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 La Chapelle de la Pieta

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Pourpre
Du Bout des Doigts
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MessageSujet: La Chapelle de la Pieta   Mar 19 Avr - 0:04

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Cilio de
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MessageSujet: Re: La Chapelle de la Pieta   Mar 17 Mai - 21:00

[Eglise San Siriano - La Parvis]

*Les pavés répondent tout bas aux pas humides
Du marcheur égaré parmi les âmes arides
Aux quartiers de Venise l'homme s'est effacé
Pour s'emplir un instant de quelque humilité*

Ses souliers foulent les dalles dont la rumeur s'élève comme la voix des anges. Ils chantent; Cilio saisit des bribes de paroles, s'imprègne du langage divin, tente de traduire quelques mots en langage humain. Celui-ci lui paraît soudain si impur, si imparfait... Cilio avance, les lieux apparemment vides semblent s'emplir petit à petit de présences irréelles. Elles sont des dizaines, puis des centaines, bientôt des milliers. Entre toutes, il la reconnaît...

*Ma Voix, mon coeur, ma conscience, mon âme, mon être... Je ne peux me passer de toi...*


Sans doute était-ce la première fois que Cilio ressentait si fortement la présence de Rissa en lui. Et il fallait que ce soit en ce lieu, en ce lieu Saint qu'il se promit désormais de visiter assurément dès qu'il en aurait l'occasion. Les murs accueillaient ici toutes les confidences; et tandis qu'il s'asseyait sur un banc, il ressentit un bien-être si profond qu'il en était presque surnaturel.

Les yeux clos mais non les mains jointes, il pensait, priait, s'enivrait de l'effluve encore presque palpable de l'extrême présence de sa soeur quelques instants auparavant... Cilio ne pouvait se détacher de cette sensation. Les mots mêmes échappaient à son esprit.
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P.Giacinto I. Chiaramonti
Père Jésuite
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MessageSujet: Re: La Chapelle de la Pieta   Dim 22 Mai - 21:57

Giacinto sortit de la sacristie. Bientôt trois heures de l'après-midi, cela allait être le temps de célébrer None.
La porte retomba lourdement derrière lui, faisait résonner dans l'église silencieuse le son sourd et métallique du loquet de la porte.

Il se retourna vers le serviteur qui l'accompagnait. Il échangea avec lui un ensemble de gestes étranges pour toute personne non-initiée à la langue des sourd et muet, inventée depuis très peu de temps.
Ce dernier hocha la tête et partit vers le clocher. Peu après, les cloches se mirent à sonner.

Giacinto allait commencer à arranger les fleurs qui étaient déposées un peu partout dans l'Eglise, lorsqu'il aperçut qu'une personne se trouvait déjà là.

Il hésita, devait-il interrompre la méditation du jeune homme ? Devait-il aller vers lui ?
Il n'avait pas les mains jointes... sans doute ne priait-il pas...

Le jeune Jésuite s'approcha.


"Cherchez-vous quelque chose ? Puis-je vous aider ?"
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Cilio de
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MessageSujet: Re: La Chapelle de la Pieta   Dim 22 Mai - 22:12

Immergé dans l'océan tumultueux de ses pensées, Cilio n'entendit même pas le bruit métallique de la porte se refermant, pas plus que les cloches qui dansaient. C'est la voix du Padre qui, un temps à la fois excessivement bref et long après l'entrée de Cilio dans l'église, le sortit de sa torpeur.

Quelques secondes lui furent nécessaires pour revenir à la réalité. Les mots qu'avaient formulés le Padre résonnèrent tout d'abord de manière si insensé que Cilio dut avoir l'air un peu ahuri lorsqu'il tourna les yeux vers lui. Le jeune homme s'affola l'espace d'un dixième de secondes en s'apercevant qu'il n'avait pas compris un mot de la phrase de son interlocuteur. C'était comme si le langage lui avait échappé...

A peine un instant plus tard, son cerveau se remit en marche et analysa en une fraction de seconde les paroles de l'homme. Il s'attacha également à tenter de reconnaître le visage qui se trouvait près de lui, mais rien à faire, il ne lui revenait pas.


" Pardon, je... bredouilla Cilio, encore étourdi par son brusque retour à la réalité. Je venais simplement me recueillir", articula-t-il en reprenant un peu de contenance.

Soudain, une petite lumière se fit dans les méandres de ses cellules grises. Le dernier Padre les avait quittés il y a quelques jours. L'homme à la soutane qui se tenait devant Cilio était probablement son remplaçant.

" Seriez-vous... notre nouveau Padre? "


Dernière édition par le Mar 7 Juin - 0:28, édité 1 fois
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P.Giacinto I. Chiaramonti
Père Jésuite
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MessageSujet: Re: La Chapelle de la Pieta   Dim 22 Mai - 22:29

Giacinto, n'ayant pas de réponse immédiatement, compris tout de suite qu'il aurait mieux fait de ne pas parler.
Le jeune homme semblait complètement perdu, avoir du mal à revenir sur terre... Giacinto connaissait bien ce genre d'état qui faisait que l'on revenait de la méditation aux choses de la terre. Il lui arrivait souvent la même chose après ses exercices spirituels.
Il sourit doucement, regardant avec attention le visage en face de lui, de manière a le graver dans sa mémoire et à pouvoir connaitre plus facilement chacun de ses paroissiens. Il n'arrivait pas à deviner, d'après les fiches de Malatesta qui pouvait être ce jeune homme.
Il choisit de ne pas reposer sa question, mais de répondre à celle de Cillio.


"Oui, c'est moi, le Padre Ignacio Chiaramonti. Je suis désolé, je n'aurais pas dû vous tirer ainsi de votre prière..."

Il s'assit sur le banc, près de Cilio, les mains croisées sur les genoux, laissant le silence reprendre possession de l'église.

"Venez-vous souvent ici ?"

Giacinto se sentait gêné de ne pas savoir lequel des paroissiens venait souvent, et surtout qui était le jeune homme en face de lui.
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Tannucci
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MessageSujet: Re: La Chapelle de la Pieta   Dim 22 Mai - 22:54

Tannuccia pénétra dans la chapelle en souriant. Il y faisait frais comme toujours et une légère odeur de soie, douce et caressante, odeur masquée par celle des nombreux cierges allumés ça et là et disséminés. Combien de fidèles avaient allumé une petite flamme dans l'espoir que leurs souhaits les plus profonds se réalisent ? La jeune Romaine se mit à rire en pensant qu'elle même l'avait fait, c'était pitoyable. Non... touchant. Elle était touchante ? Impossible.
Le regard de braise de la jeune femme fut attiré par la silhouette de celui qui devait être le Padre et son interlocuteur... hum... son interlocuteur n'était autre que ce délicieux poète talentueux. Ses yeux se promenèrent sur son visage angélique aux yeux troublants et perdus dans le lointain. Que ne donnerait-elle pas pour que ces yeux se plongent dans son délice d'ébène.

