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 La Salle d'Armes

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Mila Scarlatti
Maître d'Armes - Ca'Grazziano
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MessageSujet: Re: La Salle d'Armes   Mer 12 Déc - 22:19

« Ne vous justifiez pas. Je reçois qui vient à moi, avec un égal plaisir…»

Oh bien sûr, elle se savait sous les ordres du Prince qui avait tout pouvoir pour lui imposer le choix de ses élèves, mais Mila n’avait jamais été très obéissante. Elle tirait même un certain plaisir à contrarier toute autorité qui chercherait à s’imposer à elle, quelque soit le rang devant lequel elle devait se soumettre, elle ne cédait pas facilement ses libertés.

Mila fut interrompue dans ses réflexions par le manteau qu’Azaria venait d’ôter, dévoilant une tenue d’homme qui ressemblait fort à celle des valets de la maison. Elle salua l’audace d’un regard enchanté.


« Dois je vous craindre Madame ? Parce que s’il est dans vos habitudes de persécuter les valets, je n’ose imaginer ce qu’il en sera avec moi… »

Un sourire amusé sur les lèvres, elle se détourna et libéra plusieurs fleurets de leurs fourreaux afin de les tenir en mains, et d’apprécier la taille de la fusée qui devait être assez fine pour recevoir l’étreinte d’une main féminine. Ses sourcils jusque là froncés cédèrent à une expression satisfaite. Mila venait de trouver l’objet de ses recherches. Elle tendit le pommeau vers Azzaria, et observa avec attention la manière dont elle allait s’en saisir.

C’est à cet instant que la voix de Iago résonna. Une fois encore, Mila sursauta. Toute occupée qu’elle l’était avec Azaria, elle en avait presque oublié la présence Iago dont le bavardage la déconcerta au plus haut point.


« Voyez vous, Madame, comme il est aisé d’inverser les rôles…L’homme contemple et la femme combat. »

Elle adressa un sourire en coin à Iago. Si son fer était aussi nerveux que sa langue, mieux valait effectivement qu’il ne participe pas. Cependant, elle ne lui en fit pas la remarque. Elle le devinait encore troublé par leur échange, et préféra détourner son regard de lui afin de ne pas être contaminée par son inquiétude. Quelques instants de plaisir s’offraient à elle, et pour rien au monde elle ne les aurait négligés.

Elle saisit donc son fleuret de bois et salua Azaria, l’invitant ainsi à imiter le geste.


« Ne visez pas les yeux, dirigez la pointe de votre lame vers le nombril de votre adversaire, ainsi, il vous sera plus facile de parer toute attaque, qu’elle vienne par le haut ou par le bas. »

La lame de bois taquina la lame de fer. Un simple battement, mais sec, vif, afin d’évaluer les réactions d’Azaria.

« Regardez moi. »

Mila n’appartenait pas à cette catégorie de Maîtres d’armes qui devaient tout savoir, et surtout montrer qu’il savaient tout, allant parfois jusqu’à faire s’incliner les vocations les plus prononcées, en les noyants dans un dédale de termes techniques les plus pompeux qui soient. Elle privilégiait l'instinct qui maintient en vie, et l'intuition qui devine l'autre. Aussi ses méthodes furent elles souvent décriées par les « savants » qui passaient davantage de temps dans les salons à disserter sur l’art du combat qu’en salle à se frotter à un novice qui d’un coup heureux aurait pu les décapiter.

« Les yeux de votre adversaire vous révéleront tout ce que vous devez savoir. Si son regard est empli de rage, profitez de cet avantage, car la colère distrait le jugement et crispe les réflexes, s’il est chargé d’assurance et de mépris, c’est qu’il vous sous-estime et un épéiste qui sous-estime son adversaire et souvent un épéiste mort…Si par contre, ses yeux ne trahissent aucune émotion, alors…inquiétez vous. Car seul un adversaire qui sait maîtriser les sentiments qui l’animent peut s’avérer dangereux. »

Elle pointa sa lame sur la main d’Azaria.

« Desserrez votre étreinte, elle aussi peut trahir votre nervosité. De plus une main trop crispée sera trop réactive. »

Elle lui offrit un sourire qui valait pour un encouragement, puis reprit position. Les lames s’effleuraient, lentement, afin qu’Azaria prenne ses marques, ressente les choses, quand soudain, le Maître d’armes frappa le sol avec son pied. Le craquement sourd du plancher résonna. Elle jeta un bref coup d’œil vers Iago, espérant que le bruit rauque l’ait dérangé…Puis accrocha son regard sur Azaria.

