AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Marché du Rialto

Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2, 3  Suivant
AuteurMessage
Lena Ren
Invité



MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Mar 19 Déc - 23:41

[Bouche D'Ombre- Ancienne Tuilerie]

Si au départ Lena avait semblé mettre peu d'entrain à aller jusqu'au Rialto, les moindre soupçons purent être écartés lorsque les deux saltimbanques arrivèrent au marché du Rialto. La jeune sauvageonne semblait alors être plus motivée à faire un achat et à passer un peu de bon temps, semblant plus dynamique et ayant un petit sourire qu'elle affichait franchement au coin de ses lèvres. Elle adorait le marché du Rialto, cela se sentait. Le regard brillant, elle regardait en silence les divers étalages, les marchands, les gens qui venaient acheter quelque chose, marchandant parfois. Et la jeune fille se disait alors que cela sentait bon, qu'elle respirait la vie. Et, pour une fois, elle se rendait sur la place du marché ni pour voler, ni pour gagner sa vie, mais pour acheter quelque chose, en toute honnêteté.

Au bout de quelques minutes de marche Orfeo l'ammena vers l'étalage d'un cordonnier, tandis que ce dernier réparait un soulier. Lena aurait normalement mal réagit lorsqu'elle vit avec quel regard l'homme les toisait tous les deux, mais elle était alors de trop bonne humeur pour s'attarder sur ce qui lui paraissait alors n'être qu'un simple détail. Elle observa ensuite Orfeo examiner l'une des chaussures de l'étalage, attendant calmement son verdict, puis prit la chaussure dans ses mains, regardant à son tour si la taille convenait. Une ou deux minutes plus tard, elle releva la tête, regardant à son tour, les yeux brillants, le vendeur de soupe, avant de revenir à la réalité et de sortir Orfeo de sa rêverie.


"Elles conviennent parfaitement."
Revenir en haut Aller en bas
Orfeo Ciriaco
Saltimbanque
avatar

Nombre de messages : 81
Date d'inscription : 02/09/2005

MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Mer 20 Déc - 17:47

Impatient de régler les urgences pour pouvoir profiter de l'abondance du marché, Orfeo posa quelques pièces de bronze sur le billot de bois. Le cordonnier se hâta de les compter et les empocha avec un grognement. Il estimait sans doute sa marchandise trop belle pour les deux saltimbanques.
Sans y prêter attention, Orfeo se détourna
.

"Elles sont à toi, Lena. Trouvons un manteau à présent."

Laissant la jeune fille enfiler ses nouvelles chaussures, il avança entre les étals, répondant par un sourire ou une pirouette aux bousculades des passants chargés.

Le fumet d'un vendeur de boudins chauds le tira par le nez un peu plus loin, relayé aussitôt par la vue des croutes dorées d'un étal de patés à la viande.
Orfeo en resta bouche bée. Il plissa les yeux, s'imaginant mordre dans la pâte croustillante et sentant presque les saveurs épicées de la farce lui emplir la bouche.
Encore un peu plus loin, se tenait un marchand d'oublies qui offrait à la gourmandise des badauds ses patisseries chaudes et sucrées de miel. Les yeux brillants, le garçon fit tourner une pièce de bronze entre ses doigts à l'abri de son vêtement. Il hésitait à dépenser quelques sous pour une telle futilité, non par avarice mais parce à manquer toujours on finit par ne plus se sentir le droit de profiter.


Il se tourna dans la direction de Lena avec les yeux de l'enfant qu'il était encore, cherchant sans le savoir son approbation.
Mais il avait avancé trop loin parmi la foule sans s'en rendre compte et ne put l'appercevoir.

Ce qu'il apperçut cependant trés bien fut une bourse tentatrice à la ceinture d'un bourgeois. Ses doigts se tendirent, comment laisser passer une occasion pareille, jusqu'à en effleurer le cuir. Un sursaut et il lacha l'affaire, parmi les passants à quelques pas, un homme d'armes scrutait la foule à la recherche de tire-laine dans son genre.
Le saltimbanque recula et balaya les passants du regard espérant y trouver Lena nouvellement chaussée
.


Dernière édition par Elio Lacryma Adorasti le Mer 20 Déc - 17:57, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Lena Ren
Invité



MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Mar 26 Déc - 23:37

Une fois que son compagnon eut payé, Lena s'empressa d'enfiler ses nouvelles chaussures, un petit sourire aux lèvres, satisfaite. En effet ses nouveaux souliers tiendraient longtemps à présent, et il s'écoulerait probablement des mois sans que Lena n'ait besoin d'y apporter des retouches. Une fois qu'elle eut terminé d'enfiler les chaussures, la jeune fille se redressa d'un bond, de bonne humeur et même enjouée. Et ce fut de ce même ton qu'elle déclara:

"Je crois revivre, mer..."

Elle ne finit pas sa phrase, se rendant compte que celui à qui étaient adressés ces quelques mots n'était visiblement plus là. Lorsque Lena demanda au cordonnier s'il avait vu par où était parti son compagnon, elle n'obtint comme réponse qu'un regard mauvais, qui lui disait qu'il vallait mieux pour elle qu'elle songe à déguerpir. Ce fut un tantinet renfrognée qu'elle reprit donc sa route, avec sa seule intuition pour l'aider à retrouver Orfeo. Elle se dirigea donc vers les étals de nourriture, ce qui avait l'air d'attirer le garçon quelques instants plus tôt. La jeune fille se serait volontiers arrêtée pour prendre le temps d'apprécier les odeurs exquises des différents aliments étalés et pouvoir mieux les regarder, mais on se bousculait devant les étalages et la sauvageonne ne pouvait pas vraiment prétendre à avoir sa place dans les premiers rangs. De toute façon elle avait autre chose à faire. Orfeo l'attendait sûrement et elle ne voulait pas le faire patienter à cause du simple fait qu'elle rêvassait devant une quelconque viande qu'elle ne pourrait de toute façon pas se procurer.

Alors qu'elle continuait à se faufiler dans la foule, elle entendit une femme qui se plaignait de s'être fait chaparder sa bourse. Même si elle en doutait, Lena espérait que l'auteur ne soit pas Orfeo, car même si le jeune homme était doué en la matière, il y avait toujours des risques. Lena vit bientôt un homme armé arriver et écouter la plainte de la femme, puis se mettre à scruter chaque passant à la recherche d'un éventuel suspect. Ni une ni deux, la jeune fille, avec une grande agilité, partit à l'opposé, n'étant pas décidée à fournir d'explications pour convaincre qui que ce soit de son innocence. C'est alors qu'elle vit Orfeo, en recul semblant la chercher. Elle alla donc vers lui, d'un pas rapide.


"C'est pas trop tôt... On ferait mieux de rester discrets, une femme vient de se faire voler sa bourse à quelques mètres de là..."
Revenir en haut Aller en bas
Orfeo Ciriaco
Saltimbanque
avatar

Nombre de messages : 81
Date d'inscription : 02/09/2005

MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Sam 30 Déc - 19:48

Il la vit se faufiler entre les badauds et arriver à sa hauteur, le front inquiet.

"Ce marché est très mal fréquenté, cela grouille d'hommes d'armes en effet."

Il l'entraîna sur le coté où se tenait le marché aux herbes et aux épices. L'odorat en alerte, il avançait les yeux mi-clos, une expression de béatitude sur le visage. Tous ces parfums mêlés, connus ou inconnus, certains qu'il reconnaissait du premier coup comme le clou de girofle salutaire pour les haleines avancées, d'autres comme le safran qu'il ne connaissait pas et dont la couleur ensoleillée le ravit, tous l'enivraient.

"J'aime tout autant me tenir ici qu'au milieu des rôtisseries. Tu respires et tu t'envoles si loin. Nous irons en Orient, Lena. Un jour nous irons."

Il rit comme un enfant en déversant ses rêves en cascades, soleil et soieries, parfums et palais, tout se mêlait pour former le plus parfait des voyages.

Ce faisant, il la tirait par la main toujours plus loin jusqu'à s'arrêter net devant la charrette d'une marchande de fripes. La grosse femme aux cheveux décolorés pour paraître blonde, maquillée grossièrement et parfumée de tous les relents dont les égouts ne voulaient plus se faisait appeler Marquise et tenait des discours vantant ses entrées dans les palais de la cité à qui voulait l'entendre. Elle achetait pour rien les vêtements que les gens dédaignaient et les revendait dans la rue pour un prix largement supérieur.
Orfeo qui la connaissait eut la tentation de faire un détour pour éviter son laïus mais il n'en fit rien. Pour la connaître justement, il savait qu'au fond de sa charrette, bien au fond, se trouvaient les plus belles pièces et qu'à bien y regarder ils pourraient sans aucun doute y trouver un manteau de lainage de très bonne qualité pour Lena. Il savait aussi que la femme était plus mauvaise qu'une teigne et âpre au gain. Pour cette affaire là, il resterait à proximité de sa compagne, mais pour qu'elle apprenne, il lui laisserait mener la transaction
.

