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 La Petite Allée aux Lions de Pierre

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Flavio V
Invité



MessageSujet: Re: La Petite Allée aux Lions de Pierre   Lun 23 Avr - 19:17

Quand il donna à la comtesse le premier dessin, le bref contact ne le fit pas sourciller. Les années à aider la fille de son mentor dans ses apprentissages de funambule et d'acrobate, à parer à tout accident et, parfois, à la rattraper au vol, lui avaient ôté toute timidité quant à effleurer la douceur de la peau du genre féminin. Et puis, il faut bien le dire, la naïveté de Flavio dans le domaine du badinage décourageait souvent. Il n'imagina pas une seconde susciter un quelconque intérêt autre qu'une curiosité passagère chez l'aristocrate. Quand à être l'objet même fugace d'un désir charnel, cela n'appartenait pas à son champs des possibles.

Ce qui le toucha, ce fût la spontanéité de la joie de la jeune fille quand il lui tendit le second croquis. Si les flatteries l'indifféraient, l'expression de surprise et d'allégresse le contenta sur la qualité de son oeuvre. Bien sur, il se doutait que ce qui satisfaisait ainsi la baronne n'était pas le fantastique étrange du dessin mais la représentation de son image, avantageuse. Elle rendait hommage à sa fraîcheur pas encore ternie pas les mondanités obscures, les joutes verbales assassines, les perversités originales et autres jeux déviants et retords auxquels les nobles se livraient à toutes heures dans la vison très dantesque du magicien.
Flavio sourit et inclina la tête en écoutant les louanges de mademoiselle Visconti. Décidément, il lui était bien difficile de lire en elle l'importance son rang. Peux être que, si elle le recroisait et venait lui parler, il pourrait discuter de sujets plus personnels qui arrangeraient ses petites affaires. La présence du chaperon ne le dérangeait nullement, au contraire.

L'expression trop polie de la comtesse, elle, attisa la méfiance du jeune homme. Il s'était encore laissé emporté... Avec la sanguine entre les doigts, son esprit trop rêveur n'avait pu s'empêcher de dresser un portrait biaisé par son amour pour les contes extravagants, exacerbé par la sensation d'inadéquation de la jeune fille à son statut social.
La timidité céda face à un mal aise plus sourd, plus rampant. Il tritura le bas de son justaucorps de ses mains fines. "Intéressant". "Raffinement." Les paroles de madame Accorti dénuées de toute sensibilité achevèrent de convaincre le saltimbanque. Il devait de s'éclipser. Vite. Heureusement, alors qu'il commençait à réfléchir à la meilleur formulation pour son départ, ses interlocutrices le saluèrent.

De nouveau, il s'inclina profondément, ce qui avec sa grande taille, lui donnait toujours un air guidé et malhabile.

- "Gentes dames, ce fut un honneur d'avoir pu croquer deux modèles aussi ravissants. Au plaisir de vous revoir. "
Flavio rangea son carnet dans sa besace et contempla les jardins d'un air songeur. Puis, il se dirigea d'un pas tranquille vers la sortie ouest, en direction du Rialto. Il préférait assurer ses maigres ressources en travaillant au marché qu'en pariant sur la fête de ce soir. Là bas, au moins, il avait ses marques et l'assurance d'être nourri.

Marché du Rialto


Dernière édition par le Sam 26 Mai - 18:46, édité 1 fois
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Donatella Visconti
Baronne - Ca'Grazziano
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MessageSujet: Re: La Petite Allée aux Lions de Pierre   Lun 7 Mai - 21:58

Lorsqu'Ariela reprit la parole, Donatella leva le nez de son dessin, les yeux encore un peu dans le vague et un sourire béat sur le visage. Elle mit quelques instants à reprendre pleinement possession de ses esprits et son regard se posa de nouveau sur la comtesse.

"Dans ce Jardin alors ? Vous êtes sûre ? C'est une bonne idée en fait, oui, le cadre est tout à fait approprié à ce genre de soirée.. la verdure, c'est tellement agréable et puis on peut se cacher derrière les haies hihi !" dit-elle plus comme une enfant qui prévoit d'aller s'y cacher pour s'amuser que d'une jeune femme espérant se faire courtiser.

"J'espère qu'il ne va pas pleuvoir!" dit-elle soudain en levant le nez vers le ciel.

Jetant de nouveau un regard à son dessin, la jeune baronne écouta ce que la comtesse déclara tout près de son oreille.