« Un simple appel comme celui que je viens de faire peut déstabiliser l’adversaire, le déconcentrer. N’hésitez pas à user de toutes les ruses que votre audace autorisera, certaines sauvent des vies. De plus, nous sommes femmes, c’est notre atout. » chuchota t elle d’une voix plus caressante, plus chaude… « Si la lame qui vous menace est trop habile, usez de votre séduction, flattez d’un sourire, charmez d’un regard… Saisissez vous de tout ce qui troublera celui qui vous fera face.»
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Azaria Mecerelli
Fiancée du Prince - Ca'Grazziano
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MessageSujet: Re: La Salle d'Armes   Sam 15 Déc - 1:30

S'attendant à entendre l'expression d'opinions réticentes, la baronne fut durant un instant décontenancée... Monsieur degli Albizzi lui laissait poliment la place, et elle n'avait décelé aucune trace d'ironie dans sa voix lorsque ce dernier s'était adressé à elle. Mila quand à elle, s'activa comme si se tenait en face d'elle le genre d'élève qu'elle avait l'habitude d'avoir... Face à cela, de nouvelles interrogations jaillirent dans son esprit. Mila avait-elle déjà été au service de quelqu'un d'autre que Samuele? Avait-elle vécu avec l'exemple d'autres femmes habiles dans l'art du combat?

Elle laissa échapper un rire joyeux à la remarque de son interlocutrice sur les vêtements qu'elle portait, puis songea à Ivano, se demandant si à l'heure qu'il était le valet était en train de chercher désespérément ses affaires...


"Voyons... Je ne me permettrais pas de persécuter qui que ce soit!" Avait-elle répliqué d'un ton plein de malice.

Il y avait tout de même quelque chose dans l'attitude de Mila et de Iago qui l'interpelait. Plus que leurs réactions visà vis d'elle, ils s'agissait de la manière dont ils se comportaient par rapport à l'autre. Pour la première fois depuis son arrivée dans la salle d'armes, Azaria avait le sentiment d'être intervenue durant un échange qui avait de l'importance. Son visage lui, ne trahissait aucune de ses suppositions et affichait une expression semblable à celle d'une enfant émerveillée tandis qu'elle observait Mila qui choisissait une arme apropriée.

Elle n'eut finalement d'yeux que pour la pommeau qui se tendait vers elle. Elle le saisit alors avec délicatesse, puis apprécia le poids, surprise de constater que l'arme n'était pas aussi lourde qu'elle ne l'aurait imaginé.

Elle salua ensuite Mila, en recopiant le moindre de ses gestes de manière maladroite. La jeune femme, mécontente, entreprit alors de la saluer une nouvelle fois. Si ce geste était une marque de respect envers son adversaire, alors elle se devait de l'exécuter correctement. Elle resta ensuite statique, serrant avec fermeté le pommeau de son fleuret tandis qu'elle écoutait son nouveau professeur, s'évertuant de graver dans sa mémoire le moindre de ses conseils. Lorsqu'elle sentit les deux lames se frotter l'une contre l'autre, elle resserra sa prise de plus belle.

Elle se détendit peu après à mesure que Mila lui expliquait qu'il ne fallait pas omettre d'observer les diverses expressions et réactions de l'adversaire. Ces paroles lui rappelaient celles que sa mère avait un jour prononcé par le passé, au sujet de ce que l'on pouvait appeler les duels psychologiques...
La baronne adressa à nouveau un sourire à l'attention de la maître d'armes.


"Je pense que je me souviendrais bien de cela!"

Finalement Mila lui annonça sa première erreur. Aussitôt Azaria prit une profonde inspiration et se détendit. Elle put alors constater que son poignet était plus souple. Sursautant légèrement au bruit du pied frappant le sol, elle réalisa ô combien l'effet de surprise pouvait changer beaucoup de choses...
Mila quand à elle, s'attendait-elle à ce que, aussitôt sa phrase achevée, son élève fonde en direction de son ventre?
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Mila Scarlatti
Maître d'Armes - Ca'Grazziano
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MessageSujet: Re: La Salle d'Armes   Dim 16 Déc - 16:11

[ HJ: Le post a été remanié de manière à faciliter la participation de Iago. ]


Un rire…Le premier qui fusa dans la salle d’armes. Mila y rétorqua par un sourire avant de jouer malicieusement avec le regard d’Azaria qu’elle sentait flâner sur elle et s’intriguer. Elle nota l’émerveillement de la jeune femme quand le pommeau lui fut offert, et crut un instant tendre une friandise à une enfant qu’elle félicita d’une œillade appuyée alors que celle ci s’obstinait à répéter son salut jusqu’à ce qu’il fût parfait.