"Allez Lena, Madame la Marquise a dans son carrosse tout ce qu'il faut de merveilles !" Lança-t-il avec un simulacre de révérence adressé à la vieille femme qui l'accueillit avec un sourire édenté de sa bouche écarlate.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Lea Cadr
Invité



MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Dim 7 Jan - 17:38

[Calle Galante - L'office]

Lea savourait cette nouvelle journée, qui semblait effacer tout ce qui s'était passé hier et dans la nuit. Le soleil avait fait son apparition, et, son panier passé à son bras, elle se sentait bien. Et la foule, joyeuse, des Venisiens qui venaient au Marché du Rialto ne faisait qu'accentuer sa bonne humeur. Les marchands, les colpoteurs, les petits vendeurs, tous paraissaient gais et heureux.

La servante ressortit le papier que lui avait donné la Courtisane, tout froissé entre ses doigts :


Broyer gingembre et piment rouge. Laisser infuser dans un linge et appliquer en compresses chaudes. Renouveler après 20 minutes.
La tisane d'écorce de saule a également des vertus analgésiques.

Elle avait à peine conscience que la survie du Prince dépendait de ces produits ; pourtant, elle décida de ne pas traîner, malgré la forte envie de flaner sans but - elle n'en avait certainement pas le temps - et se dirigea vers un étalage où se trouvait des herbes et autres piments qu'elle cherchait.

Le marchand, un homme d'une quarantaine d'année, d'allure débonnaire, vint quasiment lui souffler dans la figure son haleine :


"Hé, la demoiselle, elle veut quoi comme marchandise ?"

Lea recula. Un rustre, un de ces imbéciles qui avaient un seul but dans la vie : vendre leur marchandise.

Elle cacha son dégoût, et montra simplement du doigt le gingembre et les piments rouges qu'il lui fallait pour réaliser la compresse. Le vendeur, percevant malgré tout la gêne de sa cliente, se calma et lui demanda simplement de combien elle en avait besoin. La jeune fille répondit qu'il lui en faudrait beaucoup, sans plus préciser. Le marchand bougonna pour la forme, mais lui remplit généreusement son panier. Elle remercia, paya rapidement, et, sans un regard pour le marché et la foule colorée, elle repartit à la Calle Galante.


[Calle Galante]
Revenir en haut Aller en bas
Lena Ren
Invité



MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Dim 14 Jan - 20:16

S'engouffrant dans une autre partie du marché, ce fut légèrement stupéfaite et avec le regard de quelqu'un qui découvre qu'elle observait les différents étalages. La jeune fille avait cette fâcheuse tendance à ne sortir que très peu de sa réalité, et il était peu fréquent qu'elle laisse son esprit s'évader. S'il lui arrivait de vouloir prendre un peu de temps pour rêver, Lena préférait alors se rendre dans un endroit calme, loin de la foule et de ses cris. Ainsi, depuis son arrivée à Venise, c'était la première fois qu'elle mettait les pieds en cet endroit, n'ayant pas été réellement attirée par les herbes et les senteurs. Et pourtant, tandis qu'elle suivait Orfeo, elle se surprenait à apprécier les différentes odeurs dont elle ignorait la provenance, appréciant la sensation. Et c'est alors qu'elle entendit son compagnon parler de l'Orient.
L'Orient... ce terme évoquait à la fois tant et si peu de choses. N'ayant jamais quitté ce pays, elle avait cependant entendu parler de ces contrées lointaines par des voyageurs de passage. On lui avait dit une fois que les journées étaient toujours très chaudes, même en hiver. La jeune fille s'était alors dit que ce devait être le paradis, estimant que la seule chose qui lui manquait réellement était un peu de chaleur. Et puis on lui avait raconté que là bas tout était différent, les palais, la nourriture-qui était d'ailleurs exquise- les vêtements, la mode... Les occidentaux qui se rendaient là bas étaient complètement dépaysés. Mais ce n'était pas tout, même les animaux n'étaient pas semblables à ceux d'Europe, et il en existait certains dont on n'aurait même pas pu soupçonner l'existence: des oiseaux aux milles et une couleurs, et même d'étranges bêtes grises trois à quatre fois plus grandes et plus puissantes que des chevaux. Mais à ces descriptions alléchantes venaient s'ajouter d'étranges histoires de monstres vivant dans les profondeurs des eaux qui mangeaient le coeur des marins aprés les avoir noyés. Ne sachant alors que penser de toutes ces histoires, Lena s'était alors dit que si elle en avait un jour l'occasion, elle y réfléchirait à deux fois avant de prendre la mer pour aller dans ces pays lointains.

Les deux compagnons s'arrêtèrent soudainement devant une charrette, et la jeune fille fut bien forcée de constater que tous les monstres ne vivaient pas forcément dans les profondeurs des eaux. En effet, elle vit rapidement apparaître une petite femme toute frippée. Elle était si grosse que son corset était déchiré à quelques endroits. Afin de paraître plus noble, elle arborait fièrement de vieux bijoux rouillés ou recouverts d'une épaisse crasse. Et c'était sans compter ses cheveux, grotesquement coiffés en tapé. Bien qu'elle était loin d'être experte en la matière, Lena voyait que la coiffure était dissymétrique et l'on pouvait se rendre aisément compte que la vieille avait perdu beaucoup de mèches de cheveux. Mais ce n'était probablement rien à côté de l'haleine fétide de la vieille, Lena allant jusqu'à retenir sa respiration lorsque celle que l'on appelait Marquise vint lui demander ce qui l'amenait ici. Et ce fut précipitamment que Lena demanda si elle pouvait regarder dans la charette dans l'espoir d'y trouver un manteau. La vieille acquiesça d'un brusque hochement de tête, la mettant en garde de sa voix criarde qu'il ne valait mieux pas pour elle qu'elle tente de lui chaparder quoi que ce soit.
Les recherches commencèrent alors, Lena fouillant avec des gestes brusques, irritée de sentir le regard de la vieille sur elle. De toute façon, qui aurrait pu prendre le risque de voler quelque chose de la charrette? Car à première vue, il n'y avait pas grand chose d'intéressant, et Lena commençait à se demander pour qu'elle raison son compagnon l'avait-il amener ici. Et puis, au bout de quelques minutes de fouilles, elle finit par tirer de la charrette un manteau de laine blanche. Elle l'observa sous toutes les coutures, afin d'être sûre de l'état du vêtement avant de finalement déclarer avec un petit sourire que ce manteau lui convenait. Son sourire disparut à l'annonce du prix, qui était bien trop cher selon Lena. Elle fit donc part de ses sentiments à la Marquise qui lui répondit d'un air hautain qu'elle ne changerait pas le prix du manteau. Une conversation pour le moins houleuse commença alors, Lena étant bien décidée à faire baisser le prix de moitié. Les négociations se promettaient d'être difficiles, l'une étant aussi têtue que l'autre, et aucune des deux femmes ne semblait décidée de céder à l'autre. De longues minutes s'écoulèrent ainsi, et, petit à petit, la vieille commença à lâcher du lest et donc à baisser le prix. Têtue et volontaire, Lena insista vivement jusqu'à ce que la Marquise la menace de remballer le manteau, et les négociations s'arrêtèrent là. Alors Lena revint vers Orfeo accompagnée de la vieille femme, toutes deux affichant un air de dépit, ni l'une ni l'autre ne semblant réellement satisfaites.
Revenir en haut Aller en bas
Orfeo Ciriaco
Saltimbanque
avatar

Nombre de messages : 81
Date d'inscription : 02/09/2005

MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Mer 17 Jan - 20:56

Orfeo s'était écarté pour laisser le champ libre à Lena tandis qu'elle parlementait avec la marquise au sujet d'un manteau. Du coin de l'oeil, il surveillait l'avancée des négociations et sourit en voyant la jeune fille discuter âprement les prix avancés par la vieille femme.
La marquise tentait de ruser, proposait d'ajouter un vieux jupon élimé pour ne pas baisser son prix, allant même et cela était rare jusqu'à flatter la beauté de Lena qui ne se laissait pas prendre aux pièges de flagorneries qu'on lui tendait.
Des badauds s'arrêtaient, amusés par le spectacle offert, commentaient la qualité du vêtement et le prix demandé. Voyant cela, la marquise prenait les curieux à temoins, piaillait d'une voix criarde qu'on voulait la voler, elle qui avait les meilleures occasions de la ville. Les flâneurs riaient à ces récriminations, ravis d'un tel amusement.
A bout d'arguments, Lena se tourna vers lui et suivie de la vieille femme vint lui demander son arbitrage.

Le garçon eut une moue et examina le manteau qui présentait tout de même une large déchirure au col, rien d'irréparable mais cela en faisait chuter la valeur, il avança aussi que la couleur n'était pas ce que l'on faisait de mieux et que le vêtement serait vite dans un état pitoyable. Il allait offrir quatre pieces de bronze soit deux de moins que ce que la marquise réclamait quand une femme richement vêtue s'approcha. Allait-elle réclamer le manteau à son tour ? Cela était peu probable, à moins qu'il ne soit le résultat d'un larçin. Et par expérience, Orfeo savait que ce n'était pas là chose rare
.

Il déposa les pièces dans la paume de Lena et lui sourit.

"Ca ne vaut pas plus, à toi de voir jusqu'à quel point tu tiens à l'avoir. J'ai une affaire à régler, je dois y aller à présent. N'oublie pas de manger, il fait froid."

Il ajouta deux autres pièces pour qu'elle puisse s'offrir ce qu'elle voulait et inclinant la tête il se tourna vers la vieille femme.