"C'est vrai que vous avez du talent." enchérit-elle.

Au compliment d'Ariela, Donatella se mit à sourire en baissant le menton, mi-gênée, mi-flattée du "charmant minois" qu'elle lui trouvait.


"Vous croyez que monsieur Catanei pourrait faire ça ? demanda-t-elle l'air un peu étonnée. Non, il n'aurait pas le temps juste pour moi, il a l'air très pris." affirma-t-elle.

Alors qu'elle regardait de nouveau le jeune homme, Donatella s'aperçut qu'il semblait moins à l'aise. Elle crut bien sûr que c'était de sa faute, qu'elle avait dû avoir une parole malheureuse ou alors, qu'elle ne l'avait pas remercié assez.


"Mais je préfère nettement un beau dessin de moi à une sonate, monsieur. tenta-t-elle pour le rassurer alors qu'il s'en allait. Au revoir... Merci encore !"

Un peu dépitée d'un départ si précipité (peut-être aurait-il eu envie de la dessiner encore, sait-on jamais...), Donatella se tourna vers Ariela qui reprenait la parole.

"Une boisson chaude ? Merci c'est tentant.. Mais heu, je ne sais pas, cela fait longtemps que nous sommes dehors, peut-être devons-nous rentrer ? Je ne sais pas.." bredouilla-t-elle en cherchant à croiser le regard de sa gouvernante.

[Caffé Florian]
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Gabriella Delmonti
Servante - Ca'Adorasti
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MessageSujet: Re: La Petite Allée aux Lions de Pierre   Jeu 6 Sep - 16:28

[Chambre du Prince Elio]

Gabriella n'avait pas traîné et avait filé dans sa chambre aussitôt après être sortie des appartements du prince. Elle s'était agenouillée au pied de son lit et avait tiré à elle une grosse malle dans laquelle étaient rassemblées ses affaires les plus précieuses.

L'ouvrant fébrilement, elle sortit avec délicatesse une magnifique poupée de porcelaine à peine ébréchée. D'un geste doux, elle défroissa le petit jupon puis la posa sur son lit pour récupérer ce qui était en dessous. La jeune servante se redressa tenant sans ses mains un long pan de tissu couleur saumon, chatoyant, brodé sur les bords et agrémenté de dentelles.


"Ma robe de bal... pourvu qu'elle m'aille encore..." dit-elle avec une moue souriante.

Ayant pris l'habitude d'habiller les dames, Gabriella n'eut pas trop de mal à s'habiller seule. Bien entendu, cette robe saumon n'avait pas l'envergure des robes de cour que portait la princesse Bianca, mais elle seyait parfaitement aux jeunes filles de la haute bourgeoisie. Gabriella savait la valeur de ces deux objets, ainsi que du petit miroir d'argent, de la brosse à cheveux en argent gravée de son prénom et des autres objets que contenaient sa malle et qui lui appartenaient. Mais même alors qu'elle s'était retrouvée à errer dans les rues de Venise, elle n'avait pas pu vendre aucun de ces objets qui lui rappelaient les bons souvenirs de son passé.


*Diantre, j'ai plus de poitrine qu'avant...* se dit-elle en serrant les lacets de sa robe.

Brossant ses cheveux blonds, elle les releva savamment et les fit tenir dans la coiffe ornée d'une plume saumon à l'aide d'une pique à chapeau. Gabriella qui avait réprouvé les attitudes excitées des petites bonnes tout au long de la journée, se sentait à son tour fébrile comme à son premier bal.

Prenant dans sa main un loup de velours décoré au bout d'une tige rigide, la jeune servante inspira un bon coup et s'en alla discrètement. Elle ne tenait pas spécialement à se faire voir des autres domestiques dans cette tenue qui pourtant la rendait fière et lui allait tellement bien qu'il aurait été probable que personne ne la reconnaisse vraiment.