Mais il n'était pas seul, le Padre l'accompagnait, cela serait d'autant difficle d'approcher Cilio, soit, les jeux sans risques perdent de leur goût, les endives n'en sont plus si elles deviennent fades. De plus, le Padre était... séduisant, il semblait être un homme d'exception, reconverti à l'église à la suite d'un chagrin de famille ou d'amour. N'était-ce pas blasphématoire que de penser cela en ce lieu d'un serviteur de Notre Père ? Peu importe, combien de fois avait-elle désobéi à son créateur ? Elle avait déja été châtiée pour bien des années. Il ne lui faisait payer ses crimes et expier ses fautes qu'après qu'elles se soient suffisament accumulées pour lui faire vraiment mal. Il était comme ça, elle ne serait jamais à Sa divine hauteur. C'était lui qui avait créé les péchés, quoi que l'on en dise, et c'était lui aussi qui avait créé le Malin pour pouvoir rejeter ses mauvaises créations et ses fautes sur les épaules du Malin.

Tannuccia enfila un masque de repentir et de calme et se dirigea gracieusement vers le poète et le Padre. Quand elle fut arrivée à leur hauteur, elle s'inclina respectueusement.


-"Bonjour, vous devez sûrement être le nouveau Padre, venant de Rome n'est-il pas ? Monsieur Cilio Dell Arbero, quel honneur que de vous croiser en ces lieux, pour la seconde fois consécutive de la journée."

(le tour de post pour ce sujet est : Tannuccia, Cilio, Padre)
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Cilio de
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MessageSujet: Re: La Chapelle de la Pieta   Mar 24 Mai - 20:23

Le sourire bienveillant du nouveau Padre rassura quelque peu Cilio, désorienté par son brusque retour au réel. Ainsi, son cerveau bien qu'un peu ramolli par sa transe ne lui avait pas fait défaut: l'homme était le remplaçant du Padre Malatesta. Ce qui, en soit, n'était pas pour déplaire à Cilio... Il n'avait jamais pu établir une relation de confiance avec cet homme pour le moins étrange. Il faut dire que Cilio avait un don particulier pour la défiance envers toute personne extérieure.

Il ne savait pas vraiment s'il était heureux ou non que le Padre Chiaramonti se soit installé à ses côtés. Il aurait certes préféré rester plus longtemps en contact avec sa soeur bien aimée; mais il semblait qu'il se soit assez enivré de sa présence... Pour une fois, Cilio laissa sa raison le convaincre qu'il avait assez profité de sa quiétude. Il était temps de revenir à des choses plus terre-à-terre.


« A vrai dire, je viens juste d’arriver à Venise ; la famille di Grazziano, qui m’accueille, s’y est installée il y a peu. Cette église m’est donc encore un peu étrangère, mais je sens que je vais m’y sentir très vite chez moi. »

Cilio ponctua ses paroles d’un léger sourire, repensant au bonheur éprouvé quelques instants plus tôt. Il ne pouvait ce douter que cette éphémère quiétude serait, une poignée de secondes plus tard, ébranlée par l’arrivée impromptue d’une jeune demoiselle à qui il avait eu affaire quelques heures auparavant…

La princesse au teint halé dont le soleil aux rayons ravageurs semblait suivre chacun de ses pas apparut à une dizaine de pas de lui. Lorsque qu’elle plongea son regard d’ébène dans celui du jeune poète, il s’empourpra instantanément. Sa voix mielleuse n’était pas pour arranger les choses. Cilio aurait donné n’importe quoi pour être à ce moment précis dans une caverne reculée à l’autre bout du globe, versifiant, rêvassant, écrivant, à l’abri des regards de ces tigresses affamées. Un ermite; voilà ce qu’il aurait dû être. Il en était à présent convaincu.


« Signora Di Alessandro, fit-il avec une révérence polie. Je suis ravi que nos chemins convergent à nouveau, en ce lieu si agréable, de surcroît. »
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P.Giacinto I. Chiaramonti
Père Jésuite
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MessageSujet: Re: La Chapelle de la Pieta   Mar 24 Mai - 21:14

Giacinto allait répondre quelque chose de tout à fait conventionnel à Cilio, lorsque la Princesse arriva.
Devan les manières séductrices de celle-ci, accompagnées de la rougeur subite de Cilio, le Padre eut un moment d'inquiétude. L'église était-elle un lieu de rendez-vous galant secret ?
Mais il se tranquillisa, le jeune poète venait de lui dire qu'il venait d'arriver... il ne pouvait pas venir ici délibérément, et si l'église servait d'accueil au couple pas encore complètement légitime, on pouvait supposer que cela n'allait pas très loin.

Il s'était levé par politesse lorsque la Princesse était entrée et avait écouté avec bienveillance, et un peu de compassion pour le pauvre jeune homme qui semblait tout à fait terrifié face à la jeune femme... Il se présenta ensuite avec un léger salut.


"Je vois que les nouvelles vont vites... C'est moi-même, Padre Ignazio Chiaramonti... Je viens effectivement de Rome, mais... di Alessandro est votre nom ? n'en seriez-vous pas vous-même originaire ?"
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Lucia di
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MessageSujet: Re: La Chapelle de la Pieta   Jeu 26 Mai - 22:37

[Place Saint Marc]

Lucia avait traversé aussi rapidement qu'elle le pouvait le parvis. Le froid ne l'avait pas incité à s'attarder, et les églises ont toujours été un havre de paix pour les âmes où elle pouvait se recueillir dans la quiétude et la solitude.C'est donc avec soulagement qu'elle avait poussé la lourde porte confiante en cette promesse.
Elle s'aperçut une fois de plus qu'elle s'était trompée, l'église n'était pas déserte.Trois personnes étaient déjà présentes et absorbées par une conversation.


*Il y'a des jours comme ça...*

Elle tenta du mieux qu'elle pût de détailler les "dévots", mais cela se trouvait quelque peu difficile en raison de sa vue baissante. Se rapprochant, elle vit avec bonheur que seul un des trois visages lui était étranger.
Il y'avait tout d'abord Cilio ce jeune poète que son neveu lui avait présenté,Tannucia l'envoûtante princesse qu'elle connaissait plus de vue que d'affinités, et un homme en soutane qui devait être le nouveau prêtre.
Elle s'approcha du petit groupe et les salua d'un ton poli.


