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 La chambre

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Du Bout des Doigts
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MessageSujet: La chambre   Dim 7 Oct - 22:45

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Brunilde Gurrieri
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MessageSujet: Re: La chambre   Sam 17 Nov - 3:12

[Premier post du Jeudi 5 Mars 1744]

On tapait ? A la porte ? Non, dans sa tête. Désagréable. Lointain, mais désagréable. En fait, tout simplement insupportable. Les traits déformés en un rictus de douleur, la comtesse, sans s'être totalement éveillée, entendait un bourdonnement constant. Une crainte inconsciente que cela n'empire si elle avait le malheur de se redresser. Et les draps qui l'entouraient fermement, comme après un sommeil très agité, semblaient en effet lui assurer qu'il ne fallait surtout pas se réveiller. Reste dans ton monde, tu ne t'en porteras que mieux. Et pourquoi, d'abord ?
Comme subitement habitée par une force mystérieuse, la comtesse ouvrit brutalement les yeux et se redressa, ne tardant pas à se débattre comme une belle diablesse avec les draps, et ne se rendant pas compte que de cette façon, elle ne faisait que resserrer leur étreinte déjà solide. Puis, étonnamment épuisée et la douleur irradiant de son crâne, elle se laissa mollement retomber sur le lit, portant une main à son front, les sourcils froncés, les yeux plissés, le nez retroussé et les incisives bien visibles.


« Zut. »

S'ensuivit toute une série de jurons qui ne seyait guère à une comtesse, mais qui restait tout à fait justifiée puisque, sans vouloir savoir pourquoi bien entendu, elle avait un mauvais pressentiment, très mauvais, même. A en croire sa douleur, elle avait bu.

*Elle est bien bonne, celle-là.*

Elle qui blâmait l'alcoolique de service d'entraîner Demetrio dans ses beuveries infâmes, voilà qu'elle se retrouvait à...

« Demetrio !! »

Les yeux écarquillés d'horreur, repensant au rendez-vous qu'elle lui avait donné aujourd'hui et préférant paniquer avant même de savoir quelle heure il était, Brunilde se redressa de nouveau et n'eut cette fois-ci aucune pitié pour les draps qui s'envolèrent joyeusement aux pieds du lit. Elle mit un pied à terre, prit appui et tomba nez-à-nez avec un singulier spectacle. Singulier dans de telles circonstances. Car il était, généralement, tout à fait normal de voir son corps nu, n'est-ce pas ? Ajoutés à cela un trop plein d'alcool et une chambre qui n'était définitivement pas la sienne,‬ – vu ce gigantesque miroir incrusté dans le mur ‬–, cela devenait d'ores et déjà beaucoup plus inquiétant. Prise d'un vertige et regrettant désormais les draps, elle parcourut la pièce d'un regard qui trahissait cruellement sa pensée : qu'avait-elle fait ? Le visage décomposé, elle faillit pousser un cri lorsqu'elle aperçut ses vêtements sagement disposés sur une chaise, si sagement qu'ils paraissaient la narguer.

« Qu'est-ce que... »
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Ariela Accorti
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MessageSujet: Re: La chambre   Sam 17 Nov - 12:24

[Premier post du Jeudi 5 Mars 1744]

Ariela venait d'achever sa toilette dans le cabinet attenant. Elle y avait, une fois n'était pas coutume, apporté un soin vraiment particulier. Elle s'était lavée de pied en cape, parfumée légèrement de son essence la plus subtile, avait savamment travaillé sa chevelure pour que son chignon bas ait l'air légèrement défait, avait extrait quelques mèches sur le devant pour lui battre les tempes, avait rosi ses pommettes, nettoyé chaque parcelle de sa peau, puis avait revêtu une robe décontractée sans être trop lâche, blanche en haut et noire en bas. Un rang de perles sombres discret lui ceignait désormais la nuque, procédé qu'elle savait apte à mettre en valeur la beauté de son cou et de sa gorge. Après avoir achevé sa toilette, elle s'était observée dans le miroir de la console pendant quelques temps, particulièrement satisfaite d'elle-même.

La journée... La soirée d'hier avait été l'une des plus belles de son existence. Elle jubilait intérieurement, et on pouvait lire sur son visage une expression radieuse des plus séduisantes. Enfin ! Depuis son retour dans le monde, elle cherchait vainement une proie convenable. Di Lorio et son âme rouge, trop dangereux. Donatella Visconti, trop stupide et innocente. Mais Brunilde Gurrieri... Décidément, la boisson avait un intérêt particulier. Lorsque l'on savait faire boire sans toucher soi-même un verre, on prenait déjà l'avantage sur l'autre. Mais lorsqu'en plus... Ha, c'était trop beau, elle en aurait ri à gorge déployée si l'intéressée n'avait pas dormi à deux pas d'elle, dans son propre lit. Oui, dans son lit, à vrai dire, la fin de soirée avait été des plus intéressantes. L'alcool déshinibe beaucoup. On oublie ce que l'on fait, avec qui on le fait, on se laisse entraîner. Ariela, elle, se souvenait de tout. Evidemment, Brunilde n'avait pas été particulièrement adroite à son égard, ivre comme elle l'était, mais qu'importait, regarder une femme prendre du plaisir de soi avait aussi un charme indéniable. Elle lui rendrait la pareille, bien assez vite, la comtesse en était intimement persuadée. Après tout, maintenant, elle en avait les moyens. Elle n'aurait plus besoin de liqueurs pour parvenir à ses fins.