Arrivée au Castello, Gabriella s'était émerveillée devant le scintillement des lampions éclairant le jardin. La musique entraînante donnait à l'endroit un charme et une ambiance qui la mit en joie. Elle remarqua que certains avait déjà un peu forcé sur la boisson mais c'était leur problème. Elle voulait profiter de cette soirée. Elle croisa même un valet Adorasti, un verre à la main, qui la salua respectueusement sans l'avoir reconnue. Gabriella pouffa de rire et prit le chemin de la Petite Allée aux Lions de Pierre, un peu moins peuplée que l'allée centrale.
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Coriolan
Invité



MessageSujet: Re: La Petite Allée aux Lions de Pierre   Jeu 6 Sep - 22:36

[Hall - Ca Grazziano]

Coriolano sentit un frisson courir le long de sa colonne vertébrale. Une goutte de sueur condensée et glacée par la température extérieure venait de tracer un chemin brûlant sur la peau de son dos. Ses lèvres s'étirèrent lentement en un sourire animé alors qu'une seconde prenait le même chemin. Il la sentait. Il sentait.

Il sentait aussi l'odeur de la paille humide, le glissement des pavés sous ses bottes. Il sentait l'air froid sur son visage, et le bruit de la fête à ses oreilles.
Il vivait.
Mieux, la vie était en lui. Elle s'insinuait petites touches par petites touches, gouttes à gouttes dans ce corps qu'il avait sevré depuis si longtemps.

Comme une plante que l'on sort de son pot pour la mettre en terre, dont les racines s'étirent langoureusement à la recherche d'une nourriture plus riche, dont les feuilles se dressent plus droite, friandes de la caresse du soleil, Coriolano avait l'impression que son sang, figé depuis des années dans sa respectabilité, se remettait à voyager dans ses veines. Que sa peau s'éveillait lentement et prenait conscience des sensations infinies qui l'assaillaient.

Les émotions bouillonnaient en lui et montaient jusqu'à sa gorge, éclataient à la surface de son cœur comme des bulles de savon, et il n'était pas obligé de les verrouiller, de les enfermer sous un couvercle toujours plus lourd pour ne pas céder à la pression. Une visite, une annonce et les portes derrières lesquelles il cloîtrait tous sentiments s’étaient brusquement ouvertes.

Il était libre, libre de marcher d'un pas de conquérant entre les lions de pierre d'un jardin, libre de jeter un pan de sa cape sur son épaule. Elle sentait encore la chaleur du cheval qu'il avait presque épuisé pour revenir le plus vite possible, libre qu'il était de se griser de la vitesse de l'animal, de sentir le vent libre dans ses cheveux. Cheveux qu'il était libre de laisser en désordre, heureux de sentir quelques mèches froides, collées de sueur sur son front.
Libre aussi de fixer son regard sur la flamme des lampions du bal sur lequel il avait tenu des propos si raisonnables dans un raisonnable déjeuner, alors qu’en fait il ne désirait que de profiter de tout cela.

Il respirait profondément, marchait avec envie et buvait du regard ce qui se trouvait autour de lui. Les lions froids et tristes, la jeune fille qu'il dépassait, blonde et saumonée, douce sans doute.
Trois pas lui suffirent pour réaliser qu'il l'avait déjà vu, que c'était lors du bal Adorasti, et qu'elle y était servante.

Un nouveau sentiment, impérieux, monta en lui. Une envie profonde de jouer. De voir ce que cela pouvait donner. Dans un même mouvement, il s'arrêta et fit demi-tour pour revenir sur ses pas.


"Mademoiselle ?"

Coriolano offrit un sourire engageant, d'autant plus chaleureux que son visage reflétait la lumière chaude d'un lampion. Il ne devait avoir l'air ni dangereux ni imposant avec ses vêtements de voyage froissés.

"Je ne voudrais surtout pas que vous pensiez du mal de moi après la question que je vais vous poser, mais... Nous nous sommes déjà rencontrés quelque part, n'est-ce pas ? Je ne sais plus très bien où, mais je suis sûr de vous avoir déjà vu."

Si Gabriella se souvenait de lui, elle ne pourrait pas manquer de le reconnaître. Il était égal à lui-même, si ce n'est que ce qu'il avait de sage et de composé, pour ne pas dire compassé, s'était dissout pour faire place à une aisance féline et souple.
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Danilo della Lonza
Gentilhomme - Ca'Adorasti
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MessageSujet: Re: La Petite Allée aux Lions de Pierre   Jeu 6 Sep - 23:09

[Rive du grand canal, via la Ca'Adorasti]

Le claveciniste, après avoir laissé Brunilde à proximité de la Ca'Adorasti, avait filé dans sa propre suite, et s'était changé de nouveau. Les vêtements du médecin lui allaient à peu près mais il ne se sentait pas un instant à l'aise dedans, tant parce qu'ils lui rappelaient sa gaffe monumentale que parce qu'il détestait se sentir redevable, de quelque manière que ce fût. Il s'habilla de la seule tenue sur laquelle on pût lire quelque fantaisie, de discrètes broderies de fil grenat découpant des motifs évanescents sur le noir du vêtement, se recoiffa quelque peu, et ne perdit pas trop de temps. Il comptait renvoyer les affaires du médecin le lendemain, doutant de trouver encore ce soir quelqu'un pour faire une course alors que le bal battait déjà son plein.

