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 La Fontaine

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Du Bout des Doigts
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MessageSujet: La Fontaine   Mer 14 Fév - 20:50

...
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Iago degli Albizzi
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Jeu 15 Fév - 21:50

[Ca Adorasti – Le Grand Salon]

Iago était arrivé chez Ugo par des chemins détournés. Il avait marché, décidé de ne pas prendre le bateau. Cela lui avait permis de réfléchir. Et de se rendre compte à quel point vraiment, cette journée était catastrophique.

Il n’avait fait que courir d’un point à un autre de la ville. Et son esprit avait fait de même battant la campagne sans la moindre conduite. C’était inadmissible. Honteux. Insupportable. Exécrable.

Qu’il se laisse aller comme ça… il ne savait même pas à quoi il se laissait aller, mais il savait qu’il se perdait.

Il était arrivé devant une petite porte verte dans un mur aveugle, petite porte banale dans la ruelle, tellement banale qu’on oubliait souvent qu’elle donnait sur le jardin du palais Grazziano.
Peut-être parce qu’il avait retrouvé son chemin physiquement, son chemin mental fut soudain beaucoup plus clair. Et le déclic de la serrure dans laquelle il tournait la clé sans y prêté grande attention déclencha un déclic dans son esprit.

Il ferma soigneusement la porte derrière lui pour éviter que l’idée ne s’en aille et s’avança doucement dans le jardin. C’était évident.
Une fois de plus il se prenait en flagrant délit de fuite. Une fois de plus il s’était mis à courir dans tous les sens pour tenter de laisser son esprit derrière lui. Il avait tenté d’arrêter de penser pendant une demi-journée. C’était pathétique.

Maintenant il était éparpillé, ébranlé. A force de fuir et de courir, on sème son esprit. Une pensée vers le médecin, une autre vers Elio qui avait disparut… Un vague souvenir du café viennois de la femme qu’il avait revu ce matin. Les paroles de Gabriella qui restait dans sa tête et auxquelles il fallait qu’il pense… Le regard de Graziella. Les piaillements des valets, et Elio qui n’est pas là. Et Gabriella qui dit n’importe quoi.
Et puis la porte de la chambre de Danilo qui se ferme et se referme sans arrêt dans sa tête… Le battant qui tombe dans un bruit d’air la serrure qui fait clac. Le battant qui tombe dans un bruit d’air et la serrure qui fait clac. Un bruit d’air et un clac. Un bruit d'air et un clac. Incessant. Taraudant.

Iago se trouvait accroupi les mains posées sur la margelle de la fontaine, le visage juste au-dessus de l’eau. Il regarda son reflet qui décidément ne ressemblait à rien et articula pour lui-même, sans prononcer de son :


"Cosimo, tu es pitoyable… garder la tête froide…"

Puis il inspira profondément et plongea la tête dans la fontaine. Là, dans l’eau, il ouvrit les yeux.
Voilà. Comme cela, c’était bien.
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Sole Cro
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Sam 17 Fév - 18:29

[Suite d'Olympia di Lucore]

Déambulant dans les couloirs de son pas gracile et désinvolte, Sole avait emprunté le chemin le plus court pour guider la marquise de ses appartements jusqu'aux jardins.

D'abord parce que cette dernière lui avait demandé de lui donner des nouvelles du récent mariage de la princesse Bianca di Grazziano et du prince Elio Lacryma Adorasti, et qu'elle ne voulait pas qu'un indiscret, l'oreille collée contre une porte ou dissimulé dans le recoin sombre d'un corridor mal éclairé, entende ce qu'elle allait en dire.

Ensuite, il était fort probable qu'une aussi grande dame que la marquise ne souhaite pas être vue devisant dans les couloirs avec un simple petit valet.

Elle avait donc choisi de ne pas flâner, ce qui aurait été parfait pour faire visiter les lieux à la marquise, car il était pour elle évident que c'était au prince Ugo de faire les honneurs de sa maison à son invitée.

C'est pourquoi, moins d'une dizaine de minutes après être sorties de la chambre, les deux femmes arrivaient dans les jardins du palais, la première, vêtue de la livrée des Grazziano, rapportant de sa voix fluette et chantante les derniers ragots qui couraient dans la ville sur les personnages les plus à la mode, à la deuxième, qui arborait une magnifique mante masquant une belle robe de satin.

Quand Sole s'arrêta devant un banc de pierre, non loin de la fontaine, sans remarquer encore l'homme qui y avait plongé sa tête, elle n'avait toujours pas abordé le sujet du mariage.
Elle gardait le meilleur pour la fin.

Elle se tourna vers la marquise, et inclina légèrement la tête en montrant le banc.


" Si madame désire s'asseoir. "

Puis elle la releva, et, de ce ton mi-badin et mi-sérieux qu'elle avait déjà employé pour conter les petites anecdotes qu'elle avait entendues, continua de cancaner.

" Et quant au mariage dont madame a parlé tout à l'heure, il paraît qu'il est bien triste. On ne cesse de dire, dans les rues, que la princesse Bianca est au désespoir d'avoir dû épouser le prince Elio. Et je n'ai jamais eu l'honneur de voir de mes yeux ce fameux prince, mais à ce qu'on raconte, il est tout à fait antipathique. Toujours froid, distant, et que sais-je encore. Un vrai glaçon!, m'a dit l'autre jour un gondolier."

Sole avait laissé son regard errer sur la flore qui les entourait avant de le ramener sur la marquise, prenant soin de ne pas se fixer sur ses yeux, impudence qui autrefois lui avait valu bien des fois des coups de bâtons généreusement appliqués.

" Mais ce n'est pas tout, si madame veut en savoir plus. Une marchande d'écrevisses, qui a une voisine qui a une fille qui a une amie qui est cousine avec une soeur de lait d'une servante au palais Grazziano, m'a raconté que le prince Elio n'est peut-être pas fidèle. Il sortirait la nuit, sans escorte, et certainement pas pour aller à la messe. Quant à la princesse Bianca, elle m'a dit que ce n'était pas mieux de son côté. Qu'elle se promène sans dame de compagnie et sans la permission du prince. Et qu'elle a l'air trop douce et trop bonne pour être honnête."

Sole leva ses yeux vers ceux de la marquise.

" Ce ne sont après tout que des caquetages, et seuls les esprits éclairés sauraient en démêler le vrai du faux, mais c'est ce qui se dit dans Venise ces derniers jours. "

Il y avait une différence entre rapporter les ragots et donner son opinion, et si l'on avait demandé son avis à Sole sur ce qui devait se passer Ca'Adorasti, elle aurait répondu que si le prince cocufiait sa dame, elle n'avait aucune raison de se gêner de lui faire porter les cornes à son tour.

Selon elle, le mariage était un châtiment imposé par le Ciel pour punir les hommes encore plus violemment que le Déluge, les dix plaies d'Egypte ou la peste noire ; une guerre sans pitié où chacun défendait avec peine ses propres intérêts, et, si possible, son honneur. Et puisque ces deux-là venaient de se jeter dans la bataille, autant la commencer à armes égales.