C'était si... Réconfortant, de sentir quelqu'un en son pouvoir. Jusqu'ici, elle avait glissé, échoué, elle n'avait pénétré aucun jeu de manière convenable. Elle en avait souffert, oui, beaucoup. Bien évidemment, ce n'était que la faute du sort, pas la sienne, non, elle n'avait aucune responsabilité là dedans, non non non. Mais tout de même. L'aventure de cette nuit ne pouvait que lui redonner une pleine confiance en elle-même. Le destin était toujours avec elle, il soutenait toujours sa guerre sacrée.

Paolo trônait à son côté sur la console, dans une attitude rappelant fortement ces statuettes de vénération egyptiennes qu'elle avait vues dans quelques cabinets de curiosités. Il ronronnait doucement, plissant ses superbes yeux verts de contentement. Paolo l'accompagnait toujours aux premières heures du jour, pendant que les deux autres chats dormaient encore au rez-de-chaussée. Et malgré le lever très tardif de sa maîtresse, en ce jour, il n'avait pas raté le rendez-vous quotidien du cabinet de toilette. Il était le seule à voir sa maîtresse nue. D'ailleurs, elle lui contait souvent ses aventures d'une nuit, ses amants, ses dames de coeur. Elle savait qu'il comprenait l'intimité de ces instants, car après tout, c'était un animal très intelligent, à son image, en somme.

D'une main, alors qu'elle achevait la longue et passionnante tâche de contempler sa propre beauté en ce matin si joyeux, elle flattait doucement la tâche blanche qui ornait le plastron de son animal favori. Lui savait déjà tout de la comtesse qui dormait encore à côté.

Tiens? Un bruit. Demetrio? Ah. Donc, Brunilde s'éveillait. Sa première pensée était pour le violoniste, c'était touchant. Elle avait déjà du pouvoir sur le violoniste de par sa condition d'ancienne maîtresse. Maintenant qu'elle tenait en plus sa galante du moment entre ses mains, le sieur Catanei pouvait trembler s'il faisait le moindre faux pas. A lui, elle ne voulait pas de mal, enfin, pas encore. Mais s'il avait bien de l'ascendant sur cette petite pimbèche de Visconti, elle n'hésiterait pas à se servir de l'avantage qu'elle prenait sur lui pour frapper la baronne.

Elle mit un bras en travers de son corps, contre son buste, et Paolo vint se lover contre sa poitrine sur ce perchoir improvisé. La seconde main de la comtesse vint enserrer l'animal par la nuque, flattant l'arrière de ses oreilles par un petit mouvement de doigts. Elle murmura doucement au félin:


"Viens, ça va être amusant... Je vais te présenter la comtesse Gurrieri. Sobre."

Elle sortit du cabinet de toilette. La vision était des plus amusantes, comme elle l'espérait. Brunilde était nue, évidemment, l'air complètement désorientée, et elle regardait ses vêtements d'un air parfaitement plaisant.

"Bonjour comtesse, belle journée n'est-ce pas? Oh, ne vous levez pas ainsi, vous risqueriez de prendre froid ! Je vais vous faire monter une de mes servantes pour vous habiller. Les draps doivent encore être chauds, restez-y donc encore quelques instants."

Ariela fit mine de passer rapidement sur les charmes de Brunilde d'un air légèrement pudique, puis se dirigea d'un pas vif vers la porte de la chambre. Elle déposa Paolo et ouvrit le battant, s'immobilisant avant de franchir le pas, dos à la comtesse.

"Oh, veuillez m'excuser, je manque à mes devoirs d'hôtesse par trop de précipitation. J'espère que votre tête ne vous fait pas trop souffrir ? Il serait dommage que les liqueurs d'hier soir vous aient mise mal. Je peux vous faire monter une décoction si vous étiez dans le besoin de dissiper un malaise d'ivresse."

Le ton était aimable et prévenant, comme toujours. Plein de joie aussi. Ariela aurait sans doute pu juguler ce sentiment qui l'emplissait pleinement, mais elle n'avait pas envie de cacher à Brunilde que la soirée l'avait particulièrement charmée.
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Brunilde Gurrieri
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MessageSujet: Re: La chambre   Sam 17 Nov - 14:19

Elle n'eut le temps de se questionner davantage qu'une voix se faisait déjà entendre, une voix qu'elle connaissait parfaitement, mais dont elle n'aurait jamais cru qu'elle accompagnerait son réveil un jour. Et quel réveil ! Brunilde pivota lentement pour poser un regard incrédule sur la comtesse Accorti, puis tout aussi lentement, ses lèvres s'entrouvrirent et elle haussa les sourcils. Nooon ? Rire ou pleurer ? Ariela se trouvait depuis tout ce temps à ses côtés et l'avait en plus certainement entendue crier le nom de son amant. Se suicider ? Tout dépendait. Brunilde avait donc indéniablement bu, mais elle devait absolument savoir jusqu'où cela l'avait entraînée. Elle imagina le pire, elle qui ne connaissait pas cette facette de sa personne. Cela donnait, par la même occasion, une marge incroyable à la comtesse Accorti.