"Marquise, la gourmandise peut vous faire rater une belle occasion de vendre ce manteau que personne ne voudra. A vous de voir jusqu'à quel point vous tenez à le placer."

Un sourire pour l'une, un semblant de courbette pour l'autre et il s'en fut de son pas dansant.

[Calle Galante]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Lara del Core
Cousine du Prince - Ca'Grazziano
avatar

Nombre de messages : 103
Statut : Personnage Supprimé
Date d'inscription : 12/04/2006

MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Jeu 18 Jan - 20:55

Lara souriait, ce matin-là. Un vrai sourire, pour une fois, pas l'un de ces semblants hypocrites desservis si souvent dans une journée.

Non, décidément, elle était d'humeur ravissante. Déjà le fait d'avoir la journée libre -ou presque- pour profiter de la redécouverte de sa Venise adorée, et puis la prospective du bal populaire du soir... il y aurait eu tellement de choses à y glâner!

Mais maintenant, elle se contentait de jouir des couleurs et des parfums du marché. Le soleil était comme si souvent à Venise une façade menteuse qui cachait un froid assez perçant. Quelques plaques de gel s'entrevoyaient encore entre les étals, ci et là, restes des caprices du temps.

Cependant cette Venise qu'elle voyait ce matin au marché était une ville bruyante, active, colorée... presque joyeuse. Rien à voir avec les brumes éfillochées de la nuit de la veille, les lumières glauques des lampions, et les rencontres nocturnes quelque peu mystérieuses, elles aussi...

Elle toussa, levant sa main si fine et élégante devant sa bouche. Le froid de Venise, tellement plus mordant que le doux climat méditerrannéen de Naples, l'avait surprise.

La toux était rauque et assez violente... mauvais signe, pensa t'elle.

Elle fut distraite de ses problèmes de santé par l'observation d'une scénette qui se déroulait sous ses yeux. Le marché, d'où s'élevaient toujours les cris chaleureux et combattifs des Vénitiens et des étrangers venus proposer leurs marchandises exquises et exotiques, lui réservait un tableau humain fort agréable.

Une jeune femme, qui semblait assez pauvre mais pleine de détermination, marchandait avec la Marquise... la Marquise... elle se souvenait venir ici, dès son plus jeune âge, venir critiquer âprement sa marchandise. Non pas qu'elle fusse difficile ou méchante, elle tenait tout simplement -était-ce héréditaire?- à la décence des tenues.

La jeune femme, qu'elle avait déjà vu d'ailleurs, maintenant qu'elle y pensait, négociait vivement. Un groupe de badauds s'était approché, curieux.

Au bout d'un moment, un garçon au visage plus qu'intéressant (lui, elle était sûre de l'avoir déjà vu, ne s'agissait-il pas de l'un de ces saltimbanques qui peuplaient les quartiers pauvres de la Ville?) s'approcha, à la requête de la jeune femme, et s'immisça dans la discussion.

Ce fut quand il s'en alla et que l'affaire semblait presque conclue que Lara décida d'intervenir. Une idée avait germé dans son esprit... une idée sournoise, sûrement, sous ses apparences généreuses.

Elle s'approcha de la jeune femme, et dit d'un ton sec:


-Ne l'achetez pas, je vous en conjure. Il ne vaut pas le dixième de ce que vous lui donneriez. Elle fait mine d'être mécontente, mais elle y gagne, croyez-moi.

Alors que la Marquise tentait de protester, Lara leva la main vers elle impérieusement en la priant de se taire.

-Venez plutôt avec moi, et gardez ces belles pièces. Je crois que j'ai quelque chose pour vous, un manteau que je n'ai jamais mis parce que la couleur ne me va pas, mais à vous, avec ces magnifiques cheveux roux que vous vous trouvez, il devrait aller à ravir.

Elle se pencha vers l'oreille de la femme, et lui glissa doucement:

-Et puis, j'ai un service à vous demander. Rien de bien difficile, et bien retribué. Si vous voulez me suivre au palais Grazziano... et épater votre ami, n'est-ce pas? Lui qui vous donne, n'aimeriez-vous pas lui montrer de quoi vous êtes capable, au-delà du vif marchandage?

Flatterie, générosité, et jeu sur l'orgueil... cela marcherait-il?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Lena Ren
Invité



MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Dim 21 Jan - 1:21

Lena adressa un signe de main à Orfeo accompagné d'un petit sourire lorsque celui ci la quitta. Après quoi elle se retourna de nouveau vers la Marquise d'une manière vive, afin de lui montrer qu'elle ne reprendrait pas de nouvelles négociations. Toutes deux purent alors entendre les badauds qui avaient suivi toute la scène pousser des protestations. Visiblement cette confrontation les avait fort bien amusé et ils en demandaient encore.
Alors que Lena s'apprêtait à clore définitivement l'affaire, ne souhaitant pas resteréternellement aux côtés de la vieille qui décidément dégageait une puanteur peu commune, elle entendit une voix claire s'élever derrière elle. Vivement, la saltimbanque se retourna alors pour faire face à celle qui avait parlé, et ainsi associer un visage à cette voix. Il s'agissait d'une jeune femme, peut être un peu plus âgée qu'elle. Jolie poupée blonde au teint pâle, à première vue son physique n'était pas différent de celui de la plupart des vénitiennes. Elle contrastait véritablement avec la populace alentours, avec ces badauds, cette vielle femme hideuse, et pour finir avec Lena. La sauvageonne, elle, n'arrivait pas à savoir de quel milieu social cette femme pouvait être issue. Mais Lena ne se formalisa pas longtemps sur ce sujet, plutôt intriguée par son intervention. De quoi se mêlait-elle? Préférant dans un premier temps feindre l'ingorance, Lena se concentra de nouveau sur la Marquise, lui demandant si le prix lui convenait, la vieille répondant avec un hochement de tête las. Et alors que quatres des pièces données par Orfeo allaient changer de main, Lena entendit de nouveau la voix de la femme aux apparences nobles. Et se fut avec un petit sourire en coin qu'elle se trouna vers elle pour finallement lui faire face.


"Cela est fort aimable à vous, vous faites preuve de beaucoup de compassion à mon égard, mais je vous en prie, épargnez vous ce noble geste et gardez votre manteau."

Lena était de ce genre de personnes qui n'avaient pas besoin d'une raison pour se montrer méfiante à l'égard de quelqu'un. Cette femme avait-elle réellement l'intention de lui offrir un manteau? Elle en doutait. Depuis quand les gens aisés donnaient-ils des vêtements à des inconnus dans le simple but de leur épargner l'achat d'un vêtement de piètre qualité? Lena doutait que quelqu'un puisse faire preuve d'une telle humanité.
Alors elle en resta à sa première idée, glissa dans les mains de la Marquise les quatre pièces, et prit le manteau en échange. Alors qu'elle examinait la déchirure, se disant qu'elle parviendrait à la recoudre, elle entendit de nouveau la femme lui murmurer à l'oreille. Elle prit alors son manteau sous la main, et attira la femme un peu plus loin. Un sourire coquin aux lèvres, elle déclara alors:


"Ah, la voici donc la véritable raison de votre étrange générosité!"

Un service avait-elle dit? Bien rétribué qui plus est? Voilà qui mettait la méfiance de Lena provisoirement de côté.

"Si vous vouliez bien me conduire au palais... Allons parler de ce petit service que vous me demandez!"
Revenir en haut Aller en bas
Lara del Core
Cousine du Prince - Ca'Grazziano
avatar

Nombre de messages : 103
Statut : Personnage Supprimé
Date d'inscription : 12/04/2006

MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Mer 24 Jan - 19:35

Lara aurait voulu lui expliquer qu'elle ne le faisait pas seulement par intêret, par curiosité, qu'elle avait des raisons derrière...

Mais ce n'était ni le moment ni la personne avec qui en parler
Que pouvait-il lui importer si cette jeune femme la prenait pour une opportuniste?

Après tout elle savait que l'appât du gain allait être plus fort, l'appât du gain était toujours plus fort. Surtout chez les pauvres.
Et en plus, à elle cette récompense ne coûtait rien. Au contraire, cela faisait longtemps qu'elle voulait se débarasser de ce manteau et qu'elle n'avait jamais réussi.

Le manteau d'Armina, évidemment. Pourquoi se mettait-elle à l'appeler par son prénom, maintenant?
Elle se laissait distraire par ses pensées. Ce n'était pas une bonne chose... Elle devait rester terre à terre, surtout dans cette période de sa vie.

La jeune femme lui plaisait. Elle avait une fougue intérieure, un certain charme dans ces cheveux rougeoyants et ce regard pétillant. Beaucoup plus de charme que bien des nobles qu'elle avait vus... Elle soupira et se tira de sa rêverie.


"Oui, allons-y..."

Le ton était toujours détaché de tout, comme si elle ne parlait pas à Lena mais à elle-même.


"Quoi que vous en pensiez, je suis tout de même ravie de pouvoir faire quelque chose pour vous."

Une phrase qui semblait clore définitivement l'affaire.