Le froid hivernal la fit frissonner malgré le manteau chaud qu'elle portait, manteau qu'elle s'était dépêchée d'aller chercher dans sa chambre avant de conduire la marquise dehors.


" Madame a peut-être soif? Faut-il que j'aille lui chercher à boire à la mais qu'est-ce que c'est? "

Elle s'était tournée pour montrer la fontaine à la marquise, et venait enfin de remarquer l'homme qui avait la tête dans la fontaine. Elle ne reconnut pas le seigneur Iago, qui vivait au palais aussi, et qu'elle avait quelques rares fois croisé dans ses couloirs.

" Faut-il être dément! Ne fait-il pas assez froid à son goût, qu'il se plonge la tête dans l'eau glacée? ", s'exclama-t-elle tout haut.

Ce n'est qu'après avoir purement et simplement traité l'homme de fou qu'elle remarqua que ses vêtements, comme ses chaussures, étaient ceux d'un gentilhomme.
Elle avala sa salive de travers, et se retourna vers la marquise, un air sincèrement penaud peint sur son visage mutin.


" Madame aura-t-elle la bonté de me pardonner ma grossiéreté, et de me permettre d'aller voir si cet homme se porte bien? "


Dernière édition par le Ven 23 Fév - 7:43, édité 1 fois
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Olympia di Lucore
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Dim 18 Fév - 21:22

Olympia avait docilement suivi de son pas pressé le valet jusqu’aux jardins.
Ainsi l'enthousiasme quasi maternel dont elle avait fait preuve à l'égard du jeune laquais portait ses fruits, il paraissait soudain tout enclin à la contenter. C’était maintenant au gamin de lui montrer qu’elle avait eu raison de "s’encombrer " de sa présence pour cette promenade de santé. Lorsqu’elle comprit qu’il s’apprêtait à lui faire part de tout ce qu’il avait entendu Olympia le gratifia d’un sourire à peine perceptible, oh oui Sole était un garçon plein de surprises.
Néanmoins ce qu’elle apprit n’était pas pour la surprendre, les lointains murmures qui étaient venu chatouiller ses oreilles bien avant son retour en Italie prenaient corps dans la bouche du valet à la langue agile .
Merci Sole, mille fois mercis. Merci d’être aussi bavard…

La toile était vierge, voilà que maintenant la marquise pouvait esquisser des formes dans le fond. Et sur le collier des révélations Sole enfilait chaque perle avec une minutie toute naïve et si propre aux gens de sa condition, avides de ragots pour les confiner dans l’idée fort stupide que toute enviable soit la vie des " grandi " elle n’est pas plus heureuse pour autant.
Les bruits de couloir et les " secrets " d’alcôve sont toujours bon à prendre pour croustiller sous la dent des aventuriers. Non pas que cet ensemble d' "on dit" comptât véritablement, à dire vrai Olympia n’avait cure de ce que les autres pensaient tant qu’elle n’y avait pas mis ses propres épices.
Mais autant avoir sous la main un brouillon de ce nouvel ensemble. Aussi bourbeux que les eaux de la lagune, les ragots que nommait le garçon avec une certaine complaisance venaient émousser la curiosité malsaine et poisseuse de la marquise. Elle jubilait presque, non rien de tout ceci n’était étonnant, cependant quelque chose s’était éveillé en elle. Quelle était cette jubilation soudaine ? Olympia se figura des griffes au bout de ses doigts. Cette vision éphémère émoussa ce désir grandissant de mêler à la saveur de ces galimatias son propre arôme.

Toute ouïe, mais pas sotte, la jeune femme préféra arborer une mine de circonstance en guise de commentaire chaque fois que Sole ajoutait une couche sur ce savoureux dessert.
La princesse était malheureuse ? Moue affligée.
Le prince allait étancher sa soif frustrée dans le lit d’une autre ? Froncement de sourcil.
Ainsi la princesse en faisait tout autant en feignant d’être aussi blanche que les oies de sa condition ? Hochement de tête désolé.
Oh oui tout ceci était fascinant, peu surprenant, mais fascinant certainement !

Ils étaient arrivés à hauteur d’une belle fontaine hélas un peu triste sans les éclats sublimes des jeux d’eau, coupés en cette saison. Elle fut étonnée en découvrant la cuve encore à demi remplie d’une eau claire, dans le fond reposaient maintes feuilles mortes déposées là par le vent d’automne. Olympia s’en désintéressa, préférant garder son esprit concentré sur ce qu’elle apprenait.

Manifestement Sole se faisait une opinion de tout cela, et c’en était presque touchant. Risible, mais cela dit charmant.
Lorsqu’il eut terminé la marquise fit montre de son humour mordant et s’autorisa un commentaire qu’elle jugea tout à fait à propos :


" Et bien voilà encore une noce qui contente les jaloux ! "

La marquise n’attendit pas l’injonction du valet et tourna tout autour du banc afin de s’offrir la meilleure vue sur les jardins où brillaient par endroit quelques flaques de neige éparses qui renvoyaient l’éclat d’un timide soleil hivernal. Olympia s’assit, lui tournant le dos ostensiblement. Sourde à ce qui suivit, toute sa pensée s’était engagée vers la pente des vérités irrévérencieuses, Olympia n’écouta pas le laquais lui proposer à boire .Il était peut-être temps de se débarrasser de lui, maintenant qu’elle s’en était fait un allié elle savait qu’il était apte à la satisfaire. A l’avenir pourrait-elle lui accorder sa confiance pour servir ses plans ? Sûrement.
La jeune femme désirait être seule, un moment, afin de digérer toute à son aise les révélations du gamin. Oui, chacune trouverait un tiroir qu’elle rouvrirait bien assez vite pour y glisser sa propre idée. Comme c’était excitant ! Elle fut tirée de cette contemplation intérieure vertigineuse par le glapissement du valet :


* Allons, qu’est-ce que cela veut dire ! *

Piquée au vif la marquise tourna la tête, prête à rebondir, lorsque son regard tomba au bas de la fontaine sur une silhouette d’homme accroupie. De l’angle où elle avait regardé la fontaine Olympia n’aurait pu le voir précédemment, mais maintenant qu’elle s’était installée en décalé elle pouvait à loisir observer l’intriguant…

La tête dans l’eau !