Quand Azaria courut sur elle, bras tendu, menaçant son ventre de sa pointe, Mila se déroba à l’estocade. Son épaule gauche bascula en arrière, entraînant avec elle tout le reste de son corps qui par une volte gracieuse atterri dans le dos de la fiancée encore portée par son élan qu’aucune cible ne vint stopper.


« Me détestez vous déjà au point de vouloir m’embrocher, Madame ? »

Finalement, homme ou femme étaient habités des mêmes fougues. Leur main encore vierge s’agitait avec le même zèle et leurs attaques maladroites dédaignaient leur cible avec la même indifférence. Cependant, Mila ne pouvait le leur reprocher…N’en avait elle pas fait tout autant à ses débuts ?

« Respectez votre adversaire, car lui aussi est animé de vie, et avec un peu de chance, il jouira d’une intelligence aussi aiguisée que sa lame. L’embrocher reste certes le but ultime du combat, mais ne négligez pas le charme des préliminaires. »

Mila dégagea une mèche qui s’entêtait à glisser sur son œil, puis s’approcha d’Azaria. Elle lui parlait avec calme, les mots glissaient sur ses lèvres avec douceur.

« Laissez votre adversaire venir à vous, observez le, étudiez sa technique, testez la souplesse de son poignet, l’agilité de ses pas, soyez à l’écoute de tout ce que son fer vous révélera. Et surtout, mettez son souffle à l’épreuve et épargnez le votre, si l’un de vous doit se fatiguer, ce sera lui, non vous. »

Elle tourna autour de son élève, d’un pas nonchalant, les plis de sa robe frôlant les mollets de la fiancée. Sa voix rauque devint murmure…

« Prenez possession de lui comme vous le feriez de votre amant. »

Quand elle eut finit son tour, elle se replaça face à Azaria, et lui adressa un sourire mutin avant que le sérieux réinvestisse ses yeux.

« Après chaque attaque, prévoyez une parade car il ne s’agit pas d’espérer que votre adversaire restera inerte quand votre pointe le menacera avec fracas. Il ripostera assurément, et vous devez anticiper cette riposte. De plus, en avançant vers lui, comme vous venez de le faire avec moi, vous vous mettez en danger. Ne vous découvrez pas, ne lui cédez aucune opportunité de vous infliger un mauvais coup. Vous devez penser avant tout à vous protéger, et lorsque vous aurez suffisamment battu le fer, vous pourrez prétendre à satisfaire votre fougue en bondissant sur l’ennemi. Mais il est bien trop tôt. L’escrime est une vieille fille capricieuse qui exige des années d’entraînement avant qu’elle ne cède à votre désir de la maîtriser. Ne la brusquez pas.»

Mila recula de manière à ce qu’une longueur d’épée la sépare d’Azaria.

« Mettez vous en garde et apprenez à parer à présent. Je vais diriger ma lame vers vous, de manière offensive, et vous allez tenter d’esquiver. Utilisez votre lame, la garde de votre fleuret, déplacez vous hors de la ligne dans laquelle s’aventurera la pointe adverse…peu importe, mais ne pensez pas, utilisez votre instinct, il vous guidera plus sûrement que tout autre chose.»

Elle s’apprêta à entamer l’entraînement quand son index s’éleva, signifiant à son élève de patienter quelques instants. Le Maître d’armes détourna alors son regard acéré vers Iago et l’interpella de sa voix grave et sévère.