[Embarcadère Cà Grazziano]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Lena Ren
Invité



MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Ven 2 Fév - 21:17

Comment Lena aurait-elle pu se douter que la jeune femme avait fait cette proposition dans le simple but de se montrer généreuse? Méfiante, la sauvageonne l'était beaucoup, et parfois même un peu trop. Mais où était le mal? Après tout elle s'en faisait plus à elle même qu'aux autres. Une chose était sûre cependant, se montrer méfiante avait permis à la jeune saltimbanque de survivre, et si cela n'avait pas été le cas, où et dans quel état serait-elle à ce jour? Certainement pas dans d'aussi bonnes conditions, si l'on pouvait considérer que Lena vivait dans de bonnes conditions...

Toujours était-il que la sauvageonne était plutôt satisfaite et réjouïe à l'idée d'aller au palais Grazziano et était impatiente dans savoir plus sur ce que la jeune femme avait à lui dire. Elle était si pressée qu'elle marchait d'un pas rapide et déterminé, et ce fut à se demander laquelle des deux femmes guidait l'autre. Elle regarda un instant celle qui était à ses côtés, surprise par la dernière phrase qu'elle avait prononcé, avant de diriger à nouveau son regard droit devant elle, continuant la route sans un bruit.


[Embarcadère Cà Grazziano]
Revenir en haut Aller en bas
Artemisi
Invité



MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Dim 8 Avr - 0:57

[Ca'Adorasti - Atelier d'Artemisia]

La jeune artiste se doutait bien qu'elle trouverait de l'animation dans ce lieu, riche par la diversité des visages qu'on y trouvait et des produits qu'on y vendait. Elle s'était vêtue simplement de sa tenue de travail et portait un châle de laine pour se protéger du froid encore mordant de l'hiver. Elle regardait étonné tous les étals avec attention et curiosité. Ses yeux tournaient et ne savaient où se poser tant les couleurs étaient intenses et attirantes.

Elle avança dans les allées, s'arrêtant de temps à autre, admirant certains comptoirs, souriant aux marchants qui l'interpellaient joyeusement. Une satisfaction profonde emplit son cœur. Ce lieu était prometteur et le marché à lui seul enivrait Artemisia de senteurs et de sensations nouvelles. Elle osait de temps à autre dévisager discrètement les hommes et femmes de belle stature qu'elle croisait. Puis timide, masquait son regard et changeait d'allée. Elle marchait au hasard, ne cherchant pas de produit précis et finit par longer une arcade. Là des échoppes proposaient tout types d'objets.

Elle finit par se souvenir de ses besoins premiers : Des cadres. Elle avait pensé à prendre de la toile, mais n'avait pas voulu s'encombrer de cadres. Ne sachant trop à qui s'adresser, elle finit par trouver un ébéniste et se décida à solliciter son aide. Elle lui expliqua ses besoins et lui proposa une somme pour le travail particulier qu'elle lui demandait. Après avoir discuté les prix, elle lui imposa quelques dimensions particulières sur lesquelles elle avait pour habitude de travailler. Une fois l'affaire réglée, elle demanda à ce que le tout soit livré dans son atelier. Elle paya un acompte au commerçant et ressortit satisfaite de sa démarche.

Elle resta un long moment, songeuse, devant la boutique avant de replonger dans la foule vénitienne
Revenir en haut Aller en bas
Demetrio Catanei
Musicien
avatar

Nombre de messages : 42
Date d'inscription : 18/02/2007

MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Dim 8 Avr - 5:13

[Le Jardin du Castello - La Petite Allée aux Lions de Pierre]

Au beau milieu d’une foule, rien n’était plus embarrassant que d’être doté d’une stature plus élevée que la moyenne. D’un point de vue extérieur, la chose pouvait présenter des avantages, tels qu’une prise de vue imprenable sur les crânes des badauds. Demetrio, pour sa part, éprouvait plutôt l’impression de nager à travers des eaux troubles et mouvantes et peinait à maintenir sa tête au-dessus de ces flots colorés et turbulents qui l’emportaient de tous bords tous côtés. Tous n’étaient pas comme Père, tous ne savaient pas carrer les épaules et toiser la populace à la manière d’un empereur. Il ne retirait nul sentiment de supériorité à se dresser plus haut que tricornes et coiffes de dentelle. Au contraire, sans doute aurait-il préféré les rejoindre là, tout en bas, et ainsi éviter ces regards qui le mesuraient des pieds à la tête avec un étonnement qu’ils ne cherchaient pas à dissimuler. Même le dos courbé, il lui était impossible de montrer patte blanche et d’accéder au royaume des rétrécis conventionnels. On plaignait souvent le sort des petits, mais jamais ne daignait-on s’intéresser à celui des grands, tout aussi tragique mais malheureusement peu reconnu.

La répétition s’était déroulée dans le calme. Geminiani et Albinoni ne lui avaient pas tenu rigueur de son retard, à présent habitués à l’étourderie de leur confrère. Avec la représentation du lendemain, il leur avait absolument fallu reprendre leurs solos afin que tous s’entendent sur les nuances d’un phrasé ou le tempo exact d’une portée. Quelques heures avaient suffi pour fignoler les derniers détails, puis le musicien s’était retrouvé à déambuler de nouveau dans les rues de la ville.

Sa mélodie l’accompagnant toujours, ses pas l’avaient égaré jusqu’au marché du Rialto, où il prit soudainement conscience de sa position géographique. S’immobilisant au sein de la cohue, il balaya les alentours du regard, matelot posté sur le mât du navire, espérant apercevoir la terre promise. L’heure n’était cependant pas à la contemplation contemplative et il fut brusquement rappelé à la réalité par une inévitable collision. Déséquilibré, ses yeux cherchèrent devant lui la cause de l’impact, mais ce n’est qu’après un instant qu’il se rappela qu’il lui fallait les abaisser pour prendre connaissance de l’individu à qu’il devait des excuses.

L’individu en question s’avéra être une jeune femme. Une autre. Décidément, ce jour aurait été consacré à demander le pardon de jeunes femmes au pied peu sûr. S’inclinant avec la maladresse qui était la sienne, il s’empressa de déclarer :


« Madame, toutes mes excuses, je crois… ou plutôt, je suis certain que j’avais la tête en l’air. Si on peut être certain d'une telle chose, bien sûr. »

Une matrone traînant à sa suite une demi-douzaine de marmots le força à se rapprocher de son interlocutrice pour leur céder le passage.

« Plus que la tête, à dire vrai, » murmura-t-il, en constatant que, pour une nouvelle fois, il surplombait considérablement la multitude.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Alessio
Invité



MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Mar 10 Avr - 1:07

[ Premier post ]

Venise semblait toujours aussi immuable face au temps, ravageur. La pierre s’érodait, les chemins sinueux changeaient de tracé, de nouveaux édifices se dressaient, mais le joyau de l’Italie conservait sa vitalité et ses charmes. La Sérénissime n’avait pas changé depuis ces trois dernières années alors qu’il parcourait le monde. Un doux rayon de soleil baignait ses traits tirés. Alessio ferma, pour l’espace d’un instant, les yeux et laissa la divine lumière le réchauffer. Il aimait cette sensation de bien-être qui se répandait dans ses veines, si semblable et enivrante que la liberté. L’air était frais, mais ne l’avait empêché de s’éclipser à l’aube, après s’être assuré que la Marquise ne requérait guère sa présence pour les prochaines heures. Le grand brun frissonna et resserra les pans de son manteau. Ses pas l’avaient mené au marché du Rialto où la pléiade jacassante et colorée déambulait parmi les étalages divers. Englouti par le flot continu de petites gens de tous âges, le jeune homme ne put que suivre le mouvement, propulsé au cœur de la masse mouvante.

Et la vague le transporta de kiosque en kiosque, le libérant et faisant passer ainsi d’un trio de riches dames d’âge mur qui l’encerclait à une ribambelle de gamins surexcités. Les enfants avaient le mérite, au moins, d’être plus tolérables. Son épuisement rendait difficile toute manœuvre ayant pour but de lutter contre la mêlée. Il n’aurait pas dû s’obstiner à vouloir superviser discrètement les moindres tâches des domestiques en ce qui avait attrait à l’acheminement des biens en provenance de France. Il goûtait maintenant aux âpres conséquences d’une infernale soirée. Sa promenade de santé se termina devant l’étalage d’une marchande de vêtements en laine. Un long foulard beige exhibé aux yeux des potentiels acheteurs curieux avait capté son regard.


« Combien pour ce foulard . . . et pour ce mouchoir en soie ? »

Le nouvel item, en soie, contrastait avec les étoffes grossières offertes à un prix dérisoire de par son raffinement. Le mouchoir en question, carré de tissu mince et chatoyant, avait la particularité d’être de couleur identique aux yeux de la nièce de la défunte dame Visconti. Il ferait un joli présent. L’Italien effleura du bout des doigts l’étoffe soyeuse avant d’acquiescer au prix demandé. Alessio discuta courtoisement quelques minutes avec la marchande avant de laisser quelques lires dans la main tendue et de s’éloigner à grands pas. Il glissa le cadeau dans la poche gauche de sa redingote et entreprit d’entortiller autour de son cou enseveli sous la tignasse foncée son nouvel achat.

Trois tours de foulard plus tard, il ne sentait plus le froid asticoter sa peau. Le contraire eut été étonnant. Le nez enfoui dans la laine rugueuse à l’odeur familière – il avait possédé une écharpe presque identique lorsqu’il était adolescent -, l’homme de main poursuivit son exploration distrayante du marché jusqu’à ce qu’un badaud mal poli et visiblement pressé ne l’écarte brusquement, l’envoyant rejoindre un couple en retrait.