La jeune femme eut un hoquet de révulsion. Par ce froid ? Dans cette eau glacée ? Il fallait qu’il soit fou ! Jamais un homme bien pensant, donc bien éduqué, ne songerait à pareille folie !
Mais à en juger son aspect d’après sa silhouette émergée il n’y avait pas de doute, c’était bien d’un gentilhomme dont il s’agissait. Le spectacle était tout à coup fort amusant et une autre hypothèse se formula dans l’esprit aiguisé de la marquise.
D’un geste de la main vif et autoritaire elle arrêta le valet dans son élan et sans bouger d’un cil elle dit d’un ton moqueur :


"Laissez Sole ! Ce doit être l’un de ces coquins qui vient cuver son vin à l’abri des rires indiscrets et du babillage de ces dames ! "

A comportement irraisonné, saine provocation.
Un sourire sardonique vint ponctuer ces mots et la marquise tendit légèrement le cou, attendant avec gourmandise que cet imprudent daigne sortir la tête de l’eau et révéler sa figure.
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Iago degli Albizzi
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Lun 19 Fév - 22:20

Heureusement pour lui, Iago n'avait pas attendu la fin du discours de Sole pour relever légèrement la tête de l'eau. Certes, le jeune degli Albizzi pratiquait un peu plus qu'il n'était nécessaire pour sa réputation la pratique de l'apnée dans les bassins d'eau, mais cela ne lui permettait pas pour autant de se transformer en poisson à volonté, et il avait encore du mal à respirer dans l'eau...

Il entendit donc parfaitement bien les dernières paroles de Sole ainsi que l'aimable réponse de la Marquise.
Très calmement, il commença par se sécher soigneusement le visage avec la cape qu'il avait sur les épaules et qui décidément n'était pas la sienne, il n'avait jamais eu de vêtement aussi idiot, avec de la fourrure et tout un tralala de boutons étranges.

Il regarda autour de lui, s'assit sur la margelle de manière à être face à la femme et au jeune page. Il sourit avec satisfaction. Il avait de nouveau l'esprit clair. Cela était merveilleux. La tête froide, au sens littérale et figuré du terme.
Il inspira profondément et répondit à la phrase qui en fait, ne lui était pas adressée.


"Hé non, Madame, je ne suis pas ivre. Je ne suis pas non plus en train de chercher une source de beauté, de jeunesse éternelle, ou d'amour impossible... inepties que notre théâtre (médiocre au mieux, vous en conviendrez) se plait à attribuer aux fontaines."

Iago tapota trois doigts sur le dessus de la surface, créant ainsi un "floc floc" des moins mélodieux.

"Mais il se trouve que l'eau froide et le silence subaquatique apporte une vision du monde très reposante."

Il croisa les jambes, planta un coude sur son genou et un menton sur sa main.

"Savez-vous ? Un prêtre jésuite revenant d'orient, rencontré par moi il y a quelques années, un brave homme qui avait tout du jésuite et rien du prêtre, m'a raconté que dans ces contrées lointaines de Chine et de Cipango, il était d'usage chez les sages de s'entraîner l'esprit en restant plusieurs jours sous une cascade.

Evidemment, il n'y a pas ici de cascade mais des fontaines... Le résultat n'est pas le même mais...
Vraiment, si un jour vous vous ennuyez, n'hésitez pas, essayez. Vous verrez, c'est très reposant... Vous aussi jeune homme..."

Iago avait, pour cette fin de tirade, un léger sourire en coin, qui laissait penser qu'il n'attendait pas vraiment que son conseil, pourtant sincère, soit suivi à la lettre.
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Sole Cro
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Jeu 22 Fév - 22:38

Sole observa le gentilhomme pendant qu'il parlait, l'écoutant avec un silence poli. Elle le reconnaissait à présent, c'était le seigneur Iago, un ami du Prince.

Les filles de cuisine s'entendaient toutes pour dire qu'il était fou à lier, et bien que Sole n'ait pas souvent eu l'occasion de s'adresser à lui ou même de le voir, ce qui lui aurait peut-être permis de se faire une première opinion sur ce fameux bonhomme, elle devait bien reconnaître que là, assis sur la margelle d'une fontaine où il venait de se tremper la tête par ce temps glacial, à leur parler de jésuites et de sages chinois comme si de rien n'était, il avait vraiment l'air étrange.

Mais elle ne se laissa pas submerger par ses premières impressions et continua d'écouter ses paroles, qui lui arrachèrent un léger sourire ironique.


* Morbleu! Il paraît que le vieux Treviano a voulu un peu trop s'entraîner l'esprit en se reposant dans le canal. *

" Monsieur est trop bon de me faire profiter de ses conseils, répondit-elle dans une légère révérence aussi ne manquerai-je pas de les suivre. "

* .....en juillet..... *

Elle tourna brièvement la tête vers la marquise.

" Madame est une invitée de Monseigneur, Monsieur. "

Puis elle s'écarta de trois pas, sentant qu'elle serait sans doute bientôt de trop en compagnie de ces deux aristocrates, et prête à obéir.
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Olympia di Lucore
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Ven 23 Fév - 0:41

En de mêmes circonstances, un homme aurait pu se fâcher, tempêter même, contre l’insolence avec laquelle la marquise s’était adressé à cet original tout mouillé de son état. Mais non, son vis-à-vis se contenta de la faire bondir en arborant un sourire déroutant et en déployant (non sans une exquise nonchalance) son éloquence imaginative.

Cet homme, oui, tenait du fou ! Mais pas ce genre d’être que la vindicte populaire renvoie au titre d’idiot du village. Non, la folie douce, ce petit grain dont on disait Mozart habité, pour ne citer qu’un nom parmi ses illustres porteurs. Plutôt que de les mépriser, on les portait aux nues. On leur donnait le titre de génie pour mieux ne pas admettre de ne point les comprendre. L’entendement s’accorde toujours sur ce point sur ce que l’on ne comprend pas on pose le respect ou le discrédit.

Olympia sentit aussitôt que Iago était de ces êtres dont les paroles inintelligibles renvoient à l’intelligence la plus compliquée.
Et elle savait que bien peu de ses paroles pourraient un jour atteindre, et encore moins briser, le sourire goguenard et l’œil malicieux de son vis-à-vis.
Qui espérait-il tromper en se confondant dans cette excuse pourtant gorgée d’exotisme ?
Les mots étaient savants, un peu plus de naïveté et peut être de candeur, auraient suffi à Olympia pour laisser de côté cet « incident ». La nature de la marquise n’était pas celle de ces femmes qui mouftent devant l’irraison des autres, et encore moins de celles qui en rient sottement.
Plus exactement la jeune femme était toute disposée à savourer les anecdotes de ce monsieur qui se confondait bien habilement.

À mesure que l’inconnu expliquait de manière fort picaresque les hypothétiques raisons qui l’avaient amenées à plonger sa tête dans l’eau glacée Olympia haussait un sourcil incrédule et l’encourageait, par son sourire mimant l’étonnement, à continuer sur cette voie.
Lorsqu’il eut terminé Olympia ne pu retenir une salve d’applaudissement ponctuée de ces mots :


« Je dois reconnaître que si les rites aquatiques de par le monde ne sont d’aucun secret pour vous, il en va de même avec la narration ! »

Elle jeta un œil à Sole qui paraissait soudain bien malaisé à contenter cet olibrius, elle reporta tout aussitôt son attention sur le gentilhomme et fut étonnée de ne point entendre le valet la présenter davantage. Décidément ce garçon manquait cruellement de bon sens, peut-être la marquise avait-elle une part de responsabilité dans ce grossier relâchement.( Olympia n'aurait pu supporter de se blâmer). A trop les gâter, les valets en oublient parfois leur prime fonction : servir.