« Monsieur Degli Albizzi…Ne voyez vous pas toutes ces armes semées ça et là qui ne demandent qu’à être prises ? Oh…J’oubliais…L’exercice vous déplaît, et bien sachez que c’est vous qui me déplaisez. Pourquoi restez vous prostré sur ce pauvre banc qui ne souhaite qu’accueillir des épéistes las et souillés par la sueur, et non des rêveurs empêtrés dans leurs réflexions ? Choisissez donc un endroit plus approprié…votre chambre par exemple. »
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Iago degli Albizzi
Gentilhomme - Ca'Grazziano
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MessageSujet: Re: La Salle d'Armes   Lun 31 Déc - 13:46

Iago leva les yeux aux ciels. La rhétorique de l’épéiste était trop simple à son goût.

"Interdisez-vous donc à ce point les spectateurs ? Je ne rêve pas, je vous observe. C’est très instructif d’ailleurs. "

Comme tout ce qu’il disait (ou presque, tout étant dans le presque n’est-ce pas), Iago le pensait sincèrement. La dame avait une étrange technique d’enseignement. Loin de commencer par les meilleurs positionnements du corps ou de lame, sans même apprendre les pas les plus efficaces afin d’éviter une lame ennemie, elle se lançait dans un grand discours sur ce qu’était un combat.
Et de cela, Iago était plutôt admiratif. Car c’était sans doute ce qui convenait le mieux à une princesse qui savait danser, mais avait peut-être de romantiques illusions sur ce qu’était un combat…

Il secoua la tête avant de continuer, toujours avec son petit sourire amusé.


"Quant à prendre une épée, j’ai passé l’âge, Madame, de m’entraîner au faquin. Et je doute que vous teniez à me voir me mêler de votre enseignement. Et il serait terriblement injuste que nous soyons à deux contre un. Madame et moi contre vous, vous et moi contre Madame, ou même Madame et vous contre moi…"
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Mila Scarlatti
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MessageSujet: Re: La Salle d'Armes   Lun 31 Déc - 19:44

« Instructif ? Est ce la manière dont mes jupons tournoient, où la souplesse avec laquelle les boucles de Madame ondulent sur ses épaules, qui rendent cet entraînement si « instructif » à vos yeux trop curieux ? »

Les mains de Mila vinrent enserrer sa fine taille pendant que son regard sombre pénétrait sans faillir celui du gentilhomme.

« Votre grand âge ne saurait servir d’alibi à votre inaction. Quant au faquin…»

Ses yeux tombèrent sur sa lame de bois qu’elle ne destinait qu’aux non initiés afin d’éviter tout accident, or du discours de Iago, Mila déduisit que sa main ne devait pas être innocente en matière d’escrime, ce qui lui insuffla un enthousiasme que son regard pétillant ne sut dissimuler. Elle abandonna aussitôt le « faquin » et s’empara de deux fleurets mouchés. Ses doigts caressèrent une des lames, lentement, comme on aurait caressé l’objet de son désir.

« Je ne vous laisserai certes pas croiser le fer avec Madame. Vous risqueriez de briser son enthousiasme. Aussi si Madame le permet… »

Elle s’avança vers Iago et lui tendit les deux armes afin qu’il choisisse.

« Dois je vous supplier ? Ou aurez vous la galanterie de satisfaire mon plaisir ? »

Un sourire franc et espiègle retroussa les lèvres de Mila qui semblait avoir oublié toute l’exaspération que Iago lui avait inspirée jusqu’ici.
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Iago degli Albizzi
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MessageSujet: Re: La Salle d'Armes   Mer 2 Jan - 14:39

"Votre science de l'éducation, Madame, votre pédagogie est ce qu'il y a d'intéressant..."

Non mais franchement, la dame semblait se faire d'étranges illusions à son sujet. Comme s'il y avait quoique ce soit d'attrayant dans les figures des sorcières qui se disaient femmes.

Et maintenant elle lui présentait des armes. Iago soupira.


"Tout plutôt qu'une supplique..."

Il se tourna vers la fiancée de Samuele, avec un petit signe de tête.

"Vous voudrez bien excuser cette impolitesse, j'espère..."

L'escrime est un art de gentilhomme. Il faut croire que cette idée avait été ancrée jusqu'au plus profond de Iago, parce qu'il se faisait soudain plus respectueux lorsqu'il entrait dans le jeu de l'escrime.

Il prit, des fleurets qui lui étaient tendus, celui dont la lame était la plus courte. Son bras avait une allonge plus grande que celui de la demoiselle Scarlatti, il n'allait pas se donner plus d'avantage.

