de donner ne fut-ce qu'un regard dans la direction du Comte, ou même de la roseraie, tant leur bêtise et leur ego étaient grands. Les derniers, perplexes, ne savaient pas quel camp choisir. Il taraudaient de questions leur entourage direct, écoutaient par-ci par-là les rumeurs qui naissaient, hochaient la tête à celles-ci ou haussant les épaules dans un stigmate d'incompréhension. Ceux-là aussi se tournèrent vers la roseraie, qui était tout le centre de l'énigme, et qui leur fournirait une clé à leurs interrogations...

Le plan de Salvatore Chiavelli fonctionnait jusqu'ici à merveille, et un bon petit groupe se dirigeait vers le lieu annoncé, tels des petits moutons bien disciplinés dont il se faisait le berger, et sa prophétie tenait le rôle de chien, qui effrayait les pauvres bêtes qui suivaient les premières, ces dernières prenant la tête uniquement si elles se savaient suivies...

Le Comte de Camastra avança à leur suite, un léger sourire mesquin et sournois sur le visage, qui ne dura qu'un temps. Il ne tarda pas à les rejoindre, mais ne s'approcha d'aucun, restant dans l'ombre, lui qui avait été mis à la lumière quelques instants auparavant. Et il le faisait consciemment... Il ne lui servirait à rien, hormis à faire tomber la pression, de faire de trop longs et de trop éloquents discours quant à sa prédiction, ce qui aurait permis au doute de s'insinuer dans le coeur de ses victimes s'il avait donné trop de détails. Le mystère était son instrument, et qui dit mystère dit silence pesant...

Bientôt, le petit groupe arriva à la roseraie...


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Graziella Rivieri
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Jeu 25 Oct - 13:16

La courtisane écouta discrètement l'échange entre di Lorio et la jeune dame également présente dans leur petit groupe. Celle-ci avait du répondant et tenait tête au baron, ce qui la fit sourire. Luciano était orgueilleux et elle se doutait bien que les répliques d'une femme n'étaient probablement pas de son goût.

Mais Mila répondait avec finesse et cela lui plaisait, bien qu'elle doutât qu'elle ait du succès pour séduire les hommes de la trempe de Luciano. Il n'y avait rien de plus désolant pour la courtisane que de voir une femme totalement soumise à un homme, qu'il soit son mari ou un simple interlocuteur. Exception faite lorsqu'il s'agissait pour elle-même d'un jeu avec un protecteur...

Graziella d'ailleurs, ne connaissait guère d'autre comportement à di Lorio que ces deux-là ; le plaisir d'une joute verbale avec ses adversaires et celui de la séduction avec les autres... qu'ils soient homme ou femme. La courtisane n'avait pas manqué de remarquer les regards et brèves paroles échangés entre lui et Scaligeri. Dans tous les cas le baron faisait tout pour garder le beau rôle et le contrôle de la situation.

C'est donc avec un sourire satisfait qu'elle inclina la tête en guise de remerciement lorsqu'il lui assura sa protection en cette soirée mouvementée par la prédiction étrange du Comte de Camastra.


"J'en suis rassurée... que peut donc une simple femme face à une aussi terrible révélation si aucune homme n'est auprès d'elle pour la préserver..." soupira-t-elle en tournant le regard vers Leandro mais sentant distinctement le regard consterné de Mila sur elle. Là où d'autres femmes méprisaient son comportement, celle-ci semblait simplement déconcertée par son attitude légère pourtant parfaitement calculée.

"Chacun son domaine..." souffla-t-elle presque pour elle-même.

"Monsieur di Ascani, m'accompagnerez-vous jusqu'à la roseraie ? Tout cela attise ma curiosité mais j'avoue ne pas avoir le courage de m'y rendre sans vous..." dit-elle à l'intention de son accompagnateur avant de prendre le chemin de la roseraie.

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