Au même instant, alors qu'elle braquait ses grands yeux sombres sur les gouttes d’eau qui perlaient sur le pourpoint de son vis-à-vis, la marquise fut saisie d'un imperceptible frisson et en oublia cette contrariété :

« Et j’imagine qu’en dehors de sa fontaine, Monsieur est un habitué des lieux ? »

Toujours très démonstrative la marquise envoya son bras dessiner une arabesque en direction du palais.

« L’eau coulant dans les canaux doit être fort attirante pour les créatures subaquatiques de votre espèce ! Pourquoi ne pas tout simplement s’y jeter plutôt que d’effrayer les dames en dissimulant la tête dans les fontaines du prince Ugo ? »

Reprit-elle, bien décidée à jouer cette conversation sur le mode de la dérision et du divertissement, aussi prit elle soin d’accompagner son ironie d’un haussement de sourcil dubitatif.
Olympia s’était approchée et son regard tomba sur le fond de la fontaine. Elle eut un nouveau frisson et releva rapidement la tête en enfonçant son cou dans la chaleur de la fourrure.


« Si je m'en fie à mon humble avis, le prince sait s'entourer d'une cour fort divertissante, c'est là quelque affaire dont vous n'avez pas fait mention jeune Sole ! »

Sans regarder le valet qui s'était mis justement à l'écart, la marquise franchit le dernier mètre qui la séparait de son locuteur. Arrivée à la hauteur de l’inconnu toujours assis sur la margelle avec une nonchalance que d’autres auraient décrié, Olympia le considéra de toute sa hauteur, profitant alors du fait qu’elle était en position de l’écraser du regard. Elle tendit le revers de sa main gantée avec une élégance bien propre à son rang afin de signer ses mots :

« Puisqu’il faut tout faire en cette demeure... » Elle haussa un peu le ton comme pour signifier à Sole que cette remarque valait pour sa bourde « ... permettez-moi de me présenter ! Je suis la marquise di Lucore. On me dit solaire et tempétueuse, aussi m’excuserez-vous de ne point vous rejoindre dans votre froide et humide retraite, je tiens à conserver tout mon éclat ! Et, d’ailleurs, ne dit-on pas des femmes qu’elles sont enclines à la sottise ? Aussi je me garderais bien d’aller un jour éteindre le feu qui m’habite, fut-ce sous la plus belle des fontaines ! »

Olympia n’aurait pu trouver meilleure formule pour se présenter. Iago l’étonnait, mieux, il la surprenait. Et cette deuxième rencontre, plus encore que la précédente, était susceptible de la contenter. Le personnage était intéressant. Fou, certes, mais divertissant.
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Iago degli Albizzi
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Sam 24 Fév - 3:10

Peut-être que l’eau froide avait également un effet lénifiant sur Iago, quoiqu’il en soit, il lui semblait que les deux personnes en face de lui soient un peu moins insupportables que le reste du monde. Le jeune Sole avait répondu avec simplicité et humour, et la dame de manière un peu plus compliquée mais compréhensible. Et puis c’était une femme, elle. Elle avait une excuse.

Il regarda un instant avec perplexité la main qui était tendue devant lui, hésitant entre la repousser gentiment sur le côté ou se plier aux conventions. Ce n’était pas qu’il cherche à avoir une image de gentilhomme convenable. Non, cela était trop contre sa nature. En plus, il était toujours assis alors qu’une dame était debout. C’était déjà trop tard pour cela. Et puis de toutes les façons un gentilhomme respectable ne plonge pas la tête dans les fontaines de son hôte. Dans n’importe quelles fontaines, d’ailleurs, il fallait bien l’avouer.

Bref, si Iago après un instant de perplexité, donc, avait pris la main et effleuré le gant de ses lèvres, c’était parce qu’il était contre l’absolutisme des doctrines et que refuser la main tendu était un affront qu’il ne jugeait pas encore être mérité par la femme en face de lui. Il aurait bien le temps de lui expliquer plus tard, s’il en prenait la peine, qu’il était relativement stupide de se plier à ce genre de cérémonies dénuées de sens.


"Bien… j’ai pour ma part hérité du nom de Iago degli Albizzi. C’est sous ce nom là que vous avez le plus de chance de réussir à me trouver, je le pense du moins. Quoique. "Le fou" doit être assez efficace aussi. "

Iago jeta un regard ironique à Sole, sachant que c’était souvent comme cela qu’on l’appelait dans les communs. Il releva son regard sur Olympia. Il n’avait toujours pas réalisé qu’elle cherchait à profiter de sa taille, ni qu’elle jetait des regards un peu anxieux vers la fontaine

"Cela fait quelques années effectivement que je vis en parasite dans l’entourage de notre cher Prince Grazziano. Je fréquente donc ce palais depuis notre arrivée il y a un mois à Venise. Mais je dois dire que c’est la première fois que j’essaye cette fontaine.

Et contrairement à vous, je pense que l’eau n’est pas la même suivant l’endroit où elle se trouve. L’eau des canaux que vous me conseillez avec une attention profondément touchante, me paraît non pas attrayante mais intéressante. Dans ce sens qu’elle permet d’avoir constamment près de soi une image de ce qu’est un être humain : trompeur, sale, vaseux, glauque, abjecte et omniprésent. Et saumâtre. "

Iago interrompit un instant son flot de parole pour réfléchir à la pertinence de la salinité de l’eau dans sa comparaison avec l’humain, puis haussa les épaules et reprit.

"Quoiqu’il en soit, l’eau des canaux de Venise ne me paraît absolument pas indiquée pour les éclaircissements de l’esprit par submersion…"

Il n’y eut pas vraiment de pause, mais l’esprit de Iago venait de faire comme un pas sur le côté, et par une association d’idée dont il avait le secret, il changea brusquement de sujet, sans changer réellement de rythme de parole ni de ton.

"Vous savez, j’ai quitté le palais hier soir, il n’y avait qu’une femme dans cette demeure. Je reviens ce matin, il y en quatre de plus. Ugo a lancé un avis de mariage ? Malgré toutes mes mises en garde ?"
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Olympia di Lucore
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Sam 24 Fév - 6:48

Lorsqu’elle lui tendit la main, Olympia crut déceler quelque chose dans le regard s’apparentant à l’hésitation. Quelque part dans sa tête, un serpent siffla. Et puis non, l’original se ravisa et cette impression diffuse fut chassée aussitôt par l’attention qu’accorda la jeune femme à celui qui se présentait désormais. Delgi Albizzi ? Ce nom ne lui disait rien. Et voilà que le gentilhomme se lançait dans une présentation à rallonge, Olympia nota soigneusement dans un petit coin de son esprit désormais réservé à l’intriguant qu’il se prêtait volontiers à son petit jeu.