Se redressant, elle chercha à tâtons un drap dans lequel elle s'enveloppa maladroitement, ne quittant pas un instant Ariela du regard. Ainsi elle croyait partir ? La visage de Brunilde s'assombrit à la perspective d'un drame qui pourrait très prochainement arriver, et quittant définitivement le lit, elle tituba vers son interlocutrice :


« L... Laissez-moi encore un peu de temps afin que je puisse juger si oui ou non il s'agit bien d'une belle journée, voulez-vous ? »

Rassemblant toutes ses forces et essayant tant bien que mal d'ignorer la douleur qui remontait par vagues monstrueuses jusqu'à son crâne, Brunilde attira précipitamment Ariela à l'intérieur de la chambre et referma violemment la porte sur laquelle elle s'appuya. La méfiance l'avait gagnée, ainsi que ce sentiment d'ignorance qui l'agaçait toujours autant. Elle raffermit sa prise sur le drap qui la recouvrait pour qu'il ne tombe pas, et continua d'une voix où perçait une inquiétude évidente :

« Et il est certain que ne vous manqueriez plus à vos devoirs d'hôtesse si... si vous aviez l'amabilité de me dire tout ce qu'il s'est passé hier soir... Ceci dans les moindres détails. »

Méfiance et peur. Non, elle était même terrifiée. Partager le lit d'Ariela ne lui importait que peu, mais ce qu'elle avait eu le malheur de lui dire, cela, c'était une toute autre histoire. Elle se refusait de croire que rien n'était sorti de sa bouche, pas assez stupide pour nier qu'elle éprouvait souvent une certaine angoisse en raison de sa situation et que l'alcool, toujours, invitait généreusement aux confidences en vue d'un quelconque soulagement.
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Ariela Accorti
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MessageSujet: Re: La chambre   Dim 18 Nov - 13:33

La comtesse se laissa tirer en arrière avec une certaine satisfaction. La panique du réveil était déjà un petit plaisir savoureux. Pour rien au monde elle n'aurait manqué cet instant. Brunilde s'appuya contre le panneau de la porte, et Ariela laissa couler sur elle un regard qui se voulait quelque peu étonné et quelque peu compatissant. Elle s'assit sur le bord du lit, et laissa un petit sourire légèrement contrit monter à ses lèvres.

"Vous ne vous rappelez plus de la soirée d'hier ? Oh, comme c'est dommage... Je ne pensais pas que vous aviez tant bu, vous m'en voyez navrée..."

Paolo sauta sur les genoux de sa maîtresse en miaulant doucement, apparemment pas encore contenté. La comtesse planta son regard dans celui du chat, et de l'index lui parcourut le menton à rebrousse-poil, une de ses flatteries préférées.

"Eh bien, chère brunilde, nous avons discuté, nous avons ri, ceci autour d'une liqueur... Nous avons parlé d'hommes, de nos goûts respectifs et assez proches visiblement. Je vous ai parlé de quelques soucis que j'avais eu avec mon premier amant, nous avons parlé de Demetrio, vous m'avez parlé de votre mari, un peu du prince Adorasti. Puis j'avoue... L'alcool aidant un peu, j'ai... Eu quelques envies de chaleur humaine, et vous n'avez aucunement repoussé mes avances. Vous connaître dans le plaisir fut une expérience des plus passionantes."

A l'évocation de la nuit précédente, le sourire d'Ariela se fit plus sincère, comme si elle était perdue dans un souvenir heureux -ce qui d'ailleurs, était le cas. Elle ne comptait pas le moins du monde dissimuler à la comtesse Gurierri les mots de trop qui étaient sortis de sa bouche la nuit dernière. Après tout, elle voyait parfaitement ce que craignait la jeune femme, et n'avait d'autre envie que de jouer là dessus. Elle faisait mine de le dire innocemment, comme si elle n'avait pas compris la portée de l'aveu qu'elle avait obtenu. Bien évidemment, son joli visage de jeune tendron juste au fait des manières de cour se fissurait sans doute déjà beaucoup au regard de Brunilde, mais Ariela se plaisait à conserver toujours dans son attitude un petit air juvénile. Du moins, tant qu'elle ne saurait pas jusqu'où la chère et tendre du violoniste était prête à aller pour protéger son secret. Plus elle se sentirait à même de la maîtriser totalement, moins elle aurait l'air gentille...