Il alla se mettre en place, en pliant légèrement la lame de manière à tester sa souplesse. La mouche de laine était solidement fixée et ne risquait pas de tomber pendant l'échange.
Iago salua et se mit en garde.


"Quand vous le voudrez, Madame..."

Il disait "Madame", mais à vrai dire, son manque de tact dans la distinction des sexes faisait qu'il ne se rendait absolument pas compte de l'étrangeté de la situation. Pour lui, il n'avait pas une femme devant lui, mais simplement un maître d'escrime.
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Mila Scarlatti
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MessageSujet: Re: La Salle d'Armes   Jeu 3 Jan - 3:54

« Une science se doit d’être exacte…Ma pédagogie, elle, est fluctuante selon la main que je dois « éduquer ». Elle s’adapte et parfois, enfreint les règles académiques qu’imposent ces vieux joufflus qui dispensent leurs leçons d’une verve ronflante et qui affrontent la bedaine en avant, et l’œil chargé de l’estime qu’ils ont pour eux mêmes ou du dédain qu’ils destinent à leurs élèves…»

Mila observa le gentilhomme éprouver la souplesse de la lame et sourit. Il était initié, peut être même doué.

« Ma « pédagogie » n’est pas pré-conçue. Elle se nourrit de l’enthousiasme, s’émeut du talent inné ou acquis, ou se lamente de l’indifférence qui éteint le regard… »

L’ultime regard que Mila adressa à Iago avant le salut fut long, attentif, scrutateur. Quel tireur était il ? L’impulsif qui va chercher à prendre l’initiative, ou l ‘attentiste qui refuse d’engager le fer, espérant ainsi tester l’impétuosité de son adversaire et l’inciter à se découvrir… ?

Iago était un homme bien difficile à cerner. Le verbe froid, cassant, presque agressif, la main fébrile et le regard fiévreux, instable. Elle ne savait encore comment l’appréhender. A vrai dire, elle se méfiait de son apparente nervosité, car fleuret au poing, l’épéiste peut dévoiler un caractère très différent de celui qu’on lui devine. Ainsi, le fougueux devient il placide et le somnolent devient il virulent. Il fallait faire l’expérience de la confrontation pour mieux évaluer et appréhender avec la juste tactique.

Le Maître d’Armes plissa légèrement les yeux qui étaient encore plongés dans ceux de Iago, puis recula de manière à se positionner hors de distance du fer du gentilhomme. Elle salua à son tour.


« En garde. Prêts ?…Allez ! »

A partir de là, plus rien ne pouvait plus distraire Mila que ce fer pointé sur elle. Elle était comme en transes tant sa concentration était absolue. Réceptive jusqu’au moindre tressaillement de son adversaire dont elle disséquait l’inclinaison du poignet, l’agilité du pas, le froncement de sourcils.

Elle courut d’abord lentement afin de laisser le rythme s’installer, les réflexes s’émoustiller, les muscles s’échauffer, les respirations s’accélérer. Puis, son pas devint plus vif. Un battement pour provoquer une réaction, puis, la retraite. S’il voulait rétorquer, Iago devrait s’approcher…
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Iago degli Albizzi
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MessageSujet: Re: La Salle d'Armes   Jeu 10 Jan - 3:04

Il avait suffit à Iago de se mettre en garde pour sentir à quel point il était rouillé. Cela faisait... quoi... des années, au moins 5 qu'il ne s'était pas livré à ce genre d'exercice.
Bien sûr, il avait dû manier l'épée quelques fois, contraint et forcé par la brutalité de ses semblables, par instinct de survie et par dégoût profond à l'idée de finir embroché comme un poulet.

Mais il y avait la distance d'un océan au moins entre un exercice d'arme dans une salle et un combat pour sa vie.

Les enjeux, les mouvements, l'état d'esprit, tout était différent. Cela allait être amusant...

La demoiselle Scarlatti commençait doucement, testait... et rompait. Ah ! ces robes avaient leurs avantages finalement, elles cachaient les jambes et rendaient plus difficile l'évaluation du mouvement à venir.

Iago fit le pas en avant qu'on attendait de lui. Après tout, l'escrime n'était pas un jeu de chat perché, et il ne servait à rien de rester hors de portée de l'adversaire...

Fers croisés. Petit bruissement du métal contre le métal... Iago se rendait compte de son manque d'entraînement par le fait qu'il n'avait aucune idée de ce qu'il pouvait faire après.

Son hésitation ne dura pas plus d'une fraction de seconde, avant que son poignet n'amorce une rotation, petite et souple, faisant tourner sa lame autour de celle de son opposant, tout en avançant rapidement le fleuret.

C'était une manœuvre qui avait l'inconvénient d'être un peu trop spectaculaire et assez facilement parable (il suffisait à l'ennemi de tourner dans l'autre sens...) mais qui pouvait rendre la situation un peu confuse, et donc surprendre.

Iago avait un imperceptible sourire en exécutant la manœuvre, persuadé que ses hésitations n'étaient pas passées inaperçues. Tout comme le fait qu'il ne s'attendait pas du tout à toucher un maître d'armes par cette simple attaque...
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Mila Scarlatti
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MessageSujet: Re: La Salle d'Armes   Sam 12 Jan - 1:19

Les mots se turent. Seuls le crissement de talons sur le parquet, le cliquettement des deux lames qui s’entrechoquaient, les souffles qui se mêlaient, ou encore le froissement des jupes de Mila brisaient le silence qui s’était imposé entre les deux tireurs.

Le regard du Maître d’armes sautait de la main armée de Iago à ses pieds, pour rebondir sur sa lame ou s’arrêter à ses yeux. Il semblait apprécier l’échange comme en témoignait ce sourire discret qui frôlait à peine ses lèvres. Le plaisir de Mila en fut décuplé, car il n’y avait, pour elle, rien de plus assommant que de se frotter à un tireur apathique et mollasson. Elle aimait se nourrir de la pétulance et de l’enjouement de son adversaire, aussi avait elle besoin de nerf, de mordant, d’ardeur pour s’impliquer absolument et vibrer autant que son fer.

Elle étudiait Iago, ses pas, la prise du fer, l’inclinaison du buste, et attendait le bon moment. Le moment où elle sentirait son regard faiblir, son sourire se figer, la pression sur sa garde s’intensifier, le piétinement de son pied s’impatienter. Car, sa patience, lorsqu’elle combattait, était redoutable. A moins qu’elle ne haïsse profondément son adversaire, elle prenait son temps pour taquiner et épuiser.

Quelques battements pour tester la vivacité, quelques retraites pour affirmer sa prudence, quelques feintes pour provoquer une réaction…Quand soudain, elle vit le poignet de Iago effectuait une rotation souple et agile. Un sourire, puis elle recula aussitôt afin d’échapper au fer adverse, enchaînant immédiatement avec une botte secrète qui, adroitement exécutée, pourrait désarmer la main du gentilhomme…
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Iago degli Albizzi
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MessageSujet: Re: La Salle d'Armes   Sam 12 Jan - 3:20

Bien, évidemment, Mila ne se laissait pas avoir comme un bleu… Le sourire de Iago s’élargit un peu. Il n’en attendait pas moins d’un maître, mais c’était tout de même toujours satisfaisant d’avoir en face de soi quelqu’un d’aussi mobile et vif.

Il n’eut pas beaucoup de temps pour se réjouir d’avantage, parce que la dame se lançait à son tour à l’offensive. C’était toute une série d’attaques précises et rapides. Tellement précises et tellement bien ordonnées d’ailleurs, qu’il avait l’impression assez nette d’être en train de se faire piéger…
Il paraît avec rapidité, mais n’avait jamais le temps de riposter. A la troisième parade l’impression d’être piégé se transforma en certitude d’être en train de faire exactement ce que la fleurettiste en face de lui attendait de lui.
Alors qu’il exécutait une cinquième parade il comprit enfin, en ressentant une vive douleur dans l’avant-bras qui tenait le fleuret.

Il ne put retenir une exclamation de douleur et sa lame tomba sur le sol dans un brave cliquetis métallique.

Toujours debout mais replié sur son bras qu’il tenait de l’autre main, Iago resta un instant immobile avant de se mettre à rire et de se redresser.


"Et bien Madame… Je dois dire que j’avais entendu parlé de ce genre de passe qui force l’adversaire de mouvements qui les amènent au faux-mouvement… mais je ne l’avais jamais expérimenté de première main. Ou de premier bras, peut-être…"

Iago agita un peu le bras pour vérifier qu’il marchait toujours, on ne sait jamais. Mais cela avait l’air d’aller…

"Diable incontestablement une touche vous. Je crois qu’il faudra que je m’arrête à trois si je veux être encore en état de marcher après notre échange."