« Le fou ? Allons, Monsieur, il faut que vous y trouviez quelque complaisance pour entretenir ainsi le mystère! »

Afin d'illustrer au mieux ses propos elle agita son bras de nouveau en sa direction puis désigna de l'autre la fontaine.
Sans doute le ton était un peu moqueur, mais c’était un jeu. Olympia avait dans ses « fâcheuses » habitudes, car c’est ainsi que les nommait affectueusement sa tante Isabella, de s’acoquiner avec les « drôles », ces gens nés pour défier les conventions. On les qualifie d’ « originaux », de « hors norme » ou tout simplement comme le résumait avec facilité Iago, de « fou ». Et c'était précisément cette raison qui la poussait à apprécier cette étonnante rencontre. D’autres femmes auraient secoué leurs éventails en pinçant leur nez poudré en entendant pareil « hurluberlu » assumer haut et fort sa folie douce. Si tant est qu’elles n’aient pas déjà fui pour caqueter à propos de la scandaleuse attitude de Monsieur degli Albizzi. Aussi Olympia saisit très bien l’ironie du regard du gentilhomme qui s’adressait en toute sincérité au jeune valet.

A la pensée que Sole assistait à tout cela sans pouvoir ajouter un mot puisque telle était l’une de ses fonctions (à savoir se taire) mais en restant témoin de cette rencontre (propice à de nombreux bavardages à en juger la réputation que se traînait Monsieur degli Albizzi) il était inutile. Olympia se souviendrait de lui en temps voulu. Et pour cela, rien de mieux qu’un renvoi en bonne et due forme justifié par la nécessité d’assurer à l'Itendant ( ou alors la Servante-en-chef, bref celui qui présidait à tout ce petit monde s'afférant dans les appartements du Ca'Grazziano) qu’elle avait été bien traitée.


« Sole, mon petit, voudrez-vous bien aller informer celui qui vous a mandé jusqu'à moi que je suis bien établie ? Il doit s'inquiéter de ne pas vous voir revenir avec vos croustillants détails sur la nouvelle venue ! »

Elle accorda un sourire au garçon puis reporta son regard sombre sur son vis-à-vis

"Mais je dois dire que c’est la première fois que j’essaye cette fontaine."

Visiblement décidé à jouer la carte de l’humour (et du second degré) Iago arracha un deuxième rire à la marquise lorsqu’il évoqua la fontaine comme d’un premier essai. Olympia répondit aussitôt de sa voix rocailleuse :

« J’ai donc interrompu une première tentative de méditation aquatique dans une fontaine… Ce qui m’importe désormais c’est de savoir si vous êtes toujours aussi besogneux lorsqu’il s’agit de vérifier par vous-même les théories rapportées d’un Jésuite ? Si cet homme de foi vous avait conseillé de vous jeter du haut d’une tour pour atteindre l’ataraxie, en auriez vous fait de même ? »

Elle aurait pu continuer ainsi des heures durant, c’était trop tentant. Facile, mais délicieux. Rien de plus agréable qu’un peu de saine provocation à cette heure où d’autres étaient servis de vin en écoutant d’assommantes conversations.

Mais voilà que le ton changeait, le gentilhomme se lança dans une description de l’humain qu’il comparait en toute justesse avec l’eau tourbeuse de la lagune. Il y avait dans les propos de degli Albizzi une verve qui révélait un esprit contestataire, lassé, rompu à l’agacement… Est-ce qu’il cherchait à la provoquer, à la tester ? La jeune femme ne pouvait en être certaine. Olympia aurait voulu ajouter quelque chose, d’ailleurs sa bouche s’ouvrit comme pour conclure les mots de l’inconnu. Mais, d’abord, elle était une femme, le sexe faible ne doit pas penser. Pour ce qui était du reste, mieux valait ne même pas y songer en cet instant... Jamais elle n’oserait, pas maintenant, c’était trop risqué... Ne jamais rien dévoiler au premier entretien... Ne pas laisser le soupçon s'insinuer, l'inconnu n'est jamais digne de confiance... Un autre jour ? Peut être… Son visage s’était paré d’une moue vaguement intéressée, rien n’aurait pu trahir le feu qui grondait au fond de ses yeux moirés. Alors elle changea la trajectoire, ravalant au même instant les mots qui s’étaient bousculés.Elle profita de ce que l’impertinent personnage marque une pose pour lui répondre d’un ton toujours amusé:


« Si tel est votre jugement des eaux tourbeuses de Venise, je me plais à croire que vous trouveriez les flots de l’Atlantique beaucoup plus propices à ce rituel ! Là bas les flots sont tumultueux, agités, changeants, tantôt calmes, tantôt furieux, parfois dangereux mais porteurs d’espoir lorsque l’horizon se dessine… »

Elle se figura un instant un navire sous un ciel de bistre, les nuages s’écartant dans le lointain sur une bande de terre éclairée par un soleil rouge déclinant et le bruit d’une grand-voile claquant dans le vent. Cette impression fugitive, revenue si vite en mémoire, lui décrocha un sourire nostalgique et elle ponctua ce petit élan de poésie par un léger soupir :

« Peut-être que d’autres s’accorderont davantage à cette description de l’humain… »

Olympia se tut, ce n’était pas maintenant qu’elle prendrait un risque inutile. Le phrasé était trop général pour attirer l’attention. Et si le gentilhomme souhaitait se douter de quelque chose, c’était son affaire et non plus la sienne.
L'anecdote sur les femmes était fortuite et Olympia profita de l’occasion pour se détourner du sujet dangereux vers lequel Iago l’avait entrainé (, peut être même sans le savoir.) La marquise trouva d’abord la plaisanterie sur un éventuel mariage de mauvais goût. Cétait insultant de glisser ainsi,en filigrane ,qu’elle était capable de s’abaisser à de telles aspirations ! Olympia était bien trop libre pour s’emprisonner le doigt d’un anneau hypocrite! La marquise n’était pas échauffée, ce n’était pas l’heure pour parler de sa condition. Laissant de côté cette désagréable sensation qui lui chauffait tout à coup le fond de la gorge (on l’appelle acrimonie, et c’était ainsi chaque fois qu’elle pensait au mariage), elle intervint d’abord sur les invitées du prince Ugo :


« D’autres femmes ? Ainsi je ne suis pas la seule à avoir choisi ce jour pour venir faire raisonner les murs de ma présence... »

Elle avait baissé les yeux et froncé légèrement les sourcils à l’évocation de toutes ces femmes au palais. Le serpent qui s’était tapi au fond d'elle se dressa de nouveau. Repensant alors à la boutade sur les noces et les conseils du gentilhomme, la jeune femme releva la tête et fixa intensément Iago :

« Vous vous contredisez Monsieur degli Albizzi ! Vous qui me disiez être parasite en ces lieux voilà maintenant que vous vous accordez la place d’honneur aux côté de notre Gracieuse Hôte, vous devez être bien disposé pour vous autoriser ce genre de conseil ! »

Un sourire plein d’ironie vint marquer ses propos.

* Un hôte dont vous semblez bien indisposé à satisfaire de votre présence, car à vous croire vous n’avez pas passé la nuit ici… Rien ne se perd à qui sait entendre !*

Brûlante d’interrogations, l’intérêt émoussé par la révélation faite sur la durée du séjour du gentilhomme la marquise franchit les quelques pas qui la séparaient du banc et s’y assit tout à son aise en se blottissant confortablement dans la fourrure de sa mante. Le contraste était saisissant entre cette belle femme toute couverte de son épais manteau face à cet homme assis sur la margelle d’une fontaine, les cheveux mouillés livrés au vent glacé, la mine goguenarde.

« Un mois déjà que vous vivez ici ? Me feriez-vous une confidence à propos de cette ville ? Je serais très curieuse d’avoir l’avis d’un "fou" sur la Sérénissime, ville des masques et de la brume… Y êtes-vous à votre aise ? On dit que les vapeurs de l’Orient viennent enivrer ceux qui s’y perdent… »
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Sole Cro
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Dim 25 Fév - 19:12

Sole se fendit d'une révérence quand la marquise lui ordonna, à mots couverts, de la laisser seule avec le seigneur Iago.

Elle ne put s'empêcher de lui en être reconnaissante, trouvant qu'elle aurait fini par avoir l'air un peu bête à rester plantée ainsi près d'eux, à les regarder et à les écouter sans rien dire.


" Madame et Monsieur n'auront qu'à me faire mander s'ils en éprouvent le besoin. "

Elle se redressa, et finit avec un sourire poli quoique légèrement teinté d'ironie.

" Et je souhaite à Madame la bienvenue et un bon séjour en ces lieux. "

Puis, sans rien ajouter, elle se retourna et se dirigea vers l'intérieur du palais en sifflotant.
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Iago degli Albizzi
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Dim 4 Mar - 3:44

Iago n'avait pas répondu à toutes les nombreuses questions de la marquise parce qu'il ne trouvait pas qu'il ait réellement besoin d'y répondre. Un haussement d'épaule assez expressif devait, selon lui, suffire.

Comme presque tout le temps, Iago ne remarquait rien de l'élan poétique de la jeune femme, de ses inquiétudes, et évidemment, ne se "doutait de rien", puisqu'il de ne jamais accorder la moindre valeur à ce qu'on lui racontait. Les gens pouvaient vivre la vie qu'ils voulaient, avoir les secrets qu'ils voulaient, il n'en avait cure.

La dernière question de la marquise était très conventionnelle et l'ennuyait un peu, à vrai dire.
Son doigt se rappelant douloureusement à son souvenir, il avait enlevé le mouchoir et le trempait négligemment dans l'eau de la fontaine.


"Je n'ai pas de confidence à faire sur Venise... et ce que je pense... Et bien, que comme toutes les villes, qui sont des assemblements d'êtres humains, elle est un condensé de bassesses habituelles. Venise a le mérite peut-être d'être particulièrement pourrie et hypocrite, ce qui fait qu'elle en devient presque honnête.

Enfin, mon opinion ne peut vous être d'aucun intérêt. Une opinion est un jugement, un jugement est personnel.
Quant aux vapeurs d'orient, aux masques et aux brumes, ce ne sont jamais que des élucubrations d'esprits fragiles qui aiment à parer de merveilleux des faits pourtant doté d'une solide et basse matérialité.

L'esprit humain est ainsi fait qu'il n'a pas besoin des vapeurs de l'orient pour s'enivrer de pacotilles ineptes."

Une étrange odeur venant des vêtements de la dame lui fit brusquement changer de sujet et il se tourna de nouveau vers elle.

"Vous fumez ?"

La question n'était pas amenée avec délicatesse, mais le ton était neutre. Ni joyeux ni outré, ni quoi que ce soit.
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Olympia di Lucore
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Dim 4 Mar - 9:43

La conversation ennuyait Iago, il fallait voir son haussement d’épaule et sa moue désintéressée. A cela il y avait deux fautifs, jugeait Olympia, sa propre expansivité mais aussi le caractère de son vis-à-vis qui recevait ses paroles et qui, de toute évidence, n’était pas de ceux qui en faisaient leur miel. C’était rassurant, et au surplus un peu déstabilisant pour une dame habituée aux œillades enflammées et aux discours éloquents. Néanmoins, il l’amusait bien trop pour qu’elle lui accorde son répit.
Elle prêta une oreille attentive aux idées que le gentilhomme exposait. Décidément satisfaite de faire la connaissance d’un homme trop peu soucieux du qu’en dira-t-on. Lorsqu’il eut terminé elle ponctua cette conversation de quelques commentaires nourris de sa propre opinion, Degli Albizzi pouvait bien s'en ficher il faut être deux pour s'expliquer.


" C’est votre pensée, comme vous le dites, mais j’ai tendance à croire que ces frivolités sont aux grands aussi nécessaires que l’air que nous respirons… Certes, tout cela reste purement artificiel. "

Elle pointa le doigt vers-lui avec un petit sourire frondeur. Consciente de ce qui se tramait dans l'attitude de son vis-à-vis elle lui fit part d'une autre remarque:

" Toutefois vous-même, tout roué que vous êtes, vous ne pouvez ignorer que c’est cette platitude-là qui vous pousse à me répondre à défaut d’aller siffler en paix ailleurs ! "

Soudain, aussi inexpressif qu’une poupée de chiffon, degli Albizzi posa sa question avec une audace émérite. Il n’y avait rien d’offusquant ni de condescendant dans son ton, et à en juger sa figure il n’était pas choqué non plus. "Est-ce que vous fumez ?" Cette franche curiosité écarquilla grand les yeux de la marquise qui fut secouée d’un fou rire immédiat. Atterrée par tant de désinvolture, Olympia n'en était pas moins ravie de goûter à cette farce. Sans quitter des yeux le personnage, hilare, elle ne put s’empêcher de dire :

" Oh, vous, alors ! "

Tout ceci était très plaisant, d’abord la tête sous l’eau, maintenant les questions déplacées ! Degli Albizzi était un personnage odieux, grossier, mais tellement plus piquant que toutes ces têtes fatigantes et arrogantes qui semaient leurs inintéressantes conversations dans les salons. Olympia n’aurait changé pour rien au monde de vis-à-vis en cet instant !
Elle reprit son sérieux au prix d’un terrible effort et passa avec franchise aux aveux, il n’y avait pas à se méfier.


" Oui, je fume la pipe. Une délicieuse mauvaise habitude que j’ai rapportée des îles. Avez-vous déjà essayé ? "

Elle haussa un sourcil incrédule. Ce fut à cet instant qu’elle remarqua le mouchoir tâché de sang dans la main du gentilhomme :"Monsieur degli Albizzi, vous vivez dangereusement ! "
Le ton était plus moqueur qu'interessé. La jeune femme n’était pas curieuse de savoir comment il s’était fait cette blessure. C’était peut être sa façon à elle de lui rendre la monnaie de sa pièce, l’impertinence appelle toujours son échos.

Puis sans préavis Olympia se leva, ennuyée de rester ainsi inanimée la marquise marcha d’un pas léger jusqu’à la fontaine. Elle retira son gant et sans plus attendre trempa le bout du doigt dans l’eau froide :


" Apaisant vous dites ? Brr ! "

Elle avait remis son gant, non sans prendre le temps d’essuyer son doigt mouillé dans la fourrure blanche de sa doublure.
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Iago degli Albizzi
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Jeu 8 Mar - 20:56

A la première remarque de la marquise, Iago avait marmonné un "Je ne suis pas roué, je suis honnête..." sans chercher à plus développer cette épineuse question.

Madame di Lucore semblait s'amuser de la question qu'il lui avait posée sur le tabac, et la lui renvoyait.


"A vrai dire... j'ai longuement débattu avec moi-même pour savoir si oui ou non je devais fumer. J'en suis finalement arrivé à la conclusion que de toutes les manières, l'odeur était trop insupportable pour que j'en sois capable."

En revanche dire qu'il vivait dangereusement...

"Vivre, en soi est un acte dangereux... Moi-même je ne vis pas plus dangereusement qu'un autre, même si je ne sais absolument plus comment j'ai réussi à me couper le doigt."

D'ailleurs, Iago le sortit de l'eau. Apparemment, cela était parfaitement en voie de guérison. Il emballa de nouveau son doigt dans son mouchoir et resta un silencieux un peu plus longtemps qu'il ne serait correct.

"Vous êtes donc allée dans les îles ? Ou donc et pourquoi diable... les humains sont aussi stupides où que l'on se trouve sous la voûte céleste..."
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Olympia di Lucore
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Ven 9 Mar - 0:41

Olympia s’empourpra, pour elle l’odeur de son tabac était de loin la plus exquise qu’il lui ait été donné de sentir dans les fumoirs et elle ne pouvait ignorer ainsi les insinuations de degli Albizzi. Elle planta son regard dans celui du gentilhomme :

« Il n'est rien d'égal au tabac : c'est la passion des honnêtes gens, et qui vit sans tabac n'est pas digne de vivre… »

La jeune femme avait lourdement appuyé l'accent sur "honnêtes". Elle eut un petit sourire énigmatique et ajouta brièvement :

« Ce ne sont pas mes mots, je les ai emprunté à Sganarelle, le valet de Dom Juan ! Vous savez… Molière ! »

Puis degli Albizzi lui fit part de ses questionnements sur les îles. Elle fut ravi que l'homme s'intéresse à ses périples sur la mer des Caraïbes et dans les terres exotiques.
Evoquer ses voyages était de loin la conversation préférée de la marquise di Lucore, bien que cela faisait longtemps que ses carnets avaient servi un tout autre but que ceux d’une logorrhée contemplative…


« Oui, les îles. Où ? Les Antilles et les Amériques françaises, la Guyane et plus dans le nord, la Nouvelle Orléans. J’y ai séjourné sept ans en tout et pour tout. Bien que je doute que "séjourner" ne soit le terme approprié…

Pourquoi ? Mon père y est mort, je suis allée lui rendre une dernière visite, une espèce de dernier hommage ad vitam eternam… »

Evasive, Olympia leva un temps les yeux vers le ciel azuré où s’enfuyaient quelques nuages à l’aspect cotonneux. Une certaine aigreur lui piquait maintenant la gorge. Ignorant ce qui se jouait en son cœur la jeune femme reprit de sa voix grave et mielleuse :

« Longtemps on, par là j’entends les ‘honnêtes gens’ qui jonchent nos terres, a cru que le Paradis s’y trouvait...
Comme d’autres, en plus de mon devoir, je me suis laissée tenter par cette grisante aventure au parfum de rhum et de vanille ! Je ne peux que corroborer ces dires…
Assurément c’est bien d’un Eden dont il s’agit, mais vous faites bien de citer le diable Monsieur car à cet élysée on a vite fait de découvrir des allures d’enfer, tout vert de son état ! »

Olympia passa une main sous sa mante et posa la main sur son flacon de sel qu’elle manipula avec douceur entre ses doigts fins :

« J’en ai ramené un souvenir amer et trop âpre pour être ici si négligemment conté, peut être qu’un autre jour sous d’autres hospices, si la question vous parait intéressante à être entendue, voire débattue, je vous confierai ce que notre ‘aimable’ patrie y accomplit au nom des sacrosaints desseins royaux !
Vous parliez de stupidité, vous verrez ce qu’il en est de la cruauté ! Toutefois les deux ne sont pas incompatibles… »

Olympia se tut brièvement et adressa un regard éloquent à son vis-à-vis, ses grands yeux sombres s’étaient illuminés et toute sa figure au même instant s’était animée d’un nouvel éclat.
Elle ajouta d'un ton sibyllin, plus à elle-même qu’à degli Albizzi
: « La cruauté ayant cet avantage que, bien usitée avec un tant soit peu d’esprit, elle est un instrument redoutable d’efficacité… »

Olympia changea brusquement de sujet et retourna s’assoir sur le banc de pierre tout en prenant soin d’arranger sa mise afin de paraître sous son meilleur jour possible :

« Mais mes bavardages incessants doivent vous fatiguer les oreilles, dites-moi plutôt comment un curieux personnage comme vous est arrivé aux portes de la Sérénissime… Vous connaissez Ugo, certes, mais cela ne me dis point quelles sont vos origines ! Degli Albizzi ? Je gagerais que vous n’êtes pas napolitain… »

La marquise se garda bien d’ajouter qu’elle ne pouvait faire erreur, sa mère et sa tante s’étant divinement chargées avec une minutie proche de la maniaquerie de l’introduire comme il se devait aux mondanités napolitaines.


Dernière édition par le Lun 26 Mar - 0:27, édité 1 fois
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Iago degli Albizzi
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Lun 19 Mar - 19:00

Iago avait écouté les discours d’Olympia, mais son esprit, ne sachant pas rester longtemps en place sur un même objet, n’avait cessait de vagabonder. Sans doute que si, plus tard, on lui demandait de quoi il avait parlé avec la marquise il ne se souviendrait plus de rien.