"Il me semble que monsieur Catanei a bien choisi sa nouvelle muse. Enfin, si l'on peut dire, puisqu'il se trouve que c'est vous qui avez jeté votre dévolu sur lui." Termina-t-elle en pouffant légèrement.
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Brunilde Gurrieri
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MessageSujet: Re: La chambre   Dim 18 Nov - 18:09

Mauvaise journée, plus le moindre doute ne subsistait dans l'esprit de Brunilde désormais. Mauvaise journée qui, elle en était certaine, n'était que l'annonce d'une période plus cauchemardesque encore. Elle sembla se recroqueviller sur elle-même, un peu plus à chaque fois qu'Ariela énonçait l'un des nombreux sujets abordés la veille, comme si Brunilde n'était qu'un enfant dont on listait les fautes. Vous avez fait ceci, les yeux qui se ferment violemment, vous avez fait cela, la tête qui rentre dans les épaules, et pire que tout encore, vous avez... La main fine qui se porte aux lèvres tremblantes.
La comtesse fut prise d'un nouveau vertige, alors que le rire d'Ariela, bien que faible, résonnait insolemment dans ses oreilles.


« C... Cessez de rire, je vous en supplie... Ceci n'a absolument rien de drôle ! »

Désespoir, elle n'arrivait plus à trouver en son interlocutrice la moindre trace de sympathie, et ces faux airs angéliques avaient sur elle l'effet d'un barbelé lui mordant impitoyablement la gorge. Brunilde baissa le menton, honteuse de s'être ainsi faite avoir, quelques flots de mèches brunes allant dissimuler une partie de son visage afin de compléter ce tableau qu'était une femme prise au piège et qui, de surcroît, en avait parfaitement conscience.
La voix brisée, elle eut cependant la bêtise de demander, comme envahie par un espoir tout à fait irréaliste :


« Qu'allez vous faire... ? »

Crispant la mâchoire et serrant le poing à s'en faire blanchir les jointures, elle tenta d'ignorer cette boule qui remontait inexorablement le long de sa gorge.

« V... Vous n'allez rien dire... N... N'est-ce pas ? »

Humiliation. Brunilde savait qu'elle aurait tout aussi bien pu se jeter à genoux aux pieds d'Ariela et la supplier de garder tout ces secrets pour elle. Mais elle ne pouvait pas, elle était encore trop fière. Pourtant, elle sentait que cette fierté la desservirait plus qu'autre chose... Qu'à cause d'elle, tout finirait peut-être par se savoir... Se savoir... Si Demetrio apprenait qu'elle était mariée ? Il ne lui avait jamais rien demandé, et Brunilde pensait qu'elle serait peut-être, avec de la chance, en mesure de rattraper sa bêtise du côté du violoniste. Mais le réel problème ne résidait pas là. Le réel problème, c'était Elio. S'il apprenait pour Demetrio, il n'y aurait jamais la moindre place pour aucune concession.
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Ariela Accorti
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MessageSujet: Re: La chambre   Dim 18 Nov - 19:20

Classique. Un grand cru, manquant certes un peu d'originalité, mais suffisamment gouteux tout de même. Beaucoup de terreur, juste assez de défi pour ne pas s'écrouler complètement, un bon dosage, même si une personne plus battante l'eut encore plus satisfaite. Pas assez bravache. Qu'importait, c'était déjà très bon. A vrai dire, l'aspect défait imposé par un réveil matinal et une nudité complète ajoutait un pathétique du meilleur goût dans la composition. Il n'y avait pas là de grandiloquence de la femme habillée et impeccable marchant stoïquement face au bourreau, et c'était tant mieux.

Elle saisit de nouveau Paolo dans ses bras, se leva et s'approcha de Brunilde. Un air attristé et une volonté d'apaisement, une voix doucereuse, tout cela sonnait faux et elle s'en fichait. La réaction était assez claire pour montrer qu'elle pouvait se passer d'apparences, maintenant.


"Oh comtesse, cela vous importe donc tant ? Vous vous devez de garder le secret sur certaines choses que vous avez pu me dire ? Je croyais qu'il n'y avait rien là qui puisse vous porter préjudice, après tout, vous ne l'auriez pas raconté à une personne que vous ne connaissez finalement que peu, n'est-ce pas?
Vous avez fait une erreur, vous m'en voyez désolée. Mais je garderai cela pour moi, bien entendu, je ne suis pas une âme fourbe. Pourquoi devrais-je trahir la confiance des femmes qui partagent ma couche, très chère ?"

Tenant l'animal contre elle d'une main, elle écarta la masse de cheveux qui dissimulaient en partie la figure de la comtesse, tirant doucement la tête de cette dernière en arrière. Elle avait toujours aimé voir la gorge de ses interlocuteurs, surtout dans de tels moments. L'instinct du chasseur, sans doute, pensa-t-elle avec un rire très discret. Décidément, elle et ses chats avaient bien des points communs. Elle parla d'un ton bien plus froid et tranchant, laissant son regard parcourir avec une certaine délectation le relief de la gorge, du visage, avant de se planter dans celui de Brunilde.

"Oh, bien sûr, vous auriez tort de me décevoir. J'avoue être quelqu'un de très conciliant, cependant, j'aime assez peu que l'on me laisse seule après m'avoir tant laissé à espérer... Auquel cas, je risquerai, à ma grande honte mais que voulez vous, l'être humain est ainsi fait, je risquerai, dis-je, de laisser échapper quelques mots. Je suis heureuse de savoir que vous visiterez ce lieu avec force application le temps que je me lasse de vous."

Ariela se rapprocha encore un peu plus, se collant presque contre la comtesse Gurrieri. Seul le mince corps du félin les séparaient encore.

"Je me dois encore d'évoquer une chose qui pourrait me contrarier tristement... J'avoue ne pas aimer que l'on dise du mal de moi, c'est bien naturel, n'est-ce pas ? Si l'on entendait quelque part à Venise des méchancetés sans fondement sur la comtesse Accorti, et que j'avais le moindre soupçon sur l'origine d'un tel bruit, je risquerai de devenir quelque peu retorse à votre égard. Vous me comprenez, n'est-ce pas? Rien que de très humain, là encore."

Le chat noir se dégagea de l'étreinte incongrue, sauta au sol et s'éloigna de quelques pas, avant de se retourner pour jauger les deux femmes d'un air un peu étonné. En un instant Ariela fut contre elle, se servant de la main qui ne tenait pas les cheveux pour poser un index sur les lèvres de Brunilde et en tâter doucement la pulpe. Dans un souffle, elle lui murmura encore:

"Si vous vouliez bien me faire de suite la preuve de notre entente, je vous prie humblement de m'embrasser."

L'index se retira, la chevelure fut relâchée, mais chacun des bras de la comtesse s'abattit sur le battant contre lequel Brunilde s'appuyait, parachevant l'étreinte étouffante qu'Ariela infligeait à la jeune femme.
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Brunilde Gurrieri
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MessageSujet: Re: La chambre   Dim 18 Nov - 22:10

Brunilde fit craquer la porte en cherchant vainement à se reculer davantage alors qu'Ariela approchait. Subite attitude d'animal apeuré, pris en chasse et qui n'avait aucune issue. La voix douce de la comtesse lui donna des sueurs froides et, comme elle tirait sa tête en arrière, Brunilde ne put rien offrir d'autre qu'un visage marqué par l'effroi, les yeux écarquillés et les lèvres entrouvertes, manquant de temps à autre un battement. Sa petite poitrine se soulevant et s'abaissant rapidement, ainsi que sa jugulaire palpitant à n'en plus pouvoir, contrastaient à merveille avec le reste du corps tétanisé de la jeune femme.
Elle se sentit faillir aux paroles qui suivirent :

« Vous... Vous lasser de moi ? »

Si elle refusa d'abord d'y croire, elle ne put cependant plus laisser planer le moindre doute lorsqu'Ariela réduisit la distance qui subsistait encore entre elles, faisant ainsi relever la présente proximité de l'indécence même. Nausée, furieuse envie de lui cracher à la figure et de la gratifier de paroles on ne peut plus charmantes. Brunilde se mit à trembler, consciente qu'elle ne pouvait rien faire de tout cela et maudit par la même occasion ce vulgaire chat de gouttière – la colère, que voulez-vous – qui venait de prendre congé de son statut de rempart la séparant de la diablesse Accorti.
Trop proche. Insupportable. Les yeux de Brunilde s'humidifièrent, mais aucune des larmes de rage ne coula, elles se contentaient de la piquer cruellement. Sensation qui lui revenait après tant d'années. Ariela pouvait se féliciter, elle était parvenue à faire renaître en sa victime tout un tas d'images du passé, son époux en grande partie, la répugnance qu'il lui avait inspirée plus particulièrement. Mais autre chose également. Encore une facette de la dame. Hystérie ? Instabilité ? Folie ? Elle n'en avait pas conscience, sentant simplement la fièvre l'envahir. Trop d'émotions, la haine avait succédé à la peur de façon hallucinante, pour finalement se mêler à elle dans un mélange qui ne présageait rien de bon.

Haletante, Brunilde détourna brusquement la tête, n'offrant plus que sa joue rougie à Ariela. La demande avait provoqué en elle un sursaut, son coeur s'était retourné et elle avait fait part de son dégoût à travers un gémissement presque inaudible. Son esprit bouillonnait. Quelle solution choisir ? Sa vulnérabilité ne lui laissait visiblement que peu de liberté, et à contre-coeur, les lèvres de Brunilde vinrent trouver celles d'Ariela, en un baiser qu'elle aurait sans doute trouvé agréable si seulement l'attitude de la comtesse ne lui rappelait pas autant celle de son mari. D'ailleurs... Alors que les yeux se rouvraient... Le visage fut plus décomposé que jamais : la jeune femme, prise d'une hallucination tout à fait incroyable, crut voir les traits d'Ariela se déformer pour laisser place à ceux de son époux. Rompre le charme !! Les pupilles ne furent plus que points minuscules, la main de la comtesse s'envola, pour venir s'écraser sur la joue délicate d'Ariela, alors qu'elle crachait avec une véhémence qu'elle ne s'était que rarement connue :


« Puisqu'il me faudra taire aux vénitiens l'écoeurement que vous m'inspirez, permettez-moi de déverser mon fiel sur vous durant chacun de ces moments d'intimité que nous aurons à passer prochainement et qui semblent déjà vous apporter tant de réjouissance !! »
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Ariela Accorti
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MessageSujet: Re: La chambre   Mar 20 Nov - 23:28

Il y avait un charme étrange à obtenir quelque chose que la personne en face répugnait à donner. Bien sûr, ce n'était peut-être pas aussi goûteux qu'avec un partenaire consentant, mais un baiser forcé était tout de même follement excitant. C'était une autre forme de plaisir, ou la domination prenait grand part. Une joie de fauve conquérant parcourait ses veines en ce moment même, un frisson de plaisir pervers la parcourant toute entière alors que les lèvres de Brunilde se posaient sur les siennes malgré un mouvement de dégoût des plus perceptibles.

Ariela avait souvent rêvé d'être un homme. Rien qu'un fois, elle aurait voulu pouvoir violer une femme dans la position du mâle dominant et écrasant, celui qui peut prendre ce qu'il désire par la force et non forcément par la ruse. Elle, trop femme, ne pouvait pas se permettre l'acte aventurier et désintéressé que devait être le choix d'une victime sans réflexion, la prise de possession brutale et la disparition dans la nuit noire. Elle devait se contenter de mascarades, comme ce qu'elle pourrait faire avec Brunilde, ce qui était déjà une bonne chose. Mais enfin, l'humiliation d'une femme prise dans une ruelle sordide par un homme dont elle ne connaîtra rien d'autre que les mains qui la maintiennent, le pénis qui la fouille et la semence dégoûtante lâchée ou bon lui semble, cette humiliation mêlée de terreur, pouvait-il y avoir quelque chose de plus beau ? Elle en doutait sérieusement. Un jour, si jamais elle rencontrait un homme ayant assez de cran pour faire ce genre de choses sans en ressentir la moindre honte, elle se devrait de le motiver pour un tel acte, qu'elle puisse au moins y assister, à défaut d'en profiter pleinement.

Enfin, le dégoût de la comtesse valait déjà beaucoup, il aurait été malséant de ne pas le reconnaître. Et puis... Oh ? Qu'est-ce que c'était que cela ? Un peu de terreur tout de même ? Oui, il semblait bien, c'était fascinant. Terreur ou... Peut-être folie, plutôt. Ou bien... Surtout folie.

Ariela ne vit pas le geste partir, et sa tête pivota brusquement sous le coup. Elle bondit d'un pas en arrière, libérant sa proie de l'étreinte serrée qu'elle lui infligeait. Elle porta une main à sa joue, plus surprise qu'autre chose. La comtesse resta immobile dans cette position pendant quelques instants, un regard surpris posé sur Brunilde. Puis, se tournant lentement vers le miroir, et regardant sous sa main la rougeur qui s'étendait doucement sur sa joue, elle laissa un grand sourire de satisfaction ravie s'étaler sur ses lèvres.


"Comtesse... Vous êtes plus courageuse que je ne le pensais. J'avais jugé que vous ne seriez plus en état de me résister une fois nos lèvres jointes. Je constate avec joie que vous avez plus de répondant que j'aie pu en soupçonner. Cependant..."

Le sourire d'Ariela s'élargit, si cela était encore possible. Elle ne retourna pas vers Brunilde, marchant du miroir au lit, sur un coin duquel elle s'assit.

"Cependant, j'ai peur que le mépris ne vous soit pas permis non plus. Oh, bien sûr, je ne vous demande pas de me dire hypocritement que vous êtes heureuse de la situation ou votre maladresse vous a fourrée. L'hypocrisie est un sentiment bien mauvais. Je vous demande simplement de vous taire et d'obéir. Je crois que l'enjeu vaut bien ce sacrifice encore. Il serait dommage qu'une sincérité trop directe vous perde, n'est-il point ?"

Ariela cessa de presser sa joue et passa sa main sur sa nuque. Le ton était redevenu faussement doux et conciliant. De son autre main, elle avait touché sa cheville, et remontait lentement le long de don mollet. Rencontrant le tissu de sa robe, elle l'agrippa de deux doigts, et continua de remonter le long de son membre avec une longue caresse de paume.

"Je vous pardonne ce premier élan de fureur, légitime, je vous l'accorde. Cependant, je vous avouerai franchement que même si j'ai pu apprécier de voir votre fougueux tempérament en action, cela m'a un peu gâché un instant que j'imaginais plus tendre. Si vous vouliez bien venir m'embrasser de nouveau, longuement, avec toute l'amabilité dont vous êtes capable, sans cette triste violence dont vous venez de faire preuve à mon égard, j'en serais ravie..."

La main passa sur le genou, continuant à remonter la robe jusqu'à mi-cuisse le long de la jambe droite. Les doigts d'Ariela rencontrèrent enfin la froide morsure du métal, la pointe de la dague qui dormait le long de sa cuisse, désormais à portée de sa main. La dague qui ne la quittait jamais depuis la triste fin d'Andrea Caprara. Oh, elle ne comptait pas s'en servir. A part peut-être si Brunilde avait la folle idée de réitérer son geste. Peut-être qu'elle lui laisserait une estafilade, si elle était assez idiote pour agir ainsi... Un dernier sourire moqueur à la comtesse, une dernière phrase prononcée d'une voix basse et amusée:

'Et ne croyez pas avoir le choix..."
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Brunilde Gurrieri
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MessageSujet: Re: La chambre   Mer 21 Nov - 21:13

Alors qu'elle inspirait et expirait profondément pour se calmer, Brunilde observait la surprise d'Ariela avec un regard qui, tout en traduisant sa grande colère, laissait également apparaître, au fur et à mesure, une lueur d'inquiétude ainsi qu'une certaine curiosité : et maintenant ? Un silence pesant s'abattit sur la pièce et la comtesse passa une main sur son bras. Elle avait froid. La chaleur qui émanait encore de sa paume suite au soufflet qu'elle avait donné à Ariela lui fut agréable. Mais c'était sans compter ce visage – désormais effrayant à ses yeux – se reflétant dans le grand miroir et qui s'était paré d'un sourire auquel elle ne s'était pas attendue. Frissons. Froid. Dégoût plus intense encore.
Pinçant les lèvres, Brunilde suivit chaque geste d'Ariela, écouta chaque parole et il n'y eut plus à regarder attentivement pour discerner le tremblement évident qui secouait ses membres.


« Cela serait dommage, en effet. »

La voix était plus brisée que jamais, le regard assombri et incrédule. Il remontait le long de la jambe d'Ariela, tout comme le faisait la main de celle-ci, mais n'aperçut pas le poignard. Finalement, Brunilde remonta au sourire moqueur de la comtesse.

« Si je suis plus courageuse que vous ne le pensiez, vous êtes, quant à vous, bien moins fine que je ne l'imaginais. Mais vous seule possédez le droit d'être exigeante, n'est-ce pas... »

Tristesse, haine et lassitude. Familiarité, aussi. Ariela ressemblait tellement à son époux qu'il aurait seulement fallu qu'elle soit plus grasse, alcoolique, puante et... et... Brunilde secoua la tête, elle devait répondre au manque de finesse d'Ariela, se souvint-elle, à savoir lui donner un second baiser. Trop rapide. Vulgaire. Sans rechigner, elle s'avança et toisa son bourreau d'un regard vide, avant de lui saisir le menton d'une main encore tremblante :

« Longuement, avec toute l'amabilité dont je suis capable... »

Ainsi, Brunilde, fermant les yeux, se pencha et pressa ses lèvres contre celles d'Ariela, l'infinie douceur de cette caresse allant vivement contredire le fond de sa pensée. Les secondes devinrent éternité, jusqu'à ce qu'enfin, la jeune femme juge qu'il était temps de se retirer. Elle se redressa lentement, puis recula.

« Si vous pouviez faire appeler une servante afin qu'elle m'aide à passer ma robe... J'ai à faire. »
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Ariela Accorti
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MessageSujet: Re: La chambre   Jeu 29 Nov - 1:34

La victoire était un peu mitigée. Oh, elle était totale, cela n'était pas en doute. Mais elle manquait d'un... D'un petit quelque chose. Brunilde était paniquée, mais elle marquait une maîtrise ennuyeuse du baiser en lui-même. Cela était trop réussi, pas assez maladroit, pas assez marqué de terreur en somme. Elle avait semblé montrer une volonté de résistance assez intéressante, mais n'avait pas eu l'idée de chercher encore à repousser les limites. Oui, tout cela aurait pu être plus parfait. Enfin, elle n'allait pas se plaindre non plus. Mais Brunilde lui gâchait presque l'instant de son triomphe.

Ariela apprécia tout de même un baiser savamment donné. Si elle se montrait aussi douée dans des exercices moins sobres, les soirées à venir seraient des plus plaisantes.


"Loin de moi l'idée de trop gêner vos propres projets, chère comtesse. Je vous appelle quelqu'un de suite."

Elle se leva, alla jusqu'à la porte sans porter de regard appuyé sur sa victime, l'ouvrit de nouveau, et s'arrêta encore une fois dans l'embrasure de la porte, dans la même attitude que la première fois qu'elle avait voulu la franchir.

"Oh... Encore une chose, finalement. Ne vous inquiétez pas, il ne s'agit pas de grand chose. Monsieur Catanei est un fin mélomane et j'ai toujours apprécié le goût qu'il pouvait démontrer en matière de musique. Je doute que vous soyez vous-même insensible à la beauté d'une telle oeuvre, sans quoi vous n'auriez pas longtemps pu épingler ce beau papillon...
J'aimerai beaucoup, non, j'aimerai énormément vous voir tous deux dans ma loge ce soir, à la Fenice. On y donne un récital. Je déteste juger seule des qualités d'une interprète, et vos avis me feraient le plus grand plaisir. Je me doute que vous le verrez aujourd'hui. Veillez à le convaincre d'accepter mon invitation amicale."

Un souffle encore, puis elle dévalait l'escalier, traversait le hall et fondait sur les communs.

"Chiaraaaaaa! Chiaraaa, viens ici tout de suite, fainéante !"

La petite servante, qui n'avait pas eu le temps de réagir tant sa maîtresse était apparue brusquement, quitta avec précipitation la pièce ou elle devait briquer quelque meuble qui n'en avait pas besoin. Cette fille était une plaie, toujours à s'occuper quelque part pour n'être pas disponible pour autre chose. Chiara s'arrêta à quatre pas d'elle, assez prêt pour montrer la célérité de son service par son essoufflement et la rougeur intense cachée sous ses taches de rousseur, assez loin pour ne pas risquer un coup sans pouvoir tenter de l'éviter. Ariela ne la giflait jamais, mais cela n'empêchait pas la jeunette de craindre les coups. Elle connaissait trop bien sa maîtresse, elle.

"Veuillez m'excuser, Madame, je nettoyai les fenêtres de..."

"Suffit ! Peut me chaud ce que tu pouvais bien fabriquer, j'ai juste besoin de tes services. La dame d'hier soir a besoin de s'habiller. Elle est un peu nerveuse alors ne serre pas trop son corset, d'accord ? Elle partira de suite après, je pense."

La petite rousse ne se fit pas répéter l'ordre, certainement peu avide du ton méprisant et dictatorial affiché par la comtesse. Elle disparut d'un pas pressé, pas qui ralentit aussitôt Ariela hors de vue. La maîtresse des lieux soupira d'exaspération. Décidément, le petit personnel était doué pour l'esbrouffe.

Ariela se rendait peut-être compte que Chiara était réellement une servante modèle, et que la terreur qu'elle lui inspirait l'amenait à nettoyer tout ce qui était nettoyable, et obéir avec diligence à tous les ordres saugrenus qu'elle pouvait recevoir. Cependant, la comtesse s'arrangeait pour ne pas s'avouer qu'elle avait une bonne servante. Cela lui aurait enlevé l'excuse évidente qui lui permettait passer ses nerfs sur elle de temps à autres. Non pas qu'elle ait besoin d'excuse aux yeux des autres, mais elle aimait bien se justifier à elle-même ses propres méfaits.

Elle ne s'attarda pas longtemps dans les communs, et se désintéressa totalement de la présence de Brunilde à l'étage. Elle en avait fini avec elle pour le moment. Après avoir cherché, trouvé et câliné les deux chats qui n'avaient pas encore eu leur lot de gratouille journalière, elle se prépara à sortir.


[La maison d'Ariela-le salon]


Dernière édition par le Lun 28 Jan - 0:18, édité 1 fois
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Brunilde Gurrieri
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MessageSujet: Re: La chambre   Ven 30 Nov - 22:26

Enfin terminé, Ariela s'en allait après l'avoir moralement épuisée comme personne ne l'avait fait auparavant. Brunilde n'accorda, sur l'instant, aucune attention à ses dernières paroles, ne retenant que le nom « Demetrio ». A l'entente de celui-ci, elle se permit un soupir d'aise alors que la porte se refermait et se laissant mollement retomber sur le lit, se passa une main sur le front. Comme il lui pressait de le voir, Demetrio qui était si loin de tout, qui représentait sans le savoir sa seule échappatoire. Elle refusait de faire directement face au problème, pas maintenant, il lui fallait un peu de repos avant, s'oublier et tirer momentanément un trait sur tous les diables, Ariela en particulier, qui lui assénaient des coups derrière les genoux.

Sans y penser davantage, la comtesse secoua la tête et se leva pour se vêtir de ses chemises, parfaitement pliées sur une chaise. Sa mante n'était pas dans la chambre, son ombrelle non plus. Elle se saisit du corset et sentit des mains s'en mêler, son regard ne tardant pas à se poser sur une jeune fille rousse, plus petite qu'elle encore. Elle avait dans les yeux une lueur de curiosité, et Brunilde préféra détourner le visage pour ne laisser poindre aucune trace d'agacement. En silence, elle agrippa l'extrémité du lit et laissa la servante à sa tâche. La comtesse n'avait pas posé son habituelle consigne, s'étonnant simplement de sentir la petite rousse oeuvrer pour que les lacets ne soient pas trop serrés. Comment donc ? Ariela et elle possédaient peut-être ce point en commun. Grimace. Dégoût plus intense encore.


« Si vous pouviez aller plus vite, je suis pressée. »

Le ton fut désagréable, et Brunilde ne chercha pas à intercepter l'expression de la servante, les yeux fermés de force par la colère qui montait en elle par vagues irrégulières. La robe fut passée, les cheveux brossés, le teint ravivé autant que possible, puis la comtesse descendit finalement d'un pas précipité, traversa le salon et endossa sa mante. Elle crut bon de faire comme si elle n'avait pas entendu les paroles de la jeune fille, « A bientôt, Madame ! », et sortit de la demeure après avoir récupéré son ombrelle, sans se soucier de sa canne qu'elle avait oubliée du début à la fin, alors restée dans le salon, symbole de sa condamnation à souvent se rendre chez la comtesse Accorti dans les prochains jours.

[Ca'Adorasti]
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