"Bonjour messieurs, signora Di Alessandro"

Elle remarque tout de suite une certaine gêne chez Cilio dûe à la présence de la jeune femme, elle tenta de le réconforter en lui souriant

*Il a bien raison de s'inquièter...comme toutes les belles femmes,il faut s'en méfier*

Elle ne laissa pas cette pensée la trahir et continua:

"J'interromps certainement votre conversation, je vous prie d' excuser mon intrusion, et d'accepter de me laisser la partager avec vous.Le partage étant à mon sens une très belle notion de la religion"

Elle aurait pu ajouter quelques petites politesses hypocrites, mais elle s'y refusait, et s'estimait au dessus de ce genre de bassesses, même si elle se doutait qu'un jour elle serait peut être amenée à amèrement le regretter...
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Tannucci
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MessageSujet: Re: La Chapelle de la Pieta   Ven 27 Mai - 13:22

Tannuccia esquissa un léger sourire, doux, lorsqu'elles les couleurs gagnèrent les joues du charmant poète. Elle ne lui était pas totalement indifférente, il semblait la craindre. Pourtant Tannuccia se montrait courtoise et douce avec lui, se pouvait-il que ce soit son assurance qui le mettait mal à l'aise, comment savoir avec les poètes. Ils étaient des anges déchus qui rêvaient au Paradis et se languissaient de la vie. Ils vivaient ailleurs, dans une bulle séparée du monde, un regard dans le vague, un sourire lointain sur leur frimousse angélique.Les poètes étaient aussi des oiseaux, toujours plus près du ciel et de leur Paradis, chantant des airs de liberté.Tannuccia était un chat, chassant les oiseaux, ronronnant, profitant, dormant, une vie sans contraintes, une vie de Pacha.

Cilio fit une légère révérence proférant conventions polies en réponse aux siennes.Le padre quant à lui se leva.Quelle politesse, il était bien un homme d'église.Tannuccia sourit.Une femme comme elle devait être considérée pour ces hommes comme un suppôt de Satan, une succube déroutante, faisant basculer les fidèles dans des plaisirs interdits.Le Padre constata que les nouvelles allaient vite, affirma qu'il était de Rome et avec perspicacité il demanda à la princesse si elle-même n'en était pas originaire elle-même.Resserant la cape sur ses épaules en frissonant elle répondit d'une voix douce :


-"Vous avez juste.J'aurais été étonnée si venant de Rome vous ne connaissiez pas ma famille.Je suis honorée de vous revoir.En effet nous nous sommes déja entr'aperçus à l'une de vos messes."

Alors qu'elle s'apprêtait à déclamer une tirade concernant l'éloquence et le talent d'orateur en tant qu'envoyé de Dieu sur Terre du Padre, une femme d'âge mûr arriva en les interrompant, encore belle pourtant malgré quelques signes d'apparente vieillesse.Mais ne dit-on pas que les chcveux blancs sont la neige avant le printemps et la ride le sourire d'un éternel enfant ?

-"Vous n'avez pas à vous excuser Madame, partagez donc avec nous ces moments de quiétude.Comment vous portez-vous aujourd'hui ?"

Tannuccia s'inclina poliment devant la tante du Prince.Un femme qui ne semblait pas aimer ses manières de chattes qui minaude, et qui semblait être entourée de la même aura bienveillante que celle de son neveu.

-"J'ai bien peur que l'on ne puisse plus voyager en gondaole et que nous ne soyons obligés de nous déplacer par la terre.Les eaux me semblent glacées en surface."
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Cilio de
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MessageSujet: Re: La Chapelle de la Pieta   Sam 28 Mai - 19:41

L'espace d'un instant, Cilio se demanda où était passée la sérénité du lieu saint dans laquelle il baignait quelque instants auparavant. Il bénit le Padre d'avoir engagé la conversation avec Tannuccia, évitant au jeune poète plus de désagréments. Son teint reprit une couleur à peu près naturelle lorsqu'il vit entrer Lucia, qu'il reconnut immédiatement à sa démarche boîteuse. Non pas qu'il appréciât particulièrement cette femme, mais elle appartenait à la famille du Prince et de ce fait était à peu près digne de confiance.

Cilio la salua avec sa courtoisie habituelle, accompagnant ses mots d'une révérence un peu plus profonde que celle qu'il avait dédiée à Tannuccia. Il ne posa aucune question, pas même sur sa santé comme il aurait été de mise en s'adressant à une femme de son rang. Tout ce qu'il l'importait pour le moment, c'était que ceux qui l'entouraient poursuivent leur conversation sans se soucier de lui. Cilio aurait aussi bien pu quitter l'église sur l'heure, mais d'une part ç'aurait paru impoli alors que Lucia venait d'arriver, et d'autre part l'église offrait un chaleur bien plus attrayante que le froid glaciale des rues vénitiennes...
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P.Giacinto I. Chiaramonti
Père Jésuite
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MessageSujet: Re: La Chapelle de la Pieta   Sam 28 Mai - 21:03

Giacinto fut très heureux de ne pas avoir à répondre à la jeune princesse, parce qu'il ne se souvenait absolument pas d'elle. Il était possible qu'elle ait assisté à un de ces sermons, comme il était possible qu'elle ne l'ait jamais vu et qu'elle lui fasse cadeau d'une flatterie qui était monnaie courante chez les aristocrates.

La femme qui avait interrompu cet échange à propos avait la particularité de boiter légèrement ce qui, pour Ignazio, facilita beaucoup son identification.


"Tout à fait, tout à fait"

avait-il murmuré à ses paroles sur le partage. Même si le partage devrait avoir une notion toute autre que celle de partager une conversation. Si les nobles voulaient suivre le chemin du Christ, ils auraient dû abandonner toutes leurs richesses et entrer dans la voie de l'Eglise. Mais Dieu est miséricordieux, et Dieu sait pardonner et comprendre ceux qui ne suivent pas ses commandements à la lettre mais dans l'esprit.

Giacinto suivait la conversation des deux femmes en regardant le jeune poète qui semblait vouloir s'abstraire de ce monde. C'était étrange de sentir à quel point il le comprenait. Il était de plus en plus désolé de l'avoir extrait de sa méditation.

Lorsqu'il entendit Tannuncia parler de gondoles et du gel des canaux, Giacinto sentit un sentiment de malaise s'emparer de lui.
Mais quelle était cette ville où même les lieux saints étaient transformés en salon ?
Il comprenait que pour ramener Dieu dans le chœur de ces personnes, il allait devoir travailler très doucement, mais avec constance et résolution.

Il fut vraiment soulager de voir le jeune Emilio descendre en cavalant les escaliers. Le bruit de ces pas, lourds, sur l'escalier en bas se mit à résonner dans toute l'église. C'était le seul défaut d'Emilio, étant sourd, il ne savait pas le bruit qu'il faisait.

Giacinto fit un grand geste pour attirer son attention, puis celui de ralentir, de faire silence, et de montrer son mécontentement. Emilio s'arrêta brusquement, pris un air contrit, et descendit le reste de l'escalier sur la pointe des pieds, avant de s'approcher du Padre. Là, il se mit à signer à toute vitesse. Giacinto hocha la tête et se tourna vers les autres personnes qui l'entouraient.