« Veuillez excuser, Madame, Monsieur, mon interruption subite. Il semblerait qu’un homme bien pressé ait crû bon de me propulser en votre exquise compagnie. »

La voix légèrement rauque, mais chaleureuse, semblait plus amusée qu’embarrassée. Tout comme la moue qui étirait les lèvres charnues. Un coup d’œil vif permit au jeune Damiani de dévisager subtilement de la tête aux pieds le duo hors norme. Lui, grand – presque trop -, mince, voûté, au maintien criant de timidité et aux doigts fins ; elle, jolie brunette aux lèvres pulpeuses dégageant un charme naturel, doigts longs et fins, vêtements tachés de peinture, mais difficilement remarquable. Probablement tous deux des artistes.

Le jeune homme finit par prendre conscience de l’état de son accoutrement et grimaça mentalement. Ses bottes et son manteau et sa culotte affichaient un tableau pathétique à base de boue. Bref, il faudrait une patience angélique pour décrotter ses pauvres habits
.
Revenir en haut Aller en bas
Artemisi
Invité



MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Jeu 12 Avr - 2:27

La situation était des plus cocasses et Artemisia ne put s'empêcher d'en rire. Un gloussement cristallin, comme la fluidité d'un torrent, jaillit de sa gorge. Elle reprit tant bien que mal, secouée par la bousculade et par son amusement grandissant. Elle épousseta son tablier et réalisa qu’elle était sortie sans prendre garde à son apparence. Elle le regretta amèrement en voyant l’allure des deux jeunes gens qui s’étaient heurtés à elle… bien qu’à présent l’un d’entre eux soit dans un piteux état. Elle observa discrètement ces deux hommes mais son regard était empli de curiosité. La tête inclinée, masquant une timidité quelque peu feinte, ses yeux se baladaient de l'un à l'autre entre rougissement intimidé et sourire de plaisir. Le contact humain ! Voilà ce qui venait de la charmer. Cela faisait une éternité quelle n'avait pas eu de contact humain. Aussi incorrecte et ridicule que puisse paraître la situation, la jeune femme avait apprécié retrouver la simplicité du toucher de la peau. Cette pensée la fit se sentir un peu honteuse. Les yeux toujours rieurs, elle déclina une légère révérence aux deux hommes.

- Monsieur, ne vous excusez point, j'étais moi-même dans mes pensées, je ne vous ai pas vu venir. Quant à vous Monsieur, je crains qu'il ne faille accuser la maladresse d'autrui.

Voyant la mine gênée de ses pauvres gentilshommes, elle cessa de rire. Peut-être que son attitude les avait blessés ? Elle n’avait pas l’habitude de fréquenter le grand monde, en dehors des mécènes qui visitaient son atelier. A présent, Venise lui offrait un monde qu’elle ne connaissait pas encore et dont les codes lui échappaient. Elle espérait ne pas avoir été inconvenante. A présent totalement intimidée par la stature de sa première rencontre et le prestige du deuxième arrivant, elle se tut, respectueuse et attentive à ce qui allait se passer.
Revenir en haut Aller en bas
Demetrio Catanei
Musicien
avatar

Nombre de messages : 42
Date d'inscription : 18/02/2007

MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Dim 15 Avr - 20:36

Étrange créature que la Femme. Leurs us et coutumes demeuraient une énigme dépassant tout entendement pour les pauvres mortels prisonniers de leurs serres jalouses. Comment expliquer, qu’à la venue de la parade nuptiale, elles puissent instantanément infuser dans leurs joues de porcelaine cette couleur incandescente afin d’attirer l’œil du mâle mystifié? Et comment déchiffrer les éclats miroitants de leurs regards, tantôt malicieux, tantôt timide?

L’Homme était complexe, certes, mais il ne se couvrait pas des mêmes fards et n’usait pas des mêmes masques pour voiler sa pensée. Il lui paraissait plus facile d’interpréter une partition nouvelle les yeux bandés que de décrypter le langage secret qu’employaient les dignes représentantes de la gent féminine pour communiquer entre elles. Ses codes lui étaient inconnus, ses conventions échappaient à sa compréhension.

Ainsi, le musicien ne sut comment il devait réagir à l’hilarité de sa compagne, miraculeusement projetée sur le sol, puis à son embarras rougissant démenti par sa bouche rieuse. Du regard, il chercha conseil auprès de leur troisième comparse, qui semblait avoir adopté une conduite chaleureuse et désinvolte. Au grand dam de Demetrio, chaleur et désinvolture ne faisaient pas partie du répertoire qui lui était propre. Il jouait très bien l’hésitation et la gaucherie, mimait avec quelque difficulté la courtoisie, mais ne pouvait pas feindre la légèreté et l’aisance sans paraître emprunté.

Mais déjà, les préliminaires avaient été tenus, chacun avait présenté ses excuses, et le tour lui revenait de prendre la parole. Deux options s’offraient à lui : fuir, poursuivre sa route, faire ses adieux polis ou poursuivre une discussion qui n’avait pas encore débutée.

Si son premier geste fut de se tourner vers la foule mouvante dans l’espoir de s’y fondre - autant qu’il le pouvait au vu de sa taille - il dut se rendre à l’évidence qu’elle se trouvait pour le moment impénétrable. À cette heure, l’achalandage atteignait son sommet, peut-être valait-il mieux d’attendre que la masse se disperse assez pour lui permettre de percer une brèche dans la nuée.

Ne lui restait qu’à entamer la conversation, exercice délicat s’il en était un.


« Le temps est très… » commença-t-il à tâtons.

Le temps, sujet universel et cher à son cœur puisqu’il lui servait de passe-partout mondain. Le violoniste leva les yeux au ciel en quête du qualificatif juste pour décrire le dit temps. Son regard revint au marché et une nouvelle question à aborder lui vint soudainement à l’esprit :

« Pour acheter des… »

Réalisant qu’il n’y avait aucune suite logique entre le premier et le second point et que le temps n’était pas favorable à un achat particulier, il voulut conclure rapidement cette ébauche de constatation anodine par un :

« Oui… »

Il baissa les yeux, dépité que toutes ses bonnes intentions pour démarrer le dialogue se soient soldées par un brutal échec. Le bruit d’une canne contre le pavé lui fit relever la tête, comme fouetté par une idée de génie, et il s’enquit :

« Vous êtes à Venise depuis longtemps? »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Alessio
Invité



MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Ven 20 Avr - 6:21

Le rire claironnant de la jeune femme mourut sur ses lèvres rosées alors que l’expression d’amusement qui occupait les traits foncés du grand brun se crispait légèrement. Le rougissement des joues, l’œil brillant, symboles d’un plaisir à peine contenu provoqué par ce frottement de peau accidentel ou par cette rencontre fortuite, le rendaient fort mal à l’aise. Il y aurait préféré une aura de froideur, hautaine, à cette mansuétude suave qui le déstabilisait. La douce créature affichait-elle avec une naïveté charmante son ravissement ou était-ce là une hypocrisie mesurée ? S’il y avait une leçon que le jeune Italien avait retenu avec le temps, c’était bien que sous la plupart des visages amicaux se cachait un prompt désir de manipulation.

Une femme était-elle plus habile à ce sport qu’un homme ? Cette question qui le taraudait depuis bon nombre de semaines restait toujours sans réponse. L’entourage diversifié de la Marquise lui permettait de rencontrer une ribambelle de phénomènes haut en couleurs pour qui maîtriser une telle aptitude devenait en art. Dangereux, certes, mais divertissant au final. Et pour Alessio, se frotter à cette sarabande endiablée encourait des risques qui en valaient la chandelle.

Le trouble de leur troisième compagnon ne lui échappa guère. L’homme de main crut un moment que la silhouette dégingandée filerait entre les corps compacts qui formaient la foule, les laissant, la demoiselle et lui, en plan. Ce besoin urgent de disparaître n’empêcha toutefois pas leur compatriote à démarrer la conversation. Toujours est-il que si sens il y eut dans le discours saccadé, il lui échappa totalement. Mais, l’homme de confiance de la dame di Lucore ne fit aucun commentaire et conserva son stoïcisme tout en hochant doucement la tête pour approuver ou encourager l’homme à poursuivre son bavardage qui se voulait mondain.


« Vous êtes à Venise depuis longtemps? »

Machinalement, le jeune homme tira sur une mèche de sa chevelure aux teintes chocolatées et entortilla une main avec le bout de son foulard. Tic récurrent dont le natif de la Costa della Gaveta ne s’apercevait même plus. Autour d’eux, la foule apathique ne leur portait aucune attention. Trio hétéroclite, présences noyées au cœur de la plèbe grouillante, ils se fondaient dans le décor vénitien avec un talent effarant. Discrètement, il chercha à lisser les plis de son manteau et à réarranger son apparence échevelée.

La question tomba subitement, inattendue. Le brun songea brièvement à mentir sur sa situation, présenter ses respects et filer en douce pour tenter de retrouver son chemin jusqu’à sa chambre. Évitant de croiser le regard de l’une des deux jeunes gens, il se passionna pour l’architecture archaïque du bâtiment derrière eux. Sauf que feinter trop longuement un intérêt subit pour une lézarde marbrant la pierre pourrait paraître suspect. Avec un soupir las, Damiani formula une réponse honnête.


