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 Le Parvis

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Pourpre
Du Bout des Doigts
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MessageSujet: Le Parvis   Mar 19 Avr - 0:03

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P.Giacinto I. Chiaramonti
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MessageSujet: Re: Le Parvis   Jeu 5 Mai - 1:54

[Premier post]

En début d'après-midi, les grandes portes du parvis de l'église (d'habitude toujours fermées) cédèrent à une poussée et s'ouvrirent en grand. Apparut dans l'ouverture un prêtre, encore inconnu des habitants de la paroisse. Il avait une main encore appuyée sur la porte tandis que l'autre retenait son chapeau jésuite. Le vent qui s'engouffrait dans l'église faisait claquer sa robe, et lui souriait à Venise, laissant entrer "le souffle de Dieu dans Sa maison".

Giacinto était arrivé très tard dans la nuit. Il n'avait vu de Venise que des ombres, des lueurs, un ensemble flou et indistinct, et pourtant fascinant.
Il n'était pas sorti le matin. Il avait commencé par dire les laudes dans l'église déserte. Puis il avait tout de suite débuté le rangement de ses affaires, c'est-à-dire essentiellement ses livres, le reste n'étant presque rien.

Après un repas fait des restes de ce qu'on lui avait donné pour le voyage, il était retourné dans l'église.
Son domaine...
Elle était sombre, triste et sale à l'intérieur...
Il avait tout de suite sentit le besoin de faire entrer un souffle nouveau dans la vieille demeure du Seigneur, et avait ouvert les portes.

Quittant sa contemplation, il s'arma d'un seau d'eau, d'une sorte de serpillière et d'un balai et entreprit de laver à grande eau le parvis de l'église.
Il était fait de marbre blanc, mais des années d'abandon l'avaient rendu gris et terne.
En lavant le sol, le Padre Chiaramonti accomplissait un geste symbolique, perpétuait la tradition d'humilité jésuite, s'adonnait aux exercices de méditation par le travail et faisait sienne l'église.

Une heure plus tard, Giacinto se releva. Le parvis était presque blanc. Il recommencerait un autre jour.

Mais pour l'instant, il pouvait espérer que les lettres du Padre Malatesta son prédecesseur étaient arrivées. Il allait devoir faire un tour des nouvelles âmes dont on lui donnait la charge. Il ne pouvait plus le retarder maintenant.

Il sortit la liste des noms et décida de commencer par l'ordre alphabétique des maisons... Donc les Adorasti...


[Ca Adorasti]
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Cilio de
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MessageSujet: Re: Le Parvis   Mar 17 Mai - 20:31

[Ca'Grazziano - Appartements du Prince]

Soigneusement emmitouflé dans une cape de laine blanche, Cilio accosta dans l'un des seuls lieux qu'il avait été amené à fréquenter depuis son arrivée à Venise: l'église San Siriano. En bon chrétien, il s'y rendait chaque dimanche; mais il ne trouvait pas lors de ces messes hebdomadaires le même apaisement qu'aux rendez-vous solitaires décidés sur un coup de tête. Son éducation lui avait enseigné l'existence de Dieu, qu'il acceptait de ce fait comme une évidence, mais il la ressentait bien moins parmi une foule de chrétiens plus ou moins croyants que seul face à lui-même.

A pas qu'il voulut légers de peur de froisser encore davantage la neige déjà salie, Cilio gravit les marches du parvis. Les yeux tournés vers la façade aux ornements simples mais raffinés, il tâchait de ne pas perdre le fil de pensées qui l'assaillaient depuis son départ de la Ca'Grazziano. De toutes les manières, il l'aurait voulu qu'il n'aurait pu se débarrasser de l'image qui le hantait. Elle était présente, comme toujours... Et lui ne voulait pas qu'elle le quitte. Sa présence était rassurante.


[Eglise San Siriano - La Chapelle de la Pieta]
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Tannucci
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Mer 18 Mai - 19:15

[Rialto - Sur le Pont]

Les talons de ses souliers claquant sur le parvis, Tannuccia arrivait au lieu Saint. Elle sentait le pouvoir divin l'étreindre et la pénétrer. Notre Père était comme cela, si puissant que l'envergure de sa pureté et de son charisme semblait résonner et se répercuter sur toutes les parois du coeur de ses fidèles. La Princesse s'en sentirait presque lavée de tous ses péchés, mais cela était évidemment impossible. Tous les enfants étaient faits pour désobéir à leur père, Tannuccia n'exceptait pas à la règle, aucun de Ses fidèles ne pouvaient avoir excepté à cette règle divine. L'Homme n'était pas infaillible.

Tannuccia aimait aller à l'église, oui, elle se sentait plus pure et plus légère, comme débarrassée d'un vêtement trop lourd. Son âme n'en était pas pour autant moins souillée, la couleur sombre était juste plus diluée, répartissant la "tâche" dans tous ses recoins.
La Princesse inspira une grande bouffée d'air glacé qui lui brûla les poumons déclenchant une quinte de toux sèche sous les yeux courroucés des fidèles chrétiens réclamant le silence dans ce lieu Saint. Elle resserra sa cape fourré autour d'elle pour se protéger de la brise qui tendait à pénétrer au plus profond d'elle.
Elle n'arrivait pas cette fois-ci à enfiler de masque de repentir, elle souriait presque franchement, ah quelle merveilleuse journée.


[Chapelle De La Pieta]
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Matteo Salvanti
Homme de Main - Ca'Grazziano
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MessageSujet: Re: Le Parvis   Mar 7 Juin - 1:40

[Rialto - Le Pont du Rialto]

Matteo avait erré pendant quelques temps. Plongé dans la contemplation de Venise, il avait pris la première gondole venue, la laissant le conduire où elle le souhaiterait. Peu lui importait, il avait du temps à perdre et il s'en remettait complètement à la Providence. Il était ressorti grandi de sa discussion avec Iago degli Albizzi. Durement ébranlé, mais assaini, à la fois. Le garçon poussa un soupir. Cela avait toute une journée: une discussion avec son Prince et ses invités, la rencontre inattendue avec Elio Lacryma Adorasti et sa conversation haute en couleurs avec Albizzi. La soirée promettait elle aussi d'être riche en évènements, alors qu'il se retrouverait au sein même de l'ennemi.

L'Église San Siriano lui apparut comme l'endroit le mieux pour se reposer quelque peu avant l'épreuve du soir qui viendrait. Non pas qu'il voulut se recueillir, Matteo n'était que très peu dévot. Il savait par contre que les lieux saints étaient parfaits pour leur silence et leur calme et il comptait en profiter. Débarquant sur le parvis, il s'arrêta un instant pour contempler l'architecture de l'Église, qu'il n'avait fréquenté qu'à une ou deux reprises, étant donné son arrivée récente à Venise.
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Tannucci
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MessageSujet: Re: Le Parvis   Mar 7 Juin - 18:37

[Eglise San Siriano - Chapelle de la Pieta]

Tannuccia sortit de la chapelle à pas lents, silencieuse.Sa bonne humeur s'était envolée dans les cieux en même temps que sa prière.Même pour faire bonne figure, elle détestait avoir eu à supplier le Seigneur pour l'âme maudit de son ignoble cousin.Même dans sa mort il continuait de la poursuivre ainsi que de lui infliger l'humiliation.À sa propre personne.Il avait été une nuisance pour tout être vivant, si vicieux que Tannuccia se demandait presque s'il n'était pas le serpent qui avait nui à Adam et Ève.Elle blasphémait, elle en était consciente, elle n'avait pas à dire cela.Et pourtant elle n'en ressentit ni gène ni honte, juste un bien-être inexprimable.

Cilio aussi lui avait dégradé l'humeur, il l'avait presque piétinée, elle.Soit, qu'il aille au dans son paradis et qu'il y reste, elle le laisserait en paix, elle avait d'autres sources de divertissements et d'autres proies.Il ne fallait pas qu'il se sente désiré, cela allait entâcher sa pureté et son innocence.Tannuccia n'était pas comme ça, il y avait fort longtemps que sa pureté et son innocence avait disparu et se sentir désirée était la seule joie qui redorait son blason et rattachait ses plumes à ses ailes souillées.
Au loin, une silhouette familière lui apparut, avec si joli minois d'enfant candide qui vient d'être châtié et son corps chétif de félin aux aguets.Ce petit comédien de Matteo qui allait lui rendre le sourire.Elle se dirigea donc vers lui en le contournant afin de venir se plaçer discrètement à côté de lui.Elle l'observa et posa son regard à l'endroit où il semblait regarder.


-"Somptueux édifice n'est-il pas ?"

Tannuccia esquissa un bref sourire aux regards outrés que leur lançaient les fidèles du haut de leur pureté magnifique.Une femme aller parler à un homme ! En lieu saint qui plus est ! Les gens ne respectent plus rien semblaient-ils dire. C'était le cadet des soucis à la Princesse, il y avait bien longtemps que cela ne la touchait plus.Elle parlait à qui voulait elle désirait, et là, c'était justement Matteo.
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Matteo Salvanti
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MessageSujet: Re: Le Parvis   Jeu 9 Juin - 2:19

Perdu dans sa contemplation de l’Église, Matteo ne réalisa la présence de la princesse que lorsqu’elle lui adressa la parole. Tournant la tête, il posa les yeux sur la magnifique jeune femme. Une lueur de désir s’alluma dans son regard bleuté. C’était exactement le genre de divertissement dont il avait besoin pour se changer les idées et se détendre. Rien de mieux qu’un concours de charme pour oublier les émotions de la journée. Du peu qu’il connaissait la damoiselle, le jeune homme savait pertinemment qu’elle se laisserait prendre autant que lui à son jeu. La séduction était pour lui un passe-temps, un art consommé qu’il comptait mettre en pratique à ce moment précis. Il s’inclina profondément devant Tanuccia et, lui accordant son sourire le plus rayonnant, il acquiesça de sa voix suave :

« Vous m’enlevez les mots de la bouche, princesse. On ne peut plus somptueux. »

On pouvait facilement deviner que le sujet de ses flatteries n’était plus l’église, à en juger par le seul regard dont il couvait son interlocutrice. Il entendit des murmures s'élever dans les petits groupes dispersés sur le parvis. Il arrivait à deviner ce que se chuchotaient les vieilles bigotes entre elles: que la jeunesse n'avait plus aucune décence et que lui et Tanuccia iraient brûler en Enfer pour les punir de leurs péchés, sans aucun doute nombreux. Se souciant comme une guigne du tollé qu'il provoquait, Matteo poursuivit :

« Je ne vous savais point si dévote, princesse. Je vous confesse que le parvis d'une église était l'un des endroits où je m'attendais le moins à faire votre rencontre. Je suis, bien entendu, ravi que nos chemins se croisent de nouveau, mais ma surprise demeure. Quoique je ne devrais m’étonner de votre foi, puisque ne venez-vous pas de la Cité même choisie pour être la demeure de l’envoyé du Seigneur sur Terre, j’ai dit le Pape. »

Ses paroles n'étaient pas dénuées de sarcasme. Il savait parfaitement que l’Église Catholique était loin d’être aussi sainte qu’elle le prétendait. Le faste dont elle faisait preuve avait été source, dans l’histoire tout comme aujourd’hui, de multiples conflits qui avaient déchiré le christianisme. Pour sa part, le crêpage de chignon entre pontifes le laissait froid, mais il n’avait aucune idée de la position de la princesse à ce propos. La religion était un terrain glissant dans lequel il évitait normalement de s’aventurer, comme exposer son scepticisme face à l'existence d'une entité supérieure serait très mal vue. Mais avec Tanuccia, il sentait que toutes limites seraient repoussées et qu’ils s'amuseraient à déterminer celui qui irait le plus loin hors des conventions de leur époque.
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Tannucci
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MessageSujet: Re: Le Parvis   Dim 12 Juin - 16:10

Tannuccia esquissa un sourire charmeur au jeune homme qui n'avait pas remarqué sa présence avant qu'elle n'élève la voix.Il la dévorait du regard comme il le faisait pour bien des personnes, et ses grands yeux bleus semblaient s'être ranimés, sortis de leur torpeur.Quel plaisir de se sentir désirée et appréciée, il semblait que sa présence ne l'indispose nullement, et, qu'au contraire il soit ravi de la trouver à ses côtés.Elle aussi se trouvait enchantée de bavarder un peu avec lui, de jouer avec les mots, de ne jamais être sérieuse et d'oublier la réalité quelques instants en sa compagnie.Un petit jeu de séduction sans conséquence avec un homme aussi joueur qu'un enfant.La Princesse sut apprécier les paroles de Matteo qui lui étaient destinées.Elle n'était pas idiote, elle savait bien qu'il ne savait même plus de quel édifice il parlait lorsqu'elle était apparue à ses côtés.Le voilà qui souriait et usait de sa voix enchanteresse et suave.Quel goût pouvait bien avoir le son de sa voix ? Sûrement celui du raisin, qui croque sous la dent et dont le jus sucré se répandait dans la bouche laissant une agréable sensation de fraicheur sans cesse renouvelée.

Sachant tous deux que leurs mots et leur jeun n'auraient aucune répercution sur l'avenir, et se contrefichaient de l'avis des personnes présentes autour d'eux, Tannuccia décida de lancer les dés et de prendre la main pour continuer à jouer.


-"Votre visage ne reste pas sans me déplaire non plus Matteo et sachez que l'océan de vos yeux me donne l'envie de m'y noyer."

D'autres phrases aguicheuses traversèrent l'esprit de Tannuccia mais elle savait qu'il ne fallait pas qu'elle pousse la séduction trop loin.Elle ne tenait pas à finir dans la couche de Matteo.Et puis son père lui avait déjà dit : "À force d'aller trop loin ma fille, tu risques de ne plus pouvoir revenir.Une araignée ne peut se prendre à sa propre toile mais à la toile d'une autre, ce n'est pas dit." So père n'aimait pas faire de longs discours avec des mots trop savants.Il savait ce qu'il voulait dire et se faire comprendre de tous, c'était là son atout premier, savoir se faire comprendre, même des petites gens, qui se rallaient ensuite à lui.

Tannuccia croisa les bras sur son ventre avant d'en relever un pour placer une main sur son menton en se donnant un air ingénu et lointain.Elle savait que Matteo aimait les ingénus.Cependant à ses paroles elle ne put retenir un petit rire de secouer sa poitrine et sa gorge.Presque un ricanement.Ainsi il voulait véritablement jouer, quitte à repousser les frontières.Il s'aventurait sur un terrain trop inconnu pour lui mais qui, pour Tannuccia, n'avait presque pas de secrets.Soit, jouons.


-"Êtes vous si crédule ou bien vous donnez-vous des airs Matteo ? Vous savez bien l'Église est une des Puissances de notre Terre.Ne vous a-t-on jamais dit qu'il fallait apprendre à connaître nos ennemis, surtout lorsque leur puissance défie les Lois imposées."

La princesse avait appuyé sur le mot "ennemi" en souriant sarcastiquement.Elle était croyante mais pas dévote.Pas d'excès, on le lui avait appris et répété maintes fois.

-"Nous traduisons les pensées de Dieu en jugeant hérétiques de nombreuses personnes et en les brûlant.Dieu le pieu veut-il tant de massacres parmis ses enfants ? Dieu désire-t-il vraiment que l'Église soit si puissante et si riche alors qu'il dit que nous ne devons pas céder au péché d'avarice et de luxure.Que de débauche.Vous vous aventurez je pense sur un terrain glissant mais aussi inconnu.Sachez seulement que je marche en terre connue quant à moi."

Il voulait jouer soit, alors elle allait le combler.Elle allait l'instruire un minimum, elle ne voulait pas le laisser sans culture aucune.Ce serait une tare pour quelqu'un comme lui, de sa condition.Elle n'avait pas peur de ce qu'elle disait, Dieu accordait le pardon, il devait savoir reconnaitre ses erreurs.Cependant, elle n'en dirait que le strict minimum.Les gesn s'étaient éloignés d'eux depuis bien longtemps et ils se trouvaient à présent seuls sur le Parvis.Tant mieux.

-"Je suis croyante bien entendu.Ce n'est pas pour autant que je ne peux point juger la société dans laquelle je me trouve ainsi qu'à laquelle je suis confrontée.Je juge que les erreurs que Dieu a pu produire ont été déguisées et appelées "Diable, Satan ou Malin".Ou bien d'autres mots.Nous nous aventurons bien loin mon Cher mais je doute que vous puissiez aller plus loin sauf votre respect."

Elle ne s'amusait plus sur ce sujet?Maintes fois elle en avait parlé autour d'elle.À son père, à ses frères, à Juan.Et même à son cher cousin.Maintes fois les coups et châtiments avait plu sur elle et ses idées ayant été trop exposées, semblaient désormais fades.ce n'était pas pour autant qu'en les déclament, elle ne parlait pas d'une voix chaude et vibrante, une voix convaincante.Son père avait pourtant semblé d'accord, c'était même lui qui avait enseigné ces préceptes et principes.Alors pourquoi répudiait-il lorsqu'elle même les disait.

Tannuccia se rapprocha de Matteo en souriant et apposa sa main sur sa joue droite, sa main gantée de velours noir.Elle scruta un instant son regard et prit un air contrti et grave.


-"Vous m'avez semblé soucieux et désappointé lorsque je vous ai observé en sortant.Quelque chose vous tracasse ? Vous avez fait une mauvaise rencontre ? Vous a-t-on grondé ?"

La jeune femme avait envie de l'emmener sur un terrain glissant et de reprendre la main encore une fois.Elle avait parlé d'un ton d'abord inquiet, puis goguenard sur la dernière question.Elle doutait qu'il perde contenance ou bien perde son calme et s'énerve.Mais ne savait-on jamais ? Il paraissait si imprévisible et si ...fragile derrière sa carapce de séduction.Son air candide et juvénile resterait à jamais sur ses traits si ses faiblesses et autres fantômes du passé ne se perçaient pas comme un ballon contre une aiguille.
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Matteo Salvanti
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MessageSujet: Re: Le Parvis   Dim 12 Juin - 20:02

Matteo fut quelque peu surpris par la franchise avec laquelle la princesse répondit à son compliment plus ou moins dissimulé. Il ne s’attendait pas à ce qu’elle joue ainsi à découvert. La flatterie n’était tout de même pas sans lui déplaire, invitante promesse à toutes sortes de tentations… La jeune femme prit ensuite une pose faussement innocente qui le fit sourire. Quoiqu’elle fit, aucun artifice ne pourrait effacer la malice qui irradiait de toute sa personne. Ce serait et demeurerait rien de plus qu’un masque. Le garçon se sentit un peu étourdi. Réussirait-il à y échapper un jour? Plus de mensonges, ni de faux semblants. Seulement une vérité pure et immaculée, étalée devant ses yeux émerveillés. Il lui semblait que non. En tout cas, sûrement pas avec Tanuccia, maîtresse du déguisement et de la mascarade.

Matteo écouta attentivement le discours de la princesse vis-à-vis l’Église. Au terme de sa brève expérience ecclésiastique, qui se rapportait en fait à avoir été séduit par un diacre et avoir assisté à la messe dominicale, il était venu aux mêmes conclusions qu’elle. La corruption s’était répandue dans tout le clergé, reniant tous les enseignements que pouvaient contenir la Bible. L’hypocrisie était devenu le credo de ceux dont la voie aurait dû être sans reproche. Alors que les évêques s’empiffraient, maîtresses aux bras, le peuple se faisait sermonner sur les tentations de Satan auxquelles il fallait résister à tout prix. Le jeune homme ne se sentait que très peu concerné par l’Église. Plutôt que s’insurger, il préférait faire preuve d’insouciance. C'est donc en ces termes qu'il lui répondit:


'' Votre point de vue sur la question est des plus, il fit une pause, le temps de trouver le terme approprié, enrichissant, Princesse. Je doute par contre qu'il plaise à ces ennemis, que vous semblez si bien connaître. Mais comme votre beauté n'a d'égale que votre intelligence, j'imagine sans peine que vous arriviez à duper ces mêmes adversaires afin que, non seulement ils vous croient des leurs, mais qu'ils vous dévoilent également leurs secrets les mieux gardés.''

Il termina, le sourire aux lèvres.

'' Je suis malheureusement si mal versé en matière religieuse, comme vous l'avez pressenti. Il m'est donc impossible de poursuivre cette conversation, sans m'y perdre. Peut-être devrais-je faire preuve de plus de dévotion, ainsi paraîtrais-je moins sot devant vous.''

Il avait tracé une ligne à l'endroit où il jugeait bon de s'arrêter. Il savait que plus loin se trouvait un territoire inconnu où il risquait de s'embourber. La frontière entre ce qui était admis... et ce qui ne l'était pas.

Tanuccia s’approcha alors de lui et posa main contre sa joue. Aussi plaisant ce contact puisse-t-il être, Matteo ressentit un vent de panique. Il n’aimait pas la manière dont elle plongeait son regard dans le sien. Il n’avait rien pu cacher à personne jusqu’à présent et il doutait fort qu’il y réussisse avec la perspicace princesse. De concert avec son mauvais pressentiment, Tanuccia le questionna sur son humeur. Soucieux? Pour sûr qu’il l’était. Désappointé? De qui, sinon de lui-même?

Il regretta soudainement de ne point avoir fait la rencontre de Cilio dell’Arbero, car avec lui, pour une fois en ce jour’dhui, il aurait pu être le prédateur et non la proie. Jouer au chat et à la souris lorsqu’on ne se retrouve qu’entre chats, voilà une situation bien problématique. Le Prince Elio d’abord, puis Iago degli Albizzi et finalement la princesse Tanuccia. Tous des adversaires (si on pouvait les appeler ainsi) redoutables devant qui il était facile de s’incliner. Matteo se savait fin, mais il avait aussi conscience de la faille dans sa garde : son innocence, une arme à double tranchant qui pouvait lui servir comme se retourner contre lui à tout moment. Naïf, il l’était toujours. Il pouvait gagner la confiance des autres grâce à cela, mais il se faisait également duper par ceux chez qui toute candeur avait disparue. Son innocence… encore l’un des nombreux paradoxes de sa personnalité, dont il arrivait à peine à sonder la surface.


‘’ Votre humble serviteur se voit fort honoré que vous vous fassiez des soucis au sujet de ses états d’âme, mais il peut vous assurer que ces inquiétudes ne sont pas du tout fondées. ‘’

Employer la troisième personne lui donnait l’impression de se dissocier de lui-même, de parler d’un inconnu qui ne serait pas inclus dans la conversation. C’était étrangement confortant. Mais ce bienheureux sentiment était vite dissipé par la main de Tanuccia, toujours contre sa joue, qui lui rappelait cruellement la réalité. Matteo se retrouvait de nouveau confronté à ses tourments et, comme devant Albizzi ou le Prince Adorasti, la jeune femme devait lire dans ses yeux clairs tout ce à quoi il pensait. Une ombre de regret passa sur son visage. Il aurait voulu se réveiller dans son lit et reprendre depuis le début cette journée qui s’était pourtant si bien annoncée. Éviter le Caffé Florian, par conséquent, ne pas se rendre au Marché du Rialto et terminer sa course ici, sur le parvis de l’Église San Siriano en compagnie de la princesse qui menaçait de bouleverser l’équilibre précaire de son cœur. Il resserra son manteau autour de lui, comme s’il aurait voulu se refermer à ce monde qui ne cessait de le meurtrir.
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Giorgio
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MessageSujet: Re: Le Parvis   Lun 13 Juin - 11:02

[Maison du médecin]

Giorgio arriva sur le parvis de l'église San Siriano par une petite rue qui débouchait sur le côté droit de l'édifice. Tout au long du chemin depuis la maison de son maître, il s'était émerveillé de la splendeur de cette ville, incomparable à tout ce qu'il avait pu voir auparavant. Il avait le sentiment étrange de se promener dans une ville bâtie sur l'eau. Il dut toutefois se retenir de rester bouche bée devant la vue qui s'offrait à présent à lui. Cette église était tout simplement magnifique et, à ses yeux sans expérience, elle devait sûrement surpasser toutes les autres.

Il remarqua quelques personnes assemblées non loin de lui, mais à leurs vêtements il pouvait aisémenr deviner qu'elles n'étaient pas de la même condition que lui. Il resta donc à l'écart, contemplant les magnifiques bâtiments entourant la maison de Dieu. Il les observa toutefois du coin de l'oeil, assez discrètement pour ne pas être remarqué.

L'homme et la femme avaient l'air en grande conversation et tant qu'ils ne l'aborderaient pas, il préférait ne pas s'approcher d'eux. Après tout, il n'était qu'un serviteur. A l'évidence, la jeune femme n'était pas d'ici. Il avait entendu murmurer dans les rues et les marchés qu'une princesse étrangère se trouvait actuellement à Venise. C'était peut-être elle... Il avait appris que la rumeur du peuple était quelque chose à ne jamais négliger. On pouvait apprendre beaucoup de choses sans en avoir l'air en traînant dans les rues et les lieux fréquentés.

Il s'approcha des portes de l'église de sa démarche gracieuse en resserant ses vêtements autour de lui pour se protéger d'un coup de vent qui le fit frissonner. Il resta à contempler l'édifice en essayant de se concentrer sur les rares rayons de soleil pour se réchauffer tout en écoutant d'une oreille les conversations alentours.
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Tannucci
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Lun 13 Juin - 17:48

(désolée Giorgio mais je ne t'adresserais pas la parole ... cependant Cilio viendra bien te rejoindre non ? Pardon !!!)

La Princesse afficha un sourire coquin lorsqu'elle vit que son compliment nétait pas tombé dans l'oreille d'un sourd....Elle l'avait surpris.Pourquoi avait-il semblé si surpris d'ailleurs par sa franchise ? Parce qu'il aimait jouer au chat et à la souris et qu'il flattait sa proie pour qu'elle lui tombe entre les pattes et qu'il ne s'attendait pas à ce que la souris opte pour la même technique de chasse.Mais entre eux, deux félins d'exception, c'était patte de velours.Ils se tournaient autour sans oser s'approcher, se flattaient, minaudaient, jetait des coups d'oeil en coin, invitants, puis tournaient le dos.Bienvenue à Venise.Tannuccia n'en avait aperçu qu'une façade et déjà elle était en proie à de grandes conclusions et méditations sur cette ville.Elle repérait, philosophait, apostrophait, charmait, tentait d'aller toujours au delà des masques mais, un masque peut en cacher un autre et elle doutait de pouvoir un jour parvenir aux fondations de cette ville, au coeur des nuisances.

Matteo était évidemment un maître dans l'art de la séduction et Tannuccia se nourrisait de ce qu'il pouvait lui apporter, et suivait ses cours sans qu'il ne puisse s'en rendre compte.Son père l'avait averti qu'il fallait savoir flatter et séduire les gens, de tous sexes et de tous âges pour espérer pouvoir vivre ne serait-ce qu'une heure de plus.Les arguments différaient bien sûr selon les personnes, et il fallait quelques fois se montrer ferme et inflexible envers certaines personnes dominantes qui, malgré tout, aimaient être matées.Cependant, Tannuccia avait toujours su se montrer convaincante, et user d'arguments percutants, de plus, la diversité de ses masques lui avait toujours donné l'avantage.Oui, son père disait toujours qu'il fallait avoir plusieurs cordes à son arc, par conséquent, plusieurs masques sous le frou-frou de son jupon.

Ce qui était parfait avec le jeune homme en face d'elle c'est que n'importe lequel des discours que l'on puisse avoir, aussi saugrenu soit-il, il le tenait jusqu'au bout, le tournant et le retournant, l'examinant, n'en perdant pas une miette, allant jusqu'à l'user de la contemplation de ses yeux moirés.De plus, il semblait être d'accord avec elle ce qui était quelque chose de fort appréciable.Mais Tannuccia savait aussi se faire comprendre et écouter, et malgré ses propos tranchés, elle trouvait toujours des auditeurs attentifs.Ses frères l'avaient depuis longtemps maudite pour ses talents d'oratrice, surtout lorsqu'elle abusait leur père.Tannuccia n'en avait cure, ce n'était tout de même pas sa faute s'ils n'avaient hérité d'aucun talent.
La Princesse écouta la tirade de Matteo.Il semblait en effet que le terrain lui fut inconnu.Elle se surprit à presque rosir à ses compliments, son sourire s'agrandissant à chaque son prononcé par la bouche rosée de jeune homme.Cependant elle n'ajouta rien, elle ne tenait pas à se perdre tout de même.Elle l'écouta jusqu'au bout, le regardant sourire, s'extasiant devant la fraîcheur de ce dernier.


-"Vous ne me paraîssez point sot Matteo.Je vais seulement ajouter une dernière petite chose... ,elle arqua sa bouche en un gracieux sourire plein de sagesse et fronça quelque peu les sourcils, nous avons fait de Dieu notre Père, et de nous Ses Enfants, mais ne dit-on pas qu'un enfant peut désobéir à son Père mais, recevoir malgré tout Son pardon ?"

Rome, Rome, Rome, merci pour tout ce que tu as pu m'apporter.Voilà ce que pensait Tannuccia de Rome.Merveilleuse ville, fabuleux trésors, Ô joie.

Lorsque sa main entra en contact avec la joue de Matteo, la princesse put admirer le changement qui s'opéra sur le visage du jeune homme.Il avait à présent la mine déconfite et défaite, presque apeurée.Oui, il était décontenancé, puis, il répondit à son "inquiétude" en parlant de lui à la troisième personne.Il ne manquait pas d'arguments, oh non ! Ni même de ressources, juste un poil de conviction.Il ne faut pas se prendre aux jeu des sentiments Matteo, ne jamais se laisser déstabiliser par l'adversaire lorsqu'il touchait juste, et enfermer son coeur bien à l'abri des mots.Tannuccia lui caressa doucement la joue en souriant tendrement, un sourire qui lui était venu comme ça, elle ne l'avait même pas dicté, il s'était présenté à elle et avait demandé à sortir ainsi qu'à se montrer au jeune homme.Peut-être était-ce de la sincérité.


-"Matteo, Matteo... Ne paraissez pas si bouleversé mon Ami, ou bien de je devrais me faire violence pour ne point vous prendre dans mes bras."

Cette fois elle sourit franchement, en le charmant pour le retrouver, lui le séducteur, le fieffé coquin, l'éternel enfant, le carnassier, le joueur.Ce n'était point amusant s'il ne se prenait plus à son jeu.Elle retira sa main et lui saisit le bras.

-"Veuillez donc pardonner ma méprise.Et pour la peine, je vous invite au Caffé Florian voulez-vous ?"

La phrase était peut-être une question, mais elle n'admettait aucune réplique.Tannuccia commença donc à avancer de son pas cadencé et agréable, au bras de Matteo dont le propre pas était si sautillant qu'il rappelait les gazelles bondissantes de l'Afrique.

[Caffé Florian]
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Matteo Salvanti
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MessageSujet: Re: Le Parvis   Mer 15 Juin - 3:30

(Pardon Giorgio, mais bon, ce sont toujours les femmes qui décident, hein Wink, les hommes n'ont pas un mot à dire)

Une gratitude infinie envahit Matteo. Personne, jusqu'à maintenant, ne l’avait épargné comme Tanuccia l’avait fait. Plutôt que de profiter de son moment de faiblesse, elle lui avait tendu la main pour l’aider à se relever et ce, sans lui faire de remontrances sur son faux pas. Elle aurait parfaitement pu souligner la facilité avec laquelle elle l'avait défait, se moquer de la brèche dans son armure. Mais non, elle avait décidé de le préserver. C’était un présent inestimable, mais aussi une leçon à retenir. Tous ne lui ferait pas cette grâce, au contraire, ils profiteraient de l’instant où il serait décontenancé pour mieux l'atteindre.

Le garçon posa un regard neuf sur son interlocutrice. La main posée contre sa joue lui paraissait maintenant réconfortante. Se dissimulait-il quoi que ce soit derrière cet acte de bienveillance? Jamais rien n’était gratuit en ce monde, tout particulièrement ici, à Venise. Ces grands yeux noirs attendaient peut-être une faveur qu’il n’était pas encore prêt à accorder, en retour de cette indulgence. Pourtant, le sourire de la princesse le laissait croire que ses intentions étaient bonnes et sans arrière pensée.

Contrairement à Iago degli Albizzi, Tanuccia ne voulait pas qu’il soit brisé. Elle n’était pas de ces enfants qui, en jouant trop avec leurs poupées, finissent par les casser. Elle n’aurait pris aucun plaisir à le voir se faner et Matteo lui en était reconnaissant. Grâce à cela, ils pourraient continuer leur jeu et il se ferait un plaisir de lui exprimer ses remerciements en lui montrant ô combien joueur il pouvait être…


« Ah, Princesse, vous me tentez! Je tâcherai de prendre mes airs les plus chagrinés pour que vous finissiez par me faire goûter à la douceur de votre étreinte. Je suis certain qu’un seul de vos baisers suffit à guérir l’agonisant, le pur contact de vos lèvres arriverait à ramener un homme d’entre les morts! »

Matteo se laissa guider par la jeune femme. Tout en marchant, il pensa à la bénédiction et la malédiction qu'était à la fois sa venue à Venise. À peine venait-il d'arriver et déjà, tous ces évènements qui s'enchaînaient, sans même lui laisser le temps de reprendre son souffle! La Vie avançait à une telle vitesse! Était-ce Dieu qui en avait décidé ainsi? Cela importait-il vraiment? Naples était désormais loin derrière lui. C'était Venise dans toute sa splendeur qui l'invitait à se joindre à elle ; à se plonger tête première dans ses intrigues, ses promesses, ses dangers... mais également à veiller à ne pas s'y noyer.

[Caffé Florian]
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Elena Va
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MessageSujet: Re: Le Parvis   Jeu 16 Juin - 20:31

[Premier Message]

Elena avait passé sa journée, comme à son habitude depuis maintenant quelques semaines, à courir un peu partout dans Venise, faisant des courses, apportant des messages ou de lettres, ainsi qu'à rester dans la maison de sa Maîtresse, à nettoyer, à ranger. Enfin, tout ce qu'une Servante se devait de faire.
Vers la fin de l'après midi, elle avait pris congé pour pouvoir se rendre à l'Eglise San Siriano.

Vêtue d'une simple robe de servante bleu et de sa cape noir, Elena, l'air perdu et rêveur, arriva sur le Parvis de l'Eglise. Elle marchait lentement, frissonnant légèrement, observant le paysage si plaisant de Venise. Bien qu'elle y ait toujours vécu, l'adolescente avait toujours autant d'admiration pour la ville. Chaque place, chaque édifice, chaque ruelle, chaque mur, tous avaient leur histoire, leur vécu. Tous évoquaient des souvenirs dans l'esprit de la jeune fille, bons ou mauvais, peu importait.

Tous les jours depuis qu'elle avait commencé à travailler, Elena se rendait à l'Eglise San Siriano. Elle venait prier, demander Pardon au Tout Puissant, se recueillir, profiter du silence qu'offrait l'édifice religieux. Aussi, elle venait inconsciemment ici pour se rapprocher de Dieu, pour se sentir protéger, aimer et en quelques sortes moins seul.

Perdue dans ses pensées, elle arriva à son tour devant les portes de l'Eglise, Elena remarqua alors qu'il y avait un jeune homme, serviteur lui aussi si l'on en jugeait par ses habits, à côté d'elle. Toujours un peu dans les nuages, elle commença à le détailler, à l'observer. Plus particulièrement, elle était étonnée par son regard, il était franc, bienveillant, amical. Chose qui parraissait étrange, pour Elena, chez un homme.
Remarquant qu'elle était entrain de le regarder depuis quelques minutes, l'adolescente eut un mouvement de recul, de panique. Elle venait de faire une erreur, elle ne pouvait pas fuir ou quitter le jeune homme désormais sans son avis, cela aurait été impoli et irrespectueux, étant donné qu'elle l'avait dévisagé et observé assez longuement.


*Quelle idiote, quelle malpolie, quelle imprudente je fais là !*

Légèrement effrayée, la servante s'inclina respectueusement. Bien qu'elle fut de rang égal avec le jeune homme, celui ci étant un homme, il méritait donc plus le respect de la jeune fille. Elle se releva, mais laissa son visage dirigé vers le sol, signe de gêne et, en quelques sortes, de soumission, attendant avec une légère frayeur la réponse de l'autre serviteur.
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Giorgio
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Ven 17 Juin - 16:56

Giorgio, perdu dans sa contemplation du batiment religieux, avait cessé d'écouter et de faire attention à ce qu'il se passait autour de lui. Les édifices que les hommes construisaient pour leur Dieu l'avaient toujours fasciné. Lui-même n'ayant jamais été éduqué dans quelconque croyance religieuse avait du mal à comprendre comment ces gens pouvaient avoir la ferveur nécessaire pour construire des maisons plus belles pour un être invisible que pour eux-mêmes.

Son oeil perçut soudain un mouvement sur sa droite et il se retourna brusquement pour apercevoir une jeune fille s'incliner devant lui de toute évidence, l'air géné. Il ne comprenait pas ce qui pouvait la troubler ainsi. Avait-il fait quelque chose de mal ou d'impoli? Il réalisa qu'il allait réellement être impoli s'il ne répondait pas au salut de la jeune femme. Il s'inclina donc à son tour devant elle.

D'après ce qu'il pouvait en juger, ce devait être une servante. Dans ce cas, pourquoi s'était-elle inclinée devant lui ainsi puisqu'ils étaient du même rang? C'était peut-être une coutume de cette ville, après tout il ne s'y trouvait que depuis quelques jours seulement. Il prit la parole d'une voix douce, tentant ainsi de faire comprendre de façon implicite qu'il était désolé s'il avait pu commetre un acte qui lui aurait déplu.


"Bonjour, mademoiselle."

Il s'arrêta là, ne voulant pas commetre d'impair supplémentaire en posant une question qui serait jugée comme impolie ou pire, insultante. Il trouvait au premier abord la jeune servante très jolie et sympathique et n'avait pas l'intention de la tourner contre lui si cela était possible.
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Cilio de
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Sam 18 Juin - 0:17

[La Chapelle]

Cilio avait pris plus que son temps pour sortir de l'église, de peur que son chemin ne croise à nouveau celui de cette chère Tannuccia. Bénissant le blanc de ses habits qui l'aidait à se fondre dans le paysage enneigé, il était resté dans l'ombre de la grande porte durant la conversation entre la princesse et Matteo. La présence de ce dernier lui paraissait on ne peut plus valable raison pour demeurer sous la protection bienveillante du Seigneur encore quelques instants.

Comme à son habitude, les sens du jeune poète étaient restés éveillés, à l'affût de tout ce qui s'agitait autour de lui. De la douce mélodie du vent sur les canaux aux paroles jetées trop souvent inconsciemment, rien n'échappait à son ouïe; ni à sa vue qui percevait tant le bleu gris voilé du ciel que les traits rêveurs d'une jeune femme à quelques mètres de lui. Il suivit la scène entre les deux personnes en affichant un air perdu et désintéressé, ainsi qu'il savait si bien le faire. Un léger sourire se peignit sur son visage lorsque la jeune fille -à priori une servante au vu de ses habits- afficha un air gêné face à l'affront qu'elle s'imaginait venir de faire à l'homme bien que celui-ci n'ait absolument rien remarqué.

Son sourire s'étira encore en apercevant deux silhouettes de redoutés fauves s'éloigner tranquillement de l'église. Matteo et Tannuccia avaient enfin décidé de quitter les lieux... Cilio ne savait combien de temps il aurait encore pu se dérober aux regards perçants des félins. Il aurait alors pu s'éclipser à son tour, aller flâner dans les rues peu fréquentées de la ville et profiter d'une solitude appréciée et méritée. Mais il s'étonna lui-même que sa curiosité le pousse à vouloir connaître la suite de la discussion entre les deux serviteurs. Le regard a priori dans le vague, il se garda donc d'effectuer le moindre geste et dirigea ses sens affinés vers l'échange qui se produisait à quelques pas de lui.
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Elena Va
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Dim 19 Juin - 16:12

Elena releva doucement la tête pour pouvoir faire face au jeune homme qui devenait maintenant son interlocuteur. L'adolescente restait de marbre, comme paralysée, elle ne savait pas quoi faire, lui répondre, certes, mais ensuite ? Engager la discussion ? En avait-elle envie ? Sûrement. Ou alors, elle n'avait qu'à rentrer ensuite dans l'Eglise, c'était ce pourquoi elle était ici, non ?
Après tout, pourquoi ne pas parler au jeune homme, la discussion n'allait pas durer si longtemps, après, elle irait tranquillement se recueillir à la Chapelle de la Piéta.
Pendant qu'elle réfléchissait à ce qu'elle allait faire, les mains derrière son dos, la Servante se tortillait nerveusement les doigts.

Elle se décida tout de même de dire quelque chose, car pendant qu'elle essayait de faire un choix ô combien difficile, un silence assez pesant s'était installé.

"Bonjour à vous aussi, Monsieur" dit-t-elle d'une petite voix fluette.

De nouveau, Elena eut un sourire gênée et baissa la tête. Maintenant, que dire, que faire ? Le jeune homme devait la penser étrangement ridicule. Ce qui n'était pas faux. Sans cesse, elle se posait des questions, sur tout et n'importe quoi, c'était un comportement assez pathétique en effet.
La Servante se racla la gorge et ajouta.


"Je crois bien vous voir ici pour la première fois. Êtes-vous nouveau en ville ? Ou tout simplement quelqu'un qui ne fréquente pas souvent ce genre d'endroit ?"

La jeune fille avait pour habitude de repérer les gens, sans pour autant les observer et les suivre, non, juste à se souvenir de certains visages, sans raison particulière. Avec lenteur, la jeune fille se rapprocha de l'entrée de l'Eglise et effleura du bout de ses doigts la porte. D'une voix rêveuse et légèrement perdue elle continua.

"Cette Eglise est d'une beauté inégalable. Elle donne l'impression d'avoir été construite au détail près, comme pour tenter de se rapprocher au plus de la Perfection." Elle s'arrêta de caresser le bois de la porte de l'édifice religieux et se retourna vers le Serviteur, les yeux pétillants. "On peut dire que c'est réussi."

Soudain, la jeune italienne secoua légèrement son visage.
"Quelle sotte ! Voilà que je commence à discuter en omettant de me présenter. Toutes mes excuses... Je... Elena Valente, Servante de... de... Dame Riviera." balbutia-t-elle tout en s'inclinant une nouvelle fois.

Tout à fait confuse, Elena sentit ses jambes légèrement trembler. elle se mordilla la lèvre inférieure tandis que ses pomettes prirent une couleur rose.
Heureusement pour elle qu'elle ne remarqua pas la présence du Poète, si elle se savait observée, la paranoïa viendrait se rajouter à ses autres nombreus défauts.
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Giorgio
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Dim 19 Juin - 22:37

Giorgio ne savait plus que faire. De toute évidence la jeune fille était de plus en plus gênée, et il ne comprenait pas pourquoi. A court de suppositions, il décida de ne pas se comporter différemment de son habitude. Il acquiesca à la question de la servante :

"Oui, je ne suis arrivé à Venise que depuis quelques jours.

Il ajouta avec un petit sourire après une pause d'une fraction de seconde:


"Et de plus il est vrai que je ne fréquente pas les églises avec assiduité."

Il suivit des yeux la jeune fille lorsqu'elle se rapprocha du bâtiment puis la rejoignit en quelques pas. Il la trouvait particulièrement étrange et mystérieuse. Il n'était pas vraiment habitué à ce genre de conversations. Il avait toujours parlé directement et sans faux semblant.

"Je trouve également cette église très belle. Mais je dois avouer que toute cette ville me remplit de stupeur. Elle n'est comparable avec aucune autre, bien que je n'aie ainsi dire pas de référence pour le faire..."

Il ne put réprimer un petit sursaut lorsque la servante se présenta, se rendant compte qu'il aurait dû y penser lui même depuis longtemps.

"Je me nomme Giorgio Artenizzi. Je suis le serviteur de Muzio Barrozi, le médecin qui vient tout juste de s'installer. Je suis enchanté de faire votre connaissance Elena."

Voyant Elena rougir il lui sourit doucement, pour la rassurer sur le fait qu'il n'était pas le moins du monde offensé.
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Cilio de
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MessageSujet: Re: Le Parvis   Dim 19 Juin - 23:50

Cilio s'écarta le plus naturellement et discrètement possible de la porte lorsqu'il vit les deux jeunes gens s'avancer vers l'endroit où il se trouvait. Etrangement, il n'éprouvait aucune gêne à "espionner" le duo; sans doute un relant de son éducation campagnarde qui n'avait cure des marques de bienséances de la société bourgeoise. Oui, c'était certainement cela. Il se sentait comme un gamin qui ouvrirait ses grands yeux d'une innocente curiosité sur deux amoureux échangeant quelques baisers dans l'ombre d'un buisson. Hormis le fait qu'il ne s'agissait pas d'amants officiels, mais de l'aube d'une relation qui s'annonçait prometteuse...

Dos aux deux servants, un sourire attendri émergea du visage de Cilio tandis que ces pensées gambaient joyeusement dans son esprit. Peu de choses lui semblaient plus inspirante et agréable qu'une rencontre imprévue de deux esprits jumeaux ou tout du moiuns sur la même longueur d'onde. Quand il s'agissait des autres, bien entendu. Lui-même était si peu prompt à déchiffrer les pensées de ses interlocuteurs que le moindre échange était un véritable calvaire - ceci ajouté à beaucoup d'autres raisons qui faisaient de sa vie sociale un enfer. C'est pourquoi il aimait tant rêver sur les relations d'autrui.

Et cette relation là était, de surcroît, des plus à même de fertiliser son imagination de romantique inconditionnel. Sa maigre - voire inexistante - expérience des femmes se compensait par son insatiable passion pour celles des autres. De fait, il pouvait assez aisément deviner la tournure que prendrait la relation. C'était leur première recontre; les paroles échangées resteraient banales, mais les regards appuyés ou fuyants en diraient long sur leurs pensées. Viendrait la deuxième rencontre, "par hasard" à n'en pas douter car ils ne s'échangeraient pas leurs coordonnées dès la première fois. Ils connaissaient déjà leurs identités respectives, ce qui était un bon début. La seconde rencontre, donc, serait plus chaleureuse mais tout aussi courtoise; un léger rosé viendrait teinter les joues de la jeune femme qui laisserait échapper un sourire timide, tandis que le jeune homme lui baiserait la main avec la plus grande courtoisie, un air ravi accroché au visage...

Cilio ne se lassait pas d'imaginer et d'inventer de belles histoires, car elles prenaient trop peu souvent à son goût le tournant rêvé par le jeune poète. Il aimait créer ces contes de toutes pièces; mais son plus grand plaisir était de voir à quel point son invention était différente de la réalité du fait de la complexité de l'être humain et de l'incroyable diversité des personnalités.

Le jeune poète souriait toujours, les yeux dans le vague. Sans chasser ses pensées, il tendit à nouveau l'oreille et laissa son esprit recréer les images qu'il ne pouvait plus voir à présent que les deux jeunes gens se trouvaient derrière lui. Et son regard glissa sur les quelques flocons qui tombaient du ciel, bien après leurs compagnons, un peu perdus peut-être, un peu seuls aussi...
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Elena Va
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Mar 21 Juin - 19:31

Tandis que Cilio se créait des histoires d'amour à l'eau de rose et que Giorgo essayait tant bien que mal à mettre en confiance Elena, celle-ci s'égarait dans des pensées lointaines, très lointaines.
Giorgio, tout comme le Médecin qu'il servait, venait d'arriver à Venise. Les deux Familles n'étaient là que depuis quelques temps aussi. Toutes les personnes, ou du moins la plupart, que la douce Servante connaissait avaient déjà visité d'autres villes, d'autres lieux, d'autres places, s'étaient déjà échappées de ses eaux maudites qui entouraient Venise. Mais Elena était née à Venise et y avait toujours vécu.
Venise ?
Le Monde d'Elena n'était délimité que par cette Ville. Elle la connaissait par coeur, les moindres recoins, les moindres édifices, les moindres commerces.
Venise ?
Oui, c'était une ville splendide, oui, c'était une ville unique par le fait de n'être qu'entourée d'eaux oui, c'était une ville mystérieusement attirante par ses masques et ses faux semblants.
Venise ?
Aux yeux d'Elena, c'était une prison... Etouffante et Insupportable.

La jeune Servante se sentait prête à défaillir. Elle avait cette impression d'être resserée dans un étau, d'être prisonnière d'un lieu clos dont les murs se rapprochaient peu à peu d'elle, d'étouffer, de périr doucement, seule, toujours.
Elena, faible ? Oui, sûrement, lâche aussi. Elle essayait de se combattre elle-même depuis sa rencontre avec la courtisane, essayait de prendre la vie du bon côté, d'oublier les choses qu'elle considérait mauvaises qui lui arrivaient ou étaient arrivées, de laisser tomber la tristesse et les regrets, mais c'était difficile, trop difficile, voire impossible.

Pauvre Giorgio, il devait être totalement déconcerté par l'attitude d'Elena. Peut-être allait-il penser qu'elle était folle, trop sensible et émotive, perdue dans son monde, ou tout en même temps ?
Mais la jeune Italienne ne se souciait pas le moins du monde de ce que pensait le serviteur du médecin. Les larmes salées qui naissaient dans ses yeux les lui brûlaient légèrement, elles perlaient sur sa peau de poupée de porcelaine. Elle releva sa tête et regarda quelques instants le ciel, les flocons tombaient délicatement sur son visage et dans ses cheveux châtains. Un sourire apparut quelques secondes sur le visage d'Elena mais se dissipa aussitôt. Elle regarda Giorgio avec ses yeux humides.


"Veu... Veuillez m'excuser" fut les seuls mots qu'elle prononça dans une sorte de gémissement avant de courir vers le porte de l'Eglise et de la pousser. Elle posa un pied dans l'édifice et se retourna une dernière fois, lançant un regard vers la cachette de Cilio sans pour autant le voir, puis se remit à courir.

La porte de l'Eglise claqua violemment, laissant Cilio et Giorgio, seuls, à leurs pensées.


[ La Chapelle ]
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Giorgio
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Mar 21 Juin - 23:42

Giorgio n'arrivait vraiment pas à comprendre l'attitude d'Elena. Il remarqua quelques larmes couler le long de son visage fin et commença à paniquer en pensant qu'il avait fait quelque chose de mal. Ce sentiment empira lorsqu'elle prit la parole avant de s'enfuir dans l'église.

Il resta planté là, figé dans le mouvement qu'il avait esquissé dans la vaine tentative de retenir la jeune fille. Au bout d'un moment, il reprit contenance et rajusta son manteau d'un air distrait.

Il hésitait sur la conduite à tenir. Il avait eu l'intention de visiter l'église, mais la servante penserait-elle qu'il la suivait s'il entrait dans l'édifice juste après elle? Non, elle penserait certainement qu'il la suivait, et de toute évidence elle ne voulait pas lui parler.

Il baissa les yeux vers ses souliers, enfouis dans la neige. Il commençait à sentir l'humidité glacée gagner ses pieds, il les secoua donc pour en faire tomber la neige accumulée dessus.

Il parcourut le parvis des yeux et remarqua quelqu'un comme dissimulé non loin. Les avait-il observé, lui et Elena? Il haussa les épaules. Après tout cela lui était égal. Ils n'avaient fait qu'échanger des banalités...


(edit de Poupre : ce joueur ne poste plus, ne le comptez pas dans le tour)
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Cilio de
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Jeu 23 Juin - 12:10

La mutation soudaine de l'expression timide de la jeune fille en un profond désarroi déconcerta Cilio. La nature humaine était décidément des plus incompréhensibles.. Mais pire que l'éclat en morceaux de son rêve romantique, la réaction d'Elena provoqua chez le jeune poète un brusque retour à la réalité, à sa propre détresse face à cette vie, cette vie si magnifique et si monstrueuse, si simple et si complexe... Les larmes de la jeune servante s'étaient faites siennes; cependant elles ne coulaient pas sur sa peau, à lui, mais inondaient son âme...

Il ne comprenait pas. Tant des choses pourraient être si simple: un sourire, un regard, quelques paroles échangées et la relation s'épanouirait paisiblement, l'amour naîtrait dans le coeur de deux êtres et rayonnerait... Ils auraient pu être heureux, oui, connaître le bonheur aurait été tellement simple... Alors pourquoi? Qu'est ce qui empêchait les gens d'accepter un sentimùent aussi pur et doux que l'amour? Pourquoi chacun ne s'échappait-il pas pas dans un écueil d'allégresse? Pourquoi fallait-il que l'on se créé des obstacles là où le terrain était si clément?

Et pourquoi n'était-il pas heureux, lui, Cilio Dell'Arbero?

La force lui manquait pour se maintenair debout. Mais quelque chose l'empêchait de s'adosser contre le mur robuste de l'église, cette même chose qui gardait ses yeux si secs alors qu'il aurait tant voulu pleurer, alors que l'océan de ses larmes de révolte débordait en lui. Son visage même était impassible tandis qu'en son coeur se bousculaient une foule d'émotions bien trop puissantes pour lui. Bien trop grandes, oui, bien trop fortes...

Il leva les yeux. Les flocons se faisaient de plus en plus rares et on les distinguait à peine sur le ciel d'un blanc crémeux. Peu importe le bonheur, peu importe l'amour. Tout cela était fade, dérisoire face à l'immensité du Monde, de son monde à lui. L'insignifiance de cet amour-là lui apparaissait soudain clairement. Ce mot ne signifiait rien comparé à ce qu'il ressentait pour sa soeur, sa soeur si loin, si proche... Non, il n'avait été et ne serait jamais seul. Et pour cette raison, il était heureux. Parce qu'il ne pouvait pas ne pas être heureux, en sachant sa présence constante auprès de lui. Il ne pouvait pas ne pas être heureux...

Alors pourquoi avait-il si mal en cet instant?

Cilio fit quelques pas dont il ne connaissait ni ne pouvait définir la direction. Ses sens étaient décuplés: il entendait presque les flocons se poser sur le sol. Mais les informations ne parvenaient pas jusqu'à ses cellules grises, et il marcha sans avoir conscience du temps qui passait. Quelques minutes seulement s'écoulèrent, bien que ses jambes lui parurent aussi lourdes que s'il avait marché sur des dizaines, voire des centaines de kilomètres...

"Le temps s'écoule dans un nuage de brume
Les larmes coulent et les esprits fuguent
Nous marchons; et à jamais le soleil s'enfuit
Nous passons; et le faucon pousse son dernier cri

Ainsi se noie mon coeur dans l'océan de l'oubli..."
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Luigi Ab
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Mar 30 Aoû - 14:57

[premier post]

Tout juste arrivé à Venise en fin de matinée, Luigi Abbatelli, noble Sicilien fuyant, bien qu'il ne sache plus vraiment quoi, avait marché, l'esprit vacant, dans la belle ville de Venise, qu'il ne connaissait que de nom. Il avait suivi le hasard des voix déseneigées par la chaleur de la vie citadine, chaleur qu'il avait quitté depuis bien longtemps et qu'il apprenait à redecouvrir.

Une fois, il croisa une jeune homme bien habillé abordant une jeune fille superbe, mais qui naquit dans un monde bien moins merveilleux. Il imagina tout les façon possible de repousser le malotru, mais il sembla qu'aucune ne fusse accéptable pour la charmante roturière, qui semblait charmée. Plus tard, il passa à coté d'un groupe de femme, rivalisant de largeur et de laideur, occupé à discuter, louchant sur les passants comme sur des bêtes etranges. Il imagina mille et un potain, mille et unes histoires de coucheries ou de mesquineries triviales, puis bomba le torse et se donna un air des plus noble, distingué et hautain pour les dépasser, ce qui fit très certainement jaser, surtout dans ce quartier où rares étaient ceux qui devait s'aventurer. Une autre fois, il croisa des enfants, jouant à des jeux inventés sur l'instant, pour le simple plaisir de s'amuser, aussi simplement que cela puisse se faire. Il joua une pièce courte et humoristique à ces jeunes enfants pauvres, faisant lui même tout les rôles, et leur promit de revenir un jour, peut-être, pour leur aprendre à faire de même.

Il s'imprégnait de la vie de cette ville qui lui plaisait. Loin de la morne attitude d'une Palerme mourante, Venise était bien vivante, et comptait semble-t-il le rester. Les choses firent qu'il échoua sur le parvis d'une église. Peut-être parce qu'il n'en avait pas visité une depuis fort longtemps. Quoiqu'il en soit il resta immobile à la regarder, à la détailler, à suivre du regard tout les détails qu'il pouvait remarquer, enchanté qu'il était par la beauté d'une telle batisse. Puis, il entra à l'interieur en rêve, penetra dans le confessionnal, et encouta les fautes douteuses des pieux venitiens. Puis il se retrouva lui même projeté à leur place, devant parler à un prêtre sans visage, à une voix etrangère, mais rassurante. 'Mon père, j'ai péchéé par orgueil, par amour, ou par folie. Quoi qu'il en soit j'ai sûrement fait du mal à ceux que j'aime, et je n'ose plus aller les retrouver...' Mais il quitta bien vite ces rêveries, pour revenir à la réalité, et surtout, pour ne pas tomber à la renverse, endormi par ses rêveries.

Il était là, victime d'un vent froid qu'il ne sentait pas, grâce à son long manteau pourpre, ou bordeau, ou rouge sang peut-être, sang des larmes qu'il avait pleuré en songe après avoir quitté Naples. A moins que le froid le quitte à cause de son esprit vacant, échappant comme toujours à la dureté de la vie, à sa réalité...
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Cilio de
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Mar 30 Aoû - 22:15

L'errance du poète tourmenté prit fin à l'endroit même où elle avait commencé... Sa conscience du temps et de l'espace s'étant échappée durant les quelques minutes où il avait déambulé dans les rues de Venise, Cilio ne s'était tout simplement pas rendu qu'il était revenu sur le parvis de l'église. L'esprit embrumé, il songea que l'église devait détenir un pouvoir irrésistible d'attraction sur lui... Avant de se rendre compte de l'absurdité de cette pensée.

Cette simple réflexion le fit subitement revenir à la réalité. C'était la deuxième fois que son esprit s'égarait aujourd'hui, avec pour cause de fond toujours la même chose... La présence de sa soeur. Ou plutôt son absence. En tous les cas, cela faisait bien longtemps que Rissa n'avait pas tant occupé ses pensées, ni qu'elle ne lui avait semblé si proche tout en souffrant terriblement de son absence. Cilio ne parvenait pas à comprendre la raison de cet excès d'émotions. Quelque chose avait changé... Quelque chose, mais quoi? Et surtout pourquoi?

Cilio préféra ne pas s'attarder sur ces questions, du moins pas pour le moment. Il avait déjà été trop distrait aujourd'hui... Mais ne l'était-il pas en permanence? Ce sourire triste qui caractérisait si bien le jeune poète apparut sur son visage. Oui, il était trop souvent perdu dans d'insignifiantes pensées. Son monde à lui était à la fois loin et lié si étroitement au monde réel qu'il avait souvent du mal à mettre ses idées en ordre.

Du coin de l'oeil, Cilio avait remarqué à quelques mètres de lui la présence d'un jeune homme qui semblait fasciné par l'architecture de l'église depuis un bon moment déjà. Il ne voyait que son profil, mais celui ci lui annonçait déjà la beauté enfantine dont semblait être empreint le visage du noble. Noble, il l'avait déduit à son habit; mais bien que raffiné, celui-ci n'était pas prétentieux ni excentrique. Cilio ne savait si c'était le comportement du jeune homme qui, comme le sien, paraissait étranger au monde qui l'entoure, ou bien la simplicité qui se dégageait de lui, mais il fut poussé à engager la conversation. Chose qu'il n'aurait, en temps normal, fait avec personne d'autre. Timidité oblige.

"Venise est une ville qui recèle de bien des beautés. Même si les plus radieuses ne sont pas toujours les plus impressionantes, " dit-il en laissant son regard dériver sur une petite bande d'enfants riant aux éclats à quelques mètres d'eux, puis sur un papillon qui vint volter juste sous leurs nez.

Le ton de sa voix se voulait aimable, tout en gardant cette réserve polie qu'il avait l'habitude d'arborer en toute circonstance. Cilio espérait de tout son coeur que le jeune homme réagirait positivement à sa première tentative de contact.
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Luigi Ab
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Mer 31 Aoû - 0:26

Luigi fut surpris, pris qu'il était dans ses obscures pensées, qu'il souhaitait pourtant oublier au plus vite, de peur de ne les jamais voir le quitter. La voix qu'il entendit était claire et aimable, bien que résérvée et polie. Quoi qu'il en soit, une voix qui donnait envie de donner une réponse. Naturellement, ses yeux se posèrent sur les enfants, ces enfants qu'il aimait tant et qu'il aurait souhaiter pouvoir proteger des vices de la réalité, puis sur le papillon, symbole même à ses yeux du songe, du rêve et de la réalité. Sans pour autant se retourner, il répondit, d'un ton sobre et posé :

" La nature semble vouloir faire echo à vos paroles. "

Luigi avait maintenant un franc sourire aux lèvres. Son visage respirait d'une joie enfantine, pure. Il se tourna enfin vers la voix, qui se mua sous ses yeux en un homme plus petit que lui, avec des yeux lui rappellant étrangement quelque chose, peut-être le miroir de sa chambre, à moins que ce ne soit celui de son âme... Son sourire, doux mais triste, lui inspirait une confiance qu'il ne se souvenait pas avoir déjà ressenti. Le destin avait-il voulu qu'il tombe sur son reflet ? Quoi qu'il en soit, il ne pouvait ignorer cette rencontre, la première qui lui semble vraiment importante depuis bien longtemps.

" Je suis Luigi Abbatelli, nouvellement arrivé dans cette cité, et étranger au monde de nombre de ses habitants. Très heureux d'y rencontrer une pensée familière. "
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Cilio de
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MessageSujet: Re: Le Parvis   Mer 31 Aoû - 16:41

Cilio ressentit dans le regard que le jeune homme posa sur les enfants, puis sur le papillon, une foi profonde en ce qui subsiste de plus doux et de plus innocent dans ce monde ravagé par l'orgueil des hommes. L'espace d'un instant, il crut voir un halot de lumière dorée entourant la peau pâle du jeune noble. Une illusion d'optique, certainement; mais Cilio se plut à songer que ce mirage était un signe révélateur de sa véritable identité... A la pensée d'avoir pu rencontrer un ange et imaginant l'étonnement flatté de son interlocteur s'il lui avait fait part de ses réflexions, le jeune poète sourit.

Un élan de bonheur traversa le coeur de Cilio lorsque celui-ci lui répondit, sur ce ton agréablement posé, des paroles dont il apprécia la justesse. Il aurait pu répondre n'importe quoi, cela aurait suffi à faire la joie du poète. Mais là, il le comblait.


" Habituellement, ce sont plutôt mes paroles qui se veulent faire écho à la nature ", répondit Cilio avec un léger amusement dans sa voix.

Il sentit alors le regard du jeune homme se poser sur lui. Cependant, il ne ressentait aucune gêne, juste... Une étrange sensation de bien-être, un fourmillement qui parcourut tout son corps dans un très léger frisson. Il ne se souvenait pas avoir jamais ressenti cela, du moins pas dans ce genre de situation... Cilio délecta quelques secondes cet instant de félicité avant de tourner lui-même ses yeux vers le jeune noble. Il se laissa envahir par une douce sérénité lorsque leurs regards se croisèrent, comme s'il puisait un peu du Paradis d'innocence qui illuminait les yeux du jeune homme.

Ses joues rosirent légèrement quand il s'aperçut qu'il ne s'était lui-même pas présenté, puis son inconscient décida spontanément d'écarter au plus vite cette germe de timidité. Cette fois-ci, il n'allait pas la laisser prendre le dessus.


" Il est vrai que Venise est d'un univers particulier dont j'ai également peine à m'accoutumer. Cela fait pourtant plus de six ans que je côtoie ses plus nobles habitants... Je m'appelle Cilio Dell'Arbero, poète sous couvert du prince Ugo di Grazziano. "

Il ne savait s'il avait bien fait de mentionner les di Grazziano. Non par crainte que Luigi soit d'une façon ou d'une autre impliqué dans la querelle et qu'il puisse trahir sa confiance, mais il lui semblait qu'évoquer sa position lui donnait un côté arrogant. Or, il n'avait en aucune manière envie de paraître présomptueux aux yeux de Luigi. C'est pourquoi le ton de sa voix se fit un peu plus humble lorsqu'il reprit la parole.


" Mais je crois que je n'aurai jamais ma place dans les hautes sphères de la société ", soupira-t-il avec un sourire contrit. " Je n'ai pas l'esprit aussi aiguisé que la plupart de ses membres. "

Son regard se perdit dans le vague, comme absorbé par un flot de pensées.

* Heureusement, Venise compte parmi ses habitants des âmes pures ... *
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