Il rejoignit le Castello presque au pas de course, ne sachant pas trop pourquoi il allongeait la foulée. L'évènement l'attirait sérieusement. Voir des nobles se mêler à la populace et surtout faire de même était une bien belle activité, après tout. A moins que les siens ne commencent à l'agréger lamentablement, incapables de se désaccoupler de leurs guindés semblables. C'était assez probable, d'ailleurs.

Il déambula quelque temps à la périphérie du parc, croisant les premiers ivrognes et les retardataires. Il ne but nul part, préférant ouvrir la petite flasque de rhum qui résidait présentement au fond de l'un de ses poches pour y boire quelques lampées. L'alcool l'échauffait légèrement, mais il ne comptait pas se saouler, loin de là. Juste se donner un peu plus d'assurance.

Alors qu'il continuait de déambuler au hasard, une jolie robe, riche sans être ostentatoire, attira son attention. Ou plutôt, la silhouette qu'elle moulait. L'apparence était certes quelque peu métamorphosée par cette soudaine impression de... Presque de richesse, en fait. Mais il était parfaitement évident que c'était la petite blonde qui s'était occupée de lui lors de son arrivée à la Ca'Adorasti. Gabriella Delmonti. Il n'oubliait jamais le nom d'une jolie fille, même entendu une seule fois. Elle avait eu la fière idée de libérer sa nuque, qu'elle avait magnifique, par ailleurs.

Il se mit à la suivre de loin, tout d'abord. L'habitude du chasseur. Le musicien aimait à se remplir de belles images à l'insu des intéressées. Il s'apprêtait à l'aborder finalement, lorsque l'autre arriva, et lui vola la vedette. Perturbé par l'arrivée inopportune, il resta à l'écart sans se révéler, du moins dans un premier temps.

L'homme était aristocratique. Qu'il s'adresse ainsi à une servante réconcilia légèrement Danilo avec l'arrivant. Mais pas très longtemps. Après tout, Gabriella avait la vêture d'une bourgeoise. Il était tout à fait possible que l'homme se trompât, croyant parler à bien moins inférieur que ce qui était vérité. Un peu intrigué, le musicien se planta au coin d'un massif, observant sans en avoir l'air et positionné de manière à ce que Gabriella lui tourne le dos, se gardant le droit d'intervenir un peu plus tard. Il voulait bien voir comment ces deux là allaient se comporter dans les instants à venir, et comptait bien mettre son grain de sel une fois qu'il aurait saisi ce que voulait l'autre, ou qu'une ouverture se présente pour lui.
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Gabriella Delmonti
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MessageSujet: Re: La Petite Allée aux Lions de Pierre   Ven 7 Sep - 17:33

Etrangement, d'avoir revêtue sa robe bourgeoise, Gabriella oublia facilement son statut de servante, et les bonnes manières qu'on lui avait inculquées, son port de tête et même sa démarche étaient revenues naturellement, sans être exagérés, ce qui se serait certainement produit s'il elle s'était contentée de les imiter, à moins d'être bonne comédienne.

Gabriella ferma quelques instants les yeux, souriant et appréciant cette sensation, oubliant un instant son travail et ses soucis. Oh bien entendu, elle n'oubliait pas Elio, loin de là, mais il était si agréable de se sentir, pour un temps, un peu au-dessus des autres. Evidemment, au palais elle était également un peu au-dessus des autres petites bonnes mais ce n'était pas la même chose. Le regard des gens était différent, aussi bien ceux des hommes du peuple que celui de ce bel homme qui la croisait et.. qui l'appelait.

Gabriella stoppa sa marche et se retourna lentement vers l'homme. Il ne lui fallut pas longtemps pour reconnaître le bel aristocrate inconnu qu'elle avait croisé la veille au divertissement musical du prince Elio et elle regretta de ne pas avoir levé assez tôt son loup contre ses yeux.