« Je suis arrivé hier soir seulement, mais j’ai eu l’occasion par le passé de venir à deux reprises à Venise, pour affaires. Elle n’a guère changé, malgré le temps qui s’est écoulé depuis. »

Le timbre de sa voix et son regard devinrent mélancolique. Il fut un temps où rien ne le retenait sur place, sinon son envie d’explorer la ville où il se trouvait. C’était de ces années passées qu’il se languissait parfois, mais son être ne pouvait que se vouer à une seule maîtresse. Et il avait choisi.

« Et vous, vous trouvez à Venise depuis longtemps ? »

Peut-être pourrait-on le guider en ce qui concernait le choix du trajet de retour, parce qu’en ce moment, il n’aurait pu dire de quel côté il était arrivé . . .
Revenir en haut Aller en bas
Artemisi
Invité



MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Sam 21 Avr - 1:54

La gêne était clairement visible chez ses deux interlocuteurs et la conversation s'engageait avec beaucoup de difficulté. Artemisia regretta amèrement son comportement. Il ne lui avait jamais semblé difficile de s'introduire du temps où elle vivait à Rome, dans la blancheur de l'atelier de son père. Peut être le huis-clos et l'assurance que lui donnait ce lieu l'avait-elle toujours conduite à agir avec simplicité et authenticité. Ici, tout semblait différent et l'attitude de ses hommes faisait preuve de règles de convenance qui lui étaient encore inconnue. Savoir se tenir en société était une chose, mais la fréquentation d'un monde haut en couleur et au raffinement sans pareil commençait à l'effrayer quelque peu. Elle doutait d'être à la hauteur d'un tel univers.

Habituée à vivre seule ou dans le silence méditatif de la création, elle n'imaginait que rarement ce que pouvait être le grand monde et ne l'avait que peu fréquenté. Il lui semblait évident à présent que son attitude n'avait pas été des plus convenable. La réaction des victimes de ce carambolage humain le lui montrait suffisamment. Il lui sembla un instant qu'elle aurait fait fuir même le plus vaillant des hommes. Si l'un des deux hommes avait voulu se détourner de cette malencontreuse rencontre, il avait fini par sauver les apparences tant bien que mal et avait maladroitement engagé la conversation. Le second n'avait pas hésité à le suivre pour éviter que le ridicule ne reprenne le dessus. C'était à présent à elle de faire preuve de grâce et de présence d'esprit.

La honte l'envahit soudain et son assurance disparut. Apeurée par la situation Artemisia se sentit démunie. Qui était-elle pour rire si simplement d'une situation des plus critiquable? Elle regretta vivement son manque d'éducation et ne put retenir un soupir de tristesse. A présent, Rome lui manquait. Il lui fallait cependant poursuivre cette conversation entamée par mégarde et s'évertuer à montrer un naturel et une aisance qu'il était à présent difficile de retrouver. Aussi maladroitement que son premier interlocuteur, elle tenta de reprendre ses esprits.


- Je... Je suis arrivée hier... peu avant que le soleil n'embrase la Sérénissime. Je n'ai par contre jamais eu l'opportunité d'y venir auparavant, et j'ai savouré chaque images que m'a offerte cette ville avec délectation. Je...

Que dire à présent? Elle craignait que son ignorance des règles se remarque. Sa peau devait avoir pris toutes les teintes du rouge. Elle releva la tête, tâchant de se sortir de cette scène délicate avec autant d'honneur et de prestance que possible. Elle lissa un pli de son tablier, prenant de plus en plus conscience de sa mise déplorable. Quelle pensée l'avait assaillie avec force pour qu'elle en oublie de se vêtir dignement pour sortir ! A présent, il ne lui restait plus qu'à démontrer que les apparences pouvaient être trompeuses et que ce tablier sale, pouvait se cacher un être discret et poli. Elle se tourna vers l'homme qui avait engagé la conversation et lui retourna la question qui s'était maladroitement échappée de ses lèvres.

- Je suis Artemisia Stazzi et si ma toilette peut vous paraître étrange c'est que je suis peintre. J'étais venue chercher ici un peu de matériel pour me mettre au travail. Peut être seriez vous interessé par une toile? une commande? peut être connaissez vous une personne dans votre entourage succeptible de vouloir transcender l'histoire en laissant une trace de son image?

Elle sourit, enfin et peu à peu la timidité disparue de son visage. Peut être avait-elle devant elle de futurs sujets pour un tableau?
Revenir en haut Aller en bas
Demetrio Catanei
Musicien
avatar

Nombre de messages : 42
Date d'inscription : 18/02/2007

MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Sam 21 Avr - 21:25

Parfois, il ne suffisait pas d’être gentil pour présenter un quelconque intérêt. Ce n’était pas vraiment un défaut. On ne pouvait rien reprocher à la vertu sauf peut-être d’être trop vertueuse ce qui, en soit, n’était pas mal (puisque c’était la vertu). Cependant, même la plus vertueuse des vertus ne pouvait rien à l’ineptie de son porteur. La jeune femme en sa présence en était l’exemple idéal. Ce n’était souvent qu’une question de préférences, mais en quelques occasions, le verdict était unanime. Non pas que Demetrio fût lui-même l’être le plus digne d’intérêt de toute la ville et soit ainsi apte à juger de la valeur de tout un chacun. Loin de là. Peut-être était-ce la compagnie de Père et de Mère qui lui avait appris à admirer les tempéraments orageux ou les personnalités magnétiques mais implacables… Il n’en était pas moins que son interlocutrice ne lui plaisait pas, mais ne lui déplaisait pas non plus, et que cette absence de plaisance d’aucune sorte l’incitait à poursuivre sa route sans une pensée de plus.

Encore une fois, ce n’était pas un mal. Le musicien n’accordait seulement pas d’importance à ce qu’il n’aimait ou ne détestait pas. Ces deux rencontres fortuites viendraient s’ajouter à son grand tableau d’ensemble sans se distinguer plus qu’il ne le fallait, ombres grisées, silhouettes aux contours flous et aux couleurs pâles, presque fades. On ne le dira jamais assez : hors de sa musique, il ne s’attardait aux détails que lorsqu’on y faisait porter son attention. Des figures s’étaient parfaitement définies sur sa toile, notamment celles de ses parents qui y étaient omniprésentes, mais ce ne pouvait point être le cas de tous, sans quoi il se retrouverait submergé sous mille visages qui enterreraient les quelques-uns qui valaient la peine qu’on les contemple encore et encore.

La dénommée Artemisia Stazzi fit naître en lui un dernier soubresaut de curiosité lorsqu’elle défia délicieusement toute logique en justifiant sa mise dépenaillée par son office de peintre, en usant moult formules inusitées pour ce faire. Ce n’était toutefois que les ultimes efforts d’un espoir moribond et la résolution du violoniste de s’extraire de ce bourbier d’indifférence ne put que se raffermir. L’opportunité rêvée de mettre son plan à exécution s’offrit à lui quand, s’écartant comme la Mer Rouge devant Moïse, un passage prit miraculeusement forme entre deux étals, lui permettant d’effectuer une percée spectaculaire s’il saisissait sa chance dans les plus brefs délais.

S’inclinant de nouveau devant ses compagnons d’infortune, Demetrio s’empressa de concocter des salutations de circonstances afin de pouvoir prendre la fuite la conscience apaisée :


« Madame, Monsieur, ce fut un… une… un… »

Se buttant à un manque flagrant de terme pour exprimer sa pensée, il traduisit de façon approximative :

« Ce fut indescriptible que de faire votre connaissance, mais je crois qu’il vaudrait mieux pour moi de prendre congé de votre compagnie avant que cette… indescription ne se poursuive plus longtemps. »

Déjà, il se confondait dans la masse grouillante, retrouvant sa musique avec un bonheur cette fois véritablement indescriptible.

[Quartier de la Bouche d'Ombre - La Ruelle de l'Ancienne Tuilerie]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Alessio
Invité



MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Mar 15 Mai - 6:24

- Je... Je suis arrivée hier... peu avant que le soleil n'embrase la Sérénissime. Je n'ai par contre jamais eu l'opportunité d'y venir auparavant, et j'ai savouré chaque images que m'a offerte cette ville avec délectation. Je...

Ainsi, l’Italien au nez dissimulé sous l’écharpe, avait la joie de partager son statut de nouvel arrivant avec cette charmante artiste. Cette rencontre fortuite tournait l’inconfort palpable qu’il ressentait en ce moment même vers un balbutiant début de solidarité. Il n’était pas le seul à se sentir prisonnier des convenances, visiblement. Un brin de sympathie pour cette étrangère s’ancra en sa conscience toujours endormie et le jeune homme ne put que retourner un lumineux sourire. Il était d’humeur enjouée, pour une fois.

Et leur autre compagnon mit fin à ses pensées disparates en se forgeant, au bon instant, une sortie polie.