Il adressa un sourire amusé et sincère à Mila. Il y avait de l’honnêteté dans cette lame. De la franchise. De la conviction. L’escrime pratiquée ainsi était une pratique honnête, bien plus honnête qu’un échange verbal quelconque.

Iago se pencha pour ramasser son fleuret. Afin d’évaluer si son bras fonctionnait parfaitement, et parce qu’il fallait bien marquer les points même s’il était à peu près sûr de perdre (même, pour être tout à fait honnête, si Mila continuait d’être aussi sérieuse, il serait chanceux de placer une touche…) il attrapa également une dague, la soupesa légèrement, et l’envoya se planter dans la cible du côté de la jeune femme. Le nombre de dague dans les cibles comptaient les nombres de points.
La dague se ficha impeccablement là où il le souhaitait. Bien, il n’avait pas perdu ça alors.

Il eut un léger sourire nostalgique en repensant aux cours d’escrime qu’il avait eu, adolescent, avec Elio, et à la satisfaction qu’il prenait à l’époque de son talent à lancer. C’était vrai… Peut-être qu’Elio marquait une grande majorité des touches, mais au moins lui savait afficher les points…

Il se remit en place en face du maître Scarlatti.


"Si vous voulez toujours bien de moi comme adversaire… "

Et cette fois-ci, Iago était bien décidé à lui laisser faire le premier pas…


Dernière édition par le Ven 18 Jan - 23:23, édité 1 fois
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Mila Scarlatti
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MessageSujet: Re: La Salle d'Armes   Dim 13 Jan - 14:46

Mila pivota sur le côté, suivant des yeux la lame qui venait de sauter de la main de Iago. Le soupir de douleur du gentilhomme l’arracha à sa contemplation. Elle vérifia aussitôt que son fleuret était encore équipé de sa mouche, et s’approcha afin de s’assurer qu’il n’était pas blessé.

« Je suis désolée…L’habitude… Il me faut souvent faire un éclat avant qu’un adversaire en culottes daigne m’accorder toute son attention. »

Un éclat…Mila avait du s’imposer dans un monde viril et avait rapidement compris que éblouir un homme était le plus sûr moyen d’être considérée. Elle devait prouver et se donner en spectacle pour qu’on cède enfin une oreille attentive au bavardage de son fer.

Elle rétorqua au rire de Iago par un sourire franc et s’amusa de son étonnement.


« J’avais un avantage sur vous, celui de pratiquer au quotidien quand vous n’avez pas du combattre depuis longtemps, mais les réflexes reviennent vite, et l’agilité de votre poignet ainsi que la verve de votre regard, me laissent penser que vous n’allez pas vous laisser ainsi manipuler. »

Mila s’écarta alors que la dague siffla à ses oreilles en allant se planter dans la cible derrière elle.

« Qui vous a donc enseigné à maîtriser toutes ces armes Monsieur ? »

Quand il revint se mettre en place, elle disciplina quelques mèches égarées en les enfonçant du bout des doigts dans le reste de la masse et retroussa les manches de sa chemise.

« Si je veux encore de vous comme adversaire ? »

Son sourire s’élargit alors que ses doigts s’enroulaient autour de la fusée.

« Je serais bien sotte de m’en priver… » souffla t elle de sa voix rauque et cassée.

De nouveau, les fers se menacèrent. Une étincelle satisfaite jaillit des yeux du Maître d’armes, Iago ne semblait pas décidé à lui offrir son fer. Il avait tiré les leçons de l’échange précédent et s’adaptait. Astucieux et sage…
Elle s’acharna d’abord sur la ligne droite afin de conditionner les réflexes de son adversaire, de l’endormir, accélérant progressivement la cadence jusqu’à l’élan ultime qui porta son fleuret sur la ligne gauche…et se retira aussitôt.
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Iago degli Albizzi
Gentilhomme - Ca'Grazziano
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MessageSujet: Re: La Salle d'Armes   Mer 16 Jan - 18:19

L’engagement avait commencé alors que Iago tentait de répondre à la jeune femme.

"J’ai eu pour enseignant…"

Iago s’interrompit pour rompre un peu précipitamment et parer une première attaque sur la droite.