"Excusez-le, excusez-moi... Je vais devoir vous quitter, il est l'heure pour moi de célébrer les Vêpres..."

Il s'inclina respectueusement, et s'éloigna vers une autre chapelle. Bien sûr, il n'avait pas proposé aux personnes présentes de le suivre. C'est que Vêpres n'était pas un office obligatoire, mais quiconque souhaitant se recueillire et y participer pouvait le faire, et tous bons Italiens le savait... En indiquant clairement ce qu'il allait faire, Giacinto laissait la possibilité à Cilio de s'échapper, tout en lui laissant la liberté de rester dans la chapelle de la Piéta s'il le souhaitait.
Il n'aimait pas choisir pour les autres.
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Lucia di
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MessageSujet: Re: La Chapelle de la Pieta   Lun 30 Mai - 21:24

(dsl du retard...)

La tante du prince répondit sur un ton poli à la question de la princesse.

"Ma foi je me porte très bien, et j'espère qu'il en va de même pour vous."

Elle hocha la tête aux affirmations de Tannucia au sujet des gondoles et de la surface des eaux glacées en ce rude hiver.

"J'ai bien peur que vous n'ayez raison, j'ai hâte de voir le fin de cette triste saison."

Les bruits des pas d'Emilio la surprire quelque peu. Elle suivit la "conversation" entre le padre et son subordonné.Lorsqu'il lui parla des vèpres, elle se demanda si elle resterait y assister.Elle avait toujours été dévote plus par conformisme que par convictions personnelles, ce qui ne l'empêchait pas de pratiquer les rites des croyants.

"Vêpres? L'heure tourne si vite.Oh mais peut être était ce la raison de votre venue ici?"
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Tannucci
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MessageSujet: Re: La Chapelle de la Pieta   Lun 6 Juin - 23:06

(Veuillez m'excuser de mon retard)

Tannuccia se mordit la lèvre d'un air contrit, cela ne lui plaisait pas du tout, elle était désappointée.Pourquoi Cilio refusait-il de parler ? Que devait-elle donc faire pour qu'il se mettre moins distant, elle n'était pourtant pas un carnassier.Et cela la fâchait, la journée avait pourtant si bien commencé, que faire maintenant pour qu'elle ocntinue à se montrer si plaisante ? Elle fit une petite moue excedée et capricieuse, presque désespérée.Elle allait le laisser faire le chemin seul, il était vexant et sa patience avait des limites.Elle tenait à profiter de son séjour sans être obligée de lui courir après, déja parce que sa robe ne lui permettait pas, ni même ses souliers, et, de plus, elle n'avait pas l'habitude de courir après quelqu'un, il se trouvait que c'était elle qui était coursée et non le contraire.Aussi se comporterait-elle avec lui normalement sans chercher à le charmer, sans lui prêter attention, peut-être alors qu'il oserait s'approcher.

Ces réflexions l'avaient coupée de la conversation.Elle regarda donc avec intérêt la discussion se poursuivre, enfin...discussion était un grand mot pour le nombre de ceux qui s'échappaient de leurs bouches pincées.Tannuccia se désintéressa alors de tout et s'approcha d'un candelabre.Elle allait l'allumer en souvenir de son adorable cousin qui l'avait fait courir, lui.Elle mima le repenti lorsqu'elle glissa une pièce d'or dans l'urne disposée à cet effet à côté des cierges.Elle en saisit un et alluma le sien, un des rares dont la mèche était intacte.Alors qu'elle s'apprêtait à joindre ses mains et proncer quelques prières pour que son cher cousin rejoigne bien l'enfer, un grand bruit la fit se retourner vers le jeune frère Emilio, sourd, qui descendait les escaliers en faisant un bruit monstre.Si ce n'était que cela, ça ne l'intéressait guère.Elle s'en retourna à son occupation, joignit ses mains en signe de prière et murmura à voix basse maus suffisament forte pour être entendue des autres :


-"Nostro padre che essete ai cieli, raccogliete il cuore smarrito del mio cugino, che a mai riposa in pace presso voi, Amen."

Tannuccia fit le signe de la croix avant de se retourner vers les autres lorsque le Padre déclara qu'il allait devoir les quitter car il allait être l'heure des Vêpres.Tannuccia hésita légèrement.Allait-elle rester ? Elle voulait faire bonne figure auprès de Padre, le Cilio ainsi que Lucia mais elle y assistait presque tous les soirs, et elle préférait aller découvrir un peu Venise avant que le soleil de ne couche ne lui donnant guère l'occasion de rentrer seule la nuit à la demeure des Grazziano.

-"Je vais me retirer j'en suis confuse et navrée.J'y assisterais demain.Je vous souhaite le bonsoir Padre, ainsi qu'à vous Lucia et vous Cilio."

Tannuccia avait préféré la sobriété à de grandes formules de politesse.Elle était lasse, trop lasse pour jouer avec les mots.Elle s'inclina respectueusement, le visage grave et se retira.

[Le parvis]
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Cilio de
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MessageSujet: Re: La Chapelle de la Pieta   Mar 7 Juin - 1:41

Du coin d'un oeil perpétuellement attentif malgré l'air rêveur du poète, Cilio observait l'expression presque imperceptiblement changeante de Tannuccia. Il avait vu et scruté ainsi tant de visages connus et inconnus, il avait cherché tant de fois à déceler les plus petites rides d'émotions naissantes au coin d'une lèvre ou au creux d'une joue, qu'il était à présent capable de saisir avec une précision déconcertante la nature du moindre bouleversement d'une expression. De fait, la légère moue contrariée de la jeune femme n'échappa pas à Cilio. Son interprétation du comportement humain demeurait cependant si aveuglée lorsqu'il s'agissait de lui qu'il ne comprit pas la cause de regard contri.

Lorsque la jeune princesse se dirigea vers l'un des candélabre, Cilio la suivit avec des yeux presque hypnotisés. Chacun de ses gestes offrait un havre de sensualité, réflétant les couleurs chaudes et envoûtantes de la belle Rome, flattant les sens de tout homme normalement constitué. Il s'imprégna de la mélodie créée par la voix suave de la jeune femme récitant sa prière, et se prit à songer à la magnificience que prendrait un poème déclamé de sa bouche de miel. Pour la deuxième fois dans même journée, les mots vinrent innonder l'esprit du jeune poète, emporté par le souffle brûlant d'une muse de plus en plus troublante.

Et pour la deuxième fois dans la même journée, Cilio détourna le regard pour s'empêcher de se laisser contraindre par la dangereuse beauté de Tannuccia. Il était tiraillé entre l'appel toujours plus pressant de son corps et la conscience pieuse qu'il ne devait céder au pêché. Sa soeur était encore trop présente à son esprit.

Une fois encore, l'imagination et l'esprit si aisément enflammable du jeune poète se mettaient à l'oeuvre pour égarer le pauvre Cilio dans des troubles bien évitables.

Son attention fut quelques instants détournée par l'arrivée d'Emilio. Cilio observa avec une fascination curieuse les mains des deux hommes qui s'agitaient. Elles semblaient animées d'une volonté propre, comme l'étaient à son sens les mots délivrés des cordes vocales. Il lui sembla également, sans pour autant saisir le sens de l'échange muet, que chacun des hommes possédait sa propre façon de "signer", due à sa personnalité ou à son éducation, de même que chaque personne possède un timbre de voix particulier. Les gestes du Padre étaient plus clairs, plus précis et plus posés, tandis qu'Emilio signait de manière plus vive et plus brouillon. Cilio s'étonna de constater à quel point le caractère d'une personne pouvait se dévoiler à travers de simples signes de mains.

Les yeux du poète se posèrent ensuite sur Lucia. Lucia, qui semblait passablement ennuyée par le conversation, un peu détachée peut-être. Mais cela était sans doute dû à son rang, qui autorisait si peu de débordements, ou bien à son âge. Elle était sans conteste la plus posée et la plus sage du petit groupe. Et, d'un point de vue, Cilio la plaignait.

En bon chrétien, le jeune poète ne pouvait se permettre de ne pas assister aux vêpres. Seulement, cette fois-ci, son coeur lui dit autre chose. Il avait besoin de silence, et par-dessus tout de solitude. Bien qu'une cérémonie religieuse eût pu lui offrir le recueillement, ce n'était pas tout à fait ce qu'il désirait à ce moment précis. A vrai dire, il s'imaginait marchant d'un pas discret sur la neige fondante, quelque part où celle-ci n'aurait pas encore été trop foulée. Il ressentait déjà la quiétude de ces précieux moments où il déambulerait, seul, en phase avec ses deux uniques raisons de vivre: sa soeur et ses mots. Loin de ses tourments, loin de l'étouffant contact humain. Loin de Tannuccia, loin de ses émotions trop puissantes. Loin de lui. Loin de tout.

Profitant de du retirement de la jeune princesse, Cilio se leva à son tour.


" Excusez-moi, je viens de me souvenir que le Prince m'a demandé de préparer quelques vers pour une soirée proche... J'aurais sincèrement souhaité assister aux vêpres, mais sans doute Dieu me pardonnera-t-il cette fois-ci d'avoir manqué à mon devoir envers lui pour celui envers mon Prince. Votre conversation fut un réel plaisir. "

Il accompagna ses paroles d'une courbette polie, puis se dirigea vers la porte de l'église, prenant bien soin de laisser s'écouler quelques temps entre la sortie de Tannuccia et la sienne.

*Si Dieu me pardonnerait pour avoir ommis mon devoir envers lui au profit de mon Prince, il ne me pardonnerait certainement pas de ce mensonge...*

Enfin...


*...Ce demi-mensonge.*, corrigea-t-il mentalement, avant de chasser bien vite ces pensées un peu honteuses de son esprit.

De son pas tranquille, il parvint à la la porte de l'église dont il ouvrit les battants sans se presser. Le vent froid s'engouffra aussitôt dans le domaine du Seigneur, faisant frissonner le jeune homme.


[Le Parvis]
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Lucia di
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MessageSujet: Re: La Chapelle de la Pieta   Jeu 23 Juin - 17:41

Voyant Tannuccia et Cilio sortir de l'église, Lucia se demanda si elle était vraiment la seule à ne pratiquer la religion que par conformisme.D'un certain côté elle se sentait soulagée, cela lui permettait d'échapper aux vèpres sans choquer certaines personnalités extrèmement pieuse comme elle en avait tant cotoyées autrefois.

Elle salua le père Chiaramonti, et s'excusa à son tour de ne pouvoir assister aux vèpres en raison des quelques douleurs infligées par une cheville qui n'était plus très solide et qui se révèlait très contraignante...parfois avec l'accord de Lucia elle même...

Elle prit la direction de la sortie d'un pas tranquille, faisant claquer sa canne sur le sol. Et reprenant son tic habituel elle se mit à chuchoter à sa bonne vieille compagne.


"Et maintenant, à ton avis,jusqu'où pourrait nous porter cette cheville?"

Elle poussa la porte et frissonna un instant lorsqu'elle sentit de nouveau l'air froid, avant de sortir sur le parvis.

[Le parvis]
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Elena Va
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MessageSujet: Re: La Chapelle de la Pieta   Sam 3 Sep - 22:34

Le silence pieux qui règnait depuis quelques temps après le départ de Lucia, Cilio et ses compagnons dans la Chapelle de la Pieta fut violemment brisés par un lourd claquement des portes de l'Eglise. Les murs vibrèrent, les statues et les tableaux représentant les personnages primordiaux de la Bible de même - certains semblèrent même risquer de se décrocher ou de tomber -. Tous cherchèrent du regard la personne fautive de se trouble.
Et leurs yeux se posèrent sur une adolscente aux allures simples, à la marche saccadée et inégale, au visage aux traits trises empli de ruisseaux de larmes qui s'écoulaient doucement tout au long du visage de fillette qu'était celui de la malheureuse.

Elle donnait l'impression d'éprouver des difficultés à marcher mais pourtant de faire de son mieux possible, comme un oiseau avec une aile cassée essayant malgré tout de voler. La servante pleurait aussi silencieusement qu'elle le pouvait, son souffle était aussi fort que celui d'un buffle et ses larmes parraissaient vouloir couler éternellement. Elle arriva le plus rapidement possible près d'un banc de la Chapelle et se laissa tomber mollement dessus, tête baissée, ses yeux fixant le sol et ses cheveux le frôlant presque.


"Dame Rivieri" murmura-t-elle entre deux sanglots "Si vous me voyiez là... vous seriez si déçue de m'avoir choisi pour être à votre service... Je ne suis même pas digne de nettoyer votre demeure. Votre générosité" elle renifla "vous la regretterez sûrement lorsque vous verrez ma faiblesse d'esprit, ma grande incapacité à ne faire quoi que ce soit... Ma Dame, je vous respecte tellement."

Et de nouveau, la pauvre Elena se remit à se morfondre, à se rabaisser. Que faisait-elle sans arrêt de sa vie ? Elle se lamentait d'être ci ou ca, de ne pas avoir le caractère d'untel, elle pleurait ou se retenait de pleurer si elle était en présence de personnes qui avaient un minimum de notoriété, donnant l'impression d'ignorer la notion de joie, de vie et même d'avoir oublier ce qu'était un sourire.
La jeune fille se mit à inspirer et expirer très fort et lentement, essuya du dos de sa main son visage et ses yeux rouges et, tremblant de tous ses membres se leva. Elle lança un faible regard autour d'elle, vérifiant qu'elle était seule et, d'un pas incertain, se dirigea vers le candelabre devant lequel s'était tenu auparavant Tannuccia, fit le signe de croix et récita le "Notre Père" plusieurs fois.
Elle lança ensuite un regard sur la croix du Christ et murmura:


"Merci de veiller sur ma mère, Seigneur."

La Servante de la Courtisane refit le signe de croix et, d'un pas incertain se dirigea vers la sortie de l'Eglise San Siriano. Elle se mettait à repenser à sa réaction face au serviteur du médecin et culpabilisa d'être aussi sotte. Elena se dépêcha de quitter l'Eglise et sans jeter un regard sur le monde qui se trouvait sur le Parvis se dirigea vers la Calle Galante. Cela faisait trop de temps qu'elle avait été absente, alors elle pressa sa marche.

[ Calle Galante - La Maison de la Courtisane - Le Ponton ]
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P.Giacinto I. Chiaramonti
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MessageSujet: Re: La Chapelle de la Pieta   Sam 29 Oct - 15:08

[Plus tard]

Giacinto venait de finir de pratiquer ses exercices spirituels. Encore plein de la scène qu'il venait de revivre, il s'était mis à laver les dalles devant l'entrée. Comme dans beaucoup de vieux bâtiments religieux, plusieurs de ces dalles étaient des pierres tombales.
Mais qui aurait pu le deviner sous l'usure des pas et la noirceur du temps ? C'était une trace de plus de l'humilité de ces abbés qui avaient demandés à être enterré là où tout le monde les foulaient au pied, et où l'oublie et le temps aller les effacer complètement.

Le Père avait déjà réussi à faire ressortir deux de ces pierres, et son esprit commençait à revenir aux choses terrestres, lorsque la porte s'ouvrit, pour laisser entrer, une fois de plus, quelqu'un qu'il ne connaissait pas.

Il hésita. Fallait-il le laisser entrer sans intervenir, ou était-il mieux de l'accueillir ? Quelque chose en lui, lui disait que dire un mot de bienvenue était toujours plus agréable, même s'il devait se retirer juste après pour laisser l'homme à sa prière.

Giacinto laissa donc à l'homme le temps de s'habituer à la pénombre, avant de se relever doucement.
Il reposa la serpillière dans le seau d'eau et se sécha soigneusement les mains.


"Bonsoir mon frère... Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous aider ?"

Il regardait le nouveau venu avec son air habituel, simple et calme, posant sur l'homme devant lui un regard qui ne jugeait pas mais attendait simplement.
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: La Chapelle de la Pieta   Sam 29 Oct - 17:17

[Le Parvis]

Quand ses yeux distinguèrent plus nettement les éléments qui l'entourait, Muzio avança lentement de deux pas. Lorsqu'une voix l'apostropha, il sursauta légèrement, mais ne cilla pas. Au contraire, son regard se fit imperceptiblement plus dur, tandis que les coins de sa bouche trahissaient une certaine lassitude. Ces prêtres qui croyaient tout savoir et tout résoudre alors qu'ils n'avaient aucune vie pouvant prêter comparaison à celles de leurs brebis...

"J'en doute fortement." répliqua-t-il calmement, sans agressivité. Le regard du Padre l'interpella. Dans une ville telle que Venise, une telle simplicité... c'était reposant.

Muzio avança encore de quelques pas, et s'assit sur le coin d'un banc de bois, marquant ainsi son évident manque de piété. Il avisa le seau et la serpillière; depuis quand n'y avait-il plus une vieille dévote pour se charger du nettoyage des allées de l'église ? Muzio n'avait jamais pu trancher: lui inspiraient-elles mépris ou pitié ?
Son regard revint se poser sur le prêtre, et il croisa les mains, simplement. Finalement, il jugea plus tranquille de ne pas dévisager le Padre, et il laissa errer ses yeux devant lui, sur les rangées de banc, sur l'imposant crucifix, sur les colonnes froides...


"Il doit être reposant de croire... Croire en un Dieu présent à tout moment, comme une corde à laquelle on se raccrocherait à chaque difficulté de sa vie. Croire en la vanité de sa vie terrestre et en la seule importance du regard d'Un seul..." lâcha-t-il après un silence, les yeux toujours rivés droit devant lui. Sa voix, pourtant peu élevée, brisa la quiétude du lieu, et Muzio put presque palper le sacrilège qu'il commettait en attaquant si ouvertement les convictions d'un prêtre. Il en éprouva un curieux mélange de soulagement et de gêne.
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P.Giacinto I. Chiaramonti
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MessageSujet: Re: La Chapelle de la Pieta   Sam 29 Oct - 20:35

Les paroles de l'homme étaient claires. Lui ne devait pas croire en Dieu.
Giacinto épousseta machinalement sa soutane. Il n'avait absolument pas l'air outré, choqué ou même méprisant. Il écoutait simplement ce que disait l'homme.

Le Padre s'assit lui-même sur un banc, juste de l'autre côté de l'allée principale par rapport à celui qu'avait choisi le médecin. Il regarda lui aussi l'église, mais loin d'y voir des colonnes froides, il ne voyait que la joie de l'élévation de l'architecture, la chaleur des peintures et la gaieté de la lumière du soleil fractionnée par les vitraux en une multitude de taches de couleurs.


"C'est effectivement reposant... C'est même un grand bonheur. Parce que, pour celui qui croit, Dieu n'est pas simplement une corde où se rattraper. Il est plus que cela... Il est celui qui vous porte lorsque vous ne pouvez plus avancer. Celui qui vous soigne quand vous êtes blessés, Celui qui vous console quand vous êtes abandonné de tous."

Giacinto était toujours calme, sa voix toujours mesurée, mais quelque chose comme une chaleur s'était allumée dans ses yeux.
Il eut un petit rire, avant de reprendre en souriant.


"Mais cela ne veut pas dire que la vie terrestre ne compte pas... Au contraire, Dieu nous a fait hommes et vivants, ce n'est pas pour rien... Croire en Dieu, ce n'est pas abandonner sa vie terrestre dans l'espoir d'une autre. C'est vivre.
Ce n'est pas facile de vivre. Parfois ce n'est même pas facile de survivre. Mais avec l'aide de Dieu, on peut trouver, même dans les circonstances les plus tragiques, des trésors."

Giacinto parlait toujours d'une voix chaude et douce. C'était un murmure presque chanté qui semblait être fait pour l'église. La voix paraissait se faufiler partout, emplir l'espace et revenir à son point de départ, réveillant les échos du vieil édifice sans en troubler la sérénité.
Sa dernière phrase n'était pas vraiment une conclusion, mais il la laissa glisser dans l'air. Il ne voulait pas ennuyer son interlocuteur en lui faisant une apologie de la foi, d'autant qu'il ne savait absolument pas qui il était et donc, ce qu'il pouvait accepter d'entendre.
Giacinto n'était pas de ceux qui aimaient provoquer.
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: La Chapelle de la Pieta   Sam 29 Oct - 22:04

L'homme était intelligent. Muzio apprécia la manière dont il partit de ses propres paroles pour annoncer simplement son raisonnement et ses convictions, sans s'offusquer ou encore chercher à le convertir vraiment. Le médecin s'apprêtait à considérer le Padre comme un homme avec qui il se sentirait presque en phase, lorsque celui-ci laissa glisser sa dernière phrase.

Là, le médecin sentit sa mâchoire se contracter, ses sourcils se froncer et ses pupilles se durcir.


"Des trésors ?" répéta-t-il durement. "Il vous suffit donc de croire en votre Dieu pour que Celui-ci glisse -charitablement sans doute- un filtre rose devant vos yeux ? Comment pouvez-vous affirmer ainsi que les circonstances les plus tragiques ont toujours du positif ? Insinuez-vous que la souffrance de l'Homme est méritée ? C'est faux, oui, parfaitement faux, naïf. Où voyez-vous le trésor dans l'agonie d'un enfant de quelques mois, répondez-moi je vous prie, où le voyez-vous ?"

Muzio avait pivoté sur son banc, buste en avant, et son regard s'était fixé sur le prêtre, un peu accusateur, mais surtout chargé de cette dose de réalisme et d'humanisme qui le prenait aux tripes dès que ce sujet était abordé...
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P.Giacinto I. Chiaramonti
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MessageSujet: Re: La Chapelle de la Pieta   Sam 29 Oct - 22:51

Devant l'apostrophe violente, Giacinto tourna ses yeux vers Muzio, et l'on pouvait voir clairement sur son visage de la douleur.
Il en avait vu beaucoup, des enfants mourir... Des enfants à peine nés qu'on lui apportait en pleurant pour qu'ils puissent être baptisés et enterrés en terre sacrée, loin des atteintes du Diable. Il en avait vu beaucoup, et s'était même arrangé parfois pour cacher le fait qu'ils étaient déjà morts, pour accorder aux parents l'infime soulagement de penser que leur enfant irait droit au Paradis.

Il secoua la tête.


"Il n'y en a pas. Il n'y a aucun bonheur à voir son enfant mourir. Il n'y a aucun trésor pour cet enfant qui meurt.
Je ne dis pas qu'il y a quelque chose de bien, ou de positif, dans le malheur. La souffrance est hideuse et si l'on peut faire quelque chose pour l'éviter à quelqu'un, il le faut.

Ce qu'il y a, quand on croit en Dieu, c'est que l'on apprend à chérir les instants de bonheur. L'enfant qui meurt à peut-être déjà vu le sourire de sa mère. La mère dont l'enfant est prématurément envoyé près de Dieu, a déjà vu le sourire de son enfant.
Croire en Dieu, c'est croire que ce sourire vaut plus que l'agonie.
C'est, au milieu de la misère la plus sinistre trouver qu'un caillou est le plus beau des bijoux.
C'est savoir reconnaître que l'amour des siens et l'Amour de Dieu pour tous est la plus belle des choses."

Giacinto soupira légèrement, il avait les mains posées sur ses genoux, mais elles n'étaient plus sagement croisées comme au début de la conversation, mais tendues, tordues, comme s'il voulait pouvoir ressentir lui-même la douleur.

"Si la souffrance peut-être évitée, alors il faut tout faire pour la combattre. Si l'enfant peut vivre, alors il faut qu'il vive et connaisse ce bonheur.
Mais... il y a des moments où la souffrance ne peut-être évitée. Même si on pouvait repousser cela le plus loin possible, la Mort atteint chacun de nous un jour.
A ce moment là, croire en Dieu, c'est pouvoir être heureux alors même que l'on souffre. Parce que l'on sait, avec une évidente sûreté, que, au plus profond de nous, il y a Dieu, et qu'il sera toujours là."

En finissant sa phrase, Giacinto releva les yeux pour regarder l'homme en face de lui. Et dans son regard, il y avait toujours cette souffrance qui rodait, mais également quelque chose de plus calme, comme une assurance de bonheur.
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: La Chapelle de la Pieta   Dim 30 Oct - 12:26

Muzio avait retrouvé lentement une respiration calme en écoutant le prêtre parler. Celui-ci ne niait pas l'horreur de la souffrance, et soutenait même qu'il fallait essayer de l'éviter. Le médecin sentit ses entrailles s'apaiser. Oui il fallait combattre la douleur, à tout prix.

'Croire en Dieu, c'est pouvoir être heureux alors même que l'on souffre'.

Muzio fixa longuement le regard du Padre, et y lut un calme qui surpassait tout ce qu'il pouvait voir d'horreur. Ce jeune religieux avait-il déjà souffert au point de hurler sa douleur, de se débattre dans le néant, au point de souhaiter une mort libératrice ? Il baissa soudain les yeux, et passa une main lasse sur son front.


"Pardonnez-moi cette attaque. Voyez-vous, je suis médecin, et le spectacle de la souffrance... Certes la mort nous atteint de toutes façons, mais je ne peux pas comparer le calme de l'endormissement d'un vieillard qui a peut-être péché toute sa vie à l'agonie atroce d'un innocent."

Muzio releva la tête et scruta un instant les pupilles du Padre avant de reprendre d'une voix grave, cette fois dénuée de toute agressivité:

"J'ai vu des chrétiens perdre la foi devant le spectacle de la souffrance. Vous, père, cela raffermit-il la vôtre ? Avez-vous déjà vu une femme hurler jusqu'à devenir sans voix, hurler pour que sa douleur cesse, hurler pour implorer le ciel, hurler et gémir en vain face à l'indifférence d'un Dieu Tout-puissant ? Je l'ai vu, père, mais je n'ai jamais vu quelqu'un être heureux dans sa souffrance."
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P.Giacinto I. Chiaramonti
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MessageSujet: Re: La Chapelle de la Pieta   Dim 30 Oct - 21:23

Ainsi l'homme était médecin… Giacinto sourit. Il comprenait mieux à présent les réactions de l'homme. Il lui aurait pardonné de toutes les façons (après tout, le Seigneur n'avait-il pas dit "Pardonnez à ceux qui vous ont offensé" ?) mais il le fit d'autant plus volontiers. Inclinant légèrement la tête, il regarda l'homme avec amabilité, tant il semblait souffrir lui-même de la souffrance des autres.

En revanche il redevint grave lorsque l'homme se mit à évoquer les souffrances qu'il avait vues.


"J'ai vu moi aussi, cette douleur atroce, j'ai vu ces bras qui se tordent, ces voix qui s'épuisent, ces âmes qui se cassent de douleur. Parce que la souffrance est douloureuse, mauvaise, elle fait douter. Parce que quand on souffre à en mourir, la seule chose que l'on souhaite, c'est que cela finisse. Dieu n'est pas médecin. On prie Dieu pour que cela s'arrête, mais Dieu n'est pas là pour faire cesser la douleur.
Alors on doute, on pense que Dieu est indifférent.

Le prêtre humecta légèrement ses lèvres et passa lui aussi la main sur son front. Quand il reprit, on sentait qu'il faisait un effort, comme pour faire revenir à sa mémoire un souvenir douloureux.

J'ai vu… un homme que l'on a fouetté, battu. On s'est moqué de lui, on lui a craché au visage. Qu'avait-il fait ? Rien. Il souffre, en son corps et en son âme. On ne s'arrête pas là. On le prend, on le force à porter une lourde croix de bois. C'est la croix sur lequel on va le clouer. Il est pris, moqué encore. Et on enfonce dans sa chair des clous. Un coup de marteau, puis un autre, et encore un. Il faut que cela tienne bien. C'est lourd un corps, et le voilà qui pend, tout son poids porte sur cette chair déchirée. Il hurle l'homme. Qui ne hurlerait pas ? Son corps meurtri ne lui laisse pas de repos. Sur sa tête, une couronne d'épine s'enfonce un peu plus. Le soleil le brûle, il a soif. On lui donne du vinaigre. On lui perce le côté.
Il y a une femme à ses pieds. C'est sa mère. La mère que l'on force à voir ça. Sa douleur n'a même plus la force de s'exprimer. Elle a tellement serré son cœur qu'il a cédé. Elle est pâle, livide, presque morte.
Et lui, que dit-il sur sa croix ? "Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné…"
Il doute. Le désespoir de toute l'humanité l'a pris. Il souffre et la souffrance est si laide qu'il doute. Lui qui est Dieu, il doute. Là, il n'y a que malheur et souffrance. Les hommes peuvent douter puisqu'Il a douté.

Mais lui ne s'arrête pas là. Il parle encore "Père je remets mon esprit entre tes mains". Et là, la souffrance devient brutalement supportable. Non parce qu'elle est moindre, mais parce que l'on sait qu'elle n'est qu'un passage qui conduira à la vie ou la mort, mais qu'elle ne durera pas. Et surtout, plus que cela, qu'il y a des mains divines qui quelque part, pendant que l'on souffre, tiennent tendrement notre âme comme on tient un enfant."

La voix de Giacinto avait fait vivre chacun des moments qu'il avait décrit. Elle avait souffert, s'était déchirée. Et tout dans l'attitude du jeune prêtre montrait qu'il était de ses personnes qui souffraient réellement en même temps que les autres. Il respira de nouveau profondément, clignant rapidement des yeux pour en chasser les larmes qui y perlaient.

"C'est là qu'est la difficulté, le pas suprême de la foi. La confiance en Dieu. Mais c'est là aussi qu'est le bonheur dans la souffrance.

J'ai vu en Chine un homme se faire torturer pour sa foi, mais il souriait toujours car il savait que Dieu et les anges berçaient son âme.
J'ai vu un enfant que la malaria vrillait de douleur. Il souriait quand je lui tenais la main et que je lui racontais la vie de Dieu. Il souriait quand je l'ai béni. Il souriait encore quand la maladie l'a emporté dans une dernière fièvre.
Ses parents étaient presque morts de douleurs, mais dans leur souffrance, il y avait la joie de savoir que leur enfant était heureux et qu'il ne connaîtrait jamais le malheur."

Giacinto eut un léger rire.

"Vous allez me dire que cette famille était une exception. Vous aurez sans doute raison. Je sais qu'il est terriblement difficile de croire en Dieu dans le malheur le plus noir. Mais je sais aussi que cet enfant n'est pas le seul. Et que lorsque l'on croit en Dieu, le malheur n'empêche pas le bonheur."

Giacinto secoua doucement la tête, montrant par là qu'il ne cherchait absolument pas à convertir le médecin, mais seulement à lui montrer que la foi en Dieu pouvait être la source d'un bonheur capable de tout transcender.

"Je voudrais seulement pouvoir aider les hommes à croire ainsi. Pour aider à moins souffrir, comme vous le faites, par d'autres moyens."
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: La Chapelle de la Pieta   Lun 31 Oct - 21:36

Muzio sentit son coeur battre plus vite tandis que le prêtre parlait. Le médecin ressentit une bouffée de compréhension envers cet homme qui semblait autant que lui compatir. Compatir: souffrir avec... Le Padre n'était donc pas de ces hommes d'Eglise qui sermonnaient gravement leurs paroissiens, qui affirmaient haut et fort que la douleur n'est rien face à la foi, affirmations qu'ils auraient vite ravalées s'ils avaient, ne serait-ce qu'une fois, assisté au spectacle de l'agonisant. Celui-ci avait apparemment voyagé, et l'expérience de la mort paraissait l'avoir rudement cotoyé...

Quelques mots piquèrent Barrozi au plus profond de ses tripes. 'Dieu n'est pas médecin... Dieu n'est pas là pour faire cesser la douleur.' Un vague sentiment de culpabilité et de lassitude l'envahit. En tant que médecin, on lui demandait de faire cesser la douleur, point. Combien de fois s'était-il senti coupable quand les yeux d'une famille se tournaient vers lui, perçant à nu son impuissance à faire reculer le mal...

Lorsque le prêtre se tut, Muzio laissa le silence résonner contre les pierres lessivées de la chapelle. Doucement, il se retourna dans l'axe du banc, et ce fut à mi-voix qu'il rompit la quiètude du lieu. Son ton était, inhabituellement, presque hésitant.


"Au fond, je crois que je vous comprends... Nous avons le mal comme ennemi commun, seuls les outils de la lutte diffèrent. Mais c'est parfois si difficile de voir clair dans cette bataille..."

Sa voix se rompit, et Muzio encadra une nouvelle fois son front de sa main. Oui, c'était si difficile dans sa solitude de supporter les défaites et les abandons... Après plusieurs instants de silence, il se redressa et se leva calmement. Il fit un pas vers le Padre, et lui tendit la main en lui offrant un sourire discret, mais empreint de toute sa sincérité.

"Je vous remercie d'avoir écouté l'appel d'un athée perdu... Surtout... Surtout restez comme vous êtes." ajouta-t-il sans trop savoir pourquoi; peut-être pour remercier le Padre du contraste qu'il offrait avec le clergé que connaissait Muzio.
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