« Ce fut indescriptible que de faire votre connaissance, mais je crois qu’il vaudrait mieux pour moi de prendre congé de votre compagnie avant que cette… indescription ne se poursuive plus longtemps. »

Indescriptible, en effet. Mais c’était la fuite habile de l’homme qu’il aurait ainsi qualifiée. La silhouette élancée se dissipa dans le flot inaltérable d’individus qui envahissaient le Rialto. Le regard perçant du brunet suivit durant un bon moment l’étrange dégingandé jusqu’à ce qu’il soit assuré de sa disparition au sein de l’interminable foule. La haute sature de ce dernier fut engloutie par la marée bruyante. Surprenante expérience, guère déplaisante, qu’une discussion avec cet homme aux manières inhabituelles. Aucun village n’offrait une populace aussi excentrique. C’est bien pourquoi il appréciait Venise et Naples.

Reportant son attention à la jeune peintre, l’aventurier ne sut comment réagir et enchaîner. Il haussa les épaules en signe d’incrédulité avant de laisser tomber un :

« Alessio Damiani, voyageur de mon état, à votre service. »

L’homme de confiance de la Marquise se courba nonchalamment, par habitude, rejetant les pans de son manteau décoloré vers l’arrière. La politesse affectée de son ton couvrit son étonnement et lui donna une chance de laisser son expérience au service d’une représentante de la gente féminine guider sa manière d’être. Il ne tenait pas à offusquer sans le vouloir sa compagne.

« Vous me voyez contraint de refuser votre offre, mademoiselle Stazzi. Je n’ai guère désir de voir mon portrait affiché quelque part. Je connais cependant quelqu’un qui pourrait être intéressé. Je peux toujours lui en faire part. »

L’unique peinture sur laquelle Alessio figurait se retrouvait suspendue dans le salon de la demeure familiale. Coincé entre deux de ses frères aînés, la reproduction à l’huile de l’adolescent de 13 ans dévisageait d’un œil morne l’artisan caché derrière sa toile. Faite quelques années avant son départ, cette œuvre ne lui rappelait qu’une série de mauvais souvenirs. Depuis, l’art ne comportait à ses yeux que très rarement un intérêt quelconque.

« Et vous arrivez de où, exactement, si ce n’est point trop personnel ? »

La question sous-entendait aussi le pourquoi d’un déménagement dans la Sérénissime. Riche mécène ? Raison familiale ? Une curiosité joviale animait les traits basanés de l’homme du Sud. Rares sont ceux qui auraient pu détecter cet avide besoin calculateur de se renseigner sur les riches citoyens vénitiens. Prenant note du chaos étourdissant, Damiani se pencha un peu en faisant signe à la jeune femme de bien l’écouter.

« La demoiselle désire-t-elle que je la raccompagne ? s’enquit-il d’une voix forte pour couvrir les sons discordants. »

Si refus il y avait, il n’aurait qu’à s’excuser et disparaître à son tour parmi la rivière de couleurs chatoyantes pour reprendre son chemin en direction de la demeure du Prince Ugo di Grazziano.
Revenir en haut Aller en bas
Flavio V
Invité



MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Dim 20 Mai - 19:47

[Jardin du Castello]

Se faufilant sans encombre dans la foule des chalands, Flavio s'arrêta un instant, étourdi. Les jardins du Castello n'étaient pas les seuls à grouiller d'activité, ici aussi, l'approche de la fête excitait les esprits et les coeurs plus prompts à la dépense. Il se repéra aisément entre les étals du marché, sa haute taille avait cet avantage concret de lui offrir une vue dégagée.
Prestement, il se glissa derrière des tréteaux chargés d'étoffes où une rombière s'évertuait à vanter la qualité de ses tissus chatoyants venus des Indes. La femme leva les bras et au ciel et accueillit chaleureusement le jeune homme avant de le rabrouer en rigolant sur sa ponctualité toujours aléatoire. Flavio se retrouva écrasé contre une poitrine généreuse. Il attendit que les effusions cessent, un air blasé le visage.

Enfin, il fut relâché et la commerçante s'en retourna à son négoce, non sans avoir pris à témoin la cliente sur l'inconstance de la jeunesse actuelle. Flavio, une fois l'attention sur sa personne retombée, sortit d'une caisse de bois son matériel de magie entreposé là gracieusement. Il s'installa à l'extrémité de l'éventaire.
Ici, il travaillait principalement à des tours d'adresse avec des foulards prêtés par la patronne. Le jeune homme captait l'attention des passants et immanquablement, des femmes coquettes remarquaient la qualité des soieries qui jaillissaient des manches et des poches grâce aux mains agiles du jeune homme. Il récoltait quelques pièces et les affaires de la marchande s'en trouvaient arrondies.

Une fois les préparatifs achevés, il lissa son justaucorps, se recoiffa en passant rapidement ses longs doigts dans sa chevelure blonde. Il s'étira et s'échauffa les articulations des poignets et se glissa à coté de l'étal, dégageant quelques paniers héla le chaland.


- "Approchez ! Approchez ! Venez découvrir sous vos yeux ébahis mes foulards apprivoisés. En provenance du bout du monde, ils sont magiques. Ils se meuvent, ils courent, ils se faufilent..."

Les boniments changeaient un peu à chaque fois, mais l'essence restait identique, quelques phrases accrocheuses pour appâter les curieux assorties d'une démonstration de ses talents.
Foulards voletant, mouchoirs multicolores s'épanouissant comme un fleur dans la paume blanche d'un main, tissus soyeux apparaissant d'un pli d'une robe, où d'un décolleté coquin d'une fille de peu. Le numéro n'avait rien d'exceptionnel cependant l'aisance de Flavio et la profondeur de sa voix captait l'attention.

L'endroit était stratégique, il regorgeait de clients et de badauds curieux prêts à jeter quelques pièces pour le spectacle. Et puis, la logistique ne posait aucun soucis en raison de l'accord qui le liait à la marchande. Maria était une femme de caractère et dure en affaire. Elle s'était prise d'affection pour ce grand échalas d'apparence si malhabile et pourtant si précis et agile quand il s'adonnait à la magie. Les maigres revenus qu'il gagnait lui permettait juste de survivre. Les soirs de travail comme conteur dans une auberge assuraient quand à eux la certitude d'avoir le ventre plein au moins deux fois par semaine. Le temps où il filait des jours heureux avec la troupe de forain de la Lune Gibbeuse sans se soucier des contingences matérielles lui parût soudain bien lointain.
L'après midi s'étira au rythme des tours d'adresses du jeune sicilien. La tension et l'attente du bal détournait les attentions alors, malgré l'énergie déployée, la recette fut encore plus chiche que celle escomptée. Alors que la lumière décroissait dans le ciel d'hivers, le saltimbanque remballa son matériel, salua la négociante et prit le chemin du bercail.


Quartier de la bouche d'Ombre


Dernière édition par le Mar 5 Juin - 18:56, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Iago degli Albizzi
Gentilhomme - Ca'Grazziano
avatar

Nombre de messages : 270
Date d'inscription : 23/05/2005

MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Dim 27 Mai - 21:29

[Ca Grazziano - le jardin]

Iago avait bien occupé son après-midi. Bien sûr d’aucun dirait qu’il ne l’avait pas occupée du tout puisqu’il avait passé tout son temps dans un bain d’eau trop chaude d’abord puis de plus en plus froide.
C’est que le jeune degli Albizzi aimait rester dans l’eau à barboter, à faire des bulles de savon et construire des bateaux avec des bouts de bois (les termes qu’employaient Iago était assez différent bien sûr. C’était plutôt méditation, réflexion et teste de flottaison des objets, mais enfin…)

Bref, quand il sortit de cette méditation, il claquait des dents et sa peau était complètement flétrie, mais néanmoins, il était très satisfait. Il pouvait maintenant tout reprendre à zéro. Mentalement, du moins, c’était comme si une nouvelle journée recommençait. La matinée avait été si catastrophique qu’il était fort content de l’avoir envoyée dans les oubliettes de sa mémoire.

C’est ainsi que, l’esprit presque aussi neuf qu’un enfant qui vient de naître (c’est-à-dire, à quelque réflexion pessimiste sur la nature des choses près), Iago avait quitté le palais Grazziano, et qu’il marchait maintenant dans les rues de Venise en sifflotant d’un air dégagé. Il en était au troisième couplet d’une chanson à la mode du temps de sa grand-mère lorsqu’il arriva au marché.
La veille, il y avait trouvé Matteo a genou devant une servante, c’était très drôle. Qu’est-ce que cet endroit merveilleux allait lui réserver aujourd’hui ? Il avançait rapidement à travers la foule, jetant des regards à droite et à gauche, interrompant son fredonnement pour marmonner des paroles incompréhensibles ou laisser échapper un ricanement ironique qui faisait reculer d’un pas toutes les personnes autour de lui.

Et c’est là qu’il vit un mouchoir coloré voler au-dessus de la foule avant de retomber. Comme un morceau de fer attiré par un aimant, Iago se dirigea vers l’endroit.

Il faut savoir que le Sieur degli Albizzi, le critique acide de toute œuvre d’art, le pourfendeur de mièvrerie, avait un faible pour les choses colorées et qui bougent. Un peu comme un chat, si on agitait devant lui un mouchoir, un éventail, même n’importe quoi de coloré, il ne pouvait s’empêchait de le suivre des yeux, hypnotisé, et de penser quelque chose qui ressemblait fort à "joliiiiiii" tout en essayant de l’attraper.
C’était très embarrassant. Heureusement, peu de monde s’amusait à agiter des choses devant son visage.