Il pensait à ces terres lointaines, à l’ouest comme à l’est, se demandant si là-bas les gens n’étaient pas moins bêtes. Peut-être que les sauvages avaient, eux, une certaine honnêteté ? En même temps, l’honnêteté barbare des sauvages sans culture n’était pas vraiment celle qu’il recherchait, au contraire…

Il ne comprenait pas vraiment tout ce qu’elle disait, sur les diables verts et les desseins royaux… Elle parlait de ce ton qu’ont les gens qui veulent faire comprendre à leur interlocuteur qu’ils ont des secrets et que leurs paroles ont sans doute plusieurs sens. Iago fuyait ce genre de comportement comme la peste.
Selon lui il fallait, soit dire quelque chose, soit ne rien dire. Bien sûr, parfois, on parlait pour ne rien dire, mais c’était autre chose. Bref, il ne faisait que très rarement l’effort de déchiffrer les tons sibyllins.

C’est alors que la dame, de nouveau, s’intéressa directement et sans détour, à lui. Elle se livrait en s’asseyant à une étrange cérémonie dont le but était visiblement de paraître bien mais dont l’utilité échappait complètement à Iago. Néanmoins, il ne se sentait pas assez curieux, ni assez amusé, pour lui demander la raison de l’attention qu’elle mettait à s’installer. Pour une fois, il se contenta de répondre.


"Non, effectivement, je ne suis pas napolitain. Ma famille est de Florence, où j’ai toujours mes parents ainsi que mon frère. Je ne suis arrivé à Naples qu’à la suite d’une conclusion de justice un peu hâtive. J’y ai rencontré Ugo di Grazziano qu’à ma sortie de la charmante prison de la ville. C’était il y a plusieurs années déjà, et depuis je suis resté dans les parages du Prince.

Je n’éprouve pas un attachement particulier pour ma ville natale. D’autant moins maintenant que je sais que le très cher ami que j’y avais est à Venise maintenant… "

Iago eut un petit rire ironique et se redressa frappant des pieds sur le sol afin de chasser la raideur de ses jamabes. Rester assis trop longtemps sur la margelle glacée d’un puits n’était pas ce qu’il y avait de mieux…
Décidé à ne pas jouer aux sibyllins (et parce qu’il ne se rendait pas compte que son histoire sur les prisons pouvait ne pas être claire) il continua pour expliquer un peu la situation.


"Il s’agit du prince Adorasti, le beau-frère d’Ugo… Vraiment, une coïncidence pareille… Je lirai ça dans un roman, je n’y croirai pas. C’est d’un mauvais goût incroyable. Mais enfin, tout est d’un mauvais goût incroyable.

Maintenant, si vous voulez bien m’excuser, Madame, j’aimerai enlever ce que j’ai de crasse sur moi…"

Iago fit une petite révérence, assez peu sérieuse, devant la marquise et s’éloigna. A vrai dire, repenser à toutes ses histoires le mettait de mauvaise humeur et donc lui donnait froid. Il avait subitement envie de prendre un bain chaud.

[La Chambre de Iago]
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Olympia di Lucore
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MessageSujet: Re: La Fontaine   Mar 20 Mar - 1:17

Olympia restait interdite face au gentilhomme qui se montra, curieusement,volontiers bavard. La marquise s'en étonna, elle s'attendait en effet à ce qu'Iago expedie une réponse et reparte dans ce qu'on pouvait appeller ,venant de lui, une diatribe non intéressée. Et ce qu'elle apprenait de surcroit n'était pas pour lui déplaire, bien au contraire.

Ravie d'en savoir un peu plus sur son interlocuteur la jeune femme se redressa de tout son long et tendit le cou dans la direction de son vis-à-vis avec ce même sourire enigmatique dont elle usait chaque fois qu'elle était satisfaite.

Alors que l'excentrique s'était lancé dans un excellent numéro de contorsions il lui glissa une information de taille à en juger l'importance de l'affaire Grazziano-Adorasti. Cette fois-ci un sourcil curieux vint se dresser au dessus de l'oeil moucheté et la jeune femme murmura :


"Vraiment ? Une telle coïncidence ne peut être au goût de tous, c'est certain, cependant on ne peut nier combien l'ironie du sort sait être belle !"

Il avait l'air sincère, nul besoin de sonder outremesure ce qui se passait dans cette tête agitée.
Olympia se prenait à apprécier encore davantage la personnalité de l'aristocrate, s'il y avait quelque chose à tirer de cette rencontre qui touchait à son épilogue c'était bien que Monsieur degli Albizzi ,tout fieffé qu'il soit, était un gentilhomme honnête.
La courtoisie n'était certainement pas son fort, et son passé de prisonnier en disait long sur son rapport à la morale, il n'en restait pas moins quelqu'un sur qui il était certainement possible de compter, la sournoiserie dissimulant souvent des trésors d'intelligence.

Elle inclina sa tête respectueusement et ne prit pas la peine de saluer l'agité qui déjà s'en était allé.
La jeune femme promena alors son regard le long des allées désertes du jardin et soudain ses yeux se plissèrent lorsqu'elle devina la silhouette agitée d'une femme sortir du château.
Olympia murmura alors :


"Allons donc, en voilà une autre qui brave les températures polaires de la Sérénissime, le château d'Ugo ne connait donc aucun repos ?"

Et puis la silhouette se fit moins floue, à mesure qu'elle approchait Olympia se plut à détailler de son regard espion la démarche de la jeune femme qui visiblement semblait bien embêtée. Olympia reconnut aussitot les symptômes propres à un emportement, il n'y avait qu'à en juger la mise débrayée de la pauvresse pourtant si bien coiffée. Il paraissait évident que la demoiselle était autre qu'une simple dame de compagnie, la parure accompagnant sa belle robe de couleur tendre venant appuyer ce constat.

La jeune inconnue déambulait dans les allées en agitant nerveusement la tête, Olympia eut un sourire d'approbation lorsqu'elle reconnut le bruit caractéristique d'un cailloux que l'on repousse du pied et qui ricoche au loin. Ainsi cette belle femme blonde était en colère, et le courroux lui seyait à merveille.

La marquise eut alors un nouveau frisson qui la ramena à ses priorités. La présence de cette dame au jardin signifiait que le déjeuner privé du Prince touchait à sa fin et qu'il s'était de toute évidence mal terminé pour ainsi pousser une convive à braver les températures hivernales sans aucune autre protection que le tissu façonné. La jeune aristocrate se garda bien d'aller interrompre ce charmant moment d'introspection mouvementée, ce n'était pas la tentation qui lui manquait, mais elle connaissait suffisament les usages pour savoir combien il est risqué d'aller à la rencontre de quelqu'un qui cherche prétexte à exprimer son irritation.

Rassemblant les pans de sa mante sur ses jupons, Olympia décida qu'il était temps de retrouver la chaleur douillette de ses appartements afin d'y récupérer sa pipe qui déjà lui manquait.
Il aurait été amusant de voir ce qui allait suivre pour l'inconnue agitée, mais la belle aristocrate ne se sentait pas l'envie de supporter davantage le souffle glacé du vent dans son cou.
Après un dernier regard jeté dans la direction de l'énervée la marquise prit le chemin de sa chambre.


[La chambre d'Olympia]
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