*Trop tard...* pensa-t-elle, haussant mentalement les épaules. Après tout, elle n'avait pas de réelle raison de se cacher. Et cet homme, tout beau soit-il l'avait bien laissée tombée en se précipitant vers cette cruche de Bianca qui s'était évanouie. Pourtant, elle s'était bien débrouillée avec cette carafe qu'elle n'avait pas renversée !

Gabriella lui rendit son sourire en inclinant gracieusement la tête et l'écouta, essayant de ne pas baisser le regard, intimidée malgré sa mise moins chatoyante que la veille. Bien entendu, l'homme la reconnaissait sans se souvenir vraiment où ni quand. Qui donc se souviendrait d'une simple servante ?


"Vous me demandez si nous nous sommes déjà croisés et je vous répond oui. Cela dit, cette question, ne vous en déplaise, est offensante car elle signifie ouvertement que je ne vous ai pas plus marqué que cela. Je vous laisserai donc seul retrouver quand et où cela s’est produit." dit-elle sans se laisser démonter, mais souriant de tout de même afin de lui montrer qu'il s'agissait là plus d'un jeu que d'une véritable offense.
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Coriolan
Invité



MessageSujet: Re: La Petite Allée aux Lions de Pierre   Jeu 20 Sep - 16:14

Coriolano souriait de même, un peu plus brillant sans doute, un peu plus détendu et amusé sans doute. Après tout, qu’avait-il à perdre ? Il avait un peu penché la tête lui aussi et laissa son instinct guider ses mots. Il n’y avait qu’à jouer et s’enivrer des nouvelles couleurs qu’il pouvait entre dans sa voix, couleurs chaudes et tendres qu’il laissait vibrer dans sa gorge, inflexion franche dont il tapissait son palais.

"Hé, Mademoiselle, c’est que votre visage est tellement éclatant qu’il a éclipsé dans ma mémoire tout ce qui pouvait l’entourer. Vos traits sont maintenant distinctement gravés dans ma mémoire, mais peut-être que demain je ne saurais plus que c’est ici que je vous ai vu…"

Il avait ce ton à la fois admiratif et peu sérieux qu’emploient ceux qui savent que leurs propos tiennent de la flatterie tout en ne pouvant pas s’empêcher de penser sincèrement ce qu’ils disent. Sincère et joueur, il était la galanterie incarnée, et il traitait la jeune servante comme une dame.

"Mais je vais essayer de trouver, voyons…"

Coriolano prit un air songeur, un regard qui semblait perdu dans le lointain et qui lui permettait en fait de voir les courbes dessinées par la robe de la servante, sa gorge un peu serrée dans une robe peut-être un peu petite. Elle se soulevait doucement au rythme de sa respiration, dorée sous la lumière des bougies, tout à fait comme un petit animal vivant.

"C’était chez quelqu’un de bien, n’est-ce pas ? C’était forcément chez quelqu’un de très bien…"

Il n’avait pas remarqué l’observation attentive de Danilo. Le sixième sens qu’il avait d’habitude pour ses choses, habitué qu’il était à risquer les embûches à Naples, était pour l’instant brouillé par la fièvre de son esprit, l’excitation de cette conversation imprévue et la brise fraîche qui jouait avec quelques mèches dans le creux de sa nuque.
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Danilo della Lonza
Gentilhomme - Ca'Adorasti
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MessageSujet: Re: La Petite Allée aux Lions de Pierre   Sam 29 Sep - 18:30

Oh, bon Dieu. Il était de ceux-là. Le genre d'hommes qui mettait Danilo en rogne en quelques mots. La race honnie des séducteurs. Non, non, le terme n'était pas approprié. Après tout, il en était un lui-même, en quelque sorte. Non, cet individu était de ces hommes qui abordent les femmes le compliment aux lèvres, avec un grand sourire charmeur et des idées frivoles derrière la tête. Pouah pouah pouah. Jamais le claveciniste n'irait s'abaisser à de tels comportements. il avait beau vouer un culte très poussé à la beauté extérieure d'une dame, il n'était pas question de choisir une femme à séduire sur ce seul critère. Toujours être poli, attentionné, serviable avec les femmes, le temps de les cerner. Puis, seulement, développer des assiduités sur l'humeur et l'esprit de la dame en valait la peine. Surtout ne pas risquer de relever une fille creuse en travaillant de manière trop immédiate.

