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 Le Petit Salon

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Du Bout des Doigts
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MessageSujet: Le Petit Salon   Jeu 5 Avr - 6:14

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Lucrezia di Lorio
Baronne - Ca'Adorasti
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MessageSujet: Re: Le Petit Salon   Mar 17 Avr - 4:39

[Premier post]

Venise, enfin ! Lorsque, de la côte, s’étaient dessinées les reliefs de Saint Marc, le cœur de la baronne di Lorio s’était serré.
Et tandis que l’équipage glissait silencieusement sur la lagune, la jeune femme n’avait pu retenir le sourire d’impatience qui n’attendait que cet instant pour éclore sur son visage, fardé selon les usages.

Elle avait quitté la Sicile sous la pluie, et retrouvait Venise éclairée d’un paisible soleil, comme si la Sérénissime avait revêtu ses habits de fête pour mieux l’accueillir, de nouveau, en son sein.
La gondole filait sur les flots bourbeux et Lucrezia ouvrait grand ses yeux, derrière son éventail, détaillant avec plaisir les palais qui ne lui avaient que trop manqués.
Passé le Rialto, l’équipage commença à s’activer. Seule Lucrezia demeurait immobile, gardant ses yeux rivés sur les façades.

Le Ca’Adorasti. Mystère des mystères… Sans doute le seul qui avait résisté à sa curiosité. Et celui qui l’avait le plus excitée. Aujourd’hui , justice lui était rendue, on l’y accueillait. Mieux encore, elle était invitée à y séjourner. Lucrezia avait encore peine à y croire. Un an auparavant, lorsqu’elle avait quitté Venise, les battants du portail étaient fermés. De lourdes planches gardaient l’accès au palais condamné. Et voici que, du haut du quai de ce même palais, on lui tendait une main ferme. Une main que Lucrezia saisit avec grâce, un sourire enjoué traçant deux fossettes sur son visage radieux.

Elle regretta presque que la traversée se soit déjà terminée, le roulement paisible des flots sur le bois des embarcations vénitiennes ne lui avait que trop manqué. Mais déjà son attention se portait sur ce qu’elle trouverait au-delà de la porte qu’on ouvrait sur son passage avec force de courbettes et de salutations distinguées. Le valet qui la précédait accourait prévenir le Prince de son arrivée.

La porte fut franchie. Lucrezia marcha d’un pas digne jusqu’au centre du hall d’entrée. Et là, elle s’arrêta pour mieux contempler les lieux. C’était superbe. Elio était ici, c’était certain. On le retrouvait là, dans cette superbe tapisserie représentant une chasse, ou ici dans la verrerie colorée de Murano, exposée sur une crédence. Et puis là encore, dans ce relief de métope, superbement mis en valeur contre le mur de bois cérusé.
La pièce entière était habitée de l’âme du Prince Adorasti. On pouvait presque sentir la chaleur glacée de son regard de feu couver les lieux. Les yeux de la jeune femme rencontrèrent le profil d’un nu féminin d’un blanc immaculé, Lucrezia eut alors un petit rire.
Rien ne trahissait la froideur florentine qui avait meublé l’enfance de son ami. Ici, dans ce palais raffiné, régnait l’emprunte indélébile du Prince Elio Adorasti.

Lucrezia attendrait de le féliciter comme il se devait, pour l’heure il lui fallait maintenant gravir les escaliers de marbre rose afin de pouvoir prendre pleine possession de ses appartements. Son regard scrutateur ne rata pas la dispute entre deux domestiques. Elle ne manqua pas de remarquer que tous deux étaient vêtus d’une livrée différente. Ce détail lui laissa présager quelques sombres perspectives pour celui qui s’était sûrement fait pincer à une autre place que la sienne. Dans les couloirs, les tapisseries du meuble d’hiver reprenaient le thème de la chasse du hall d’entrée. Lucrezia hocha la tête silencieusement, et songea combien ce plaisir lui avait manqué sur les terres arides siciliennes. Enfin, on lui ouvrit la porte menant à sa suite.

Elle retint une exclamation de ravissement. Oui, Elio avait tout préparé. Le bon goût de son ami se retrouvait à nouveau dans chacun des recoins des pièces. Et puis là, posé sur un guéridon au centre du petit salon, ce bouquet d’orchidées en sucre. Subtil clin d’œil, cerise sur le gâteau des bonnes intentions du Prince Adorasti ! Il lui tardait déjà de planter ses jolies dents dans le croquant des pétales saupoudrés de doux cristaux.
Un valet fit son entrée, un lourd plateau d'argent dans les bras sur lequel fumait un service à thé, sans plus attendre la baronne vint s’assoir sur le petit canapé tendu de soie et tendit une main dans laquelle on déposa aussitôt une tasse de son thé préféré, aromatisé au jasmin. Venise, enfin !
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Luciano di Lorio
Ami de la Famille Adorasti - Ca'Adorasti
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MessageSujet: Re: Le Petit Salon   Mer 18 Avr - 1:26

[Le Grand Salon-Bibliothèque]

De toute sa progéniture, légitime aussi bien qu’illégitime, Luciano avait toujours considéré Lucrezia, sa Lucrezia, comme la plus accomplie, la plus digne de porter le nom di Lorio, la seule à qui il aurait transmis la gouverne de sa famille en toute confiance. Non pas que Cesare manquât de poigne ou que son éducation eût souffert de peu de rigueur. Son principal défaut, si on pouvait le qualifier ainsi, était son esprit trop clair, dénué des détours et des dédales qui caractérisaient celui de son géniteur.

Contrairement à nombre de parents, l’aristocrate posait un regard critique et sans complaisance sur la chair de sa chair. L’évidence lui était rapidement apparue que la cadette possédait la subtilité et la ruse qui faisaient défaut à son aîné. Même si on avait tenté de l’y initier dès son plus jeune âge, Cesare n’avait jamais rien entendu aux intrigues de salon. Sans doute aurait-il été plus à sa place dans les siècles précédents, alors que l’arc et l’épée étaient les armes de prédilection de la noblesse, et aurait connu une gloire sans pareille en tant que chevalier. Il administrerait le domaine avec l’ordre et la méthode qui lui étaient propres, mais sans le flair politique ou les moyens retors de son prédécesseur.

Quant au tout dernier, cette adorable peste d’Andrea, peut-être était-ce la relative liberté dont il avait joui qui l’avait rendu aussi insouciant, aussi à l’opposé de son frère, tellement sérieux et soucieux. Il était dommage qu’il n’ait usé de sa roublardise naturelle que pour jouer des tours pendables à toute la maisonnée.

En somme, Lucrezia eût été parfaite… mais la Fortune avait voulu qu’elle soit la deuxième née et qu’elle ait été faite femme. Ce n’était ni un bien ni un mal, seulement un fait, et celui-ci n’avait jamais altéré la fierté qu’éprouvait le baron pour la prunelle de ses yeux, la seule femme et l’un des rares individus devant qui il se soit plié. Des deux autres, l’un était mort il y avait plus de vingt ans et l’autre était resté dans son palais florentin.

N’y avait donc plus que cette lumineuse jeune femme, installée dans le salon de sa nouvelle suite, pour exercer un ascendant sur sa volonté… et à en juger par le sourire qui s’était épanoui sur le visage de Luciano, il n’y voyait absolument aucune objection.


« Lucrezia, viens embrasser ton vieux père qui souffre dans son âme de n’être entouré que de sauvages hostiles et sans éducation. »

S’il avait prononcé le nom de sa fille avec une réelle affection, l’amusement brillant dans ses yeux gris trahissait l’ironie du reste de ses paroles, ironie qui ne devait pas avoir échappée à son interlocutrice. L’invitant à se redresser d’une main pour la serrer contre lui dans une étreinte toute paternelle, il la dévisagea avec gravité avant de s’enquérir :

« Te portes-tu mieux? Le voyage n’a pas été trop éprouvant? »

De nouveau, ce sourire qui lui montait aux lèvres tandis qu’il ajoutait :

« Je n’aurai pas de cocher à faire fouetter ou de batelier à envoyer aux galères pour t’avoir le moindrement indisposée? »

En dépit du ton malicieux qui teintait ses propos, il n'aurait pas hésité à mettre à exécution ces menaces, puisqu'on ne badinait pas avec les enfants du baron di Lorio.
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Lucrezia di Lorio
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MessageSujet: Re: Le Petit Salon   Dim 22 Avr - 12:01

A peine arrivée, déjà accueillie ? Lucrezia goûtait d’autant plus à l’instant que c’était son propre père qui accourait dans ses appartements. Ses yeux rieurs embrassèrent la silhouette robuste de ce lion qui veillait jalousement sur la seule femme de sa meute.

Un rire irrépressible suivit les paroles du Baron alors qu’il s’était porté à la hauteur de sa fille. Déjà, celle-ci s’était levée, et tendait les bras dans la direction de la figure aimée, avec cette tendresse dont elle-seule faisait usage en la présence du Baron. Elle soupirait, conquise par l’ironie de son père, ce mordant qui lui avait paru si lointain, et dont elle se languissait sous le soleil trop fort de la Sicile. Elle n’aurait su dire si c’étaient les yeux gris soudain lumineux, ou ce sourire qui oubliait les sarcasmes pour se parer d’affection en sa présence, ou bien encore tout simplement le parfum poudré de ses mains élégantes, mais il était indéniable qu’il lui avait manqué.

« Allons, mon Père, que n’avez-vous besoin d’aller vous chercher des ennemis jusque dans les palais de mes amis ! »

Elle fronça avec exagération les sourcils et posa, sans plus attendre, ses mains dans celles de son illustre paternel.
Déjà, ce dernier faisait montre de ses scrupules à propos de sa convalescence.
Avec un haussement de sourcils faussement exaspéré, la jeune femme secoua la tête de droite à gauche avec insistance, moquant avec plaisir les inquiétudes nullement fondées de son vis-à-vis quant à sa santé, désormais rétablie.


« Ne lisez-vous donc pas les lettres de votre amie Leonora ? Elle m’a pourtant assurée vous avoir inondées de missives à ce sujet. Je me porte comme un charme, naturellement ! »

Après une œillade complice, elle serra, plus fort encore, ses mains exercées au clavecin dans celles du violoncelliste :

« Le voyage s’est déroulé comme dans les termes de votre dernière… » Elle hésita un moment sur l’appellation à employer quant à l’ultime billet de son père, billet qui laissait présager de biens sombres perspectives si sa fille n’était pas ramenée, « comme il se devait », à bon port « ordonnance ! A savoir, aussi tranquillement que dans vos espérances, donc vous serez certainement ravi d’apprendre que je me suis ennuyée à mourir et que je n’ai rien risqué d’autre qu’une luxation du cou à force de lectures… »

Lucrezia se hissa alors sur la pointe des pieds pour déposer un baiser appuyé sur chacune des joues taillées à la serpe du Baron et recula, une étincelle malicieuse dans chacune de ses prunelles couleur noisette :

« Vous n’aurez donc pas à abattre votre foudre sur ceux qui ont veillé jusqu’au moindre détail de mon paisible, » Elle mima un bâillement lasse, couvrant avec élégance sa bouche entrouverte du revers de la main « et assomant retour ! »

Elle se rassit avec grâce et invita, d’un geste de son bras ganté, son père à prendre place à côté d’elle sur le canapé tendu d’un brocard de couleur tendre.

« Mais je vous en prie, asseyez-vous, que je vous fasse une confidence ! Ou plutôt, ce que j’appellerai une recommandation… »

Lucrezia inclina légèrement la tête et aussitôt un servant accourut pour remplir la tasse de thé qu’elle destinait à son père. La jeune femme suivit du regard le valet, avec l’intérêt qu’elle savait mettre dans chacune de ses entreprises et qui la caractérisait tant. Puis, avec sourire qui étirait ses lèvres pleines, elle reporta ses yeux à hauteur du visage du Baron.

« La prochaine fois, que Dieu m’en garde, je vous en prie… Donnez-moi une garde qui puisse m’apprendre quelque chose au duel ! »

Un éclat de rire suivit ses paroles tandis qu’elle appréhendait la réaction du Baron qui serait, elle le savait, absolument réjouissante. C’était là une saine provocation pour rappeler combien elle entendait mener à bien sa vie de jeune baronne affranchie de l’autorité familiale. L’heure était aux retrouvailles, il n’y avait nul besoin de s’attarder sur quelconque fâcheux sujet. Comme la présence de son père ici, sous les hospices du prince Elio, plutôt que chez eux…
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Luciano di Lorio
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MessageSujet: Re: Le Petit Salon   Dim 29 Avr - 6:01

L’accalmie après l’âpreté de la lutte. Peu arrivaient à insuffler un tel sentiment d’apaisement au baron di Lorio, qui avait plutôt pour habitude de connaître les tensions, les jalousies, voire la haine pure et simple, telle que le lui avait si galamment démontré Tiberio Adorasti. Tout comme il n’aurait pu supporter une existence dénuée de ces frictions qui la rendaient si divertissante, il savait apprécier à sa juste valeur le répit que seuls pouvaient lui apporter des êtres d’exception comme sa Lucrezia.

Nombre, dont Luciano lui-même, s’interrogeaient sur le miracle s’étant opéré pour que la jeune femme soit animée par une telle vie et une telle fraîcheur, considérant le caractère diamétralement opposé de son géniteur. Le contraste était on ne pouvait plus frappant lorsque père et fille se retrouvaient côte à côte. Difficile de croire que cette bouche aux plis cruels, si prompte au sarcasme et à l’ironie, puisse s’apparenter à ces lèvres pleines retroussées dans un sourire lumineux. Il en allait de même pour ce regard brillant, d’un noisette chaleureux et ces prunelles froides à l’éclat dangereux. Et pourtant, la flamme qui brûlait dans leurs yeux étaient la même et, si leurs fins divergeaient, leur volonté pour les atteindre se valait amplement.

Sans doute était-ce pourquoi, plus que l’enfant dont il était le plus fier, Lucrezia était également celle dont l’aristocrate était le plus proche. Les liens de sang ne lui étaient jamais apparus comme primordiaux, si ce n’était pour transmettre un titre en héritage, et il ne s’était ainsi jamais senti lié à ceux que la Nature avait désignés pour former sa famille. D’ailleurs, longtemps, Andrea avait représenté pour lui ce qu’on pouvait considérer comme une famille. La naissance de sa fille avait considérablement modifié ses vues sur la paternité. Lui qui n’avait jamais ressenti d’orgueil paternel, à proprement parler, au sujet de Cesare, qui était pourtant son héritier, la vivacité et le charme naturel de sa fille avaient éveillé en lui une fierté attendrie dont il ne se serait jamais cru capable. Il avait éprouvé pour son aîné le contentement d’un maître dénotant les progrès de son élève et pour son benjamin, l’indulgence d’un adulte envers un enfant. Il n’avait pu établir avec eux ce lien tangible, inaltérable qui le rattachait à sa cadette.

Ce fut donc avec un sourire bienveillant, presque incongru sur cette figure altière, qu’il prêta oreille aux admonestations moqueuses de sa jeune interlocutrice auxquelles il répliqua, feignant d’être sur la défensive :


« Ce n’est pas moi qui les cherche, mais plutôt mes ennemis qui me trouvent, ma chérie. Je me retrouve ainsi assailli de toute part par des rustres qui, je l’espère pour eux, auront la présence d’esprit de ne pas t’importuner. »

Il y avait plutôt matière à s’inquiéter pour les inconscients éventuels qui oseraient s’en prendre à sa fille que pour sa fille elle-même. Son intelligence fine et ce nom qui lui avait attiré mesquinerie et envie avaient aiguisé sa répartie, la rendant apte à se défendre contre les mauvaises langues. Et si les impudents se faisaient trop insistants, le patriarche di Lorio se ferait à son tour une joie de régler leur cas.

« Je les ai lues et relues avec attention afin de me persuader qu’elles disaient vrai et que tu n’avais pas convaincu cette chère Leonora de présenter ta situation sous un meilleur jour, sous prétexte de ne pas m’inquiéter. »

Recevant de nouveaux témoignages d’affection, de ceux qu’ils ne toléraient que lorsqu’ils provenaient de la prunelle de ses yeux, le noble essaya tant bien que mal de conserver une expression de grave rigueur pour concorder avec ses propos :

« Je préfère te savoir au prise avec l’ennui mais en sécurité plutôt qu’au milieu de dangers que toi seule saurais apprécier, possiblement aux dépends de ta vie, Lucrezia. »

Invité à s’asseoir à ses côtés, il chassa d’un regard glacial le valet qui s’attardait par trop longtemps dans la pièce, troublant ces retrouvailles tant espérées. Un an! Voilà bientôt un an qu’il n'avait revu sa perle et, bien qu'elle n'ait jamais omis de lui écrire chaque semaine, son absence lui avait étrangement pesé. Andrea s'était gentiment moqué de ses inquiétudes, inquiétudes que le dit père justifia par l'état de santé défaillant de sa fille. Fort heureusement, celle-ci semblait s’être rétablie sous le soleil de Sicile et il allait sans dire que Luciano ressentait un soulagement indicible à contempler le teint rayonnant de vie de sa précieuse Lucrezia.

« Dieu merci, on ne m’aura accordé qu’une seule fille! s'exclama-t-il, faussement exaspéré. Aucun de tes frères ne m’aura jamais causé un si grand nombre de soucis que toi… et n’aura attiré autant de plaintes que de louanges de la part de la domesticité. Les hommes de confiance que j’avais discrètement placés à ta disposition m’ont mis au fait que tu usais de tous les prétextes possibles pour les éloigner ou te soustraire à leur vigilance, pourtant bien peu contraignante. Ils m’ont cependant assuré que, malgré le peu de temps où ils aient pu se retrouver en ta présence, ta compagnie ne manquait ni d’éducation ni de charme, et que tu avais su les éconduire avec une courtoisie impossible à décliner. »
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Lucrezia di Lorio
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MessageSujet: Re: Le Petit Salon   Mar 8 Mai - 20:30

Le Baron avait opté pour le second degré, et ce n’était pas pour déplaire à sa fille qui répondit, dans un sourire plein d’ironie, à ses inquiétudes, qu'elle jugeait charmantes :

« Voyons Père, ne vous me méprenez pas et n’insultez pas mon sens inné de la raison, je suis la mieux placée pour savoir combien je tiens à cette vie…»

Lucrezia était ravie de se voir placée en tête de la hiérarchie des soucis familiaux, elle n’aurait pu tolérer être reléguée à la cadette des inquiétudes paternelles !
Longtemps, elle avait eu peur de grandir, de s’écarter de ce regard débordant d’affection et de s’en tenir à la froide distance entendue qui unissent un père à son fils, une fois que ce dernier est en âge de voler de ses propres ailes. Lucrezia n’avait jamais été une enfant fragile, son caractère était sa simple force. Et pourtant, Père avait été derrière chacun de ses pas. Elle sentait ses yeux posés sur elle, jamais il n’avait détourné la tête pour regarder ailleurs, pas même en présence du prince Andrea Adorasti. Il ne guettait pas ses faux pas, peut être même qu’il les avait parfois encouragés pour mieux avoir prétexte à la soulager, la consoler, la dorloter comme lui seul savait le faire. Aussi avait-elle toujours repoussé, intérieurement, l’idée d’avoir un jour à s’affranchir des grâces paternelles. Ce temps n’était jamais venu. Du moins, pas encore. Jamais, espérait-elle.

Oui, elle aurait pu se contenter de recevoir cet amour inconditionnel, comme elle avait d’ailleurs usé avec Mère. Un enfant n’est pas obligé de rendre ce qu’on ne lui apprend pas à donner. Ainsi s’était formée Lucrezia, comme Cesare avant elle, et comme Andrea après elle. Seulement, elle avait très tôt compris, et intégré, l’idée que rendre n’est pas forcément synonyme de sacrifices. C’était de cette façon qu’elle avait su émouvoir son père, elle en était certaine. En touchant là où les autres ne pensaient pas même à atteindre chez cet aristocrate orgueilleux. En donnant un sourire en échange d’une caresse, en donnant un mot en retour des encouragements, en disant merci à chaque cadeau offert. Privilégiée, et consciente de l’être. Reconnaissante, au-delà de la naïveté enfantine qui pousse l’engeance aristocrate à croire toute chose non imposable. Redevable, là où ses frères se contentaient de s’approprier les choses avec un naturel insolent.

Oui, Lucrezia savait bien que son père était cet homme qui voyait en elle un être exceptionnel, à part. Et loin d’être vaniteuse, encore moins orgueilleuse, plutôt que de ce complaire dans ce privilège d’être, non seulement choyée, mais aimée, la baronne di Lorio s’efforçait de donner, sans cesse, matière à entretenir cette affection paternelle.
Avec son naturel désarmant, la jeune femme rapprocha alors son visage mutin de la figure adorée, son sourire s’élargit, et, les yeux pétillants, elle ajouta :


« Je vous suis très reconnaissante de tant d’attention, car je sais qu’il serait inutile de tenter de vous raisonner… » Elle le provoqua à nouveau, rappelant subtilement combien elle se fiait à sa propre intelligence : « Vous aimez tant croire que vous le faites pour deux ! »

La belle aristocrate songea alors à son frère cadet, celui-là même qui, petit, jalousait le libre arbitre désormais légendaire de sa sœur ainée. Elle jugea bon de le rappeler au souvenir de cette conversation : « Mais n’allez pas me faire croire qu’Andrea échappe à ce traitement de faveur ! Sachez, à son propos, que cet ingrat n’a pas daigné répondre à une seule de mes missives lors de ma convalescence ! Sans doute était-il trop occupé à courir les jupons du tout Venise… »

Lucrezia ne lui en tenait pas grief, se comporter ainsi à l'égard de ses proches n'était pas son adage. Cette remarque était plus un clin d'oeil qu'une réelle attaque faisant suite à une offense inexistante. Elle avait d'ailleurs une certaine affection pour cette peste effrontée !

« Ainsi vos hommes de main se plaignent de moi ! C’est être culotté, je leur ai fourni bien plus de travail qu’ils ne l’auraient espéré en s’engageant auprès d’un grand et gras seigneur vautré dans son château, occupé à la chasse et aux plaisirs de la chair ! »

Les anachronismes de Lucrezia lui servaient toujours à bon escient, elle connaissait l’aigu de l’esprit de son père et savait que la plaisanterie saurait être appréciée comme il se devait. Sa joie des retrouvailles ne l’avait pas quittée, mais un regard porté sur le bouquet de friandises posées sur la table de marbre la ramena à sa priorité. Le regard perdu dans le lointain, volubile et ingénue, Lucrezia demanda :

« Alors, Père, qu'est-ce que Venise vous a concocté comme réjouissances les jours à venir ?"

La baronne di Lorio préféra ne pas évoquer le dernier pli que lui avait adressée le Prince Adorasti, qui ne mentionnait aucunement les festivités suivant son retour dans la Sérénissime.
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Luciano di Lorio
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MessageSujet: Re: Le Petit Salon   Jeu 10 Mai - 5:31

(Lulu, ma chérie, pardonne-moi ;_; )


Ta seule faiblesse. C’était ainsi qu’Andrea avait désigné la tendresse que vouait Luciano à sa fille. Exception faite de toi, lui avait répliqué, avec justesse, le baron di Lorio avant d’inciter le Prince Adorasti à abandonner ce sujet délicat pour des perspectives fort plus réjouissantes. Un homme qui ne comptait ses lacunes qu’au nombre restreint de deux était-il moins vulnérable qu’un adversaire aux points faibles multiples? Il n’aurait pu en être certain. Il lui semblait même qu’il n’était pas aisé de faire mouche chez celui qui présentait plusieurs cibles à viser à la fois et, qu’en revanche, celui qui n’était doté que de quelques brèches à son armure se voyait, à coup sûr, grièvement, voire fatalement blessé, si on arrivait à atteindre l’une de ses failles. C’était selon cette ligne de pensée qu’il avait fait chasse gardée de ces deux êtres qui pouvaient lui apporter tant son bonheur que sa chute. Et jusqu’à aujourd’hui, il n’avait eu à craindre que la maladie, qui avait bien manqué d’emporter sa précieuse fille.

Cette dernière démontrait d’ailleurs toute sa finesse d’esprit, ses espiègleries arrachant un sourire à son géniteur, d’ordinaire plus diverti par le spectacle de ses ennemis pliant devant lui.


« Le croire? Répéta-t-il, un sourcil relevé. Tu veux plutôt dire qu’il le faut. Si je n’avais pas été là pour vous surveiller, tes frères et toi, la lignée di Lorio aurait été décimée depuis longtemps. Je me compte déjà chanceux qu’aucun de vous n’ait perdu un œil, un membre ou pire, sa vie dans vos duels ridicules, qui m’au… nous auront causé bien des inquiétudes, à ta mère et à moi, » se reprit-il, non sans un pincement de lèvres révélateur.

Aujourd’hui, il ne tenait plus réellement à sauver les apparences à propos de son ménage, si la froideur qui avait régné entre les deux époux étant devenue un véritable secret de polichinelle. Cependant, devant Lucrezia, il éprouvait les scrupules légitimes d’un parent ne souhaitant pas évoquer devant son enfant ses soucis intimes, ses préoccupations d’adulte. Étrangement, Luciano di Lorio pouvait s’avérer être un père tout ce qu’il y avait de plus commun dans le royaume de la paternité, lorsqu’on en venait à sa fille.

À la mention de son benjamin, l’aristocrate leva les yeux au ciel, visiblement exaspéré, bien que l’ombre d’un sourire flottant sur ses lèvres trahisse l’amusement que suscitait chez lui les frasques de son dernier-né :


« Ne me parle pas de ton frère! Si seulement il avait pu suivre l’exemple de ses aînés… Je n’aurais pas eu tant de scandales à étouffer et de matrones à qui présenter mes plus plates excuses, au nom de notre famille. Je préfère ne pas dénombrer tous les enfants illégitimes qu’il a semés dans son sillage, je serais assurément découragé par toutes les missives dont je devrais encore me charger. »

Il poussa un soupir de lassitude avant de poursuivre avec une certaine sévérité :


« S’il ne modère pas bientôt ses ardeurs, je crois bien que je devrai sévir à son encontre. J’étais prêt à tolérer quelques écarts de conduite de sa part, mais qu’il veille à ne pas abuser de mes largesses... et qu’il daigne faire preuve de la moindre des politesses en donnant réponse aux lettres de sa propre sœur convalescente! »

Constanzia demeurait peut-être un sujet tabou à aborder en compagnie de sa précieuse progéniture, mais l’éducation de Cesare et, particulièrement, d’Andrea se retrouvait parfois au cœur des conversations entre le baron et sa fille. Il avait découvert en elle une juge aussi critique qu’il pouvait l’être lui-même et une conseillère avisée, qui connaissait leur famille d’une manière que seule pouvait apporter la complicité entre frère et sœur. Par conséquent, au cours des dernières années, il avait cru bon de discuter avec Lucrezia des mesures qu’il entendait imposer aux deux garçons. Celle-ci avait ainsi pu le conforter dans sa pensée, l’inciter à se faire plus autoritaire ou même faire fléchir la dureté d’un châtiment.

« Justement, ma chérie, sans doute envisageaient-ils connaître une retraite aussi douce qu’aurait dû l’être la tienne, si ce n’avait été de ta cruauté à leur égard, » l’admonesta-t-il pour la forme.

En vérité, Lucrezia aurait-elle éreinté un bataillon complet d’hommes de main qu’une seconde légion aurait déjà été prête à remplacer celle tombée au combat. Le noble ne voyait jamais à la dépense quand il s’agissait de la prunelle de ses yeux et, de surcroît, de sa sécurité. Loin d’avoir été excédé par les rapports qu’il recevait continuellement de Sicile, c’était plutôt avec contentement qu’il apprenait que son adorée menait la vie dure à ses envoyés, signe incontestable qu’elle se portait mieux.

Un visage au sourire impertinent, carnassier, au regard brûlant et dangereux lui vint aussitôt à l’esprit, à l’ouïe de cette question, mentionnant des réjouissances qui ne sauraient se présenter assez vite. Toutefois, le souvenir de l'un n'était pas sans éveiller celui de l'autre, et c'est ainsi qu'il déclara:


« Moi qui étais persuadé de regretter Florence dès l’instant où je l’aurais quittée… J’ai déjà pu faire des rencontres qui promettent de contrer tout ennui pour les jours qui suivent. »

Instinctivement, il referma sa main blessée pour la dissimuler à la vue de sa Lucrezia, qu'il savait par trop curieuse.

« Ce soir se tient un bal populaire au Jardin du Castello, mais nul besoin de s'aventurer hors du Palais pour trouver quelque divertissement. On compte parmi les invités du Prince quelques bêtes de foire et autres énergumènes revenus d'entre les morts avec qui tu te plairas possiblement à croiser le fer. Parmi les hôtes plus ou moins fréquentables, peut-être as-tu le souvenir de Danilo della Lonza.. ou étais-tu trop jeune à l'époque où il se donnait en spectacle à la Ca'Adorasti? Il est claveciniste. Il fronça les sourcils, faisant appel à sa mémoire. Sans quoi, du côté des spécimens bas de gamme, un dénommé Tiberio Adorasti, cousin de mon ami Andrea, a été recueilli sous ce toit au retour de son exil aux Amériques. Ne te méprends pas sur son compte. En dépit de son nom fort honorable, il se trouve ici par charité et par un sentiment de devoir familial, et non pour le plaisir qu'offre sa compagnie. »

Un rictus étira ses lèvres alors qu’il se remémorait l’épisode du salon, mais il disparut bien vite pour faire place à une expression plus sérieuse :

« Cet homme n’est rien de plus qu’un gredin, ma chérie, et je préférerais que tu t’en tiennes éloigné pendant ton séjour. »

Il marqua une pause pour dévisager sa jeune interlocutrice et lui signifier qu’il ne jouait plus.

« Fais plaisir à ton père et évite-le tant que tu le pourras, même s’il te provoque, ce que, je le crains fort, il ne manquera pas de faire. »

Levant les yeux vers l’horloge, il nota que le bal approchait à grands pas et qu’il n’avait toujours pu confirmer les doutes qui l’habitaient au sujet de Raffaele Scaligeri. Il connaissait un moyen simple d’y remédier qui ne nécessiterait qu’une visite à la bibliothèque du palais. Il aurait tout le loisir de discuter avec Lucrezia plus tard, puisqu’ils résidaient à nouveau tous deux sous le même toit, une perspective qui n’avait cesse de rassurer ses inquiétudes paternelles. Serrant ces doigts si fins pour une dernière fois, il se redressa pour déclarer :

« J’ai confiance que tu feras preuve de sagesse et de discernement pendant ton séjour, de façon à ce que je n’aie pas à raisonner pour l’ensemble des membres de cette maisonnée. »

Il contempla cette figure à la fois si semblable et si différente de la sienne avec fierté, songeant à combien il lui avait coûté de ne pouvoir que l’évoquer à son esprit durant la dernière année.


« Tu es consciente, je l’espère, de la joie que j’éprouve à te revoir. N’hésite jamais à cogner à ma porte pour quel motif que ce soit, ton père ne sera jamais trop affairé pour toi. »

Une hésitation, un instant, quant au fils d’Andrea. Devait-il lui révéler sa condition? Sans doute était-il préférable qu’elle ne le découvre par elle-même. Le lien entre ces deux enfants était l’une des rares affaires où il se soit abstenu d’interférer. Il n'ajouta donc rien et s'en fut sans plus tarder.

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