"…le Maître d’Armes des Adorasti…"

Evidemment, sa contre attaque avait été stoppée et la dame s’acharnait sur son côté droit. Il fallait être vigilant, une attaque sur l’autre côté était à prévoir à tout moment…

"…à l’époque où le Prince Elio et moi étions…"

Iago hésita. Quel mot pouvait-il dire… Mais évidemment ce n’est pas une bonne idée de chercher ses mots lorsqu’on est en train de faire un échange d’escrime avec un Maître d’armes.
Le fleuret qui lui faisait face partit du côté gauche cette fois. Parce qu’une partie de son esprit l’attendait, Iago dévia en parti le coup qui toucha non pas son cœur mais son épaule. Cela n’en faisait pas moins une touche.

Il secoua la tête en souriant.


"…adolescents.
Leçon numéro deux : Ne jamais réfléchir à autre chose qu’à l’échange que l’on est en train de faire. Maître, vos gestes valent toutes les paroles du monde !"

Une deuxième dague vint marquer la deuxième touche de Mila. Le troisième échange commença aussitôt, et la concentration de Iago était visible dans la concentration précise des gestes de son fleuret.
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Mila Scarlatti
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MessageSujet: Re: La Salle d'Armes   Sam 19 Jan - 10:08

Mila n’éprouvait pas le moindre scrupule à profiter de la concentration troublée de Iago, allant même jusqu’à encourager son bavardage d’un hochement de tête ou d’un froncement de sourcils.
Tout cela l’amusait beaucoup…Iago tenait de front deux conversation, celle de sa langue et celle de sa lame, et malgré tout, il parait encore et adroitement en plus !

Sa surprise n’en fut que plus prononcée quand elle fut prise à son propre piège. A son tour décontenancée par les mots de Iago, sa main perdit en agilité et en efficacité…


« Le Maître d’armes des Adorasti ? »

Le cœur qu’elle visait fut épargné et c’est sur l’épaule qu’elle ne visait pas que son fer ripa. La contrariété affecta ses traits. Elle venait de toucher, mais pour elle, l’assaut était bel et bien raté.

Déjà Iago se préparait au troisième et ultime assaut, ne lui laissant pas le temps de poser toutes les questions qui s’affolaient entre ses dents… Mila l’imita et se mit en garde.
Encore toute tourmentée par les révélations du gentilhomme, elle ne vit qu’au dernier moment la pointe adverse s’avancer dangereusement vers son épaule. Serrant les dents d’où filtra un râle, elle sentit le fer érafler la courbe de son épaule.

La douleur passée, un éclat de rire roula dans sa gorge…


« Voilà bien une leçon qu’il nous faudra retenir tous deux, Monsieur…Eviter les babillages pendant l’assaut, et museler nos langues qui en s’agitant anéantissent les efforts de nos poignets. »

Portant la main à son épaule, elle constata que sa chemise avait souffert de l’assaut.

« Je vais devoir me changer …Je doute que le Prince apprécie le désordre de ma tenue… De plus, un tel témoignage de sauvagerie risque de faire fuir mes élèves… »

Elle remercia Iago d’une œillade alliée, s’excusa auprès d’Azaria qu’elle avait négligée, lui promettant de remettre à bientôt sa première leçon, les raccompagna à la porte qu’elle verrouilla derrière elle, et fila en direction de sa chambre.
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Iago degli Albizzi
Gentilhomme - Ca'Grazziano
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MessageSujet: Re: La Salle d'Armes   Dim 27 Jan - 0:44

Iago répondit à l’œillade par un sourire, chose normalement inconcevable, et se dirigea de son côté.
Finalement, ce passage par la salle d’arme avait été terriblement bénéfique. Il avait oublié à quel point on pouvait retrouver des idées claires après un peu d’exercice. Surtout un exercice aussi honnête que le fleuret.

Et cette Mila Scarlatti était quelqu’un de très intéressant. Il faudrait qu’il demande à Barrozi ce qu’il pensait de la jeune femme.
En parlant de Barrozi… S’il avait correctement interprété le regard du médecin, Elio devait maintenant avoir un enfant. C’était… perturbant.

Iago fronça les sourcils. Toujours cette envie d’aller au palais Adorasti, mais… il en avait un peu peur aussi. Bêtement.
Le mieux était d’essayer de trouver Barrozi. Iago claqua des talons, attrapa un chapeau au hasard, et sortit du palais.


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