Evidemment, ces pensées étaient confortées par le fait que l'individu s'adressait ainsi à une femme qui lui faisait un certain effet. Et que par principe, Danilo détestait singulièrement que l'on entreprît une possible conquête devant ses yeux. Ce qui le rendait peut-être un peu partial. Mais de toutes façons, il n'appréciait guère les bellâtres. Non mais. Il se décida d'intervenir au plus vite, autant pour ne pas rester sur la touche que pour gâcher le semblant d'occasion de l'homme en question.

Danilo s'approcha du duo d'un pas posé, et commença à parler, sur le ton de l'interpellation, un peu avant qu'il soit au niveau de Gabriella, s'adressant à Coriolano.


"Monsieur, vous me voyez désolé d'interrompre votre discussion, mais je suis pris d'un terrible soupçon que, j'espère, vous serez à même de dissiper. J'ai -et je suppose qu'il ne s'agit là de ma part que d'une triste erreur de jugement- la nette impression que vous savez parfaitement qui est cette charmante jeune femme..."

Il fit une petite révérence attentionée sans être appuyée à Gabriella.

"Et que vous jouez à un petit jeu dont l'issue se veut cruelle. J'ai tort, sans doute, et j'espère que vous allez me montrer ma méprise dans l'instant."

Il acheva sa tirade sur un sourire des plus courtois. Il s'était placé de manière un peu excentrée, pouvant ainsi regarder son interlocuteur et la servante soudain anoblie par ses manières d'un seul coup d'oeil, tout en restant assez proche pour être considéré comme un élément à part entière de la conversation.
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Gabriella Delmonti
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MessageSujet: Re: La Petite Allée aux Lions de Pierre   Lun 1 Oct - 14:04

Gabriella eut un léger sourire en baissant la tête pour regarder un instant les pavés avant de regarder de nouveau son interlocuteur. Les flatteries étaient toujours agréables à entendre, même si elles sonnaient aussi faux qu'un clavecin mal accordé dans un parterre de bons musiciens. Un visage éclatant qui éclipsait le reste... un visage sous un bonnet de servante, encadré de mèches folles sorties de la coiffe par le dur travail. Il n'y avait là rien d'éclatant de son point de vue.

"Monsieur... ne vous forcez pas à faire des compliments que vous ne pensez pas..." souffla-t-elle avec un léger sourire résigné.

Elle aurait à la limite préféré qu'il lui disent franchement se souvenir d'elle telle qu'il l'avait vue et s'il voulait encore la complimenter il aurait pu souligner l'effort qu'elle avait fait pour s'apprêter pour ce bal. C'était simple et plus valorisant.


"Oui c'était chez quelqu'un de bien..." approuva-t-elle d'un léger sourire pour poursuivre le jeu malgré tout et ne pas le vexer.

Une nouvelle voix s'ajouta à leur échange et Gabriella eut cette fois le réflexe de lever son loup contre ses yeux. Elle pensa dans un premier temps qu'elle avait bien fait en reconnaissant le gentilhomme qu'elle avait accueilli à la Ca'Adorasti. Mais très vite elle comprit à ses paroles qu'encore une fois, cela avait été trop tard. Gabriella rebaissa lentement le loup de velours. Une boucle blonde vint caresser sa joue sous l'effet d'une légère brise passagère.

La jeune femme regarda les deux hommes en alternance. Danilo exprimait à voix haute ce qu'elle s'était efforcée à ne pas penser, flattée d'avoir attiré le regard d'un homme. Gabriella se sentit alors mal à l'aise, considérée comme une proie de jeu de l'un comme de l'autre, car sous couvert de lui venir en aide, elle prenait l'intervention de Danilo comme un joueur réclamant sa part du gain.

Elle avait bien pensé que revêtir une robe n'étant pas sensé refléter son rang pouvait lui attirer les moqueries de personnes la connaissant. Mais il lui semblait que la présente situation passait au-dela de la moquerie pour l'engager dans un jeu de fausse galanterie dans lequel elle représentait le lot du gagnant.


"J'en ai assez entendu. Si vous voulez bien m'excuser, je vais vous laisser seuls débattre et trouver qui de vous deux sera le plus doué pour se railler de moi." dit-elle d'un ton amer.

Gabriella tourna les talons et s'éloigna d'un pas vif, sentant une désagréable boule se coincer au fond de sa gorge.


[La Serre Exotique]
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Danilo della Lonza
Gentilhomme - Ca'Adorasti
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MessageSujet: Re: La Petite Allée aux Lions de Pierre   Mar 16 Oct - 16:49

La réplique amère de Gabriella s'enfonça brutalement dans le cœur du claveciniste. Il en oublia immédiatement la présence de l’autre homme, qui avait pourtant motivé son intervention. Il ne resta dans son esprit que la honte d’avoir blessé la jeune femme. Ou plutôt, d’avoir pu assez mal exprimer sa position pour lui laisser croire qu’il cherchait à la rabaisser. Rater une intervention aux yeux et mettre mal la personne qu’il venait aider étaient l’une des pires choses qui puissent lui arriver, une des plus humiliantes. Oh, bien sûr, ce n’était pas réellement une honte publique. Ni lui ni l’autre individu n’auraient jamais de compte à rendre à propos d’une petite servante qu’ils avaient choqué plus ou moins inconsciemment -du moins pour lui-même. Mais c’était le genre de choses pour lesquelles Danilo refusait de se pardonner. Généralement, la personne ayant souffert l’offense l’oubliait bien plus vite que lui-même.

Il jeta un coup d’œil précipité vers l’individu, perdit un instant à se décider, lâcha un bref
« Si vous voulez bien m’excuser… », puis se détourna et se lança à la suite de Gabriella, espérant pouvoir racheter ses quelques mots inappropriés.

[La Serre Exotique]
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Coriolan
Invité



MessageSujet: Re: La Petite Allée aux Lions de Pierre   Mer 17 Oct - 3:33

Laissé seul au milieu d’une allée pour l’instant déserte, Coriolano éclata de rire. Un rire joyeux et cascadant, éclatant, impérieux et total. Tout cela était formidable.

Oh cela avait commencé pourtant par une simple satisfaction froide à voir que ses questions déguisées apportaient leur réponse, que la jeune servante aimait son maître et qu’il ne serait pas judicieux de chercher à obtenir des confessions motivées par le mécontentement. Presque pas un sentiment, une chose plate dont le goût trop habituel lui répugnait maintenant.

Mais cette froideur mesurée et parfaite avait été balayée, remplacée par l’indignation de voir que la servante ne lui faisait toujours pas aveuglément confiance, par l’agacement à voir l’interruption d’un autre homme, puis par une réelle colère à entendre son ton faussement poli et les insinuations désagréables qu’il faisait.

Il sentait tout cela, réellement, en lui, naître dans son ventre, monter dans sa gorge en hérissant sa peau le long de la colonne vertébrale avant de tourbillonner dans sa tête.
Il sentait tout cela, et, mieux encore, il savait qu’il pouvait, parce qu’il était libre, mais pouvait vraiment, parce qu’il était vraiment libre, il pouvait et il allait, même, laisser libre cours à cette colère.

Si on lui en avait laissé le temps.

Il était déjà là, le sentiment de rage, dans ses yeux, dans ses épaules tendues, dans ses mains dont les articulations menaçaient de blanchir, jusque dans la pointe de ses cheveux. Rien pour le masquer, rien pour le retenir.
Et Coriolano jubilait de sentir qu’il n’y avait plus de chaîne, plus de digue, plus rien pour mettre un mur entre ses émotions, sa volonté et ses actions. Il était libre d’être orgueilleux, rageur sans vraie raison. De faire savoir ce qu’il sentait sans prêter attention à ce qu’on attendait de lui. Et il l’aurait fait.
Si on lui en avait laissé le temps.

Mais voilà, le Prince des Grazziano, l’héritier d’une des plus grandes familles de Naples et de Venise, l’éclatant jeune homme et le sage membre de la noblesse, venait de se faire abandonner en plein milieu de la rue par une servante des Adorasti et un vulgaire inconnu.

Le ridicule de la situation suffit à faire disparaître la rage au profit du bonheur neuf de la jouissance de sa liberté, suscitant ainsi l’éclat de rire.

La servante charmante lui avait échappé, mais peu importait. Que l’autre donneur de leçon lui court après essayant par des diatribes inutiles de regagner sa belle. Il la retrouverait bien un autre jour et si ce n’était pas dans quelques années, elle serait toujours belle.
La nuit était jeune encore, et il y avait tant à redécouvrire.

Deux demoiselles passèrent près de lui, gloussant doucement, parlant de labyrinthe.
Parfums musqués et rires perlés. Coriolano les suivit d’un pas léger.


[Labyrinthe – Impasse des Figures]
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