Mais, enfer et damnation ! quand Iago arriva enfin sur le lieu des mouchoirs volants, l’individu avait disparu. Iago poussa un cri désespéré qui fit qu’une mère entraîna soigneusement son enfant loin de lui. Pour le consoler (et pour qu’il aille un peu plus loin, les types comme lui faisaient fuir la clientèle) la marchande lui offrit un petit bout de tissu coloré.

Traînant des pieds, Iago alla jusqu’au parapet où il se laissa choir. Là il agita le carré de couleur devant ses yeux en se disant que si la vie était comme un mouchoir coloré, tout serait plus agréable tout de même.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Leandro di Ascani
Vicomte - Ca'Adorasti
avatar

Nombre de messages : 21
Date d'inscription : 08/04/2007

MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Mer 30 Mai - 6:16

[Ca'Adorasti - Chambre d'Elio]

Ah, mais la Sérénissime n’avait rien à envier aux meilleurs kebabs de l’empire ottoman! Mordant goulûment dans la galette farcie de viande rôtie qu’il venait tout juste d’acheter, Leandro entreprit de combler cette panse affamée, qui n’avait point connu satisfaction depuis son arrêt dans une auberge non loin de Parme. Un détour aux cuisines du palais Adorasti lui aurait possiblement offert un repas moins frugal, mais il avait préféré se mêler aux badauds et découvrir par lui-même cette cité que ses ancêtres avaient tant honnie.
Le grand air conjugué aux délices de sa pitance égayaient son humeur, le rendant plus prolixe encore envers ses semblables. Ses déambulations lui apprirent rumeurs et les noms auxquels elles se rattachaient, impressions et ceux qu’elles concernaient avant de le mener jusqu’à un parapet, sur lequel il s’adossa pour terminer son en-cas.
Le murmure de la foule s’intensifiait sur son passage, son allure bigarrée tranchant même parmi la cohue. Étranger ici, métèque ailleurs, c’était à peine s’il dénotait les regards curieux ou hostiles qui convergeaient vers lui aussi inéluctablement qu’une boussole pointerait le nord. À Singapour, on ne s’était pas seulement contenté de dévisager, on était allé jusqu’à palper ses mèches dorées pour en confirmer le prodige. C’était là le sort des apatrides et de tous ceux qui se risquaient à quitter ce qu’on appelait le monde civilisé pour les merveilles de l’inconnu.

Le pirate n’était néanmoins visiblement pas affecté par son retour en société et ne semblait pas non plus décidé à adopter l’étiquette en usage chez ses pairs. C’était sans aucune vergogne qu’il lorgnait sur les demoiselles se pavanant devant lui ou renvoyait un sourire désarmant aux œillades les plus sombres. De plus, son festin, bien qu’absolument savoureux, n’en était pas moins salissant et se servir du jupon d’une passante pour essuyer ses doigts tachés ne lui paraissait pas judicieux.
Ses yeux furent alors attirés par la valse d’un mouchoir qui, semblait-il, n’était agité que pour servir à sa cause. En quelques enjambées, il s’était posté devant son bienfaiteur et s’emparait prestement dudit mouchoir, en lançant :


"Pardonnez-moi."

Il entreprit alors de se départir sommairement du graillon couvrant ses mains, n’ayant pas conscience qu’il détruisait, ce faisant, la rêverie enfantine de son pourvoyeur d’étoffes. Un instant plus tard, il lui rendait l’objet d’emprunt dans un état presque neuf.

"Merci bien, mon brave, vous venez de me rendre un fier service."

Tournant les talons pour reprendre sa route, il s’immobilisa, dos à son interlocuteur, pour élever un doigt en l’air, marquant une dernière condition. Il pivota à nouveau pour faire face à son sauveur et s'enquérir:

"Mais dites-moi, tant qu'on y est, vous n’auriez pas de surcroît quelque chose à boire? J'accepte le vin, la bière, le rhum, le gin, le whisky, la vodka, même frelatée, et l'eau, s'il le faut vraiment. Mais de vie, de préférence. Et nul besoin de verre, je ne le dirai jamais assez, je ne suis pas vétilleux de ce genre de détails."
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Iago degli Albizzi
Gentilhomme - Ca'Grazziano
avatar

Nombre de messages : 270
Date d'inscription : 23/05/2005

MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Mer 30 Mai - 21:06

Horreur ! Terreur ! Cataclysme et fin du monde ! Le mouchoir avait été enlevé par une main vile et cruelle appartenant à un être dénué de scrupules qui arrivait devant les gens sur la pointe des pieds et sans se faire remarquer ! Trahison !

A vrai dire, l'être à qui appartenait la main vile et cruelle sus-nommée, n'était sans doute pas arrivé sur la pointe des pieds. Et si Iago ne l'avait pas remarqué, c'était sans doute de sa propre faute. C'était du moins la conclusion à laquelle il était arrivé en levant les yeux et en constatant qu'autour d'eux les braves gens étaient dans un émoi non ordinaire à la vue de l’homme à la peau trop mate et à l’air trop libre pour convenir aux esprits simples.

Trop brutalement tiré de sa rêverie, Iago n'avait absolument pas réagit, ni verbalement ni physiquement (même pas au "mon brave"), et s'était contenté de recevoir le mouchoir "presque neuf" dans les mains.

Son cerveau se remit à fonctionner normalement alors qu'il contemplait d'un air méditatif le mouchoir maintenant taché de graisse et empestant la viande rôtie. Une fois de plus, il avait la preuve que les jolis mondes colorés n'étaient fait que pour être détruit par la saleté et la vulgarité.
Il n'en voulait pas du tout à l'homme (à savoir le propriétaire de la main ville et cruelle) car celui-ci s'était comporter avec une spontanéité qui ressemblait fort à celle dont il se faisait le champion.

L'homme en question n'était d'ailleurs pas parti et lui demandait même à boire. Iago regarda l'étrange olibrius devant lui, puis le mouchoir qu'il tenait par un coin entre deux doigts, puis soupira.


"Et bien... disons que je vous aiderai dans votre quête du divin breuvage si vous répondez à cette question."

Là, il remonta un pied sur le parapet, genou à la hauteur de l'épaule pour s'en servir d'accoudoir avant de pointer le mouchoir du doigt.

"Qu'est-ce que ceci ?
Et par ceci, je n'entends pas votre comportement, bien sûr, qui avait le mérite dans ce monde d'hypocrites d'être parfaitement clair et sans ambiguïté. Non. Je veux dire "qu'est-ce que signifie ce mouchoir ?". A votre avis, comme ça, là..."

Iago leva les yeux vers l'étrange olibrius qui se tenait devant lui, avec un air très patient et très sérieux sur le visage.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Graziella Rivieri
Courtisane
avatar

Nombre de messages : 113
Date d'inscription : 03/09/2005

MessageSujet: Re: Marché du Rialto   Jeu 31 Mai - 1:17

[Maison de la courtisane]

"Il signifie peut-être qu'il suffit d'un simple coup de vent pour qu'une chose destinée à une fonction précise se trouve utilisée à une toute autre fin." répondit une voix derrière Leandro.

La courtisane contourna Leandro pour se mettre à la hauteur des deux hommes, ne tournant cependant le dos à aucun des deux. Son attention se porta sur Iago dans un premier temps, à qui elle offrit un sourire courtois.


"Mais je n'ai pas votre sens implacable de la logique et de la réflexion, monsieur degli Albizzi. Comment se porte votre main depuis ce matin ?"

D'un geste discret, elle fit signe au valet qui l'accompagnait qu'il pouvait s'en aller. Il portait les achats qu'elle venait de faire chez la modiste du Rialto, entre autres, un chapeau qui s'accorderait parfaitement avec la tenue qu'elle avait choisie pour la soirée. C'était alors qu'elle faisait un tour sur le marché, tout en profitant pour chercher Lea qui commençait à se faire désirer, que Graziella avait reconnu la silhouette si particulière de Iago, occupé à discuter avec un homme qui lui était inconnu mais dont les vêtements ne passaient pas inaperçus.

Le regard de la courtisane abandonna un instant Iago pour se poser sur l'homme avec qui il parlait. Ses yeux s'étirèrent et le coin de sa bouche s'ourla d'un sourire fin.


"Un peu comme ces mouchoirs qui de loin ont l'aspect d'un vulgaire tissu jaunâtre et qui se révèlent, une fois qu'on les regarde de plus près, être confectionnés dans une soie précieuse brodée de fil d'or..." fit-elle remarquer, son sourire grandissant tandis qu'elle ne lâchait pas Leandro des yeux.

"Monsieur ? Il ne me semble pas avoir encore eu l'honneur de vous croiser... je m'en serais souvenu il me semble." ajouta-t-elle.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Marché du Rialto   

Revenir en haut Aller en bas
 
Marché du Rialto
Revenir en haut 
Page 2 sur 3Aller à la page : Précédent  1, 2, 3  Suivant
 Sujets similaires
-
» Allons au marché ♪ [PV: S'hira et Anna]
» TOR mets sur le marché :
» Etude de marché pour une boutique à thème médiéval
» Le marché multi epoque de brouages 2012
» Ouverture du marché de Cabestan

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
VENISE :: ENTRE NOUS :: LA CITE :: Le Rialto-
Sauter vers: