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 Extérieur - Jardin

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Du Bout des Doigts
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Nombre de messages : 557
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Date d'inscription : 11/04/2005

MessageSujet: Extérieur - Jardin   Mer 7 Fév - 4:37

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Ariela Accorti
Comtesse
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Nombre de messages : 57
Date d'inscription : 07/02/2007

MessageSujet: Re: Extérieur - Jardin   Jeu 13 Mar - 1:30

[La maison d'Ariela Accorti - Salon]

D'abord venaient les parterres de fleurs et les allées de buissons à la française. C'était bien là une des rares trahisons que le comte Accorti avait pu faire à sa chère Angleterre; il aimait trop l'ordre pour reproduire un pan de campagne dans son jardin. Beaucoup de rosiers, qu'Ariela entretenait avec grand soin, elle-même; quelques variétés d'orchidées; et d'autres encore, lys, jacinthes... Ariela menait le médecin dans l'allée sans s'arrêter, mais sans aller trop vite non plus: elle aimait à faire admirer sans en avoir l'air le mal qu'elle se donnait pour entretenir sa petite cour. Quelques anémones s'ouvraient timidement de ci, de là, un peu en avance, mais somme toute peu de fleurs se montraient déjà.

"Dites-moi, il y a une représentation ce soir à la Fenice. Je n'ai plus croisé monsieur Catanei depuis quelque temps, et je me demande s'il fera partie de l'orchestre. Le sauriez vous, à tout hasard?"

Demetrio n'avait pas intérêt à jouer ce soir là. Elle espérait pouvoir le voir, si Brunilde avait la fine idée de se montrer assez convaincante.

Ils tournèrent dans une petite allée, et derrière une allée de tuyas taillés, Muzio put poser les yeux sur la petite collection de la comtesse: une cinquantaine de plants pour une vingtaine d'espèces. Dont au moins trois pouvaient se révéler potentiellement mortelles, pour peu qu'on dose avec finesse.
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Muzio Barrozi
Médecin
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Nombre de messages : 726
Date d'inscription : 14/05/2005

MessageSujet: Re: Extérieur - Jardin   Ven 21 Mar - 22:06

[La maison d'Ariela Accorti - Salon]

Il était heureux que la comtesse ne se pressât pas, car le médecin allait plus lentement encore. Certes le Castello offrait un peu de nature au sein de la ville, mais cela restait très réduit et la verdure - même hivernale - lui manquait cruellement. Muzio profitait donc pleinement de l'occasion pour observer tiges, rameaux, bourgeons, voire pour caresser du doigt les petites feuilles persistantes. Tout semblait parfaitement entretenu - un peu trop même pour Muzio qui aimait le désordre harmonieux des prairies, mais la promenade le réjouissait assez pour qu'il n'y trouve des motifs de contrariété. Il admirait d'altiers rosiers lorsque la comtesse l'interrogea.

« Non, je crois que monsieur Catanei délaisse un peu l'orchestre pour des travaux plus personnels. Ce dont je me réjouis, d'ailleurs. Un tel talent dans tant de doute, cela mérite un épanouissement continué et personnel. »

En posant les yeux sur les plants que lui avait révélé le tournant de l'allée, Muzio oublia sensiblement son locataire. Il prévoyait d'heureuses découvertes.

« Puis-je... ? » demanda-t-il, plein d'ardeur.

Il entreprit l'examen attentif et enthousiaste des différentes espèces qui constituaient la collection végétale de la comtesse Accorti, agrémentant ses observations de commentaires spontanés:


« Erythrée délicate... Formidable pour faire passer la fièvre... Une bonne tisane de celle-ci et c'en est fini de votre migraine... Ohoh, Verbascum thapsus crassifolium, te voilà... »

On aurait pu jurer que le médecin souriait aux plantes tout en laissant couler un flot de paroles inhabituel. Il se faisait un jeu de reconnaître les espèces sans en voir les fleurs et de rapporter une anecdote sur telle ou telle plante. Un jour, Maritza lui avait reproché d'aimer au moins autant les herbes que les hommes. Ils en avaient ri. Et, de fait, Muzio ne se lassait pas de regarder, de toucher, de parler:

« Savez-vous ce que l'on raconte à propos de celle-ci ? Que c'est en la voyant, à l'âge de neuf ans, qu'Arcimboldo tomba amoureux à la fois de la peinture et de la nature. Que lui doit-on, n'est-ce pas... »

Un éclair espiègle passa dans ses yeux tandis qu'il ajoutait:

« On dit aussi que cette jolie demoiselle est un message que le roi de France adresse à ses petites maîtresses, lorsqu'il en fait attacher un bouquet à son attelage. L'avez-vous vue au printemps ? Est-ce qu'elle ne semble pas dire, en effet, "rejoignez-moi, aimez-moi" ? »

Le regard du médecin se porta non loin de cette fleur coquine, et il s'approcha de sa nouvelle découverte:

« Conium maculatum ! Diantre, j'ose espérer que vous la connaissez, celle-là ! La grande ciguë... Mortelle, vous savez. Ah mais je vois qu'elle cohabite avec l'armoise absinthe... Amusant. Vous savez donc que la deuxième est un antidote contre la première ? »

Muzio consentit enfin à se redresser, le dos douloureux.

« Les plantes les plus dangereuses sont aussi les plus liées à l'amour, vous ne trouvez pas cela étrange ? Prenez la belladona, par exemple. Elle peut tuer un homme, mais embellit le regard de la dame qui en met quelques gouttes dans ses yeux. Comme si le summum de la beauté était la mort... Je trouve cela absurde. Pas vous ? »
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Ariela Accorti
Comtesse
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Nombre de messages : 57
Date d'inscription : 07/02/2007

MessageSujet: Re: Extérieur - Jardin   Jeu 17 Avr - 19:49

Epanouissement personnel, tiens donc. Décidément, Demetrio avait beau être d'une adorable timidité, il n'en n'était pas moins un grand amateur de femmes. Il n'y avait que cette espèce là pour le libérer un peu de son obsession artistique. Il suffisait de savoir le flatter avec adresse sur ses sujets favoris pour finalement l'en écarter et l'amener à jouer d'autres instruments, discipline où il excellait tout autant. Maintenant qu'elle connaissait avec certitude les petits secrets qui unissaient Demetrio à Brunilde, les mots du médecin prenaient tout leur sens. La comtesse se demandait cependant à quel point le jeune homme pouvait être dévergondé. Elle savait qu'il donnait toujours des leçons à la baronne Visconti. Elle les soupçonnait très fortement là aussi de galipettes compromettantes, du moins si la jeune femme était assez déniaisée pour avoir l'idée de s'amuser avec un homme. Et, plus particulièrement, elle se demandait ce que Brunilde savait de cette relation là. Joli tableau décidément, au milieu duquel placer un grain de sable fatidique pourrait se révéler particulièrement réjouissant.

Elle en était là de ses réflexions lorsqu'ils découvrirent les plants médicinaux au fond du jardin. Elle ne put se retenir de sourire en regardant le médecin courir d'une plante à l'autre, soudain très volubile, à deux doigts du lyrisme grandiose. Les hommes étaient tous les mêmes, après tout. Flattez leur passion et ils vous mangent dans la main.

Elle le laissait parler, certaine qu'il devait prendre plaisir à raconter ses plantes ainsi, à faire presque visiter un jardin qui n'était pas le sien. Des années auparavant, elle avait suivi un vieux domestique dans la bâtisse d'Andrea Caprara, homme qui lui avait montré toute une enfilade de pièces sans intérêt apparent, mais auxquelles il donnait vie par une anecdote plus ou moins romanesque faite d'amants surpris ou de thé renversé sur un jupon souverain. Muzio lui faisait penser à ce vieux serviteur en cet instant. Un passionné qui se parle à lui-même, trouve un plaisir joyeux à se remémorer de petits détails et des rumeurs de rien, et qui trouve le sommet de son aise en un petit public approbateur lui servant surtout à s'écouter bavarder plus longtemps.

Elle appréciait toujours assez les gens passionnés. Ils étaient de ceux qui ne savent pas se cacher éternellement derrière le masque courtisan, faiblesse aimable s'il en est. Cela ajoutait à l'humain une sorte d'innocence enfantine, mais magnifiée. Bien plus intéressante finalement que l'innocence ignorante et sotte d'une Donatella Visconti.


"Ma mère le savait, je suppose... Pour ma part, j'ai juste eu le conseil d'éviter à tout prix de toucher au conium maculatum. Je ne saurais même pas vous dire en quoi il est mauvais, même si j'ai bien compris que c'était une plante pleine de danger..."

Muzio était trop occupé pour qu'elle aie à tenter d'éviter de lui répondre. Il n'avait pas la tête à tenter de déceler le mensonge, c'était évident. La comtesse mentait d'autant plus naturellement qu'elle ne se sentait pas menacée.

"L'amour, cher docteur, est une chose dangereuse qu'il faut aborder avec une grande précaution. Peut-être que la nature a voulu fournir à nos poètes matière à métaphore en créant des plantes telles que la belladone.
Absurde, Maître ? Je pense que là n'est pas le mot. Malsain, peut-être. L'homme est fasciné pour les beautés éphémères, parce qu'elles sont fragiles et amenées à mourir, à disparaître. Cela les rend précieuses. Ce n'est pas la mort qui est belle, mais c'est elle qui sublime les instants qui la précèdent. Une jeune personne qui meurt dans la fleur de l'âge prend le monde de court, et fige dans les esprits la dernière image vivante qu'on en a gardé. Une image magnifique, puisque la beauté n'a pas eu le temps de se faner pendant de longues années."

Ariela porta un doigt à ses lèvres, les yeux perdus dans le vague.

"Non, ce n'est définitivement pas absurde. La mort est juste une terre inconnue qu'on craint et qui nous fascine tout à la fois. Que Dame Nature y ajoute encore du sien pourrait sembler presque dans l'ordre des choses. Peut-être qu'en temps que médecin, vous vivez la mort de plus près... Vous devez la côtoyer souvent. Vous en venez peut-être à une forme de compréhension qui n'est pas accessible au commun des humains, peut-être que vous êtes amené à voir la fin de la vie comme un corps inanimé, plein d'humeurs ou dégorgeant de sang, un... objet ? bien tangible. Vous ne voyez peut-être plus la magie que l'idée de la mort peut provoquer chez nos contemporains, moins au fait que vous de la trivialité d'un corps décédé ?"

Arrivée au bout de son raisonnement, la comtesse se rendit soudain compte qu'il pouvait être inconvenant, ou mettre le médecin mal à l'aise. Elle s'empressa de quitter son petit air méditatif.

"Oh! Excusez moi. Je vous prête des pensées sans savoir quelle est votre idée... Je me suis laissée emporter. J'espère que vous ne m'en voudrez pas de ce petit travers."
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Muzio Barrozi
Médecin
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Date d'inscription : 14/05/2005

MessageSujet: Re: Extérieur - Jardin   Ven 18 Avr - 23:19

Après avoir été séduit par le début du discours de la comtesse, Muzio se trouva, comme elle l'avait deviné, mal à l'aise. Emportée par ses paroles, elle laissait entrevoir toute la fascination que lui inspirait la mort d'une façon que le médecin jugea malsaine. Bien sûr lui-même n'était pas insensible à la poétique de la fin et du mystère l'entourant, mais ressentir dans le même temps un dégoût d'ordre physique et de la jubilation intellectuelle lui avait toujours paru signe de perversion.

« Non ne vous excusez pas, vous avez sans doute raison. Pour moi la mort est avant tout une défaite physique, un épuisement du corps. La séduction intellectuelle ou artistique qu'elle exerce me semble être une puissante échappatoire aux difficultés de la vie. Une fuite en avant. »

Dur dans ses paroles comme dans ses pensées, le médecin soudain se détendit et offrit un sourire d'excuse à son hôte:

« Voilà des propos bien sévères pour un lieu si paisible. Vous avez une collection végétale surprenante, Madame, et fort bien entretenue. Je vous remercie de m'en avoir fait profité. »

Il hésita un instant puis:

« Oserai-je vous demander un échantillon de celle-ci ? » Il désignait une petite plante au feuillage sempervirent. « Oh rien qui risquerait de l'affaiblir, juste un petit rameau. Pour compléter mes observations... »

Outre les carnets qu'il tenait concernant la médecine, Muzio disposait en effet de nombreuses notes botaniques agrémentées de dessins - les végétaux étaient les seules choses qu'il savait reproduire -, et d'herbiers régulièrement enrichis au gré des promenades. Un petit trésor de passionné.

Il hésita un instant avant de poursuivre.


« Et puis... Tout de même, je ne suis pas tranquille. Verriez-vous un inconvénient à ce que je récolte quelques fleurs, cet été ? Je pourrais préparer un certain nombre d'antidotes aux petits poisons que vous détenez à votre insu. Un accident est si vite arrivé ! »

Dégrisé après cette balade enthousiasmante, Muzio avait bien conscience qu'il paraissait difficile de s'empoisonner involontairement compte tenu des doses nécessaires, mais "la magie que l'idée de la mort pouvait provoquer" l'avait soudain mis en alerte.
Dans tous les cas, posséder ces antidotes serait une très bonne chose.
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